[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

L’auteur se propose de nous révéler les secrets de la naissance du royaume de France, ni plus ni moins. Et je dois dire que c’est un pari réussi haut la main!

Acherontia

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

Après la mort de son père, Childéric Ier, Clovis devient le roi de tous les Francs, jusqu’à poser les fondations de la future France. Comment un jeune barbare inexpérimenté a-t-il pu supplanter ses puissants voisins et rivaux ? Grâce à sa conversion au catholicisme lui assurant le soutien des élites gallo-romaines ? À sa science militaire ? Certainement. Mais avant tout grâce à l’action de trois agents secrets, une femme et deux hommes. Obéissant chacun à des motivations différentes, ces guerriers de l’ombre au tragique passé vont peu à peu transformer l’héritier en roi des rois. Manipulations, chantages, trahisons, sexe, meurtres… Mission impossible au pays des Francs.

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare
[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

Je tiens d’abord à remercier les éditions Pygmalion pour ce service presse, ainsi que Babelio et son opération Masse Critique. C’est une lecture que j’avais sélectionné lors de l’avant-dernière MC, et cela m’a fait très plaisir d’être tirée au sort pour la lire et la chroniquer!

Pourquoi ai-je demandé cette lecture en particulier? Parce que le résumé m’a plu et m’a intriguée, bien sûr. D’ailleurs, il fallait bien cela pour que je me décide à essayer un genre qui change radicalement de mes habitudes. Car oui, des romans historiques, j’en lis très peu, voire pas du tout. Et ce n’est pas que cela me débecte, bien au contraire, je suis très fan d’histoire, surtout pour les époques médiévales et victoriennes. Mais voilà, j’ai décidé, au début de ce blog, d’axer celui-ci sur les littératures de l’imaginaire, mon genre de prédilection. Cela n’exclut pas les autres genres que j’apprécie, mais cela les limite, car j’ai peu de temps pour la lecture et je préfère donc me concentrer sur ce qui entre dans le thème de mon blog.

J’ai donc fait une exception pour « Mérovingiens », parce que son auteur a déjà rédigé des romans de l’imaginaire (notamment les Haut Conteurs et Darryl Ouvremonde) d’une part, et parce que d’une autre part je pressentais qu’il y aurait malgré tout des éléments fantastiques dans le récit. Avais-je raison de me pencher sur ce roman en faisant fi de mes habitudes littéraires? C’est ce que nous allons voir…

– Ingénieux, mais dangereux, reprit Clovis en palpant distraitement sa courte barbe. Commettre un régicide reste impardonnable, quelles qu’en soient les raisons. Je pourrais te faire décapiter pour m’avoir avoué ton crime.
– Impardonnable, sauf si la victime est l’un de tes ennemis acharnés. Euric voulait ta perte.
– Je le sais. Comme je sais que son fils Alaric me gênera beaucoup moins, répindait Clovis sans cesser d’observer son hôte.
La cagoule baissée de Gunthar révélait ses cheveux noirs coupés très courts. Tête ainsi nue et avec les bagues finement ouvragées qui ornaient quatre de ses doigts, il ressemblait davantage à un Romain qu’à un Barbare wisigoth. Certes, un Romain pourvu de traits peu gracieux, avec son nez ridiculement court et sa bouche aux lèvres si minces qu’elle en paraissait privée. Mais un Romain quand même. Un bon point supplémentaire, jugea Clovis. Sournois, comploteur, devin et sûrement sorcier, cet assassin si efficace représentait une chance à ne pas laisser filer.

Mérovingiens, de Patrick McSpare

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

L’auteur se propose de nous révéler les secrets de la naissance du royaume de France, ni plus ni moins. Et je dois dire que c’est un pari réussi haut la main!

Au fil du roman, nous suivons Wyso, jeune Irlandais qui a fait sa vie sur le territoire Franc. Par l’entremise de Daga Wulf, dont nous parlerons un peu plus loin, il se voit contraint de servir d’espion pour Clovis, roi des Francs saliens, qui aspire à devenir le Roi des rois. Dans les différentes missions qui lui seront données, il sera aidé de Guntar et de la ravissante Valesta.

C’est un travail remarquable qu’a réalisé l’auteur, car il lui a fallut partir des sources historiques pour ensuite imaginer tout ce qui a pu se tramer en coulisse, recréer les missions des espions, leur quotidien, les relations entre eux… Je connais malheureusement fort mal l’époque mérovingienne, et donc je peux difficilement juger de l’exactitude historique du récit. Cela me désole, car je peine à distinguer les éléments historiques des éléments romanesques. Ceci étant, on sent que l’auteur s’est remarquablement bien documenté, et il donne envie au lecteur de faire de même. Peut-être ferais-je finalement bien de me replonger dans mes cours d’histoire?

Wyso avait ressenti une antipathie générale à son encontre, dès les présentations formulées par Clovis. Les ministres voyaient de mauvaise grâce l’arrivée d’un étranger venu s’approprier une part de leurs privilèges. Deux d’entre eux s’étaient risqués à tenter de dompter l’Irlandais du regard, mais ses yeux gris acier les avaient forcés à vite se détourner, en piètres vaincus d’un combat virtuel. Isolé à un bout de table, seul le devin conservait une attitude neutre. Et pour cause. Avant d’entrer dans la salle de conseil, Clovis avait informé Wyso qu’il s’agissait de l’homme avec qui il ferait désormais équipe. Un devin et une fausse religieuse. Voilà donc les gens qu’il devrait côtoyer au cours de ses missions meurtrières. L’Irlandais n’était plus maître de son destin et il détestait cela.

Mérovingiens, de Patrick McSpare

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

Au-delà de la notion d’histoire, il y a la composante humaine, prépondérante tout au long du récit. Les trois espions m’ont touchée à divers degrés, que ce soit de par leur passé douloureux ou par leur caractère.

À la base, rien ne les prédestinait à devenir espions. Mais les évènements de la vie (ou notre fameux Daga Wulf, c’est selon) les ont formaté de sorte qu’ils se sont blindés intérieurement. Valesta, par exemple, qui a connu des choses très dures dans sa jeunesse, est si brisée de l’intérieur qu’elle ne ressent pratiquement plus rien. De même, Wyso est amené à connaître un chantage qui ne présage rien de bon quant à une hypothétique issue heureuse. Et de ce fait, lui aussi finit par se sentir intérieurement vide. Ce sont ces fractures qui leur permettent d’effectuer les tâches les plus viles sans remord aucun. Au final, même si je ne cautionne pas leurs actes, je les ai trouvé terriblement attachants dans leur complexité et leur impuissance face au sort qui leur est réservé. Car on s’aperçoit vite qu’ils ne sont que des pions sur un échiquier bien trop vaste pour eux, manipulés par des puissances qu’ils peuvent à peine concevoir.

Trois ans d’esclavage, de viols, d’humiliations… Le chef qui les avait enlevées s’était conduit à leur égard comme le pire des monstres, donnant visage humain à la cruauté et à la perversité. Des années après, Valesta refusait encore de formuler son nom. Elle le ferait le jour où elle l’éventrerait. Lentement. Très, très lentement. D’ici là, elle continuerait de remercier la providence qui les avait secourues. Même si sa soeur, hantée de cauchemars, s’était réfugiée auprès du dieu crucifié et cloîtrée dans un couvent. La jeune fille inspira profondément. Il lui restait à parachever sa mortelle comédie. Elle frotta rapidement ses yeux d’une gousse d’ail cachée dans sa tunique, poussa un cri perçant et se rua vers la porte.

Mérovingiens, de Patrick McSpare

 

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

Y a-t-il eu des éléments fantastiques au cours de ce récit? À mon sens, oui…

Il y a surtout eu Daga Wulf, ce mystérieux homme sorti de nulle part, et qui se prétend sorcier. En est-il réellement un, cela, je vous le laisse découvrir… Ceci étant, le bonhomme a tout de même la fâcheuse manie d’apparaître et de disparaître au moment où on s’y attend le moins, comme par magie. Et ce n’est pas tout! Il semble connaître l’avenir, ou en tout cas, il est capable de voir très loin dans le temps, et sait ainsi prévoir toutes les implications de tel ou tel acte.

Ainsi, son but est de faire de Clovis ce qu’il appelle le « Roi des rois ». Quels sombres desseins anime cet homme-démon qui n’hésite pas à employer des moyens pour le moins barbares pour arriver à ses fins? C’est d’ailleurs ce fil conducteur-là qui m’a tenu le plus en haleine tout au long du récit. Il me fallait savoir qui il était, et si les chantages exercés sur Wyso, espion de Clovis, prendront fin de façon heureuse ou non.

Certes, il n’y pas que cela, dans ce roman, qui tient en haleine. Les machinations politiques, les batailles, les trahisons, les meurtres… bref, toute cette fange qui a accouché de Clovis en tant que roi des Francs, et dont les missions des trois espions font partie intégrantes, est tout à fait captivante et fascine le lecteur du début à la fin.

Guénolé ne l’attendait pas sur le seuil de leur maison. À sa place se tenait un homme maigre, voûté, aux yeux translucides, au crâne chauve et pointu, à la pâleur mortuaire, aux doigts griffus, aux dents acérées. L’apparence d’un spectre, pensa Wyso en réprimant un frisson.
– Qui es-tu? cracha-t-il, prêt à tirer l’épée hors du fourreau.
– Daga Wulf. Et je vais t’employer, répondit l’homme, d’une voix à la fois rauque et aigüe, désagréable comme le crissement de deux lames frottées l’une contre l’autre.
– Je travaille pour le comte Brent.
– La tâche qui t’attend dépasse le service du comte Brent.
Irrité par le ton et l’audace de l’étranger, Wyso sauta de cheval et dégaina sa spatha. Guénolé avait dû voir arriver l’intrus et s’était enfermée. L’Irlandais jeta un bref coup d’oeil aux buissons bas sur sa gauche. Il connaissait suffisamment leur forme pour certifier que personne ne s’y embusquait. L’arrière de la maison, il le contrôlerait vite. Pour l’heure, il n’allait pas supporter davantage la morgue d’un inconnu profanant son domaine.
– Qui t’a envoyé? siffla Wyso en appuyant la pointe de l’épée sur la poitrine décharnée.
– La destinée. Celle qui te forgea si bien pour l’art de la manipulation.

Mérovingiens, de Patrick McSpare

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare
[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

J’ai bien accroché avec ce roman, le tout premier relevant du style historique à être chroniqué sur ce blog. Pour une première, donc, mes attentes sont pleinement satisfaites. En matière d’action et d’intrigue, j’ai été copieusement servie. Le côté historique est, bien entendu, mis fortement en avant. C’est d’ailleurs un côté très plaisant, car l’on sent que l’auteur maîtrise pleinement son sujet, et s’amuse même à recréer, ou imaginer, des scènes qui se sont passées « en coulisses » et qu’il est donc impossible de connaître.

Ai-je réellement trouvé les éléments imaginaires que je soupçonnais en ouvrant le roman? Non, pas vraiment, même si quelques traces subsistent, avec l’apparition du sorcier Daga Wulf. Mais il n’y a rien de véritablement transcendant pour les amateurs d’imaginaire. En même temps, je pense que ce n’était guère le but de l’auteur. Personnellement, même si je suis plus familière des littératures de l’imaginaire, le fait que l’on soit dans un style historique pratiquement pur et dur ne m’a nullement dérangée. Je me suis même prêtée au jeu, me laissant bluffer par le réalisme du récit.

Le style d’écriture, quant à lui, n’est pas désagréable, loin s’en faut. On pourrais peut-être lui reprocher un petit côté vieillot, mais qui cadre finalement bien avec l’époque choisie. Ce qui m’a un peu gênée, en revanche, c’est que j’ai trouvé certains passages trop plats à mon goût. Mais je vous rassure, ils sont loin d’être légion! Et d’une façon générale, l’auteur est assez doué de sa plume, donc je pense que l’ouvrage en ravira plus d’un.

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare
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Acherontia

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Lu dans le cadre des challenges…

Défi lecture 2017

n°31 – Un livre avec un seul mot dans le titre

 

Si j’étais un livre #3

Je serais un livre avec une couverture bleue

 

La chanson d’Arbonne, de Guy Gavriel Kay

La chanson d'Arbonne, de Guy Gavriel Kay

Résumé…

Au pays d’Arbonne le soleil mûrit les vignes et fait éclore les chansons des troubadours qui célèbrent l’amour courtois.
Au Gorhaut, terre austère du Nord où l’on adore le dieu mâle Corannos, règne le brutal Adémar, sous l’influence du primat fanatique du clergé.

« Jusqu’à ce que meure le soleil et que tombent les lunes, l’Arbonne et le Gorhaut ne vivront pas en harmonie côte à côte. »

Gouvernée par une femme, minée par la rivalité sanglante de ses deux seigneurs les plus puissants, l’Arbonne n’est-elle pas une proie tentante pour une guerre de conquête et de croisade du Gorhaut, d’autant – ignominie ! – qu’on y vénère une déesse ?
Mais c’est en Arbonne que Blaise du Gorhaut s’est engagé comme mercenaire au service d’un baronnet, après avoir fui son pays et son père.
Qui est-il, ce Blaise du Nord, et quel destin l’attend qu’il ignore lui-même ? Seule le sait peut-être Béatrice, la grande prêtresse aveugle de Rian au hibou sur l’épaule.
La Chanson d’Arbone est une fantasy magistrale et envoûtante dans un monde parallèle à la Provence médiévale.

Planter le décor…

Le premier élément qui m'a sauté aux yeux, à la lecture de ce roman, ce sont les excellentes descriptions réalisées par l'auteur, et l'ambiance qu'il parvient à transmettre au travers de paragraphes très poétiques.

Le choix d'attribuer à l'Arbonne un climat méditerranéen tempéré est original, et pour ma part, plutôt dépaysant, surtout en ce moment, alors que je me trouve au coeur d'un beau début de printemps belge. L'analogie avec la Provence médiévale est donc bien visible, et très agréable pour le lecteur. Surtout que Monsieur Kay parvient sans l'ombre d'une difficulté à nous immerger dans une ambiance chaleureuse, où l'on sent les rayons du soleil poindre entre les lignes, même lorsque le récit nous parle d'hiver. En se mettant dans de bonnes conditions de lecture, on pourrait presque entendre les cigales chanter et sentir les fragrances des vignes et des champs de lavande.

"La lumière : ce phénomène extraordinaire par lequel le soleil dans un ciel d'un bleu profond individualisait chaque chose d'une façon vivante et immédiate, animait chacun des arbres, des oiseaux prenant leur essor, des renards dans leur course, des brins d'herbe acérés. Ici, tout paraissait plus que ce qu'il n'était, plus aigu, plus brillamment défini. En cette fin d'après-midi, la brise qui soufflait de l'est atténuait la chaleur de la journée ; même le souffle qu'elle produisait dans les feuilles rafraîchissait. Quoique, si l'on y réfléchissait, cette pensée fût ridicule : en Arbonne, le bruit du vent dans les feuilles était exactement le même qu'au Gorhaut ou au Götzland. Mais en Arbonne quelque chose aiguillonnait ainsi l'imagination."

Un récit intéressant mais…

Je peux dire également avoir aimé le contexte médiéval posé par l'auteur. Le travail documentaire qu'a dû nécessiter ce type de récit se fait bien sentir dans les descriptions de la vie politique, des métiers de troubadour et de ménestrel, de la vie à la cour, des coutumes de l'époque, en particulier celle de l'amour courtois, de la vie quotidienne en ces temps-là, de la condition de la femme… L'auteur donne envie à ses lecteurs d'en savoir plus sur l'époque décrite et les mœurs qui s'y rapportent.

Cependant, il y a un mais à cette réussite…

Personnellement, je me suis sentie déstabilisée d'emblée. Après une introduction alléchante, l'auteur plante là les personnages décrits pendant quelques pages, fait fit de leurs histoires et nous porte une vingtaine d'années plus tard, à la rencontre de nouveaux personnages qui n'ont au premier regard pas de lien avec ceux de l'introduction. Je suis restée très perplexe, j'aurais au moins apprécié que le lien entre l'introduction et la suite de l'histoire nous soit clairement expliqué. Certes, il faut ménager "l'effet de surprise", mais sur le coup, j'ai trouvé le cours du récit trop chamboulé et cela m'a gênée dans ma lecture.

Sans compter qu'après l'introduction, l'histoire peine à démarrer. Il y a trop de longueurs dans le récit. Les scènes d'action sensées apporter un peu de rythme et de piment à l'histoire sont régulièrement entrecoupées par des descriptions des pensées et des ressentis des personnages. C'est certes utile au lecteur, mais cela aurait peut-être pu être fait autrement, en tout cas moins longuement. L'action étant trop souvent coupée, j'ai rapidement perdu le fil de l'histoire et mon intérêt pour celle-ci. C'est dommage, je pense que l'histoire aurait été mieux servie par une écriture plus simple.

En résumé…

Les petits plus…

  • Un travail documentaire conséquent
  • Une ambiance agréable
  • Un style d'écriture abouti

Les petits moins…

  • Les scènes d'action sont trop entrecoupées
  • On perd vite le fil de l'histoire
  • J'ai parfois eu du mal à voir où l'auteur voulait en venir
Ma note : 6,5/10

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres" : session 22, chanson.

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres" : session 22, chanson.

Lu aussi dans le cadre du challenge "Moyen âge"

Lu aussi dans le cadre du challenge "Moyen âge"

Lu aussi dans le cadre du challenge "Lieux imaginaires 2013", catégorie mondes imaginaires après 1950

Lu aussi dans le cadre du challenge "Lieux imaginaires 2013", catégorie mondes imaginaires après 1950

Lu aussi dans le cadre du challenge "Petit bac 2014", ligne fantasy, catégorie lieu : la chanson d'ARBONNE

Lu aussi dans le cadre du challenge "Petit bac 2014", ligne fantasy, catégorie lieu : la chanson d'ARBONNE

Le passeur de lumière, par Bernard Tirtiaux

Après une looooooooooooongue période d'absence – merci les festivals et mon costume pour la convention Star Wars!!! – voici une petite chronique au passage, d'un livre que j'ai énormément aimé et que j'ai totalement dévoré!

Le passeur de lumière, par Bernard Tirtiaux

Résumé de la couverture…

"La lumière est diffuse", dit Rosal de Sainte-Croix au jeune Nivard de Chassepierre. "Elle est fugace, changeante, capricieuse. Elle a toutes les ruses. Jamais tu ne seras satisfai de ton ouvrage, si beau soit-il. Jamais tu n'auras assez de couleurs dans tes casiers pour donner vie à un vitrail comme tu le souhaites, jamais tu n'auras la certitude de colorer juste comme on chante juste. Qu'importe! Tes pas partent du feu et tu dois atteindre le feu, devenir un maître en ton art."

Nivard ne déçut pas le chevalier qui attendait de lui la plus vertigineuse escalade jamais rêvée vers la lumière. Animé par une passion presque charnelle pour le verre et ses sortilèges, il récolte d'Orient en Occident les couleurs alchimiques de nos cathédrales. Il oeuvre en Bavière, à Saint-Denis, au Mans, à Chartres…

La quête déchirée de ce "passeur de lumière" sera alors celle d'un artisan sublime, funambule oscillant entre le ciel et l'ombre…"

Un peu d'histoire…

Le récit commence à l'adolescence de notre héros, Nivard, en l'an de grâce onze cent treize, dans la ville mosane de Huy. Nivard est un garçon très intelligent et très introverti laissé par sa mère en apprentissage chez un maître François, un orfèvre très réputé de la ville. Nivard, au début plutôt taiseux, se laisse peu à peu apprivoiser par le vieil orfèvre, et devient rapidement un excellent artisan. Il réalise une châsse magnifique pour une église locale, mais il lui manque pour la compléter un joyau qu'il ne peut trouver qu'en Orient. Il tentera alors de suivre les traces de son père, décédé en croisade, dans le but de dénicher ce bijou qui pourrait à lui seul illuminer la châsse qui lui paraît bien sombre. Il part à la rencontre de Rosal de Sainte-Croix, qui prépare un convoi pour l'Orient dont le départ est imminent. Rosal se rend très vite compte de l'ampleur du talent de Nivard et se propose de le prendre à bord du convoi, non comme orfèvre, mais comme maître verrier… Va s'ensuivre alors pour Nivard un long périple au cours duquel il va apprendre à apprivoiser cette lumière qu'il admire tant.

La quête déchirée d'un artisan oscillant entre le ciel et l'ombre…

Tout est dans le titre… Nivard, c'est un assemblage de sentiments extrêmes qui se bousculent dans un déferlement intérieur. Il oscille sans cesse entre l'amour et la haine, la tendresse et la violence, le calme apparent et l'agitation, la lumière et l'obscurité, le bien et le mal. Autant il peut se donner corps et âme à la femme qu'il aime, autant il peut haïr au point de tuer. Il peut caresser le verre, exécuter le travail le plus raffiné, et à la fois faire souffrir. On sent qu'au fond de lui se mélange des sentiments très forts, souvent contradictoires, des sentiments qui le déchirent de l'intérieur, et pourtant il conserve son attitude réservée, il vit tout au fond de lui-même, il garde tout pour lui.

Il est fort également, d'un caractère – presque – inébranlable, un caractère trempé dans l'acier et dans le feu, le genre de trempe qui fait d'un homme un véritable meneur. Il tient tête aux chevaliers les plus hauts placés lorsque le jugement de ceux-ci est altéré, il tient tête à la toute puissante église chrétienne en faisant sa propre justice, en refusant les règles établies qu'il juge inhumaines. Il défie Dieu de part ses actions, et pourtant il cherche à s'en rapprocher par le biais de la lumière…

La lumière est son chemin de vie, sa raison d'être. Ne s'est-il pas juré sur la tombe de sa mère de vouer sa vie à la lumière? "C'est dans cette église hostile, au pied de l'autel, que le garçon fit avec la morte le pacte qu'il n'accepterait plus l'hostie des mains des prêtres et qu'il ne partagerait plus leurs prières. Il atteindrait Dieu par un autre chemin, il défricherait sa propre voie vers la Lumière. Au soir du jour le plus éprouvant de sa jeune existence, Nivard traça à l'encre noire sur le revers de sa ceinture cette phrase amère qui allait diriger la marche de sa vie : Quaere Dei lumem post materiam, non gentes. Cherche la lumière de Dieu à travers la matière au mépris des humains."

La vie de Nivard est jalonnée de grands bonheurs et de désastres, d'amour inconditionnel lumineux comme le jour et de désespoir aussi profond et noir que les abysses de l'océan. On dit toujours qu'il ne peut y avoir de lumière sans une part d'ombre, que l'on ne peut pleinement profiter du bonheur si on ne connaît pas son opposé. C'est de la complémentarité de ces extrêmes que naît le génie de Nivard. Plus il connaît l'obscurité et le désespoir, plus il fait sombre au fond de lui, plus il est poussé vers la lumière. L'obscurité de son âme torturée, par contraste, fait ressortir son étincelle d'artiste et l'aide à apprivoiser par le verre l'immatérialité de la lumière. "Rosal de Sainte-Croix laisse entendre sa voix aussi tendre que ferme : – Il y a dans ton regard tout ce qu'un homme doit souffrir pour approcher la lumière de Dieu, c'est ce regard-là qu'il nous faut, pas celui d'un saint! – Je n'ai pas le droit de boucler vos églises de ma révolte et de mes interrogations. Je ne peux prétendre à cette tâche. je vous enjoins de comprendre et d'accepter mon choix. Je suis en disgrâce. Dieu est hors de ma portée. – Quoi que tu dises, Nivard, et quoi que tu penses de toi-même, tu es l'initié, le détenteur, coupe Rosal de Sainte-Croix. C'est toi seul qui possède l'héritage, toi seul qui détiens la note et personne d'autre ne peut oeuvrer à ta place."

La poésie de la lumière…

Dans ce roman, ce qui m'a frappée dès les premières lignes, c'est cette poésie qui filtre au travers de chaque mot, de chaque métaphore. Tout dans le style d'écriture laisse entrevoir la force des sentiments de Nivard, sa force de caractère aussi. Comme cette merveilleuse description du sentiment amoureux : "Il est une femme heureuse qui se révèle rameau après rameau à un homme qui se désécorce. Ils sont sous le charme l'un de l'autre et n'existent plus que l'un pour l'autre. Ils croquent le fruit à pleine bouche, avec gourmandise, insatiablement. C'est l'heure du partage, de l'alliance entre le creuset et les pépites d'or, entre les mains et l'eau de source, entre le creux d'une épaule et la rondeur d'une tête, c'est l'heure où les blessures s'ouvrent et les sangs se mêlent, c'est l'heure du dédoublement et de la fusion des êtres."

On ne compte plus toutes les fois où le mot lumière apparaît, comme une litanie qui rappelle sans cesse à Nivard le chemin de vie qu'il s'est tracé. La lumière intervient dans tous les aspects de sa vie, dans l'eau d'une source, dans un vitrail, dans un bijou, dans les yeux de son aimée, sur un paysage,… Elle change en fonction de la vision qu'il porte sur le monde, en fonction de son bonheur ou de ses malheurs. Il la recherche avidement, se sentant perdu lorsqu'il ne la perçoit plus, et elle le guide jusqu'au sommet de son art, se laissant peu à peu apprivoiser par son savoir faire.

En résumé…

Il y aurait encore tellement de choses à dire sur ce roman… La complexité du personnage de Nivard, les rebondissements de l'histoire, les personnages tous aussi attachants les uns que les autres, le style féerique de l'auteur… Je suis presque comme la lumière, une source intarissable d'étincelles d'admiration pour cette oeuvre magistrale de Bernard Tirtiaux. Rien n'y est à jeter, on y apprécie chaque phrase, chaque mot comme on goûterait chaque goulée d'un excellent vin, s'émerveillant devant chaque note et chaque arôme, se laissant enivrer par la force délicate du breuvage. Il est de ces livres qui vous grandissent l'âme, celui-ci en fait partie.

Ma note : une lumineuse découverte! 12/10, au moins…

Tout au long du roman, j'ai pensé à cette chanson. Elle parle du feu et de l'eau, de leur complémentarité et de leur différence. De la force et de la beauté du feu, de la force et de la douceur de l'eau. Ca me rappelle énormément les parts d'ombre et de lumière qui se disputent l'âme de notre héros.

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres", pour la session 17 de juillet 2013 où le mot était "Lumière" (http://aperto.libro.over-blog.com/article-challenge-un-mot-des-titres-session-17-118121538.html)

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres", pour la session 17 de juillet 2013 où le mot était "Lumière" (http://aperto.libro.over-blog.com/article-challenge-un-mot-des-titres-session-17-118121538.html)

Lu également dans le cadre du challenge Moyen âge (http://delivrer-des-livres.fr/challenge-moyen-age/)

Lu également dans le cadre du challenge Moyen âge (http://delivrer-des-livres.fr/challenge-moyen-age/)

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