[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Je sais que ma chronique peut sembler très mitigée, et de fait, elle l’est. Et pourtant j’ai trouvé dans ce roman un côté très addictif qui m’a plu, et qui me donne envie d’aller plus loin.

Acherontia

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

DEPUIS DES MILLÉNAIRES, LES MIRÉCÈS ADORENT LES DIEUX ROUGES ASSOIFFÉS DE SANG. Bannis des terres fertiles du Rilpor, ils vivent à la dure dans les montagnes glacées. Mais leur nouveau roi planifie l’invasion de leur pays d’origine… alors que le prince de Rilpor, qui conspire contre son père dont il convoite le trône, se tourne à son tour vers les sinistres rituels des Dieux Rouges. Dom Templeson fait partie des Sentinelles qui veillent sur la frontière. C’est aussi le devin le plus puissant que l’on ait vu depuis des générations. Et il cache de sombres secrets qui risquent d’être révélés le jour où Rillirin, une esclave mirécès en fuite, fait irruption dans son village, blessée et à bout de forces. Grâce à leurs dons comme à leurs liens avec l’ennemi, Dom et Rillirin pourront-ils sauver le Rilpor de la guerre qui s’annonce ?

 

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

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Acherontia’s chronicles – Godblind 1

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Je tiens d’abord à remercier les éditions Bragelonne pour ce service presse. C’est une lecture que j’avais demandé sur la plateforme Netgalley.fr, et cela m’a fait très plaisir d’être sélectionnée pour le lire et le chroniquer!

Pourquoi ai-je demandé cette lecture en particulier? Parce que le résumé m’a plu, tout simplement. Je vois que l’auteur nous parle de dieux assoiffés de sang, de guerre, de sinistres rituels… forcément, j’accroche! Et puis bon, il faut avouer aussi que la couverture n’y est pas étrangère. Je sais que l’habit ne fait pas le moine, mais vous savez, je peux parfois être bien faible face à un visuel attractif…

Du sang gicla sur les doigts de Rillirin, sur son bras, son visage, sur sa gorge et sa poitrine, en vagues chaudes qui allèrent lécher le sol, puis les genoux de Liris se dérobèrent et il tomba. Elle tomba avec lui en continuant de lui assener coup sur coup bien que cela fût inutile, et bien après que Liris eût lâché un dernier souffle bouillonnant de sang ; jusqu’à ce que le visage du roi, son cou et son torse, ne fussent plus qu’une masse sanguinolente de chairs déchirées.
Rouge de sang, rouge comme la vengeance, Rillirin cracha sur le cadavre et attendit la nuit.

Godblind T1, d’Anna Stephens

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Je dois avouer qu’en matière de dark fantasy, je me serais attendue à mieux. Déjà à l’ouverture de mon ebook, je suis déçue : aucune carte ne vient introduire ma lecture. C’est pourtant un minimum pour un roman de fantasy, me semble-t-il. Je ne peux calculer le nombre de fois où je me suis fait une joie de détailler ces cartes, m’en imprégnant au maximum afin de pouvoir suivre presque visuellement les pérégrinations des personnages. Là, pour le coup, ça sent le sapin…

Au fil de ma lecture, je constate que l’univers dépeint par Anna Stephens est assez réduit. Heureusement, d’un côté, car nous n’avions pas de carte. Malheureusement d’un autre côté, car j’aurais vraiment avoir un univers plus large et plus construit. L’auteur se concentre sur une petite région qu’est le Rilpor et ses alentours. On se doute que cette région doit faire partie d’un univers beaucoup plus large, mais cet univers n’est à aucun moment évoqué. Pas même une mention ou un clin d’œil à d’autres contrées, d’autres peuples, d’autres cieux. C’est assez perturbant, car cela confère un sentiment d’étroitesse, d’emprisonnement. Ce sentiment est encore plus renforcé par le fait que l’histoire même ne détaille que peu l’histoire du Rilpor. Même le bannissement des dieux du sang, événement pourtant majeur et au centre du récit, n’est pas suffisamment développé. Et c’est bien dommage!

Moi qui m’attendais à quelque chose d’innovant, j’en ai été pour mes frais, car nous sommes clairement sur de la fantasy tout ce qu’il y a de plus classique. Un univers médiéval, des dieux, des hommes qui font la guerre pour leurs beaux yeux, des machinations et des intrigues politiques, des trahisons… Rien de nouveau sous le soleil, donc. C’est de la bonne fantasy, mais cela ne renouvelle absolument pas le genre.

L’intrigue était au final assez linéaire. N’eut été la belle surprise réservée vers la fin du premier tiers du roman, qui m’a arraché un « Noooooon, c’est pas vrai!! » bien malgré moi, force est de constater que l’histoire est très convenue, voire cliché par moment.

Elle tomba dans une eau si froide qu’elle eut l’impression d’être lardée de coups de couteau. Jusque-là, elle avait cru avoir froid, mais ce froid-là brûlait. Le monde se recroquevilla, et elle toucha le fond. Elle s’efforça de lutter contre ses jupes qui la tiraient vers le bas. Sa tête jaillit de l’eau. Elle prit une grande goulée d’air à grand renfort de gargouillis. Ses poumons se mirent à la brûler à l’instar de sa peau. Ouvrant les yeux à temps pour voir le rocher sur lequel le courant la propulsait, elle se recroquevilla et fit l’effort d’enfoncer sa tête sous l’eau glaciale. Elle rebondit sur l’obstacle, puis le courant l’emporta derechef ; chaque respiration était un combat pour ne pas suffoquer à cause du froid et de l’insidieuse léthargie qui envahissait ses membres.
Elle entendait l’écho d’hommes et de chiens se perdre derrière elle, loin au-dessus du cours d’eau. Si elle survivait au froid, au poids de ses vêtements qui la tirait vers le fond, aux rochers, aux rapides et aux chutes, elle se ferait un plaisir d’adresser quotidiennement ses prières au premier dieu qui voudrait d’elle.

Godblind T1, d’Anna Stephens

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Ce manichéisme, on le retrouve déjà dans le panthéon des dieux même. D’un côté, il y a les méchants dieux du sang, qui ont besoin de sacrifices humain pour percer le voile de leur geôle et revenir dans le monde « réel », et d’un autre côté, il y a les dieux de la lumière, qui s’opposent à leur retour.

De cela découle beaucoup de contraste parmi les peuples qui vénèrent ces dieux. Forcément, les Mirécès, qui vénèrent les dieux du sang, cherchent à aider ceux-ci à percer le voile. Ils s’opposent donc aux Rilporiens, qui vénèrent les dieux de la lumière, la Danseuse et le Dieu Renard. On a donc une seconde couche de manichéisme, avec les méchants Mirécès contre les gentils Rilporiens.

Personnellement, j’aurais apprécié plus de nuances, des personnages plus contrastés, qui hésiteraient entre l’une ou l’autre croyance, qui se verraient attirés par le « côté obscure de la force ». Et a contrario, des personnages au départ mauvais, qui changeraient progressivement d’avis, que ce soit de leur propre chef ou par la force des choses. Certes, il y a Dom, le calestar, dont la Dame d’Ombre se sert comme d’une marionnette. Mais il reste finalement un des seuls personnages réellement intéressant, par rapport à cet aspect-là.

Moi, ça me rappelle un sketch des Inconnus, où une jolie japonaise demande à Bioumane « Mais pourquoi ce méchant me veut-il du mal? », et Bioumane de répondre « Parce que t’es une gentille! ». Vous voyez le topo? Bon après, heureusement, les Rilporiens ne dégomment pas les Mirécès à coup de rayon laser de Dorothée, et les Mirécès ne font pas des taches sur les vêtements que même Skip Machine ne pourra pas enlever…

La neige collait les cheveux de l’Élue à son crâne et donnait à leur blond vif une couleur sable plus terne. Il ne peut s’empêcher de sourire en voyant son inconfort, même si elle le cachait bien. En tant que chef de guerre du Roc du Corbeau, il avait couru et combattu par tous les temps que les montagnes lui avaient infligés. Il était fait pour ça. Le sacrifice et la communion demandaient sans doute leur lot d’efforts mais, pour une fois, Lanta était dans son monde à lui, et il avait bien l’intention qu’elle s’en aperçût.
De la lumière. Corvus s’arrêta en dérapage contrôlé et leva un bras pour empêcher Lanta de le dépasser. Ses guerriers s’écartèrent pour former une ligne d’escarmouche et se baissèrent. Corvus scruta les arbres devant eux. Plusieurs feux de camp et une odeur de cuisine.
– Par les couilles de Gosfath, grogna-t-il, nous avons trouvé leur village de merde.

Godblind T1, d’Anna Stephens

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Des personnages, justement, parlons-en. Ils sont, à mon sens, le point fort de ce roman. Parmi ceux qui m’ont le plus touchée, il y a Dom, cité plus haut, Rillirin, Crys, Tara, Gilda,

L’auteur fait la part belle aux femmes, qui savent se battre et se défendre, qui sont fortes, intelligentes, courageuses, mais non pas infaillibles, car elles conservent leur sensibilité féminine, et parfois leur fragilité. Certains personnages masculins aussi peuvent se montrer sensibles et fragiles, à l’instar de Dom, dévasté par son don de divination et à la merci des dieux, ou Rastoth, traumatisé par le décès de son épouse.

J’ai presque envie de dire que, heureusement, le manichéisme ambiant ne s’est pas propagé aux personnages. Car ceux-ci, même s’ils appartiennent chacun à un camp précis, sont complexes et contrastés. Encore que… Du côté Mirécès, les personnages sont quand même à peu près tous manipulateurs, assoiffés de pouvoir et très portés sur la destruction. En cela, on ne peut pas vraiment les qualifier de profonds et complexes, puisqu’ils ont tous les mêmes motivations, déchiffrables comme un panneau d’autoroute. On pourrait toutefois trouver un certain intérêt à Lanta, mais fondamentalement, les « méchants » sont à peu près tous faits dans le même moule. Ceci étant, ils ont tous l’avantage que le lecteur aime à les détester.

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Un autre point fort du roman, ce sont les scènes de pure violence : torture, combats, assassinats, cruauté gratuite… Les amateurs de gore s’y retrouveront assez bien. En cela, la couverture et le résumé ont tenu leurs promesses! Pas de publicité mensongère, le lecteur en prend plein la vue, en particulier dans une superbe scène de sacrifice rituel qui confine plus à la torture qu’à la simple exécution. Si j’étais moi-même une déesse du sang, je dois dire que je serais conquise.

Les scènes de combat sont elles aussi très abouties, il faut le reconnaître. D’ailleurs, peut-être le fait que l’auteur soit ceinture noire de karaté y est-il pour quelque chose. Et elles sont aussi très violentes. Je me suis même surprise à faire un parallèle avec Jean-Philippe Jaworski et son Janua vera. Certes, un Jaworski pas très en forme pour ce qui est des tournures littéraires, et même un peu fâché avec son dictionnaire des beaux termes du français. Mais dans le fond, la violence et le caractère cru des combats dans Godblind pourraient bien être de la même trempe.

Le troisième clou fut pour sa cheville gauche. Galtas fut éberlué par le génie de la chose, le talent avec lequel Lanta oeuvrait ; gauche, droite, gauche, droite, au fil des jambes. Il scandait la prière avec les autres et sentait la présence des dieux s’intensifier. « C’est ça le pouvoir. C’est ça la gloire. Les dieux reviendront et grande sera leur satisfaction. »
La sueur assombrissait les cheveux blonds de Lanta et le col de sa robe à mesure qu’elle clouait les jambes de [spoiler] au poteau. La tâche paraissait difficile ; trouver le bon endroit entre les os afin que le clou s’enfonçât proprement, tout en dessinant une ligne nette, régulière, avec les têtes gris terne des clous, qui descendaient le long des jambes du supplicié comme autant de tiques plates de métal se désaltérant du sang qui coulait.

Godblind T1, d’Anna Stephens

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

J’ai pu lire de nombreux avis mitigés sur la toile. Certains rejoignaient mon propre avis, et ceux-là disaient ne pas avoir envie de lire les tomes suivants. Personnellement, je sais que je lirai la suite, et avec plaisir qui plus est. Je sais que ma chronique peut sembler très mitigée, et de fait, elle l’est. Et pourtant j’ai trouvé dans ce roman un côté très addictif qui m’a plu, et qui me donne envie d’aller plus loin. Qui sait, peut-être que dans le tome suivant, il y aura moins de linéarité? Peut-être que certains « méchants » vont virer leur cuti, ce qui les rendraient bien plus intéressants. Peut-être des « gentils » vont-ils céder à l’appel de l’obscurité et du pouvoir?

Quoi qu’il en soit, et malgré les lacunes de ce premier tome, je rempilerai à coup sûr pour le prochain numéro.

À suivre, donc…

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

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[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
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Xapur (Les lectures de Xapur)

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Lu dans le cadre des challenges…

Littérature de l’imaginaire 2017

Défi lecture 2017

n°1 – Un livre de ma maison d’édition favorite

Si j’étais un livre #3

Je serais le premier tome d’une saga

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Le monde de l'art, c'est un peu comme celui des rêves. Lorsque nous y entrons, nous allons d'inspirations nébuleuses en fantasmes malsains, de beauté ultime en violence extrême…

Acherontia, in : "Chronique de sublimation"

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Bordeaux, place de la Bourse, une œuvre d’art intrigue les passants. Le meurtre atroce qu’elle dissimule annonce une psychose sans précédent. Dans son atelier parisien, Damian Leisenberg subit les assauts de visions persistantes, des scènes macabres laissant présager le pire. Le controversé Capitaine Bonhoure se lance sur la piste d’un tueur en série pour le moins créatif, mais face à la complexité de l’enquête, ses dons de criminologue ne seront rien sans les avis éclairés du Lieutenant Torrès. Du port de la lune à Paris, le duo d’enquêteurs, impuissant, assiste au décompte des victimes. Dans la lignée de Seven, un thriller psychologique qui changera à jamais votre regard sur l’Art.

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
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Acherontia's chronicles – Sublimation

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

…Ce roman n'est pas à mettre entre toutes les mains!

Certaines scènes violentes, voire gores, pourraient mettre mal à l'aise certains lecteurs plus sensibles.

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Il n'y a pas si longtemps, je n'avais encore jamais entendu parler de Bastien Pantalé, ni de ses romans autoédités. Le hasard faisant souvent bien les choses, l'auteur, qui est probablement tombé par hasard sur mon blog, m'a proposé de chroniquer un de ses romans, au choix. Il y avait un roman plutôt SF qui me tentait bien aussi, mais j'ai finalement jeté mon dévolu sur ce roman, Sublimation. J'étais en effet intriguée par le résumé et curieuse de voir comment l'auteur allait mêler art et crimes.

Après lecture, je me dis que mon choix fut bon, même si j'ai encore envie de m'essayer à la SF de l'auteur.

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Le première chose qui m'a permis d'accrocher à l'histoire, c'est le style d'écriture de l'auteur, qui allie fluidité et rythme, avec un soupçon de poésie quand cela est nécessaire. Certes, tout n'est pas parfait, mais pour un roman autoédité, on est déjà sur un travail de très bonne qualité, et l'on sent tout le potentiel d'écriture qui se cache derrière ces 365 pages.

Personnellement, j'aurais appuyer un peu plus sur certaines descriptions, les retravailler pour rendre l'ambiance plus glauque et malsaine encore. Mais c'est juste une question de point de vue.

Il tourna la tête dans toutes les directions, tentant de distinguer une forme reconnaissable. Rien, trop de lumière. Le silence fut de courte durée. Il lui sembla distinguer des bruits de pas, d’outils… puis un gémissement, long, saisissant. Le son lui parvint étouffé, comme entravé par un bâillon. À nouveau le silence. Puis encore un cri de douleur. Entre les plaintes de cet humain qu’il ne pouvait pas voir, Charles distingua des sons encore plus dérangeants, plus organiques. Quelque chose d’extrêmement perturbant le fit tressaillir, un mélange entre le bruit d’un tissu que l’on déchire et un grincement vibrant dans l’air. Un goutte-à-goutte, puis l’écoulement d’un liquide épais, et encore des cris. C’était des chairs que l’on malmenait, le corps d’un homme ou d’une femme subissait les pires sévices. Quelqu’un souffrait à quelques mètres de lui, agonisait entre les mains d’un inconnu, et il n’était même pas capable de se relever. Le son horrifiant d’un os qui se rompt le saisit en pleine poitrine et lui arracha un cri de frayeur. Il ne pleurait plus seulement à cause de la lumière à présent. Pourtant, Charles Girard n’était pas homme à s’émouvoir facilement. L’odeur de la peur, l’odeur de la mort l’atteignit pour la première fois.

Sublimation, de Bastien Pantalé

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Une des grandes forces du roman, ce sont ses personnages ; ils sont terriblement réalistes, humains et, pour ma part, très attachants.

Manoa, l'enquêteur en charge du dossier dont il est question dans le roman, n'est pas juste là en figure de détective fade et sans volume. L'auteur s'est attaché à lui donner un background historique fourni, ainsi qu'une histoire personnelle touchante qui prend parfois le pas sur l'enquête elle-même. Sa relation avec Zina, une jeune femme russe et ex-prostituée. Sa relation même avec l'enfant de Zina, qu'il protège comme s'il s'agissait du sien. Et sa folle lutte pour délivrer sa bien-aimée des griffes de son ancien maque.

Quant à sa coéquipière improvisée, Aurora, on en sait moins sur son compte, mais elle s'impose par son caractère et sa présence comme un des personnages phares de l'histoire.

Les deux forment un duo de choc qu'il est plaisant de suivre au fil du récit. Chacun a ses qualités et ses défauts, sa sensibilité et son bagage personnel ; le tout mis ensemble leur permet d'appréhender au mieux l'enquête et de trouver des solutions auxquelles personne n'aurait pensé.

Manoa et Aurora, chacun de leur côté, laissaient germer les idées les plus fantasques dans leurs cerveaux particulièrement irrigués par les évènements de ces derniers jours. En enquêteur expérimenté, Bonhoure savait très bien qu’il n’aurait aucune certitude tant qu’il ne se serait pas assis de l’autre côté de la table, tant qu’il ne serait pas allé au fond des choses. Se retrouver face à ce type, plonger son regard dans le sien, et le confronter aux photos et à ce que furent ses victimes de leur vivant… Alors, et seulement alors, il pourrait se faire une idée. Et encore, peut-être que son interrogatoire ne ferait que renforcer ses doutes. Pour l’heure, ça ne tenait pas debout. Ses doigts tapaient nerveusement la poignée intérieure du véhicule ; ils y étaient presque.

Sublimation, de Bastien Pantalé

Il y a aussi Damian, l'artiste, qui est amené à se poser des questions sur lui-même, sur ces rêves étranges qui le réveillent en sursaut durant la nuit, à ces indices qui divergent vers lui, le liant irrémédiablement à l'enquête en cours. Sa petite amie Liya, qui est également son modèle, serait-elle en danger?

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Le monde de l'art, c'est un peu comme celui des rêves. Lorsque nous y entrons, nous allons d'inspirations nébuleuses en fantasmes malsains, de beauté ultime en violence extrême… Tous ces aspects semblent opposés, et pourtant tout se rejoint, au sein même du concept d'art. Dès lors, de tout ce qui constitue nos balises, le bien mal, le beau, le laid, l'ordre et le chaos, plus rien de tout cela n'existe vraiment. Cette réalité se reflète jusque dans le chef du tueur de ce roman, appelé "Le sculpteur". Il croit faire le beau, pourtant il montre ce que l'humain porte de pire en lui : la mort. Il croit faire le bien, mais cette notion est-elle la même pour tout le monde? Il croit travailler dans l'ordre, mais il sème le chaos derrière lui.

Dans quel but le Sculpteur officie-t-il? Cherche-t-il seulement à corriger les torts de la société en supprimant celles et ceux qu'il considère comme nuisibles, ou y a-t-il un dessein plus profond et plus sombre encore?

Voici un autre point fort de ce roman, au travers duquel l'auteur nous propose de nombreuses réflexions au sujet de l'art. De tous les thrillers que j'ai pu lire, peu au final traitent de l'art de cette façon. C'était original et bien amené, et j'ai donc eu plaisir à découvrir la façon dont cette thématique était traitée. Oui, au final, pour ce point précis, le roman m'a un peu rappelé le film Seven… Surtout dans la façon dont les meurtres sont amenés.

Le sculpteur ne vit dans ses larmes qu’une expression de la beauté créatrice, l’émotion de se voir prendre forme sans doute. Il donna d’abord leurs positions aux bras et aux jambes, profitant de la température élevée du métal pour obtenir la forme souhaitée. De toutes ses forces, il plia, tourna et écarta, sentant les os grincer, le cuir tirer et se déchirer par endroits ; il façonna le squelette de son œuvre. Pour la tête, la manœuvre fut plus délicate : il fit d’abord pénétrer la tige sous la clavicule, suffisamment en profondeur, pour ensuite la faire remonter et la planter sous la mâchoire. Enfin un port de tête gracieux !

Sublimation, de Bastien Pantalé

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Une chose qui m'a un peu gênée, en revanche, ce sont tous ces termes "à la française" qui pullulent tout au long du texte. Une grande partie du roman se situe dans le milieu judiciaire français, d'où la surabondance de termes spécifiques, et surtout, d'acronymes comme nos amis savent les pondre. OCBC, ENSP, FNAEG, et j'en passe… Personnellement, je m'y suis complètement perdue. Surtout qu'étant belge, les noms ne sont pas du tout pareils chez nous. Certes, quelques termes étaient expliqués et définis dans les notes, mais ces notes n'arrivent qu'en toute fin de roman, et jusqu'à preuve du contraire, ma liseuse ne me permet pas de cliquer sur la note, puis de revenir en arrière, à la bonne page. Alors, plutôt que de risquer de perdre ma page, j'ai préféré rester dans mon ignorance et faire abstraction de mon incompréhension. Après tout, et je vous rassure sur ce point, le roman se comprend très bien sans nécessairement comprendre tous les termes spécifiques à la PJ…

— T’es aux Biens Culturels depuis longtemps ?
— Ça va faire trois ans. Après une licence en Histoire de l’Art, j’ai validé un Master en Droit des Affaires, spécialité Marché de l’Art, puis j’ai intégré l’ENSP7 de Saint-Cyr.
— Excusez-moi du peu ! taquina Manoa avec un accent mondain qui extirpa un petit rire nerveux à la jeune femme.
— Tu ne crois pas si bien dire. Mon père est l’ancien ambassadeur du Venezuela à Paris.
— Oh, mais on m’envoie du beau monde dites-moi !
— Arrête ! J’ai toujours voulu défendre le patrimoine culturel français – je suis Française par ma mère –, et à l’OCBC, j’ai trouvé comment me rendre utile.

Sublimation, de Bastien Pantalé

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Donc, dans l'ensemble, le roman se laisse lire de très agréable façon. Un point, toutefois, m'a vraiment laissée sur ma faim, et non des moindres, puisque c'est de la chute qu'il s'agit. L'identité du fameux Sculpteur et le lien que le relie à Damian.

J'ai un peu de mal à comprendre tout le mystère que l'auteur fait autour de ce lien, tellement cela saute aux yeux, et ce dès le début du roman. Moi, je m'étais dit que peut-être l'auteur nous mettait sur une fausse piste exprès, pour mieux nous retourner comme un gant en fin de roman. Eeeeeh non! Lecteurs, si comme moi vous avez eu la prescience de cette chose que l'auteur cherche absolument à cacher, apprêtez-vous à être déçu dans les derniers chapitres. Car vous aurez découvert le pot aux roses bien trop tôt, et comme moi, vous serez sans doute déçu du manque d'originalité de la chose.

En se glissant dans le jardin qui aurait très bien pu le voir grandir, le colosse pensait aux traits qu’il donnerait à sa prochaine œuvre, au masque surtout, qu’il sculpterait lui-même, l’expression qu’il souhaitait lui donner revêtait trop de sens pour qu’il se contente d’un objet déjà formé ; le couteau, lui, porterait son propre sang. Quelle douceur d’imaginer ce salaud disparaître sous la pâleur purificatrice du plâtre !
Le fragile grillage plia sous le poids du rôdeur, et la haie hétéroclite qu’on avait oublié d’entretenir le dissimula presque jusqu’à la terrasse. Étrange de constater qu’un si bref passage en ces lieux puisse lui laisser autant de souvenirs ; rien n’avait vraiment changé, le jardin et la maison semblaient encore plus ternes sous la lumière ténue de la lune, et la même odeur de bois pourri agressait ses narines. Il l’avait pourtant aimée cette fragrance, ce parfum de nature qui lui évoquait jadis la forêt profonde ; jusqu’à ce qu’on le place dans cette famille d’accueil, son ultime chance de connaître une vie “normale”. Préadolescent, il avait posé les choses, s’était concerté avec ses multiples démons, et était prêt à faire un effort. Il cacherait tous ses vices et ses penchants macabres aux yeux du monde, serait plus lisse qu’un lac inerte, si cela pouvait lui apporter la sécurité et la stabilité d’un foyer. Oui, il était prêt à se faire violence, à garder tout cela pour lui seul, quitte à mentir à la terre entière, à commettre ses forfaits en douce. Il accepterait d’être un jeune homme irréprochable.

Sublimation, de Bastien Pantalé

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Pour résumer ce que j'ai pensé de cette lecture, qui fut très agréable en de nombreux points, je dirais surtout que, malgré l'écriture fluide et rythmée, les personnages attachants et le sympathique lien des meurtres avec l'art, certaines petites choses peuvent être encore améliorées. Certaines longueurs, notamment, qui pourraient être abrégées. De trop nombreux termes spécifiques à la PJ, abrégés en acronymes incompréhensibles pour qui n'est pas français et au fait de l'univers judiciaire. Ils sont expliqués en note, mais en fin de roman, c'est qui est, pour le dire platement, emmerdant, parce que cela freine la lecture.

Donc oui, j'ai apprécié ma lecture dans l'ensemble, mais j'ai été cruellement déçue par la fin, et par l'explication de ce lien qui unit le meurtrier à Damian, l'artiste. Beaucoup trop téléphoné à mon goût… Je m'en suis doutée dès les premiers chapitres, et j'attendais de l'auteur qu'il me surprenne en proposant un lien tout autre. Voilà pour le bémol…

Mais d'une façon générale, c'était tout de même un bon roman, qui procurera les frissons nécessaires aux amateurs du genre.

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[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
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Kerry Le Gres (Les perles de Kerry)

Sagweste (Sagweste in librio)

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Lu dans le cadre du Défi lecture 2017…

n°51.     Un livre qui se déroule dans le milieu artistique

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

L'auteur ouvre une brèche dans le tissu superficiel de l'humanité et s'amuse à nous y faire chuter. Mais de fond point il n'y a. Car la turpitude, le vice, la folie et l'horreur n'ont pas de limites…

Acherontia, chronique de "Poétique du morcellement"

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

« Des pleurs étouffés tirèrent Rachel de son inconscience. Elle ouvrit les yeux mais demeura plongée dans le noir. Il lui fallut plusieurs secondes avant de réaliser qu’elle n’était plus ligotée. Un petit cri s’échappa de sa gorge et, en une seconde, elle fut debout, tâtonnant nerveusement à travers l’obscurité qui l’enveloppait. Essoufflée, elle heurta un mur, écarta les bras puis en toucha deux autres latéralement. Elle se retourna brusquement, fit trois pas précipités et rencontra une autre cloison. Hystérique, elle battit des bras comme pour déchirer le voile de ténèbres qui l’oppressait. Elle hurla avant de plaquer ses mains sur sa bouche, ne laissant plus sortir qu’un grognement pitoyable. Et si son agresseur l’observait, au-delà des cloisons, attendant le moment propice pour lui tomber dessus et la torturer? Qui l’avait amenée ici et pourquoi ? Luttant pour contenir le flot de peur brute qui ne demandait qu’à corrompre son corps et son esprit, elle demeura immobile quelque temps, prostrée. Puis, reprenant ses esprits, elle tendit l’oreille. Les sanglots s’étaient arrêtés, mais il lui sembla entendre la voix lointaine d’un homme. L’air charriait des relents d’excréments et de moisissures, c’était la première fois qu’elle le remarquait. »

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

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Acherontia's chronicles – Poétique du morcellement

Playlist aussi disponible sur YouTube…

PS : The coronation de Dishearten a été remplacé par Portal of Anatolia du même groupe. Quant au morceau d'Eros Necropsique, je n'ai pas pu le trouver sur Youtube…

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
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[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

…Ce roman n’est clairement pas à mettre entre toutes les mains!

Comme le dit l’auteur lui-même, cette lecture est déconseillée aux humanistes végétariens. J’ajouterai que, d’une façon générale, je ne la conseille pas aux âmes sensibles.

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Je vais encore faire dans l’original, sur le coup, je le sens venir ^^

L’auteur m’a donc proposé son roman en m’envoyant un gentil petit mail sur la boîte du blog… Après lecture dudit mail et du résumé, j’ai accepté, parce que le thème et le ton me plaisaient, et que je n’étais pas trop débordée en apparence.

Mouais… En apparence, seulement! Parce que le gentil monsieur, cela fait un an qu’il l’attend, sa chronique, pauvre de lui! Je n’en suis pas fière, croyez-moi… C’est la tête basse et le regard fuyant que je m’installe derrière ce PC. Pour peu, on pourrait me confondre avec le teckel du voisin… Attendez! Mais le voisin n’a pas de teckel?! Enfin, oui, vous m’avez comprise.

À ma décharge, le livre est tout petit et tout fin. Pour vous dire, un petit quinze centimètres de hauteur, pour cinq millimètres d’épaisseur. On dit souvent que ce n’est pas la taille qui compte, mais dans ce cas-ci, sa taille lui a permit de se faufiler loin loin dans ma PAL, et de s’y cacher si bien que je ne l’ai retrouvé que récemment lors de mon déménagement. Je pense que ce livre est conscient des horreurs qu’il renferme, et qu’il me jugeait trop sensible pour me délivrer ses sombres petits secrets.

C’est dommage, car l’auteur s’était chargé de le tatouer avant de me l’envoyer. Une magnifique dédicace à rallonge en première page, avec un emoji diablotin prêt à me piquer le popotin avec sa fourche. Il y avait pourtant de quoi me donner l’eau à la bouche!

Soit, j’ai remis la main sur le bouquin fugueur, je l’ai donc lu une fois mon déménagement terminé, et voici ce que j’en ai pensé… Je vais vous le décortiquer nouvelle après nouvelle, ce sera plus simple.

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

D’une façon générale, l’écriture de l’auteur est fluide et bien maîtrisée. J’ai apprécié le vocabulaire parfois soutenu, le français impeccable, la rythmique agréable des récits. Premier bon point, Monsieur Janulewicz, c’est bien! Au troisième, vous aurez des bonbons!

Tenez, voici un second bon point pour vous : J’ai trouvé que les nouvelles, pour la plupart, étaient bien construites, distillant peu à peu le suspens, faisant sombrer le lecteur de plus en plus dans les insondables abîmes de l’horreur. Une nouvelle en particulier m’a interpellée à ce niveau-là, je vous en parle un peu plus loin. 

Quant aux chutes, élément primordial pour une nouvelle réussie, la plupart étaient totalement imprévisibles et ont réussi à me surprendre. À part une, mais là aussi, je vous en parle plus loin. Et voilà, Monsieur Janulewicz, troisième bon point! Bravo, vous voici l’heureux propriétaire d’un authentique sachet de Carimbo! À moins que vous préfériez les Haribar? (Petit clin d’oeil que seul celui qui a déjà lu ce recueil pourra comprendre…)

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Synopsis

Un restaurateur a reçu la visite impromptue d’un critique culinaire, et n’est guère ravi de l’article écrit à son sujet. Il rumine sa colère, jusqu’au jour où le critique revient dans son établissement…

Mon avis

Une sympathique mise en bouche pour ce recueil de nouvelles… Mauvais jeu de mot, s’il en est, je sais! Mais cela ne devrait pas étonner celles et ceux qui me connaissent.

La chute est assez chouette, car plutôt inattendue. Ceci étant, la nouvelle se compose surtout de la « lecture » de la critique acide reçue par le restaurateur, et je l’ai trouvée longuette. Un peu plus d’action pure aurait été la bienvenue.

J'ai laissé s'exprimer le molosse impitoyable que j'abritais à mon insu. Dans ma vie, j'ai découpé, tranché, filé des milliers de morceaux de viande, mais là c'est une expérience inédite. Et ultime.

Ver solitaire. In : Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Synopsis

Daniel bricole chez lui un dimanche, jusqu’au moment où il est interrompu par sa propriétaire. Celle-ci lui reproche de faire trop de bruit…

Mon avis

Pas mal, mais sans plus. J’ai trouvé la fin franchement téléphonée (et là, je vous donne un indice sans même le vouloir!). Disons que je me suis moi aussi essayée à l’art de la nouvelle. Je me suis par conséquent informée quant aux différents types de chute possible, et ceci faisait partie des exemples trouvés. En revanche, le côté sanglant et morbide est au rendez-vous, palliant un peu le manque d’originalité.

La saisir par les cheveux pour lui fracasser le crâne contre le mur est la première idée qui traverse l'esprit de Daniel. Résistant néanmoins à la tentation, il espère une réaction plus civilisée.

Bricoleur du dimanche. In : Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Synopsis

Des femmes sont enlevées et séquestrées dans un but qu’elles ignorent. Lorsqu’elles en découvriront la raison, il sera déjà trop tard pour elles…

Mon avis

La meilleure nouvelle de ce recueil, à mon sens. J’ai beaucoup aimé sa construction. Un peu à la façon d’une macabre poupée russe, on découvre au fur et à mesure que les couches du récit se soulèvent des horreurs toujours pires que les précédentes. Jusqu’à la surprise finale, bien évidemment, subtilement cachée sous des monceaux de mots putrides et de syntaxe nauséabonde. L’ambiance du récit elle-même est glauque à souhait. L’auteur ouvre une brèche dans le tissu superficiel de l’humanité et s’amuse à nous y faire chuter. Mais de fond point il n’y a. Car la turpitude, le vice, la folie et l’horreur n’ont pas de limites…

Avachie sur le sol, revêtue seulement de ses dessous crasseux, Laura redressa la tête avec difficulté. À travers sa vision déformée par les larmes et la drogue qui commençait à agir, la silhouette floue de l'homme qui se tenait en face d'elle semblait onduler comme une plante d'aquarium.

Fantasme ultime. In : Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Synopsis

Un homme est licencié de façon injuste alors qu’il travaillait depuis des années pour une firme de bonbons. Il était chargé de rédiger les blagues imprimées au dos des emballages. Le destin va frapper à sa porte d’une bien étrange manière pour lui proposer de prendre sa revanche.

Mon avis

Pas mal, mais peut faire mieux au niveau de la rédaction. Je pense que le récit et les différents éléments de suspense auraient pu être agencés de façon plus machiavélique encore…

Il enfila des gants en latex et attrapa un bonbon qu'il agita au-dessus de sa tête. Rien dans son aspect ne le distinguait des autres, mis à part qu'il semblait d'un gabarit un peu plus important. L'homme ôta la papillote et agita son contenu sous les regards incrédules du groupe, qui explosa en jurons et cris de dégoût.

Dernière blague. In : Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Synopsis

Prostrée chez elle dans la misère et la crasse, une femme est sur le point d’accoucher alors que son copain vient de la larguer.

Mon avis

Une petite nouvelle ma foi fort sympathique, si l’on aime les récits désespérés où la misère côtoie l’horreur. Je n’ai qu’un seul regret, qu’elle ne soit pas un peu plus développée. Je sais que c’est volontaire de la part de l’auteur (enfin, je le suppose…), mais un peu plus de suspense et de matière m’aurait fait encore plus plaisir.

Front plissé, paupières si serrées qu'elles semblent hermétiquement fermées, le visage de Rosy est un masque de colère taillé dans un bois envahi de stries. Si Franck se tenait en face d'elle, le venin qu'elle déverserait lui ferait l'effet d'un acide.

Petite poupée. In : Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Synopsis

Un vieil homme doit aller donner son sang, mais c’est un acte qu’il n’a encore jamais fait, et il se sent stressé. L’infirmière fait de son mieux pour le rassurer, mais le passé resurgit parfois au moment où on s’y attend le moins, et pas toujours de la façon la plus agréable…

Mon avis

Alors là, je suis sur le derrière, comme on dit. La chute est complètement inattendue! Enfin… On commence à se douter de quelque chose vers la moitié du texte, mais sans toutefois pouvoir mettre le doigt sur THE truc qui va vous faire bondir à la toute fin. Une dernière nouvelle assez bien construite et rédigée qui clôture un sympathique recueil de nouvelles digne des froides soirées d’Halloween…

Un fracas de verre brisé, la tôle qui se déchire. Paul a les os broyés, les chairs éclatées. La douleur, fulgurante, lui coupe la respiration. Terrorisé, il tend une main tremblante vers le visage de son père qui le regarde avec une expression de tristesse infinie.

Redemption sangles. In : Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Vous l’aurez compris, dans ce très (trop) court recueil de nouvelles, il y a du bon et du moins bon. Je ne vous dirai pas qu’il y a à boire et à manger, car ce sont là des mets auxquels l’on n’a guère envie de goûter, à moins d’être nécrophile, ou scatophile, ou cannibale, ou…

Bref, ceci n’est clairement pas un recueil à mettre à la portée de tous. Mais les amateurs du genre horrifique y prendront un certain plaisir, surtout s’ils sont en plus portés sur l’humour noir.

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
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FungiLumini (Livraisons littéraires)

Eléonore (Le repaire des livres)

Mélisande (Lire ou mourir)

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
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[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Livre lu dans le cadre du Défi lecture 2017…

Thème 74 : Un titre imagé (qui n’a rien à voir avec le thème)

Lecture en cours #22

Lecture en cours #22

Titre : Sorcières associées

Auteur : Alex Evans

Envoûtement de vampire, sabotage de zombies et invasion de gremlins font partie du quotidien du cabinet Amrithar et Murali, sorcières associées. Dans la cité plusieurs fois millénaire de Jarta, où la magie refait surface à tous les coins de rues, les maisons closes sont tenues par des succubes et les cimetières grouillent de goules, ce n'est pas le travail qui manque ! Mais tous vous le diront: les créatures de l'ombre ne sont pas les plus dangereuses ?

Lecture en cours #22
Lecture en cours #22

Éditions ActuSF

Collection Bad Wolf

270 pages

Fantasy/Steampunk

Sorti en février 2017

Grand format

Lecture en cours #22
Lecture en cours #22

Commencé le 27 mars 2017

Terminé le … 2017

[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan

[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan

Voici un petit résumé de cette duologie que j'ai terminé ce mois de février 2017… Histoire que vous vous y retrouviez dans les chroniques et dans la suite chronologique du récit!

[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan
[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan
[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan
[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan
Les petits plus…
  • De la bonne fantasy médiévale qui ne tombe pas trop dans les clichés du genre
  • Un concept intéressant qui vient étoffer l'univers proposé
  • Des personnages féminins forts
Les petits moins…
  • Peut-être certaines longueurs dans les explications, mais encore…
[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan
[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan
[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan
[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan

Ce second tome est à mon sens égal au premier tome en matière de qualité. L'écriture est belle et fluide, les personnages sont attachants (sauf Shimi, qui me les brise de long en large). L'intrigue est très bien ficelée et très dense, avec de nombreux éléments qui s'entrecoupent et viennent s'emboîter comme les pièces d'un puzzle.

L'univers développé par Marie Brennan est très complexe (d'ailleurs, j'ai été ravie de retrouver un glossaire en fin de roman, ce fut très utile) et très riche. Les concepts déployés dans le roman sont vraiment intéressant, surtout en ce qui concerne ce culte de la Déesse et de ses cinq facettes, que j'ai trouvé original.

Évidemment, mes poils se sont hérissés de colère face à la bêtise crasse du conservatisme religieux pur et dur. C'est voulu par l'auteur, bien entendu, et cela prouve qu'elle a du talent. C'est une belle thématique résolument moderne qu'elle nous présente magistralement sous la forme d'une allégorie fantasy très réussie.

La seule chose sur laquelle je me dois de mettre un bémol, c'est la finale. Je ne peux évidemment pas tout raconter, mais en gros… ! Attention, spoil !

[Il y a une bataille et on se demande comment le "bon clan" va s'en sortir tant une issue positive semble improbable. Et puis là, l'auteur fait une grande ellipse que j'ai trouvé très maladroite, et saute directement à l'épilogue. Je me suis retrouvée toute bête, à me dire "Mais… Mais… Et la bataille, elle se termine comment?!" Bon, ça peut arriver d'avoir du mal à écrire une scène de bataille, mais laisser le lecteur sur sa faim, c'est un peu gros tout de même…]

Du coup, je voulais mettre une meilleure note que pour le premier tome, mais non, ce sera un 16 aussi.

[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan

– J'ai peur d'une révolution, dit-elle d'une voix calme, empreinte de gravité. Je redoute qu'une guerre nous déchire et provoque de nombreuses morts. Il y a celles qui suivraient volontiers Shimi. Si elles l'emportent, alors les doubles continueront de mourir, comme ça a été le cas depuis le commencement. Ce sont des morts qui ne comptent peut-être pas pour les autres, mais elles sont bien réelles pour moi. Je ne veux pas que les arguments de Shimi prévalent. Mais je ne sais pas jusqu'où nous devrons aller pour l'arrêter. Et je ne sais pas si je dois accepter la mort de sorcières comme prix pour parvenir à ce résultat. Et, si cela se produit, combien. Pour le moment, je ne projette la mort de personne. Mais si tu veux la vérité (Satomi éprouva une terrible envie de rire, mais pas parce qu'elle trouvait la chose amusante), j'ignore ce que je ferai demain.

Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

[Saga fantasy] Les deux soeurs, de Marie Brennan

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Ce second tome est à mon sens égal au premier tome en matière de qualité. L'écriture est belle et fluide, les personnages sont attachants (sauf Shimi, qui me les brise de long en large). L'intrigue est très bien ficelée et très dense, avec de nombreux éléments qui s'entrecoupent et viennent s'emboîter comme les pièces d'un puzzle.

Acherontia

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Les extraordinaires talents de Mirei en font maintenant la magicienne la plus puissante qui soit. Pour certains, elle est un miracle vivant ; pour d’autres, une abomination et l’incarnation du Mal… et ils ont fait vœu de détruire tous ceux qui la soutiennent. Les sorcières des deux camps s’engagent dans une guerre sanglante, sans merci, et pour la gagner elles recourent sans hésiter à la magie, la traîtrise, le meurtre. Mais il se pourrait que ces adversaires s’affrontent pour rien. Car le pouvoir que redoutent les sorcières rebelles, cette magie ultime qui n’appartient qu’à Mirei, ce don, est aussi son arrêt de mort.

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Ce diptyque m'a été offert par ma mère à Noël il y a deux ans, un cadeau qui m'a fait fort plaisir et qui continue à enjoliver mes étagères. J'ai lu le premier tome, Guerrière, très peu de temps après l'avoir reçu, et j'avais bien apprécié cette lecture, à l'époque. Puis d'autres lectures sont venues se greffer par-dessus, ma PAL a pris des proportions déraisonnables, et vous savez comme c'est, n'est-ce pas…

Heureusement, cette année, j'ai décidé de remédier au "problème" en vidant ma PAL grâce à des challenges. Et en ce mois de février, je participe au challenge spécial fin de sagas. Plus je termine de sagas entamées, plus je gagne de points. Voici donc une merveilleuse occasion de sortir le second et dernier tome de ma PAL!

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Si vous n'avez pas lu le premier tome, cette chronique risque de vous dévoiler des éléments importants de l'histoire… Si tel est votre cas, n'hésitez pas à vous reporter à la chronique du premier tome, dont le lien figure à la fin du présent article. Merci!

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Bien sûr, quand je parle d'avis partagés, je ne parle pas d'avis concernant ce livre… mais plutôt des avis concernant la réunion de la sorcière et de son double. Si vous avez lu récemment le premier tome de la série, vous vous souvenez sans doute que Miryo, la soeur sorcière, et Mirage, la soeur Guerrière, ont été réunies en une seule et même personne, Mirei. Cette dernière possède aussi bien les pouvoirs de sorcières de Miryo que les talents de Chasseuse de Mirage (encore que Mirei soit un peu plus lente). C'était la première que cela arrivait dans l'histoire des sorcière, car personne ne savait qu'une telle réunification était possible. Traditionnellement, le double guerrier, supposé ne pas avoir d'âme, devait être tué par la sorcière afin que celle-ci puisse contrôler sa magie. Une telle unification de la sorcière et de son double remet beaucoup de traditions en question.

Vous imaginez donc aisément que cette découverte divise la communauté des sorcières. Comme dans bon nombre de religions, il y a les traditionalistes, qui refusent tout net de modifier leurs rituels ancestraux, et il y a les progressistes, qui y voient un miracle offert par la Déesse et qui n'hésitent pas à remettre en question les traditions.

La Chute de l'Étoile, le grand QG des sorcières, se voit dès lors divisée et en proie à des difficultés aussi bien théosophiques que politiques. Alors que la cheffe de la Chute de l'Étoile, Satomi, essaie de comprendre comment les sorcières peuvent tirer parti de la découverte, une des dirigeantes, Shimi, décide que réunir une sorcière et son double constitue un acte abominable. Elle quitte la Chute de l'Étoile et crée un petit groupe de sorcières dissidentes, dont le nombre d'adeptes croit dangereusement au fil des jours.

Je suis partie, et je ne reviendrai pas. Je refuse de rester en compagnie de cette abomination. Le double nous est ôté pour une bonne raison, et le faire revenir est la pire des hérésies. Il doit être détruit. L'affirmation selon laquelle il serait la Guerrière et le néant n'est pas un argument en sa faveur – au contraire, c'est précisément pourquoi nous devons nous en débarrasser. Il est la destruction de la vie, la destruction de la magie, l'antithèse de tout ce qui existe ici-bas et, si nous accueillons favorablement son retour, nous aurons commis un péché terrible. Il ne suffit pas que ce monstre s'en aille. Nous devons le détruire, éradiquer cette horreur de notre monde.

Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Les affaires se corsent lorsque l'on découvre que certaines sorcières étudiant à la Chute de l'Étoile possèdent des doubles dans différentes écoles de Chasseurs. Ces doubles doivent être récupérés avant que Shimi ne s'en empare. Certes, elle ne pourra pas les tuer, car seule une sorcière peut tuer son propre double. Mais en les enlevant et en les cachant, elle peut ralentir le processus visant à réunir les sorcières et leurs doubles. Pire encore, elle est tout à fait capable de manoeuvrer pour que les sorcières tuent elles-mêmes leur double, soit par manipulation psychologique, soit grâce à d'obscures manigances.

Mirei va devoir partir à la recherche des sosies, les faire sortir des différentes écoles de Chasseurs, et les faire revenir à la Chute de l'Étoile, où ils seront en sécurité et pourront s'entraîner avec leur double sorcière. Mais c'est sans compter sur l'endoctrinement imposé par les écoles de Chasseurs elles-mêmes, qui apprennent à leurs élèves à détester les sorcières. Si Mirage était très admirée pour ses incroyables talents de Chasseuse, Mirei est beaucoup moins populaire auprès des sosies à cause de sa partie sorcière. Les adolescentes sont particulièrement rebelles, et ne sont absolument pas prêtes à accepter leur double sorcière. La partie s'annonce compliquée…

– Sale sorcière! cracha cette dernière.
Elle avait aperçu Amas et Indera et semblait avoir reconnu en elles des apprenties Chasseuses, bien qu'elle ne fût pas du Feu d'Argent. Elles avaient ôté leur foulard durant le temps passé dans la cachette, et leurs cheveux courts étaient visibles dans la pâle clarté de la lune qui se levait. Toutes deux avaient mis pied à terre et observaient la scène avec étonnement.
– Ne lui faites pas confiance! C'est une sorcière! Elle va nous emmener pour nous tuer…
– Je te l'ai déjà dit, je suis celle qui ne veux pas te tuer, répliqua Mirei en resserrant sa prise sur les poignets de la fille. Est-ce que tu vas te taire, maintenant, ou faudra-t-il que je t'endorme encore avec un sort?

Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Mais bien entendu, il est de bon ton de compliquer encore un peu les choses…

Éclipse, le coéquipier de Mirage lorsqu'elle était Chasseuse, et qui l'a beaucoup aidée tout au long du premier tome, a disparu. Il n'a plus donné de ses nouvelles depuis fort longtemps, et Mirei est inquiète. Malheureusement, elle doit d'abord ramener les doubles à la Chute de l'Étoile, car le temps presse et que Shimi se fait de plus en plus dangereuse. Elle se voit contrainte de s'occuper du problème d'Éclipse plus tard. Et peut-être qu'à ce moment-là, il sera trop tard…

Éclipse va devoir se débrouiller seul, mais quel prix lui faudra-t-il payer pour se libérer? Et si ce prix avait un impact sur l'intrigue? Si ce prix plaçait une épée de Damoclès au-dessus de sa tête et de celle de Mirei?

Éclipse se rendit compte qu'une fois de plus, il se tordait les mains dans ses fers pour essayer de les libérer. Il ne cessait de le faire, quand bien même l'expérience lui avait démontré que c'était une perte de temps. On l'avait très bien menotté, et même le sang à ses poignets écorchés ne lui permettait pas de glisser les mains hors de leur étau métallique. Par ailleurs, même s'il avait réussi à se libérer de ses entraves, il demeurait dans une pièce sans fenêtre, derrière une porte verrouillée et trop solide pour être enfoncée, porte qui était munie d'un judas grillagé par lequel ses geôlières regardaient systématiquement avant d'entrer. S'il ne leur montrait pas ses mains, elles n'ouvraient pas. Il avait ainsi manqué quelques repas, ce qui expliquait son incertitude quant au nombre de jours passés ici. Et la sorcière qui chantait le sort ne pénétrait jamais dans sa cellule. Elle se contentait de l'observer par le judas, et repartait dès qu'elle en avait fini.

Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

La grande majorité du roman est emprunt de beaucoup de suspens et d'intrigue. Le lecteur est au coeur d'une atmosphère orageuse, mêlant complots, trahisons, attaques déguisées, ruses, tensions internes et menaces externes. C'est une guerre larvée qui, jusqu'au trois quarts du roman, menace d'exploser à tout moment. Les dirigeantes de la Chute de l'Étoile ne savent plus sur qui elles peuvent réellement compter. Quelqu'un peut très bien donner l'impression d'adhérer à leur cause, et être en fait un pion de Shimi. Satomi, la cheffe suprême, ne sait même plus si elle peut avoir confiance en ses primes et, de ce fait, se sent bien seule au monde.

D'anciennes alliées sorcières reviennent, mais peut-on se fier sur elles? Et les Cousines qui servent les sorcières depuis la nuit des temps, ne sont-elle pas elles aussi occupées à fomenter leur propre révolution?

– J'ai peur d'une révolution, dit-elle d'une voix calme, empreinte de gravité. Je redoute qu'une guerre nous déchire et provoque de nombreuses morts. Il y a celles qui suivraient volontiers Shimi. Si elles l'emportent, alors les doubles continueront de mourir, comme ça a été le cas depuis le commencement. Ce sont des morts qui ne comptent peut-être pas pour les autres, mais elles sont bien réelles pour moi. Je ne veux pas que les arguments de Shimi prévalent. Mais je ne sais pas jusqu'où nous devrons aller pour l'arrêter. Et je ne sais pas si je dois accepter la mort de sorcières comme prix pour parvenir à ce résultat. Et, si cela se produit, combien. Pour le moment, je ne projette la mort de personne. Mais si tu veux la vérité (Satomi éprouva une terrible envie de rire, mais pas parce qu'elle trouvait la chose amusante), j'ignore ce que je ferai demain.

Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan

Ce second tome est à mon sens égal au premier tome en matière de qualité. L'écriture est belle et fluide, les personnages sont attachants (sauf Shimi, qui me les brise de long en large). L'intrigue est très bien ficelée et très dense, avec de nombreux éléments qui s'entrecoupent et viennent s'emboîter comme les pièces d'un puzzle.

L'univers développé par Marie Brennan est très complexe (d'ailleurs, j'ai été ravie de retrouver un glossaire en fin de roman, ce fut très utile) et très riche. Les concepts déployés dans le roman sont vraiment intéressant, surtout en ce qui concerne ce culte de la Déesse et de ses cinq facettes, que j'ai trouvé original.

Évidemment, mes poils se sont hérissés de colère face à la bêtise crasse du conservatisme religieux pur et dur. C'est voulu par l'auteur, bien entendu, et cela prouve qu'elle a du talent. C'est une belle thématique résolument moderne qu'elle nous présente magistralement sous la forme d'une allégorie fantasy très réussie.

La seule chose sur laquelle je me dois de mettre un bémol, c'est la finale. Je ne peux évidemment pas tout raconter, mais en gros… ! Attention, spoil !

[Il y a une bataille et on se demande comment le "bon clan" va s'en sortir tant une issue positive semble improbable. Et puis là, l'auteur fait une grande ellipse que j'ai trouvé très maladroite, et saute directement à l'épilogue. Je me suis retrouvée toute bête, à me dire "Mais… Mais… Et la bataille, elle se termine comment?!" Bon, ça peut arriver d'avoir du mal à écrire une scène de bataille, mais laisser le lecteur sur sa faim, c'est un peu gros tout de même…]

Du coup, je voulais mettre une meilleure note que pour le premier tome, mais non, ce sera un 16 aussi.

[Chronique fantasy] Les deux soeurs. Tome 2, Sorcière, de Marie Brennan
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[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Difficile de résumer ce roman, tant il a tendance à partir dans toutes les directions. Pourtant, en un seul mot, je pourrais peut-être le faire : génial!

Acherontia

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Santa Mondega, une ville d'Amérique du Sud oubliée du reste du monde, où sommeillent de terribles secrets.
Un serial killer qui assassine ceux qui ont eu la malchance de lire un énigmatique livre sans nom. La seule victime encore vivante du tueur, qui, après cinq ans de coma, se réveille, amnésique. Deux flics très spéciaux, des barons du crime, des moines férus d'arts martiaux, une pierre précieuse à la valeur inestimable, un massacre dans un monastère isolé, quelques clins d'oeil à Seven et à The Ring, et voilà le thriller le plus rock'n'roll et le plus jubilatoire de l'année ! Diffusé anonymement sur Internet en 2007, cet ouvrage aussi original que réjouissant est vite devenu culte.
II a ensuite été publié en Angleterre puis aux Etats-Unis, où il connaît un succès fulgurant.

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Bourré de références pop, construit de telle sorte qu'on ne puisse pas arrêter de tourner les pages, ce livre a tout pour lui : de l'humour, de l'amour, de la vengeance, du sexe, de la violence et du bourbon. Anonyme, sers-nous-en un autre, et vite!

The Telegraph (quatrième de couverture de l'édition française publiée chez Sonatine)

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

…Cet article de blog est politiquement incorrect!

Veuillez noter que cet état de fait est purement indépendant de ma volonté, et qu'il constitue une exception sur ce blog d'habitude si décent et soucieux de l'étiquette. Veuillez noter également que je dégage toute responsabilité quant aux injures et à la violence contenues dans les extraits, qui sont purement du fait de cet auteur Anonyme, et non du mien. Esprits chatouilleux s'abstenir, donc…

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Je ne suis pas très fière de le dire, mais ce livre végète littéralement dans ma PAL depuis plusieurs été. Oui, je dis été car c'est la saison durant laquelle il fut acheté. Au mois d'août, précisément, en occasion lors de la Nuit du livre de Redu (c'est en Belgique, pour ceux qui ne connaissent pas l'évènement). En revanche, vous dire en quelle année cet achat fut fait, je pense que ma mémoire ne vous permettra pas de vous fournir l'information…

Pourquoi l'ai-je acheté à l'époque? Ma foi, parce que j'en ai beaucoup entendu parler, de un. Et de deux, parce que le prix demandé était dérisoire par rapport au prix du livre neuf. Hé oui, c'est un élément important à prendre en considération, d'autant plus que l'objet se trouvait être particulièrement bien conservé. Je ne sais quel fluide d'embaumement son précédent possesseur a utilisé, mais cela fut efficace, de toute évidence.

Pourquoi ne pas l'avoir lu plus tôt? Je pense que l'objet s'est un peu perdu dans la jungle de ma PAL… comme c'est d'ailleurs souvent le cas pour beaucoup de livres, et pour beaucoup de blogueurs, si je ne m'abuse.

Pourquoi le ressortir maintenant, alors que tout espoir de lecture semblait perdu? Parce que j'ai eu la délicieuse chance de m'associer à Gilsayan pour le challenge "Pioche dans ma PAL", et que son choix s'est par chance porté sur ce titre… Et puis, de toute façon, j'avais prévu de le lire pour mon Challenge ABC de l'imaginaire de cette année. Donc cela tombait fort bien ^^

Vous désespériez de trouver un équivalent littéraire aux films de Quentin Tarantino, de John Carpenter, de Robert Rodriguez? Lisez le Livre sans nom. À vos risques et périls.

Quatrième de couverture de l'édition française publiée chez Sonatine

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Ha! Je vous sens curieux d'en savoir plus sur ce livre, tiens! On y parle d'un livre sans nom, l'auteur est anonyme, ça fait beaucoup de mystères, tout ça… Hé oui, figurez-vous que c'est aussi cela qui a favorisé le succès de ce roman, et qui a fait parler bien des langues.

Pour la petite histoire, ce roman a été publié en juin 2007 sur internet, sur le site lulu.com, de façon tout à fait anonyme. Comment en est-on arrivé à l'éditer en format papier, je ne connaît malheureusement pas le fin mot de l'histoire, et je ne peux donc pas répondre à cette question. Toujours est-il qu'à l'heure actuelle encore, l'auteur n'a toujours pas donné son nom. Même les éditions Sonatine, qui ont publié la traduction française du roman initialement publié à Londres par Michael O'Mara Books, ne savent pas réellement qui il est.

Bien sûr, les rumeurs vont bon train ; les lecteurs curieux ont même attribué la paternité du roman à certaines célébrités. Quentin Tarantino a fait très logiquement partie du nombre. En effet, on ne peut pas nier que le roman possède un côté Kill Bill assez marqué. Le roman se situe même totalement dans la veine du film From dusk till dawn, dont Tarantino a réalisé le scénario. Ceci dit, les éditions Sonatine ont plutôt l'air de penser qu'il s'agit d'un parfait inconnu. Mais je crois que nous n'aurons jamais vraiment la réponse. Et si vous comptez fouiller du côté des réseaux sociaux, il paraît que l'auteur possède une page Facebook… au nom de Bourbon Kid!

Si vous avez envie de creuser plus le sujet, je vous propose cette petite interview de l'auteur himself ^^

Plus on avance dans le livre, et plus une angoisse nous étreint : y aura-t-il assez de survivants dans l'histoire pour qu'on ait le plaisir de lire une suite?

The Booklist (quatrième de couverture de l'édition française publiée chez Sonatine)

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

La première fois que j'ai lu le synopsis de ce roman, j'ai plutôt halluciné. "Mais qu'est-ce que c'est que ce roman qui mélange autant d'éléments n'ayant rien en commun", me suis-je dit, tout en pouffant de rire. C'est surtout les "moines férus d'arts martiaux" qui m'a fait tiquer… Non pas parce que je me suis justement cassé le pied trois mois plus tôt à mon cours de Taekwondo, mais plutôt parce que cela clochait dans la liste des thèmes abordés. En cela, je paraphraserai la seule et unique philosophe issue de la téléréalité : "Des arts martiaux dans un western? Non, mais Allô, quoi!!"

Alors, laissez-moi vous expliquer… Une des grandes forces de ce roman, c'est de partir dans toutes les directions tout en gardant un fil conducteur et une unité certaine. Et ce fil conducteur, c'est ce côté western, justement.

On retrouve dans le récit les éléments typiques du genre, mais en version modernisée. Exit la période "Guerre de Sécession", les roulottes, les femmes avec des chapeaux ridicules, les indiens emplumés, les hennissements des cataclopes, le french cancan, et tout ça tout ça. Le récit est bien ancré dans notre petit monde moderne. Les roulottes et les cataclopes sont devenus des cadillacs jaunes, les chapeaux ridicules des déguisements d'Elvis, les indiens plein de plumes des vampires de la plus basse espèce, et le french cancan… euh… bah, laissez tomber.

Ceci dit… on retrouve le thème de la petite ville paumée au milieu d'un paysage désertique. Ce n'est peut-être pas une ville du Far West, mais c'est tout comme. Oui, enfin… Santa Mondega est située en Amérique du Sud, mais vous savez, le sud, l'ouest, c'est comme WC/toilettes et GB/Carrefour, n'est-ce pas… Ceci dit, ce bled est très représentatif des termes "paumé" et "désertique". On verrait presque des tumbleweed traverser les rues, poussés par le vent sentant le souffre.

Et bien sûr, en guise du bon vieux saloon cracra, l'auteur nous balance le Tapioca, petit bar miteux que seuls les habitués peuvent fréquenter. Pourquoi est-il ouvert aux seuls autochtones? Parce que dès qu'un étranger débarque, c'est la bagarre assurée. Et Sanchez, le tenancier du bar, déteste avoir à ramasser les morceaux…

Les moines étaient sortis sans un mot. "Bon débarras", pensa Sanchez. Nettoyer le plancher du Tapioca recouvert de sang était l'une des tâches qu'il aimait le moins. Et à présent, à cause de ces deux inconnus qu'il aurait dû envoyer paître dès leur arrivée, il allait devoir s'y coller.
Il alla dans la cuisine au fond du bar pour y prendre une serpillière et un seau d'eau et revint juste à temps pour voir un homme entrer au Tapioca. Un autre inconnu. Grand. Bien bâti. Habillé bizarrement, remarqua-t-il. Comme les deux autres clowns. C'était vraiment une journée de merde que s'annonçait. Sanchez en avait déjà assez, et on n'en était qu'au début de l'après-midi. Il avait un type raide mort par terre, la cervelle éparpillée aux quatre coins de la salle, et un autre mec avec une balle dans la jambe. Il faudrait appeler la police, mais peut-être pas tout de suite.

Le livre sans nom, de Anonyme

Il y a aussi ceux qui jouent au caïd, avec leurs longs manteaux et leurs Stetson pleins de poussière. Et puis il y a ceux qui jouent au shérif, version moderne. Bien entendu, l'on retrouve de nombreuses scènes de Bang!, de Pan!, de Bim! et de Piouh piouh! (ah non, ça c'est dans Star Wars, zut!)… Depuis le temps que ce blog existe, vous savez peut-être que je n'aime pas, mais alors VRAIMENT pas les scènes de baston à coup de flingue. Même au cinéma, et même si c'est Bruce Willis en petit débardeur sexy qui tient ledit flingue, ces scènes de mitraillage m'embêtent toujours au plus haut point. Allons savoir pourquoi. Moi-même, je n'ai jamais trouvé de raison valable à cet état de fait.

Quoi qu'il en soit, assez curieusement, cela ne m'a pas du tout gênée dans ce livre. Il est vrai que les combats sont variés et ne se font pas toujours à grand renfort de balles et d'explosifs. L'auteur fait appel à de nombreuses autres techniques, telles que le combat au couteau, le catch, ou les arts martiaux justement. Cette variété, doublée du fait que ces scènes de combat sont plus comiques qu'autre chose, contribue à mon appréciation. Il y a juste ce qu'il faut d'action, ce n'est pas répétitif, cela fait sourire, c'est donc juste parfait pour mes appétits limités en matière de western. Honnêtement, j'avais plus le sentiment de voir une scène de Kill Bill plutôt que des Sept mercenaires. Et comme j'ai adoré Kill Bill, ça tombe bien!

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Je sais que cela ne figure pas dans le résumé, mais vous vous en rendrez compte très vite à la lecture du roman, ce livre n'est pas juste un bouquin d'action. Que nenni! Il comporte également de nombreux éléments fantastiques. Et c'est là que ça devient intéressant pour moi, puisque le fantastique, c'est mon élément vital.

Très tôt dans l'histoire, vous entendrez parler d'une pierre bleue un peu spéciale, L'oeil de la lune. Je ne vous dirai évidemment pas ses propriétés, sinon je risque de vous spoiler une bonne partie de l'intrigue. Mais c'est un élément capital, car elle constitue selon moi le principal fil conducteur de l'histoire. Volée au monastère d'Hubal, nos deux moines "karaté kid" sont chargés de la retrouver à Santa Mondega. Manque de bol, il se trouve que les deux clowns sont mal préparés pour la mission. Ce sont des moines, après tout… imaginez-les, ils n'ont jamais touché à l'alcool, n'ont jamais utilisé de l'argent de leur vie, n'ont jamais vu une bagarre de café, ne peuvent ni voler, ni mentir, ni… sans enfreindre leur serment sacré. Bref, deux loustics comme eux sont bien mal rodés à la vie de cowboy.

Et puis bon, ils ne doivent pas mener leurs investigations dans n'importe quelle ville, c'est Santa Mondega, quoi… Une ville violente et corrompue, dirigée par une impitoyable mafia locale, et peut-être même quelque chose d'encore plus terrifiant que la mafia…

– Dis-moi, petit con, ça te dirait que je t'en mette une autre devant tous ces gens?
– Non.
– Alors ferme ta gueule et laisse-moi finir.
– Désolé.
– Tu m'étonnes que t'es désolé, putain. Maintenant écoutez bien, tous les deux. Dieu m'emploie au même titre qu'Il emploie Ses prêtres ou Ses exorcistes. Mais je suis le seul à faire ce que je fais. Je suis unique en mon genre." Il se pencha légèrement afin de s'assurer que toute l'attention des deux moines lui était acquise. "Notre Seigneur Tout-Puissant m'a chargé de débarrasser le monde des créatures du mal. Et Santa Mondega, mes bien chers frères, est la capitale mondiale des créatures du mal."

Le livre sans nom, de Anonyme

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Enfin, quand je dis "juste un peu d'humour"… C'est juste pour continuer à effeuiller la pâquerette au fil de mes titres. Parce que de l'humour, ce roman en est truffé. Je ne sais pas si tel était le but au départ, mais au final, c'est plutôt très réussi. Je vous parlais des deux moines un peu plus haut, et déjà, vous vous doutiez que leurs aventures ne risquaient pas d'être tristes. Mais c'est sans compter sur le terrible sosie d'Elvis, tueur à gage de son état, ainsi qu'une jolie panoplie de personnages complètement loufoques. Ils sont censés être sérieux, au départ, mais très vite, leurs tribulations prêtent à sourire. Le texte tout entier est empreint de dérision, avec un émaillage de railleries et d'humour noir du plus bel effet.

Je pense aussi que la plupart des scènes comportent une telle démesure que le lecteur finit par se gausser d'une situation au départ dramatique. Exactement comme dans Kill Bill, finalement. C'est cette surenchère de gore et de tragique qui confère au récit son originalité et son côté comique.

Et que dire de la finale, où tout le monde est déguisé pour la Fête de la lune, avec des costumes d'emprunt tous plus ridicules l'un que l'autre. Il faut dire aussi que le roman possède un côté très visuel. Lorsqu'on est plongé dans sa lecture, les mots se transforment aisément en images, et très vite, c'est comme si l'on regardait un film de série B ou un comics. Pour être honnête, c'est cette facette-là du roman que j'ai préféré. Sans parler des références hilarantes à la pop culture…

"Vous êtes censés être déguisés en quoi? demanda Sanchez.
– On est les rangers solitaires, répondit Miguel, prenant le pas sur Carlito de manière inhabituelle.
– Les Rangers solitaires? répéta Mukka d'un ton moqueur. C'est une blague, c'est ça?
– Non, pourquoi? Miguel semblait légèrement troublé.
– Peut-être parce que le principal trait du Ranger solitaire, c'est d'être seul, justement, répondit Mukka. D'où le surnom "Ranger solitaire"."
Miguel paraissait à présent tout à fait perdu. Carlito, de son côté, semblait se désintéresser totalement de la conversation.
"Écoute, ducon, finit par lancer Miguel. Dans la série télé, il avait toujours son fidèle Tonto à ses côtés, donc il était pas tout à fait "solitaire", pas vrai?
– Mais Tonto était pas un "ranger", pas vrai? C'était un "indien" corrigea Mukka. S'ensuivit un long silence.
– Ah, d'accord! dit Miguel, saisissant enfin où Mukka voulait en venir. Ouais, c'est vrai. T'as raison, en fait."

Le livre sans nom, de Anonyme

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Clairement, si vous cherchez du romantisme entre ces pages, passez votre chemin. Le langage est cru, les personnages n'ont aucune moralité, la ville est pourrie jusqu'à la moelle par le vice, et j'en passe. Même les couples qui pourraient paraître "mignons" se révèlent ne pas l'être du tout. Amis du sentimentalisme s'abstenir, donc… Moi, personnellement, cela m'a très bien convenu. Car s'il est une chose que je n'aime pas dans les romans, à l'instar des scènes où ça flingue dans tous les sens, ce sont les scènes romantiques où ça embrasse à tout va.

Et dire que mes parents espéraient une petite fille romantique et en dentelles… Bah! Elle est bien bonne, celle-là! 😉

"AOUH!… PUTAIN!… Mais merde!… Espèce de putain d'abruti! Putain de merde, vous m'avez planté! BORDEL DE MERDE! Espèce de… espèce de vieil enculé!
– Ça fait mal? demanda Kacy, et ce ne fut franchement pas l'une de ses plus brillantes remarques.
– BIEN SÛR QUE CA FAIT MAL, PUTAIN! JE VIENS DE ME FAIRE POIGNARDER, BORDEL!"
Dante agrippait son bras, tentant désespérément de juguler l'hémorragie, dont le débit était fort impressionnant. Cromwell avait tiré de sa poche un mouchoir en papier avec lequel il essuyait la lame de son couteau.
"Sentez-vous la blessure guérir d'elle-même, Dante? demanda-t-il posément.
– Vous vous foutez de ma gueule? Vous avez failli me couper le bras en deux. Bien sûr que c'est pas en train de guérir tout seul. Ça va prendre des putains de semaines à guérir. Il va sûrement falloir me faire des points de suture. Putain, Cromwell, mais qu'est-ce qui vous est passé par la tête? Je pensais que vous alliez juste me faire une petite entaille, pas me découper le bras, bordel de merde!

Le livre sans nom, de Anonyme

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom

Difficile de résumer ce roman, tant il a tendance à partir dans toutes les directions. Pourtant, en un seul mot, je pourrais peut-être le faire : génial!

L'intrigue est super bien ficelée, l'auteur déploie d'excellentes idées et parvient à maintenir l'histoire sur les rails grâce à un fil conducteur, celui de la recherche de la pierre perdue. Le style d'écriture n'est pas spécialement fouillé. Mr Anonymous emprunte même beaucoup de vocabulaire au parler populaire, voire vulgaire. Mais cela cadre si bien avec l'histoire et les personnages que ce n'est absolument pas dérangeant. Donc, pour ceux qui ne sont pas puritains à l'extrême, je vous conseille de foncer sur cette lecture.

Et… Oh! Je ne vous ai pas parlé du fameux Livre sans nom… Ah, c'était le clou de l'histoire, pourtant. Eh bien tant pis, je vais vous laisser lire ça par vous-même. N'est-ce pas, que je suis cruelle? Héhé…

Allez, je suis bonne joueuse, je vais quand même vous donner un indice avec cette citation… Pas sur le livre sans nom, mais sur la façon de découvrir le méchant de l'histoire avant la fin ^^

– Aujourd'hui, ce sera les films d'horreur, dit Jensen dans un sourire. Copycat ou Ring?
– Ring, sans hésiter, répondit aussitôt Somers. Copycat n'est rien d'autre qu'un film de série B : n'importe quel cinéphile digne de ce nom est capable de deviner l'identité du tueur en série dès la première scène.
– C'est vrai? Jensen semblait surpris. Je ne m'en souviens plus.
– Ben tiens. William McNamara, qui commençait à l'époque à avoir le vent en poupe, était perdu dans la première scène au milieu d'une foule de figurants. Je me souviens encore de l'avoir vu et de m'être dit : qu'est-ce qu'un acteur qui a joué plusieurs rôles principaux peut bien faire assis au milieu d'un tas de figurants, à moins qu'il ne s'agisse du tueur en série dont on découvrira plus tard l'identité? J'avais bien évidemment raison, mais je dois admettre que cela ne m'a pas vraiment gâché le reste du film : le réalisateur s'en est très bien chargé tout seul.

Le livre sans nom, de Anonyme

[Chronique fantastique] Bourbon Kid. Tome 1, Le livre sans nom
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