[Chronique] Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

J'ai beaucoup apprécié ce recueil, même si toutes les nouvelles ne se valaient pas. Mes préférées restent quand même les nouvelles les plus longues qui constituent les deux derniers tiers du roman.
Bien sûr, dans chaque nouvelle, sans exception, on retrouve le style inimitable de Lovecraft, ses phrases alambiquées, son vocabulaire si particulier, son talent pour le suspens, le dévoilement progressif de l'intrigue.
Les thèmes, aussi, m'ont enchantée. On y retrouve la mythologie si particulière à l'auteur, celle-là même qui a fait sa renommée.

Acherontia

Synopsis…

Howard Phillips Lovecraft est sans nul doute l’auteur fantastique le plus influent du xxe siècle. Son imaginaire unique et terrifiant n’a cessé d’inspirer des générations d’écrivains, de cinéastes, d’artistes ou de créateurs d’univers de jeux, de Neil Gaiman à Michel Houellebecq en passant par Metallica.

Le mythe de Cthulhu est au cœur de cette œuvre : un panthéon de dieux et d’êtres monstrueux venus du cosmos et de la nuit des temps ressurgissent pour reprendre possession de notre monde. Ceux qui en sont témoins sont voués à la folie et à la destruction.

Onze récits du mythe sont ici réunis dans une toute nouvelle traduction.

Si vous l’osez, pénétrez dans la caverne d’un monstre légendaire dont l’existence même devrait être impossible, aventurez-vous à Red Hook au risque d’y croiser l’horreur absolue, ou encore entrez dans la maison maudite abritant une créature ancestrale cauchemardesque, qui pourrait bien décider de vous y retenir… à jamais.

 

[Chronique] Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon troisième roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour septembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Généralités…

Le présent recueil se compose de onze nouvelles et novellas (format se situant entre la nouvelle et le roman court). L'ordre des nouvelles semble établi en fonction de leur taille, en allant de la plus courte à la plus longue

Chaque nouvelle est illustrée d'un frontispice réalisé par Loïc Muzy, et le centre du recueil est doté d'un cahier d'illustrations réalisées par le même artiste, très talentueux, vous en conviendrez. 

Le livre…

Le livre est une nouvelle très courte, mettant un scène un homme qui achète par hasard un mystérieux livre ancien. La lecture de ce livre l'amènera aux confins du réel, là où la folie se mêle aux cauchemars. 

Sans pour autant être une mauvaise nouvelle, je l'ai trouvée bien trop courte que pour développer un tel sujet. Du coup, la chute est trop floue, elle laisse trop de place à l'interprétation.

 

Je revois le vieil homme ricaner d'un air mauvais, puis faire un signe curieux de la main lorsque j'emportai l'ouvrage. Il avait refusé tout paiement, et ce n'est que bien plus tard que je compris pourquoi. Alors que je me hâtais de rentrer par les ruelles tortueuses et embrumées longeant la rive, j'eus l'effrayante impression d'être suivi par des bruits de pas qui se voulaient furtifs. Des deux côtés de la chaussée, les antiques bâtisses branlantes paraissaient désormais animées par une méchanceté malsaine, comme si le sol venait brusquement de s'ouvrir pour laisser échapper quelque courant aux desseins maléfiques. Les murs et les pignons encorbellés en brique moisie, en plâtre et bois vermoulu, avec leurs carreaux en losange qui me dévisageaient tels des yeux menaçants, semblaient avoir une irrésistible envie de s'avançer pour me broyer… Et pourtant, je n'avais déchiffré qu'une minuscule partie de la formule blasphématoire avant de refermer le livre et de l'emporter.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

Le monstre dans la caverne…

Le monstre dans la caverne raconte l'histoire d'un touriste qui se perd dans une caverne au sujet de laquelle on raconte de nombreuses légendes. Ces légendes tournent pour la plupart autour de visiteurs qui se seraient perdus et auraient fini leurs jours de bien triste façon, dans la faim et la solitude. 

Pour moi, il s'agit à nouveau d'une nouvelle en demi-teinte. Elle n'est pas vraiment mauvaise, mais je m'attendais à la chute finale, ce qui est toujours assez décevant. Peut-être qu'à son époque, Lovecraft a su surprendre avec ce récit, mais au 21e siècle, le lecteur s'attend à un peu plus d'ingéniosité. 

 

Était-ce déjà la délivrance? Mes atroces appréhensions avaient-elles été sans objet? Le guide était-il parti à ma recherche dans ce labyrinthe de calcaire après avoir remarqué mon absence anormale? Alors que ces questions me trottaient dans la tête, j'étais sur le point de me remettre à crier afin de précipiter mon sauvetage lorsque, soudain, la jubilation fit place à l'horreur ; mon ouïe, fine de nature et rendue plus sensible par le silence absolu qui régnait dans cette caverne, apprit à mon cerveau embrumé – et pour ma plus grande terreur – que ces pas n'avaient rien d'humain.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

L'étranger…

Il m'est vraiment très difficile de résumer cette nouvelle sans vous spoiler l'intrigue. Je me contenterai donc de vous dire qu'elle est écrite à la première personne. Elle est racontée par le personnage central, un jeune homme qui vit reclus dans un endroit sombre et inconnu. Il semble ne rien connaître de son passé, et est désireux de voir ce qu'il y a à l'extérieur de l'endroit où il vit, par-delà les arbres et la tour sombre. Peut-être son aventure sera-t-elle révélatrice quant à son identité et son passé…

J'ai adoré la chute de cette nouvelle! Je ne m'y attendais pas vraiment, et l'auteur est parvenu à me surprendre. Malheureusement, une fois que l'on a capté le passé du jeune homme, la fin est un peu trop floue quant à son devenir.

 

Je ne hurlai pas, mais toutes les horreurs qui chevauchent le vent nocturne s'en chargèrent pour moi à la seconde où, d'un seul coup, s'abattirent sur mon esprit, en une fulgurante avalanche, des souvenirs à vous anéantir l'âme. Je me rappelai instantanément tout ce qui avait été ; je me souvins de ce qui avait précédé l'effroyable château et les arbres, et reconnus, malgré les changements, l'édifice dans lequel je me trouvais ; pire que tout, à l'instant où je rompis le contact entre nos doigts souillés, je reconnus la diabolique abomination qui se tenait face à moi avec son regard mauvais.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

L'indicible…

Deux amis de longue date discutent de nuit, assis sur une tombe bien mystérieuse. De sombres légendes circulent à propos de cette tombe et de la maison qui lui fait face. Un des deux amis, très cartésien, n'y croit pas du tout. L'autre, plus fantaisiste, y croit dur comme fer et tente de convaincre le premier.

Une très bonne nouvelle, encore que trop courte, j'aurais aimé en savoir plus! J'ai aimé ce parfum de folie et de sombre magie qui se dégage du récit. Le dialogue entre les deux amis, tellement différents l'un de l'autre, est très intéressant et constitue un excellent fil rouge à l'histoire.

 

 

Quelle affaire horrible! Pas étonnant que les étudiants sensibles frissonnent encore en pensant au Massachusetts de l'époque puritaine. On en sait si peu sur ce qui se cachait derrière les apparences… si peu, et pourtant, quelle effroyable putréfaction l'on sent macérer dans ces terribles aperçus qui remontent parfois à la surface, telles des bulles de gaz s'échappant d'un noyé en décomposition! La terreur de la chasse aux sorcières fut comme un horrible faisceau de lumière braqué sur les monstruosités qui mijotent dans le cerveau torturé des hommes… mais même cet épisode n'est qu'une anecdote insignifiante. Il n'y avait ni beauté, ni liberté ; les vestiges de l'architecture et des objets quotidiens en témoignent, de même que les sermons venimeux des prêtres à l'esprit étroit. Et sous cette camisole de fer rouillé, tout n'était que hideur bredouillante, perversion et diabolisme. Cette période fut vraiment l'apothéose de l'Innommable.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

La tombe…

Un jeune homme très intelligent et au caractère rêveur passe le plus clair de son temps à flâner dans la campagne, quand un jour, il découvre un étrange mausolée oublié de tous. Il s'agit d'un caveau très ancien dont la porte est fermement cadenassée. Petit à petit, ce caveau va s'insinuer dans ses pensées, l'obsédant et le poussant à trouver une solution pour y pénétrer.

À nouveau, nous voici en présence d'une chouette nouvelle , entre folie, possession et prédestination. Malheureusement, ici aussi la chute était assez prévisible. J'ai assez vite capté de quoi il retournait. La faute, sans doute, à notre époque et au fait que ce type d'histoire nous est connu depuis longtemps. Peut-être qu'à l'époque de Lovecraft, ce thème était plus inédit, et que donc il parvenait à surprendre ses contemporains. Mais le charme de l'écriture de l'auteur rattrape tout, ne vous en faites pas!

 

C'est dans la douce lumière de la fin d'après-midi que j'entrai pour la première fois dans le tombeau du coteau oublié. J'étais comme ensorcelé, et mon coeur battait à tout rompre sous l'effet d'une exultation que je ne saurais décrire de la manière qui conviendrait. Je refermai la porte derrière moi et, à la seule lumière de ma chandelle, descendis les marches dégoulinantes. J'avais l'impression de connaître le chemin et, malgré le grésillement de la bougie qui s'étouffait dans l'atmosphère viciée des lieux, je me sentais étrangement à l'aise parmi ces odeurs de caveau et de moisissure.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

Le modèle de Pickman…

Un artiste écrit une lettre à un confrère au sujet d'un autre ami artiste qui, à une époque, peignait dans le même atelier qu'eux. Le narrateur se dit fasciné par le travail de Pickman, l'artiste en question, et ceci bien que tout le monde lui ait tourné le dos en raison du caractère morbide de ses toiles. Il raconte à son collègue la visite qu'il fit de l'atelier de Pickman et ce qu'il y apprit.

Il s'agit sans aucun doute de la nouvelle qui permet véritablement au lecteur de pénétrer dans l'univers de Lovecraft. Un peu plus longue que les précédentes, elle montre tout le talent de l'auteur à dépeindre les pires horreurs qui existent sur (ou sous) terre. La description des peintures et l'évocation des techniques picturales est bluffante, si bien qu'on s'imagine à merveille l'horrible rendu de l'art de Pickman. La chute est sympa, elle aussi. Une belle chute propre à glacer le sang…

C'était un blasphème colossal et indescriptible aux yeux rouges et furieux, qui tenait ce qui restait d'un homme entre ses serres décharnées. Il rongeait la tête de sa victime comme un enfant mordille un sucre d'orge. Il paraissait tapi, si bien qu'en le regardant on avait l'impression qu'il pourrait à tout moment lâcher sa proie pour se mettre en quête d'un morceau plus juteux. Mais par tous les diables! ce n'est même pas le sujet, si détestable, qui me plongea dans une panique immortelle ; non, ce n'est pas ça, ni même la face de chien avec ses oreilles pointues, ses yeux injectés, son nez aplati et ses lèvres baveuses. Ce ne sont pas non plus les griffes squameuses, ni le corps couvert d'une croûte de moisissure, ni les pieds à moitié fourchus…

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

Les rats dans les murs…

Un jeune homme célibataire s'installe dans une maison ayant appartenu à ses ancêtres. Très vite, des phénomènes étranges surviennent. Lui et son chat entendent des grattements dans les murs, comme s'il s'agissait de rats pris au piège entre la maçonnerie et les tapis.

Comme dans de nombreux récits de Lovecraft, on sent que le personnage principal sombre peu à peu dans la folie tandis que les événements étranges vont en s'amplifiant et qu'il découvre certaines révélations au sujet de ses ancêtres. On retrouve un des thèmes chers à l'auteur, celui de l'hérédité et de la prédestination. J'ai apprécié cette nouvelle pour son côté progressif (les indices menant à la finale sont révélés au compte-goutte) et pour sa chute surprenante et morbide. 

 

Je me couchai tôt, car j'étais très fatigué ; mais je fus tourmenté par des rêves de la pire espèce : il me semblait que je contemplais depuis une immense hauteur une grotte crépusculaire au sol couvert d'une couche de déchets qui arrivait aux genoux d'un porcher démoniaque à barbe blanche menant avec son bâton un troupeau de bêtes flasques et fongueuses dont l'apparence m'inspirait une indescriptible répulsion. Tout à coup, alors que le porcher venait de s'arrêter et commençait à piquer du nez, une formidable nuée de rats s'abattit sur l'abîme malodorant et dévora aussi bien les bêtes que leur gardien.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

L'horreur de Red Hook…

Thomas Malone, détective à Red Hook, évoque un incident qu'il y a vécu et qui lui aurait suscité la phobie des grands buildings. Il décrit en détail comment était Red Hook à cette époque, avec ses gangs, ses crimes et ses arrivées massives d'étrangers, ces dernières l'ayant mené sur la piste d'une sorte de secte. Il nous raconte alors le cas de Robert Suydam, un étrange reclus qu'il relie aux faits étranges ayant eu lieu à Red Hook. 

Cette nouvelle n'est sûrement pas la meilleure de Lovecraft, encore qu'elle ne soit pas dénuée d'intérêt. J'ai aimé la façon dont la magie noire et la démonologie était traitées, et le fait qu'à nouveau, l'intrigue ne se dévoile que progressivement. Mais j'ai trouvé certains aspects de l'histoire de Suydam un peu brouillons, et le fait que Lovecraft affiche ouvertement sa xénophobie me dérange franchement. 

Des avenues plongées dans une nuit infinie semblaient rayonner dans toutes les directions, si bien que l'on pouvait se demander s'il ne s'agissait pas des racines d'une contagion destinée à corrompre et dévorer des villes, à étouffer les nations dans la fétidité de cette peste hybride. C'est là que le mal cosmique avait pénétré ; là qu'il s'était envenimé sous l'effet de rites impies ; et c'est là qu'avait commencé sa marche macabre et grimaçante qui devait, à force de pourrissement, faire de nous tous des monstruosités fongueuses, trop hideuses pour mériter une sépulture. C'est en ce lieu que Satan tenait sa cour babylonienne, et que l'on lavait dans le sang de l'enfance innocente les membres lépreux de la phosphorescente Lilith.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

La maison maudite…

Pendant plusieurs années, le personnage central et son oncle s'intéressent à une vieille maison de leur ville. L'oncle a récolté beaucoup d’informations sur les problèmes de santé et les morts mystérieuses des habitants de cette maison. Les deux compères sont aussi intrigués par la végétation insolite du jardin, les champignons phosphorescents qui poussent dans la cave ainsi que par la mauvaise odeur qui émane du lieu.

La maison maudite est une nouvelle plaisante qui revisite de fond en comble une certaine figure emblématique de la littérature fantastique (je ne vous dirai pas laquelle, cela gâcherais votre surprise). La finale est peut-être un peu trop "artillerie lourde" pour moi, mais ceci étant, j'ai vraiment apprécié tout ce qui a mené à cette chute.

 

Finalement, sur le conseil de mon oncle, je décidai de tenter ma chance de nuit ; aussi, un soir de tempête, à minuit, je promenai le faisceau de ma torche électrique sur le sol moisi, les silhouettes mystérieuses et les champignons biscornus et à demi phosphorescents. Les lieux m'avaient curieusement découragé, ce soir-là, et j'allais partir quand je vis – ou crus voir -, parmi les dépôts blanchâtres, une version particulièrement nette du "corps recroquevillé" entraperçu dans mon enfance. Sa netteté était étonnante, sans précédent… et alors même que je la contemplais, j'eus l'impression de revoir la légère exhalaison jaunâtre et chatoyante qui m'avait tant surpris, par un après-midi pluvieux, des années auparavant.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

Herbert West, réanimateur…

La nouvelle raconte comment notre personnage narrateur, un étudiant en médecine, se lie d'amitié avec Herbert West, un de ses codisciples. West mène des études très sérieuses sur la réanimation des corps en état de mort clinique, grâce à l'injection de mixtures de son cru. Études qui, évidemment, sont très mal accueillies par le corps enseignant et qui, par la suite, tourneront mal pour les deux compères.

Par bien des aspects, Herbert West est une nouvelle très avant-gardiste, et donc particulièrement marquante, en plus de l'écriture très agréable de Lovecraft.

De un, elle est d'abord publiée sous forme de feuilleton avant d'être réunie en une seule nouvelle (ce qui explique le côté un peu répétitif de chaque début de chapitre). De deux, il est bon de souligner que Lovecraft est particulièrement en avance sur son temps en ce qui concerne la description des zombies. Ceux-ci rappellent les créatures de Roméro, qui n'apparaissent que quelques décennies plus tard.

Malgré le caractère répétitif de certains passages, j'aime vraiment bien cette nouvelle, pour la raison précitée d'une part, mais aussi pour le côté particulièrement macabre de certaines scènes et description. 

Ainsi, la nuit du 18 juillet 1910, Herbert West et moi contemplions, dans le laboratoire de la cave, une silhouette blême et silencieuse à la lumière éblouissante du projecteur fixé au plafond. Le procédé d'embaumement s'était révélé prodigieusement efficace, car, alors que je fixais un regard fasciné sur le corps robuste qui était resté allongé là deux semaines sans être gagné par la rigidité cadavérique, je ne pus m'empêcher de demander à West si le sujet était bien mort. Il me l'assura sans hésiter, en me rappelant qu'il n'injectait jamais la solution de réanimation sans avoir effectué au préalable un test soigneux de l'état du spécimen, la moindre trace de vie résiduelle empêchant la formule de fonctionner.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

L'affaire Charles Dexter Ward…

Providence, 1928. Charles Dexter Ward, un homme de vingt-six ans interné en maison de santé vient de disparaître sans laisser de trace. Le narrateur, Marinus Willet, médecin de la famille Ward depuis des années, se remémore la progressive transformation de ce jeune homme enthousiaste féru d'archéologie et de généalogie, qui devint dément. Huit ans plus tôt, Charles avait découvert qu'il avait parmi ses ancêtres un certain Joseph Curwen. De nombreuses croyances circulent au sujet de ce-dernier. Il serait un sorcier ayant fui Salem pour Providence, et il aurait perpétré des rites impies dans un hangar jouxtant sa maison. Au cours de ses recherches sur Curwen et de ses tentatives de décryptage de ses notes personnelles, Ward avait acquis des connaissances dangereuses pour le commun des mortels.

Il s'agit ici du texte le plus long du recueil, s'agissant presque d'un petit roman (je pense d'ailleurs qu'il a déjà été publié en tant que tel). Et il s'agit aussi d'un des meilleurs textes dudit recueil. 

Pour ma part, j'apprécie particulièrement le sombre climat de sorcellerie et de pure magie noire qui se dégage du récit. Plus on avance dans l'histoire, et plus l'ambiance devient ténébreuse, oppressante, nauséabonde. Et bien sûr, j'en redemande!

Le fait que l'histoire soit racontée du point de vue du médecin de famille et non pas de celui de Ward lui-même est appréciable. L'histoire se présente alors comme un grand puzzle constitué des informations et des constatations de Willet. Au commencement, tout semble confus et lacunaire. Mais plus le médecin investigue, plus les pièces se mettent en place et plus le lecteur comprend ce qu'il se passe. Le suspens est donc à son comble tout au long de la narration. C'est d'autant plus appréciable que le personnage même de Willet est attachant et très dévoué à la famille Ward. Rusé et avisé, il mettra tout en place pour "sauver" Ward et épargner à sa famille bien des peines. 

La chute est pleine de surprises et est parfaitement ébouriffante! Bref, c'est un texte que je vous conseille vivement.

Si certains le crurent fou à cette période, c'est à cause des bruits que l'on entendait à toute heure dans le laboratoire installé au grenier où il passait le plus clair de son temps : des psalmodies, répétitions et déclamations tonitruantes sur des rythmes insolites, et bien que tout cela fût prononcé de sa voix, cette dernière, ainsi que les accents des formules qu'il récitait, avait un caractère particulier qui glaçait le sang de tous les auditeurs. On remarqua que Nig, le vénérable chat noir adoré de toute la maisonnée, se hérissait et faisait le gros dos en entendant certains de ces sons.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

En résumé…

J'ai beaucoup apprécié ce recueil, même si toutes les nouvelles ne se valaient pas (oui, je suis consciente que cette assertion constitue une hérésie, pour la fan de lovecraft que je suis). Mes préférées restent quand même les nouvelles les plus longues qui constituent les deux derniers tiers du roman.

Bien sûr, dans chaque nouvelle, sans exception, on retrouve le style inimitable de Lovecraft, ses phrases alambiquées, son vocabulaire si particulier, son talent pour le suspens, le dévoilement progressif de l'intrigue.

Les thèmes, aussi, m'ont enchantée. On y retrouve bien sûr la mythologie si particulière à l'auteur, celle-là même qui a fait sa renommée. Le seul petit hic, c'est que le recueil s'intitule Le mythe de Cthulhu. Or, je ne vois pas beaucoup de nouvelles s'y rattachant. En fait, ceux qui ont étudié l'oeuvre de H. P. Lovecraft ont divisé ses nouvelles en trois cycles, en fonction de leur sujet et de l'époque où elles ont été écrites. On distingue donc les nouvelles dites "macabres", le cycle des rêves, et le cycle de Cthulhu. De ce dernier cycle, seule L'affaire Charles Dexter Ward s'y rattache. Les autres nouvelles relèvent toutes du cycle "macabre". Bien sûr, cela ne gênera nullement le lecteur qui ne s'intéresse que superficiellement à l'oeuvre de Lovecraft. Mais en tant que fan inconditionnelle , je ne peux pas m'empêcher de pointer ce fait.

Par ailleurs, le recueil est divinement illustré par le très talentueux Loïc Muzy. C'est avec émerveillement que j'ai contemplé les créatures qui peuplent les récits hallucinés de l'auteur. Dernier petit hic de cette chronique, les créatures ainsi dépeintes n'apparaissent pas dans les nouvelles publiées dans le présent recueil, elles appartiennent à d'autres nouvelles qui font sans doute partie des deux précédents tomes. J'ai trouvé ça un peu dommage, car j'aurais bien aimé avoir un visuel des bestioles dont il était question dans ma lecture… Il est toujours un peu perturbant de lire une nouvelle puis de chercher l'illustration correspondante… en vain.

Ma note : 18/20

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

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Votre dévouée,

Acherontia.

 

D'autres romans du même auteur chroniqués sur ce blog…

D'autres articles où j'évoque Lovecraft et sa mythologie…

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 3, Le haut seigneur, de Trudi Canavan

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 3, Le haut seigneur, de Trudi Canavan

Synopsis…

-Pourquoi me montrez-vous ces livres?
Le regard d'Akkarin se plongea dans celui de Sonea.
-Tu veux savoir la vérité, dit-il.

Sonea a beaucoup appris depuis ses débuts. Elle a su gagner le respect des novices, et une place au sein de la Guilde des magiciens.
Mais elle aurait aimé ne jamais découvrir certains secrets… Ce dont elle a été témoin dans la pièce souterraine du haut seigneur, ou l’existence d’un vieil ennemi de Kyralia, qui surveillerait la Guilde de près.
Quand le haut seigneur lui dévoile son savoir, Sonea ne sait plus qui croire ou ce qu’elle craint le plus. La vérité est-elle aussi terrifiante ? Ou essaie-t-il de la tromper afin qu’elle l’aide à réaliser ses sinistres projets ?

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 3, Le haut seigneur, de Trudi Canavan

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon septième roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore pour ce second trimestre de l'année. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

Voici enfin le dénouement de la saga du magicien noir! Ayant apprécié les deux premiers tomes, je me réjouis de connaître la fin de cette palpitante histoire ^^

Les autres tomes chroniqués sur ce blog…

Rebondissements et suspens…

Ce troisième et dernier tome m'a réservé de nombreuses surprises, et non des moindres! Sans trop vous spoiler, nous avons des révélations d'Akkarin quant à son passé et ses motivations, un – voire deux – amour(s) improbable(s), une mort inattendue qui fend le cœur, une histoire qui semble aller de mal en pis, entretenant le suspens jusqu'au bout, des combats à l'issue étonnante, une Sonea de plus en plus mûre et sûre d'elle, de nouvelles connaissances acquises dans la douleur et en dépit du bon sens (du moins de prime à bord), de la magie à tous les coins de rue, mais pas celle à laquelle on est habitué, des meurtres, un procès, des intrigues… Bref, beaucoup de bonnes choses qui m'ont véritablement enchantée!

Des évolutions surprenantes…

Tout au long de la saga, les personnages n'ont eut de cesse d'évoluer, de changer, d'apprendre de nouvelles choses, de faire de nouvelles rencontres, ou de se voir contraint de laisser de côté des amitiés ou des amours.

Ce troisième tome marque le dernier stade de leur évolution, leur apogée, en quelques sortes. Que ce soit Sonea, qui est passée de la jeune fille apeurée par ses pouvoirs à la jeune femme mature et sûre d'elle, Akkarin dont le personnage devient plus perméable, plus humain, Dannyl dont la relation avec Tayend mûrit comme un fruit au soleil d'été, Cery qui gravit les échelons hiérarchiques des voleurs, et qui laisse son amour de jeunesse progressivement s'éteindre…

Certaines évolutions paraissent linéaires et prévisibles, d'autres… vous réserveront de belles surprises, c'est moi qui vous le dit!

Où est le bien, où est le mal?

Dans le second tome, les lecteurs découvraient qu'Akkarin, le haut seigneur de la Guilde, pratique la magie noire, une magie très ancienne et interdite en raison de sa dangerosité. Sonea et quelques autres sont au courant de l'affaire, et Akkarin les surveille de près, les menaçant afin qu'ils ne dévoilent pas son secret.

Dans cette suite, Akkarin laisse peu à peu tomber les barrières qu'il s'était lui-même érigées pour se dévoiler un peu plus. Ainsi, le lecteur découvre progressivement son histoire personnelle et ses motivations à user de la magie noire. On en arrive à mieux le comprendre, voire compatir. Mais si les intentions d'Akkarin semblent louables, a-t-il dit la vérité ou a-t-il monté cette histoire pour se justifier? Et la magie noire est-il si maléfique qu'il n'y paraît?

Akkarin se tut. Il fixait les arbres, les yeux posés sur un point éloigné. Alors que le silence se prolongeait, Sonea commença à craindre qu'il ne continue pas. "Dites-moi" pensa-t-elle. "Vous ne pouvez pas vous arrêter maintenant!"
Akkarin prit une profonde inspiration et soupira. Il baissa les yeux sur le sol pierreux, l'air triste.
– J'ai alors fait une chose affreuse. J'ai tué tous les nouveaux esclaves de Dakova. J'avais besoin de leur énergie. Je n'ai pas pu tuer Takan. Nous n'étions pas amis, mais il était là depuis le début et nous avions pris l'habitude de nous entraider. Dakova était trop embrouillé par la drogue et le vin pour remarquer quoi que ce soit. Il s'est réveillé quand je l'ai coupé, mais une fois que l'extraction d'énergie a commencé, il est pratiquement impossible d'avoir recours à ses propres pouvoirs.
La voix d'Akkarin était maintenant basse et calme.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

L'apothéose d'un parcours scolaire…

Vous vous en doutez, ce dernier tome marque la fin de l'apprentissage de Sonea. Dans le second tome, elle n'avait pas encore choisi de spécification. Entre l'alchimie, l'art de la guerre et la guérison, son cœur balançait, encore qu'elle ait une préférence pour la dernière option. Dans ce dernier opus, elle était censée faire un choix… qu'en sera-t-il? Et si elle prenait la tangente et décidait de terminer son cursus à sa manière? À moins que les événements ne l'y pousse…

– Silence!
À cet ordre, l'homme eut un mouvement de recul puis gémit lorsqu'Akkarin s'accroupit à côté de lui.
– Mets ta main sur son front.
Sonea chassa ses réticences et s'accroupit près du prisonnier. Elle posa une main sur le front de l'homme. Son cœur accéléra lorsqu'Akkarin appuya sa main sur la sienne. Le toucher du mage fut d'abord froid, mais il se réchauffa vite.
– Je vais te montrer comment lire et, une fois que tu auras compris le mécanisme, je te laisserai explorer à ta guise.
Elle sentit la Présence d'Akkarin au bord de ses pensées. Elle ferma les yeux et visualisa son esprit sous la forme d'une pièce, comme Rothen le lui avait appris. Elle avança vers la porte dans l'intention d'ouvrir à Akkarin, mais elle recula brusquement de surprise quand il apparut dans la pièce. Il leva la main en montrant les murs.
– Oublie tout ça. Oublie tout ce qu'on t'a appris. La visualisation ralentit et restreint ton esprit. En l'utilisant, tu appréhenderas seulement ce que tu peux transformer en images.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

Pour le meilleur ou pour le pire?

La finalisation de l'apprentissage de Sonea suppose donc qu'elle va acquérir de nouvelles connaissances. Désireuse d'aider Akkarin, son nouveau tuteur, Sonea va apprendre beaucoup de choses de lui. Quelles seront ces connaissances, et comment va-t-elle s'en servir? Les choix qu'elle fera seront-ils toujours judicieux?

La femme écarquilla les yeux d'un air horrifié en comprenant ce qu'il se passait. Son bouclier disparut, et ses genoux cédèrent. Sonea faillit perdre son emprise ; elle passa rapidement son bras libre autour de la taille de la femme. Mais la Sachakanienne était trop lourde, et Sonea la laissa glisser sur le sol.
Le pouvoir déferla en elle, puis s'arrêta brutalement. Elle retira sa main, et la femme tomba sur le dos. Les yeux de la Sachakanienne fixaient le néant.
Morte. Une vague de soulagement balaya Sonea. Ça a marché, pensa-t-elle. Ça a vraiment marché.
Puis elle regarda sa main. Dans le clair de lune qui se répandait à travers le toit en ruine, le sang qui couvrait sa paume semblait noir. Un sentiment glacé d'horreur s'empara d'elle. Elle se mit à tituber.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

Un meurtre qui change tout…

C'est arrivé comme un coup de tonnerre dans un ciel d'été…

Un meurtre, mes amis! Un odieux crime dont la victime est un mage de la Guilde. Celle-ci voudra faire justice à tout prix, cherchant des indices, des témoins, des preuves. Pas de chance, tout porte à croire que l'auteur du meurtre n'est autre qu'Akkarin en personne. Le haut seigneur serait-il devenu imprudent au point de laisser des preuves accablantes derrière lui? Ou est-ce un coup monté contre sa personne?

Coup monté ou pas, la Guilde tient la une preuve qu'Akkarin pratique la magie noire. Et le châtiment pour l'usage d'une telle magie n'est autre que la mort… Parviendra-t-il à prouver son innocence? Si réellement il est innocent…

– Peut-être est-il temps d'entendre ce que dame Vinara a découvert.
La guérisseuse se redressa.
– Oui, je le crains. Le seigneur Jolen habitait avec sa famille pour pouvoir s'occuper de sa sœur, qui vivait une grossesse pénible. J'ai d'abord examiné le corps de notre confrère et ai fait deux découvertes inquiétantes. La première… (elle enfonça la main dans sa robe et en sortit un morceau de tissu noir brodé de fil d'or) a été ceci, qu'il tenait serré dans sa main droite.
Quand elle le leva, le sang de Lorlen se glaça. La broderie formait une partie d'un symbole qu'il ne connaissait que trop bien : l'incal du haut seigneur. Les yeux de Vinara vacillèrent vers les siens ; elle prit un air soucieux et compatissant.
– Quelle a été la seconde découverte? demanda Balkan, la voix sourde.
Vinara hésita, puis prit une profonde inspiration.
– La raison pour laquelle le corps du seigneur Jolen a subsisté est qu'on l'a totalement vidé de son énergie. La seule blessure sur son corps était une coupure en surface qui courait le long de son cou, sur un côté. Les autres corps portaient la même marque. Mon prédécesseur m'a appris à reconnaître ces marques. (Elle fit une pause et regarda les mages l'un après l'autre.) Le seigneur Jolen, sa famille et ses serviteurs ont été tués avec de la magie noire.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

La fable de Dannyl et Tayend…

De son côté, Dannyl, qui est toujours ambassadeur en Elyne, est à présent réquisitionné par Akkarin pour enquêter sur un groupe de magiciens renégats qui auraient appris la magie en dehors de la Guilde (ce que cette dernière interdit formellement). Pour pousser les rebelles à se démasquer, il oblige Dannyl à dévoiler sa relation avec Tayend, ce qui ne manquera pas de faire des vagues.

D'un autre côté, on voit cette relation s'épanouir peu à peu, et ça, c'est chouette ^^

Danyl soupira. Il ne voulait pas quitter Tayend. Pas même quelques semaines. S'il était certain de pouvoir se permettre de retourner à la Guilde accompagné de l'érudit, il s'arrangerait pour l'emmener. Cela aiderait peut-être même à faire taire les rumeurs une bonne fois pour toutes si on les voyait se comporter "normalement". Mais il savait qu'une petite trace de la vérité suffirait à mettre des idées dans les esprits soupçonneux, et il savait que ce n'était pas ce qui manquait au sein de la Guilde.
– Je reviendrai par mer, rappela-t-il à Tayend. Je pensais que tu aurais préféré éviter cela.
Le visage de Tayend s'assombrit, mais seulement un instant.
– Je supporterais bien un petit mal de mer s'il allait avec une bonne compagnie.
– Pas cette fois, répondit fermement Dannyl. Un jour, nous irons à Imardin en carrosse. Et alors, tu seras, toi aussi, de bonne compagnie.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

Un Cery sur le gâteau…

Cery, quant à lui, a bien grandi depuis le premier tome où il s'était vu enfermé dans les souterrains de la Guilde par le mage Fergun. Il est peu apparu dans le second tome, mais en revanche, le troisième opus lui réserve une belle place.

Ayant progressivement gravi la hiérarchie de la communauté des Voleurs, il est à présent quelqu'un d'influent dans les Taudis. Sa notoriété le pousse à collaborer avec certaines personnes, dont une certaine Savara, une mage Sachakanienne plus que mystérieuse et envoûtante. Laissant peu à peu de côté son amour impossible pour Sonea, il va se laisser séduire par elle. Mais est-ce seulement une bonne chose, quand l'ennemi Sachakanien est aux portes d'Imardin? Est-elle réellement de son côté?

Cery fut surpris de découvrir qu'elle s'était rapprochée. Quand il se tourna complètement vers elle, la femme plaça une main derrière la tête du jeune homme, l'attira vers elle et l'embrassa.
Les lèvres de Savara étaient à la fois chaudes et fermes. Cery sentit la chaleur envahir son corps. Il leva le bras pour l'attirer plus vers lui, mais le morceau de bois sur lequel il était assis glissa, et il se sentit perdre l'équilibre. Leurs lèvres se séparèrent, et il commença à tomber en arrière.
Quelque chose le retint. Il reconnut le sceau de la magie. Savara sourit malicieusement, se pencha en avant et agrippa la chemise du jeune homme. Elle appuya une épaule sur le toit et l'attira sur elle. Les poutres grincèrent de façon inquiétante lorsqu'ils roulèrent l'un sur l'autre à l'écart de la zone endommagée. Quand ils s'arrêtèrent, elle était allongée sur lui. Elle sourit, de ce sourire sensuel à couper le souffle qui faisait toujours battre le cœur du jeune voleur.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

Le mot de la fin…

J'ai beaucoup apprécié ce grand final riche en suspens et en rebondissements inattendus.

L'évolution des personnages, qui était déjà intéressante à observer lors des deux précédents tomes, parvient à une sorte d'apothéose à laquelle le lecteur ne peut être que sensible.

Le style d'écriture aussi a évolué, selon moi. Je l'ai trouvé un peu plus fluide dans ce dernier opus.

Quoi qu'il en soit, je ne suis pas restée sur ma faim avec ce tome 3. Mes questions ont trouvé une réponse, et plus encore… C'est, en définitive, une saga à lire et à découvrir!

Ma note : 17//20

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 3, Le haut seigneur, de Trudi Canavan

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[Chronique] Les filles de l’orage, de Kim Wilkins

[Chronique] Les filles de l'orage, de Kim Wilkins

Synopsis

Victime d'un sortilège, le roi du Thyrsland est plongé dans un coma dont pourraient profiter les ennemis du royaume. Ses filles entament un périlleux voyage vers les frontières du nord, où une mystérieuse magicienne a la capacité de guérir le roi. La férocité de la fille aînée, Bluebell, soldate et chef de guerre, et les secrets de ses soeurs Ash, Rose, Willow et Ivy ajoutent encore au péril.

[Chronique] Les filles de l'orage, de Kim Wilkins

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon sixième roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore pour ce second trimestre de l'année. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

En choisissant cette lecture, je ne connaissais absolument pas cet auteur, et encore moins cette suite de romans, mais le résumé couplé à la couverture sont parvenus à me convaincre d'essayer!

Une plume séduisante…

Vraiment, la première chose qui m'a séduite, lorsque j'ai ouvert ce roman, c'est la plume de l'auteur. Jugez-en par vous-même… Voici les trois premiers paragraphes de l'histoire :

Mille fois, il avait murmuré son nom dans les ténèbres douces. Avant de l'oublier. Avant d'oublier son propre nom.
Il pleuvait derrières les volets en bois de la fenêtre arquée. Une succession de matinées sous des nuages gris et tourbillonnants, qui déversaient leur eau froide d'une extrémité à l'autre d'Aelmesse, transformant les routes en pistes boueuses. Gudrun ne pouvait faire appeler un médecin ni dire à personne qu'il était malade, car il était le roi. Elle ne pouvait même pas en parler à Byrta, sa conseillère, car celle-ci s'empresserait alors de faire appeler les filles de son époux.
Et Gudrun savait que ses filles la haïssaient.
Pendant trois jours, elle était restée enfermée dans cette longère sombre avec lui qui délirait. L'homme sauvage, dans le miroir, le faisait trembler de peur. Il criait des mots obscènes. Il pleurait comme un enfant en découvrant une couture défaite sur sa tunique. Elle le rassurait avec des mots doux et des mains fermes, même lorsqu'il lui donnait des coups de poing et l'accusait de voler sa nourriture. Ses crises étaient totalement imprévisibles ; elles s'arrêtaient aussi brusquement qu'elles survenaient. Il dormait pendant des heures sur ses couvertures en laine froissées, tandis qu'elle observait, ne reconnaissant ni sa peau ridée ni sa barbe grise.

Les filles de l'orage, de Kim Wilkins

C'est simple, accessible à un large public, et pourtant effroyablement efficace. Il émane du texte une poésie ensorcelante, parfois fraîche comme un matin de printemps, parfois sombre comme une forêt de sapins au cœur de l'hiver, et c'est ce qui m'a touchée en premier. Car on sent derrière cette poésie une plume typiquement féminine, une plume intelligente et sensible qui sait dépeindre une scène ou faire passer une émotion en quelques mots seulement.

Une fantasy assez classique…

Certes, les thèmes abordés dans cette histoire sont assez classiques en fantasy : un roi malade, des ennemis suffisamment retors pour profiter de l'occasion, une famille royale éclatée, des mariages forcés, des guerres, de la magie et des sortilèges, des visions, une sorcière maléfique, une religion complètement zarbi pratiquée par des dérangés mentaux, des guerres, des combats, des longs voyages en chariot et à dos de cheval le long de sentiers boueux et chaotiques, des auberges pleines de malfrats, une héroïne guerrière, des chiens-loups, des princes ambitieux mais lâches, d'autres princes beaux à damnés mais inaccessibles…

Voilà, en partie, les éléments que l'on retrouve dans le début de ce roman. Mais s'ils paraissent banals à première vue, ne vous inquiétez pas, ils sont très bien amenés et ne rendent pas l'histoire trop indigeste. Moi qui, pourtant, fait parfois une allergie à la fantasy tant tous les romans de ce genre ont tendance à se ressembler, ici j'y ai trouvé mon compte sans problème. La fluidité du style d'écriture y est sans doute pour quelque chose, mais pas uniquement. Je pense que l'auteur a su déployé un minimum d'inventivité pour éviter que son récit ne soit trop téléphoné.

Wylm espionna la maison de l'amant de Bluebell toute la journée. Le fermier à la tête carrée et son fils. Peut-être celui de Bluebell. Plus il y pensait, plus il se persuadait que c'était vrai. Pourquoi, autrement, aurait-on laissé vivre ce simplet? Comme elle devait être embarrassée, comme elle devait être honteuse, car cet enfant ne serais jamais un guerrier. Imaginer la détresse de Bluebell lui faisait du bien. Il demanda à son cerveau fatigué de se concentrer. Il avait besoin de découvrir où se trouvait Bluebell et ce qu'elle tramait. Wylm se sentait capable de tirer les vers du nez d'un homme assez faible pour aimer quelque chose d'aussi vulnérable qu'un enfant handicapé.
Le fermier assit son fils silencieux sur un tabouret pendant qu'il réparait un panier en lui parlant. Comme il était relaxant de rester assis dans l'herbe humide derrière une haie ancienne parcourue de clématite et de les regarder vaquer à leurs occupations quotidiennes. De gros bourdons poilus voletaient autour de lui, et une odeur végétale de crottin de cheval lui picotait les narines. Dès qu'il se surprenait à ressentir de la pitié pour eux, il repensait à Bluebell et redevenait impitoyable.

Les filles de l'orage, de Kim Wilkins

Une sororité complexe…

Cette inventivité, on la trouve notamment dans la psychologie des personnages, très soignées et complexe. La maladie du roi est un prétexte à réunir ses cinq filles, nées de deux unions différentes. Cinq sœurs que tout opposent, et pourtant elles vont être contraintes de voyager ensemble et de résoudre l'histoire ensemble.

Je ne peux pas dire que j'ai aimé tous les personnages. Certains m'ont prodigieusement tapé sur le système, et mon petit doigt me dit que c'était l'effet recherché. Je veux parler bien sûr des deux jumelles, Ivy et Willow. Ivy l'éternelle adolescente qui cherche la séduction à tout prix, et Willow la grenouille de bénitier qui n'aime rien tant que de s'autoinfliger des châtiments corporels. Je me suis plus attachée à Rose pour son histoire d'amour impossible, à Ash pour ses dons de voyance qui la dévorent de l'intérieur, Bluebell même, qui sous des aspects très masculins et guerriers, n'en garde pas moins une humanité certaine.

Les sœurs avaient souvent des points de vue divergents. Les intérêts de l'une ne servait pas toujours ceux d'une autre, et cela créait des conflits qui était traités de façon très intéressante par l'auteur. Dans les disputes, il n'y a pas toujours une sœur qui a tort et une autre qui a raison, il y a des nuances, subtiles souvent. L'auteur parvient à nous rendre compatissants pour les demandes et les désirs non assouvis des sœurs, tout en nous amenant à comprendre pourquoi ils ne peuvent être assouvis. Ce qui amène le lecteur dans des scènes très humaines et très proches de la réalité. Rien que pour cet aspect-là, j'ai aimé lire ce roman.

Bluebell, un nom qui sonne faux…

Bluebell est la guerrière de la famille, celle qui a le rôle de leader tout au long du récit. Elle assume totalement son côté garçon manqué, ce qui ne l'empêche pas d'être une femme avec des émotions et des moments de faiblesse. Et c'est aussi pour cela qu'on s'y attache, parce qu'elle possède une sorte de dualité qu'elle parvient très bien à gérer.

C'est vrai que le nom "Bluebell" paraît gentillet, trop pour le personnage, mais cela ajoute justement du charme au personnage. Et du poids, aussi. Imaginez que ses parents l'aient appelée Molosse ou Dure à cuir? Pas très crédible, hein? Quel parent aurait pu deviner un caractère guerrier derrière le minois d'un nouveau né?

En revanche, et bien que l'illustration soit très bien réalisée, la couverture ne lui rend pas hommage. Elle paraît trop fluette, trop éthérée. Cela manque cruellement de muscles, de sueur, de cotte de mailles et de nez cassé…

Bluebell enfonça son visage dans la couverture rêche et s'autorisa à pleurer. Elle essaya de se remémorer la pire douleur qu'elle ait jamais ressentie. Une fois, bien avant le mariage de Rose et la signature de l'accord de paix, trois mailles de sa cotte s'étaient enfoncées dans la chair tendre de son ventre durant une escarmouche avec les hommes de Wengest. À cause de l'infection, elle avait eu de la fièvre pendant quatre jours et quatre nuits. Oui, cela avait été douloureux. Quand elle avait seize ans, elle avait demandé à un ami de lui casser le nez à l'entraînement – le but ayant été d'échapper à l'obligation du mariage. Cette douleur-là l'avait presque aveuglée. Elle s'efforça de se raccrocher à ces deux moments de sa vie afin de relativiser ce qu'elle ressentait à présent, mais cela ne fonctionna pas, ce qu'elle trouva horrible et fascinant – comment pouvait-on souffrir autant sans recevoir aucun coup? Sans ennemi sur lequel se venger?

Les filles de l'orage, de Kim Wilkins

Rose, un impossible amour…

Rose a été un de mes personnages favoris. Son histoire d'amour impossible avec Heath m'a touchée. Emprisonnée dans un mariage forcé avec un homme qu'elle n'aime pas, obligée de se tenir éloignée de son amour pour le bien des deux royaumes, Rose se sent comme mise en cage par sa propre vie. Heureusement, sa fille Rowan est pour elle comme un rayon de soleil – au même titre que ses rares entrevues avec Heath…

– Tu ne comprends pas… Je ferais tout pour toi, mais je suis impuissant. Je ne peux rien à notre situation. Nous ne pouvons pas être ensemble, et je n'arrive pas à l'accepter. Mon cœur rejette cette interdiction, car un amour comme le nôtre devrait pouvoir…
Sa voix se tarit, les mots se coincèrent dans sa gorge.
Ils restèrent ainsi pendant quelques secondes à se regarder dans les yeux. La peau de Rose la brûlait. Il tendit la main vers elle. Ses vêtements étaient humides. Elle respirait bruyamment par la bouche. Le parfum de sa peau la submergea comme elle collait son corps contre le sien, pressant sa joue contre son épaule, plaquant ses mains contre ses flancs. Elle sentait ses doigts dans ses cheveux. Sa peau vibrait littéralement.
Soudain, des sifflets au loin. Thrymm et Thraec filèrent comme des flèches. C'était Bluebell.
Heath s'écarta de Rose comme s'il s'était brûlé. Son corps lui manqua aussitôt.
– Je suis désolé, dit-il, le regard couleur océan reflétant une tristesse infinie. Vraiment désolé.
– Ne t'en fais pas. Je vais m'éclipser. Fais comme si de rien n'était.
Il lui prit la main, la serra, puis se mit à courir derrière les chiennes. Elle le regarda s'éloigner en plaquant sa paume sur la bouche. Elle avait l'impression de sentir son odeur et le goût de sa peau – salée, masculine – sur ses lèvres. Un parfum de tristesse absolue.

Les filles de l'orage, de Kim Wilkins

Ash, une précoce visionnaire…

Ash aussi, est l'une de mes préférée. Affublée trop jeune de dons de vision qu'elle ne maîtrise pas ou peu, elle est la proie de cauchemars et d'événements étranges. Mais elle est aussi intelligente et incroyablement humaine.

– Yldra, Yldra, Yldra…
Le flot ininterrompu de syllabes résonnait comme un bourdon, et le nom perdit son sens, se désintégra, se disloqua en se dispersant dans les nuages. Le corps d'Ash devint insensible, et elle se sentit partir. Libérée d'une enveloppe charnelle qu'elle abandonna, elle s'éleva dans le ciel avec le prénom de sa tante. Vers le nord. Elle quitta la maison, quitta Blicstowe, longea la Route des géants, bifurqua vers l'ouest au-dessus de la forêt et des ruines blanches. Puis vers le nord. Bois et routes défilaient à grande vitesse autour d'elle. Avant de ralentir, de ralentir et de ralentir encore. Sa respiration redevint audible. Elle se trouvait à la fois dans la longère et à la limite d'une plaine sombre. Un grand rocher projetait une ombre noire sur le sol gris. Ash tendit les mains et, bien que le feu de cheminée soit juste devant elle, sentit la surface rêche et froide du monolithe. Elle baissa les yeux et avisa ses pieds nus dans l'herbe humide. Elle effleura ses cheveux détachés pour vérifier que la couronne de violettes était bien à sa place. Comme elle touchait les pétales, un choc aigu et brûlant se propagea dans ses doigts.
– Yldra? appela-t-elle en tournant lentement sur elle-même.

Les filles de l'orage, de Kim Wilkins

Willow et le Trimartyr…

Willow, comme je vous le disais tantôt, c'est la grenouille de bénitier. Celle qui entend les voix des anges et qui se fait un devoir de convertir les "païens" à sa dangereuse religion. C'est étrange comme ce personnage m'a rappelé l'actualité récente… Comme quoi, de tout temps, la religion a toujours été un sujet qui fâche. Un sujet qui tue. Et c'est bien dommage.

Alors, comme cela se produisait parfois, les voix se muèrent en grognements, et les mots devinrent inintelligibles – leur sens, toutefois, était évident, qui enflait dans son ventre, noir et froid. Maava n'était pas content d'elle. Elle avait un païen pour père. Des païennes pour sœurs. Elle n'avait pas suffisamment œuvré pour les guider vers la lumière de Maava. Elle porta le triangle à ses lèvres et pria, pria encore jusqu'à ce que le sentiment glisse derrière son cœur – il resterait là jusqu'à ce que Maava décide de la punir à nouveau.
Autodétestation, désespoir. Elle enfonça la pointe du triangle dans la chair molle de son poignet, où elle laissa une marque de plus au milieu d'une multitude de fines cicatrices. Elle sortit un couteau de sous le ruban qui lui enserrait la taille et dessina trois petits traits sur son poignet. De minuscules perles de sang apparurent. Elle rangea le couteau et lécha les gouttelettes rouges.

Les filles de l'orage, de Kim Wilkins

Ivy et la séduction juvénile…

Ivy, c'est le côté passionné et irréfléchi de l'adolescence. Habituée à son confort et à son luxe, Ivy sort de sa cage dorée et découvre la vraie vie pour la première fois, ce qui la bouscule. Elle va découvrir qu'entre la réalité et son petit monde peuplé de fantasmes, le fossé est grand. Comme bon nombre d'adolescentes, Ivy aime séduire, mais bien sûr, il a fallut qu'elle jette son dévolu sur un monsieur des plus inaccessibles… celui dont Rose est amoureuse.

Lorsque Ivy se rendit enfin compte qu'elle était en danger, il était trop tard.
Quand elle vait quitté la ferme, il ne faisait pas encore nuit. Elle voulait laisser à Heath une avance confortable afin de le suivre de loin. Après tout, son objectif était de le croiser "par hasard" au milieu d'un champ de fleurs. Il l'aurait découverte, fière et belle, dans sa robe jaune aux manches brodées – une vraie femme, pas une petite fille – et il aurait admis qu'il avait eu tort de lui parler de la sorte. Sauf qu'il avait pris la direction du ruisseau et non celle des champs. De la boue et des pierres… Tant pis pour les broderies de sa robe.

Les filles de l'orage, de Kim Wilkins

En résumé…

J'ai été plutôt étonnée, et au final séduite par ce roman dont je n'avais jamais entendu parler mais qui a aiguisé ma curiosité.

Le style, simple, fluide, était emprunt d'une délicate poésie qui m'a beaucoup plu. Les personnages étaient magnifiquement brossés, travaillés, leur caractère et leur histoire personnelle étaient bien ficelés.

Si l'histoire paraît de prime abord relever d'une fantasy assez "bateau", il n'en est rien lorsqu'on creuse un peu sous le vernis d'intrigues politiques, de guerres et de magie. La psychologie fouillée et les relations entre les personnages y sont pour beaucoup. C'est pour moi le cœur de ce roman : une réunion de famille inattendue où les caractères et les intérêts parfois diamétralement opposés de chacun devront cohabiter.

C'est un roman au final assez fin, très féminin, que j'ai découvert avec le plus grand plaisir.

Ma note : 17/20

[Chronique] Les filles de l'orage, de Kim Wilkins

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[Chronique] La trilogie du magicien noir. 1, La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 1, La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

Synopsis…

Cette jeune fille est plus puissante que la moyenne de nos élèves, peut-être même plus que nos mages ! Elle est un danger. Il faut la trouver et l'arrêter. Si c'est une renégate, la loi nous oblige à l'amener devant le roi. Sinon, nous sommes tenus de lui enseigner le Contrôle. C'est encore une enfant, probablement une voleuse ! Mais elle pourrait devenir une grande magicienne… Comme chaque année, les magiciens d'Imardin se réunissent pour nettoyer la ville des indésirables. Protégés par un bouclier magique, ils avancent sans crainte au milieu des vagabonds, des orphelins et autres malandrins qui les haïssent. Soudain, une jeune fille ivre de colère leur jette une pierre… qui traverse sans effort le bouclier magique dans un éclair bleu et assomme l'un des mages. Ce que la Guilde des magiciens redoutait depuis si longtemps est arrivé : une magicienne inexpérimentée est en liberté dans les rues ! Il faut la retrouver avant que son pouvoir incontrôlé la détruise elle-même, et toute la ville avec elle. La traque commence…

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 1, La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

La loi d'attraction universelle

Ce roman, premier d'une prometteuse trilogie, est mon premier roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore pour ce second trimestre de l'année, Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

J'ai bien sûr souvent entendu parler de Trudi Canavan et de sa guilde des magiciens. Les critiques étaient la plupart du temps très positives, aussi me suis-je laissée tenter par cette réimpression en format poche.

Les autres tomes chroniqués sur ce blog…

Une plume féminine pour un univers riche…

La première chose que je fais lorsque j'entame un nouveau roman de fantasy, que ce soit le premier tome d'une série ou un one shot, c'est de le feuilleter et d'y repérer la présence de cartes et autres lexiques qui tendent à rendre l'univers plus tangible aux yeux du lecteur. Première bonne nouvelle, l'histoire dont il est question ici s'ouvre sur une double page de cartes comme je les aime. Elles sont claires, concises, et présentent cette dualité antique vs. moderne que j'affectionne tant. En effet, j'aime que les cartes soient dessinées à la main, comme tracées à la plume d'un scribe depuis longtemps disparu. Mais à la fois, j'aime que les annotations soient rédigées dans une graphie moderne et lisible, rappelant vaguement l'écriture manuscrite, mais sans trop en faire. Ici, j'ai mes deux éléments, je repars donc le cœur léger à la recherche d'autres parties liminaires dignes d'intérêt.

C'est à la toute fin que je les ai trouvées. Un magnifique glossaire de l'argot des Taudis, rédigé par le seigneur Dannyl en personne, ainsi qu'un autre glossaire qui permet aux lecteurs de s'y retrouver parmi les termes propres à l'univers de Trudi Canavan. Vous vous imaginez bien que je m'en suis délectée… Et ce fut utile, car pendant ma lecture, je n'ai pas eu besoin de retourner à ces glossaires, je savais d'emblée à quoi j'avais affaire.

Ces deux éléments prouvent d'emblée que l'univers proposé par l'auteur est riche, détaillé, qu'il repose sur des bases solides et que rien n'est laissé au hasard. Ce dernier point, je l'ai constaté en cours de lecture, lorsque l'auteur parle de l'histoire de la ville d'Imardin, des magiciens, de la guilde, de certaines guerre, de coutumes de certaines contrées éloignées… On sent que l'univers est construit, fouillé, et cela confère un poids énorme au récit qui va suivre.

– Ravi a dû se dire qu'il fallait que tu parles à Faren!
Cery ne répondit pas et passa la porte. Sonea le suivit, se demandant si un voleur portant le nom d'un insecte venimeux à huit pattes valait mieux qu'un confrère qui portait celui d'un rongeur.
Deux autres hommes aux épaules larges comme des armoires les regardèrent entrer dans la pièce. Ils ne se levèrent pas de leurs chaises pendant que le premier costaud refermait la porte, en ouvrait une autre, sur le mur opposé, et faisait signe aux deux adolescents de le suivre.
Accrochées aux murs de la salle suivante, des lampes constellaient le plafond de halos d'un jaune très esthétique. Le sol était couvert d'un grand tapis aux franges d'or. En face d'eux, assis derrière une table, Cery et Sonea virent un homme habillé de vêtements noirs très ajustés. Sur son visage à la peau sombre, d'effrayants yeux jaunes pâles les scrutaient.
Le voleur était un Lonmar, un membre d'une fière race du désert qui vivait loin au nord de la Kyralie. Les Lonmars étaient rares à Imardin. Leur culture étant très particulière, peu d'entre eux appréciaient de vivre à l'étranger. Chez eux, le vol était considéré comme une hérésie. En dérobant quelque chose, n'importe quoi, même un minuscule objet, le fautif perdait une partie de son âme.
Et voilà que Sonea et Cery se tenaient devant un voleur lonmar.

La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

Je dois le reconnaître, je suis plus accoutumée à des auteurs de fantasy masculins. Et qui dit masculin, dit souvent (mais pas toujours, heureusement) héros bouffés à la testostérone, nanas guerrières en string de cuir et armure rikiki, batailles interminables et effroyablement sanglantes, détails gores, viols, trahisons, machisme de la plus basse espèce… OK, je caricaturise un tantinet, mais il faut avouer qu'on n'est pas loin de la réalité (quoique, heureusement, je constate de plus en plus une évolution positive dans la fantasy masculine, il convient de le reconnaître).

La fantasy féminine, quant à elle, a tendance (et je dis bien tendance car ce n'est nullement une généralité) à mettre plus l'accent sur l'évolution des personnages (ici, en l’occurrence, une jeune fille), sur leur psychologie, sur des complots, de la magie, un peu de romance par-ci par-là (ce qui ne veut pas dire que le récit empeste la guimauve et les petites fleurs roses, on est bien d'accord)… Et justement, j'aime beaucoup la fantasy féminine, parce que les personnages féminins sont dépeints comme des héroïnes fortes, courageuses, volontaires. Si elles ont leurs moments de faiblesse, c'est pour mieux les contourner et prendre leur vie en main. Ces femmes ont une réelle profondeur (non, ne vous gaussez pas! Je vous entends d'ici, les mecs…), une grandeur d'âme et une force de caractère qui font d'elles des modèles. On est loin de l'héroïne badass et sexy qui se ballade à moitié à poil pour mieux épater la galerie, et c'est tant mieux.

L'héroïne de cette trilogie, Sonea, s'inscrit dans la droite ligne de ces héroïnes comme je les aime, féminines et fortes à la fois. C'est en bonne partie son personnage qui m'a fait aimer ce roman. Mais pas uniquement…

"Ils ne peuvent pas me voir!" Sonea eut de nouveau un peu d'espoir. "Je peux me glisser entre eux."
Elle tourna les talons et s'enfuit. L'ombre d'un homme lui bloqua le passage. La jeune fille hésita, puis fouilla dans les plis de son manteau, où ses doigts gourds rencontrèrent la poignée froide de sa dague. Alors que le magicien se penchait pour l'attaquer, elle plongea en avant et se jeta sur lui. L'homme bascula en arrière mais ne tomba pas. Avant qu'il retrouve son équilibre, Sonea lui plongea la dague dans la cuisse.
La lame entra profondément dans la chair. Le mage cria de surprise et de douleur. Contente de ce résultat, Sonea retira sa dague de la blessure et poussa le mage hors de son chemin. Puis elle se remit à courir.
Des doigts lui prirent au vol le poignet. L'adolescente grogna et secoua le bras pour se libérer. Le mage resserra sa prise, commençant à lui faire mal, et la lame lui échappa des mains.
Une rafale de vent ayant chassé la brume de la ruelle, Sonea vit que les trois autres mages couraient vers elle. Paniquée, elle se débattit de plus belle, les deux pieds plantés dans le sol. Sans résultat. Avec un grognement, l'homme qui la tenait la tira par le bras pour la propulser sur le chemin des mages.

La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

Rythme et fluidité…

Le style d'écriture de Trudi Canavan m'a rapidement séduite. Simple et efficace, sa plume ne s'embarrasse pas de descriptions superflues. On est souvent au cœur de l'action, on suit les personnages pas à pas, et pourtant, sans grands passages descriptifs, on parvient très bien à se situer l'univers et l'ambiance du récit.

Ce qui séduit surtout, chez Trudi Canavan, c'est son style très rythmé qui permet au lecteur de rester scotché jusqu'à la fin. L'auteur sait très bien ménager ses effets, distillant à merveilles ses éléments d'intrigues et prenant le lecteur par surprise. Cette rythmique soutenue est grandement mise en valeur par la fluidité sans faille du récit.

Je pourrais résumer le tout en disant "Ça se lit tout seul…", un peu comme on boirait un verre de lait tiède ou une tisant sucrée à souhait.

Pour un jet de pierre…

Mesdames et messieurs, l'expérience qui va suivre est dangereuse et peut avoir des conséquences fâcheuses sur votre entourage. Surtout, ne faites pas cela chez vous! Je suis consciente que ce n'est parfois pas l'envie qui manque, mais de grâce, pensez qu'il existe d'autres méthodes pour témoigner aux emmerdeurs de tout poil qu'il vous tapent sur le système… Pensez au martifouett' piquant, par exemple, un beau modèle breveté qui occasionne une douleur éphémère et sans danger pour la santé.

Quelque chose se rebella dans les entrailles de Sonea, qui resserra sa prise sur la pierre, la soupesa et constata avec plaisir qu'elle était lourde. Se tournant face aux magiciens, elle sentit la haine former une boule dans son estomac. Puisant de la force dans la rage d'avoir été jetée hors de chez elle ainsi que dans son ressentiment atavique contre les mages, elle jeta sa pierre sur celui qui avait parlé. Le caillou siffla dans les airs. Lorsqu'il approcha de la barrière invisible, Sonea pria pour qu'il la traverse et atteigne son but.
Un éclair de lumière bleue rida la surface invisible, et la pierre percuta la tempe du magicien avec un bruit mat. L'homme resta debout sans réagir, les yeux dans le vague, puis ses genoux se dérobèrent et son compagnon fit un pas en avant pour le rattraper.
Sonea en resta bouche bée. Alors que le magicien plus âgé étendait son ami sur le sol, les insultes des adolescents moururent et un silence de mort tomba sur la foule.
Les exclamations reprirent quand deux autres magiciens vinrent s'agenouiller à côté de leur compagnon. Les amis de Harrin – et bien d'autres dans la foule – poussèrent des vivats. Comme tout le monde murmurait au sujet de ce qui venait de se passer, le vacarme devint assourdissant.
Sonea regarda ses mains.
"Ça a marché. J'ai traversé le bouclier, mais c'est impossible, à moins…
À moins d'être un magicien."

La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

Trêve de plaisanterie, ici, c'est un peu l'histoire de l'effet papillon. Une petite pierre percute un homme par hasard, et dès lors, toute une mécanique se met en place, qui fait que les évènements prennent rapidement une tournure sérieuse et effrayante. Car cette petite pierre, décochée presque innocemment, a des conséquences totalement inattendues, bouleversant la vie de la jeune Sonea et remettant en question ce que les magiciens pensaient savoir.

Sonea à l'école des magiciens…

Sans réellement y ressembler, cette histoire m'a vaguement rappelé une certaine série de romans à succès… Voyez par vous-même : un héro issu d'un milieu défavorisé, une école de magie qui l'invite en ses murs afin d'y développer ses talents… Alors, certes, le héro qui se découvre des pouvoirs magiques et qui doit apprendre à vivre, c'est un thème assez courant dans la littérature fantasy, tout comme celui des mages réunit en une espèce de congrégation régie par des lois strictes et une hiérarchie bien établie. Mais là, les deux réunis en un, je dois dire que ça a un petit côté Potter, mais version fantasy.

Ceci dit, c'est loin d'être déplaisant. Le thème est merveilleusement bien traité et soulève de nombreuses réflexions intéressantes (pourquoi seuls les gens de bonne famille pourraient-ils avoir accès à l'enseignement magique? Que font réellement les magiciens de leurs pouvoirs? Les utilisent-ils pour la bonne cause? Pour aider ceux qui en ont réellement besoin? etc.).

– Le contrôle est un talent subtil, dit Rothen. Je dois entrer dans ton esprit pour te montrer, mais je ne pourrai pas le faire si tu me résistes.
L'image des novices debout dans le dos de leurs camarades, les mains pressées sur leurs tempes, revint à l'esprit de Sonea. leur professeur n'avait pas dit autre chose.
La jeune fille éprouva une étrange satisfaction à l'idée que ce mage ne lui mentait pas. Aucun magicien ne pourrait entrer dans son esprit si elle en décidait autrement.
Puis elle se rembrunit au souvenir de la présence, dans sa tête, de la source de magie qu'elle lui avait dévoilée, et de la façon de s'en servir.
– Vous m'avez déjà montré hier.
– Non. Je t'ai fait voir ton propre pouvoir et expliqué comment vider le trop-plein. C'est tout à fait différent. Pour t'apprendre à utiliser ton don, je dois me rendre "sur place" avec toi. Pour ça, il me faut entrer dans ton esprit.
Sonea regarda ailleurs. Laisser entrer un mage dans sa tête? Qu'y verrait-il? Tout, ou seulement ce qu'elle voudrait lui laisser voir?
Mais avait-elle le choix?

La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

J'ai bien aimé ces histoires de magiciens, car ils gardent toujours un voile de mystère qu'on a envie de soulever. On ne peut s'empêcher de se demander de quel côté ils sont, si ce n'est du leur, et de se questionner sur leur utilité. Je me demande si je trouverai des réponses à mes questions dans le second tome.

La malveillance du mage…

Vous vous imaginez bien qu'il n'y aurait pas vraiment d'histoire si tous ces mages qui courent après Sonea étaient tous gentils et ne lui voulaient que du bien… De lourds complots se trament entre les murs de la Guildes, qui auront des conséquences fâcheuses, tant sur l'héroïne que sur son entourage. À qui Sonea peut-elle faire confiance? Sur qui peut-elle s'appuyer? Que doit-elle croire? À l'aube de sa vie adulte, toutes ces questions qui se bousculent dans sa tête ne l'aident pas vraiment à choisir sa destinée et à prendre la voie qu'elle se sera tracée. Encore que… Car certaines manipulations ne vont pas sans conséquences, et pèsent parfois bien lourd dans la balance décisionnelle…

En résumé…

Si je devais résumer les points forts de ce premier tome, je citerais l'univers riche et fouillé, l'écriture fluide et rythmée, l'héroïne attachante, l'intrigue efficace et bien ficelée.

Si je devais, en revanche, donner quelques points sur lesquels je suis plus dubitative, je dirais peut-être le côté trop "magique" de certains passages. La magie est omniprésente, mais pas assez expliquée au lecteur. D'où vient-elle? Pourquoi certains la possèdent-ils et d'autres pas? Comment se développe-t-elle? A-t-elle besoin d'invocations, de rituels pour se manifester? Je suis parfois restée un peu sur ma faim de ce point de vue-là.

Ceci dit, cela ne m'a pas dérangée pour autant, puisque j'ai lu ce premier tome avec plaisir, et j'ai hâte d'entamer le deuxième, que je viens de recevoir et qui m'attend sagement au sommet de ma PAL.

Ma note : 16/20. Une bonne entrée en matière! Reste à voir si la suite apportera des réponses à mes questions...

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 1, La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques…

[Chronique] Les foulards rouges. 2, Terre, de Cécile Duquenne

[Chronique] Les foulards rouges. 2, Terre, de Cécile Duquenne

Synopsis

Lara et Renaud ont réalisé l’impossible : avec une poignée de Foulards Rouges, ils se sont évadés de Bagne, la planète-prison désertique. En se crashant sur Terre, ils plongent non seulement dans les eaux de la planète Bleue, mais également dans les intrigues politiques tentaculaires du Parti, celles-là même qui ont fait d’eux des criminels… et désormais des fugitifs. Trouvant refuge en Australie, ils comptent bien mettre en place une véritable résistance. Car Renaud sait sur les origines du Parti des secrets inavouables qui l’ont convaincu depuis longtemps que, davantage qu’une simple vengeance, il s’agit d’offrir la liberté à tout un peuple tenu dans l’ignorance et le mensonge depuis des siècles. Il est cependant loin d’imaginer à quel point lui et Lara, qui vient de se découvrir des pouvoirs de Thaumaturge, forment des pièces centrales sur l’échiquier des forces en jeu. Malgré leurs efforts acharnés, ont-ils jamais eu la moindre chance de sauver l’humanité et de réécrire son avenir… ?

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon troisième roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore pour ce second trimestre de l'année, Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat issu de leur collection "Snark".

Chroniques des tomes précédents…

Tome 1, Bagne…

Qui dit deuxième tome…

Je vous l'ai dit dans ma première chronique, l'univers des Foulards Rouges est très riche, très dense. Dans ma chronique du premier tome, je me suis attachée à la description de cet univers et de ses personnages. C'est une partie qui sera beaucoup moins développée dans cette seconde chronique, puisque cela a déjà été fait dans la précédente. Je ne peux donc que vous conseiller de la lire si vous souhaitez un aperçu général de l'univers.

Dans la chronique de ce tome 2, je vais avant tout parler de l'histoire, des changements depuis le tome 1, et de l'évolution des personnages. Pour éviter de spoiler le lecteur qui n'aurait pas encore lu ce second opus, et afin de donner envie à ceux qui ne l'ont pas lu de le faire sans plus tarder, je ne parlerai que du début du roman.

Pour les lecteurs qui n'ont pas du tout entamé la saga, je vous conseille, pour éviter tout spoil, de vous arrêter ici et de ne lire que la chronique du premier tome…

Un départ compliqué…

À la fin du premier tome, Lara, Renaud et leurs comparses Foulards Rouges étaient parvenus à s'enfuir de Bagne, la planète prison. Après une série de péripéties totalement épiques et jouissives dans l'espace, à bord de leur vaisseau guidé par la magie, ils atterrissent enfin sur Terre. Oui, bon… Quand je dis sur Terre, entendez par là, l'océan… Il vaut mieux pour eux, notez. Mieux vaut un grand plouf qu'un gros boum, comme qui dirait…

Mais vous vous doutez que leurs (més)aventures ne s'arrêtent pas là. Que vont-ils trouver sur Terre? Qui seront leurs amis, leurs ennemis? S'ils parviennent seulement à sortir du vaisseau et à gagner la surface…

Crocodile Dundee…

L'intrigue se focalise d'entrée de jeu sur Lara. Elle a survécu au crash du vaisseau, a réchappé à la noyade, mais n'a aucune idée d'où elle se trouve ni du sort de ses compagnons d'infortune. Le suspens est à son comble! A-t-elle été faite prisonnière par des gens du Parti pour la paix? Ses amis sont-ils morts? Sont-ils retenus prisonniers, ou agonisant sur une plage lointaine?

Pour répondre à ces questions, Lara émerge péniblement de sa convalescence et s'en va explorer le lieu où elle pense être retenue contre son gré. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle s'aperçoit que le seul couloir auquel elle ait accès débouche sur… une arène!

Lara va encore devoir se battre pour sa vie et pour celle de ses amis, pour notre plus grand plaisir! Et il se pourrait bien que le combat recèle quelques belles surprises…

Une terrible douleur la saisit à la jambe et l’emporta vers le fond.
Non.
NON !
Le haut et le bas n’étaient plus qu’une vague notion étrangère à sa logique. La bête ne lâchait pas. Elle agita Lara en tous sens ; broyant le muscle ; écrasant l’os. Elle mâchait – sa jambe. Dans un hurlement strident, Lara expulsa le peu d’air qui lui restait. Tout à coup, les contours du monde se firent plus nets, comme si les éclairs de souffrance décuplaient l’acuité de ses sens.
Elle se rappela qu’elle tenait toujours l’épée et la projeta dans la direction approximative du crocodile. La pointe toucha l’écaille sans l’entamer. Lara frappa de toutes ses forces. Aucun effet notable, sinon que l’animal se mit à nager de manière à les éloigner du bord. Lara faillit perdre connaissance, comme la peur et le manque d’air l’étouffaient, mais soudain son nez perça la surface. La bête était pourchassée par les siens et louvoyait pour les éviter. Lara cracha un peu d’eau, inspira quelques – ténues – gorgées d’air. Saisissant sa chance avant que le crocodile ne replonge, elle jeta ses dernières forces dans un coup désespéré : son corps lui hurlait d’abandonner la partie, mais elle enfonça la lame entre les yeux, là où la peau et l’os seraient les plus fins.
De douleur, la bête contracta les mâchoires, lui arrachant un nouveau cri, puis le terrible étau se relâcha soudain. Lara eut l’impression d’être une éponge déchiquetée, essorée, qui se vidait d’eau et de sang. Cela surpassait toutes ses précédentes expériences traumatisantes. Toutes les fois où on lui avait tiré dessus. Elle se laissa donc emporter par le courant, vers le mur de l’Arène, manquant de s’assommer contre la pierre. Le crocodile mort sur le coup s’enfonça dans l’eau avec l’épée, ce qui attira aussitôt l’attention de ses congénères, qui serpentèrent vers lui pour la curée.
Avec tout le sang perdu, Lara se sentait au bord de l’évanouissement. Le destin avait voulu qu’elle ait refait surface près du bouclier miraculeusement intact et… en bois. Du bois qui flottait. Les larmes aux yeux, Lara s’y raccrocha de toutes ses forces. Sa gorge la brûlait jusque dans l’estomac. Respirer devenait un supplice. Les allers et retours de l’air entre sa bouche et ses poumons arrachaient à chaque passage leur dîme de souffrance. Ses oreilles se débouchèrent, l’ouïe lui revint. Une formidable clameur s’élevait depuis le public, ravi du spectacle. Apparemment, beaucoup l’avaient cru morte.

Terre, de Cécile Duquenne

J'ai retrouvé un petit côté Hunger Games dans le début de ce second tome. Et quand je dis "petit", je pense plutôt à son opposé… Une arêne… Une lutte acharnée pour sa survie… Devoir tuer pour s'en tirer… Du sang partout… Une héroïne exemplaire avec de longs cheveux sombres ramenés en tresse… Un univers dystopique… Bref, vous m'avez compris!

Heureusement, cette tendance diminue légèrement par la suite, car l'auteur met en place un univers bien à elle, qui contient beaucoup d'originalité et de personnalité.

Bien sûr, vous vous doutez qu'elle se sort de cette fameuse arène (puisque le roman continue sur plus de 400 pages après cette scène…), mais dans quel état?

Portrait d'un Thaumaturge façon Arcimboldo…

Renaud, quant à lui, est en plus mauvaise posture que Lara. Comment? me direz-vous. Il existe pire encore que l'arène et les crocodiles géants? Eh bien, croyez-moi, oui, il existe un endroit pire que cela. Et cet endroit s'appelle l'intérieur de sa propre tête…

C'est que Renaud a mal vécu le crash du vaisseau. La magie nécessaire au maintient de ce dernier l'a laissé épuisé. Et lorsqu'on se retrouve entraîné sous l'océan, il n'est guère bon d'être épuisé si l'on veut sortir la tête de l'eau un jour.

Malgré le sauvetage in extremis effectué par Lara, le Thaumaturge ne s'en tire pas à si bon compte qu'elle. Le diagnostic tombe, Renaud est dans un coma profond. Un légume, selon le médecin qui s'occupe de lui…

Lara sursauta. Passant les bras autour de son torse comme pour se réchauffer, elle entra malgré elle dans la pièce afin de laisser passer le nouveau venu. L’homme en blouse blanche se dirigea vers une boîte, toute simple, de laquelle s’échappait un ronronnement discret. Le médecin – car c’était bien lui – vérifia quelque chose sur les bandes de papier millimétré qui dégringolaient en fines boucles jusqu’au sol. Après quoi, il déroula son stéthoscope pour écouter le cœur de Renaud.
Lara sentit que le sien allait s’arrêter pour de bon.
—  Expliquez-moi, exigea-t-elle de but en blanc.
Le médecin grimaça, comme si l’odeur de marécage qui flottait autour d’elle le dérangeait :
—  Pour une raison inconnue, votre ami se trouve plongé dans un coma profond de stade III.
—  Stade III ? interrogea-t-elle, peu au fait du jargon médical.
—  Humm, oui, stade III, répéta-t-il, se complaisant à la maintenir dans l’ignorance.
Insupportable. Ce gnome gonflé de fatuité prenait un plaisir évident à jouer le rôle du professeur. Lara le prit immédiatement en grippe.
—  Expliquez-moi, répéta-t-elle.
Cette fois, elle s’arrangea pour que cela sonne comme une menace. Le médecin se montra tout de suite plus coopératif, mais il n’en demeura pas moins agressif :
—  Humm, eh bien, il n’a plus de tonus musculaire, ce que même vous pouvez constater. Il ne réagit plus aux stimuli extérieurs, qu’ils soient lumineux ou autres. Pas non plus à la douleur. En d’autres termes : c’est un légume.
Choquée, Lara ne prit même pas la peine de retenir la méchante saillie qui lui démangeait le bout de la langue :
—  Parlez encore une seule fois de Renaud en ces termes, et c’est vous qui tomberez dans le coma.
Le médecin recula. L’assistance respiratoire se mit en travers de son chemin de retraite, donnant corps à cette menace.
—  Vous… vous n’oseriez pas.
—  Oh, je suis Lara Carax et je suis sortie indemne de votre Arène. J’ose tout, même le pire. Surtout le pire. Ça se sait.
—  Sans moi, votre ami serait déjà mort.
—  Je suis sûre qu’il y a d’autres médecins tout aussi compétents que vous à Canberra, et bien plus délicats et respectueux avec leurs patients.

Terre, de Cécile Duquenne

Bref, un retour sur terre chaotique pour un roman qui débute sur les chapeaux de roue!

Vous le savez, nous autres, lecteurs, sommes des monstres de sadisme. Plus les héros galèrent et souffrent, plus on en redemande! Et c'est bien ce qui se produit dans la première partie. Oh, bien sûr, cela continue, encore et encore, jusqu'à la toute fin. Lara ne serait pas Lara sans sa dose de combats, son lot de souffrance et sa pléthore de questions existentielles. Et c'est ce qu'on aime, finalement! Chez moi, en tout cas, la sauce a bien pris. D'entrée de jeu, j'ai été happée par le récit et par le calvaire des personnages, que j'ai aimé voir évoluer au fil des épisodes.

De nouveaux objectifs…

Lara et Renaud ont enfin quitté Bagne. Quel bonheur!

Ils ont rejoint la planète Terre. Quelle horreur!

Car leurs aventures ne s'arrêtent pas au seul fait de l'évasion, vous vous en doutez. Sinon, il n'y aurait pas de tome 2…

En s'évadant, ils ont défié le Parti pour la paix, et ce dernier entend bien ne pas en rester là. Quand un groupuscule d'hommes et de femmes défient tout un système politique bien établi, c'est un peu le pot de terre contre le pot de fer. Mais Renaud, lui, prétend détenir certains secrets concernant le Parti et la création des Thaumaturges. Il a entendu parler d'une prison où seraient enfermés d'autres Thaumaturges comme lui, d'autres magiciens capables de réfléchir. Et que dit réfléchir, dit aussi désobéir…

—  Je dois réapprendre la peur…, souffla-t-elle, le regard brillant d’excitation comme elle venait enfin de trouver une solution à son problème. Et pour cela, je dois trouver mes limites, savoir où m’arrêter. Sinon, je perdrai toujours le contrôle. Je dois cesser de me croire invincible.
—  C’est un bon plan, approuva Renaud.
À cet instant, Lara crut même déceler un soupçon de fierté dans sa voix.
—  Ce n’est pas ce qu’on nous apprenait à l’Académie Militaire, mais le Parti n’encourageait pas ses Thaumaturges à apprendre. Il voulait des mages soumis, plutôt que des êtres invincibles. Ce dont nous avions peur, c’était du Dalaï, de la prison, de…
—  Il y a une prison pour Thaumaturges ? s’étonna Lara.
Renaud haussa les épaules.
—  C’est la rumeur qui court. L’un de mes premiers objectifs est de trouver cette prison, si elle existe, et de délivrer les mages qui y sont enfermés. Cela ne blessera pas d’innocents, et le Parti ne pourra pas continuer à nous ignorer. La vérité sur nos origines ne tardera alors pas à éclater, portée par la multitude.
—  Je vois…
—  Enfin, bref : pour trouver tes limites, il va d’abord falloir que tu comprennes la nature profonde de ton pouvoir. Tu as été créée sur Bagne, et cela implique certaines… particularités.
—  Lesquelles ?
—  Eh bien, Bagne est une planète dite « morte », mais c’est faux : en vérité, elle se bat pour survivre.
—  Je… je ne te suis pas. Mais alors pas-du-tout. Quel rapport avec moi ?
—  Viens, assieds-toi, on a le temps pour une leçon ou deux d’ici à ce que tout le monde se réveille. Toujours pas sommeil ?

Terre, de Cécile Duquenne

D'une autre part, Lara et Renaud se heurtent à des problèmes plus immédiats, comme nous allons le voir ci-plus bas…

De nouvelles rencontres…

Au gré de leurs aventures, le petit groupe de Lara, Renaud, Claudia et d'autres aura l'occasion de rencontrer d'autres dissidents au régime. Ceux-ci, appelés les Enfants de Proudhon, vivent en autarcie dans une ville abandonnée. Ils accueillent Lara et ses comparses et les aident dans leur quête. Mais c'est sans compter sur Kilian, le "mari" un peu bizarre de Renaud, qui refait surface et qui aimerait bien que leur relation reprenne son cours, et Nikki, la fille rebelle du Diacre Michael qui avait soigné Lara après ses péripéties en haute mer.

Je vous avoue que Kilian n'est pas mon personnage préféré. Je l'ai trouvé irritant et plutôt lourd, parfois même un peu suffisant. Son personnage ne suffit toutefois pas à gâcher l'entièreté du récit, bien heureusement. Mais je l'imaginais un peu plus mûr, un peu plus réfléchi. Il m'a fait l'impression d'un ado attardé à qui tout est dû. Et ses retrouvailles avec Renaud m'ont déçue également. Il le croyait mort depuis vingt ans, je pensais qu'ils allaient se sauter dans les bras, tomber dans les pommes, je ne sais pas, moi… Mais ressentir quelque chose de fort, en tout cas. Et non… Déçue, j'ai été… Rester sur ma faim, je dois…

Nikki, en revanche, m'a plu d'emblée. Avec son côté rebelle et son impertinence, elle m'a prêté à rire plus d'une fois. J'ai beaucoup admiré son aplomb, et l'intelligence avec laquelle elle analyse des situations qui ne sont pas vraiment de son âge. Très impressionnant… Mais un peu trop romancé, peut-être.

—  Oui, bon, ça va, tu meurs d’envie que je pose la question. Je te préviens, je ne supplierai pas. Dis-moi : ils sont où, vos bateaux pirates ?
—  Aaaah, ça, Renaud, c’est toute la beauté de la chose : nous n’avons pas de bateaux pirates.
—  Ah bon ? Et de quoi vous vivez ? D’où viennent tous vos meubles ? Vos ressources ? Et d’où vous tirez les venaisons que j’ai mangées hier soir ? Ne va pas me dire qu’il n’y avait que du kangourou et du crocodile au menu, je ne te croirai pas.
—  Nous avons des sous-marins d’abordage.
Renaud ouvrit une bouche béate d’admiration et d’indignation mêlées, comme il se sentait idiot de ne pas y avoir pensé plus tôt.
—  Ils sont magilectriques ?
—  Non. Ce sont des modèles de « fabrication locale », on va dire.
—  Ils fonctionnent à quoi, alors ?
—  À la vapeur, mon ami. L’avenir est dans la vapeur ! s’exclama Kilian en levant sa tasse de thé fumant. Bon, ça n’a pas été sans sacrifices aux premiers essais, mais cela fonctionne, désormais.
—  Comment avez-vous obtenu les matériaux ? Et confectionné les pièces ?
Seul le silence lui répondit. Renaud n’insista pas : il s’agissait d’un autre de ces secrets que Kilian ne pouvait lui révéler sans trahir sa parole ou celle d’un autre.
—  Et donc vous arraisonnez des vaisseaux du Parti avec vos sous-marins ?
—  Mieux que ça : on les coule. Ensuite, avec nos automates, on récupère la marchandise dans l’épave.
—  Malin.
—  Pas assez spectaculaire.

Terre, de Cécile Duquenne

D'impressionnantes théories alambiquées…

Ah, Renaud et ses grandes théories scientifiques!

C'est une chose qui ne cesse de m'étonner dans cette sage. Les théories scientifiques s'enchaînent et se ressemblent… presque. Car à chaque fois, on en apprend un peu plus sur l'origine de la magie, le fonctionnement des planètes, les flux électromagnétiques et j'en passe. Petit bout par petit bout, on parvient à décoder les grands principes qui régissent cet univers très particulier, un peu comme un archéologue qui époussète par petits coups de pinceau une griffe de ptérodactyle enfouie six pieds sous terre.

Personnellement, je reste totalement bluffée par ces théories. Elles sont fumeuses, plus que certainement, à moins que… Je vous avoue ne rien y connaître dans ces domaines-là. C'est bien là le problème, avec Cécile Duquenne. Elle parvient à rendre ses théories tellement plausibles qu'on se demande si c'est nous qui sommes totalement ramollis du cerveau au point de ne pas connaître ces grands principes de base, ou si c'est elle qui affabule de façon magistrale…

Pour ce point-là, franchement, chapeau bas…

—  Alors… Bagne est une planète mourante, son noyau est en train de se solidifier, ce qui explique l’absence de vie, l’état pathétique des ressources naturelles, et le fait que les gens meurent si vite : quand tu te reçois un vent stellaire dans la figure et que tu n’y es pas préparé, ça fait mal.
—  Je vois.
—  Tu te rappelles l’orage magilectrique juste avant notre départ ?
—  Oui. Et ?
—  Eh bien les orages magilectriques sont des orages « auto immunes », qui n’ont rien à voir avec la météo. Bon, sûrement que Pulp avait neutralisé le système des Veilleurs, et si un véritable orage nous était tombé dessus, on ne l’aurait pas vu venir non plus. Mais là, l’orage s’est formé sur place. Il n’est pas venu du sud. En fait, ces orages si particuliers se produisent à deux conditions, parfois simultanées, parfois non.
—  Qui sont ?
—  Les tempêtes stellaires, d’une part. Donc une cause extérieure à la planète.
—  Et ? l’encouragea-t-elle.
—  Et l’apparition ou le déplacement d’un pôle magnétique, d’autre part.
—  Donc… si je comprends bien… l’orage a eu lieu parce que le pôle magnétique de Bagne s’est déplacé sous l’Hacienda, et qu’une tempête stellaire a eu lieu en même temps ?
—  L’un des pôles magnétiques moribonds de Bagne, corrigea Renaud, dont la force et la densité fluctuent. Lors de l’orage, il a dû y avoir une fulgurance. Tu es donc née au-dessus d’un pôle mourant qui à ce moment-là avait retrouvé sa vigueur d’antan et était donc… très puissant. C’est pour cela que ton pouvoir est si…
Il cherchait un terme qui ne soit ni insultant ni inquiétant, mais Lara ne vit pas de raison de s’embarrasser :
—  Dangereux. Pour les autres. Pour moi.

Terre, de Cécile Duquenne

Quand la magie est trop omniprésente…

Le problème majeur auquel Lara aura à faire face à son arrivée sur Terre – et Renaud par la même occasion – c'est sa magie naissante. Oui, désolée, je vous casse l'effet de surprise, pour le coup… Mais c'est vous qui l'avez accepté, hein, c'est vous qui avez décidé de sauter par-delà ma bannière anti-spoil ^^

Donc Lara a l'heureuse surprise qu'elle aussi est un petit peu magicienne sur les bords. Pas que cela lui déplaise, car cela peut s'avérer utile, surtout en temps de guerre. Mais ces pouvoirs prennent rapidement de l'ampleur et finissent par l'effrayer. Elle doit apprendre à les maîtriser afin de ne pas nuire aux personnes qui l'entourent. En parallèle, Lara fait des rêves de plus en plus étranges qui ne peuvent trouver une explication que dans ses nouveaux pouvoirs et la façon dont elle les a acquis…

Ses rêves devenaient de plus en plus étranges. Après avoir passé plusieurs nuits à brûler vive sans que la flamme ne la consume, elle se retrouvait désormais prisonnière d’un cocon de cendres solidifiées. Les jambes ramenées contre son torse, la nuque courbée vers l’avant et les coudes collés aux flancs, elle n’entendait plus que le bruit de sa propre respiration. Le craquement du bois avait disparu peu après l’extinction des flammes. Le bruissement des cendres s’était tu.
Elle était seule.
Avec la disparition de la chaleur revint le froid. D’abord simple picotement, puis glacial, insupportable. Les lèvres collées par le givre, les membres gourds… Prise de frissons, elle éprouva très vite le besoin de bouger, mais la coque protectrice qui l’enveloppait ne lui laissait aucune liberté de mouvement. Son premier réflexe fut de hurler pour qu’on lui vienne en aide, mais seul un grondement sourd et inhumain sortit de sa gorge. Qu’est-ce que c’était que ça ? Elle hurla, formant des mots, des phrases entières, mais elle n’émettait que des bruits de bête ou des plaintes aiguës. En s’agitant, Lara sentit un ergot de cristal s’enfoncer dans sa peau. Elle se retourna sur elle-même pour s’écarter de la chose qui lui faisait mal, mais elle comprit qu’il s’agissait de ses propres ongles devenus griffes. Elle voulut ouvrir les yeux, mais ses paupières, collées elles aussi, refusaient de bouger. Se débattant de plus belle, ses sens s’éveillèrent, et elle sentit l’écaille de sa peau, l’élasticité de sa chair et, enfin, se découvrit une langue bifide.
Que lui arrivait-il ?

Terre, de Cécile Duquenne

Je vous avoue tout! C'est le point qui m'a le plus chagrinée dans ce second opus. La magie naissante de Lara est une belle surprise pour le lecteur, certes, mais j'ai trouvé cette solution trop facile, trop simpliste. Le personnage de Lara se trouve un peu en difficulté? Qu'à cela ne tienne! On lui ajoute un peu de magie, et le tour est joué!

Mon ressenti, c'est que ça dénature complètement le personnage de Lara, qui est une femme forte par son seul caractère et sa seule force physique. Pour moi, elle n'avait pas besoin de magie pour réussir son entreprise. Mais bon, l'auteur a voulu surprendre son lectorat, c'est de bonne guerre. Cela aurait pu effectivement être une idée de génie, si la magie de Lara n'avait pas été aussi puissante d'entrée de jeu. Certes, il y a l'enjeu de l'apprivoisement, le fait qu'un tel pouvoir confère de grandes responsabilités, et qu'il lui faut gérer de nombreux problèmes auxquels elle n'avait jamais songé.

Mais il n'empêche que je suis restée sur ma faim. Terminé, la Lara qui se bat comme une lionne pour survivre à ses blessures. À présent, même une jambe déchiquetée peut guérir en moins de deux et continuer à la porter aussi loin qu'elle le souhaite. Mouais, bon, n'allez pas chercher, c'est magique…

En résumé…

Dans ce second tome, certains éléments m'ont plu, d'autres moins…

Tout ce qui a fait mon régal dans le premier tome et qui se retrouve dans le second comptent évidemment parmi les éléments que j'ai aimé. L'écriture de l'auteur, l'héroïne et son caractère, l'univers toujours aussi magnifiquement fouillé, les scènes d'action fluides, le style oscillant entre la SF et le steampunk…

Je trouve juste dommage que les nouveaux éléments introduits ne me satisfont pas comme je m'y attendais. La magie est trop présente et est utilisée un peu comme une solution de facilité (à mon sens), certains personnages peuvent être agaçants (n'est-ce pas Kilian…), certains rebondissements semblent moins plausibles. Sans compter que, comme prévu, la planète Terre est moins séduisante et exotique que Bagne. Si Bagne manque à Lara, je dois dire qu'à moi aussi!

Ma note : 15/20. Vous voyez, je n'ai pas trop sorti mes vilains crocs! La qualité littéraire est omniprésente malgré tout, il faut le reconnaître.

[Chronique] Les foulards rouges. 2, Terre, de Cécile Duquenne

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

… où vous entendrez parler de lutins. Hé oui, une fois n'est pas coutume! Mais pas n'importe quels lutins, alors, ça non! Des lutins urbains! Comment cela, ça n'existe pas?! Mais si, mais si! Et je m'en vais vous le prouver! Rendez-vous dans ma prochaine chronique!

[Chronique] Les foulards rouges. 1, Bagne, de Cécile Duquenne

[Chronique] Les foulards rouges. 1, Bagne, de Cécile Duquenne

Synopsis

Sur Bagne, Lara traverse les étendues désertiques pour remplir ses contrats. Car Lara est une Foulard Rouge, appelée à faire régner la loi à grand renfort de balles. Et sur cette planète-prison où les deux-tiers de la population sont des hommes, anciens violeurs ou psychopathes, c’est une vraie chance pour une jeune femme comme elle de ne pas avoir fini dans un bordel. En plus, elle fait plutôt bien son boulot – on la surnomme même Lady Bang. Mais Lara n’a pas obtenu ce job par hasard – tout comme elle n’a pas atterri dans cet enfer par hasard. Elle doit tout ça à quelqu’un en particulier, à qui elle en veut profondément… et qui, pourtant, a quelque chose à lui offrir – une chose qui n’a pas de prix. Lara acceptera-t-elle de baisser un peu sa garde et de se lier à de dangereux criminels comme le mystérieux Renaud ? Si elle veut reprendre son destin en main et ne pas finir ses jours ici, elle n’aura pas vraiment le choix…

[Chronique] Les foulards rouges. 1, Bagne, de Cécile Duquenne

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon second roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore pour ce second trimestre de l'année, Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat issu de leur collection "Snark".

Et je suis vraiment bien contente de ce partenariat, car cela faisait fort longtemps que cet ebook me faisait de l’œil. Enfin, disons plutôt ces ebooks… Les foulards rouges est en réalité une suite de romans publiés sous forme de série, chaque tome correspondant à une saison, et chaque chapitre correspondant à un épisode. Personnellement, j'aime beaucoup ce format série, que je trouve très ludique et amusant. Comme chaque épisode est d'abord publié séparément avant d'être regroupé en saison intégrale, cela permet une attente moins longue entre les différentes parties.

Chez moi, le problème de l'attente ne s'est pas fait sentir, puisque malheureusement, je prends la série en cours alors que l'intégrale de la seconde saison voit le jour. C'est donc cette seconde saison que je dois réellement chroniquer dans le cadre de mon partenariat, mais comme je n'avais pas encore lu la première, voici que je rattrape mon retard…

Un style d'écriture éblouissant…

La première chose qui m'a frappée à la lecture du premier épisode, c'est évidemment le style d'écriture. Cécile Duquenne possède une belle plume fluide, déliée et d'une richesse extrême qui m'a d'emblée séduite. Ces descriptions de la planète Bagne sont tout à fait admirables. Je parvenais presque à sentir l'aspect rocheux du sol, la chaleur qui en émane par vagues, le manque d'humidité, la soif, la poussière… La précision avec laquelle les actions sont décrites, la justesse des sentiments, le piquant des dialogues… Tout y était! Je reste réellement ébahie devant le talent de cette jeune auteure, et ne manquerai pas de suivre la suite de ses aventures avec délices.

Conservant son attitude faussement soumise avec soin, le visage à moitié dissimulé par le rideau noir de ses cheveux, elle suivit Renaud jusqu’aux quartiers des dames. Ils traversèrent un atrium encadré d’arcades sculptées, décorées de motifs usés par le temps. Où que le regard porte, la vieille peinture ocre s’écaillait comme la peau d’un lépreux pour révéler, en dessous, la pierre couleur de rouille qui saignait comme une plaie malade.
Une bonne partie des arcades se voyait renforcées de remblais de pierre, pas de bois. En absence d’arbres, ils avaient sûrement dû improviser et se servir des ressources locales. La pierre ne manquait pas dans le coin. Claudia n’avait pas vu grand-chose de Bagne, mais quand elle s’était retournée pour observer la plaine lors de son arrivée, l’absence de toute forme de faune et de flore n’avait pas manqué de la frapper. L’intérieur de l’Hacienda ne différait pas. La cour n’était qu’un carré de terre battue tellement sèche qu’elle se fissurait comme un vieux pot cassé puis recollé. Une fine couche de poussière gris beige tapissait les surfaces planes et s’infiltrait dans les chaussures dès le premier pas. Une vieille souche racornie témoignait d’un passé plus verdoyant…

Bagne, de Cécile Duquenne

Attention, planète inhospitalière en vue…

Bagne… Un assemblage de contrées arides, tant du point de vue du climat qu'au niveau humain. Ici, on ne peut attendre de cadeau de personne, et surtout pas de Dame Nature. C'est bien plus qu'une planète-prison, c'est une planète-torture. Même trouver de l'eau potable relève du chemin de croix, alors que le climat désertique pousse les habitants à toutes les extrémités dans leur quête d'eau. Les orages et les pluies acides sont autant redoutées que les pillards et les violeurs qui attendent l'imprudent(e) au détour des chemins… quand chemin il y a.

Et pourtant, je me suis surprise à aimer Bagne. Est-ce de ma part une forme de sadisme envers les personnages, qui souffrent et suent sang et eau pour tirer leur épingle du jeu? Est-ce l'attrait tout simple pour une planète d'un type plus exotique, qui me change un peu tellement de mon quotidien sur Terre? Est-ce grâce à l'extraordinaire inventivité dont fait preuve Cécile Duquenne dans ses descriptions et sa conception de cette planète? Je pencherais probablement pour les trois éléments en même temps.

Lara se reconcentra sur sa conduite. Elle approchait de sa destination, en témoignait le sol devenu rocailleux sous le motoride en suspension. Elle survolait désormais des plaques de basalte disposées comme autant d’écailles de dragon, grêlées de scories et perlées d’obsidienne. Peu à peu, le dénivelé augmenta et le motoride se retrouva à gravir une petite pente aussi noire et luisante qu’un meuble laqué. Regardant droit devant elle, Lara soupira. À environ un demi-kilomètre, il lui faudrait choisir entre l’escalade à mains nues des murs naturels, ou bien l’entrée fracassante par la porte principale. Son instinct lui soufflait d’opter pour la seconde solution.
Cap City, ville-cratère construite dans le giron d’un volcan éteint, célèbre pour ses orgues basaltiques, sa serre de légumes hors-sol, sa production maison d’alcool fort et, plus récemment, le massacre de ses trente-deux habitants. Aux dires de l’unique rescapé qui avait fini par rendre l’âme dans la ville voisine, juste à temps pour Lara de lui extorquer sa dernière confession, Cap City avait été prise par un bataillon de mercenaires dirigé par un dénommé Black. Apparemment, il s’agissait d’une dizaine de loqueteux mal équipés ayant profité de l’effet de surprise. Lara n’avait donc a priori pas besoin de renforts sur ce coup-là, et elle s’accommodait fort bien de sa solitude. Elle détestait travailler en équipe avec d’autres Foulards Rouges – à ses yeux tout aussi coupables et mauvais que les Bagnards qu’ils arrêtaient.
Même si elle ne cautionnait aucunement le meurtre et la torture, elle trouvait quelque chose de remarquable à l’acte de Black et ses sbires. Un certain panache. Cap City se situait en plein cœur du territoire fédéré, et le desperado avait trouvé le moyen d’outrepasser les frontières pour s’en emparer. Rien à sauver de ce bout de terre quasi stérile, il avait sûrement voulu remettre en cause l’autorité du Capitan dans une ultime provocation.
C’était réussi ; depuis deux jours, on ne parlait que de lui dans toute la Fédération.

Bagne, de Cécile Duquenne

Une héroïne pas comme les autres… ou presque

Lara, le personnage central de ce roman, est une héroïne qui m'a personnellement fait vraiment plaisir. D'abord pour le fait qu'elle est une héroïne comme je les aime, avec un caractère fort et une soif de survie sans égal. Mais aussi pour le fait qu'elle ne ressemble pas à une Wonderwoman au physique nickel chrome, se pavanant en sous-vêtements métallisés en guise d'armure. J'ai aimé le fait que son personnage ne soit pas la perfection incarnée, qu'elle ait des petits boutons dus au stress, qu'elle puisse paraître fatiguée, qu'elle soit maigrichonne et que ses vêtements sentent la vieille sueur rance, qu'elle puisse être sûre d'elle avec ses flingues en main, et que l'instant d'après elle puisse rougir en repensant à un rêve osé, qu'elle puisse en imposer aux hommes de Bagne, et à la fois souffrir de la solitude et de la perte de son grand amour. À défaut d'être parfaite, elle est réelle et humaine, et c'est ce qui la rend attachante.

La jeune femme le fixa, plissant les yeux car elle faisait face à l’aurore. Ses iris déjà d’un bleu très clair paraissaient presque gris à cause de la lumière. Ils constituaient le principal atout de son visage fin toujours sévère. La ride d’expression entre ses deux sourcils, presque tout le temps froncés par la contrariété, formait une virgule agressive. Au même endroit, un peu d’eczéma dû au stress. Autour, quelques boutons dus à la mauvaise alimentation. Ses traits tirés et son teint trop pâle lui donnaient un air maladif.
Son charme venait d’ailleurs : de ses yeux de diamant taillés en forme d’amande dont les pupilles, parfois, se teintaient d’une douceur mélancolique ; de ses dents à l’alignement impeccable qui suivaient la courbe ourlée de ses lèvres quand celles-ci daignaient esquisser un sourire ; de sa chevelure noire qui, lorsqu’elle défaisait sa tresse, tombait en boucles sur ses épaules et dans son dos. Ils lui arrivaient dans les reins, par mèches épaisses remplies de fourches.
À défaut d’être la plus belle, Lady était la plus désirable. Renaud possédait un défaut qui lui avait valu d’atterrir sur Bagne et ne l’avait pas quitté depuis : il suffisait qu’on lui interdise une chose pour qu’il la désire. Et l’obtienne.

Bagne, de Cécile Duquenne

De la science-fiction à la sauce steampunk, en passant par le western…

Les foulards rouges, c'est un mélange vraiment étonnant entre deux styles qui se complètent à merveille. On y trouve de la science-fiction, d'une part, car Bagne est une autre planète que la Terre, qu'on y retrouve des technologies futuristes franchement bien pensées, que de nombreuses scènes se déroulent dans l'espace… En fait, Bagne m'a vaguement rappelé un des rares romans de science-fiction que j'aie lu quand j'étais jeune, Chroniques martiennes de Ray Bradbury, par ce côté "planète exotique où rien ne se passe comme sur la Terre". Cela m'a également rappelé des extraits de Star Wars, et notamment l'extrait qui suit, où ce marché de matériel de New Eldorado évoque une certaine planète Tatooine, bien connue des fans de la saga.

Elle laissa la place, espérant ne pas avoir payé pour une dysenterie surprise au passage. Le stand voisin proposait des lampes à pétrole. Elle joua des coudes et, sans s’éclaircir la gorge pour paraître aussi masculine que possible, demanda par-dessus le bruit ambiant :
— Y aurait des lampes à ultraviolets dans le coin ?
— C’est quoi, ça ?
— Une lampe à magilectrie, au rayonnement bleu, parfois vert…
— Pas d’magie ici.
— Ni dans les environs ?
Elle récolta un juron camouflé d’une toux à peine poussée. Elle demandait de la renvoyer chez des concurrents, et cela ne plaisait guère.
— Le gars en face en avait l’autre jour, j’crois, ça brillait bizarre. Mais il est super cher, tu feras pas d’affaire chez lui, il négocie pas, p’tit gars.
Lara s’extirpa de la masse qui se pressait à l’ombre des tôles, pour se retrouver sous le soleil au centre de l’allée.
Quelle merde.
Traverser la foule dans sa largeur quand le courant allait dans le sens de la longueur s’avérait aussi ardu que de traverser un fleuve – on ne cessait de lui couper la route ou de la pousser. Elle ne s’arrêta d’avancer que lorsque ses hanches cognèrent contre la table qui faisait office de vitrine. Les objets, solidement accrochés, recouvraient toute la surface de la planche. Son regard chercha les lampes un instant, avant de tomber sur un vendeur occupé à surveiller la fauche. Elle apostropha l’homme dont la première moitié du visage se révéla dévorée de petite vérole, quand l’autre était défigurée par une vilaine brûlure :
— On m’a dit que vous aviez peut-être des lampes à ultraviolet. Il m’en faut une et je suis prêt à y mettre le prix.

Bagne, de Cécile Duquenne

Mais j'ai également retrouvé un petit je-ne-sais-quoi de steampunk dans toute cette technologie débridée, qui parfois fonctionne à la magilectrie, une source d'énergie magique, comme son nom l'indique. Les vêtements, également, peuvent rappeler l'époque victorienne, surtout ceux qui sont employés sur Terre. Les armes et certains éléments de décor tels les clés peuvent également rappeler un univers steampunk (même si j'avoue que l'illustration de couverture aide beaucoup à se représenter Lara en Lady corsetée jouant du flingue contre des méchants loqueteux).

J'ai également trouvé une troisième influence, c'est celle du western : les flingues, les règlements de comptes, les longs manteaux de cuir et les chapeaux, les chevaux, les noms des villes, l'aspect désertique de la planète… C'est un côté totalement surprenant dans ce contexte de science-fiction omniprésente, mais cela fonctionne à merveille, et je n'y ai vu que du feu!

Une cavalcade de violence…

Des règlements de comptes, des fusillades, des guet-apens, des batailles… Vous vous en apercevez, Bagne est tout sauf une planète tendre, et ses habitants sont loin d'être des enfants de chœur. Dans ce contexte, il n'est pas rare de rencontrer, au détour des pages virtuelles, quelques beaux extraits de pure violence nappée de gore. De quoi donner du piquant à l'histoire ^^

Après de longues heures de chevauchée, Lara parvint sur les lieux de l’accident. Elle contourna le Hubb de loin, afin de s’assurer d’être seule. Il n’avait pas bougé, couché sur le flanc comme une bête morte, à l’image des chevaux fusillés que le groupe avait abandonnés là.
Avec la pluie et la chaleur, leur état de décomposition s’était accéléré. Une odeur âcre, mélange de gaz pestilentiel, méthane et propane, émanait de la matière autrefois vivante. Les ventres crevés offraient leurs viscères à la morsure d’un soleil vorace, qui venait s’en repaître près de trente heures par jour. Fait extraordinaire : il y avait aussi des mouches. Elles devaient avoir parasité les chevaux sur Terre et les avoir accompagnés jusque sur Bagne, car Lara ne se souvenait pas en avoir vu sur quelque cadavre que ce soit, même abandonné aux quatre vents pendant des jours et des jours. Ici-bas, la vie ne trouvait plus son chemin. Les gens venaient là pour mourir. S’ils se refusaient à l’admettre en arrivant, ils finissaient par l’accepter à la vue du désert stérile, sans plantes ni animaux. Aucun écosystème ne s’y développait. Était-ce la même chose partout sur la planète ? Ou existait-il des endroits verdoyants, où des Bagnards plus chanceux que les autres étaient parachutés ? Pour un peu, elle aurait aimé connaître la réponse à ces questions, car si Bagne était habitable à certains endroits, cela changeait tout. On pouvait vivre sur une planète agréable, même s’il s’agissait d’une prison. On pouvait prendre un nouveau départ.

Bagne, de Cécile Duquenne

Guerres politiques et embrouilles religieuses…

Si l'univers dépeint par Cécile Duquenne est décidément d'une richesse ahurissante, son intrigue est tout aussi complexe et haletante. Car la guerre gronde sur Terre… Le Parti pour la paix, sorte d'état totalitaire et tentaculaire aux méthodes violentes et sans scrupules, cherche à asseoir son autorité, et sur Terre, et sur Bagne. Lara et ses comparses se posent, évidemment, en opposant face à cette organisation tyrannique.

Dans le même temps, des religions et des façons de penser radicalement différentes s'affrontent. Ainsi, les principaux cultes que l'on connaît ne sont officiellement plus les bienvenus. Lara, quant à elle, est bouddhiste croyante, mais non pratiquante. Dans l'univers de Cécile Duquenne, le bouddhisme est l'alternative choisie par beaucoup à toutes les autres grandes religions.

Et bien sûr, comme souvent, la politique et la religion vont souvent de pair… ce qui offre aux lecteurs une trame complexe qui offre de solides bases à l'histoire proposée. Tout est magistralement ficelé, rien n'est laissé au hasard, et je ne peux être qu'admirative devant un tel niveau d'écriture.

— Et quels sont vos projets pour nos deux humbles personnes ? interrogea Renaud du ton le plus impassible dont il disposait encore en rayon.
— Vous faire évader pour vous livrer à nos alliés terriens. L’Australie a compris quelle était la vraie voie de la paix. La rouge Évoria, soit-elle bénie sept fois, ne peut intervenir sur le terrain, mais vous le pouvez. Aidez l’Australie, aidez la Terre, aidez-vous vous-mêmes. Nous ferons la guerre dans l’espace, contre les troupes du Parti, nous prendrons Bagne, Éden s’il le faut, et toutes les colonies minières de votre planète après elle, mais nous vous laisserons vous occuper de la Terre. La guerre contre le Parti doit aussi se mener de l’intérieur.
Lara observa Renaud avec crainte, et hésitation. Les enjeux les dépassaient. La situation leur échappait. Et, surtout, elle avait désormais une certitude : où qu’ils aillent, ils ne seraient jamais libres, toujours prisonniers des plans de quelqu’un d’autre. D’abord le Parti, puis Bagne et ses Foulards Rouges, et à présent Évoria aux côtés de l’Australie dissidente… L’idée de frayer avec des chrétiens lui retourna l’estomac, néanmoins cette perspective s’avérait moins effrayante que celle de rester ici à la merci de tels monstres.

Bagne, de Cécile Duquenne

De la magie dans l'air…

Je vous parlais ci-plus haut de la magilectrie, mais ce n'est pas la seule forme de magie que l'on rencontre. Assez vite dans l'histoire, nous apprenons à faire connaissance avec les Thaumaturges, ces magiciens d'un type un peu particulier qui sont à la botte du Parti pour la paix. J'aime assez la façon dont l'auteur traite la magie dans son univers. C'est quelque chose de très spirituel, de très intériorisé. J'aime la façon dont elle se manifeste, aussi, et l'impact qu'elle a sur le corps des Thaumaturges.

En résumé…

Je me suis au final laissée séduire par l'univers de Cécile Duquenne, de part la grande richesse de son intrigue, son foisonnement de détails, ses descriptions de qualité, son style fluide et agréable, son incroyable créativité et son imagination débordante.

J'ai passé un excellent moment de lecture en compagnie de Lara, cette héroïne forte et tellement humaine à la fois. Je me suis totalement laissée embarquer dans cet univers mi-SF mi-steampunk avec un côté western très plaisant, sur cette affreuse planète-prison désertique que l'on apprend peu à peu à apprécier. Et, je l'avoue, en entamant la lecture de la seconde saison, j'ai été un peu déçue de laisser Bagne de côté pour retrouver la planète Terre. Adieu, planète exotique! Bonjour, planète (trop) familière…

Ma note : 18/20. C'est un bon gros coup de cœur pour moi, et j'ai hâte de voir ce que donnera la suite!

Chroniques des tomes suivants…

Tome 2, Terre

[Chronique] Les foulards rouges. 1, Bagne, de Cécile Duquenne

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques…

où il sera encore question de Lara, de Renaud et des autres, tout simplement.