[Mois de l’imaginaire 2019] 2 octobre – Les questions dangereuses

Si le mois de novembre n’évoque point en général la plus chaleureuse des saisons, celui de cette année 1637 était si maussade qu’un Anglais se serait senti chez lui dans le parc royal du château de Déversailles. Qu’on en juge plutôt : la pluie s’abattait ce jour-là en un rideau poisseux qui donnait aux nuages pesants l’air d’être descendus sur la terre, le froid avait cette qualité morbide qui pénètre au coeur des os pour geler les âmes les mieux endurcies, et c’était par la gorge d’un phtisique que semblaient émises les mornes complaintes des corbeaux. Enfin, comme pour parachever cette composition toute britannique, c’était sur une procession funéraire que veillaient ce jour-là les branches dénudées des arbres noirs. La nature, en son infinie sagesse, paraissait avoir déjà entrevu ce que les hommes ignoraient et dont, bien entendu, ils restaient sourds aux signes.

Ce triste tableau n’enlevait toutefois rien à la majesté de l’assistance qui cheminait d’un pas lourd sous les grosses gouttes tombant des ramures. C’était en effet un personnage de tout premier plan qu’on enterrait ce jour-là. Plus que le drap fleurdelisé qui couvrait le cercueil sur le chariot, haut symbole de distinction pour services rendus, plus que la file des grands et petits dignitaires de l’État – plus même que le cortège clérical dirigé par la crosse de pasteur de l’évêque du Plessis-Raoul -, c’était la jeune femme qui chevauchait en amazone à la tête de la colonne qui révélait l’importance du défunt. Blonde, d’une noble beauté, enveloppée dans un manteau ample dont l’hermine blanche commençait à se gorger d’eau, Léonie Lebensfreude de Légatine-Labarre, reine de France, était venue présenter ses derniers hommages à l’érudit Sigismond Frédéric, pionnier de l’exploration des méandres obscurs de l’esprit.

Lionel Davoust, in Les questions dangereuses. ActuSF, 2019.

N’oubliez pas de vous joindre à mon concours pour ce mois de l’imaginaire !

D’ailleurs, le cadavre exquis pour ce roman donnerait ceci :

 » Le temps d’arriver à la gare aérienne d’Oulan-Bator, j’ai pris le thé avec Beetlejuice avec les mains pour faire bien, mais je me suis excusé depuis lors. « 

Acherontia vous propose un chouette extrait du roman de Lionel Davoust « Les questions dangereuses »

[Rendez-vous littéraires] C’est lundi #83

Hello les poulpes !

J’ai été malade cette semaine. Oh, rien de grave ! Juste un mauvais rhume qui a mal tourné, je pense. J’en ai donc profité pour courir moins dans tous les sens, et donc lire un peu plus. Je dois avouer qu’un peu de repos forcé de temps en temps, ça fait du bien. Surtout que c’est à peu près la seule façon pour moi de lâcher prise par rapport à toutes mes activités.
Donc, au final, j’en suis à la fin de ma grosse brique d’intégrale. La dernière ligne droite est devant moi !

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