[Noël 2014] Once upon a swap – 11 décembre

Once upon a swap…

Jour 12…

By Andokadesbois, on Deviantart

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Sean et Moïra se retrouvèrent aux portes de la bibliothèque, essoufflés par la course, les cris de Madame Fassbinder encore sur les talons.

– J'ai bloqué les portes comme j'ai pu, dit Sean, mais je ne sais pas combien de temps mon bricolage pourra tenir. C'est qu'elle est du genre costaud…

Continuant à courir, ils arrivèrent chez Renelle en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, les joues rougies par l'effort et la gorge enflammée par l'air froid.

Ils pénétrèrent dans le salon douillet, se réjouissant déjà de la douce chaleur réchauffant leur peau endolorie de froid, lorsqu'ils tombèrent né à né sur la tante de Moïra. Sean, comme d'habitude, se racrapota et reprit sa forme de clé. Moïra, quant à elle, ne put s'empêcher de pouffer de rire à la vue de sa tante esquissant quelques pas de danses hasardeux, un grand essuie de bain vissé sur la tête.

– Coucou tante Renelle! lança-t-elle. Qu'est-ce que tu fais? Tu as l'air de belle humeur…

– Ah oui, oui… C'est que j'ai fait un rêve très agréable. Je crois bien que je me suis assoupie dans mon bain, tout à l'heure, mais je ne suis pas déçue du résultat!

– Je suis bien contente pour toi, dans ce cas. Pourrais-je te demander de t'assoir sur le divan un petit instant? J'ai un service à te demander…

– Un service à me demander? Mais c'est que ça m'a l'air bien sérieux, tout ça… D'accord, mais juste une minute alors… J'ai une furieuse envie de danser! Mes pieds ne tiennent plus en place, regarde…

Le pire, c'est qu'elle disait vrai. Même assise sur le canapé, ses pieds continuaient à tressauter comme s'ils étaient ensorcelés.

– Ce n'est pas grave, ma tante, je n'en ai pas pour très longtemps. Tiens, tu peux regarder une seconde vers la fenêtre de la cuisine? Là, très bien…

Moïra sortit la petite fiole de sa sacoche, l'ouvrit et déversa une petite pincée de poudre de palimpseste sur Renelle. L'effet fut si instantané qu'il laissa Moîra bouche bée. Dès que la poudre toucha la peau de Renelle, la tête de celle-ci se renversa, ses yeux se révulsèrent et elle sombra à nouveau dans une transe magique. Heureusement pour les deux femmes, il n'y eut pas de lévitation ce coup-ci.

– Tante Renelle… Tu m'as délivré un message tout à l'heure, avant de prendre ton bain. Pourrais-tu me dire qui t'a donné ce message?

– Dydw i ddim Renelle, fit sa tante, d'une voix d'outre-tombe.

– OK… bon, on va essayer autre chose, d'accord? Tu es prête?

Prenant son ton de voix le plus imposant possible, Moïra ordonna :

– Parle, créature de l'inframonde! Toi qui m'a envoyé ce message, réponds à ma question! Qui es-tu?

La tête de sa tante dodelina un peu, pivota sur la droite pour se positionner de travers, adoptant une inclinaison improbable.

– Yr wyf Ysbryd Barfog!

– Et que me veux-tu?

– Tyngeeeeeeeeeed…

"Renelle" termina sa phrase en un râle étrange, puis revint doucement à elle sans que Moïra n'eut besoin de faire quoi que ce soit.

– Tiens, comme c'est étrange… fit-elle, l'air hagard. J'ai une migraine de tous les diable, tout à coup…

– Attends, Renelle, je vais te chercher un cachet.

[Ouvrir le paquet]

Le temps que Moïra aille jusqu'à la cuisine pour revenir avec le médicament et un verre d'eau, Renelle avait enlevé l'essuie de bain de sa tête et avait glissé un serre-tête rouge dans ses cheveux blonds pâles.

– Ah, ça va mieux. Merci, mais je n'aurais peut-être pas besoin du médicament, finalement…

Rendez-vous demain pour la suite de l'histoire!

[Noël 2014] Once upon a swap – 10 décembre

Once upon a swap…

Jour 11…

By Cloe-Patra, on Deviantart

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Madame Fassbinder rapprocha un peu plus sa face rubiconde du visage de Moïra. Quoiqu'elle soit tirée à quatre épingles, quelques mèches s'étaient échappées de son chignon sous le coup de la colère.

– Holà, ma bonne dame! s'exclama Sean. Ne nous fâchons pas, je vous prie! Nous sommes là en amis…

– Et depuis quand les amis dérangent-ils les braves gens pendant leurs vacances annuelles?

– Et bien, depuis que ces amis ont besoin de précieux conseils de toute urgence…

– Pfff, et qu'est-ce qui m'oblige à interrompre un agréable break saisonnier, alors que je ne vous connais même pas?

– Vous ne nous connaissez pas encore, rectifia le Leprechaun, sous les yeux étonnés de Moïra. Mais croyez-moi, cela ne tardera pas. C'est que…

Sur ce, il fit signe à la bibliothécaire de se baisser, et susurra quelque chose d'inaudible à son oreille. Elle pâlit tant que la rougeur de son visage disparut sur le coup, et ses traits semblèrent fondre comme neige au soleil.

– OK… fit-elle, déconfite. Ça va, vous gagnez la partie, je vais vous aider…

By deviantyk, on Deviantart

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Madame Fassbinder leur fit signe de la suivre et se dirigea vers des rayonnages que Moïra n'avait encore jamais vus, un peu en retrait par rapport aux collections habituelles, et protégés par des portes à fin grillage. La bibliothécaire sortit une petite clé de sa poche et ouvrit l'une des portes. A l'intérieur se trouvait cinq planches sur lesquelles s'alignaient de petits ouvrages reliés de cuir. Certains possédaient une tranche relativement ouvragée, mais la plupart étaient en cuir uni, de telle sorte qu'il était difficile de les différencier pour un œil non averti. D'une main experte, Madame Fassbinder préleva délicatement un des ouvrages et l'emporta vers un pupitre prévu pour la consultation des ouvrages précieux. La reliure craqua légèrement à l'ouverture du livre, comme pour protester d'être tiré de sa léthargie quasi-millénaire.

– Sean… souffla Moïra. Que lui as-tu demandé? Quel est ce livre qu'elle vient d'ouvrir?

– Patience, patience, tu vas comprendre… lui répondit-il.

– Ceci, ma jeune demoiselle, tempêta la bibliothécaire qui avait entendu la question de Moïra, est un ouvrage TRÈS ancien et TRÈS précieux. Vous serez priée de le manipuler avec toutes les précautions possibles. Tenez, enfilez cela!

Elle lui tendit une pair de gants verts sapin, sans doute conçus pour limiter le dépôt de transpiration humaine sur le fragile vélin du manuscrit. S'étant équipée, Moïra commença à tourner les pages du livre. Elle fut un peu déçue par l'expérience, s'attendant à découvrir de superbes enluminures à chaque coin de page. Mais ce manuscrit-ci était écrit d'une main malhabile, et le texte n'était ponctué que de quelques lettrines sans grande prétention. De plus, le cuir et le vélin exhalaient une désagréable odeur de renfermé et de restes moisis.

– Que suis-je censée chercher? demanda Moïra, qui ne comprenait même pas le texte sous ses yeux. L'écriture est étrange, je ne sais pas la déchiffrer…

– Ceci, ma petite dame, est du vieil ostrogoth. D'après Monsieur le Leprechaun ci-présent, le texte cité par votre tante a été prononcé dans la langue de l'inframonde. L'ouvrage que vous avez devant vous est en réalité un ancien traité ostrogoth donnant des indices sur la façon de traduire cette langue de l'inframonde.

– Mais… je ne sais pas lire l'ostrogoth…

– Attendez-moi ici, je reviens tout de suite!

Tandis qu'elle s'éloignait, Moïra observa l'ouvrage qu'elle avait entre les mains, et soudain, une idée étrange et dangereuse germa dans son esprit. Elle sortit les gommes parfumées de sa poche et, ouvrant une page au hasard, elle entreprit d'effacer en douceur le texte manuscrit.

– Mais qu'est-ce que tu fait!!! s'écria Sean, affolé. Laisse ça! Tu vas tout détruire…

– Non, non, laisse-moi faire! C'est quelque chose que j'ai appris à mes cours de codicologie. Si j'ai raison, ceci pourrait beaucoup nous aider…

– Et si tu as tort?

– Alors il ne nous reste plus qu'à espérer que ces gommes n'effaceront rien du texte de ce livre…

Gommant doucement les lignes manuscrites, Moïra s'exclama joyeusement au bout de quelques secondes. En y regardant de plus près, les lettres en surface s'estompaient, laissant la place à d'autres écritures, peu déchiffrables car en grande partie effacées, mais plus compréhensibles que l'ostrogoth…

– Du français! s'enthousiasmèrent-ils en même temps.

– Un palimpseste, murmura Sean. J'aurais dû m'en douter… Que dit le texte que tu viens de mettre à jour?

– Cela parle d'une porte… d'une porte noire, tracée à même l'étoffe de la nuit…

– La porte de l'inframonde, oui. C'est certain, nous avons trouvé le bon livre! Passe au chapitre suivant, peut-être en saurons-nous plus…

Moïra feuilleta l'ouvrage et recommença à gommer quelques pages plus loin, retenant son souffle.

– Oui, c'est ça! J'ai trouvé! "Le langage de l'inframonde ne peut être prononcé que par un habitant de l'inframonde lui-même. Ceci dit, un habitant de l'inframonde peut choisir de transmettre un message dans le monde du haut par le biais d'un porteur mortel grâce à ce qu'on appelle un sort de réminiscence ectoplasmique." Donc celui qui m'a fait parvenir ce message provient de l'inframonde!

– Oui, j'en ai peur, dit Sean, peu rassuré. Continue ta lecture, peut-être trouverons-nous des indices sur la teneur du message…

– "Le destinataire ne pourra peut-être pas comprendre la langue de l'inframonde, dans ce cas plusieurs choix s'offrent à lui. Soit il choisit de descendre dans l'inframonde en personne, à ses risques et périls, pour trouver l'expéditeur du message. Auquel cas il lui faudra au préalable trouver le nom exact de l'expéditeur en saupoudrant le porteur de message de poudre de palimpseste. Soit il choisit de trouver un des quelques traducteurs accrédités qui séjournent non lui de chacune des six cent soixante-six portes menant vers l'inframonde."

– Et bien voilà notre réponse…

Mais Sean fut interrompu dans sa réflexion par une Madame Fassbinder en furie…

– Mon livre!! Qu'avez-vous fait à mon livre!!

– Je vais l'occuper le temps que tu récoltes cette fameuse poudre de palimpseste. Et après… on file! fit Sean.

– La poudre de palimpseste? Mais qu'est-ce…?

[ouvrir le paquet]

Regardant le pupitre, Moïra comprit alors. Sortant une petite fiole de verre de sa sacoche, elle y fit tomber quelques rognures de gomme, repositionna le petit bouchon de liège, et décampa en vitesse.

Rendez-vous demain pour la suite de l'histoire…

[Noël 2014] Once upon a swap – 9 décembre

Once upon a swap…

Jour 10…

By Corvinerium on Deviantart

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"Bon, plus sérieusement…" Sean s'était subitement rembruni. "Pour répondre à tes questions, cette langue que ta tante a parlé tout à l'heure… Il s'agit d'une langue ancienne, elle n'est pratiquement plus employée à l'heure actuelle. Il s'agit surtout d'une langue rituelle que les habitant du Petit Peuple utilisaient pour invoquer les créatures de l'inframonde. Des démons, des incubes, des revenants… Ce n'est pas de la magie noire à proprement parler, car elle n'est pas nécessairement utilisée dans des buts funestes. Mais elle est malgré tout à prendre avec des pincettes, et non des moindres.

– Mais que s'est-il réellement passé, tout à l'heure? Renelle connait-elle cette fameuse langue, ou quelqu'un a-t-il pris contact avec nous par le biais du corps de ma tante?

– Je crains que la seconde option ne soit à envisager. Quant à savoir qui a jeté ce sort, qui avait tant besoin de délivrer ce message, c'est une autre pair de planches!

– As-tu la moindre idée de ce qui signifiait le message?

– C'est bien là le problème… je ne pratique pas la langue de l'inframonde. J'ai connut, dans le temps, quelqu'un capable de traduire ce genre de texte, mais quoiqu'il soit devenu de ce quelqu'un, il y a des années que je n'ai plus eu vent de lui.

– Que faire alors? Nous sommes dans une impasse… ou…

Le visage de Moïra s'illumina soudain comme si le jour s'était fait dans son esprit après une longue matinée de brume dense.

– Mais oui, bien sûr! La bibliothécaire de l'Université! Elle en connaît un rayon sur à peu près tout!

– Un rayon! s'esclaffa Sean. C'est le cas de le dire!

– En tout cas, si elle ne connaît pas la solution, elle pourra sûrement nous renseigner quelqu'un qui pourra nous aider…

– Alors en route! Qu'est-ce que t'attends!!"

S’emmitouflant chaudement, ils prirent la direction de la prairie et du passage menant à l'Université. Mais les vacances d'hiver aidant, le campus était désert. Même la bibliothèque résonnait du chaos assourdissant du silence. Moïra était très surprise par l'absence de Madame Fassbinder, qui aimait passer des heures, voire des jours, entre les rayonnages à fouiller entre les feuillets moisis. Elle ne s'absentait pratiquement jamais, même pour les vacances. Dépitée, Moïra s'approcha du comptoir d'où Madame Fassbinder écoutait les requêtes des lecteurs. Pour une raison inconnue, son regard fut attiré par…

[Ouvrir le paquet]

By Crestfallenforyears on Deviantart

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…par un petit cadre en forme de cœur. D'apparence banale, quoi qu'il fut plutôt joli, ce n'est pas le cadre en lui-même qui chiffonnait Moïra, mais bien le fait qu'elle pensait avoir perçu un mouvement dans la photo qu'il mettait en valeur. Sur le cliché, on pouvait voir la bibliothécaire poser d'un air fier, un gros chat noir en apparence peu ravi dans les bras.

Elle regarda de plus près la photo. Mais non, elle n'avait pas rêvé! Madame Fassbinder venait tout juste de hausser un sourcil! C'était flagrant, et pourtant…

"Dit donc, Sean, tu avais mit quelque chose de particulier dans ton tabac de tout à l'heure?

– Euh… Quelque chose comme quoi?

– Je ne sais pas moi… Champignon, drogue, substance hallucinogène, ce genre de chose…

– Désolé, j'ai laissé mon tabac d'amanite à la maison, railla-t-il. Non, non, il s'agissait de tabac tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Il y a un problème?

– Ah ça oui! La photo… je viens de voir bouger celle qu'elle représente…

– La bibliothécaire? Vraiment? Fais-moi voir ça…"

Sean examina le portrait et se prit à sourire.

" – Bien sûr, bien sûr… Une ruse vieille comme le monde! Attends, tu vas voir…"

Sur ce, il retourna le petit cadre et en frappa l'arrière à l'aide de son doigts recourbé. L'effet ne se fit pas attendre, une sorte de fumée grasse et étrangement odorante sortit de derrière le verre, et Madame Fassbinder prit progressivement forme devant son bureau. Elle paraissait furieuse…

"Qui OSE?!?" s'emporta-t-elle…

Rendez-vous demain pour la suite de l'histoire…

[Noël 2014] Once upon a swap – 8 décembre

Once upon a swap…

Jour 9…

By BlankoCosplay on Deviantart

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Renelle n'avait pas encore fait coulé l'eau de son bain que déjà le Leprechaun reprenait sa forme originale, le porte-clé se muant en bijou du plus bel effet sur son oreille démesurément allongée. Il regarda Moïra d'un air très entendu :

"Et maintenant, jeune fille, tu sais ce qu'il nous reste à faire, n'est-ce pas?

– Euh… Trouver le lanceur de sort, je suppose?

– Quelque chose dans cette affaire ne tourne pas rond… Mais en tout cas une chose est certaine, tout tourne autour de toi!

– Mais dis-moi, quel était ce langage que ma tante a employé tout à l'heure? Et qu'a-t-elle dit exactement?

– Je ne suis pas un spécialiste en la matière, malheureusement… Je t'expliquerai ce que je sais, quant au reste, il nous faudra peut-être faire appel à un extérieur… Mais sortons, j'ai besoin de prendre un peu l'air."

Moïra l'amena sans hésiter au jardin, où ils seraient à l'abri de la vue des passants. Vous savez comme cela se passe, dans les villages, quelqu'un croit avoir vu quelque chose et cinq minutes plus tard tout le monde est au courant. Sean choisit une portion de mur où la mousse était plus abondante, et s'y installa, sortant une longue pipe ouvragée de sa chemise.

" Tu fumes? demande Moïra, mi-étonnée, mi-blasée.

– Comme 90% des créatures magiques en mon genre, oui. Pourquoi? Ça te pose un problème?

– Non, non, pas du tout. C'est juste que ma tante prend toujours tellement soin de son petit jardin. Ça te dérangerai de mettre tes cendres dans ceci?

[Ouvrir le paquet]

– Grande sotte, va! Ce n'est pas une cigarette, et les cendres, je les garde pour moi! D'ailleurs, c'est excellent au petit-déjeuner. Nous les Leprechauns apprécions beaucoup une bonne bouillie de tabac froid au lever du lit.

– Beurk, tu m’écœures…

– C'est parce que tu ne sais pas ce qui est bon!

Rendez-vous demain pour la suite de l'histoire!

[Noël 2014] Once upon a swap – 7 décembre

Once upon a swap…

Jour 8…

By Loopydave, on Deviantart

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Il y a des jours ainsi, où chaque minute qui passe comporte son lot de rebondissements. Mais celui était juste… inattendu! Moïra ne savait que faire face à ce nouveau péril, jamais encore elle n'avait entendu parler de personnes qui rentrent en transe et se transforment en machines à bulles géantes… La seule solution résidait en l'intervention de Sean, s'il pouvait y faire quoi que ce soit. Mais Sean n'était visible nul part, et ne le serait peut-être pas tant que Renelle serait dans les parages, en transe ou non…

Moïra cria après lui, mais n'eût évidemment aucune réponse du Leprechaun. Elle retourna au salon malgré sa réticence à laisser sa tante flotter seule dans le couloir de la cave, mais ne trouva nulle part trace de la créature magique. Très découragée, elle s'apprêtait à redescendre les escaliers menant aux soubassements lorsqu'une idée de génie lui traversa l'esprit. Mais oui, bien sûr! L'armoire à chaussures! Sean a bien dit qu'il aimait les réparer, non? Ouvrant le placard où sa tante rangeait minutieusement ses escarpins et autres pantoufles, elle fouilla les étagères du regard, espérant y trouver son nouvel ami. Mais à nouveau, celui-ci restait invisible.

C'est alors qu'une petite voix se fit entendre. Moins qu'une voix, un léger chuchotement qui tenait plus d'un mélange entre un courant d'air et un grincement de porte mal fermée. Mais Moïra avait beau regarder autour d'elle, pas moyen d'en déterminer la provenance. L'intérieur du placard? De toute évidence, non… Le haut de l'armoire? Tu refroidis, Moïra… La porte du placard? Ah, ça se réchauffe… Plaquant son oreille près de la poignée, elle put entendre le son de façon plus distincte. Cela semblait venir de… de la serrure? En y regardent de plus près, elle fut très surprise de constater que la clé avait une forme différente, une forme de… lutin!

"Ah, parce qu'en plus de réparer les choses cassées, tu es un métamorphe?" fit-elle, ahurie.

La clé tomba de la serrure et le Leprechaun reprit peu à peu sa forme de vilain lutin.

"Je suis un être féerique, l'aurais-tu déjà oublier?" dit-il d'un ton presque offusqué.

– C'est que je m'attendais à tout, sauf à ça… Bon, trêve de discussion, nous avons un problème à régler, tous les deux…"

Sur ce, Moïra entraîna Sean à la cave et lui montra sa tante changée en pousse-mousse flottant.

"Ah ça, pour sûr, c'est un problème…"

Après plus ample examination, Sean conclut à un acte de terrorisme magique dont l'auteur sera à déterminer ultérieurement. Le plus urgent étant de trouver l'origine du sort dont Renelle était victime…

"Elle s'apprêtait à prendre un bain lorsque je l'ai retrouvée dans cet état, précisa Moïra.

– Ah, voilà un fait intéressant, il me faut donc inspecter la baignoire, je suis sûr qu'on y trouvera l'objet du crime."

Le Leprechaun avait un petit air de Sherlock Holmes avec sa mine sérieuse et ses yeux qui furetaient partout. Si la situation avait été différente, Moïra se serait sans doute surprise à sourire. Le petit être s'arrêta soudain avec beaucoup d'intérêt devant un savon rose à l'apparence plutôt banale.

"Je sens des vibrations émanant de ce drôle de pavé rose… L'odeur est… plutôt flippante!

– C'est… juste du savon…

– Oui, mais pas QUE du savon! Je sens comme une réminiscence ectoplasmique, mais c'est assez faible. A mon avis, ta tante doit être une dame très sensible, car en théorie ce type de magie ne fonctionne pas, ou peu, sur des êtres mortels.

– Alors là, il va falloir que tu m'expliques… Je ne suis qu'en première année, moi!

– Bon, pour faire bref, ce savon d'une provenance douteuse a été ensorcelé par un revenant. Ce type de magie est censée n'affecter que les êtres magiques, à qui un message est envoyé, ainsi que l'ordre de le délivrer à un mortel bien précis, spécifié par le jeteur de sort. Le sort veut que la créature ensorcelée ne peut connaître le repos tant que le message n'est pas dûment délivré au destinataire. Je suppose qu'il m'était destiné, et il est très malheureux que ce sortilège ait été jeté… sur un savon. C'est connu, les Leprechauns n'aiment pas l'eau! Et encore moins les bains…

– Hmmmm… je comprends mieux l'odeur… Alors, que suggères-tu que nous fassions?

– Eh bien, donnons-lui la permission de délivrer son message!"

By liiga, on Deviantart

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Et, s'approchant de Renelle, il dit d'un ton impérieux :

"Parle, jeteur de sort! Par l'intermède de dame Renelle ci-présente, je t'ordonne de nous donner l'accès à l'information que tu détiens!"

Les bulles roses se dissipèrent alors, et Renelle, redressant la tête, parla d'une inquiétante voix d’outre-tombe :

"Neges i Moira
Y diwrnod pan oedd y Meseia ei eni
byddwch yn gweld y sêr o eira
un a ydych chi am"

Puis sa tête retomba et elle se posa en douceur sur le sol. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, c'était comme s'il ne s'était jamais rien passé. Elle fixa Moïra en papillotant des paupières, puis s'en fût s'enfermer dans la salle de bain en grommelant quelque chose d'inintelligible. Moïra voulut poser une question à Sean, mais celui-ci avait de nouveau disparu. Bien sûr, Renelle étant revenue à elle, il ne voulait pas qu'elle eût vent de son existence. En lieu et place du Leprechaun se trouvait une petite clé en forme de lutin, que Moïra prit et qu'elle glissa à son porte-clé nouvellement acquis…

[ouvrir le paquet]

Rendez-vous demain pour la suite de l'histoire!

[Noël 2014] Once upon a swap – 6 décembre

Once upon a swap…

Jour 7…

By snoek06, on Deviantart

By snoek06, on Deviantart

L'idée que Renelle pourrait découvrir Sean en descendant au salon percuta Moïra, qui se retourna vivement vers le Leprechaun. Mais celui-ci avait déjà disparu. Seule une légère déclivité des coussins trahissait sa présence. S' il s'était-il caché ou s'il était-il parvenu à se rendre invisible, Moïra n'aurait su le dire. Seul le résultat comptait.

Pourtant, lorsque Renelle arriva dans le salon, elle avait la mine de quelqu'un qui venait de voir un revenant.

"Tout va bien, tante Renelle? s'inquiéta Moïra. Tu n'as pas l'air fort dans ton assiette…

– C'est que… j'ai entendu du bruit alors que je repassais mon linge. Comme je ne savais pas que tu étais rentrée, j'ai pensé qu'il aurait pu s'agir d'un cambrioleur.

– Un cambrioleur ici? Mais tu n'y penses pas! Il n'y presque rien à voler… fit Moïra de son air le plus candide.

– Tu n'as pas idée de ce que quelqu'un en manque d'argent peut faire…

– Tu es sûre que tout va bien? Tu es toute pâle…

– Ma foi, je… je me disais qu'un bon bain me ferait du bien. Peut-être ai-je attrapé froid et que me mettre au chaud me serait bénéfique.

– OK, pas de problème. Je vais un peu réviser mes cours en attendant que tu reviennes, ensuite nous boirons un bon thé, toutes les deux. Ça te va?

– Oui… oui, faisons cela…"

La salle de bain, assez étrangement, se trouvait dans la cave, dans une petite pièce aux murs lambrissés de bois clair. L'atmosphère y était chaleureuse, mais Moïra n'aimait guère passer par la cave qui y donnait accès. Le couloir était plutôt humide, et il n'était pas rare d'y croiser de grosses araignées des marais, noires, poilues et répugnantes. Elle avait beau savoir que les araignées apportaient bonheur et prospérité aux foyers qu'elles choisissent de squatter, elle ne les trouvait pas moins dégoûtantes pour la cause.

Renelle descendit à la salle de bain, mais même après un quart d'heure, Sean n'était toujours pas réapparu. Moïra trouva cela bizarre, mais ne s'en soucia pas trop. Elle alla chercher un grand livre de notes dans sa chambre et se réinstalla au salon pour le potasser sur le divan.

Elle était à peine plongée dans sa lecture que de grosses bulles roses vinrent flotter devant son nez. Étonnée, elle chercha d'où elles pouvaient venir…

[Ouvrir le paquet]

Elle n'avait jamais vu de bulles aussi énormes. Elles étaient de couleur rose, et luisaient de reflets irisés de toute beauté. Comme par hasard, elle s’échappaient de la porte de la cave. Moïra soupçonna que Renelle avait mis un peu trop de savon dans l'eau de son bain… Mais comme elle n'entendait aucun des bruits de clapotis habituels, elle entreprit de descendre discrètement, pensant aller frapper à la porte de la petite salle de bain pour s'assurer que tout allait bien.

Mais elle n'eut pas le temps d'arriver jusqu'à la porte… À sa grande stupeur, sa tante flottait dans l'air du couloir de la cave, la tête renversée en arrière. De sa bouche grande ouverte sortaient des kyrielles de ces bulles roses apparues au salon. Mais quelle était donc cette diablerie? Et Sean qui ne daignait toujours pas sortir de sa cachette…

Rendez-vous demain pour la suite de l'histoire!

[Noël 2014] Once upon a swap – 5 décembre

Once upon a swap…

Jour 6…

By idilsalihakuntuz on Deviantart

By idilsalihakuntuz on Deviantart

C'est ainsi que Moïra et Sean prirent le chemin de retour, devisant gaiment et profitant des premiers flocons de l'hiver. Sean essayer, de par certaines de ses questions, de comprendre mieux Moïra et de déterminer ce qu'elle pourrait bien avoir de si important à réparer. Bien sûr, il fut longtemps question de Nathaniel, de son déménagement temporaire chez sa tante Renelle et de son entrée de l'Université. Le sujet était difficile à aborder pour Moïra, aussi préférait-elle souvent garder les yeux rivés au sol gelé depuis peu.

Une heure et demi plus tard, il arrivèrent sur le pas de la porte de Renelle, les joues rosies par l'air frais et la marche. Moïra s'apprêtait à tourner la grosse poignée de la porte bleue pétrole lorsqu'elle remarqua une petite enveloppe blanche glissée sous le paillasson.

"Tient? fit-elle remarquer. On dirait que le facteur est passé… je croyais qu'il ne circulait pas le samedi.

– Vos facteurs à vous, oui. Les nôtres, eux, passent quand nous en avons besoin, expliqua le Leprechaun, qui aimait beaucoup mettre en lumière les différences entre le Petit Peuple et les humains.

– C'est étrange, elle n'est ni timbrée, ni cachetée. Peut-être un voisin qui aurait glissé ses bons vœux pour ensuite filer en douce?

– Ou encore un admirateur secret, pouffa Sean.

– Ouais, moque-toi, va…"

Elle pénétra dans le hall d'entrée, enleva ses chaussures de marche et montra au Leprechaun comment s'essuyer les pieds sur le torchon. Mais la curiosité l'emportait déjà, et elle ne put se retenir plus longtemps d'ouvrir la mystérieuse missive. Se coulant dans le divan de cuir du salon, elle s'assit en tailleur et entreprit de déplier doucement le rabat de l'enveloppe. Sean s'assit à ses côtés, l'air intrigué.

– On dirait que l'enveloppe contient un petit objet. Elle est plus lourde qu'une lettre ordinaire…

Moïra regarda à l'intérieur avec une mimique dubitative, et en sortit une photographie sépia, ainsi que… [ouvrir le paquet!]

… un petit porte-clé ancien. La photographie n'était autre qu'un portrait de son chat, Tolkien, resté chez ses parents, et qui lui manquait par ailleurs beaucoup. Elle s'émut de revoir ses grands yeux intelligents et son pelage noir qu'elle aimait tant câliner autrefois.

– C'est Tolkien, mon chat, expliqua-t-elle. J'espère qu'il va bien…

Au petit porte-clé était suspendue une petite figurine de chat, dans laquelle brillait deux petits strass qui représentaient les yeux. Mais aucune lettre ne venait expliquer l'arrivée de ce pli au mystérieux contenu. Sean eut alors l'idée de retourner la photo. En effet, au verso figuraient quelques lignes manuscrites, que Moïra s'empressa de lire.

"Ma chérie, Monsieur Tolkien m'a pressée de t'envoyer ce cliché de sa personne. Il m'a également demandé, dans son langage de chat, de te faire parvenir ce porte-clé qu'il a ramené un jour du jardin. Dieu seul sait où il l'a trouvé, mais soit, puisse-t-il t'être utile. Je pense fort à toi. Affectueusement, Maman."

– Ma mère a toujours pensé qu'elle pouvait comprendre ce que disent et pensent les chats, s'excusa presque Moïra, comme si sa mère était à moitié folle.

– Et c'est peut-être bien le cas, affirma Sean. Certaines personnes le peuvent, mais on ne sait toujours pas comment cela est possible.

– Eh bien, puisse-t-elle avoir raison, dans ce cas. Et espérons que ce porte-clé ne soit rien qui puisse me porter malheur… comme on ne connaît pas son origine…

– Je ne pense pas qu'il soit négatif. Si c'était le cas, ton chat ne te l'aurais pas fait parvenir. A moins que tu sois en mauvais termes avec lui, bien sûr…

– Non, pas du tout, on s'adore, lui et moi. Mais peut-être m'en veut-il un peu d'être partie sans lui…

– Pourquoi ne le prends-tu pas ici?

– Il ne s'entend pas avec Myrtille, le chat de Renelle. Comme beaucoup de chats blancs aux yeux bleus, elle est sourde et a parfois fort mauvais caractère.

Du bruit se fit entendre dans l'escalier qui montait à l'étage. Renelle était sur le palier, s'apprêtant à descendre au salon…

Rendez-vous demain pour la suite de l'histoire!