Lecture en cours #22

Lecture en cours #22

Titre : Sorcières associées

Auteur : Alex Evans

Envoûtement de vampire, sabotage de zombies et invasion de gremlins font partie du quotidien du cabinet Amrithar et Murali, sorcières associées. Dans la cité plusieurs fois millénaire de Jarta, où la magie refait surface à tous les coins de rues, les maisons closes sont tenues par des succubes et les cimetières grouillent de goules, ce n'est pas le travail qui manque ! Mais tous vous le diront: les créatures de l'ombre ne sont pas les plus dangereuses ?

Lecture en cours #22
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Éditions ActuSF

Collection Bad Wolf

270 pages

Fantasy/Steampunk

Sorti en février 2017

Grand format

Lecture en cours #22
Lecture en cours #22

Commencé le 27 mars 2017

Terminé le … 2017

[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan

[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan

Voici un petit résumé de cette duologie que j'ai terminé ce mois de février 2017… Histoire que vous vous y retrouviez dans les chroniques et dans la suite chronologique du récit!

[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan
[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan
[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan
[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan
Les petits plus…
  • De la bonne fantasy médiévale qui ne tombe pas trop dans les clichés du genre
  • Un concept intéressant qui vient étoffer l'univers proposé
  • Des personnages féminins forts
Les petits moins…
  • Peut-être certaines longueurs dans les explications, mais encore…
[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan
[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan
[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan
[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan

Ce second tome est à mon sens égal au premier tome en matière de qualité. L'écriture est belle et fluide, les personnages sont attachants (sauf Shimi, qui me les brise de long en large). L'intrigue est très bien ficelée et très dense, avec de nombreux éléments qui s'entrecoupent et viennent s'emboîter comme les pièces d'un puzzle.

L'univers développé par Marie Brennan est très complexe (d'ailleurs, j'ai été ravie de retrouver un glossaire en fin de roman, ce fut très utile) et très riche. Les concepts déployés dans le roman sont vraiment intéressant, surtout en ce qui concerne ce culte de la Déesse et de ses cinq facettes, que j'ai trouvé original.

Évidemment, mes poils se sont hérissés de colère face à la bêtise crasse du conservatisme religieux pur et dur. C'est voulu par l'auteur, bien entendu, et cela prouve qu'elle a du talent. C'est une belle thématique résolument moderne qu'elle nous présente magistralement sous la forme d'une allégorie fantasy très réussie.

La seule chose sur laquelle je me dois de mettre un bémol, c'est la finale. Je ne peux évidemment pas tout raconter, mais en gros… ! Attention, spoil !

[Il y a une bataille et on se demande comment le "bon clan" va s'en sortir tant une issue positive semble improbable. Et puis là, l'auteur fait une grande ellipse que j'ai trouvé très maladroite, et saute directement à l'épilogue. Je me suis retrouvée toute bête, à me dire "Mais… Mais… Et la bataille, elle se termine comment?!" Bon, ça peut arriver d'avoir du mal à écrire une scène de bataille, mais laisser le lecteur sur sa faim, c'est un peu gros tout de même…]

Du coup, je voulais mettre une meilleure note que pour le premier tome, mais non, ce sera un 16 aussi.

[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan

– J'ai peur d'une révolution, dit-elle d'une voix calme, empreinte de gravité. Je redoute qu'une guerre nous déchire et provoque de nombreuses morts. Il y a celles qui suivraient volontiers Shimi. Si elles l'emportent, alors les doubles continueront de mourir, comme ça a été le cas depuis le commencement. Ce sont des morts qui ne comptent peut-être pas pour les autres, mais elles sont bien réelles pour moi. Je ne veux pas que les arguments de Shimi prévalent. Mais je ne sais pas jusqu'où nous devrons aller pour l'arrêter. Et je ne sais pas si je dois accepter la mort de sorcières comme prix pour parvenir à ce résultat. Et, si cela se produit, combien. Pour le moment, je ne projette la mort de personne. Mais si tu veux la vérité (Satomi éprouva une terrible envie de rire, mais pas parce qu'elle trouvait la chose amusante), j'ignore ce que je ferai demain.

Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Ce second tome est à mon sens égal au premier tome en matière de qualité. L'écriture est belle et fluide, les personnages sont attachants (sauf Shimi, qui me les brise de long en large). L'intrigue est très bien ficelée et très dense, avec de nombreux éléments qui s'entrecoupent et viennent s'emboîter comme les pièces d'un puzzle.

Acherontia

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Les extraordinaires talents de Mirei en font maintenant la magicienne la plus puissante qui soit. Pour certains, elle est un miracle vivant ; pour d’autres, une abomination et l’incarnation du Mal… et ils ont fait vœu de détruire tous ceux qui la soutiennent. Les sorcières des deux camps s’engagent dans une guerre sanglante, sans merci, et pour la gagner elles recourent sans hésiter à la magie, la traîtrise, le meurtre. Mais il se pourrait que ces adversaires s’affrontent pour rien. Car le pouvoir que redoutent les sorcières rebelles, cette magie ultime qui n’appartient qu’à Mirei, ce don, est aussi son arrêt de mort.

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Ce diptyque m'a été offert par ma mère à Noël il y a deux ans, un cadeau qui m'a fait fort plaisir et qui continue à enjoliver mes étagères. J'ai lu le premier tome, Guerrière, très peu de temps après l'avoir reçu, et j'avais bien apprécié cette lecture, à l'époque. Puis d'autres lectures sont venues se greffer par-dessus, ma PAL a pris des proportions déraisonnables, et vous savez comme c'est, n'est-ce pas…

Heureusement, cette année, j'ai décidé de remédier au "problème" en vidant ma PAL grâce à des challenges. Et en ce mois de février, je participe au challenge spécial fin de sagas. Plus je termine de sagas entamées, plus je gagne de points. Voici donc une merveilleuse occasion de sortir le second et dernier tome de ma PAL!

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Si vous n'avez pas lu le premier tome, cette chronique risque de vous dévoiler des éléments importants de l'histoire… Si tel est votre cas, n'hésitez pas à vous reporter à la chronique du premier tome, dont le lien figure à la fin du présent article. Merci!

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Bien sûr, quand je parle d'avis partagés, je ne parle pas d'avis concernant ce livre… mais plutôt des avis concernant la réunion de la sorcière et de son double. Si vous avez lu récemment le premier tome de la série, vous vous souvenez sans doute que Miryo, la soeur sorcière, et Mirage, la soeur Guerrière, ont été réunies en une seule et même personne, Mirei. Cette dernière possède aussi bien les pouvoirs de sorcières de Miryo que les talents de Chasseuse de Mirage (encore que Mirei soit un peu plus lente). C'était la première que cela arrivait dans l'histoire des sorcière, car personne ne savait qu'une telle réunification était possible. Traditionnellement, le double guerrier, supposé ne pas avoir d'âme, devait être tué par la sorcière afin que celle-ci puisse contrôler sa magie. Une telle unification de la sorcière et de son double remet beaucoup de traditions en question.

Vous imaginez donc aisément que cette découverte divise la communauté des sorcières. Comme dans bon nombre de religions, il y a les traditionalistes, qui refusent tout net de modifier leurs rituels ancestraux, et il y a les progressistes, qui y voient un miracle offert par la Déesse et qui n'hésitent pas à remettre en question les traditions.

La Chute de l'Étoile, le grand QG des sorcières, se voit dès lors divisée et en proie à des difficultés aussi bien théosophiques que politiques. Alors que la cheffe de la Chute de l'Étoile, Satomi, essaie de comprendre comment les sorcières peuvent tirer parti de la découverte, une des dirigeantes, Shimi, décide que réunir une sorcière et son double constitue un acte abominable. Elle quitte la Chute de l'Étoile et crée un petit groupe de sorcières dissidentes, dont le nombre d'adeptes croit dangereusement au fil des jours.

Je suis partie, et je ne reviendrai pas. Je refuse de rester en compagnie de cette abomination. Le double nous est ôté pour une bonne raison, et le faire revenir est la pire des hérésies. Il doit être détruit. L'affirmation selon laquelle il serait la Guerrière et le néant n'est pas un argument en sa faveur – au contraire, c'est précisément pourquoi nous devons nous en débarrasser. Il est la destruction de la vie, la destruction de la magie, l'antithèse de tout ce qui existe ici-bas et, si nous accueillons favorablement son retour, nous aurons commis un péché terrible. Il ne suffit pas que ce monstre s'en aille. Nous devons le détruire, éradiquer cette horreur de notre monde.

Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Les affaires se corsent lorsque l'on découvre que certaines sorcières étudiant à la Chute de l'Étoile possèdent des doubles dans différentes écoles de Chasseurs. Ces doubles doivent être récupérés avant que Shimi ne s'en empare. Certes, elle ne pourra pas les tuer, car seule une sorcière peut tuer son propre double. Mais en les enlevant et en les cachant, elle peut ralentir le processus visant à réunir les sorcières et leurs doubles. Pire encore, elle est tout à fait capable de manoeuvrer pour que les sorcières tuent elles-mêmes leur double, soit par manipulation psychologique, soit grâce à d'obscures manigances.

Mirei va devoir partir à la recherche des sosies, les faire sortir des différentes écoles de Chasseurs, et les faire revenir à la Chute de l'Étoile, où ils seront en sécurité et pourront s'entraîner avec leur double sorcière. Mais c'est sans compter sur l'endoctrinement imposé par les écoles de Chasseurs elles-mêmes, qui apprennent à leurs élèves à détester les sorcières. Si Mirage était très admirée pour ses incroyables talents de Chasseuse, Mirei est beaucoup moins populaire auprès des sosies à cause de sa partie sorcière. Les adolescentes sont particulièrement rebelles, et ne sont absolument pas prêtes à accepter leur double sorcière. La partie s'annonce compliquée…

– Sale sorcière! cracha cette dernière.
Elle avait aperçu Amas et Indera et semblait avoir reconnu en elles des apprenties Chasseuses, bien qu'elle ne fût pas du Feu d'Argent. Elles avaient ôté leur foulard durant le temps passé dans la cachette, et leurs cheveux courts étaient visibles dans la pâle clarté de la lune qui se levait. Toutes deux avaient mis pied à terre et observaient la scène avec étonnement.
– Ne lui faites pas confiance! C'est une sorcière! Elle va nous emmener pour nous tuer…
– Je te l'ai déjà dit, je suis celle qui ne veux pas te tuer, répliqua Mirei en resserrant sa prise sur les poignets de la fille. Est-ce que tu vas te taire, maintenant, ou faudra-t-il que je t'endorme encore avec un sort?

Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Mais bien entendu, il est de bon ton de compliquer encore un peu les choses…

Éclipse, le coéquipier de Mirage lorsqu'elle était Chasseuse, et qui l'a beaucoup aidée tout au long du premier tome, a disparu. Il n'a plus donné de ses nouvelles depuis fort longtemps, et Mirei est inquiète. Malheureusement, elle doit d'abord ramener les doubles à la Chute de l'Étoile, car le temps presse et que Shimi se fait de plus en plus dangereuse. Elle se voit contrainte de s'occuper du problème d'Éclipse plus tard. Et peut-être qu'à ce moment-là, il sera trop tard…

Éclipse va devoir se débrouiller seul, mais quel prix lui faudra-t-il payer pour se libérer? Et si ce prix avait un impact sur l'intrigue? Si ce prix plaçait une épée de Damoclès au-dessus de sa tête et de celle de Mirei?

Éclipse se rendit compte qu'une fois de plus, il se tordait les mains dans ses fers pour essayer de les libérer. Il ne cessait de le faire, quand bien même l'expérience lui avait démontré que c'était une perte de temps. On l'avait très bien menotté, et même le sang à ses poignets écorchés ne lui permettait pas de glisser les mains hors de leur étau métallique. Par ailleurs, même s'il avait réussi à se libérer de ses entraves, il demeurait dans une pièce sans fenêtre, derrière une porte verrouillée et trop solide pour être enfoncée, porte qui était munie d'un judas grillagé par lequel ses geôlières regardaient systématiquement avant d'entrer. S'il ne leur montrait pas ses mains, elles n'ouvraient pas. Il avait ainsi manqué quelques repas, ce qui expliquait son incertitude quant au nombre de jours passés ici. Et la sorcière qui chantait le sort ne pénétrait jamais dans sa cellule. Elle se contentait de l'observer par le judas, et repartait dès qu'elle en avait fini.

Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

La grande majorité du roman est emprunt de beaucoup de suspens et d'intrigue. Le lecteur est au coeur d'une atmosphère orageuse, mêlant complots, trahisons, attaques déguisées, ruses, tensions internes et menaces externes. C'est une guerre larvée qui, jusqu'au trois quarts du roman, menace d'exploser à tout moment. Les dirigeantes de la Chute de l'Étoile ne savent plus sur qui elles peuvent réellement compter. Quelqu'un peut très bien donner l'impression d'adhérer à leur cause, et être en fait un pion de Shimi. Satomi, la cheffe suprême, ne sait même plus si elle peut avoir confiance en ses primes et, de ce fait, se sent bien seule au monde.

D'anciennes alliées sorcières reviennent, mais peut-on se fier sur elles? Et les Cousines qui servent les sorcières depuis la nuit des temps, ne sont-elle pas elles aussi occupées à fomenter leur propre révolution?

– J'ai peur d'une révolution, dit-elle d'une voix calme, empreinte de gravité. Je redoute qu'une guerre nous déchire et provoque de nombreuses morts. Il y a celles qui suivraient volontiers Shimi. Si elles l'emportent, alors les doubles continueront de mourir, comme ça a été le cas depuis le commencement. Ce sont des morts qui ne comptent peut-être pas pour les autres, mais elles sont bien réelles pour moi. Je ne veux pas que les arguments de Shimi prévalent. Mais je ne sais pas jusqu'où nous devrons aller pour l'arrêter. Et je ne sais pas si je dois accepter la mort de sorcières comme prix pour parvenir à ce résultat. Et, si cela se produit, combien. Pour le moment, je ne projette la mort de personne. Mais si tu veux la vérité (Satomi éprouva une terrible envie de rire, mais pas parce qu'elle trouvait la chose amusante), j'ignore ce que je ferai demain.

Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Ce second tome est à mon sens égal au premier tome en matière de qualité. L'écriture est belle et fluide, les personnages sont attachants (sauf Shimi, qui me les brise de long en large). L'intrigue est très bien ficelée et très dense, avec de nombreux éléments qui s'entrecoupent et viennent s'emboîter comme les pièces d'un puzzle.

L'univers développé par Marie Brennan est très complexe (d'ailleurs, j'ai été ravie de retrouver un glossaire en fin de roman, ce fut très utile) et très riche. Les concepts déployés dans le roman sont vraiment intéressant, surtout en ce qui concerne ce culte de la Déesse et de ses cinq facettes, que j'ai trouvé original.

Évidemment, mes poils se sont hérissés de colère face à la bêtise crasse du conservatisme religieux pur et dur. C'est voulu par l'auteur, bien entendu, et cela prouve qu'elle a du talent. C'est une belle thématique résolument moderne qu'elle nous présente magistralement sous la forme d'une allégorie fantasy très réussie.

La seule chose sur laquelle je me dois de mettre un bémol, c'est la finale. Je ne peux évidemment pas tout raconter, mais en gros… ! Attention, spoil !

[Il y a une bataille et on se demande comment le "bon clan" va s'en sortir tant une issue positive semble improbable. Et puis là, l'auteur fait une grande ellipse que j'ai trouvé très maladroite, et saute directement à l'épilogue. Je me suis retrouvée toute bête, à me dire "Mais… Mais… Et la bataille, elle se termine comment?!" Bon, ça peut arriver d'avoir du mal à écrire une scène de bataille, mais laisser le lecteur sur sa faim, c'est un peu gros tout de même…]

Du coup, je voulais mettre une meilleure note que pour le premier tome, mais non, ce sera un 16 aussi.

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

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Acherontia.

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Difficile de résumer ce roman, tant il a tendance à partir dans toutes les directions. Pourtant, en un seul mot, je pourrais peut-être le faire : génial!

Acherontia

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Santa Mondega, une ville d'Amérique du Sud oubliée du reste du monde, où sommeillent de terribles secrets.
Un serial killer qui assassine ceux qui ont eu la malchance de lire un énigmatique livre sans nom. La seule victime encore vivante du tueur, qui, après cinq ans de coma, se réveille, amnésique. Deux flics très spéciaux, des barons du crime, des moines férus d'arts martiaux, une pierre précieuse à la valeur inestimable, un massacre dans un monastère isolé, quelques clins d'oeil à Seven et à The Ring, et voilà le thriller le plus rock'n'roll et le plus jubilatoire de l'année ! Diffusé anonymement sur Internet en 2007, cet ouvrage aussi original que réjouissant est vite devenu culte.
II a ensuite été publié en Angleterre puis aux Etats-Unis, où il connaît un succès fulgurant.

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Bourré de références pop, construit de telle sorte qu'on ne puisse pas arrêter de tourner les pages, ce livre a tout pour lui : de l'humour, de l'amour, de la vengeance, du sexe, de la violence et du bourbon. Anonyme, sers-nous-en un autre, et vite!

The Telegraph (quatrième de couverture de l'édition française publiée chez Sonatine)

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

…Cet article de blog est politiquement incorrect!

Veuillez noter que cet état de fait est purement indépendant de ma volonté, et qu'il constitue une exception sur ce blog d'habitude si décent et soucieux de l'étiquette. Veuillez noter également que je dégage toute responsabilité quant aux injures et à la violence contenues dans les extraits, qui sont purement du fait de cet auteur Anonyme, et non du mien. Esprits chatouilleux s'abstenir, donc…

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Je ne suis pas très fière de le dire, mais ce livre végète littéralement dans ma PAL depuis plusieurs été. Oui, je dis été car c'est la saison durant laquelle il fut acheté. Au mois d'août, précisément, en occasion lors de la Nuit du livre de Redu (c'est en Belgique, pour ceux qui ne connaissent pas l'évènement). En revanche, vous dire en quelle année cet achat fut fait, je pense que ma mémoire ne vous permettra pas de vous fournir l'information…

Pourquoi l'ai-je acheté à l'époque? Ma foi, parce que j'en ai beaucoup entendu parler, de un. Et de deux, parce que le prix demandé était dérisoire par rapport au prix du livre neuf. Hé oui, c'est un élément important à prendre en considération, d'autant plus que l'objet se trouvait être particulièrement bien conservé. Je ne sais quel fluide d'embaumement son précédent possesseur a utilisé, mais cela fut efficace, de toute évidence.

Pourquoi ne pas l'avoir lu plus tôt? Je pense que l'objet s'est un peu perdu dans la jungle de ma PAL… comme c'est d'ailleurs souvent le cas pour beaucoup de livres, et pour beaucoup de blogueurs, si je ne m'abuse.

Pourquoi le ressortir maintenant, alors que tout espoir de lecture semblait perdu? Parce que j'ai eu la délicieuse chance de m'associer à Gilsayan pour le challenge "Pioche dans ma PAL", et que son choix s'est par chance porté sur ce titre… Et puis, de toute façon, j'avais prévu de le lire pour mon Challenge ABC de l'imaginaire de cette année. Donc cela tombait fort bien ^^

Vous désespériez de trouver un équivalent littéraire aux films de Quentin Tarantino, de John Carpenter, de Robert Rodriguez? Lisez le Livre sans nom. À vos risques et périls.

Quatrième de couverture de l'édition française publiée chez Sonatine

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Ha! Je vous sens curieux d'en savoir plus sur ce livre, tiens! On y parle d'un livre sans nom, l'auteur est anonyme, ça fait beaucoup de mystères, tout ça… Hé oui, figurez-vous que c'est aussi cela qui a favorisé le succès de ce roman, et qui a fait parler bien des langues.

Pour la petite histoire, ce roman a été publié en juin 2007 sur internet, sur le site lulu.com, de façon tout à fait anonyme. Comment en est-on arrivé à l'éditer en format papier, je ne connaît malheureusement pas le fin mot de l'histoire, et je ne peux donc pas répondre à cette question. Toujours est-il qu'à l'heure actuelle encore, l'auteur n'a toujours pas donné son nom. Même les éditions Sonatine, qui ont publié la traduction française du roman initialement publié à Londres par Michael O'Mara Books, ne savent pas réellement qui il est.

Bien sûr, les rumeurs vont bon train ; les lecteurs curieux ont même attribué la paternité du roman à certaines célébrités. Quentin Tarantino a fait très logiquement partie du nombre. En effet, on ne peut pas nier que le roman possède un côté Kill Bill assez marqué. Le roman se situe même totalement dans la veine du film From dusk till dawn, dont Tarantino a réalisé le scénario. Ceci dit, les éditions Sonatine ont plutôt l'air de penser qu'il s'agit d'un parfait inconnu. Mais je crois que nous n'aurons jamais vraiment la réponse. Et si vous comptez fouiller du côté des réseaux sociaux, il paraît que l'auteur possède une page Facebook… au nom de Bourbon Kid!

Si vous avez envie de creuser plus le sujet, je vous propose cette petite interview de l'auteur himself ^^

Plus on avance dans le livre, et plus une angoisse nous étreint : y aura-t-il assez de survivants dans l'histoire pour qu'on ait le plaisir de lire une suite?

The Booklist (quatrième de couverture de l'édition française publiée chez Sonatine)

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

La première fois que j'ai lu le synopsis de ce roman, j'ai plutôt halluciné. "Mais qu'est-ce que c'est que ce roman qui mélange autant d'éléments n'ayant rien en commun", me suis-je dit, tout en pouffant de rire. C'est surtout les "moines férus d'arts martiaux" qui m'a fait tiquer… Non pas parce que je me suis justement cassé le pied trois mois plus tôt à mon cours de Taekwondo, mais plutôt parce que cela clochait dans la liste des thèmes abordés. En cela, je paraphraserai la seule et unique philosophe issue de la téléréalité : "Des arts martiaux dans un western? Non, mais Allô, quoi!!"

Alors, laissez-moi vous expliquer… Une des grandes forces de ce roman, c'est de partir dans toutes les directions tout en gardant un fil conducteur et une unité certaine. Et ce fil conducteur, c'est ce côté western, justement.

On retrouve dans le récit les éléments typiques du genre, mais en version modernisée. Exit la période "Guerre de Sécession", les roulottes, les femmes avec des chapeaux ridicules, les indiens emplumés, les hennissements des cataclopes, le french cancan, et tout ça tout ça. Le récit est bien ancré dans notre petit monde moderne. Les roulottes et les cataclopes sont devenus des cadillacs jaunes, les chapeaux ridicules des déguisements d'Elvis, les indiens plein de plumes des vampires de la plus basse espèce, et le french cancan… euh… bah, laissez tomber.

Ceci dit… on retrouve le thème de la petite ville paumée au milieu d'un paysage désertique. Ce n'est peut-être pas une ville du Far West, mais c'est tout comme. Oui, enfin… Santa Mondega est située en Amérique du Sud, mais vous savez, le sud, l'ouest, c'est comme WC/toilettes et GB/Carrefour, n'est-ce pas… Ceci dit, ce bled est très représentatif des termes "paumé" et "désertique". On verrait presque des tumbleweed traverser les rues, poussés par le vent sentant le souffre.

Et bien sûr, en guise du bon vieux saloon cracra, l'auteur nous balance le Tapioca, petit bar miteux que seuls les habitués peuvent fréquenter. Pourquoi est-il ouvert aux seuls autochtones? Parce que dès qu'un étranger débarque, c'est la bagarre assurée. Et Sanchez, le tenancier du bar, déteste avoir à ramasser les morceaux…

Les moines étaient sortis sans un mot. "Bon débarras", pensa Sanchez. Nettoyer le plancher du Tapioca recouvert de sang était l'une des tâches qu'il aimait le moins. Et à présent, à cause de ces deux inconnus qu'il aurait dû envoyer paître dès leur arrivée, il allait devoir s'y coller.
Il alla dans la cuisine au fond du bar pour y prendre une serpillière et un seau d'eau et revint juste à temps pour voir un homme entrer au Tapioca. Un autre inconnu. Grand. Bien bâti. Habillé bizarrement, remarqua-t-il. Comme les deux autres clowns. C'était vraiment une journée de merde que s'annonçait. Sanchez en avait déjà assez, et on n'en était qu'au début de l'après-midi. Il avait un type raide mort par terre, la cervelle éparpillée aux quatre coins de la salle, et un autre mec avec une balle dans la jambe. Il faudrait appeler la police, mais peut-être pas tout de suite.

Le livre sans nom, de Anonyme

Il y a aussi ceux qui jouent au caïd, avec leurs longs manteaux et leurs Stetson pleins de poussière. Et puis il y a ceux qui jouent au shérif, version moderne. Bien entendu, l'on retrouve de nombreuses scènes de Bang!, de Pan!, de Bim! et de Piouh piouh! (ah non, ça c'est dans Star Wars, zut!)… Depuis le temps que ce blog existe, vous savez peut-être que je n'aime pas, mais alors VRAIMENT pas les scènes de baston à coup de flingue. Même au cinéma, et même si c'est Bruce Willis en petit débardeur sexy qui tient ledit flingue, ces scènes de mitraillage m'embêtent toujours au plus haut point. Allons savoir pourquoi. Moi-même, je n'ai jamais trouvé de raison valable à cet état de fait.

Quoi qu'il en soit, assez curieusement, cela ne m'a pas du tout gênée dans ce livre. Il est vrai que les combats sont variés et ne se font pas toujours à grand renfort de balles et d'explosifs. L'auteur fait appel à de nombreuses autres techniques, telles que le combat au couteau, le catch, ou les arts martiaux justement. Cette variété, doublée du fait que ces scènes de combat sont plus comiques qu'autre chose, contribue à mon appréciation. Il y a juste ce qu'il faut d'action, ce n'est pas répétitif, cela fait sourire, c'est donc juste parfait pour mes appétits limités en matière de western. Honnêtement, j'avais plus le sentiment de voir une scène de Kill Bill plutôt que des Sept mercenaires. Et comme j'ai adoré Kill Bill, ça tombe bien!

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Je sais que cela ne figure pas dans le résumé, mais vous vous en rendrez compte très vite à la lecture du roman, ce livre n'est pas juste un bouquin d'action. Que nenni! Il comporte également de nombreux éléments fantastiques. Et c'est là que ça devient intéressant pour moi, puisque le fantastique, c'est mon élément vital.

Très tôt dans l'histoire, vous entendrez parler d'une pierre bleue un peu spéciale, L'oeil de la lune. Je ne vous dirai évidemment pas ses propriétés, sinon je risque de vous spoiler une bonne partie de l'intrigue. Mais c'est un élément capital, car elle constitue selon moi le principal fil conducteur de l'histoire. Volée au monastère d'Hubal, nos deux moines "karaté kid" sont chargés de la retrouver à Santa Mondega. Manque de bol, il se trouve que les deux clowns sont mal préparés pour la mission. Ce sont des moines, après tout… imaginez-les, ils n'ont jamais touché à l'alcool, n'ont jamais utilisé de l'argent de leur vie, n'ont jamais vu une bagarre de café, ne peuvent ni voler, ni mentir, ni… sans enfreindre leur serment sacré. Bref, deux loustics comme eux sont bien mal rodés à la vie de cowboy.

Et puis bon, ils ne doivent pas mener leurs investigations dans n'importe quelle ville, c'est Santa Mondega, quoi… Une ville violente et corrompue, dirigée par une impitoyable mafia locale, et peut-être même quelque chose d'encore plus terrifiant que la mafia…

– Dis-moi, petit con, ça te dirait que je t'en mette une autre devant tous ces gens?
– Non.
– Alors ferme ta gueule et laisse-moi finir.
– Désolé.
– Tu m'étonnes que t'es désolé, putain. Maintenant écoutez bien, tous les deux. Dieu m'emploie au même titre qu'Il emploie Ses prêtres ou Ses exorcistes. Mais je suis le seul à faire ce que je fais. Je suis unique en mon genre." Il se pencha légèrement afin de s'assurer que toute l'attention des deux moines lui était acquise. "Notre Seigneur Tout-Puissant m'a chargé de débarrasser le monde des créatures du mal. Et Santa Mondega, mes bien chers frères, est la capitale mondiale des créatures du mal."

Le livre sans nom, de Anonyme

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Enfin, quand je dis "juste un peu d'humour"… C'est juste pour continuer à effeuiller la pâquerette au fil de mes titres. Parce que de l'humour, ce roman en est truffé. Je ne sais pas si tel était le but au départ, mais au final, c'est plutôt très réussi. Je vous parlais des deux moines un peu plus haut, et déjà, vous vous doutiez que leurs aventures ne risquaient pas d'être tristes. Mais c'est sans compter sur le terrible sosie d'Elvis, tueur à gage de son état, ainsi qu'une jolie panoplie de personnages complètement loufoques. Ils sont censés être sérieux, au départ, mais très vite, leurs tribulations prêtent à sourire. Le texte tout entier est empreint de dérision, avec un émaillage de railleries et d'humour noir du plus bel effet.

Je pense aussi que la plupart des scènes comportent une telle démesure que le lecteur finit par se gausser d'une situation au départ dramatique. Exactement comme dans Kill Bill, finalement. C'est cette surenchère de gore et de tragique qui confère au récit son originalité et son côté comique.

Et que dire de la finale, où tout le monde est déguisé pour la Fête de la lune, avec des costumes d'emprunt tous plus ridicules l'un que l'autre. Il faut dire aussi que le roman possède un côté très visuel. Lorsqu'on est plongé dans sa lecture, les mots se transforment aisément en images, et très vite, c'est comme si l'on regardait un film de série B ou un comics. Pour être honnête, c'est cette facette-là du roman que j'ai préféré. Sans parler des références hilarantes à la pop culture…

"Vous êtes censés être déguisés en quoi? demanda Sanchez.
– On est les rangers solitaires, répondit Miguel, prenant le pas sur Carlito de manière inhabituelle.
– Les Rangers solitaires? répéta Mukka d'un ton moqueur. C'est une blague, c'est ça?
– Non, pourquoi? Miguel semblait légèrement troublé.
– Peut-être parce que le principal trait du Ranger solitaire, c'est d'être seul, justement, répondit Mukka. D'où le surnom "Ranger solitaire"."
Miguel paraissait à présent tout à fait perdu. Carlito, de son côté, semblait se désintéresser totalement de la conversation.
"Écoute, ducon, finit par lancer Miguel. Dans la série télé, il avait toujours son fidèle Tonto à ses côtés, donc il était pas tout à fait "solitaire", pas vrai?
– Mais Tonto était pas un "ranger", pas vrai? C'était un "indien" corrigea Mukka. S'ensuivit un long silence.
– Ah, d'accord! dit Miguel, saisissant enfin où Mukka voulait en venir. Ouais, c'est vrai. T'as raison, en fait."

Le livre sans nom, de Anonyme

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Clairement, si vous cherchez du romantisme entre ces pages, passez votre chemin. Le langage est cru, les personnages n'ont aucune moralité, la ville est pourrie jusqu'à la moelle par le vice, et j'en passe. Même les couples qui pourraient paraître "mignons" se révèlent ne pas l'être du tout. Amis du sentimentalisme s'abstenir, donc… Moi, personnellement, cela m'a très bien convenu. Car s'il est une chose que je n'aime pas dans les romans, à l'instar des scènes où ça flingue dans tous les sens, ce sont les scènes romantiques où ça embrasse à tout va.

Et dire que mes parents espéraient une petite fille romantique et en dentelles… Bah! Elle est bien bonne, celle-là! 😉

"AOUH!… PUTAIN!… Mais merde!… Espèce de putain d'abruti! Putain de merde, vous m'avez planté! BORDEL DE MERDE! Espèce de… espèce de vieil enculé!
– Ça fait mal? demanda Kacy, et ce ne fut franchement pas l'une de ses plus brillantes remarques.
– BIEN SÛR QUE CA FAIT MAL, PUTAIN! JE VIENS DE ME FAIRE POIGNARDER, BORDEL!"
Dante agrippait son bras, tentant désespérément de juguler l'hémorragie, dont le débit était fort impressionnant. Cromwell avait tiré de sa poche un mouchoir en papier avec lequel il essuyait la lame de son couteau.
"Sentez-vous la blessure guérir d'elle-même, Dante? demanda-t-il posément.
– Vous vous foutez de ma gueule? Vous avez failli me couper le bras en deux. Bien sûr que c'est pas en train de guérir tout seul. Ça va prendre des putains de semaines à guérir. Il va sûrement falloir me faire des points de suture. Putain, Cromwell, mais qu'est-ce qui vous est passé par la tête? Je pensais que vous alliez juste me faire une petite entaille, pas me découper le bras, bordel de merde!

Le livre sans nom, de Anonyme

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Difficile de résumer ce roman, tant il a tendance à partir dans toutes les directions. Pourtant, en un seul mot, je pourrais peut-être le faire : génial!

L'intrigue est super bien ficelée, l'auteur déploie d'excellentes idées et parvient à maintenir l'histoire sur les rails grâce à un fil conducteur, celui de la recherche de la pierre perdue. Le style d'écriture n'est pas spécialement fouillé. Mr Anonymous emprunte même beaucoup de vocabulaire au parler populaire, voire vulgaire. Mais cela cadre si bien avec l'histoire et les personnages que ce n'est absolument pas dérangeant. Donc, pour ceux qui ne sont pas puritains à l'extrême, je vous conseille de foncer sur cette lecture.

Et… Oh! Je ne vous ai pas parlé du fameux Livre sans nom… Ah, c'était le clou de l'histoire, pourtant. Eh bien tant pis, je vais vous laisser lire ça par vous-même. N'est-ce pas, que je suis cruelle? Héhé…

Allez, je suis bonne joueuse, je vais quand même vous donner un indice avec cette citation… Pas sur le livre sans nom, mais sur la façon de découvrir le méchant de l'histoire avant la fin ^^

– Aujourd'hui, ce sera les films d'horreur, dit Jensen dans un sourire. Copycat ou Ring?
– Ring, sans hésiter, répondit aussitôt Somers. Copycat n'est rien d'autre qu'un film de série B : n'importe quel cinéphile digne de ce nom est capable de deviner l'identité du tueur en série dès la première scène.
– C'est vrai? Jensen semblait surpris. Je ne m'en souviens plus.
– Ben tiens. William McNamara, qui commençait à l'époque à avoir le vent en poupe, était perdu dans la première scène au milieu d'une foule de figurants. Je me souviens encore de l'avoir vu et de m'être dit : qu'est-ce qu'un acteur qui a joué plusieurs rôles principaux peut bien faire assis au milieu d'un tas de figurants, à moins qu'il ne s'agisse du tueur en série dont on découvrira plus tard l'identité? J'avais bien évidemment raison, mais je dois admettre que cela ne m'a pas vraiment gâché le reste du film : le réalisateur s'en est très bien chargé tout seul.

Le livre sans nom, de Anonyme

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
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[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

Bien qu'il ne soit pas très récent, ce roman m'a comme qui dirait envoûtée. L'ambiance, d'abord charmante et printanière, devient très vite oppressante, gagnant en intensité au fil que l'histoire se déroule. L'écriture est plaisante, pour ne pas dire brillante. Chaque élément d'intrigue est amené au compte-goutte, si bien qu'on ne parvient que difficilement à décrocher du livre.

Acherontia

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

Aucun homme ne doit savoir, ni aucune femme en parler. Sinon…

Un peintre new-yorkais, sa femme et sa fille d'une douzaine d'années réalisent enfin leur rêve : s'installer à la campagne. Ils trouvent une vieille maison dans un village où les habitants vivent encore selon les coutumes ancestrales. Nos citadins sont aussitôt séduits par ces gens si proches de la nature, par cette vie toujours rythmée par les fêtes traditionnelles. Pourtant, peu à peu, l'inquiétude s'installe : Quels sont exactement ces rites de fertilité dont on parle à mi-mots ? Ce culte de la terre si vivace, si pittoresque, n'impliquerait-il pas des sacrifices humains ?

 

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

On ne peut pas vraiment dire que je me sois sentie attirée par la couverture… Comme beaucoup de romans des années 90, le graphisme n'est pas vraiment au rendez-vous… Alors pourquoi un tel choix?

C'est que cela fait quelques temps déjà que je me passionne pour la collection Terreur des éditions Presses Pocket. C'est une vieille collection, et elle n'est plus publiée, certes, mais c'est avec elle que j'ai commencé à lire des romans d'épouvante, donc je la porte tout naturellement dans mon coeur. Régulièrement, lorsque je dévalise les foires aux livres et les bouquinistes, j'achète les tomes qui me manquent encore (et ils sont assez nombreux…), le but étant d'un jour réunir la collection complète, même si tous les titres qui la composent ne se valent pas.

C'est dans le cadre de cette collection que j'ai acquis ce roman au titre qui prête à sourire. Et c'est aussi grâce à ce titre en particulier que j'ai enfin décidé de sortir ce roman de ma PAL. Début janvier, je me suis inscrite à un challenge sur le site Livraddict, qui consiste à se trouver un binôme lecteur, puis de piocher dans sa PAL deux romans qui nous intriguent. Gilsayan, mon binôme, a très judicieusement porté son premier choix sur ce titre un peu bizarre.

Je vous invite donc à découvrir ce qui se cache derrière…

Le temps revêtait le passé d'une patine de tendresse et l'on ne se souvenait plus combien, en ce temps-là, l'homme devait travailler dur et longtemps pour se nourrir, comme il était difficile de mettre au monde un enfant, comme il y avait peu de médicaments, peu de confort ; combien la vie était austère.

La fête du maïs, de Thomas Tryon

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

Le roman commence gentiment, calmement. Le lecteur a tout le temps qu'il veut pour se plonger progressivement dans l'univers bucolique et conservateur du petit village de Cornwall Coombe. En gros, cela commence par l'exode d'un couple new-yorkais d'âge moyen et de leur fille ado décident. Alors qu'ils commencent à se lasser de leur vie citadine, ils décident de retourner vivre à la campagne. Leur beau rêve prend forme un peu par hasard, lors d'un déplacement en voiture au cours duquel ils empruntent des routes qu'ils ne connaissent pas pour visiter la région. Ils découvrent un magnifique village à l'ancienne, niché au creux d'une nature luxuriante et sauvage. Et, comble du bonheur, leurs pérégrinations les conduisent tout droit vers une grande maison qui semble abandonnée. Ils se renseignent auprès du voisinage pour voir si elle est à vendre, repartent bredouilles à New York, pour recevoir quelques temps plus tard un coup de téléphone de la propriétaire, qui accepte de céder son bien à un prix dérisoire.

L'histoire s'axe alors sur les rénovations de la maison et l'intégration de cette gentille famille citadine au petit monde très fermé du village. Peu à peu, on apprend à connaître les personnages les plus influents du village. La Veuve Fortune, par exemple, qui fait office de doyenne et de rebouteuse, et qui semble connaître tout ce qu'il y a à connaître sur cet écrin de verdure. Il y a aussi les Dodd, le couple voisin de la maison. Et toute une kyrielle d'autres protagonistes, tous aussi hauts en couleurs les uns que les autres. Des personnages que l'on apprécie, ou que l'on déteste, c'est selon. Mais une chose est certaine, aucun d'eux ne laisse indifférent.

Personnellement, j'ai adoré ce retour campagnard, cette volonté qu'a le couple new-yorkais de "retourner à la terre", comme ils le disent, de sentir à nouveau la terre sous leurs pieds et la nature autour d'eux, de revenir à des valeurs plus essentielles et de sortir du rythme effréné de la vie urbaine. Je ne peux que les comprendre. Moi-même, je me dis souvent que ce rythme de vie plus que soutenu est vain, tout comme l'est le fait d'être hyperconnecté, de courir sans cesse après le temps, de ne plus apprécier le moment présent comme il se doit… Je me dis souvent que l'on passe à côté de choses tout à fait essentielles, sans toutefois pouvoir changer de mode de vie. Et moi qui suis une campagnarde, à la base, je n'ai pu qu'apprécier ce retour à la nature, ainsi que ce village dont les bons côtés ne sont pas sans rappeler ceux de mon village d'enfance.

Oui, je parle des bons côtés, notez bien… Car, bien sûr, les problèmes pointent bien vite le bout de leur nez, comme vous l'imaginez. Très rapidement, on ressent que les habitants du village ne sont pas nets, qu'ils cachent bien des choses. L'ambiance, de prime abord ensoleillée, légère et accueillante, se fait de plus en plus oppressante au fil des pages. Il y a cette tombe creusée à l'écart du cimetière ; sa pierre tombale mentionne une mystérieuse jeune femme dont tout le monde refuse de parler. Il y a Missy Penrose, une fillette retardée qui semble posséder de curieux dons de divination. Il y a ce culte que les habitants du coin semblent vouer au maïs ; et de façon plus large, il y a le fait qu'ils soient si conservateurs…

J'aimais l'atmosphère de ces lieux, leur aspect tranquille, bucolique, la sensation de paix qui se dégageait des maisons, des pelouses soigneusement entretenues, des jardins nouvellement fleuris. J'aimais cette vigueur, cette pérennité dont étaient empreints les passants eux-mêmes, des paysans simples, aux visages simples de campagnards. On sentait une sorte de vénération pour le passé, un effort intransigeant pour conserver les choses telles qu'elles étaient autrefois et peut-être même une résistance à admettre les choses telles qu'elles sont.

La fête du maïs, de Thomas Tryon

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

Le premier élément qui est venu m'inquiéter, ce n'est pas ce que les habitants cachent, mais plutôt ce qu'ils montrent ouvertement, c'est-à-dire leur conservatisme à toute épreuve. En fait, le village de Cornwall Coombe tout entier semble être resté à une époque reculée, un reliquat de la fin des années 1800, ou du début du siècle dernier. Petite parenthèse, j'ai même trouvé complètement incroyable cette façon qu'a l'auteur de décrire ce village. On ressent si bien l'ambiance qui s'en dégage qu'on a presque le sentiment d'évoluer dans une vieille carte postale sépia! On sent même les odeurs du cru, la bouse des champs, la poussière des habitations, l'odeur du linge de maison nettoyé à l'ancienne, les relents rances des remèdes de grand-mère, le fumet riche de la cuisine traditionnelle, le crottin des chevaux qui conduisent les calèches, les effluves corporelles peu recommandables, et j'en passe.

La première chose à laquelle j'ai pensé, c'est que j'avais peut-être affaire à une sorte de boucle temporelle, un étrange phénomène qui ferait que cette portion précise de l'Amérique reste figée à la même époque, sans plus évoluer. Je me suis souvenue du film Le jour de la marmotte, où le héros ne cesse de se réveiller le matin du même jour, pour revivre sans cesse les mêmes aventures.

Outre mes supputations alambiquées, je trouve toujours un tel niveau de repli sur soi très inquiétant. Ces gens sont si enfermés dans leurs anciens schémas, si intolérants à tout ce qui vient de l'extérieur et tout ce qui représente le progrès, qu'on ne peut que craindre pour la survie des nouveaux arrivants. Heureusement pour ces derniers, ils viennent avec la totale volonté de laisser derrière eux la ville et leur ancien mode de vie. Ils se montrent même plutôt charmés par les manières désuètes et les vieilles superstitions des gens du cru. C'est même ce qu'ils recherchaient en emménageant dans le trou de cul du monde, si je puis dire.

De chaque côté de la route s'étendaient des champs de maïs déjà haut ; je dis que la récolte promettait d'être bonne et la Veuve acquiesça.
"Je le savais. J'ai écouté pousser le maïs pendant tout l'été. Oh! oui ; on l'entend très bien. Vous viendrez avec moi, une nuit, l'année prochaine. Ne riez pas, ce ne sont pas des balivernes, et vous l'entendrez, vous aussi. Le doux bruissement des feuilles, doux comme des ailes de fée. Et les tiges qui s'élancent vers le ciel, les épis qui se gonflent, petit à petit, jusqu'à ce qu'on entende éclater leur enveloppe. C'est quelque chose que d'entendre pousser le maïs, par une chaude nuit d'été, à la clarté mauve de la lune. C'est à ce moment-là qu'on peut dire que la terre a rendu la semence au centuple."

La fête du maïs, de Thomas Tryon

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

Je pense que tout aurait pu se passer à merveille pour nos nouveaux arrivants, s'ils s'étaient pliés sans broncher aux vieilles traditions imposées par leurs nouveaux concitoyens. Mais vous le savez, n'est-ce pas… il y a toujours un mais! Écartez-vous un tant soit peu du carcan imposé, et vous serez au mieux pointé du doigt, au pire mis au ban de la société. Et tant qu'à faire les choses comme il faut, pourquoi ne pas devenir l'objet d'une chasse aux sorcières, ou d'une conspiration? Allons, soyons fous!

Vous connaissez peut-être cette chanson de Rammstein, Rosenrot. "Tiefe Wasser sind nicht still…", nous dit le chanteur. Comprenez par là que les eaux profondes ne sont pas calmes. Et que dire, dans ce cas, des très vieilles eaux, aussi obscures que la fin des temps, et aussi décomposées que les siècles qui passent?

Dans ce roman, tout est question d'apparence. Les villageois les plus sympathiques pourraient bien se révéler être les plus machiavéliques. Les fantômes et autres créatures surnaturelles entr'aperçus au clair de lune pourraient bien être plus humains qu'on le pense. Et si cette petite société rurale ne reposait pas tout à fait sur les mêmes principes que la société que l'on connaît, même avec un ou deux siècles de retard? Je vous le dis, méfiez-vous de l'eau qui dort…

Bientôt il ne resta plus personne, que moi.
Et le mouton étripé.
Et Missy Penrose.
Elle respirait par la bouche et émettait d'étranges sonorités, incompréhensibles, en regardant la cavité béante. "Mmm-um-nmm." La panse n'était plus rouge, une bile noire s'écoulait maintenant des tissus déchirés. Elle y plongea les doigts et les ressortit encore plus sanglants, encore plus noirs, les leva vers le ciel. Son corps se raidit et se mit à trembler. "Mm, um, nmm, mm."

La fête du maïs, de Thomas Tryon

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

Qu'est-ce qui se cache derrière cet étrange culte du maïs, derrière ces fêtes populaires et ces traditions qui entoure la culture de cette plante au demeurant si banale? Superstitions, croyances désuètes, remèdes de grand-mère, rebouteux, rites ancestraux et impies… Allez, je laisse un peu votre imagination galoper!

Quoi qu'il en soit, personnellement, je n'ai pas pu une seule seconde deviner ce qui allait se passer. La fin m'a totalement bluffée, pour mon plus grand plaisir. Le seul petit bémol, c'est que je n'ai pas été suffisamment terrorisée. Peut-être n'était-ce pas vraiment le but de l'auteur, d'ailleurs… J'ai le sentiment que son objectif premier était avant tout de mettre l'accent sur l'ambiance suffocante, et de baser l'intrigue sur les déviances qui peuvent arriver lorsqu'une communauté vit aussi repliée sur elle-même. Ceci dit, il y avait quelques éléments d'intrigue que j'ai trouvé particulièrement ingénieux. Je ne vous en dit pas plus, sinon ce n'est pas marrant. Mais honnêtement, je vois mal un lecteur capable de deviner ce qui se cache derrière chaque personnage, derrière chaque tradition et derrière chaque secret.

Une belle découverte, vraiment!

Toutes deux avaient le corps en épis de maïs, de grands yeux dans une tête de paille, des jambes de paille et, pour vêtements, des chiffons en lambeaux. La poupée de Missy n'était qu'un jouet d'enfant, mais l'autre… Je contemplai son visage étrange, effroyable, essayant encore de comprendre ce qu'elle était. Elle représentait, de toute évidence, une femme car de grosses protubérances, des seins, étaient fixées au corps de maïs et le sexe était clairement défini par une fente profonde entre les jambes.
Qu'était-ce? Quelle main avait fabriqué cela? Je me rappelai tout à coup un de mes livres d'histoire de l'art. Je pris l'ouvrage sur l'étagère et l'ouvris au chapitre "Art primitif"…

La fête du maïs, de Thomas Tryon

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

Bien qu'il ne soit pas très récent, ce roman m'a comme qui dirait envoûtée. L'ambiance, d'abord charmante et printanière, devient très vite oppressante, gagnant en intensité au fil que l'histoire se déroule. L'écriture est plaisante, pour ne pas dire brillante. Chaque élément d'intrigue est amené au compte-goutte, si bien qu'on ne parvient que difficilement à décrocher du livre.

L'intrigue proposée est tout bonnement géniale, et bien malin sera celui qui pourra deviner la chute avant la dernière page. L'auteur maîtrise l'art d'étonner ses lecteurs en le mettant sur de fausses pistes. Et puis j'ai adoré ce village qui semble tout droit sorti d'une vieille carte postale victorienne, avec ses superstitions, ses rites, ses traditions. Tout cela sent tellement la poussière, la boue et la magie païenne!

Ce que je retiens de ce roman, surtout, c'est, au final, cette analyse très pointue de ce qui peut se passer au sein de certaines communautés vivant en autarcie complète, avec toutes les dérives que peuvent engendrer l'étroitesse d'esprit et la volonté de respecter à tout prix les traditions.

Je n'ai pas souvent dit cela au sujet de romans qui commencent à dater, mais je pense que ce roman précis mériterait une édition plus récente et plus coquette. Les quelques éditions faites par le passé (je crois que la dernière date de 1991) ont vraiment un look douteux qui ne donnent pas vraiment envie de découvrir l'histoire. Je crois que cela vaudrait la peine d'y penser. Après tout, la quatrième de couverture de mon édition en parle comme "l'un des livres clé de la terreur moderne", et je ne suis pas loin de partager cet avis…

Le vent souffla de nouveau, de nouveau la chose cria. Le corbeau lança un croassement plaintif, mortuaire. Je me sentis soudain très seul au milieu de cette clairière. Je regardai de nouveau l'arbre, essayant de percer le secret de cette créature grotesque. Son expression de défi acharné était à la fois mystérieuse et révélatrice, preuve que la vie lui avait été dérobée à un moment de refus ou de protestation.

La fête du maïs, de Thomas Tryon

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
Lu dans le cadre du challenge "Pioche dans ma PAL", session du 1er janvier au 28 février 2017

Lu dans le cadre du challenge "Pioche dans ma PAL", session du 1er janvier au 28 février 2017

Lu dans le cadre du challenge "Défi lecture 2017", thème n°23, un livre dont un des personnages est docteur (ici : la Veuve Fortune est docteur et rebouteuse)

Lu dans le cadre du challenge "Défi lecture 2017", thème n°23, un livre dont un des personnages est docteur (ici : la Veuve Fortune est docteur et rebouteuse)

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
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[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l’intégrale, de Lois McMaster Bujold

[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold

Chaque tome de cette série a été édité en français, puis réédités à plusieurs reprises, jusqu'à ce que Bragelonne les réunissent dans cette superbe intégrale, augmentée d'une nouvelle inédite intitulée Le démon de Penric.

Voici un petit résumé de cette trilogie… Histoire que vous vous y retrouviez dans les chroniques et dans la suite chronologique du récit!

PS : Je voudrais saluer le magistral travail de traduction effectué par Mélanie Fazi et Emmanuelle Casse-Castric… Vraiment, c'est du grand art!

[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold
[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold
[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold
[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold

S'il m'a fallu un petit temps d'adaptation à l'univers de Chalion, l'histoire m'a totalement submergée jusqu'à la fin! Je me suis laissée embarquer sur cette rivière tumultueuse, un flot incessant d'intrigues de cour, de complots, de trahisons, de possession démoniaque, de rites de mort, de ménageries exotiques, de révélations, de… oulà, j'en ai encore le coeur qui palpite!

Je me suis profondément entichée de cet univers riche et complexe, de ces personnages tellement humains, tellement humbles, avec leurs qualités et leurs défauts… J'ai adoré le personnage de Cazaril, à tel point que j'ai eu du mal à continuer la trilogie quand j'ai vu qu'il n'était question de lui nulle part dans les tomes suivants. Pour une fois qu'on ne nous présente pas un héros masculin sous la forme d'un géant plein de muscles et dotés de super pouvoirs aussi mirobolants que risibles…

Quant au style d'écriture, il est fluide, rythmé, captivant. L'auteur possède une imagination débordante, foisonnante de super idées, aussi ne puis-je que vous donner ce conseil : jetez-vous dessus!

Enfin, pas trop fort quand même… Je ne voudrais pas être responsable d'accidents en chaîne!

 

[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold

Chassé de sa chambre par son atmosphère confinée lors d'une journée chaude et brumeuse succédant à des averses nocturnes d'une rare intensité, Cazaril s'aventura dans le jardin à la recherche d'un perchoir plus confortable. Le livre qu'il tenait sous son bras était l'un des rares qu'il n'ait pas déjà lus dans la maigre bibliothèque du château – non que "Les cinq chemins de l'âme : les véritables méthodes de la théologie quintarienne" d'Ordol le passionne plus que de raison. Peut-être ses pages, voletant librement sur ses genoux, donneraient-elles à sa sieste une apparence plus érudite pour les passants. Il contourna la tonnelle de roses et se figea en découvrant que la royina, accompagnée d'une de ses dames munie d'un métier à broder occupait le banc qu'il convoitait. Lorsque les deux femmes levèrent la tête, il esquiva quelques abeilles en délire et s'excusa d'une révérence pour cette intrusion involontaire.

Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold
[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold
[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold

Bon, je ne vais pas vous le cacher, j'ai eu très difficile à l'entame de ce nouveau tome de Chalion. En fait, je m'attendais à retrouver les personnages du premier tome pour suivre la suite de leurs aventures. Mais les premiers chapitres donnent rapidement le ton… Plus de Cazaril, de Betriz, d'Iselle, de Palli et des autres! La seule qui revient en lice, c'est Ista, un personnage qui m'avait très peu marqué lors de ma lecture du premier tome… pour ne pas dire déplu.

Je me suis accrochée. Encore. Et encore. Puis Ista s'est mise à se rebeller contre l'autorité en place. Elle est sortie de son amorphe léthargie pour partir à l'aventure. Une aventure! Ah, enfin, elle se réveille!! Et là, j'ai commencer à accrocher avec le personnage comme avec le récit. Pour finir, je n'ai pas été déçue. Son personnage s'améliore au fil du récit, pour passer du noir à un blanc radical.

Certes, l'intrigue est parfois vraiment tirée par les cheveux. Très bien imaginée, très bien conçue, mais parfois vraiment hard à suivre. Le dénouement vaut la peine que l'on s'accroche, mais je vous le dit tout de suite, si vous cherchez une lecture pas trop casse-tête, passez votre chemin! Cela mis à part, je me dois de saluer bien bas l'imagination débordante de l'auteur. La théorie sur les démons se voit de plus en plus étoffée, ce qui fait bondir de joie mon coeur de lectrice.

Sinon, j'ai vraiment apprécié le fait que l'on découvre d'autres coins de Chalion. Le territoire est immense, et donne envie d'être découvert dans son intégralité.

 

[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold

Le souffle coupé, Ista étouffa un cri. Elle tomba à genoux près du lit de camp. "Cinq dieux, on l'a assassiné." Mais comment? Personne n'était entré dans cette tente depuis le départ du serviteur. Avait-il trahi son maître de la sorte? S'agissait-il d'un espion roknari? La main tremblante d'Ista écarta le drap.
Sous le sein gauche, la blessure béait comme une petite bouche sombre. Du sang en coulait lentement. Un coup de poignard, peut-être, dirigé en plein cœur. "Vit-il toujours?" Elle pressa les doigts contre cette bouche dont elle ressentait le baiser collant contre sa paume, guettant désespérément la moindre palpitation indiquant que le cœur battait toujours. Elle n'aurait su le dire. Oserait-elle poser l'oreille contre sa poitrine?
Un souvenir hideux fulgura devant son œil interne, l'homme long et mince de son rêve, et le flot rouge de sang qui s'échappait entre ses doigts. Elle retira vivement la main.

Paladin des âmes, de Lois Mcmaster Bujold

[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold
[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold
[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold

Que dire de ce troisième et dernier tome? Qu'il s'inscrit dans la droite lignée des deux précédents? C'est une certitude. Qu'il est aussi bon que les précédents? Cela, j'en suis un peu moins sûre…

Les idées mises en place sont vraiment excellentes. Transformer les histoires de possession démoniaque en possession animale, c'est intelligent, et cela change un peu des deux premiers tomes. Il y a cette histoire de malédiction courant de génération en génération qui revient sur le tapis, mais déclinée cette fois-ci de façon un peu différente que dans le premier tome. C'est malin… Cela aurait pu marcher, oui… si je n'avais pas trouvé l'écriture si brouillonne par moment. J'ai parfois eu du mal à suivre l'auteur lorsque ses personnages entrent dans de grandes digressions métaphysique. Les sujets religieux ou chamaniques qu'ils abordent sont parfois si abscons, et les répercussions sur leurs vies sont si tordues que j'en saisis difficilement le sens.

Et c'est bien dommage, car il y a vraiment de l'idée, et les personnages d'Ingrey et d'Ijada sont attachants. Bon, je ne vais pas dire que ce roman m'ait déplu, que du contraire. Je lui ai tout de même donné une note convaincante, parce que l'écriture est toujours aussi belle, que les concepts sont sympas, et qu'il y a toujours de l'aventure, de l'intrigue et des rebondissements. C'est juste que je m'y suis parfois perdue… mais je suis peut-être bien la seule à avoir été déboussolée par l'histoire!

[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold

Le chaos suscité par cet événement avait, de toute évidence, engourdi les serviteurs du prince au point qu'ils n'avaient pas osé laver ni vêtir le corps. De la crasse assombrissait les replis du corps de Boleso… Non, pas de la crasse. Ingrey passa le doigt le long d'un sillon de chair glaciale, puis inspecta d'un oeil circonspect cette trace de couleur, bleu terne, jaune étamine, ainsi qu'un vert malsain là où ils se mêlaient. Teinture, peinture, quelque poudre colorée? La fourrure sombre de la sous-robe portait elle aussi de légères traces.
Ingrey se redressa et aperçut ce qu'il avait d'abord pris pour un tas de fourrures repoussé le long du mur opposé. Il s'en approcha puis s'agenouilla.
C'était un léopard mort. Une femelle léopard, corrigea-t-il en retournant partiellement l'animal. Sa fourrure fine et douce était d'un contact fascinant. Il suivit du doigt le contour des froides oreilles incurvées, des moustaches blanches et raides, le tracé de noires volutes sur soie dorée. Il souleva une lourde patte, tâta les coussinets, les épaisses griffes d'ivoire. On les avait coupées. Une corde de soie rouge, nouée serré autour de son cou, mordait profondément la fourrure. On en avait taillé l'extrémité. Les poils d'Ingrey se hérissèrent, réaction qu'il réprima.

La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold

[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold
[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold

Je dois dire que les éditions Bragelonne ont été très bien inspirées en joignant cette nouvelle inédite au cycle de Chalion. Ce texte apporte un peu de fraîcheur et vient confirmer le talent de l'auteur pour l'écriture. La plume est fluide et très agréable, comme toujours.

J'ai trouvé que cette nouvelle constituait un vrai "plus" au cycle. Ainsi avons-nous une belle palette de tout ce qui peut se faire en matière de possession, de démons, d'âmes et de rites bizarres en Chalion!

Je me permets de vous recopier le début de la nouvelle, afin que, comme moi, vous puissiez vous délecter du style de l'auteur…

La lumière matinale coulait en pente douce dans les prairies, infusant d'une lueur vert pâle les branches entremêlées des arbres du bois qui s'étendait au-delà et éclairant ici et là quelques fleurs blanches et rose pâle parmi les nouvelles feuilles. L'air printanier était doux et gonflé de promesses. La mère de Penric, avant de partir en chariot avec ses sœurs pour mettre la dernière main aux préparatifs, avait levé la tête vers le ciel bleu froid et décrété que c'était un jour parfait pour des fiançailles – sûrement le signe que les dieux souriaient enfin à la maison de Jurald! Penric s'était retenu de faire remarquer que les érudits divins enseignaient que les dieux ne contrôlaient pas la météo. Pour tout remerciement pour son respect filial, il avait été gratifié d'un ordre sec lui enjoignant de se dépêcher de finir de s'habiller et de les suivre! Ce n'était pas le moment de traîner les pieds!

Le démon de Penric, de Lois McMaster Bujold

[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold
[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold
[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold
[Saga fantasy] Le cycle de Chalion, l'intégrale, de Lois McMaster Bujold

[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold

Les idées mises en place sont vraiment excellentes. Transformer les histoires de possession démoniaque en possession animale, c'est intelligent, et cela change un peu des deux premiers tomes. Il y a cette histoire de malédiction courant de génération en génération qui revient sur le tapis, mais déclinée cette fois-ci de façon un peu différente que dans le premier tome. C'est malin… Cela aurait pu marcher, oui… si je n'avais pas trouvé l'écriture un peu trop brouillonne par moment.

Acherontia

[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold

Le prince Boleso est mort.
Sire Ingrey des Rocheloup est envoyé au château afin de conduire le cadavre jusqu'à son lieu de sépulture et d'escorter dame Ijada, meurtrière présumée, vers son jugement. Mission désagréable et délicate, d'autant que la situation politique est instable et que la couronne est de nouveau en jeu.
Mais il y a plus : les sombres actions de Boleso ont imposé à la fière Ijada un « don » mystique qui risque de signer son arrêt de mort. Un esprit interdit habite à présent son âme ! Une malédiction qu'Ingrey connaît bien, car il la subit lui-même depuis l'enfance. Une bête intérieure qui peut faire des ravages…
Sur leur chemin semé de dangers, Ingrey comprend bientôt qu'Ijada est la seule personne à qui il puisse se fier. Sans elle, il ne parviendra jamais à se libérer ni à comprendre la terrible destinée que lui ont imposée les dieux, les damnés et les morts.

[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold

Ce roman est le cinquième lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour décembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Fin d'année oblige, les éditions Bragelonne proposaient, dans leur catalogue de décembre 2016, de très belles intégrales, dont celle-ci. Toutes me tentaient, mais j'ai finalement jeté mon dévolu sur Chalion parce que les critiques que j'en avais vu sur Livraddict étaient très positives, mais aussi parce que le résumé me plaisait et m'intriguait.

Je vais donc vous présenter séparément les trois romans figurant dans cette intégrale, puis j'écrirai une page récapitulative de saga, comme je le fais habituellement.

Redit. : Oui, j'ai fait un copié-collé, c'est mal, hein?! Beeeeuuuurk!! Peux pas!!

[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold

… où les repères tombent comme un château de cartes.

 

Plus on avance dans la série, plus on s'éloigne des personnages et du cadre du premier tome… Ce troisième et dernier tome n'a juste plus rien à voir avec la cour de Cardegoss et les personnages gravitant autour. Ce qui, je dois dire, m'a assez perturbée et un peu dépitée, dans un sens. Car, comme je l'ai dit dans la chronique du tome 2, je m'étais beaucoup attachée à Cazaril et à son entourage, et le fait de ne pas les retrouver, même pas sous forme de simple mention, m'a un peu attristée. Dans le second tome, j'ai au moins eu la chance de suivre les aventures d'Ista, la mère d'Iselle et de Teidez (ceux qui ont lu les tomes précédents s'en souviendront), et j'ai recroisé le chemin des frères dy Gura, ce qui fut un vrai plaisir.

À l'entame de ce dernier tome, les anciens personnages s'effacent pour laisser la place à d'autres. Ainsi faisons-nous la connaissance de sire Ingrey des Rocheloups, de dame Ijada, du comte Wencel de Fleuvéquin, etc. Les lieux mêmes de l'intrigue nous sont totalement inconnus. Quoiqu'encore situés en Chalion, on se trouve ici, comme je l'ai compris, loin de Cardegoss et de sa cour.

La politique n'est plus du tout au coeur de l'intrigue, ou très peu. On sent bien que la façon de gérer le pays est différente ici qu'à Cardegoss, mais il est difficile de dire en quoi, puisque ce côté est assez peu développé. D'ailleurs, on ne parle plus de la famille royale de Chalion, mais d'un autre roi, couché sur son lit de mort. Et qui dit autre roi, dit autre cour et autres moeurs… La géographie aussi est différente, le nom des villes ne ressemblant pas aux habituels noms rencontrés dans Chalion. On dirait d'ailleurs des noms issus de World of Warcraft, car beaucoup sont des "noms valises", des amalgames de deux noms communs n'en formant plus qu'un seul (la ville de Boisbouleau, par exemple, Pontmartre, Gîtelevant, ou la famille des rocheloups).

Bref, c'est bizarre, et perturbant. J'ai le sentiment désagréable d'avoir perdu les quelques repères auxquels je m'accrochais dans les précédents tomes, et l'auteur ne m'en fournit pas de nouveaux sur lesquels m'appuyer. Pas dans un premier temps, du moins. Car malgré tout, on finit peu à peu par y voir plus clair. Mais je dois avouer que j'aurais apprécié des descriptions et des explications plus détaillées. Une carte, pour commencer… 

Au dehors, l'air humide et froid se teintait d'une lueur tout juste suffisante pour qu'il pût retrouver son chemin dans les rues. Lorsqu'il atteignit l'autre côté de la Ville-royale, la marche lui avait éclairci les idées, malgré sa migraine tenace.
L'aube parait le monde de ses couleurs. La solide pierre taillée de la large entrée du palais de Hetwar se colorait d'une nuance évoquant celle du beurre. Le portier de nuit reconnut immédiatement Ingrey à travers la trappe des lourdes portes d'entrée sculptées et entrouvrit un rabat juste assez grand pour le laisser entrer dans cette épaisse pénombre étouffée. Un serviteur s'offrit de l'annoncer, mais Ingrey déclina et gravit les marches menant au bureau du maître des sceaux. Quelques serviteurs allaient et venaient en silence, tirant des rideaux, remuant des feux, transportant de l'eau.

La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold

[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold

… où les âmes d'animaux innocents sont bues comme du petit lait.

 

Vous êtes à présent accoutumés au fait que toutes les intrigues de Chalion tournent autour de la religion, en particulier des démons, qui possèdent les personnages de différentes façons. Plus on avance dans la trilogie, plus les intrigues sont tordues et capillotractées, mettant en scène non plus des cas d'école mais de parfaites raretés dignes d'un freak show.

Ce troisième tome ne fait pas exception à la règle, car il y est bien question de possession, mais d'un genre totalement nouveau. Nous sommes ici confrontés à un autre type de religion, celle pratiquée par les anciens clans. En vérité, cette religion tient plus du chamanisme, avec un côté très ritualiste et même démoniaque, puisqu'il y est question de sacrifices (d'animaux, d'humains, des deux, peut-être).

À l'époque où se déroule l'action, ces rituels sont tombés en désuétudes et sont même très mal vu. Pourtant, certains continuent de la pratiquer, à leurs dépens…

Le chaos suscité par cet événement avait, de toute évidence, engourdi les serviteurs du prince au point qu'ils n'avaient pas osé laver ni vêtir le corps. De la crasse assombrissait les replis du corps de Boleso… Non, pas de la crasse. Ingrey passa le doigt le long d'un sillon de chair glaciale, puis inspecta d'un oeil circonspect cette trace de couleur, bleu terne, jaune étamine, ainsi qu'un vert malsain là où ils se mêlaient. Teinture, peinture, quelque poudre colorée? La fourrure sombre de la sous-robe portait elle aussi de légères traces.
Ingrey se redressa et aperçut ce qu'il avait d'abord pris pour un tas de fourrures repoussé le long du mur opposé. Il s'en approcha puis s'agenouilla.
C'était un léopard mort. Une femelle léopard, corrigea-t-il en retournant partiellement l'animal. Sa fourrure fine et douce était d'un contact fascinant. Il suivit du doigt le contour des froides oreilles incurvées, des moustaches blanches et raides, le tracé de noires volutes sur soie dorée. Il souleva une lourde patte, tâta les coussinets, les épaisses griffes d'ivoire. On les avait coupées. Une corde de soie rouge, nouée serré autour de son cou, mordait profondément la fourrure. On en avait taillé l'extrémité. Les poils d'Ingrey se hérissèrent, réaction qu'il réprima.

La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold

[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold

…Quand l'on ne fait qu'un avec son animal totem.

 

Les âmes animales sont au centre de cette nouvelle intrigue. Ces âmes, détachées de leur corps originel par le biais d'un cruel sacrifice, viennent posséder des humains, consentants ou non, pour leur prodiguer plus de pouvoir.

J'ai trouvé l'idée très bonne, mais malheureusement, j'ai trouvé l'intrigue parfois trop brouillonne. Je n'ai pas toujours bien pu suivre les circonvolutions de l'histoire, et n'ai pas toujours tout compris comme je l'aurais dû.

Aussi ne vous en dirai-je pas plus, afin de vous laisser vous faire votre propre opinion, et en même temps, pour ne pas vous contaminer avec mon incompréhension crasse. Peut-être – sans doute, même – aurez-vous plus de jugeote pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette histoire.

Il décapiterait d'abord le serviteur trop bavard, d'un seul coup. Puis se tournerait vers les femmes hurlantes. Ijada était déjà à genoux, comme une victime devant son bourreau, des mèches de cheveux s'échappant pour voiler son visage. Le tranchant cinglant de l'épée, la femme enceinte… Son esprit regimba, nia.
Puis hurla cette négation avec une telle férocité qu'elle s'inversa et se transmuta en assentiment. "Aide-les, sauve-la, soutiens-moi, loup intérieur! Puise en moi, puise…"
Sa mâchoire s'allongea, ses dents se changèrent en blancs couteaux acérés. Il se mit à mordre et à déchirer les veines, grondant et agitant la tête comme un loup secouant un lapin pour lui briser l'échine.

La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold

[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold
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… où la prison forestière des guerriers ensommeillés.

 

Bien entendu, tout cela ne serait pas aussi marrant si une sombre malédiction ne venait obscurcir le tableau… Une malédiction qui court de génération en génération, cela nous vous rappelle rien? Ah oui, le premier tome, n'est-ce pas? Vous voyez comme l'histoire se répète tout en changeant? C'est un des tours de force de ce cycle de Chalion. L'auteur tourne autour des mêmes thèmes mais les décline de plusieurs façons.

Nous avons donc une malédiction qui sert le profit d'un seul homme, et une armée entière retenue prisonnière par ce biais. Des guerriers retenus dans les limbes, attendant d'être repris par un des cinq dieux de la religion quintarienne. Et de toute évidence, ce sont Sire Ingrey et Dame Ijada qui détiennent la clé de l'énigme. Mais de quelle façon?

Un jeune homme aux cheveux fauves, anxieux et résolu, entièrement nu à l'exception de signes peints sur la peau, se tenait assis sur une haute branche de chêne à la lumière vacillante des torches. Une corde soyeuse de fibres d'orties lui encerclait le cou et du sang coulait le long de ses membres depuis une série de coupures bien nettes. Il éleva bien haut ses mains tendues et parla d'une voix vibrante, légèrement chevrotante, puis bascula comme un homme plongeant d'un haut rocher dans un étang. Près du sol, la chute s'interrompit assez brusquement pour lui briser la nuque… Les yeux dilatés de Wencel brillaient. "Était-ce là l'un des princes envoyés aux dieux en tant que courriers de son roi sacré…?" La vérité se déversait tel un flot ; Ingrey avait l'impression qu'on lui tenait la tête sous le courant jusqu'à ce que sa cervelle risquât d'éclater.

La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold

[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold

Que dire de ce troisième et dernier tome? Qu'il s'inscrit dans la droite lignée des deux précédents? C'est une certitude. Qu'il est aussi bon que les précédents? Cela, j'en suis un peu moins sûre…

Les idées mises en place sont vraiment excellentes. Transformer les histoires de possession démoniaque en possession animale, c'est intelligent, et cela change un peu des deux premiers tomes. Il y a cette histoire de malédiction courant de génération en génération qui revient sur le tapis, mais déclinée cette fois-ci de façon un peu différente que dans le premier tome. C'est malin… Cela aurait pu marcher, oui… si je n'avais pas trouvé l'écriture si brouillonne par moment. J'ai parfois eu du mal à suivre l'auteur lorsque ses personnages entrent dans de grandes digressions métaphysique. Les sujets religieux ou chamaniques qu'ils abordent sont parfois si abscons, et les répercussions sur leurs vies sont si tordues que j'en saisis difficilement le sens.

Et c'est bien dommage, car il y a vraiment de l'idée, et les personnages d'Ingrey et d'Ijada sont attachants. Bon, je ne vais pas dire que ce roman m'ait déplu, que du contraire. Je lui ai tout de même donné une note convaincante, parce que l'écriture est toujours aussi belle, que les concepts sont sympas, et qu'il y a toujours de l'aventure, de l'intrigue et des rebondissements. C'est juste que je m'y suis parfois perdue… mais je suis peut-être bien la seule à avoir été déboussolée par l'histoire!

[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] La chasse sacrée, de Lois McMaster Bujold

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Acherontia.

[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold

Certes, l'intrigue est parfois vraiment tirée par les cheveux. Très bien imaginée, très bien conçue, mais parfois vraiment hard à suivre. Le dénouement vaut la peine que l'on s'accroche, mais je vous le dit tout de suite, si vous cherchez une lecture pas trop casse-tête, passez votre chemin! Cela mis à part, je me dois de saluer bien bas l'imagination débordante de l'auteur. La théorie sur les démons se voit de plus en plus étoffée, ce qui fait bondir de joie mon coeur de lectrice.

Acherontia

[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold

Depuis que la Royina Ista a rencontré les dieux, tout le monde la tient, à tort, pour folle. Un pèlerinage devient le prétexte idéal pour quitter l'atmosphère étouffante du château de Valenda, où le confinement et la condescendance de ses gardiens commençaient à lui peser. Mais si Ista se réjouit davantage de la liberté retrouvée qu'elle ne se soucie des dieux, ces derniers ne l'ont pas oubliée, car en brisant la malédiction qui menaçait sa lignée, Ista a libéré un mal incontrôlable. Et maintenant c'est elle, la folle, qui doit sauver Chalion.

[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold

… Ou comment j'en suis venue à choisir ce roman-là, et pas un autre.

 

Ce roman est le cinquième lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour décembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Fin d'année oblige, les éditions Bragelonne proposaient, dans leur catalogue de décembre 2016, de très belles intégrales, dont celle-ci. Toutes me tentaient, mais j'ai finalement jeté mon dévolu sur Chalion parce que les critiques que j'en avais vu sur Livraddict étaient très positives, mais aussi parce que le résumé me plaisait et m'intriguait.

Je vais donc vous présenter séparément les trois romans figurant dans cette intégrale, puis j'écrirai une page récapitulative de saga, comme je le fais habituellement.

Oui, j'ai fait un copié-collé, c'est mal, hein?! Beeeeuuuurk!! Peux pas!!

[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold

… et on n'a franchement pas envie que ça change!

 

Dans ce second tome, on retrouve la superbe plume de Lois McMaster Bujold, toujours au mieux de sa forme. L'écriture est toujours aussi fluide, le rythme est effréné et le suspens haletant.

On retrouve bien entendu l'univers très fouillé de Chalion, avec sa religion quintarienne si particulière, ses rites religieux, ses croyances et superstitions, mais aussi avec ce concept très étrange de démons qui prennent possession de corps, vivants ou morts.

Ce roman ne fait pas exception à la règle. On y retrouve Ista, l'étrange royina douairière dont la mère vient de décéder, aux prises de démons bizarres et de vivants qui ne le sont pas tant que ça. Je vous raconte un peu le contexte : plus rien ne la retenant au château de Valenda, Ista décide de partir et de découvrir le monde tant qu'elle est encore en âge de le faire. Elle refuse d'être accompagnée par une pelletée de gens en armes et de dames de compagnie dont elle commence à être lassée. Non, la royina désire se défaire de ces carcans de conventions et de bienséance qui régissaient sa vie jusqu'ici. Quittant peu à peu son état de catatonie et de "folie" supposée, elle s'émancipe et envoie valser son statut de noble. Elle est accompagnée uniquement de gens qu'elle a choisi et qu'elle apprécie. Très vite, le voyage prendra une tournure mystérieuse, voire mystique. Certains de ses rêves, qu'elle pense prémonitoires, l'amèneront dans un curieux château assiégé, où elle devra résoudre une énigme des plus capillotractées.

Un peu trop capillotractées, peut-être… Il faut bien se concentrer et ne rater aucun élément dans ce récit fourmillant de détails. Mais pour celle/celui qui y arrive, le dénouement de l'intrigue vaut vraiment le détour!

Assise sous la tonnelle de roses de sa mère, Ista tordait un mouchoir de tissu entre ses doigts. Sa dame de compagnie, à ses côtés, piquetait une broderie à l'aide d'une aiguille aussi étroite que son esprit, encore que plus aiguisée. Ista avait fait les cent pas dans l'air frais du matin jusqu'à ce que la dame de compagnie, la voix grimpant dans les aigus, la suppliât d'arrêter. La suivante délaissa un instant son ouvrage pour observer les mains d'Ista, laquelle, irritée, déposa près d'elle le bout de tissu torturé. Sous l'abri de ses jupes, un pied chaussé d'une pantoufle se mit à battre nerveusement – non, furieusement.
Un jardinier s'affairait, arrosant les fleurs dans les bacs placés autour des portes pour la Saison de la Fille, comme il l'avait fait des années durant sous la direction de la vieille provincara. Ista se demandait combien de temps s'écoulerait avant que ne disparaissent ces habitudes nées de la répétition. Ou persisteraient-elles à jamais, comme si le fantôme méticuleux de la vieille dame surveillait encore chaque tâche?

Paladin des âmes, de Lois Mcmaster Bujold

[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold

… Quand la princesse se rebelle et envoie valser tous ces stupides nobliaux!

 

Je n'étais pas fan d'Ista dans le premier tome de Chalion… mais alors, vraiment pas! J'avais du mal à comprendre son attitude de profonde catatonie. Malédiction ou pas malédiction, je la trouvais molle, fade, sans relief. Eh bien, je me trompais. Oh! Comme j'aime constater que je me suis leurrée sur un personnage! Et comme j'aime apprendre à aimer ce même personnage!

À partir de la mort de sa mère, Ista n'est plus ce qu'elle était… et c'est tant mieux, vraiment! Un soudain désir d'aventure et d'émancipation la saisit, pour notre plus grand ravissement. Mais dame Ista est tout de même quelqu'un d'un peu spécial. Elle l'a toujours été, au demeurant. Loin d'être folle, je la qualifierais plutôt de sensible et de réceptive. Dans notre monde, on dirait d'elle qu'elle est médium, clairvoyante, touchée par les dieux. C'est une faculté qui la conduira vers de bien étranges destinations, et vers des situations plus étranges encore.

Loin de se décourager et de ressentir le besoin de cesser sa quête initiatique, Ista verra son caractère se forger au fil du temps et des aventures. Les rencontres qu'elles fera seront déterminantes pour sa vie future, aussi le lecteur ne peut-il être que captivé par ses pérégrinations.

Ce n'est pas un ours. Ou pas seulement un ours. Haletante, fascinée, Ista s'approcha d'un pas vacillant. Malgré l'impression initiale de terrifiante énergie, ce n'était pas non plus un ours au mieux de sa forme. Il avait, à présent qu'elle le voyait de plus près, la fourrure galeuse, pelée par plaques, et, malgré son imposante carcasse, moins de chair que d'os. Ses pattes tremblaient. Il leva les yeux vers Ista comme en proie à une fascination réciproque.
Il sembla à Ista que l'essentiel de sa nature d'ours avait presque été rongée de l'intérieur. Les yeux braqués sur elle brillaient d'une intelligence rouge, qui ne devait rien à l'esprit animal. "Il est la proie d'un démon. Qui l'a maintenant pratiquement dévoré."
"Et, à présent, le cavalier cherche une autre monture."
– Comment oses-tu? grinça Ista.
Même un simple ours ne méritait pas un tel sort. "Ta place n'est pas ici, démon. Retourne à ton maître maudit."

Paladin des âmes, de Lois Mcmaster Bujold

[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold

… des songes qui n'ont rien de bien shakespearien.

 

Je vous disais qu'Ista était quelqu'un de très réceptif. Et c'est peu de le dire! Car ce sont ses rêves, qu'elle pense prémonitoire, qui la mèneront vers de rocambolesques aventures. Elle aurait pu s'enfuir mille fois devant le danger, mais ce qu'elle a vu dans ses rêves l'en dissuadait à chaque fois. Elle était même guidée par eux, cherchant les lieux oniriques rencontrés dans la réalité.

Mais plus que les rêves eux-mêmes, ce sont ces appels constants qui l'empêchent de se débiner. Car au creux de ses visions se cache un homme, qu'elle n'a jamais vu et qu'elle ne connaît pas, mais qui l'intrigue au plus haut point. Un homme qui semble lui demander de l'aide alors qu'il se trouve entre la vie et la mort. Ista sent qu'elle doit impérativement le retrouver et faire quelque chose pour lui. Mais comment parvenir jusqu'à lui? Et comment pourra-t-elle l'aider?

Ista rêvait et elle le savait.
Elle traversait une cour de château pavée, par une journée de fin de printemps ou de début d'été. Une galerie à la voûte de pierre contournait la cour, avec des colonnes d'albâtre ornées d'un tracé sculpté de fleurs et de plantes grimpantes dans le style roknari. Le soleil haut tapait fort ; les ombres marquaient aux pieds d'Ista des accents noirs. Elle gravit (non, survola) les marches de pierre situées tout au bout, menant à une galerie boisée au-dessus de l'allée, qu'elle emprunta. À l'extrémité, une pièce : elle s'y glissa doucement sans avoir à ouvrir la porte sculptée, qui sembla s'écarter puis se refermer sur sa peau comme de l'eau.
La pièce était fraîche et peu éclairée, mais un motif lumineux semblait traverser les volets clos pour se projeter sur les tapis, dont il ravivait brièvement les couleurs assourdies. Dans cette pièce, un lit ; sur ce lit, une forme. Ista flotta plus près, tel un fantôme.
La forme était celle d'un homme, endormi ou mort, mais très pâle et silencieux.

Paladin des âmes, de Lois Mcmaster Bujold

[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold

… quand les âmes testent les principes des vases communicants.

 

C'est une bien étrange affaire qu'Ista aura à traiter. Bien sûr, il est question de possession démoniaque, comme dans les trois tomes qui constituent le cycle de Chalion. Mais pas que… Il faut bien que le concept se renouvelle un peu!

Ista se verra chargée de pouvoirs divins afin de résoudre une affaire très délicate et de la plus haute importance. Car le cas de possession auquel elle est confrontée touche un membre de la noblesse, ainsi que son frère. Or, il se fait que ces deux personnes constituent le dernier rempart contre une invasion roknari imminente. Ista devra donc dénouer l'écheveau tissé par de puissants sortilèges, défaire de redoutables ennemis qui pratique la magie démoniaque, et tenter d'y voir clair dans toute cette histoire.

Mais à ce jeu, peut-être gagnera-t-elle au final bien plus qu'une simple auréole de sainteté et de gloire…

Le souffle coupé, Ista étouffa un cri. Elle tomba à genoux près du lit de camp. "Cinq dieux, on l'a assassiné." Mais comment? Personne n'était entré dans cette tente depuis le départ du serviteur. Avait-il trahi son maître de la sorte? S'agissait-il d'un espion roknari? La main tremblante d'Ista écarta le drap.
Sous le sein gauche, la blessure béait comme une petite bouche sombre. Du sang en coulait lentement. Un coup de poignard, peut-être, dirigé en plein cœur. "Vit-il toujours?" Elle pressa les doigts contre cette bouche dont elle ressentait le baiser collant contre sa paume, guettant désespérément la moindre palpitation indiquant que le cœur battait toujours. Elle n'aurait su le dire. Oserait-elle poser l'oreille contre sa poitrine?
Un souvenir hideux fulgura devant son œil interne, l'homme long et mince de son rêve, et le flot rouge de sang qui s'échappait entre ses doigts. Elle retira vivement la main.

Paladin des âmes, de Lois Mcmaster Bujold

[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold

Bon, je ne vais pas vous le cacher, j'ai eu très difficile à l'entame de ce nouveau tome de Chalion. En fait, je m'attendais à retrouver les personnages du premier tome pour suivre la suite de leurs aventures. Mais les premiers chapitres donnent rapidement le ton… Plus de Cazaril, de Betriz, d'Iselle, de Palli et des autres! La seule qui revient en lice, c'est Ista, un personnage qui m'avait très peu marqué lors de ma lecture du premier tome… pour ne pas dire déplu.

Je me suis accrochée. Encore. Et encore. Puis Ista s'est mise à se rebeller contre l'autorité en place. Elle est sortie de son amorphe léthargie pour partir à l'aventure. Une aventure! Ah, enfin, elle se réveille!! Et là, j'ai commencer à accrocher avec le personnage comme avec le récit. Pour finir, je n'ai pas été déçue. Son personnage s'améliore au fil du récit, pour passer du noir à un blanc radical.

Certes, l'intrigue est parfois vraiment tirée par les cheveux. Très bien imaginée, très bien conçue, mais parfois vraiment hard à suivre. Le dénouement vaut la peine que l'on s'accroche, mais je vous le dit tout de suite, si vous cherchez une lecture pas trop casse-tête, passez votre chemin! Cela mis à part, je me dois de saluer bien bas l'imagination débordante de l'auteur. La théorie sur les démons se voit de plus en plus étoffée, ce qui fait bondir de joie mon coeur de lectrice.

Sinon, j'ai vraiment apprécié le fait que l'on découvre d'autres coins de Chalion. Le territoire est immense, et donne envie d'être découvert dans son intégralité.

[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Paladin des âmes, de Lois McMaster Bujold
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Acherontia.

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

S'il m'a fallu un petit temps d'adaptation à l'univers de Chalion, l'histoire m'a totalement submergée jusqu'à la fin! Je me suis laissée embarquer sur cette rivière tumultueuse, un flot incessant d'intrigues de cour, de complots, de trahisons, de possession démoniaque, de rites de mort, de ménageries exotiques, de révélations, de… oulà, j'en ai encore le coeur qui palpite!

Acherontia

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

A la veille du Jour de la Fille – la grande fête en honneur de la Dame Printemps, l’une des cinq grandes déités – un homme au corps et à l’esprit brisés avance lentement sur la route de Valenda. Ancien soldat et courtisan, Cazaril a survécu à l’indignité et à d’horribles tortures comme esclave à bord d’une galère ennemie. Aujourd’hui libre, tout ce qu’il cherche, c’est un travail subalterne dans les cuisines de la Douairière Provincara, dans la noble maison où il servit comme page durant sa jeunesse. Mais les dieux ont d’autres plans pour cet homme humble. Accueilli chaleureusement, vêtu et nourri, il est nommé, à sa grande surprise, secrétaire personnel et tuteur de la Royesse Iselle – la sœur, belle et obstinée, du garçon impétueux destiné à devenir le prochain seigneur du pays. Mais ce poste placera Cazaril à l’endroit qu’il craint plus encore que la mer : la cour royale de Cardegoss, où règnent l’intrigue et la trahison. A Cardegoss, les puissants ennemis qui avaient jeté Cazaril aux fers d’une rame roknari occupent à présent les positions les plus élevées du royaume, juste en dessous du Roya. Pourtant quelque chose de plus sinistre encore que leurs plans machiavéliques pend comme une épée au dessus de la famille royale : une malédiction sanguine qui touche non seulement ceux qui règnent mais également leur entourage. Le futur d’Iselle et de la Maison de Chalion semble compromis. La seule solution pour Cazaril est d’avoir recours à la plus noire des magies, mais pour cela, il devra sacrifier sa vie.

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

… Ou comment j'en suis venue à choisir ce roman-là, et pas un autre.

 

Ce roman est le cinquième lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour décembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Fin d'année oblige, les éditions Bragelonne proposaient, dans leur catalogue de décembre 2016, de très belles intégrales, dont celle-ci. Toutes me tentaient, mais j'ai finalement jeté mon dévolu sur Chalion parce que les critiques que j'en avais vu sur Livraddict étaient très positives, mais aussi parce que le résumé me plaisait et m'intriguait.

Je vais donc vous présenter séparément les trois romans figurant dans cette intégrale, puis j'écrirai une page récapitulative de saga, comme je le fais habituellement.

 

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

… où addictivité, fluidité et rythme se superposent.

 

Dire que j'ai eu du mal, au début, à m'y retrouver dans l'univers proposé par l'auteur est un euphémisme… Lois McMaster Bujold semble partir du principe qu'il n'est nul besoin d'explications, et que le lecteur est tout à fait capable de tirer ses conclusions tout seul. Certes. C'est bien de ne pas prendre le lecteur pour un imbécile, j'apprécie l'initiative. Mais le contraire est tout aussi déroutant. Tant de termes bizarres, tant de concepts inconnus, tant de lieux non répertoriés sur une carte… Eh oui, la sacro-sainte carte typique des romans fantasy manquait. Dommage, cela aurait été grandement utile… J'ai rebondi d'un néologisme à l'autre comme sur des écueils dépassant d'un fleuve déchaîné. Roya, royina, royesse, royse, march, castillar, ser,… En l'absence de tout glossaire, il m'a fallut le temps pour capter qu'il s'agissait de termes de noblesse. Pour vous (et c'est bien parce que c'est vous! ^^), je vais dresser ici un petit lexique qui trouvera, je crois, grâce à vos yeux de lecteurs novices…

Le roya et la royina sont donc le roi et la reine d'un pays, la royesse et le royse sont respectivement la princesse et le prince. Quant aux autres, ils représentent d'autres titres de moindre importance, tels que ducs, barons, comtes, etc. Je n'ai jamais vraiment compris dans quel ordre cela fonctionnait, mais peu m'importait, du moment que je savais distinguer la royauté des "simples" nobles.

Une fois passée cette "épreuve d'entrée", tout se fait beaucoup plus fluide. On se familiarise progressivement avec la religion du coin, bien différente de tout ce que nous connaissons. Et c'est chose importante, car ce système de croyance est au coeur des trois romans qui composent le cycle de Chalion.

Mais je vous rassure, l'écriture de l'auteur est très sympathique, et malgré les quelques difficultés initiales, on s'attache très vite au personnage principal, Cazaril, dont nous parlerons plus loin. Plus l'histoire va bon train, plus le récit se fait addictif. Il faut dire que le rythme et la fluidité de la plume y sont pour beaucoup. Cela se lit tout seul, comme on dit. Puis on se laisse totalement emporter par l'intrigue. Une fois les personnages arrivés à la cour de Cardegoss, les évènements s'enchaînent et ne se ressemblent pas. À ce moment-là, il est déjà trop tard pour vous, cher lecteur! La grande mécanique du cycle de Chalion s'est emparée de vous pour ne plus vous lâcher. Je vous conseille de préparer beaucoup de café (ou de thé si vous êtes comme moi), car vous ne verrez plus la différence entre le jour et la nuit, absorbé que vous serez par le rapide défilé des mots sous vos yeux.

La dizaine d'années écoulées depuis la dernière fois que Cazaril l'avait vu n'avait pas été tendre. Orico n'avait jamais été bel homme, même dans la vigueur de sa jeunesse. Il était d'une taille légèrement inférieure à la moyenne, avec un nez court et brisé lors d'un malheureux accident de cheval, du temps de son adolescence, et qui semblait maintenant planté au milieu de son visage comme un champignon écrasé. Il avait naguère les cheveux auburn et bouclés. Ils étaient maintenant d'un brun grisâtre, toujours bouclés mais nettement plus fins. Ses cheveux étaient d'ailleurs la seule chose en lui à s'être affinée ; son corps, dans l'ensemble, avait épaissi. Il avait le visage pâle et bouffi, avec des paupières gonflées. Il murmurait à l'intention de son chat tacheté qui frotta sa tête contre sa tunique, répandant d'autres poils, puis lécha vigoureusement le brocart avec une langue de la taille d'une éponge, visant une large tache de sauce qui s'étalait sur le ventre impressionnant du roya.

Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

… un antihéros intelligent d'esprit et de coeur, rien que ça!

 

Au coeur de ce récit oscillant entre aventures humaines et possession démoniaque, les personnages sont d'une importance capitale. Certains sont d'affreuses crapules sournoises prêtes à tout pour satisfaire à leur soif de pouvoir (on en connaît d'autres à l'heure actuelle, pas vrai?) ; d'autres sont comme des taches de soleil dans un sous-bois ombragé.

Je ne vous parlerai ici que des principaux, et les meilleurs d'entre eux, cela va de soi…

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

Cazaril… Ah! Cazaril! Que ne donnerais-je pour vivre d'autres aventures en sa compagnie!

Oui, enfin… Ne vous méprenez pas, n'est-ce pas… C'est juste que j'ai une affection toute particulière pour les personnages fragiles et maladroits qui finissent pas accomplir mille prouesses. Cruellement torturé et mis en esclavage pendant des années, il revient sur les terres qu'il a connues jadis, avec l'espoir de reprendre du service auprès de la provincara dy Valenda (une sorte de duchesse, ai-je supposé. Et bien sûr, c'est elle la patronne de la ville de Valenda. Vous voyez le topo…) Il revient au pays très affaibli, dépouillé de ses anciennes possessions et tourmenté par de douloureuses cicatrices.

Au-delà de ces désagréments physiques et matériels, Cazaril se présente comme un homme d'environ 35 ans, terriblement gauche, maladroit, peu à l'aise avec son corps, et affublé d'une terrible timidité envers les femmes qu'il trouve à son goût. À ce sens, on pourrait le qualifier d'antihéros. Sauf que notre ami Caz est un honnête homme, loyal, droit, et doté d'un esprit affûté. D'une rare intelligence, il connaît fort bien la politique du pays, tout comme sa géographie et les langues qui y sont parlées. Il maîtrise l'art de la guerre et s'y connaît en stratégie militaire. Et ce n'est pas tout… notre bonhomme saura se montrer courageux au-delà de toute espérance dans les moments les plus délicats.

Chassé de sa chambre par son atmosphère confinée lors d'une journée chaude et brumeuse succédant à des averses nocturnes d'une rare intensité, Cazaril s'aventura dans le jardin à la recherche d'un perchoir plus confortable. Le livre qu'il tenait sous son bras était l'un des rares qu'il n'ait pas déjà lus dans la maigre bibliothèque du château – non que "Les cinq chemins de l'âme : les véritables méthodes de la théologie quintarienne" d'Ordol le passionne plus que de raison. Peut-être ses pages, voletant librement sur ses genoux, donneraient-elles à sa sieste une apparence plus érudite pour les passants. Il contourna la tonnelle de roses et se figea en découvrant que la royina, accompagnée d'une de ses dames munie d'un métier à broder occupait le banc qu'il convoitait. Lorsque les deux femmes levèrent la tête, il esquiva quelques abeilles en délire et s'excusa d'une révérence pour cette intrusion involontaire.

Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

Courageux et valeureux, disais-je? Oui, je sais, ça ne se remarque guère dans ce dernier extrait… Mais c'est ce que j'ai aimé avec ce personnage. Il est d'apparence très simple, presque fruste. Il ne cherche ni l'argent, ni le pouvoir, et encore moins les ennuis. C'est donc avec une extrême humilité qu'il résout chaque conflit, donnant de sa personne avec passion et loyauté, sans jamais rien demander en retour, sinon du calme et de la sérénité.

Et, cerise sur le gâteau, il sait faire de l'humour quand l'occasion s'y prête, comme dans ce passage où il explique sa chute de cheval…

– Tout est la faute de mon noble destrier, Madame : attaqué, croyait-il, par un cerf hippophage. Il a fait un pas de côté, et pas moi.

Cazaril, dans "Le fléau de Chalion", de Lois McMaster Bujold

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

De nombreux autres personnages méritent que l'on s'y attarde. À commencer par Iselle, la jeune royesse dont Cazaril supervise l'enseignement. Son caractère bien trempé, son sourire, sa fougue et sa bonté sont autant de sources de ravissement pour le lecteur. Elle est toujours suivie d'une demoiselle de compagnie, dame Betriz, que j'affectionne particulièrement pour son intelligence, son caractère et son courage.

Un autre personnage que je suis venue à apprécier avec le temps, c'est Umegat, le valet qui s'occupe de la ménagerie d'Orico. Vous verrez qu'il vous réserve bien des surprises… Vous rencontrerez aussi le Ser dy Palliar, qui sauvera la situation à maintes reprises.

Il y a les personnages sur qui l'on se pose des questions, sans réellement savoir si on les apprécie ou pas, à l'instar de la royina douairière Ista, la royina Sara et le roya Orico.

Puis il y a les personnages que l'on aime détester… Martou et Dondo dy Jironal étant en tête de liste, bien entendu. Mais je vous laisse les découvrir en temps et en heure ^^

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

Je vous parlais plus haut de nouveaux concepts, notamment au niveau de la religion, qui est très différente de ce celles que nous connaissons. Pour faire bref, dans la religion quintarienne telle qu'employée en Chalion, il existe cinq dieux : le Père, la Mère, le Fils, la Fille, et le Bâtard. Chacun représente une saison, à l'exception du Bâtard, et chacun a une ou plusieurs couleurs qui lui sont propres.

Le temple de Cardegoss avait assez de ressources pour commander les plus beaux des animaux sacrés, sélectionnés pour leurs couleurs et leur sexe. L'acolyte de la Fille, vêtue de robes bleues, portait un superbe geai bleu femelle à crête, né au cours du printemps. La représentante de la Mère, vêtue de vert, tenait sur son bras un énorme oiseau vert, proche parent, songea Cazaril, de celui que gardait Umegat dans la ménagerie du roya. L'acolyte du Fils aux robes rouge orangé menait un splendide jeune renard dont la fourrure dorée semblait luire comme des flammes dans les ombres de la chambre voûtée remplie d'échos. L'acolyte du Père, en gris, fut précédé d'un loup gris, robuste et plein d'une immense dignité. Cazaril s'attendait à voir l'acolyte du Bâtard, vêtue de robes blanches, porter l'un des corbeaux sacrés de Fonsa, au lieu de quoi elle tenait dans ses bras un couple de rats blancs dodus au regard curieux.

Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

Bien sûr, cette conception de la déité s'accompagne de rites très différents des nôtres. Les rites funéraires, par exemple, dont il sera souvent question dans les trois romans du cycle. L'âme d'un défunt est, la plupart du temps, réclamée par un des cinq dieux. Pour savoir à quel dieu va le défunt, des animaux sacrés, chacun rattachés à un dieu, sont présentés devant le corps. Celui qui présente le comportement le moins indifférent montre que son dieu accepte l'âme du décédé. Parfois, aucun animal ne fait mine de s'intéresser au corps, ce qui signifie que l'âme n'est pas reprise par les dieux. Elle est donc condamnée à errer jusqu'à sa dissolution complète. 

Il existe aussi des démons. Certains prennent possession de corps morts qu'ils trouvent à leur disposition, et doivent être exorcisés à l'aide d'un rituel spécifique. D'autres se mettent à posséder des personnes bien vivantes. Il est alors très difficile de les déloger.

On peut aussi invoquer ces démons, et ce pour une raison bien spécifique : tuer quelqu'un à l'aide d'un sort de mort. Le seul problème, c'est que le lanceur de sort est tué au même titre que la personne cible. C'est sur cette dernière problématique que s'axe ce premier roman du cycle. Vous pourrez y découvrir un rituel raté, des bizarreries médicales, et un homme capable de mourir trois fois. Mais chhhhht! Je ne vous ai rien dit 😉

Il se battit avec le rat pour le tirer du sac; approcha le couteau de sa gorge et murmura :
– Retourne à ton seigneur avec ma prière.
D'un coup vif et rapide, il fit couler son sang ; le liquide sombre et tiède se déversa sur sa main. Il déposa la petite dépouille à ses genoux.
Il tendit le bras vers son corbeau ; l'oiseau bondit dessus et se pencha pour laper le sang de rat sur ses doigts. La langue noire ainsi surgie surprit Cazaril au point qu'il sursauta et faillit perdre à nouveau l'oiseau. Il coinça le corbeau sous son bras et l'embrassa sur la tête.
– Pardonne-moi. Je suis dans le besoin. Peut-être que le Bâtard te nourrira du pain des dieux, et que tu pourras te percher son Son épaule, quand tu Le rejoindras. Vole vers ton maître avec ma prière.
D'un coup sec, il brisa la nuque du corbeau. L'oiseau battit brièvement des ailes, puis s'immobilisa entre ses mains.

Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

Outre la religion, les démons, les saints, les miracles et toutes les curiosités liées aux dieux, l'on trouve bien entendu des intrigues politiques. Elles sont bien ficelées, elles sont haletantes, elles sont passionnantes, et elles nous emmènent de la cour de Cardegoss jusqu'aux confins de Chalion.

Franchement, j'ai adoré! Et cette façon qu'a Cazaril de déjouer les pièges les plus tordus, c'est juste… jouissif! Je ne trouve pas d'autres mots…

Sur cette note aussi peu concluante que satisfaisante, ils furent contraints d'en rester là, mais Cazaril fut heureux de savoir qu'Iselle et Betriz devenaient plus attentives aux dangers subtils de la vie de cour. Toute cette gaieté éblouissait et séduisait, festin pour les yeux qui pouvait laisser la raison aussi vacillante et ivre que le corps. Pour quelques dames et courtisans, supposait Cazaril, c'était bel et bien le jeu innocent et joyeux – encore que coûteux – dont il avait les apparences. Pour d'autres, c'était un ballet d'ostentations, de messages cryptés, de bottes et de parades aussi sérieuses que des duels, à défaut de causer une mort aussi instantanée. Pour rester debout, il fallait distinguer les joueurs de ceux dont on se jouait. Dondo dy Jironal était lui-même un joueur important, et cependant… Si tous ses mouvements n'étaient pas dictés par son frère aîné, on pouvait affirmer sans trop de risques qu'ils étaient permis par lui.
Non. Pas sans trop de risques. Simplement sans se tromper.

Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

S'il m'a fallu un petit temps d'adaptation à l'univers de Chalion, l'histoire m'a totalement submergée jusqu'à la fin! Je me suis laissée embarquer sur cette rivière tumultueuse, un flot incessant d'intrigues de cour, de complots, de trahisons, de possession démoniaque, de rites de mort, de ménageries exotiques, de révélations, de… oulà, j'en ai encore le coeur qui palpite!

Je me suis profondément entichée de cet univers riche et complexe, de ces personnages tellement humains, tellement humbles, avec leurs qualités et leurs défauts… J'ai adoré le personnage de Cazaril, à tel point que j'ai eu du mal à continuer la trilogie quand j'ai vu qu'il n'était question de lui nulle part dans les tomes suivants. Pour une fois qu'on ne nous présente pas un héros masculin sous la forme d'un géant plein de muscles et dotés de super pouvoirs aussi mirobolants que risibles…

Quant au style d'écriture, il est fluide, rythmé, captivant. L'auteur possède une imagination débordante, foisonnante de super idées, aussi ne puis-je que vous donner ce conseil : jetez-vous dessus!

Enfin, pas trop fort quand même… Je ne voudrais pas être responsable d'accidents en chaîne!

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
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Acherontia.

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

L'imaginaire n'est pas qu'un moyen de se divertir, il sert de vecteur à des messages plus profonds, qui passent souvent mieux en étant entouré d'une belle gangue de merveilleux. J'aimerais tellement que le grand public parvienne à voir les littératures de l'imaginaire de cette façon, au lieu de les considérer comme de "mauvais genres", de la "sous-littérature". À force de voir paraître de petites perles comme ces Illusions de Sav-Loar, j'ai envie de croire en un avenir plus serein pour l'imaginaire qui me tient tant à cœur…

Acherontia

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

Plusieurs versions de la naissance de Sav-Loar circulent dans le royaume. Toutes racontent comme de jeunes magiciennes poursuivies par les capes d’or se réfugièrent dans la forêt des Songes et y érigèrent une ville secrète. Sans être entièrement fausses, ces légendes sont approximatives, car les fondatrices de cette ville n’avaient rien des adolescentes terrifiées et à peine pubères qu’elles décrivent. Elles étaient des femmes dans la fleur de leur féminité, à l’apogée de leur art, au zénith de leur colère. Elles étaient d’anciens membres du Clos traquées par leurs pairs, ayant assisté au massacre de deux centres d’entre elles par la peur de la différence et la soif de domination. Sav-Loar, le lever de lune, devint le pendant clandestin d’Astria l’éclatante. Ainsi débuta la nuit des magiciens.

 

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

… Ou comment j'en suis venue à choisir ce roman-là, et pas un autre.

 

Ce roman est le second lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour décembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Après la merveilleuse découverte de L'héritage des rois-passeurs, il m'a semblé logique de poursuivre mon agréable incursion en Ombre. D'autant plus que L'héritage des rois-passeurs introduit des personnages (Bleue en l'occurernce) que l'on a envie d'apprendre à connaître, ainsi que la mystérieuse ville de Sav-Loar, repère invisible des magiciennes. Avec ce nouveau roman de Manon Fargetton, j'ai enfin pu assouvir ma curiosité littéraire!

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

… où les rencontres foisonnent et les amitiés se tissent.

En tout début de roman, je ne vais pas vous le cacher, j'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire. Il y avait sans doute le fait que je venais d'enchaîner une série de lectures, et que je n'avais pas totalement décroché de la dernière en date (le dernier tome de Troie de David Gemmell, la chronique est accessible en cliquant sur le lien ^^). Cela tenait aussi dans le fait que certains des personnages ne m'ont pas d'emblée paru sympathiques. Mais qui rencontrons-nous au tout début de l'aventure…

Il y a Fèl, d'abord. Réduite en esclavage par la force des choses, elle est mise en vente sur le marché des esclaves, en compagnie d'autres femmes et hommes partageant son sort. Elle m'est apparue comme une jeune femme de grande beauté, intelligente, intrépide et au caractère bien affirmé. Seule ombre au tableau, je la trouvais arrogante et assez égoïste, ne pensant qu'à sa propre fuite sans se soucier du sort des autres esclaves.

Il y a Bleue, jeune adolescente perdue, résignée à son sort. Sa fragilité à fleur de peau fait d'elle un des personnages pour lesquelles on ressent le plus d'empathie. On a presque envie de pouvoir se matérialiser dans l'univers du roman, pour la protéger, la défendre, l'éloigner de toute cette perversion.

Il y a Tiriss, cette sauvageonne dont on ne sait pas grand-chose. Cachée sous sa propre crasse et murée dans le silence, elle ressemble à peine à une humaine. Si elle attise au début quelque pitié chez le lecteur, elle devient par la suite irritante à mes yeux. Elle aussi finit par se montrer égoïste, préférant son propre salut à la sécurité du groupe au sein duquel elle se verra forcée d'évoluer. Sa trahison m'a écoeurée, encore que je puisse en comprendre les raisons.

Et puis viennent Oreb et Guilhem qui, eux, ne sont pas désagréables de prime abord. Ils sont mystérieux, surtout en ce qui concerne Oreb, et on a envie d'en apprendre plus sur eux. Il est vrai que Guilhem parle beaucoup, et souvent à des moments assez mal choisis, mais il a un côté débonnaire qui n'est pas déplaisant.

Tous ces personnages sont donc achetés sur le marché aux esclaves par des soldats du Sker, un riche et énigmatique personnage dont le palais se situe au coeur du désert. Ils sont accompagnés d'un médecin, Amesan. S'il travaille pour le Sker, on sent dans son personnage une réelle empathie pour les esclaves, sentiment qu'il essaie de dissimuler à ses coéquipiers. Il est aussi doux que possibles avec leurs nouvelles recrues, et il se montre respectueux, autant que faire se peut. C'est le personnage qui m'a le plus attirée au début du roman, et c'est à lui que je me suis accrochée tandis que le voyage dans le désert se poursuivait.

Ce n'est pas que les autres personnages ne sont pas intéressants, que du contraire. Mais je les ai trouvé perturbants, au début, car on sait peu de choses d'eux, et leur comportement n'aide pas à les rendre sympathiques. Ceci dit, on sent assez rapidement que ce comportement n'est pas dû à leur caractère propre, mais bien à leur vécu difficile. Constamment sur la défensive, ils ont érigé autour d'eux des barrières telles que tout ce qu'ils peuvent montrer d'eux-mêmes, ce sont les fêlures de leurs âmes. On perçoit qu'ils sont amenés à évoluer, ensemble ou séparés, vers le bien ou vers le moins bien, et c'est ce qui les rend intéressants. Pour qu'ils nous soient réellement sympathiques, il faut attendre d'en savoir plus sur leur passé et ce qui les a brisé. Et cela viendra, en son temps…

Dans le palais du Sker, tous ces personnages découvriront de nouvelles formes de tourments. Fèl et Bleue, surtout, car elles ont été vendues comme esclaves sexuelles et subissent chaque nuit les sévissent infligés par le Sker, un homme au fort penchant pervers, porté sur le sadisme.

La gamine était assise sur sa couche, immobile, ses yeux grands ouverts qui ne regardaient rien.
Lorsque les gardes l'avaient raccompagnée au harem, Fèl avait obligé Bleue à se laver, descendant avec elle dans le bassin pour ôter l'odeur de sexe qui empoissait les longs cheveux bruns qu'elle avait ensuite tressés, puis elle lui avait passé une robe sombre et des sandales confortables. La petite s'était laissé faire sans poser une seule question. Fèl non plus n'avait pas parlé. Le mince corps de Bleue était parsemé de blessures et de marques violacées. C'était le lot des filles mal nées que de perdre leur virginité sans douceur – Fèl était un exemple parmi tant d'autres de cette réalité -, néanmoins, la gamine avait connu ces derniers jours un degré de violence si terrible qu'il avait modifié son regard jusqu'à le rendre insoutenable. Ses yeux d'onyx semblaient accuser le monde entier ; ils étaient au-delà de la colère, au-delà de la parole ; ils étaient gouffres sans fond, miroirs aux reflets pénétrants qui soufflaient dans l'esprit de ceux qui les croisaient un implacable "regarde, et vois".

Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

… ou la fuite désespérée vers Sav-Loar.

Alors que les dégoûtants penchants du Sker se font de plus en plus présents, oppressants, un évènement fait tout basculer. Dans l'aile des concubines, une magicienne est née, et elle est si puissante que son aura alerte tous ceux qui sont sensibles à la magie. Les magiciennes de Sav-Loar, qui désirent sa protection, mais aussi les magiciens du Clos, qui cherchent à éradiquer les magiciennes et qui, pour se faire, tuent sans exception toutes celles chez qui les pouvoirs se révèlent.

Les magiciens sont en route pour le palais du Sker, et sont dirigés par Til'Enarion, le plus puissant traqueur du Clos. Le temps de cette nouvelle magicienne est à présent compté. Elle devra fuir le palais pour se réfugier à Sav-Loar, aidée de Fèl, Oreb, Guilhem, Tiriss, Amesan, et Minuit, un magicien renégat qui oblige ce groupe hétéroclite à l'aider dans sa fuite. Ils sont rapidement rejoints par Manala, une magicienne de Sav-Loar, qui maîtrise l'art des illusions à la perfection.

C'est ainsi que débute ce fabuleux roman. J'espère que je vous ai mis l'eau à la bouche! Peut-être avez-vous l'impression que je vous en dit trop, mais je ne pense pas. La suite du roman est riche en péripéties, en rebondissements, en évolutions, en palpitations, et ne pourra que vous captiver comme ce fut le cas pour moi. Oui, je me suis rapidement piquée au jeu, prise au piège de l'intrigue haletante et pleine de surprises.

L'aube les saisit en pleine fuite.
Bleue jeta un coup d’œil en arrière. Au moins sept magiciens étaient à leurs trousses. Manala avait rétabli l'illusion d'invisibilité pour que leurs poursuivants ne puisse se saisir de leurs ombres ni les attaquer à distance, mais elle leur avait avoué qu'elle n'avait pas le temps d'être précise, et qu'ils apercevaient certainement des fluctuations de lumière dévoilant leur présence. Sans compter qu'ils traquaient avec une précision redoutable le pouvoir qui émanait de Bleue.
L'adolescente raffermit sa prise sur la main glissante de Fèl, les yeux fixés au sol qui se précipitait à sa rencontre. Ce versant de la montagne était presque plus dangereux que l'autre tant les pierres sournoises semblaient attendre leurs pas pour que, emportés par l'élan, ils ne puissent éviter la chute. Bleue avait espéré cette descente plus rapide que la montée qui l'avait précédée. C'était à peine le cas – du moins, s'ils voulaient parvenir en bas vivants.

Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

… où les personnages suivent leur petit bonhomme de chemin.

Si, au début, certains personnages me semblaient mystérieux, agaçants, égoïste, arrogants, j'ai rapidement appris à les apprécier. Au fil du récit, on en apprend plus sur leur passé, leur vécu, et on commence à comprendre pourquoi ils réagissent parfois d'une façon peu plaisante. Mieux encore, on sent que leur proximité forcée, doublée de la quête qui est la leur, tend à travailler sur leur caractère. Progressivement, ils s'apprivoisent l'un l'autre, se remettent en question, s'introvertissent plus et commencent à réparer leurs fêlures intérieures.

Même Tiriss, que je n'appréciais pas du tout au début, remonte ses manches et se révèle au fil de ses péripéties. C'est une véritable métamorphose, un passage du gris foncé vers le gris clair.

Leur progression sera fulgurante et des plus intéressantes à observer. J'aime énormément les personnages de roman qui évoluent au fil du récit, c'est ce qui confère à l'histoire une réelle profondeur, un côté humain touchant. Avec Les illusions de Sav-Loar, Manon Fargetton y est très bien parvenue. C'est, selon moi, un des grands points forts du roman.

D'ordinaire, Tiriss restait sur la réserve, et encore plus avec les étrangers. Mais en voyant la vieille femme s'entraîner devant sa maison, elle avait marché droit vers elle et s'était arrêtée à moins de deux mètres. Depuis, elle scrutait chacun de ses mouvements, bien plus rapides que ceux qu'ils avaient observés en montant vers le temple. La vieille Niam toléra la présence de Tiriss durant plusieurs minutes, puis elle lui jeta un coup d’œil courroucé et, d'un geste de la main, l'invita à prendre place en face d'elle et à l'imiter. Tiriss, pourtant petite et légère, semblait lourdaude comparée à la fluidité de Niam.
Fèl hésita. Elle n'avait pas assez confiance en ses fragiles capacités de combattante pour céder à son envie de se joindre à elles, surtout après que la vieille femme eut corrigé Tiriss d'une volée de coups secs sur les bras et les épaules.
Guilhem déboula du chemin, les cheveux encore humides.
– Je rêve, ou Tiriss se fait frapper et ne répond pas?

Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

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… où les spécificités des femmes jouent un rôle prépondérant.

Outre le côté humain, prépondérant dans le roman, on retrouve également la grande inventivité et l'imagination sans limites de Manon Fargetton. Bien sûr, on retrouve le monde d'Ombre, même si le Royaume d'Ombre en lui-même se fait un peu attendre. On découvre d'abord le désert des Regrets, puis la ville de Sav-Loar, l'Île-qui-rêve ainsi que la mer. J'ai d'ailleurs beaucoup apprécié de voir de nouveaux paysages de cet univers, de découvrir de nouvelles contrées, de nouvelles coutumes. C'était très chouette, et vraiment bien imaginé.

Mais le but de ce roman, avant toute chose, est de faire découvrir Sav-Loar et les magiciennes qui y ont trouvé refuge, apprendre leur histoire, les spécificités de leur magie et le pourquoi de la traque infernale que leur livrent les magiciens du Clos.

L'opposition entre magiciens et magiciennes repose sur des erreurs de compréhension mutuelle, les magiciens véhiculant une mauvaise version de l'histoire du Clos. Elle repose également, et c'est sans aucun doute cela le plus important, sur les disparités entre les hommes et les femmes, les hommes tentant de démontrer la supériorité qu'ils se confèrent, et les femmes tentant de s'imposer en tant que leurs égales.

– En ces jours exaltants, tout était à créer : la capitale elle-même, l'organisation de la nouvelle communauté magique, les formations dispensées aux étudiants de l'académie… l'enthousiasme était à la mesure des possibles qui s'ouvraient pour les magiciens. Mais le ver était dans le fruit. Certaines femmes trouvaient qu'on ne leur laissait pas assez voix au chapitre – qu'espéraient-elles?
– Une place égale à celle des hommes.
– Absurdité. Nous ne sommes pas égaux, ni dans nos corps ni face à la magie, comme elles se sont ensuite employées à le démontrer.

Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

J'ai adoré cette facette du roman, ouvertement féministe sans nécessairement chercher à diaboliser l'entièreté des hommes, mais visant à démontrer l'étendue des qualités féminines, qui sont trop souvent ignorées.

Les illusions de Sav-Loar fait la part belle aux femmes, leur conférant un pouvoir magique supplémentaire par rapport aux hommes : celui de créer des illusions magiques, en usant d'une spécificité toute féminine, celle de la maternité. Cela pose également la question du droit des femmes à disposer de leur corps comme il leur plaît. Question particulièrement pertinente à une époque où les droits des femmes viennent de faire un bond si énorme en arrière… Personne n'a oublié, je crois, que le nouveau président des États-Unis vient de voter une loi visant à mettre à mal le droit à l'avortement. Ce que j'ai aimé, dans ce roman, c'est que chacune est libre de prendre la décision qui lui convient le mieux. Il n'est dit nul part qu'une solution est mieux qu'une autre, chaque femme dispose de son libre arbitre et agit en fonction de ce qu'elle croit être bon pour elle, en toute connaissance de cause. Et ça, j'aime.

Bleue déglutit. Cette chaleur, c'était l'essence même de son pouvoir. Le ventre était en quelque sorte la marmite bouillonnante de magie. Les mains, elles, étaient l'outil permettant de modeler cette puissance brute. Et en trois jours, elle avait péniblement réussi à faire remonter la chaleur de ses mains jusqu'à son coude. Jamais elle n'arriverait à atteindre son ventre…
Repoussant ses craintes, elle suivit les indications de Tyna.
Au bout de deux heures, ses mains la brûlaient plus encore qu'au départ.
– Je n'y arriverai jamais! explosa-t-elle. Je me crispe!

Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

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… Quand l'héroïne principale est plus qu'attachante.

Oui, je sais, le jeu de mot de l'entête est facile ^^ Que voulez-vous, on ne se refait pas…

Mais oui, je suis bel et bien bleue de Bleue! Je me suis un peu retrouvée dans son personnage, au début du roman, lorsqu'elle accuse les coups sans rien dire, laissant son regard parler pour elle. Et j'ai admiré son évolution, sa volonté de transcender les blessures qui sont siennes pour en faire une force. J'ai aimé son mystère, sa réserve, son courage, sa ténacité.

Sans nul doute, c'est mon personnage préféré de ce roman! Question triviale, mais ce que j'aimerais pouvoir changer ma couleur de cheveux comme elle l'a fait! Plus de décoloration, plus de produits agressifs qui font fondre le cheveu comme beurre au soleil de Provence! Hmmm, il va falloir que je me mette à la magie, moi…

Après l'attaque qui avait tué sa famille adoptive, elle avait été vendue comme esclave et avait porté la robe bleu sombre de sa condition. Ses maîtres s'étaient amusés de son prénom, le trouvant aussi prémonitoire que pratique au quotidien. Elle n'était plus une personne. Juste une fonction. Bleue l'esclave.
Le couple de maîtres qu'elle avait eu avant d'être achetée par le Sker avait trouvé un sens nouveau à son prénom. Quand l'envie leur en prenait, ils la battaient jusqu'à ce que son corps se change en une vaste ecchymose bleu violacé. Le Sker, sans le savoir, avait repris à son compte cette signification, l'additionnant de blessures plus profondes encore au creux de son esprit.
Bleu des fleurs sauvages, bleu des esclaves, bleus au corps et à l'âme, trois facettes de sa jeune vie ancrées trop profondément en elle pour qu'elle les renie.

Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

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Les illusions de Sav-Loar est un merveilleux roman, qui démontre une fois de plus tout le talent de Manon Fargetton. On y retrouve sa patte, son écriture fluide et rythmée si caractéristique, mais aussi beaucoup de sensibilité, de profondeur, de féminité.

C'est un roman riche à tout point de vue. Les relations entre les personnages, ainsi que leur personnalité, sont profondes et complexes. On sent qu'il y a, derrière le tableau qu'en fait l'auteure, une grande recherche et une excellente observation de la psychologie humaine. L'univers est, lui aussi, complexe et riche, à l'image de ses habitants et de ses héros. On y retrouve bien sûr les magiciens aperçus dans L'héritage des rois-passeurs, et on y découvre les magiciennes, avec leur magie bien à elles, et leur cité-refuge, Sav-Loar.

Au-delà du côté imaginaire, le récit soulève diverses questions qui s'inscrivent bien dans notre réalité. La place de la femme dans la société et sa constante lutte contre la suprématie masculine, le droit de la femme à disposer de son corps comme elle l'entend, la quête initiatique, la remise en question de ce que l'on prend pour acquis, l'amour et l'amitié qui se construisent peu à peu…

C'est ce que j'aime avec ce genre de fantasy. L'imaginaire n'est pas qu'un moyen de se divertir, il sert de vecteur à des messages plus profonds, qui passent souvent mieux en étant entouré d'une belle gangue de merveilleux. J'aimerais tellement que le grand public parvienne à voir les littératures de l'imaginaire de cette façon, au lieu de les considérer comme de "mauvais genres", de la "sous-littérature". À force de voir paraître de petites perles comme ces Illusions de Sav-Loar, j'ai envie de croire en un avenir plus serein pour l'imaginaire qui me tient tant à coeur…

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
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