[Chronique Horreur] L’asile du Nord. 1, Camille, de Carine Paquin

Tout commence par un « innocent » jeu de Ouija entre filles (c’est fou, cette propension qu’ont les adolescents à aimer se faire peur !). Se mêle à cela le décès d’une grand-mère qui, post-mortem, se révèle être plus étrange qu’il n’y paraissait de son vivant. Vous tenez là un cocktail trouble à souhait et qui sent déjà le sapin roussi !

Acherontia

Synopsis

Peu de temps après la mort de sa grand-mère, à l’aube de l’an 2000, une jeune fille de seize ans est internée à l’hôpital psychiatrique. Son diagnostique: schizophrénie paranoïde. Pourtant, certaines personnes de la ville sont convaincues que la petite n’est pas folle, que ce qui l’affecte n’a rien d’humain. Existerait-il quelque chose d’invisible à l’homme qui peut s’emparer de lui et détruire sa vie? Enfermée entre les quatre murs de cet hôpital, que fera Camille quand elle constatera que sa vie ne lui appartient plus? Pour quoi, ou plutôt pour « qui » vit-elle?

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[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Je sais que ma chronique peut sembler très mitigée, et de fait, elle l’est. Et pourtant j’ai trouvé dans ce roman un côté très addictif qui m’a plu, et qui me donne envie d’aller plus loin.

Acherontia

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

DEPUIS DES MILLÉNAIRES, LES MIRÉCÈS ADORENT LES DIEUX ROUGES ASSOIFFÉS DE SANG. Bannis des terres fertiles du Rilpor, ils vivent à la dure dans les montagnes glacées. Mais leur nouveau roi planifie l’invasion de leur pays d’origine… alors que le prince de Rilpor, qui conspire contre son père dont il convoite le trône, se tourne à son tour vers les sinistres rituels des Dieux Rouges. Dom Templeson fait partie des Sentinelles qui veillent sur la frontière. C’est aussi le devin le plus puissant que l’on ait vu depuis des générations. Et il cache de sombres secrets qui risquent d’être révélés le jour où Rillirin, une esclave mirécès en fuite, fait irruption dans son village, blessée et à bout de forces. Grâce à leurs dons comme à leurs liens avec l’ennemi, Dom et Rillirin pourront-ils sauver le Rilpor de la guerre qui s’annonce ?

 

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

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Acherontia’s chronicles – Godblind 1

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Je tiens d’abord à remercier les éditions Bragelonne pour ce service presse. C’est une lecture que j’avais demandé sur la plateforme Netgalley.fr, et cela m’a fait très plaisir d’être sélectionnée pour le lire et le chroniquer!

Pourquoi ai-je demandé cette lecture en particulier? Parce que le résumé m’a plu, tout simplement. Je vois que l’auteur nous parle de dieux assoiffés de sang, de guerre, de sinistres rituels… forcément, j’accroche! Et puis bon, il faut avouer aussi que la couverture n’y est pas étrangère. Je sais que l’habit ne fait pas le moine, mais vous savez, je peux parfois être bien faible face à un visuel attractif…

Du sang gicla sur les doigts de Rillirin, sur son bras, son visage, sur sa gorge et sa poitrine, en vagues chaudes qui allèrent lécher le sol, puis les genoux de Liris se dérobèrent et il tomba. Elle tomba avec lui en continuant de lui assener coup sur coup bien que cela fût inutile, et bien après que Liris eût lâché un dernier souffle bouillonnant de sang ; jusqu’à ce que le visage du roi, son cou et son torse, ne fussent plus qu’une masse sanguinolente de chairs déchirées.
Rouge de sang, rouge comme la vengeance, Rillirin cracha sur le cadavre et attendit la nuit.

Godblind T1, d’Anna Stephens

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Je dois avouer qu’en matière de dark fantasy, je me serais attendue à mieux. Déjà à l’ouverture de mon ebook, je suis déçue : aucune carte ne vient introduire ma lecture. C’est pourtant un minimum pour un roman de fantasy, me semble-t-il. Je ne peux calculer le nombre de fois où je me suis fait une joie de détailler ces cartes, m’en imprégnant au maximum afin de pouvoir suivre presque visuellement les pérégrinations des personnages. Là, pour le coup, ça sent le sapin…

Au fil de ma lecture, je constate que l’univers dépeint par Anna Stephens est assez réduit. Heureusement, d’un côté, car nous n’avions pas de carte. Malheureusement d’un autre côté, car j’aurais vraiment avoir un univers plus large et plus construit. L’auteur se concentre sur une petite région qu’est le Rilpor et ses alentours. On se doute que cette région doit faire partie d’un univers beaucoup plus large, mais cet univers n’est à aucun moment évoqué. Pas même une mention ou un clin d’œil à d’autres contrées, d’autres peuples, d’autres cieux. C’est assez perturbant, car cela confère un sentiment d’étroitesse, d’emprisonnement. Ce sentiment est encore plus renforcé par le fait que l’histoire même ne détaille que peu l’histoire du Rilpor. Même le bannissement des dieux du sang, événement pourtant majeur et au centre du récit, n’est pas suffisamment développé. Et c’est bien dommage!

Moi qui m’attendais à quelque chose d’innovant, j’en ai été pour mes frais, car nous sommes clairement sur de la fantasy tout ce qu’il y a de plus classique. Un univers médiéval, des dieux, des hommes qui font la guerre pour leurs beaux yeux, des machinations et des intrigues politiques, des trahisons… Rien de nouveau sous le soleil, donc. C’est de la bonne fantasy, mais cela ne renouvelle absolument pas le genre.

L’intrigue était au final assez linéaire. N’eut été la belle surprise réservée vers la fin du premier tiers du roman, qui m’a arraché un « Noooooon, c’est pas vrai!! » bien malgré moi, force est de constater que l’histoire est très convenue, voire cliché par moment.

Elle tomba dans une eau si froide qu’elle eut l’impression d’être lardée de coups de couteau. Jusque-là, elle avait cru avoir froid, mais ce froid-là brûlait. Le monde se recroquevilla, et elle toucha le fond. Elle s’efforça de lutter contre ses jupes qui la tiraient vers le bas. Sa tête jaillit de l’eau. Elle prit une grande goulée d’air à grand renfort de gargouillis. Ses poumons se mirent à la brûler à l’instar de sa peau. Ouvrant les yeux à temps pour voir le rocher sur lequel le courant la propulsait, elle se recroquevilla et fit l’effort d’enfoncer sa tête sous l’eau glaciale. Elle rebondit sur l’obstacle, puis le courant l’emporta derechef ; chaque respiration était un combat pour ne pas suffoquer à cause du froid et de l’insidieuse léthargie qui envahissait ses membres.
Elle entendait l’écho d’hommes et de chiens se perdre derrière elle, loin au-dessus du cours d’eau. Si elle survivait au froid, au poids de ses vêtements qui la tirait vers le fond, aux rochers, aux rapides et aux chutes, elle se ferait un plaisir d’adresser quotidiennement ses prières au premier dieu qui voudrait d’elle.

Godblind T1, d’Anna Stephens

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Ce manichéisme, on le retrouve déjà dans le panthéon des dieux même. D’un côté, il y a les méchants dieux du sang, qui ont besoin de sacrifices humain pour percer le voile de leur geôle et revenir dans le monde « réel », et d’un autre côté, il y a les dieux de la lumière, qui s’opposent à leur retour.

De cela découle beaucoup de contraste parmi les peuples qui vénèrent ces dieux. Forcément, les Mirécès, qui vénèrent les dieux du sang, cherchent à aider ceux-ci à percer le voile. Ils s’opposent donc aux Rilporiens, qui vénèrent les dieux de la lumière, la Danseuse et le Dieu Renard. On a donc une seconde couche de manichéisme, avec les méchants Mirécès contre les gentils Rilporiens.

Personnellement, j’aurais apprécié plus de nuances, des personnages plus contrastés, qui hésiteraient entre l’une ou l’autre croyance, qui se verraient attirés par le « côté obscure de la force ». Et a contrario, des personnages au départ mauvais, qui changeraient progressivement d’avis, que ce soit de leur propre chef ou par la force des choses. Certes, il y a Dom, le calestar, dont la Dame d’Ombre se sert comme d’une marionnette. Mais il reste finalement un des seuls personnages réellement intéressant, par rapport à cet aspect-là.

Moi, ça me rappelle un sketch des Inconnus, où une jolie japonaise demande à Bioumane « Mais pourquoi ce méchant me veut-il du mal? », et Bioumane de répondre « Parce que t’es une gentille! ». Vous voyez le topo? Bon après, heureusement, les Rilporiens ne dégomment pas les Mirécès à coup de rayon laser de Dorothée, et les Mirécès ne font pas des taches sur les vêtements que même Skip Machine ne pourra pas enlever…

La neige collait les cheveux de l’Élue à son crâne et donnait à leur blond vif une couleur sable plus terne. Il ne peut s’empêcher de sourire en voyant son inconfort, même si elle le cachait bien. En tant que chef de guerre du Roc du Corbeau, il avait couru et combattu par tous les temps que les montagnes lui avaient infligés. Il était fait pour ça. Le sacrifice et la communion demandaient sans doute leur lot d’efforts mais, pour une fois, Lanta était dans son monde à lui, et il avait bien l’intention qu’elle s’en aperçût.
De la lumière. Corvus s’arrêta en dérapage contrôlé et leva un bras pour empêcher Lanta de le dépasser. Ses guerriers s’écartèrent pour former une ligne d’escarmouche et se baissèrent. Corvus scruta les arbres devant eux. Plusieurs feux de camp et une odeur de cuisine.
– Par les couilles de Gosfath, grogna-t-il, nous avons trouvé leur village de merde.

Godblind T1, d’Anna Stephens

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Des personnages, justement, parlons-en. Ils sont, à mon sens, le point fort de ce roman. Parmi ceux qui m’ont le plus touchée, il y a Dom, cité plus haut, Rillirin, Crys, Tara, Gilda,

L’auteur fait la part belle aux femmes, qui savent se battre et se défendre, qui sont fortes, intelligentes, courageuses, mais non pas infaillibles, car elles conservent leur sensibilité féminine, et parfois leur fragilité. Certains personnages masculins aussi peuvent se montrer sensibles et fragiles, à l’instar de Dom, dévasté par son don de divination et à la merci des dieux, ou Rastoth, traumatisé par le décès de son épouse.

J’ai presque envie de dire que, heureusement, le manichéisme ambiant ne s’est pas propagé aux personnages. Car ceux-ci, même s’ils appartiennent chacun à un camp précis, sont complexes et contrastés. Encore que… Du côté Mirécès, les personnages sont quand même à peu près tous manipulateurs, assoiffés de pouvoir et très portés sur la destruction. En cela, on ne peut pas vraiment les qualifier de profonds et complexes, puisqu’ils ont tous les mêmes motivations, déchiffrables comme un panneau d’autoroute. On pourrait toutefois trouver un certain intérêt à Lanta, mais fondamentalement, les « méchants » sont à peu près tous faits dans le même moule. Ceci étant, ils ont tous l’avantage que le lecteur aime à les détester.

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Un autre point fort du roman, ce sont les scènes de pure violence : torture, combats, assassinats, cruauté gratuite… Les amateurs de gore s’y retrouveront assez bien. En cela, la couverture et le résumé ont tenu leurs promesses! Pas de publicité mensongère, le lecteur en prend plein la vue, en particulier dans une superbe scène de sacrifice rituel qui confine plus à la torture qu’à la simple exécution. Si j’étais moi-même une déesse du sang, je dois dire que je serais conquise.

Les scènes de combat sont elles aussi très abouties, il faut le reconnaître. D’ailleurs, peut-être le fait que l’auteur soit ceinture noire de karaté y est-il pour quelque chose. Et elles sont aussi très violentes. Je me suis même surprise à faire un parallèle avec Jean-Philippe Jaworski et son Janua vera. Certes, un Jaworski pas très en forme pour ce qui est des tournures littéraires, et même un peu fâché avec son dictionnaire des beaux termes du français. Mais dans le fond, la violence et le caractère cru des combats dans Godblind pourraient bien être de la même trempe.

Le troisième clou fut pour sa cheville gauche. Galtas fut éberlué par le génie de la chose, le talent avec lequel Lanta oeuvrait ; gauche, droite, gauche, droite, au fil des jambes. Il scandait la prière avec les autres et sentait la présence des dieux s’intensifier. « C’est ça le pouvoir. C’est ça la gloire. Les dieux reviendront et grande sera leur satisfaction. »
La sueur assombrissait les cheveux blonds de Lanta et le col de sa robe à mesure qu’elle clouait les jambes de [spoiler] au poteau. La tâche paraissait difficile ; trouver le bon endroit entre les os afin que le clou s’enfonçât proprement, tout en dessinant une ligne nette, régulière, avec les têtes gris terne des clous, qui descendaient le long des jambes du supplicié comme autant de tiques plates de métal se désaltérant du sang qui coulait.

Godblind T1, d’Anna Stephens

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

J’ai pu lire de nombreux avis mitigés sur la toile. Certains rejoignaient mon propre avis, et ceux-là disaient ne pas avoir envie de lire les tomes suivants. Personnellement, je sais que je lirai la suite, et avec plaisir qui plus est. Je sais que ma chronique peut sembler très mitigée, et de fait, elle l’est. Et pourtant j’ai trouvé dans ce roman un côté très addictif qui m’a plu, et qui me donne envie d’aller plus loin. Qui sait, peut-être que dans le tome suivant, il y aura moins de linéarité? Peut-être que certains « méchants » vont virer leur cuti, ce qui les rendraient bien plus intéressants. Peut-être des « gentils » vont-ils céder à l’appel de l’obscurité et du pouvoir?

Quoi qu’il en soit, et malgré les lacunes de ce premier tome, je rempilerai à coup sûr pour le prochain numéro.

À suivre, donc…

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

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[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Xapur (Les lectures de Xapur)

Lianne (De livres en livres)

Althea (Althea’s books)

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Lu dans le cadre des challenges…

Littérature de l’imaginaire 2017

Défi lecture 2017

n°1 – Un livre de ma maison d’édition favorite

Si j’étais un livre #3

Je serais le premier tome d’une saga

Lecture en cours #21

Lecture en cours #21

Série : Les nécrophiles anonymes. T2

Titre : L'étrange cas du docteur Ravna et de monsieur Gray

Auteur : Cécile Duquenne

« Qu’y a-t-il avant la mort ? »
En tant que vampire, Bob n’échappe pas à certains doutes et ressent le besoin de retrouver ses plus vieux amis. Mais les réjouissances tournent court lorsqu’un certain vampire nommé Dorian Gray hypnotise Bob et en fait son pantin. Qui est vraiment Dorian ? Quel lien l’unit à Bob ? Entre hallucinations puissantes et rares moments de lucidité, le vampire va tenter d’éclaircir ce mystère, lié à ses origines inconnues…
Népomucène, quant à lui, tente le tout pour le tout afin de ramener son ami à la raison. Parviendra-t-il à arracher Bob des griffes de Dorian ?

Lecture en cours #21
Lecture en cours #21

Éditions Bragelonne

Collection Snark

237 pages

Fantastique

Sorti en 2014 dans la collection, en 2013 à l'origine

Format ebook

Lecture en cours #21
Lecture en cours #21

Commencé le 24 mars 2017

Terminé le … mars 2017

Lecture en cours #20

Lecture en cours #20

Série : Les nécrophiles anonymes. T1

Titre : Quadruple assassinat dans la rue de la morgue

Auteur : Cécile Duquenne

Népomucène, préposé à la morgue, mène une vie tranquille et nocturne en compagnie de Bob, vampire d'environ 150 ans d'âge. Lorsqu'il manque devenir la cinquième victime d'un mystérieux assassin, son ami de longue date mène l'enquête. L'immortel est certain qu'une autre créature surnaturelle a commis le massacre.

Lecture en cours #20

Éditions Bragelonne

Collection Snark

185 pages

Fantastique

Sorti en 2014 dans la collection, en 2012 à l'origine

Format ebook

Lecture en cours #20

Commencé le 20 mars 2017

Terminé le 23 mars 2017

[Chronique] Yzé et le palimpseste, de Florent Marotta

Yzé, c'est un peu la Chuck Norris des arts magiques. Je ne serais pas étonnée que l'auteur nous apprenne qu'elle a compté jusqu'à l'infini deux fois.
Plus sérieusement j'ai sincèrement apprécié cette lecture, malgré la profusion de personnages et de clans qui ont rendu mon introduction dans l'univers d'Yzé un peu compliquée. L'histoire proposée est relativement simple, mais elle est émaillée d'une foule d'éléments très intéressants.

Achérontia

Synopsis…

Ambre Delage est une lycéenne lambda. Orpheline de père et de mère, elle vit chez sa tante Lucy qui l'élève depuis sa naissance. Un soir, un événement dépassant l’entendement va brusquement la jeter dans un tourbillon de révélations qu'elle était loin d'imaginer. Dès lors, pour la jeune fille tout bascule. Il faut fuir. Fuir sa vie tranquille, fuir son identité. Mais qui est-elle vraiment ?

La loi d'attraction universelle…

Cette lecture m'a été proposée par les éditions Taurnada, et envoyée sous forme d'ebook il y a déjà quelques mois de cela. Je tiens d'ailleurs à m'excuser une nouvelle fois auprès de l'auteur et de l'éditeur qui ont attendu longtemps cette chronique. Ma santé n'a malheureusement pas été au top niveau ces derniers temps, et plus rien de bon ne sortait de ma plume. Résultat des courses, les chroniques sortaient au compte-goutte (et encore, l'instrument semblait en mauvais état de fonctionnement…), et mon blog se voyait pratiquement délaissé. Je m'en suis longtemps désolée, sans pour autant pouvoir remédier à la situation.

Heureusement, les choses tendent à s'améliorer, et je reprends peu à peu le chemin de l'écriture, encore que je me sente comme un faon effectuant ses premiers pas sur le sol inégal de la forêt. Mais l'envie de reprendre y est, et c'est ce qui compte! 

Préambule…

Je commencerai cette chronique en vous disant qu'à la lecture de ce roman, j'ai distingué deux parties plus ou moins distinctes, surtout au point de vue du style. Je diviserais le livre en deux parts égales, à quelques pages près.

Je vous avouerai que j'ai dû m'accrocher durant la première partie. Pas que le roman était désagréable à lire, au contraire, mais l'histoire était si dense qu'elle en devenait difficilement pénétrable. C'est ce que je vais vous expliquer dans les paragraphes qui suivent.

Puis au fil de l'histoire, au fur et à mesure que je me suis rodée aux personnages, aux différents camps, aux tenants et aux aboutissants, je suis progressivement entrée dans l'histoire… pour ne pratiquement plus décrocher jusqu'à la fin.

Une première partie de roman riche…

De bonnes bases…

J'évoquais plus haut mes difficultés à "entrer dedans". Je ne peux bien sûr pas exclure que ceci résulte partiellement de mon récent passage à vide et de mes soucis de santé. Mais, ayant lu l'avis d'autres lecteurs et blogueurs sur différents sites, je ne peux que les rejoindre en ce sens que l'histoire est incroyablement dense et ne se laisse pas facilement aborder. 

Les premiers chapitres, pourtant, étaient prometteurs, encore que l'idée de départ puisse paraître un peu téléphonée. Une jeune fille, Ambre, rentre chez elle après l'école avec un ami. Le soir même, elle et sa tante sont agressées à leur domicile et doivent fuir pour leur survie. Dès lors, ce qui faisait le quotidien d'Ambre se voit définitivement bouleversé, à commencer par sa propre identité. Vous en conviendrez, c'est un début d'histoire assez typique.

Mais… car il y a toujours un mais… très vite, on se rend compte que l'on n'a pas affaire à un univers typique. Des anomalies se glissent dans le monde tel qu'on le connaît, des termes étranges qui ne figurent certainement pas au dictionnaire viennent émoustiller la curiosité (qu'est qu'une "nova", au juste?). Plus les deux femmes en fuite s'enfoncent dans les rues de la ville, et plus notre univers si familier vacille. Les artères urbaines semblent bizarrement peuplées… Il n'y a plus de foule vaquant à leur shopping ou flânant devant les vitrines. En revanche, on voit surgir des personnalités insolites, des membres d'une confrérie très conservatrice aux attitudes particulièrement agressives. Qui sont ces Frères de la Lumière qui commettent tant d'atrocités? Et ces gens qui poursuivent les deux femmes, ils ont de bien étranges pouvoirs… Et la tante d'Ambre, n'a-t-elle pas elle aussi manipulé les éléments de façon étonnante? D'ailleurs, la voilà qui appelle Ambre par un autre prénom, Yzé… La jeune fille, perdue, ne peut que se reposer sur sa tante pour s'en tirer. Quant au lecteur, perdu lui aussi, dépaysé plutôt, il ne peut que se reposer sur l'auteur pour espérer quelques explications.

Ambre s’accrocha à Lucy pour se donner du courage et elles avancèrent dans le brouillard. Derrière elle, la bête avait cessé de crier.
La progression dans cette purée de pois était une expérience stressante pour Ambre. Sa vision s’arrêtait à l’épaule de sa tante qui la précédait. Sur quoi allaient-elles tomber ? Et la créature qui avait mis fin à ses hurlements. Était-elle morte ou avait-elle réussi à s’échapper ? Ses nerfs étaient mis à rude épreuve. Plusieurs fois, le voile glissa sur une masse sombre qui se révéla être un objet inanimé pour le plus grand soulagement d’Ambre.
Lucy semblait progresser sans difficulté apparente. Elle usait de prudence, mais n’était pas gênée par la visibilité réduite. Au bout de quelques minutes, elle parut pourtant tâtonner. Revenue sur ses pas, elle s’arrêta enfin devant une porte en bois avec un heurtoir. Lucy saisit l’anneau de fer que tenait une gueule de loup et cogna contre le montant. Ambre sursauta tellement le son résonna. D’un œil inquiet, elle scrutait les volutes qui les entouraient. Elle se sentait oppressée et s’attendait à ce qu’une tête de chauve-souris surgisse du néant.

Yzé et le palimpseste, de Florent Marotta

Un foisonnement de personnages…

Très vite, les actions s'enchaînent et le suspens est à son comble. Yzé et sa tante parviendront-elles à quitter la ville saines et sauves? Et c'est à ce niveau-ci de l'histoire que cela se corse…

Là où je suivais paisiblement – ou presque – les mésaventures des deux héroïnes, essayant de me familiariser avec l'univers pratiquement post-apocalyptique proposé par l'auteur, bam! Me voici assaillie d'une salve incroyable de nouveaux personnages. En l'espace de quelques chapitres, je fais la connaissance – pas toujours agréable – d'une mère et de son fils, tous les deux Frères de la Lumière, qui veulent capturer Yzé. D'autres Frères de la Lumière interviennent aussi, qui semblent être les commanditaires de cette mise à prix. Puis l'on rencontre quelques personnages turbulents issus d'un clan de magiciens appelés les Magis. Il y a ceux qui poursuivent Yzé, et il y a ceux qui tirent les ficelles. Et je dois bien avouer que je me suis un peu emmêlée les pinceaux dans une profusion de noms et de personnalités étranges et assez peu bienveillantes.

Peu de temps après, on fait la connaissance des habitants du village Wicce, et là non plus, ce n'est pas simple. En gros, ils sont nombreux, et dans leur grand nombre, on distingue des "gentils" Wicce, qui essaient d'aider Yzé, et des "moins gentils" Wicce, qui aimeraient bien la mettre à la porte par jalousie et envie. Mais attention, car ce village Wicce comporte aussi des "non-Wicce", une famille mise au ban de leur petite société presque bien rodée pour de sombres histoires du passé. On les appelle les Tugenstein, et la plupart des gens du village les évitent pour leur étrangeté. 

Bref, vous l'aurez compris, des personnages, il y en a beaucoup, et ce n'est pas toujours facile de se rappeler de tous les noms et du clan auquel ils appartiennent. En attendant que l'histoire me permette de me familiariser plus avec chacun, j'ai avant tout retenu s'ils étaient pour ou contre Yzé. Et c'est déjà pas mal. 

Mais au fait, pourquoi Yzé ne s'appelle-t-elle pas Ambre, au final? Et pourquoi les deux tiers des personnages souhaitent-ils sa mort? 

Elle était très grande et très mince, noueuse. Son visage était dur, première impression renforcée par les os qui saillaient sous sa peau et le rendaient aussi abrupt qu’une paroi rocheuse. Ses cheveux coupés très court lui donnaient un air masculin.
Yzé regarda Lucy s’approcher d’elle et la serrer dans ses bras. Les deux femmes échangèrent quelques mots et revinrent.
« Ange, une très ancienne amie », fit Lucy qui la désigna de la main.
Le regard que porta la nouvelle arrivante sur Yzé la cloua sur place. Elle voulut lui souhaiter la bienvenue, lui dire qu’elle était contente de connaître une amie de sa tante, mais la lueur de colère qui passa dans ses yeux l’en empêcha. Puis son visage se transforma et Ange présenta sa main à Yzé, un timide sourire aux lèvres.
« Enchantée », dit-elle.
Yzé se demanda ce que signifiait cette expression qu’elle avait entraperçue, puis bredouilla un bonjour.
« C’est une Wicce d’air, comme toi, Fall. »
Fall la regarda des pieds à la tête comme s’il la jaugeait et se résolut à lui tendre la main. Sa grosse paume enserra celle, fine et sèche, d’Ange. Aucun des deux ne prononça un mot.

Yzé et le palimpseste, de Florent Marotta

Des Wicce et des Magis…

Je vous parlais de deux clans distincts de magiciens, les Wicce, dont Yzé et sa tante font partie, et les Magis, qui leur cherchent des noises. 

Les Wicce sont des magiciens qui manipulent les éléments, c'est-à-dire l'eau, le feu, l'air et la terre. Chaque Wicce contrôle un seul de ces éléments.

Pour les Magis, c'est un peu différent. D'ailleurs, ils sont plus sorciers que magiciens. Car ils utilisent une forme de magie plus sombre qui leur permet de s'assurer les services de démons qu'ils invoquent lorsqu'ils en ont besoin. Et qui dit démons dit souvent vilaines bestioles malfaisantes, pernicieuses et violentes. 

Les deux clans se vouent une haine mutuelle assez violente et en viennent aux mains (ou devrais-je plutôt dire, aux sorts) bien trop souvent.

Il existe d'autres formes de magie, comme celle des Tugenstein, radicalement différente de celle des Wicce et des Magis. Mais je vous laisse découvrir par vous-même de quoi il retourne…

Ce fut le froid de la roche qui l’accueillit. Elle en ressentait les aspérités, sa rugosité, mais rien d’autre.
« Je ne ressens rien.
– C’est normal la première fois, expliqua Lucy. Tu as eu une expérience du pouvoir quand tu as frappé Myria. C’est cette sensation que tu dois retrouver. Je vais t’aider. »
Lucy posa sa main par-dessus celle d’Yzé et Ange appliqua la sienne à côté.
Elle sentit la douce chaleur de sa tante qui contrastait avec la froideur de la roche. Puis des fourmillements commencèrent à lui parcourir les doigts et se propagèrent à ses bras. Yzé se concentra davantage pour retrouver la sensation de bouillonnement. Ce fut plus simple qu’elle ne l’avait cru. Son ventre se mit à vibrer d’une tiédeur qui l’enivra jusqu’à envahir chaque particule de son être. Le monde autour d’elle prit une autre teinte, plus brillante, comme s’il révélait sa véritable nature. Les couleurs étaient plus intenses, profondes et chaque chose pulsait de vie.

Yzé et le palimpseste, de Florent Marotta

Des Frères de la Lumière…

Les Frères de la Lumière sont donc un ordre religieux particulièrement conservateur et virulent. Ils s'opposent fermement à toute forme de magie, quelle qu'elle soit, et n'hésite pas à torturer ou mettre à mort tous ceux qui la pratique. 

Très vite, l'on s'aperçoit qu'ils se servent de leur religion comme d'un prétexte pour "casser du magicien". Mais finalement, n'est-ce pas une belle métaphore de ce que nous vivons en ce moment avec certains intégristes? 

Le temps jadis. Le sujet préféré de Lucy Delage. Ambre l’avait tellement entendu qu’elle n’en pouvait plus. Un temps où les villes n’étaient pas ce qu’elles sont devenues. Une époque où le religieux n’avait pas une place si prédominante et n’était pas source de conflit.
Nova Lugdunum s’était appelée Lyon autrefois. Les bourgades avoisinantes avaient été absorbées par une population sans cesse grandissante. Et puis ç’avait été la famine, la lutte pour l’eau et un bout de terre. Certains pensaient que c’était un châtiment divin, d’autres que c’était une seconde chance. Quoi qu’il en soit, la démographie avait drastiquement décliné avec les guerres pour les ressources et les nouvelles maladies. Aujourd’hui, la plupart des humains vivaient à l’intérieur d’espaces sécurisés appelés Nova.
Ce n’était pas le paradis, mais les Nova avaient donné un semblant de protection à ses habitants, quand à l’extérieur les hommes survivaient ou mourraient selon la loi du talion.
Lucy Delage s’inquiétait particulièrement de la montée des religieux et principalement de la Fraternité de la Lumière. Branche dévoyée du Christianisme, un groupe de fanatiques qui prêchaient pour que l’homme tende vers la Lumière, vers Dieu. Des milliers de personnes adhéraient à ce mouvement croissant. Quand, en plein désarroi, on vous promettait une vie meilleure, les désespérés étaient enclins à y croire.
Le gouverneur de Nova Lugdunum avait bien du mal à s’opposer à la puissance des Frères de la Lumière, si bien qu’il n’avait pu empêcher la création du Saint-Office, sorte d’inquisition moderne.

Yzé et le palimpseste, de Florent Marotta

Un personnage (trop) parfait…

Dans l'absolu, Yzé est parfaite. Trop parfaite, même. 

Elle est belle, pour commencer. De longs cheveux roux bien fournis, de grands yeux verts, mince (le corps, hein, pas les yeux!). Bref, un véritable ravissement pour la vue. Par-dessus le marché, c'est une demoiselle intelligente, sensible mais pas trop, sociable, à l'écoute des autres, toujours prête à aider ou à consoler, tolérante, ouverte d'esprit, volontaire, et dotée d'un caractère bien trempé. Que demander de mieux?

Ces deux points, déjà, suffiraient à attirer suffisamment de convoitises pour justifier le fait qu'autant de monde lui en veuille. Mais il y a autre chose encore…

Yzé est douée. Incroyablement douée. Les pouvoirs des Wicce nécessitent plusieurs années d'étude et de pratique pour les maîtriser? Qu'à cela ne tienne! Yzé apprend tout cela en quelques journées seulement! Il faut toute une vie ou plus pour apprendre à maîtriser d'autres éléments que le sien? Qu'à cela ne tienne! Yzé apprend cela en une petite semaine! 

Yzé, c'est un peu la Chuck Norris des arts magiques. Je ne serais pas étonnée que l'auteur nous apprenne qu'elle a compté jusqu'à l'infini deux fois. Là, c'est sûr, un personnage aussi gonflé de perfection, moi, ça me donne des envies de meurtre. Mais il y a encore autre chose…

La demoiselle ferait partie intégrante d'une prophétie ancienne, et beaucoup aimerait que celle-ci ne se réalise pas. Mais chuuuuut! Je ne vous ai rien dit…

Mais ne croyez pas que je me gausse bêtement du personnage d'Yzé, car il m'est moi-même arrivé de créer des personnages pour qui tout est trop facile. Je ne peux décemment pas jeter la pierre, d'autant plus qu'Yzé a des côtés très attachants aussi. Certes, elle est parfaite à tous points de vue, mais la vie ne l'a pas épargnée (orpheline, tout de même…) et elle continue à ne pas lui faire de cadeaux. Si elle semble tout réussir au niveau magique, je peux vous assurer que le tragique de la vie la rattrape plus vite qu'un Eurostar lancé à pleine vitesse. 

 

La lumière s’infiltra petit à petit et força Yzé à refermer ses paupières et à passer sa tête sous l’oreiller.
L’abri de la couette ne suffit pas pour éviter la déferlante d’images qui s’imposa à son esprit. Elle revit en accéléré la dernière nuit qui s’était avérée mouvementée. Avec précaution, elle sortit sa tête de sa cachette et ouvrit les yeux. Le lit de Lucy était vide, les couvertures repoussées dans le fond.
Yzé s’assit et voulut attraper ses habits qu’elle avait déposés sur la chaise proche de la fenêtre. Ils n’y étaient plus et en lieu et place elle en trouva d’autres correctement pliés en une pile. Yzé sourit à cette attention qui ne pouvait venir que de sa tante et se pencha pour saisir les vêtements. Son regard s’arrêta sur une paire de bottes noires en cuir souple sans talons. Habillée de la tête au pied !
Le pull serré lui allait à merveille. Tout à fait dans ses goûts. Noir intense, petites sangles qui partaient de divers endroits. Le pantalon, lui, était neutre. De la même couleur que le haut, il possédait de grandes poches sur les côtés qui le faisaient ressembler un peu à un baggy en plus ajusté. Yzé passa les bottes qu’elle remonta par-dessus le pantalon. Satisfaite, elle se leva et fit jouer ses doigts de pied. Elle se sentait à l’aise et l’aurait été davantage si elle avait pu faire un brin de toilette.

Yzé et le palimpseste, de Florent Marotta

Une seconde partie de roman captivante…

Vous n'imaginerez jamais ce qui m'est tombé dessus une fois que je me suis faite aux personnages initiaux? Des nouveaux personnages, tiens! 

Ils me tenaient en embuscade, dissimulés derrière le coin d'un chapitre. Fi, les vilaines créatures! Des Magis, en plus… Et pas n'importe lesquels! De vieux Magis tous moisis, tout droit sortis des caveaux dans lesquels on les avait relégués depuis des centaines d'années (ou était-ce des dizaines?). Quel sombre dessein les pousse à venir fourrer leur nez dans les affaires des Magis actuels, c'est ce que vous apprendrez dans la seconde moitié du roman. 

Car devinez quoi? Eux aussi veulent la peau d'Yzé! Cela devient une obsession… Mais cette fois-ci, Yzé et ses amis ont du souci à se faire, car ces Magis-ci sont plus coriaces que les premiers! 

Si j'ai dû m'accrocher en début de roman pour ne pas vider les étriers et rester dans la course avec Yzé, la deuxième partie du roman m'a totalement happée! Et ça, j'achète, évidemment!

Quid du titre?

Il est une question qui m'a taraudée pendant la presque totalité de mon temps de lecture. Quand apparaîtra donc le fameux palimpseste dont il est question dans le titre? 

Entre parenthèses, pour ceux qui ne sont pas habitué au vocabulaire codicologique, un palimpseste est un manuscrit dont on a gratté ou effacé l'écriture pour réécrire par-dessus

Hé bien, il apparaît, rassurez-vous! Il vous faudra attendre les derniers chapitres, mais il est bien présent, et il a son importance, même si elle est tardive. Mais je dois avouer que cela m'a décontenancée. Pourquoi intituler un roman "Yzé et le palimpseste" si ledit palimpseste n'apparaît qu'à la toute fin? L'auteur serait-il donc maître dans l'art des teasers à très longue durée? Certes, le titre ainsi formulé ne manque pas d'originalité, et il attire indubitablement l'attention du lecteur. Mais si c'est pour faire languir ce dernier dans l'attente d'une explication qui tarde à venir, où est l'intérêt?

Je vous avoue qu'en tant que lectrice, cela m'a déroutée, au point que j'en suis venue à me demander s'il ne manquait pas quelque chose dans l'ebook que l'on m'avait envoyé. La seconde moitié du roman, par exemple… D'autant plus que le roman s'arrête un peu abruptement. Certes, l'intrigue principale est résolue, ou presque, mais je m'attendais honnêtement à ce que cela continue. Cette impression était renforcée par le fait que ni la couverture ni la page de titre ne fait mention d'un second tome. À l'entame de ma lecture, j'étais donc totalement convaincue d'avoir affaire à un one shot dont la chute me dévoilerait les zones d'ombres de l'intrigue. Que neni! Ce sera "suite au prochain numéro"!

En résumé…

J'ergote sur des détails, dans cette chronique, mais ceci dit j'ai sincèrement apprécié cette lecture, malgré la profusion de personnages et de clans qui ont rendu mon introduction dans l'univers d'Yzé un peu compliquée. L'histoire proposée est relativement simple, mais elle est émaillée d'une foule d'éléments très intéressants, comme la magie des Wicce et des Magis, le zèle des Frères de la Lumière, la ténébreuse sorcellerie des Tugenstein, les Rêveurs… 

Le personnage d'Yzé est certes parfois énervant de tant de perfection, mais elle n'en reste pas moins une jeune fille attachante qui a su gagner mon coeur de lectrice. Ses amis, à mon sens, sont encore mieux, parce qu'ils sont imparfaits au départ, mais ils luttent pour surmonter leurs difficultés et leurs peurs. 

Quant à la chute, elle est sympa et plutôt bien pensée. J'attends donc impatiemment la suite!

Ma note : 15/20

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

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Votre dévouée,

Acherontia.

[Chronique] Le prix des âmes. Tome 1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

[Chronique] Le prix des âmes. Tome 1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Synopsis…

Chaque fantôme resté en arrière a une histoire, et aucune d'entre elles ne peut laisser indifférent celui qui les écoute… "Lorsque je relève les yeux de la rivière, je capte nos reflets dans la vitre. Un peu plus grand que moi, Calame paraît soudain bien trop jeune. Je m'apprête à lui sourire, dans ce miroir de fortune, quand une silhouette se joint au tableau. Et je n'ai le temps de rien". Petrichor est habitué aux missions difficiles. On ne sait jamais ce que les âmes perdues nous réservent, même lorsqu'on est là pour les délivrer de leurs tourments. Et avec les spectres qui peuplent l'île sur laquelle il a été envoyé, il n'est pas au bout de ses surprises. Coupé du monde, confronté à une histoire sordide dont il démêle les fils un à un, Petrichor pourrait bien basculer dans le piège de la solitude et la noirceur qu'elle entraîne si Calame ne débarquait pas à son tour sur ces rivages désolés. Appartenant à l'organisation adverse, qui capture les âmes pour les revendre au meilleur prix, tout le sépare de Petrichor. Pourtant, ils ne tardent pas à unir leurs forces face au danger qui les menace, outrepassant tous les interdits que leur imposent leur don et les deux institutions rivales pour lesquelles ils travaillent.

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon second roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour août 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne et leur collection Snark pour ce partenariat et la découverte de cet ebook.

Ce qui m'a attirée plus particulièrement vers cette lecture? Vraiment, vous ne vous en doutez pas?! Même pas un tout petit peu?

Eh bien, ma foi, c'est une histoire de fantômes! Et moi, j'adore, que dis-je, je suis totalement amoureuse des histoires de fantômes! Et celle-ci m'a littéralement transportée!

[Chronique] Le prix des âmes. Tome 1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

À mes mots, Calame acquiesce. Il se lève en détournant le regard. Ce qu’il vient de se passer reste entre nous sans que personne n’ose crever l’abcès, et j’ai besoin d’air.
Je traverse la maison au pas de course, sans plus m’inquiéter de croiser quoique ce soit. Lorsque j’émerge sur la terrasse, l’orage éclate enfin, éventrant les nuages. Ils déversent sur moi une pluie drue, qui me trempe aussitôt. Je ramasse nos deux sacs pour les balancer à l’intérieur, mais je retourne dehors pour me planter sous l’averse, comme si elle pouvait me laver les idées, à défaut de me purifier. Rien de tout ça ne se passe, mais à me retrouver rincé jusqu’aux os, mon corps se calme enfin, mon cœur aussi.
En relevant la tête, j’aperçois Calame qui m’observe, impassible. Je lui rends son regard, sans sourire, aussi paumé que lui, avant de le rejoindre à l’intérieur.

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Ghostbusters…

Vous l'aurez compris, Petrichor est un Sillonneur, une sorte de chasseur de fantômes. Il parcoure le monde de mission en mission afin de refermer les "sillons", ces traces qui unissent notre monde à celui des morts. Le but final est d'aider ces esprits à retrouver la paix et à retourner dans leur univers sans plus troubler le nôtre.

La vision que Céline Etcheberry présente des fantômes est très poétique, et au final très gothique. Certains d'entre eux sont presque attachants, d'autres vous feront froid dans le dos, mais dans tous les cas, aucun ne vous laissera indifférent.

Mes semelles crissent contre la neige qui recouvre les racines et les feuilles tombées autour du chêne. Sans ce corps au visage bleuté empêtré dans ses branches, l’arbre aurait tout de majestueux. Même cette clairière, enveloppée d’un manteau pâle et nimbée d’une aura aveuglante, m’évoque un calme serein, une nuit au coin du feu, et comme me le ferait remarquer Lucy, le chocolat chaud, son péché mignon. J’écarte les flocons amassés à même l’écorce, pour confirmer mes suspicions. Impossible que cette femme ait mis fin à ses jours ici, en haut d’une branche inatteignable. Tout cela a été préparé avec un soin particulier, même si je n’en connais pas la raison.
À hauteur de mon visage, je remarque des entailles dans le tronc qui témoignent de la présence d’une échelle. Quelqu’un a passé la corde au-dessus de la branche où se trouve désormais la défunte, avant de la nouer hors d’atteinte, une fois son forfait accompli.
Lorsque je viens me poster sous les branchages, la morte baisse les yeux pour tâcher de m’apercevoir. Je me décale pour lui rendre son regard et surtout, réussir à l’observer de plus près. Des traces de lutte recouvrent ses avant-bras, marqués de griffures et d’ecchymoses. Les mêmes que j’entrevois autour de son cou, même si celles-ci, seules, auraient pu simplement justifier un changement d’avis trop tardif.
Sa peau livide rend sa tenue plus noire encore. À la manière des bonnes d’antan, elle arbore un uniforme strict qu’aucun bijou ne vient rehausser. Je parcours en mémoire la liste des domestiques du manoir, avant d’en retenir deux : Marieke et Annie. Laquelle des deux a mérité de finir ses jours ainsi, pendue à une branche ?
Son calme soudain me déconcerte. Silencieuse, elle traque chacun de mes mouvements d’un œil avide, la corde geignant chaque fois qu’elle s’agite. D’une main, je chasse quelques flocons amoncelés sur mes joues, et je jurerais la voir sourire.

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Alone in the dark…

Dans cette histoire, les fantômes filent la chair de poule, c'est vrai. Mais cela ne serait rien sans le cadre et le contexte du récit. Parlons du cadre tout d'abord.

Petrichor atterrit sur une île de cauchemar, littéralement. Une île hantée sur laquelle est bâti un manoir de style victorien. Les propriétaires ont bien essayé de vendre, mais les acheteurs potentiels fuyaient irrémédiablement, la peur au ventre. Rien n'y fait, l'atmosphère lourde et les apparitions spectrales rebutent jusqu'au plus téméraire d'entre eux.

Le manoir en lui-même est "creepy" au possible, avec ses tapis en lambeaux, son humidité, ses champignons, ses meubles d'un autre temps, ses objets hétéroclites à l'usage le plus souvent macabre, ses fenêtres brisées, ses cadavres d'animaux entrés par hasard et qui ont été incapables de trouver la sortie, ses plantes en pots devenues jungle… Bref, tout est parfait jusque dans le moindre détail.

Le tout présente un petit côté "Alone in the dark" qui m'a beaucoup plu, surtout lorsque Petrichor découvre les environs du manoir de nuit à la seule lueur de sa lampe torche…

À mesure que j’avance vers le manoir, j’en examine attentivement la façade. En me basant sur le nombre de fenêtres et d’étages, je devine que ces trois jours seront amplement nécessaires pour tout explorer. Une prière silencieuse m’échappe : pourvu que ce que je cherche se trouve bien à l’intérieur. Je n’ai jamais aimé courir les sous-bois.
La terre meuble du chemin se dérobe sous mes pieds, malmenée par les ans et les intempéries. J’atteins le haut de la butte, et la poussière cède la place aux graviers qui crissent sous chacun de mes pas. Au centre d’une grande place ovale trône une gigantesque fontaine, depuis longtemps tarie. Des moisissures pendent autour d’un plateau autrefois majestueux et dégoulinent jusqu’à atteindre le bassin rempli d’une eau de pluie croupie. Un oiseau mort flotte à la surface. Un corbeau aux orbites vides.
Bienvenue à la maison, je pense en m’immobilisant. Si l’on devait ramener mon travail à quelques règles simples de sécurité, elles se résumeraient à : ne jamais commencer le boulot en pleine nuit ; toujours repérer les environs ; si c’est trop beau pour être vrai, ça l’est ; et, les apparences sont toujours trompeuses.
Ma lampe de poche en main, je parcours une nouvelle fois la façade des yeux. Le faisceau lumineux se réverbère contre les vitres restantes, joue brièvement sur un éclat brisé, avant de venir mourir sur le gouffre opaque d’une porte grande ouverte, à ma droite. Si seulement j’avais eu un plan de la maison, en plus de celui de l’île, j’aurais pu savoir où ça menait.

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Coupés du monde…

Une île inhospitalière, un manoir décrépit au-delà du récupérable, des émanations spectrales qui dépassent des sommets de laideur et de malveillance, qu'est-ce qui pourrait être encore pire? Ah oui, tient! Peut-être le fait que notre chasseur de fantômes soit totalement coupé du reste du monde?

Une fois son bateau reparti, pas de GSM, pas d'ordinateur, et donc aucun moyen de communication avec l'extérieur. Le bateau ne revient que trois jours plus tard, s'il revient… et aucun secours n'est prévu avant au moins six jours (date à laquelle son équipe aura constaté sa disparition).

Dans son équipage, une lampe torche, un sac de couchage, et quelques vivres. Et là, on sent une bonne vieille angoisse du manque et de la solitude repointer le bout de son nez ^^

— J’ai un problème.
Calame relève le nez, croise mon regard et s’arrête à son tour. Je lis dans ses yeux des émotions tout aussi bancales.
— Quoi ?
D’une main, je recommence à masser cette épaule qui ne me donne aucun répit.
— Un coup de déprime.
— Ah… ça arrive à tout le monde.
— Non. Enfin, ce que je veux dire, c’est que c’est bien trop soudain, et que ce sont des pensées que je n’ai jamais eues avant.
Après une poignée de secondes, Calame hoche la tête.
— Ça va sembler idiot, mais je me sens vraiment seul depuis qu’on a atteint la forêt…
— Moi aussi. Donc on a un problème.
— Coup de blues… ?
— Non, plutôt dépression spectrale. M’est avis qu’on ne va pas tarder à comprendre pourquoi. Tout ça, cette tristesse, cette solitude, ça ressemble fort à un souvenir.
— Un peu comme le vent…
Au premier abord, je ne comprends pas ce qu’il veut dire. Perdu dans mes pensées, je n’ai pas pris garde aux gémissements de la brise, qui peu à peu se sont mués en faibles lamentations. Du regard, j’explore les arbres autour de nous, ce chemin toujours courbe qui ne nous a menés nulle part.
— On tourne en rond, commente Calame en confirmant ma sensation.

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Des concepts novateurs…

Mais sur l'île où il se rend cette fois-ci, il s'aperçoit qu'un autre chasseur de fantômes s'apprête à marcher sur ses plates-bandes. Un homme de l'organisation ennemie, un Rabatteur. Dans leur clan, ils ne chassent pas les fantômes pour les aider à retrouver la paix, mais bien pour les capturer et les vendre aux plus offrants.

Pas le choix, dans ce milieu des plus inhospitalier, ils vont devoir apprendre à collaborer. Mais voilà, Calame manque d'expérience, et c'est Petrichor qui va se charger de lui apprendre quelques ficelles du métier. Certaines appellations, notamment… Ce que sont les pleureuses, ces fantômes décédés dans la solitude la plus noire et qui prennent un malin plaisir à faire ressentir la même chose à leurs victimes… les incorporations, les possessions, les charognards aussi.

Calame, quant à lui, montre à Petrichor plus que ce qu'il ne devrait montrer concernant la technologie propre à son groupe. Ces petits cubes chargés de capturer les âmes défuntes, ces scanners spéciaux qui détectent les sillons ouverts, ces lampes torches oranges qui avertissent d'éventuelles présences fantomatiques…

Toute cette science est évidemment très novatrice, et je me suis délectée de voir toutes ces belles trouvailles dont l'auteur nous gratifie. C'est d'ailleurs assez curieux, car je suis justement occupée à écrire une nouvelle mettant en scène un collectionneur d'âme et son acolyte chasseur de fantômes. J'ai donc souris dans ma barbe en voyant que quelqu'un y avait pensé avant moi… Mais que cela ne me décourage pas d'écrire ma nouvelle! Car la conception n'est quand même pas tout à fait pareille, surtout que mon histoire se passe à l'époque victorienne et relève purement du genre steampunk. Mais soit, revenons-en à nos moutons ^^

— C’est une pleureuse ! Recule, Calame !
Toujours à l’aveugle, mes doigts retrouvent son poignet, alors que je le ceinture d’un bras, trop tard. La lampe met à jour la tête de l’adolescente, penchée sur ses genoux qu’elle tient serrés contre elle de ses mains. Ses cheveux retombent en paquet, masquant encore son visage.
— Ce n’est qu’une gamine, rétorque Calame, surpris, alors que je l’attire vers l’arrière.
Il manque trébucher, et me bouscule dans son élan.
Alors, son regard tombe sur sa précieuse tablette. Les courbes palpitent et se révoltent, le vert rassurant ayant viré depuis longtemps à un rouge vibrant de mauvais augure.
— Ce n’est qu’une…
Les mots de Calame meurent dans sa gorge, son souffle s’emballe. Tandis que je le maintiens contre moi, les sanglots se muent en clameur, et la voix d’Helena envahit nos esprits. Le désespoir s’immisce de nouveau en moi, tout comme je sais qu’il envahit Calame, telle une vague oppressante, implacable. L’air me manque, l’espoir, l’envie de vivre… Un tourment étranger me submerge, balayant toute pensée cohérente, une peur insidieuse et dévorante qui cogne dans mon cœur à le faire défaillir. Soudain, les murs me semblent plus près, bien trop proches. Ma main abandonne celle de Calame pour agripper mon col, espérant le libérer de son carcan qui m’étrangle, m’empêche de respirer. Les larmes d’Helena piquent mes paupières, je sens son chagrin se déverser le long de mes joues, ses pleurs se mêler à ceux de Calame, dont les jambes faiblissent sous l’angoisse et l’abandon.
Comme hypnotisé par le danger, la main de Calame persiste à fixer sa torche sur cette enfant qui n’en est plus une. L’esprit relève la tête, et dévoile un visage creusé par les siècles, témoin d’hécatombes et d’agonies qu’elle n’a jamais connues. Je sens ma volonté ployer, noyée par une fin que je sais proche. Face à nous, la bouche d’Helena s’ouvre sans fin, de plus en plus grand, vociférant ce chant de détresse, de malheur. Sa peau flétrie pend autour de dents trop longues, me soufflant tout désir, toute espérance. Et c’est désormais moi, qui me retrouve emmuré vivant dans mon propre corps, anéanti par la terreur d’un millier d’âmes, mon cœur sur le point de lâcher battant contre mes oreilles, m’assourdissant presque. Mes geignements se joignent à ceux de Calame, alors que nous tombons à la renverse, la torche rebondissant près de nous et tourbillonnant quelques secondes pour s’arrêter, ironie du sort, sur le spectre qui nous hurle toujours sa détresse.

Le prix des âmes. T, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Comme un petit air de Sixième sens…

Dans ce roman, j'ai trouvé quelques clins d'yeux à des classiques du genre fantomatique, et à Sixième sens notamment. Tout qui lira les passages concernant le petit Fidelio seront probablement d'accord avec moi. Empoisonnement dû à un syndrôme de Munchhausen, ça doit parler aux fans du film, ça…

Des tremblements remontent le long des bras du gamin, jusqu’à secouer ses épaules.
— Oh, a-t-il tout juste le temps de marmonner avant de se mettre à baver avec profusion.
La salive dégouline le long de son menton, et il me fixe de ses yeux délavés, emplis du fol espoir de me voir l’aider. Avant que je n’aie eu le temps de réagir, il se plie en deux et dégueule à mes pieds, une masse opaque, verdâtre, striée de sang. Puis, aussi vite qu’il a commencé à se sentir mal, il se redresse, intact, et s’évapore.
Seules ses vomissures demeurent un instant, avant de s’éparpiller en poussière. Au moins, dans mon malheur, j’ai la chance d’échapper aux odeurs…

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

De la poésie gothique au macabre…

Il faut tout de même l'avouer, le gros point positif de ce roman, c'est tout de même l'incomparable écriture de Céline Etcheberry, très déliée, très féminine. Certaines métaphores étaient juste à tomber, comme ces nuages bas au ventre gonflé d'une promesse pluvieuse. Très joli, vraiment… très créatif, aussi.

J'ai trouvé les descriptions vraiment très vivantes et tellement délectables, que ce soit dans le manoir aux horreurs ou dans le désert des forêts insulaires. Et ces scènes macabres où les âmes défuntes venaient livrer leurs secrets étaient tout simplement parfaite. L'auteur possède l'art d'instiller l'horreur aussi bien que la poésie sombre qui embaume le moisi.

Une chose singulière me frappe alors que nous posons le pied dans cette chambre, pour nous retrouver face à une nouvelle mise en scène. Jamais, à travers tous les lieux hantés que j’ai fréquentés, je n’ai trouvé de spectres si organisés, rangés chacun dans leur propre pièce, à m’attendre. Les entités de cette île, parsemées à travers le manoir et ses collines, m’apparaissent trop soigneusement présentées – cataloguées faute d’autres mots. D’ordinaire, les fantômes se hâtent de découvrir les lieux qui les entourent, de venir à la rencontre des vivants qu’ils entendent ou aperçoivent, voire même sentent, grâce aux émotions qu’ils projettent. Pourtant, ici, nous les découvrons presque tous cantonnés dans leur rôle, sur les lieux de leur mort. Parqués, en somme.
Cette nouvelle pièce n’y fait pas exception. Spacieuse et autrefois bien agencée, elle n’a plus rien de l’adorable chambre d’enfants qu’elle a dû être, à une autre époque. Des volets clos filtrent une lueur blafarde qui strie la salle de longs filaments aveuglants. Les meubles et les décorations jonchent le sol en une mare éparse de jouets cassés, de débris de bois, et de lambeaux de tissu. Les rideaux mangés par les mites dégringolent des tringles de guingois, un miroir brisé reflète la lumière du jour au plafond, renvoyant les rayons du soleil à travers un mobile dont ne pendent plus que des fils et un unique avion sans ailes. Des membres de poupées se mêlent à la fourrure d’ours en peluche déchiquetés, aux voiles déchirées d’un navire de pirate foulé au pied, et aux pages trempées de dizaines de livres de contes.
Près de l’entrée, une série de têtes de baigneurs fixe le spectacle de leurs orbites noires.
Trônant au milieu de ce capharnaüm, une chaise à bascule va et vient en cadence. Sur celle-ci, une nourrice berce une petite masse emmitouflée dans une layette rongée par l’humidité. Du sang s’échappe des cavités vidées de ses yeux et de sa bouche, maculant ses joues laiteuses, son menton, sa chemise stricte.

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Un duo complexe…

De son propre aveu, Céline Etcheberry apprécie "les héros humains, plein d’erreurs et de contradictions. Qu’ils échouent, remontent la pente, trahissent ou deviennent une épaule inébranlable. Les « gentils losers », des héros plein de défauts, comme tout le monde".

On ne peut pas vraiment qualifier Petrichor de "loser", même s'il est gentil, ni même Calame, même s'il est plus sensible. Mais effectivement, ces deux personnages, sans pour autant être des anti-héros, sont là avec leurs qualités et leurs défauts, leurs forces et leurs faiblesses, leurs blessures, leurs failles, mais aussi leurs espoirs et leurs désirs. Personnellement, j'aime ces personnages complexes dont on ne sait pas tout dès le premier dialogue. Et j'ai aimé les surprises que l'auteur nous a réservé, ces parcelles de personnalité qu'ils auraient tant voulu cacher mais que la situation a fait ressurgir. Quel joli travail effectué pour rendre ces deux hommes réalistes, avec une psychologie et un background historique étoffé.

— Bien sûr que tu…
Mes paroles restent en suspens lorsque je sens ses lèvres effleurer ma peau. La chaleur moite de sa langue s’étend soudain juste sous le lobe de mon oreille, et je m’écarte sans douceur, pour agripper ses épaules.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Je suis sûr que je peux te faire changer d’avis…
Ses yeux vitreux, noyés de larmes, se rivent aux miens. Des plaques rouges s’étendent le long de ses joues, jusqu’à ses tempes. Je place le dos de mes doigts contre son front, et c’est à n’y plus rien comprendre. Calame brûle d’une fièvre nouvelle, qui a chassé le froid trop vite. Si celle-ci continue à grimper, il risque à tout instant de succomber à un malaise.
— Qu’est-ce que tu racontes ? Tu ne sais plus ce que tu dis.
— Je peux te faire changer d’avis… Si tu me laisses partir, je ne dirai à personne ce qu’il s’est passé…
— Changer d’avis sur quoi ? Mais je ne te veux aucun mal, Cal’… Ce n’est pas parce qu’on est…
— Carl, rétorque-t-il en me coupant dans mon élan. Je m’appelle Carl…
— Carl. Écoute-moi… Je sais qu’on nous a monté la tête, les uns contre les autres, mais ici ce n’est pas moi l’ennemi, tout comme tu n’es pas le mien, je…
Sa main se glisse entre mes cuisses, agile, remonte jusqu’à mon entrejambe pour s’y lover, sans qu’il ne me quitte du regard. J’éprouve toutes les peines du monde à garder mon calme, encore davantage à déglutir. Ma raison me pousse à chasser sa main, mon corps à l’encourager… À croire que je perds la tête, moi aussi.

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Drame collectif…

Cette recherche de psychologie plus compliquée qu'il n'y paraît ne se retrouve pas uniquement que dans les personnages centraux. On le voit également à la façon d'être des spectres, à leur passé tragique, à leurs souffrances.

Toute cette chasse aux fantômes met en fait en lumière un grand drame collectif, un assemblage d'événements tragiques qui s'enchaînent tels des dominos, se répercutant les uns sur les autres. Rien n'est laissé au hasard dans cette histoire. J'ai pourtant cherché la faille, la petite invraisemblance qui gâcherait l'ensemble, mais j'ai fait chou blanc. Le tout est orchestré d'une main de maître, pour le plus grand plaisir du lecteur, qui passe de suspens en découvertes, de rebondissements en compréhensions, sans qu'il n'y ait de temps mort.

Sa terreur m’envahit quand ma bouche formule ses pensées. De ces quelques mots prononcés, elle me transmet son fardeau qui éclabousse mon âme, déversant ses souvenirs à travers les miens, comme autant de rêves brisés et de soupirs accablés. Je sens toute cette horreur subie, sous les yeux aveugles des autres, les coups dissimulés par trop de fard, trop de poudre. Je sens…
Les sévices, le calvaire secret, l’angoisse du mot de trop, les ecchymoses, les cheveux arrachés, les gifles et les claques, je sens… Les marques contre son cou, habillées d’un foulard, les côtes fêlées qui empêchent d’enlacer ses propres enfants, les sourires voilés, factices, pour cacher une dent cassée. Je sens la honte, la culpabilité, la soumission, la révolte muette, les viols sous couvert de mariage, les grossesses redoutées, qui s’enchaînent sans fin, les fausses couches trop nombreuses, les larmes qu’on apprend à retenir, les griffures à masquer, les bleus à justifier. La maladresse feinte, les vapeurs de l’alcool des flacons de parfum que l’on boit par dépit, les milles façons d’en finir qui ne mènent à rien, par amour, par détresse, par fatalisme.
Et je ressens, enfin, un changement, l’univers qui bascule, une bouffée d’espoir qui étouffe, qui prend à la gorge et empêche de respirer, plus encore qu’aucune suffocation déjà subie. Un homme, un autre, discret et silencieux, sur lequel on s’appuie, tel un roc, un pilier inébranlable, et qui nous promet tout.
« Je lui dirai tout, ce soir, et je pourrais enfin partir. »

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

En résumé…

Je suis sortie de cette lecture le souffle court et les cheveux ébouriffés. Et non, je ne pense pas que cela venait de la bière qui avait accompagné ma lecture des derniers chapitres. Et vous savez quoi? Quelques jours plus tard, j'y repensais encore, à ces fantômes. Bien au chaud sous mon édredon, je me suis surprise à imaginer des mains décrépies venues attraper mes pieds qui dépassent des draps, ou encore à voir des visages dans la buée de mes fenêtres le matin. Même la rosée sur le gazon du jardin me filait la chair de poule.

Je ne peux que vous donner un conseil : si vous êtes amateur des bonnes histoires de fantômes, jetez-vous sur ce roman sans hésitation.

Ma note : 19/20

[Chronique] Le prix des âmes. Tome 1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

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Votre dévouée,

Acherontia.

[Chronique] Le rêve oméga, l’intégrale, de Jeff Balek

[Chronique] Le rêve oméga, l'intégrale, de Jeff Balek

Synopsis

Yumington, 2075. Garibor Coont est un ouvrier disséqueur. Son métier : extraire les organes des morts afin de les préparer à la transplantation. Si son quotidien est banal, ses hobbies le sont bien moins : Coont a la capacité extraordinaire de décoder les mémoires d'Heisenberg, les implants mentaux dont est équipé l'essentiel de la population de Yumington. Un don qui va attirer l'attention de l'Organisation, une société secrète dont l'objectif est de résoudre des crimes aussi technologiques que mystérieux. Sous la contrainte, Coont devra enquêter pour leur compte. Et ce qu'il apprendra l'amènera à remettre en cause sa propre identité. Yumington : la cité aux mille récits. Plongez dans ses bas-fonds, et vous n'en reviendrez peut-être pas… Et si l'homme se trouvait confronté à l'apparition d'un homme d'une espèce nouvelle et supérieure ? Et si l'apparition de cette nouvelle espèce n'était pas issue de l'évolution naturelle ? L'homme de Neandertal a disparu après l'apparition de l'Homo Sapiens Sapiens. Et si l'histoire se répétait ?

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon premier roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour août 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne et leur collection Snark pour ce partenariat et la découverte de cet ebook.

Je sais, je lis rarement de la science-fiction… Le genre m'attire généralement assez peu, car je préfère le surnaturel, la magie, les créatures fantastiques, aux grosses machines futuristes et aux petits hommes verts (ce que je dis est très cliché, je le sais… il m'est arrivé de lire d'excellents romans de SF qui sortaient des sentiers battus). Alors pourquoi choisir de lire un roman SF? Une intégrale, qui plus est… La raison est très simple, le résumé m'a intriguée, et j'ai eu envie d'en savoir plus. Parlez-moi d'ouvrier disséqueur, et vous avez déjà gagné toute mon attention…

[Chronique] Le rêve oméga, l'intégrale, de Jeff Balek

Le concept en quelques points…

Yumington, c'est avant tout un univers très particulier, un style d'univers que je n'avais encore jamais rencontré auparavant (mais peut-être est-ce parce que je lis peu de science-fiction, je ne sais pas…). Ce qui rend le monde de Yumington si particulier, c'est qu'il s'agit d'un univers transmédia…

Transmédia… Un mot barbare, dites-vous? Mais non! Je vous laisse l'auteur vous l'expliquer dans cette courte vidéo…

Vous l'aurez compris, Yumington, c'est un univers riche, et surtout interactif. D'ailleurs, vous aussi pouvez interagir et faire partie de la communauté! Je n'ai personnellement pas encore essayé, mais ça semble tentant…

Mais qu'est-ce que Yumington, au juste? Une cité? Un univers? Bah, je dirais un peu des deux!

Les bases de l'univers de Yumington…

Qui, mieux que l'auteur, peut vous donner les clés pour entrer dans cette ville futuriste qui constitue un univers à elle seule? Voici un petit extrait qui éclairera vos lanternes…

Urbanisme.
Pour faire face à l’augmentation de la population, Yumington a fait construire dix nouvelles zones habitables souterraines. De véritables villes sous la ville où s’élèvent de nouveaux immeubles et complexes commerciaux. À l’origine très convoités, ces niveaux souterrains sont peu à peu devenus des quartiers d’autant plus insalubres qu’ils sont profonds.
 
Robotique.
En 2045, suite à une série de braquages de banques utilisant des robots à apparence humaine, ceux-ci ont été interdits dans Yumington.
Seuls des robots rudimentaires œuvrent dans la ville. Ils sont assignés aux tâches les plus difficiles et les plus répétitives.
Des robots humanoïdes, surnommés humanos ou encore les tu-sais-quoi, sont cependant encore exploités en toute illégalité dans des maisons de passe de la ville.
 
Nanotechnologies et biotechnologies.
Les nanotechnologies et les biotechnologies permettent à l’homme de s’extraire du carcan de l’évolution darwinienne. L’homme a le pouvoir de prendre en main et déterminer sa propre évolution. Il s’agit de l’évolution proactive.
Implants mentaux permettant d’améliorer ses capacités cognitives, greffes de tissus biologiques autorisant de nouvelles performances physiques, sont monnaie courante à Yumington en cette fin du vingt et unième siècle.
Si ces avancées biotechnologiques sont la promesse d’un homme nouveau, elles sont aussi l’objet de nombreux trafics.
 
Mémoire d’Heidelberg.
Les seuls implants mentaux autorisés sont des assistants mémoriels, codés et obligatoirement détruits après la mort du porteur. Cette technologie est également appelée Mémoire d’Heidelberg, du nom de son inventeur. Elle permet d’augmenter les capacités cognitives de leurs porteurs.

Le rêve oméga 1, Souvenirs mortels, de Jeff Balek

Et ce ne sont là que quelques uns des merveilleux concepts développés au court de l'histoire. Mais je ne vais pas vous gâcher l'effet de surprise en vous donnant toutes les clés, n'est-ce pas?

Une écriture morcelée…

Ce côté transmédia a une incidence directe sur la façon dont cette intégrale est écrite. Le texte est rédigé de façon morcelée, un peu comme un patchwork ou, puisque l'on parle d'ouvrier disséqueur, de morceaux de corps que l'on grefferait l'un à l'autre pour former une entité à part entière. Une espèce de Frankenstein urbain et futuriste, si vous voulez, l'odeur en moins.

Bon, je vous le dis tout de suite, il m'a fallu un petit temps d'adaptation pour atterrir proprement dans cette lecture. Heureusement que la promesse de l'ouvrier disséqueur était là, planant quelque part entre ma liseuse et mon subconscient.

Le récit est raconté à la première personne. C'est un choix comme un autre, choix que je rencontre de plus en plus souvent au gré de mes lectures, d'ailleurs, soit dit en passant. À croire que cela devient une mode! Mais ici, en plus, la narration en "je" est surlignée par le fait que l'auteur ne s'embarrasse pas de littérarité. Tout est vraiment fait comme si Coont s'était enregistré lui-même dans un dictaphone tandis qu'il décrit ses enquêtes et sa petite vie. D'ailleurs, chaque chapitre commence par "Enregistrement n°xxx – Play" et se termine par "Stop." Original, oui, mais il y a un point où l’agacement prend le pas sur l'originalité. Car l'auteur n'a pas pensé que dans un format ebook, il peut se passer d'étranges choses que seule la fée électricité peut expliquer. Et donc moi, pauvre lectrice prise au piège de la technologie, je tournais souvent ma page pour me retrouver à la page suivante, avec pour seul mot ce "Stop." Autant l'avouer, c'est très frustrant, et plutôt horripilant.

Ceci mis à part, je n'ai rien à redire quant à la structure, dont j'ai beaucoup apprécié l'originalité. Car il n'y a pas que ces fameux enregistrements qui font office d'histoire, il y a aussi tous ces petits à-côtés qui font le charme de cette intégrale. Les fausses publicités, notamment, les bons conseils du Docteur Fillglück, ou encore les petites annonces, comme celle qui suit. Savoureux, n'est-ce pas?

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Le rêve oméga 1, Souvenirs mortels, de Jeff Balek

L'Organisation…

Un petit côté Matrix dans cet univers de Yumington? Noooon, absolument pas! L'agent Smith est d'ailleurs la pour le prouver. Mais quel agent Smith? Car dans l'Organisation qui recrute Coont pour le pousser à lire les mémoires de Heidelberg des gens, ils s'appellent tous John Smith.

L'Organisation, c'est donc une sorte de société secrète qui enquête sur des phénomènes bizarres en parallèle des autorités locales (et en marchant souvent sur leurs plates-bandes).

John Smith.
Tu imagines le gars en costard noir, chemise blanche, lunettes noires ?
Tu te fourres le doigt dans l’œil jusqu’à l’épaule.
Il n’y a que dans les films ou dans les agences gouvernementales que les types sont aussi facilement identifiables.
Non, John Smith est neutre. Parfaitement neutre. C’est un cadre moyen comme tout le monde. Si parfaitement comme tout le monde, que tu le prends pour un cadre moyen paumé quand il entre sur ton lieu de travail. Jusqu’à ce que ce cadre moyen qui semble tombé de son siège à roulettes te colle sa carte professionnelle sous le nez. Et comme le cadre moyen n’appartient à aucune agence gouvernementale officielle, la seule carte dont il dispose est un neuf millimètres.
Cadre moyen ou pas, ça fait toujours son effet, bordel de dieu !
— Garibor Coont ?
Je reste là, la mâchoire affalée sur la poitrine.
— Je vous pose la question par principe. Je SAIS que vous êtes Garibor Coont. Garibor Coont ?
Je hoche la tête, le regard rivé sur le canon du flingue que le gars me pointe vers le visage.
— Bien. (Le type remballe sa carte de visite et sourit.) En ce cas je vous prie de me suivre. Notez bien que prie n’est qu’une formule de politesse. Vous n’avez pas le choix. Je m’appelle John Smith.

Le rêve oméga 1, Souvenirs mortels, de Jeff Balek

Missions par pizza interposée…

Ne vous fiez pas à son côté psychorigide, l'Organisation sait plaisanter quand cela est nécessaire. Un petit coup de mou? Ils vous livrent vos missions en code pizza, apportées par des robots ancienne génération souvent d'assez mauvais poil et adeptes des pourboires.

Je me réveille en sursaut. Une de ses saloperies de bots de livraison de pizzas de chez PizzaBots se penche sur moi. Sa trogne de conserve à moitié rouillée à quelques centimètres à peine de mon visage. La même trogne que la dernière fois.
— Quatre fromages. Vous avez commandé une pizza quatre fromages.
— Mais bordel, qu’est-ce que tu fous chez moi ?
J’entendrais presque les processeurs calculer dans son crâne de métal. Je n’aime pas les robots. D’aussi loin que je me souvienne, je déteste ces succédanés d’humain.
— Votre porte était ouverte, monsieur Garibor Coont. L’une de nos missions est de porter secours aux êtres humains. La mienne est également de livrer des pizzas.
Pause.
— Je suis entré au cas où vous auriez été victime d’un malaise. Vous dormiez. Je livre votre pizza. Vous me devez 12 Yu$, sans les pourboires. Les pourboires permettent à PizzaBot de…
— Ta gueule !

Le rêve oméga 3, Abysses hallucinés, de Jeff Balek

Y-Files, ou les dossiers Yumington…

Des missions, Garibor Coont en résoudra quatre dans cette intégrale. Il sauvera de pauvres citoyens dont les souvenirs se voient effacés au profit d'un seul, un affreux cauchemar qui revient sans cesse. Il prêtera main forte aux scientifiques pour tenter de découvrir pourquoi certains de ses concitoyens se transforment en rocher vivant à l'écoute d'un message sur un GSM.

Je m’approche de la victime. Les paramédics sont comme autant de canards qui auraient trouvé un fusil-mitrailleur. Ils ne savent que faire et s’interrogent du regard. Je comprends bientôt l’objet de leur embarras.
Evereth Stinger est allongé, nu, sur le sol. Toute sa peau est couleur gris souris et son réseau veineux se dessine sur son corps en noir charbon.
Je m’accroupis à ses côtés, les secouristes s’écartent.
Cadavre ? Pas tout à fait.
J’ai un mouvement de recul quand je m’aperçois que les yeux de Stinger bougent encore dans leurs orbites. Le type est aussi raide qu’une plaque de marbre, mais ses yeux vont d’un secouriste à l’autre, affolés. Ça a quelque chose de répugnant.
J’ai vu défiler bon nombre de cadavres à la ProEvTech, mais jamais de cadavres encore vivants.
Je prends sur moi et tapote le bras de Stinger. Sa peau sonne comme de la pierre.
— Fascinant, hein ?
C’est Smith qui, debout juste derrière moi, laisse tomber cette réflexion. Je ne réponds rien.
— Le fourgon de l’Organisation ne devrait pas tarder. On l’embarque et on l’étudie au labo.
Puis plus doucement :
— Vous pourrez vous y connecter tranquillement et voir ce qui a bien pu lui faire ça.
— Je ne suis pas médecin, Smith.
— On n’a plus vraiment affaire à un patient, Coont. Les constantes vitales de ce gars chutent à chaque minute qui passe. Dans trois heures, il sera mort.
— Donc il n’est pas encore mort, Smith. Et s’il n’est pas encore mort, il est encore vivant.
— Considérez-le comme un pré-mort, alors.

Le rêve oméga 2, Peaux de pierre, de Jeff Balek

Il s'en ira vingt mille lieues sous les mers afin de définir pourquoi l'équipage entier s'est auto-zigouillé.

Baxter attend l’ennemi. Il va surgir d’un instant à l’autre. Face à lui. Baxter lève sa lame. Mais ce n’est pas l’horreur de l’ennemi qui le fait hurler. Ce qu’il observe avec effroi est en lui. Plus exactement, sort de lui. Un ver. Puis deux. Puis dix. Puis cent sortent grouillant du dos de sa main.
Baxter les voit. Forcer sa peau puis surgir au travers d’elle, longs, fins, se tortillant. Sa main est bientôt couverte de vers noirs d’une dizaine de centimètres de long. Puis cette infection intime gagne son avant-bras jusqu’à le couvrir complètement d’une horreur grouillante. Le bras ne résiste pas à cette répugnante colonisation.
Stopper la progression de l’ennemi. Éliminer l’ennemi. Tuer l’ennemi qui progresse maintenant jusqu’à la base de son cou. Bientôt son visage sera couvert de cette monstruosité. Son visage sera dévoré par les vers. Ses joues. Ses yeux. Son cerveau.
Survivre.
Stopper la progression de l’ennemi à tout prix.
Baxter plante la lame de son couteau à la base de sa mâchoire puis découpe sa propre chair.
Dans ce cauchemar, il distingue à peine la voix de l’homme qui hurle à quelques pas de lui.

Le rêve oméga 3, Abysses hallucinés, de Jeff Balek

Il sera pour finir envoyer à #Tijuana avec son collègue Tremblay pour retrouver Baker, un codeur de génie pris au piège dans la salle de bain de sa chambre d'hôtel par une organisation malveillante.

Comment avait-il pu se planter cinq échardes dans le doigt ?
Dans un premier temps il tenta de gratter ces petites pointes qui affleuraient. La douleur fut instantanée, comme s’il avait plongé son index dans de l’huile bouillante. Il ne put retenir un cri. Il se leva, alla chercher la loupe qu’il conservait dans le placard de sa chambre d’étudiant. Un ustensile qu’il n’avait jamais eu l’occasion d’utiliser jusqu’alors mais auquel il était attaché car il le tenait de son grand-père.
Il revint à son bureau, orienta la lampe d’architecte sur son doigt et observa les cinq curieux points noirs. Il eut un mouvement de recul.
— Putain ! Mais qu’est-ce que c’est que ça !
L’effroi le saisit plus de cinq minutes et durant tout ce temps il fut incapable de regarder à nouveau son index. Prenant sur lui, il observa à nouveau. La nausée le submergea et il courut aux toilettes pour vomir.
— Quelle horreur ! Quelle horreur ! Quelle horreur ! ne pouvait-il s’empêcher de répéter pour lui-même.
Malgré toute la répugnance que lui inspirait cette observation, il se pencha une troisième fois, aussi fasciné qu’horrifié sur l’extrémité de son doigt. Grâce au fort grossissement de la loupe, il y distinguait très nettement de petites têtes de vers noirs qui semblaient s’être nichés dans un bourrelet de chair. Un nid constitué de sa propre peau dans lesquels ces corps étrangers et bien vivants s’étaient logés. De la pointe de son stylo, et avec beaucoup d’appréhension, il tenta de titiller l’une de ces têtes. La bête se rétracta et la douleur fut immédiate, insupportable.

Le rêve oméga 4, Enquête à #Tijuana 1, de Jeff Balek

Cubicle et colocataires…

Parce qu'il n'y a pas que le travail dans la vie, Coont a un chez lui. Oui, enfin… Un très petit chez lui. Un cublicle (ce qui n'est déjà pas grand) qu'il partage avec son meilleur pote Churros et une nouvelle colocataire, Dancing, qui a l'air de lui plaire beaucoup.

En fait, nous avons là l'essentiel des personnages des trois premiers épisodes de cette intégrale. Coont, Churros, Dancing, les John Smith, et quelques intervenants mineurs qu'on voit à peine passer. Du coup, je me suis sentie un peu à l'étroit dans l'univers de Coont. Peu d'amis, peu de relations en dehors de chez lui, pas de famille… Oh, bien sûr, tout cela est plus ou moins expliquer dans le tout dernier tome, Génésis. Mais en attendant les réponses, eh bien, cela déconcerte, voire cela ennuie un tantinet. Parce qu'en dehors des enquêtes, on a le sentiment qu'il ne se passe pas grand chose de captivant.

Churros entre donc dans mon cubicle sans frapper, comme d’habitude.
— Merde Churros, tu peux pas frapper ? Je suis en plein enregistrement !
Je lui dis ça par principe et sans réelle conviction sachant que jamais il ne frappera pour entrer chez moi.
— TaaaaaTaaaaaaaaaaaaaaaaaaTaTaaaaaaaa
Il se tient là, debout, bras et jambes écartés, ventre en avant.
— Alors ?
— Alors… Quoi ?
— Ben qu’est-ce que t’en penses ?
— Qu’est-ce que je pense de quoi ?
Il balaie des deux mains, de haut en bas, l’ensemble de sa personne.
Je me redresse sur un coude. Et je ne lui trouve rien de changé : immense, potelé comme un bébé de huit jours, gras comme un churros.
— Quoi ? T’as changé quoi ?
— Comment ça ce que j’ai changé ?
Je ne retiens pas un soupir dont il n’a rien à cirer et je l’observe plus en détail.
— Non, je vois pas. Désolé, vieux, mais là… Je vois pas.
— Merde ! Le tee-shirt, le bermuda, les tongs…
Maintenant qu’il me le fait remarquer je vois le changement radical.
La veille encore, il se baladait en toge orange de moine bouddhiste, deux petites cymbales accrochées aux majeurs, quatre bracelets de clochettes aux chevilles et aux poignets.
Comment ai-je pu passer à côté de ça ?
— T’es plus bouddhiste ?

Le rêve oméga 1, Souvenirs mortels, de Jeff Balek

#Tijuana, ou le changement radical de décor…

Ah ouais, là, pour le coup…! Je vous conseille de vous chausser de vos santiags préférées avant d'entamer les deux tomes de #Tijuana, car ça va déménager! Changement d'époque, déjà, puisqu'on passe de 2075 à 1970… Juste un petit bond dans le passé, si peu… Et changement de décor, aussi! Bienvenue dans le western spaghetti!

Ici, on commence à sentir un peu plus d'air frais, grâce à l'apparition de nouveaux personnages (Baker, Allegra et ses sbires…). Le changement de décor aussi permet de nous sentir moins enfermé.

Progressivement, au fil de l'histoire, on va s'apercevoir que l'on se trouve dans un univers gigogne, où chaque univers est imbriqué dans un autre. C'est un peu comme le film Inception et ses différents niveaux de rêves. Et ici, du rêve, vous allez vous en enfiler à la pelle, les amis! Car tout tourne autour du rêve et de l'irréalité.

C’est le type au chapeau de cow-boy qui parle. Je peux l’observer en détail maintenant. Un grand type, très grand. Il a bien la gueule d’ours que j’avais remarquée quelques heures plus tôt. Il porte un pantalon de cuir, des santiags, et il est torse nu sous un gilet en peau de reptile.
La fille quant à elle est bien plus menue. Les traits de visage sont fins, ses yeux aussi noirs que ceux de son acolyte. Elle semble arborer un sourire en permanence.
— On va déjà décider quoi faire de vous, pas vrai, ma Doody ?
— Faut bien !
— Pas la peine de vous lever si je dois vous descendre, hein ?
Le type rit grassement. Dancing aussi mais son rire est heureusement plus cristallin.
— Bon alors, commençons gentiment. Tout d’abord se mettre en condition.
Le type attrape une cigarette roulée qu’il porte sur l’oreille et l’allume avec son Zippo. À l’odeur, je devine immédiatement qu’il ne fume pas que du tabac. Il inspire une grande bouffée avant de grogner en s’ébrouant.
— Bon. Les choses sérieuses, maintenant.
Il sort un jeu du Destin de la poche intérieure de son gilet.
— Oh non, pas ça ! je fais.
— Quoi ? Tu ne crois pas au destin ?
— Non.

Le rêve oméga 4, Enquête à #Tijuana 1, de Jeff Balek

Génésis, où la boucle est bouclée…

Troisième et dernier changement de décor. On revient à Yumington, mais cette fois, ce n'est plus Coont qui est aux commandes de l'histoire. Un militaire doit diriger une mission dans une prison appelée Jailcity. Cette prison est une sorte de grande ville coupée du monde extérieure, où les prisonniers ont pris leurs aises. Notre militaire doit éliminer un certain Koenigsman, qui dirige une sorte de secte et qui serait responsable d'une série d'abominations scientifiques. C'est au cœur de Jailcity que le lecteur trouvera les réponses aux questions qu'il se pose depuis le tout début de cette intégrale. À savoir, qui est réellement Coont?

— C’était quoi, ce truc ?
— C’était un homme, pas un truc, Steer. Un type d’ici. Un barjot, lui répond Yang à voix basse.
— Non. C’était tout sauf humain. C’était gris, comme avec des écailles.
— Tu délires, Steer.
— Je l’ai vu, je te dis. Il avait des griffes. C’est avec ses griffes qu’il a égorgé Johanson, pas avec un couteau. Je sais ce que j’ai vu. Je suis pas dingue.
— Ça va maintenant, Steer. Tu la fermes. Et tu regardes devant toi.
Sur les parois, les tags qui marquent le territoire de Koenigsman se font de plus en plus nombreux. J’ai la sensation d’entrer au cœur de l’enfer. Un enfer dont nul ne peut sortir vivant. Un lieu où règne la violence totale, la terreur. Un enfer où les hommes sont réduits à l’état de bêtes sauvages et immondes. Un enfer sur lequel règne un dieu absolu, intransigeant, mauvais, sournois : Koenigsman.
Je comprends un peu mieux les inquiétudes de Chase. Si un tel monstre prenait possession de toute l’île et se révélait capable de lever une armée prête à donner l’assaut sur la Ville, plus aucun espoir ne serait permis. Ces types détruiraient bien plus que la Ville, massacreraient bien plus que ses habitants. Il annihilerait la civilisation elle-même.

Le rêve oméga 6, Génésis, de Jeff Balek

Tout à coup, Johanson braque le spot sur sa droite. Une ombre s’échappe dans un conduit perpendiculaire, comme effrayée par la lumière.
— Un animal, dit-il à voix basse. Rien qu’un animal.
C’est la première fois que j’entends le son de sa voix.
L’atmosphère se détend peu à peu. Je m’autorise à relâcher un peu mon attention, même si j’ai conscience que nous ne sommes pas à l’écart de tout danger.
— Il y a des animaux, ici ?
— De toutes sortes. Chiens, chats… Des rats, bien entendu. Mais aussi des vaches, des porcs. Mais ceux-là ne sont pas dans les égouts. Il faut bien que les gens se nourrissent. Il y a deux fermes industrielles sur l’île. Tenues par des gangs, bien évidemment. Jail City est un véritable écosystème auto-suffisant. Tous ces gens vivent dans une quasi-totale autarcie.
— C’est sans compter les monstres, ajoute Steer.
— Les monstres ?
Yang se marre et allume une cigarette.
— Ouais, les monstres.
Il ne semble pas vouloir en dire plus.
— Les monstres ? Quels monstres ?
Yang lance un coup d’œil qui me paraît complice à Steer.
— C’est l’île aux monstres. Il n’y a que des monstres, ici. Ou presque. Tous ces tueurs, ces violeurs, ces terroristes sont des monstres, pas vrai ?
Je regarde Yang droit dans les yeux. Il me cache quelque chose. Celui-ci ne détourne pas le regard tout en tirant sur sa cigarette.
— Y a-t-il des informations que j’ignore et dont je devrais être informé ?

Le rêve oméga 6, Génésis, de Jeff Balek

En résumé…

J'ai relativement bien accroché avec cette série de S-F qui s'est vraiment laissée lire toute seule. Au début, j'étais catastrophée de voir qu'elle faisait 856 pages, et puis à ma première lecture, j'ai vu qu'elles défilaient vite et bien, donc ça m'a rassurée. C'est vrai que je n'ai pas retrouvé ma littérarité bien-aimée, mais l'histoire avait un côté si divertissant et si fou que je me suis prise au jeu malgré tout. Quelques petites coquilles s'étaient glissées dans le texte et ont un peu gêné ma lecture, surtout dans les deux épisodes de #Tijuana, mais ce n'était pas vraiment grave.

Là où je plussoie de façon très enthousiaste, c'est pour l'univers proposé, et cet humour, parfois noir et grinçant, parfois décalé avec un petit côté "nonsense" que j'adore.

Malgré le capharnaüm qui semble régnait au sein de ces histoires qui s'imbriquent les unes dans les autres, il y a une logique, et les réponses viennent à la fin. Le lecteur ne reste donc pas avec des questions en suspens, ce qui est fort appréciable.

Je ne vais pas dire que les personnages sont attachants, toutefois. Garibor Coont est un bon gars, mais bien trop insouciant et débonnaire pour que je m'attache réellement à lui. Quand à ses colocataires… Churros a un côté comique, mais il peut vite taper sur le système. Dancing, quant à elle, reste au final assez mystérieuse.

Ma note finale : 15/20 - L'histoire et ses concepts étaient géniaux, mais les personnages étaient plutôt bof et trop peu nombreux, et l'écriture m'a parfois donné du fil à retordre. L'humour m'a plu, en revanche.

[Chronique] Le rêve oméga, l'intégrale, de Jeff Balek

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