[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

L’auteur se propose de nous révéler les secrets de la naissance du royaume de France, ni plus ni moins. Et je dois dire que c’est un pari réussi haut la main!

Acherontia

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

Après la mort de son père, Childéric Ier, Clovis devient le roi de tous les Francs, jusqu’à poser les fondations de la future France. Comment un jeune barbare inexpérimenté a-t-il pu supplanter ses puissants voisins et rivaux ? Grâce à sa conversion au catholicisme lui assurant le soutien des élites gallo-romaines ? À sa science militaire ? Certainement. Mais avant tout grâce à l’action de trois agents secrets, une femme et deux hommes. Obéissant chacun à des motivations différentes, ces guerriers de l’ombre au tragique passé vont peu à peu transformer l’héritier en roi des rois. Manipulations, chantages, trahisons, sexe, meurtres… Mission impossible au pays des Francs.

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare
[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

Je tiens d’abord à remercier les éditions Pygmalion pour ce service presse, ainsi que Babelio et son opération Masse Critique. C’est une lecture que j’avais sélectionné lors de l’avant-dernière MC, et cela m’a fait très plaisir d’être tirée au sort pour la lire et la chroniquer!

Pourquoi ai-je demandé cette lecture en particulier? Parce que le résumé m’a plu et m’a intriguée, bien sûr. D’ailleurs, il fallait bien cela pour que je me décide à essayer un genre qui change radicalement de mes habitudes. Car oui, des romans historiques, j’en lis très peu, voire pas du tout. Et ce n’est pas que cela me débecte, bien au contraire, je suis très fan d’histoire, surtout pour les époques médiévales et victoriennes. Mais voilà, j’ai décidé, au début de ce blog, d’axer celui-ci sur les littératures de l’imaginaire, mon genre de prédilection. Cela n’exclut pas les autres genres que j’apprécie, mais cela les limite, car j’ai peu de temps pour la lecture et je préfère donc me concentrer sur ce qui entre dans le thème de mon blog.

J’ai donc fait une exception pour « Mérovingiens », parce que son auteur a déjà rédigé des romans de l’imaginaire (notamment les Haut Conteurs et Darryl Ouvremonde) d’une part, et parce que d’une autre part je pressentais qu’il y aurait malgré tout des éléments fantastiques dans le récit. Avais-je raison de me pencher sur ce roman en faisant fi de mes habitudes littéraires? C’est ce que nous allons voir…

– Ingénieux, mais dangereux, reprit Clovis en palpant distraitement sa courte barbe. Commettre un régicide reste impardonnable, quelles qu’en soient les raisons. Je pourrais te faire décapiter pour m’avoir avoué ton crime.
– Impardonnable, sauf si la victime est l’un de tes ennemis acharnés. Euric voulait ta perte.
– Je le sais. Comme je sais que son fils Alaric me gênera beaucoup moins, répindait Clovis sans cesser d’observer son hôte.
La cagoule baissée de Gunthar révélait ses cheveux noirs coupés très courts. Tête ainsi nue et avec les bagues finement ouvragées qui ornaient quatre de ses doigts, il ressemblait davantage à un Romain qu’à un Barbare wisigoth. Certes, un Romain pourvu de traits peu gracieux, avec son nez ridiculement court et sa bouche aux lèvres si minces qu’elle en paraissait privée. Mais un Romain quand même. Un bon point supplémentaire, jugea Clovis. Sournois, comploteur, devin et sûrement sorcier, cet assassin si efficace représentait une chance à ne pas laisser filer.

Mérovingiens, de Patrick McSpare

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

L’auteur se propose de nous révéler les secrets de la naissance du royaume de France, ni plus ni moins. Et je dois dire que c’est un pari réussi haut la main!

Au fil du roman, nous suivons Wyso, jeune Irlandais qui a fait sa vie sur le territoire Franc. Par l’entremise de Daga Wulf, dont nous parlerons un peu plus loin, il se voit contraint de servir d’espion pour Clovis, roi des Francs saliens, qui aspire à devenir le Roi des rois. Dans les différentes missions qui lui seront données, il sera aidé de Guntar et de la ravissante Valesta.

C’est un travail remarquable qu’a réalisé l’auteur, car il lui a fallut partir des sources historiques pour ensuite imaginer tout ce qui a pu se tramer en coulisse, recréer les missions des espions, leur quotidien, les relations entre eux… Je connais malheureusement fort mal l’époque mérovingienne, et donc je peux difficilement juger de l’exactitude historique du récit. Cela me désole, car je peine à distinguer les éléments historiques des éléments romanesques. Ceci étant, on sent que l’auteur s’est remarquablement bien documenté, et il donne envie au lecteur de faire de même. Peut-être ferais-je finalement bien de me replonger dans mes cours d’histoire?

Wyso avait ressenti une antipathie générale à son encontre, dès les présentations formulées par Clovis. Les ministres voyaient de mauvaise grâce l’arrivée d’un étranger venu s’approprier une part de leurs privilèges. Deux d’entre eux s’étaient risqués à tenter de dompter l’Irlandais du regard, mais ses yeux gris acier les avaient forcés à vite se détourner, en piètres vaincus d’un combat virtuel. Isolé à un bout de table, seul le devin conservait une attitude neutre. Et pour cause. Avant d’entrer dans la salle de conseil, Clovis avait informé Wyso qu’il s’agissait de l’homme avec qui il ferait désormais équipe. Un devin et une fausse religieuse. Voilà donc les gens qu’il devrait côtoyer au cours de ses missions meurtrières. L’Irlandais n’était plus maître de son destin et il détestait cela.

Mérovingiens, de Patrick McSpare

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

Au-delà de la notion d’histoire, il y a la composante humaine, prépondérante tout au long du récit. Les trois espions m’ont touchée à divers degrés, que ce soit de par leur passé douloureux ou par leur caractère.

À la base, rien ne les prédestinait à devenir espions. Mais les évènements de la vie (ou notre fameux Daga Wulf, c’est selon) les ont formaté de sorte qu’ils se sont blindés intérieurement. Valesta, par exemple, qui a connu des choses très dures dans sa jeunesse, est si brisée de l’intérieur qu’elle ne ressent pratiquement plus rien. De même, Wyso est amené à connaître un chantage qui ne présage rien de bon quant à une hypothétique issue heureuse. Et de ce fait, lui aussi finit par se sentir intérieurement vide. Ce sont ces fractures qui leur permettent d’effectuer les tâches les plus viles sans remord aucun. Au final, même si je ne cautionne pas leurs actes, je les ai trouvé terriblement attachants dans leur complexité et leur impuissance face au sort qui leur est réservé. Car on s’aperçoit vite qu’ils ne sont que des pions sur un échiquier bien trop vaste pour eux, manipulés par des puissances qu’ils peuvent à peine concevoir.

Trois ans d’esclavage, de viols, d’humiliations… Le chef qui les avait enlevées s’était conduit à leur égard comme le pire des monstres, donnant visage humain à la cruauté et à la perversité. Des années après, Valesta refusait encore de formuler son nom. Elle le ferait le jour où elle l’éventrerait. Lentement. Très, très lentement. D’ici là, elle continuerait de remercier la providence qui les avait secourues. Même si sa soeur, hantée de cauchemars, s’était réfugiée auprès du dieu crucifié et cloîtrée dans un couvent. La jeune fille inspira profondément. Il lui restait à parachever sa mortelle comédie. Elle frotta rapidement ses yeux d’une gousse d’ail cachée dans sa tunique, poussa un cri perçant et se rua vers la porte.

Mérovingiens, de Patrick McSpare

 

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

Y a-t-il eu des éléments fantastiques au cours de ce récit? À mon sens, oui…

Il y a surtout eu Daga Wulf, ce mystérieux homme sorti de nulle part, et qui se prétend sorcier. En est-il réellement un, cela, je vous le laisse découvrir… Ceci étant, le bonhomme a tout de même la fâcheuse manie d’apparaître et de disparaître au moment où on s’y attend le moins, comme par magie. Et ce n’est pas tout! Il semble connaître l’avenir, ou en tout cas, il est capable de voir très loin dans le temps, et sait ainsi prévoir toutes les implications de tel ou tel acte.

Ainsi, son but est de faire de Clovis ce qu’il appelle le « Roi des rois ». Quels sombres desseins anime cet homme-démon qui n’hésite pas à employer des moyens pour le moins barbares pour arriver à ses fins? C’est d’ailleurs ce fil conducteur-là qui m’a tenu le plus en haleine tout au long du récit. Il me fallait savoir qui il était, et si les chantages exercés sur Wyso, espion de Clovis, prendront fin de façon heureuse ou non.

Certes, il n’y pas que cela, dans ce roman, qui tient en haleine. Les machinations politiques, les batailles, les trahisons, les meurtres… bref, toute cette fange qui a accouché de Clovis en tant que roi des Francs, et dont les missions des trois espions font partie intégrantes, est tout à fait captivante et fascine le lecteur du début à la fin.

Guénolé ne l’attendait pas sur le seuil de leur maison. À sa place se tenait un homme maigre, voûté, aux yeux translucides, au crâne chauve et pointu, à la pâleur mortuaire, aux doigts griffus, aux dents acérées. L’apparence d’un spectre, pensa Wyso en réprimant un frisson.
– Qui es-tu? cracha-t-il, prêt à tirer l’épée hors du fourreau.
– Daga Wulf. Et je vais t’employer, répondit l’homme, d’une voix à la fois rauque et aigüe, désagréable comme le crissement de deux lames frottées l’une contre l’autre.
– Je travaille pour le comte Brent.
– La tâche qui t’attend dépasse le service du comte Brent.
Irrité par le ton et l’audace de l’étranger, Wyso sauta de cheval et dégaina sa spatha. Guénolé avait dû voir arriver l’intrus et s’était enfermée. L’Irlandais jeta un bref coup d’oeil aux buissons bas sur sa gauche. Il connaissait suffisamment leur forme pour certifier que personne ne s’y embusquait. L’arrière de la maison, il le contrôlerait vite. Pour l’heure, il n’allait pas supporter davantage la morgue d’un inconnu profanant son domaine.
– Qui t’a envoyé? siffla Wyso en appuyant la pointe de l’épée sur la poitrine décharnée.
– La destinée. Celle qui te forgea si bien pour l’art de la manipulation.

Mérovingiens, de Patrick McSpare

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare
[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

J’ai bien accroché avec ce roman, le tout premier relevant du style historique à être chroniqué sur ce blog. Pour une première, donc, mes attentes sont pleinement satisfaites. En matière d’action et d’intrigue, j’ai été copieusement servie. Le côté historique est, bien entendu, mis fortement en avant. C’est d’ailleurs un côté très plaisant, car l’on sent que l’auteur maîtrise pleinement son sujet, et s’amuse même à recréer, ou imaginer, des scènes qui se sont passées « en coulisses » et qu’il est donc impossible de connaître.

Ai-je réellement trouvé les éléments imaginaires que je soupçonnais en ouvrant le roman? Non, pas vraiment, même si quelques traces subsistent, avec l’apparition du sorcier Daga Wulf. Mais il n’y a rien de véritablement transcendant pour les amateurs d’imaginaire. En même temps, je pense que ce n’était guère le but de l’auteur. Personnellement, même si je suis plus familière des littératures de l’imaginaire, le fait que l’on soit dans un style historique pratiquement pur et dur ne m’a nullement dérangée. Je me suis même prêtée au jeu, me laissant bluffer par le réalisme du récit.

Le style d’écriture, quant à lui, n’est pas désagréable, loin s’en faut. On pourrais peut-être lui reprocher un petit côté vieillot, mais qui cadre finalement bien avec l’époque choisie. Ce qui m’a un peu gênée, en revanche, c’est que j’ai trouvé certains passages trop plats à mon goût. Mais je vous rassure, ils sont loin d’être légion! Et d’une façon générale, l’auteur est assez doué de sa plume, donc je pense que l’ouvrage en ravira plus d’un.

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare
[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare
[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

N’hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s’amuse ^^

Retrouvez-moi aussi sur Twitter, sur le compte @Acherontia_Nyx, ou sur Instagram, sur le compte Acherontia Nyx!

Votre dévouée,

Acherontia

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

Lu dans le cadre des challenges…

Défi lecture 2017

n°31 – Un livre avec un seul mot dans le titre

 

Si j’étais un livre #3

Je serais un livre avec une couverture bleue

 

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Je sais que ma chronique peut sembler très mitigée, et de fait, elle l’est. Et pourtant j’ai trouvé dans ce roman un côté très addictif qui m’a plu, et qui me donne envie d’aller plus loin.

Acherontia

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

DEPUIS DES MILLÉNAIRES, LES MIRÉCÈS ADORENT LES DIEUX ROUGES ASSOIFFÉS DE SANG. Bannis des terres fertiles du Rilpor, ils vivent à la dure dans les montagnes glacées. Mais leur nouveau roi planifie l’invasion de leur pays d’origine… alors que le prince de Rilpor, qui conspire contre son père dont il convoite le trône, se tourne à son tour vers les sinistres rituels des Dieux Rouges. Dom Templeson fait partie des Sentinelles qui veillent sur la frontière. C’est aussi le devin le plus puissant que l’on ait vu depuis des générations. Et il cache de sombres secrets qui risquent d’être révélés le jour où Rillirin, une esclave mirécès en fuite, fait irruption dans son village, blessée et à bout de forces. Grâce à leurs dons comme à leurs liens avec l’ennemi, Dom et Rillirin pourront-ils sauver le Rilpor de la guerre qui s’annonce ?

 

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Playlist Spotify

Acherontia’s chronicles – Godblind 1

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Je tiens d’abord à remercier les éditions Bragelonne pour ce service presse. C’est une lecture que j’avais demandé sur la plateforme Netgalley.fr, et cela m’a fait très plaisir d’être sélectionnée pour le lire et le chroniquer!

Pourquoi ai-je demandé cette lecture en particulier? Parce que le résumé m’a plu, tout simplement. Je vois que l’auteur nous parle de dieux assoiffés de sang, de guerre, de sinistres rituels… forcément, j’accroche! Et puis bon, il faut avouer aussi que la couverture n’y est pas étrangère. Je sais que l’habit ne fait pas le moine, mais vous savez, je peux parfois être bien faible face à un visuel attractif…

Du sang gicla sur les doigts de Rillirin, sur son bras, son visage, sur sa gorge et sa poitrine, en vagues chaudes qui allèrent lécher le sol, puis les genoux de Liris se dérobèrent et il tomba. Elle tomba avec lui en continuant de lui assener coup sur coup bien que cela fût inutile, et bien après que Liris eût lâché un dernier souffle bouillonnant de sang ; jusqu’à ce que le visage du roi, son cou et son torse, ne fussent plus qu’une masse sanguinolente de chairs déchirées.
Rouge de sang, rouge comme la vengeance, Rillirin cracha sur le cadavre et attendit la nuit.

Godblind T1, d’Anna Stephens

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Je dois avouer qu’en matière de dark fantasy, je me serais attendue à mieux. Déjà à l’ouverture de mon ebook, je suis déçue : aucune carte ne vient introduire ma lecture. C’est pourtant un minimum pour un roman de fantasy, me semble-t-il. Je ne peux calculer le nombre de fois où je me suis fait une joie de détailler ces cartes, m’en imprégnant au maximum afin de pouvoir suivre presque visuellement les pérégrinations des personnages. Là, pour le coup, ça sent le sapin…

Au fil de ma lecture, je constate que l’univers dépeint par Anna Stephens est assez réduit. Heureusement, d’un côté, car nous n’avions pas de carte. Malheureusement d’un autre côté, car j’aurais vraiment avoir un univers plus large et plus construit. L’auteur se concentre sur une petite région qu’est le Rilpor et ses alentours. On se doute que cette région doit faire partie d’un univers beaucoup plus large, mais cet univers n’est à aucun moment évoqué. Pas même une mention ou un clin d’œil à d’autres contrées, d’autres peuples, d’autres cieux. C’est assez perturbant, car cela confère un sentiment d’étroitesse, d’emprisonnement. Ce sentiment est encore plus renforcé par le fait que l’histoire même ne détaille que peu l’histoire du Rilpor. Même le bannissement des dieux du sang, événement pourtant majeur et au centre du récit, n’est pas suffisamment développé. Et c’est bien dommage!

Moi qui m’attendais à quelque chose d’innovant, j’en ai été pour mes frais, car nous sommes clairement sur de la fantasy tout ce qu’il y a de plus classique. Un univers médiéval, des dieux, des hommes qui font la guerre pour leurs beaux yeux, des machinations et des intrigues politiques, des trahisons… Rien de nouveau sous le soleil, donc. C’est de la bonne fantasy, mais cela ne renouvelle absolument pas le genre.

L’intrigue était au final assez linéaire. N’eut été la belle surprise réservée vers la fin du premier tiers du roman, qui m’a arraché un « Noooooon, c’est pas vrai!! » bien malgré moi, force est de constater que l’histoire est très convenue, voire cliché par moment.

Elle tomba dans une eau si froide qu’elle eut l’impression d’être lardée de coups de couteau. Jusque-là, elle avait cru avoir froid, mais ce froid-là brûlait. Le monde se recroquevilla, et elle toucha le fond. Elle s’efforça de lutter contre ses jupes qui la tiraient vers le bas. Sa tête jaillit de l’eau. Elle prit une grande goulée d’air à grand renfort de gargouillis. Ses poumons se mirent à la brûler à l’instar de sa peau. Ouvrant les yeux à temps pour voir le rocher sur lequel le courant la propulsait, elle se recroquevilla et fit l’effort d’enfoncer sa tête sous l’eau glaciale. Elle rebondit sur l’obstacle, puis le courant l’emporta derechef ; chaque respiration était un combat pour ne pas suffoquer à cause du froid et de l’insidieuse léthargie qui envahissait ses membres.
Elle entendait l’écho d’hommes et de chiens se perdre derrière elle, loin au-dessus du cours d’eau. Si elle survivait au froid, au poids de ses vêtements qui la tirait vers le fond, aux rochers, aux rapides et aux chutes, elle se ferait un plaisir d’adresser quotidiennement ses prières au premier dieu qui voudrait d’elle.

Godblind T1, d’Anna Stephens

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Ce manichéisme, on le retrouve déjà dans le panthéon des dieux même. D’un côté, il y a les méchants dieux du sang, qui ont besoin de sacrifices humain pour percer le voile de leur geôle et revenir dans le monde « réel », et d’un autre côté, il y a les dieux de la lumière, qui s’opposent à leur retour.

De cela découle beaucoup de contraste parmi les peuples qui vénèrent ces dieux. Forcément, les Mirécès, qui vénèrent les dieux du sang, cherchent à aider ceux-ci à percer le voile. Ils s’opposent donc aux Rilporiens, qui vénèrent les dieux de la lumière, la Danseuse et le Dieu Renard. On a donc une seconde couche de manichéisme, avec les méchants Mirécès contre les gentils Rilporiens.

Personnellement, j’aurais apprécié plus de nuances, des personnages plus contrastés, qui hésiteraient entre l’une ou l’autre croyance, qui se verraient attirés par le « côté obscure de la force ». Et a contrario, des personnages au départ mauvais, qui changeraient progressivement d’avis, que ce soit de leur propre chef ou par la force des choses. Certes, il y a Dom, le calestar, dont la Dame d’Ombre se sert comme d’une marionnette. Mais il reste finalement un des seuls personnages réellement intéressant, par rapport à cet aspect-là.

Moi, ça me rappelle un sketch des Inconnus, où une jolie japonaise demande à Bioumane « Mais pourquoi ce méchant me veut-il du mal? », et Bioumane de répondre « Parce que t’es une gentille! ». Vous voyez le topo? Bon après, heureusement, les Rilporiens ne dégomment pas les Mirécès à coup de rayon laser de Dorothée, et les Mirécès ne font pas des taches sur les vêtements que même Skip Machine ne pourra pas enlever…

La neige collait les cheveux de l’Élue à son crâne et donnait à leur blond vif une couleur sable plus terne. Il ne peut s’empêcher de sourire en voyant son inconfort, même si elle le cachait bien. En tant que chef de guerre du Roc du Corbeau, il avait couru et combattu par tous les temps que les montagnes lui avaient infligés. Il était fait pour ça. Le sacrifice et la communion demandaient sans doute leur lot d’efforts mais, pour une fois, Lanta était dans son monde à lui, et il avait bien l’intention qu’elle s’en aperçût.
De la lumière. Corvus s’arrêta en dérapage contrôlé et leva un bras pour empêcher Lanta de le dépasser. Ses guerriers s’écartèrent pour former une ligne d’escarmouche et se baissèrent. Corvus scruta les arbres devant eux. Plusieurs feux de camp et une odeur de cuisine.
– Par les couilles de Gosfath, grogna-t-il, nous avons trouvé leur village de merde.

Godblind T1, d’Anna Stephens

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Des personnages, justement, parlons-en. Ils sont, à mon sens, le point fort de ce roman. Parmi ceux qui m’ont le plus touchée, il y a Dom, cité plus haut, Rillirin, Crys, Tara, Gilda,

L’auteur fait la part belle aux femmes, qui savent se battre et se défendre, qui sont fortes, intelligentes, courageuses, mais non pas infaillibles, car elles conservent leur sensibilité féminine, et parfois leur fragilité. Certains personnages masculins aussi peuvent se montrer sensibles et fragiles, à l’instar de Dom, dévasté par son don de divination et à la merci des dieux, ou Rastoth, traumatisé par le décès de son épouse.

J’ai presque envie de dire que, heureusement, le manichéisme ambiant ne s’est pas propagé aux personnages. Car ceux-ci, même s’ils appartiennent chacun à un camp précis, sont complexes et contrastés. Encore que… Du côté Mirécès, les personnages sont quand même à peu près tous manipulateurs, assoiffés de pouvoir et très portés sur la destruction. En cela, on ne peut pas vraiment les qualifier de profonds et complexes, puisqu’ils ont tous les mêmes motivations, déchiffrables comme un panneau d’autoroute. On pourrait toutefois trouver un certain intérêt à Lanta, mais fondamentalement, les « méchants » sont à peu près tous faits dans le même moule. Ceci étant, ils ont tous l’avantage que le lecteur aime à les détester.

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Un autre point fort du roman, ce sont les scènes de pure violence : torture, combats, assassinats, cruauté gratuite… Les amateurs de gore s’y retrouveront assez bien. En cela, la couverture et le résumé ont tenu leurs promesses! Pas de publicité mensongère, le lecteur en prend plein la vue, en particulier dans une superbe scène de sacrifice rituel qui confine plus à la torture qu’à la simple exécution. Si j’étais moi-même une déesse du sang, je dois dire que je serais conquise.

Les scènes de combat sont elles aussi très abouties, il faut le reconnaître. D’ailleurs, peut-être le fait que l’auteur soit ceinture noire de karaté y est-il pour quelque chose. Et elles sont aussi très violentes. Je me suis même surprise à faire un parallèle avec Jean-Philippe Jaworski et son Janua vera. Certes, un Jaworski pas très en forme pour ce qui est des tournures littéraires, et même un peu fâché avec son dictionnaire des beaux termes du français. Mais dans le fond, la violence et le caractère cru des combats dans Godblind pourraient bien être de la même trempe.

Le troisième clou fut pour sa cheville gauche. Galtas fut éberlué par le génie de la chose, le talent avec lequel Lanta oeuvrait ; gauche, droite, gauche, droite, au fil des jambes. Il scandait la prière avec les autres et sentait la présence des dieux s’intensifier. « C’est ça le pouvoir. C’est ça la gloire. Les dieux reviendront et grande sera leur satisfaction. »
La sueur assombrissait les cheveux blonds de Lanta et le col de sa robe à mesure qu’elle clouait les jambes de [spoiler] au poteau. La tâche paraissait difficile ; trouver le bon endroit entre les os afin que le clou s’enfonçât proprement, tout en dessinant une ligne nette, régulière, avec les têtes gris terne des clous, qui descendaient le long des jambes du supplicié comme autant de tiques plates de métal se désaltérant du sang qui coulait.

Godblind T1, d’Anna Stephens

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

J’ai pu lire de nombreux avis mitigés sur la toile. Certains rejoignaient mon propre avis, et ceux-là disaient ne pas avoir envie de lire les tomes suivants. Personnellement, je sais que je lirai la suite, et avec plaisir qui plus est. Je sais que ma chronique peut sembler très mitigée, et de fait, elle l’est. Et pourtant j’ai trouvé dans ce roman un côté très addictif qui m’a plu, et qui me donne envie d’aller plus loin. Qui sait, peut-être que dans le tome suivant, il y aura moins de linéarité? Peut-être que certains « méchants » vont virer leur cuti, ce qui les rendraient bien plus intéressants. Peut-être des « gentils » vont-ils céder à l’appel de l’obscurité et du pouvoir?

Quoi qu’il en soit, et malgré les lacunes de ce premier tome, je rempilerai à coup sûr pour le prochain numéro.

À suivre, donc…

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

N’hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s’amuse ^^

Retrouvez-moi aussi sur Twitter, sur le compte @Acherontia_Nyx, ou sur Instagram, sur le compte Acherontia Nyx!

Votre dévouée,

Acherontia

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens
[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Xapur (Les lectures de Xapur)

Lianne (De livres en livres)

Althea (Althea’s books)

[Chronique fantasy] Godblind. T1, de Anna Stephens

Lu dans le cadre des challenges…

Littérature de l’imaginaire 2017

Défi lecture 2017

n°1 – Un livre de ma maison d’édition favorite

Si j’étais un livre #3

Je serais le premier tome d’une saga

[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d’Olivier Gay

Si vous cherchez une héroïne qui en a dans la culotte sans se la jouer, un ténébreux héros un rien gaffeur sur les bords, de la magie pleine de fraîcheur qui ne réinvente peut-être pas le genre mais qui divertit à coup sûr, alors ce roman est fait pour vous!

Acherontia

[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay

Chloé, élève en seconde, assiste un jour par hasard à un combat à l’épée entre Thomas, un élève d’une autre classe qu’elle connaît à peine, et une sorte de démon. L’adolescente tente d’intervenir mais est blessée et perd connaissance. A son réveil, la créature est morte et Thomas lui explique qu’il est un mage et que sa mission est de repérer et fermer les failles vers le monde des démons.

[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay

Playlist Spotify

Acherontia’s chronicles – Le coeur et le sabre

[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay
[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay

Je tiens d’abord à remercier les éditions Castelmore pour ce service presse. C’est une lecture que j’avais demandé sur la plateforme Netgalley.fr, et cela m’a fait très plaisir d’être sélectionnée pour le lire et le chroniquer!

Pourquoi ai-je demandé cette lecture en particulier? Parce que cela faisait un petit moment que j’entendais parler d’Olivier Gay, que je n’avais encore rien lu venant de lui, et que je me disais qu’il serait grand temps de remédier au problème, tout simplement. Après, il faut avouer que la couverture et le résumé ont beaucoup influencé mon choix… Mais quel lecteur ne se laisserait pas influencer par eux, hein?

Ma mère était devant son chevalet, comme d’habitude lorsqu’elle ne traînait pas sur les sites de rencontre. Elle semblait convaincue qu’elle avait du talent. Moi aussi, je l’avais longtemps cru, je l’avais même encouragée dans sa passion. Mais, depuis que Papa était parti, elle semblait se contenter de vivre de la prestation compensatoire en attendant qu’une éventuelle galerie daigne la transformer en star.
Elle leva vaguement les yeux vers moi puis retourna à sa peinture. Deux diffuseurs d’encens ne suffisaient pas à couvrir l’odeur de la térébenthine.
– Il y a quelques restes dans le frigo, et j’ai fait une salade de pâtes.
Pas de « bonjour », pas de « comment s’est passée ta journée », ni même un « alors, pourquoi rentres-tu si tard? ».
D’habitude, je ne m’en offusquais pas ; ces derniers temps, ma mère n’était que l’ombre d’elle-même. Ce soit, pourtant…

Le coeur et le sabre, d’Olivier Gay

[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay
[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay

La première chose qui m’a frappé dans ce roman (aïe…), ce sont les deux personnages principaux. Ils ne représentent en rien l’archétype du super-héros, sans être pour autant des antihéros. Ils se situent à la frontière des deux, ce qui les rend au final très humains, et c’est ce qui me plaît chez eux.

Il y a Chloé, qui est une adolescente de taille démesurée, et donc d’un naturel maladroit, ce qui la mène souvent à des situations rocambolesques, voire drôlissimes. Ses problèmes familiaux lui confèrent une profondeur et un background historique intéressants ; son père est parti quelques années plus tôt au bras d’une femme plus âgée que sa mère, et cette dernière se réfugie dans l’alcool et la peinture, ne consacrant plus assez de temps à Chloé. La mère et la fille vont tenter de se rapprocher tout au long du récit, mais il faudra du temps à la mère pour comprendre ce que sa fille attend d’elle et pour l’appliquer. Chloé n’est pas à proprement dit la fille la plus populaire de son lycée, loin s’en faut. Mais à défaut de popularité, elle possède un franc parler tout à fait délectable qui prête le lecteur à sourire à de nombreuses reprises.

Et puis il y a Thomas, cet adolescent qui se la joue ténébreux et qui s’avère être un très gentil garçon, dans le genre mage foireux. Parce que, oui, Thomas est mage, comme vous allez le voir dans la suite…

[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay

Dans le Paris décrit par Olivier Gay, la magie existe bel et bien. Elle y est même plus puissante qui partout ailleurs. Ce n’est peut-être pas celle du monde de Harry Potter (et encore…), mais plutôt une magie qui joue avec les élémentaux et les forces de la nature.

Dans ce Paris, il y a aussi des failles qui donnent sur d’autres univers et que les mages doivent colmater afin d’éviter une invasion de goules et autres monstres indésirables. C’est le rôle de Thomas, et c’est d’ailleurs dans l’exercice de cette fonction qu’il rencontrera Chloé. Lors d’un combat avec une goule, alors qu’il est en mauvaise posture, Chloé vient à sa rescousse mais manque de mourir par la même occasion. Pour la sauver, Thomas n’a qu’une solution…

Thomas recula de nouveau. Comme tout à l’heure, il agita sa main gauche à hauteur de son visage.
– Air et feu, Feu follet, Viens et Frappe, Danse et Brûle, Feu follet, Air et Feu, Chante et Tue…
Une bille de lumière se forma sans sa main, grandissant alors qu’il psalmodiait.
OK, on venait officiellement d’entrer dans le grand n’importe quoi. Qu’est-ce qu’il essayait de faire? Et c’était quoi, ces paroles pourries? On aurait dit une chanson de RnB.
Je perdais pied – dans tous les sens du terme. Mes bras et mes jambes s’engourdissaient. J’avais beau être musclée, cela faisait presque cinq minutes que je pendouillais ainsi. Mais je n’avais pas envie de descendre pour autant.
Thomas n’eut pas le temps de finir son improbable litanie. L’homme se fendit de nouveau et manqua de le toucher au poignet. Puis il feinta, un mouvement bas et long qui trompa la garde du garçon.

Le coeur et le sabre, d’Olivier Gay

[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay

… Faire subir à Chloé un rituel qui est normalement interdit pour son rang : celui de l’Adoubement. Chloé devient alors le chevalier servant de Thomas, littéralement. Elle devra le protéger envers et contre tout des monstres qui le menacent tandis qu’il tisse ses rituels. Pour mener à bien sa mission, Chloé se voit « augmentée » de pouvoirs extraordinaires ; mais cela, je vous le laisse découvrir dans le roman… Ce ne serait pas comique, si je vous disais tout!

Qui dit Chevalier dit aussi épée. Ou plutôt sabre, en ce qui nous concerne. Et cela tombe bien, car Chloé est justement une vraie cheffe en matière d’escrime! Elle se débrouille même tellement bien qu’elle est sur le point de se rendre à un tournoi qui pourrait faire d’elle une escrimeuse professionnelle.

C’est d’ailleurs, selon moi, un des gros points forts de ce roman. Je ne sais pas si l’auteur pratique lui-même l’escrime, ou s’il s’est très bien documenté sur ce sport, mais quoi qu’il en soit, les descriptions semblaient très réalistes. On voit qu’Olivier Gay maîtrise bien son sujet, sans toutefois inonder le lecteur sous les termes techniques et les descriptions de combat à rallonges.

Et le mousquetaire, dans tout ça, me direz-vous? Ah ben ça… Je vous laisse le découvrir!

Il se leva, et se planta juste devant moi. Je n’avais pas pu juger de sa taille alors qu’il était assis, mais il arrivait presque à ma hauteur, avec de larges épaules et des mains comme des battoirs. Il avait dû être une vraie force de la nature avant que la vieillesse le rattrape. De nouveau, je cherchai à deviner son âge. Soixante ans? Plus?
– Thomas nous a forcé la main. Il a réalisé un rituel qu’il ne devait faire sous aucun prétexte. Il devait attendre le jour de ses dix-huit ans pour se lier avec un Chevalier et, au lieu de ça…
– Ce n’est pas la première fois que j’entends ce mot, intervins-je. Qu’est-ce que ça veut dire?
Ha! Chacun son tour de se faire interrompre. Mais la plaisanterie n’était pas du goût de Mickael. Il se pinça l’arête du nez avant de reprendre, la voix glaciale :
– Un Chevalier est un homme dévoué à notre cause, qui se retrouve doté de capacités extraordinaires pour nous protéger. Nous, les Mages.
– Mais…
– Ce n’est pas un rôle pour une femme. Depuis quatre mille ans, tous les Chevaliers sont des hommes. Et nous allons devoir supporter les conséquences de son erreur ridicule.

Le coeur et le sabre, d’Olivier Gay

[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay

Le seul réel bémol que je peux émettre concernant ce roman, ce sont les méchants de l’histoire, les fameuses goules. Qui sont-ils/elles? D’où viennent-ils/elles? D’un univers parallèle certes, mais on ne sait pas grand-chose de cet univers, et c’est bien dommage. Peut-être est-ce réservé au tome suivant? Mais moi, j’aurais bien aimé un petit mot d’explication les concernant. Déjà, pourquoi les appelle-t-on « goules »?

Il y a bien un élément d’explication quant au fait qu’elles essaient constamment d’envahir l’univers de Chloé et Thomas, mais je le trouve un peu léger, j’aurais vraiment apprécié d’en savoir plus, ou au moins savoir que de plus amples informations me seront fournies au prochain numéro…

– Il paraît que tu connais de nombreux rituels, observa l’homme en avançant d’un pas, testant la lame de son adversaire.
– Il paraît.
– Tu penses que cela va m’arrêter?
– En tout cas, ça t’a fait réfléchir. Tu ne devais pas me percer le coeur?
L’homme eut un rire froid. De nouveau, il avança. De nouveau, les lames s’entrechoquèrent. De nouveau, Thomas prit de la distance. Je constatai avec surprise qu’ils étaient plutôt doués. Malgré leur position peu orthodoxe, ils se déplaçaient avec la souplesse d’escrimeurs-nés. Oui, ils étaient bons – mais pas exceptionnels. Même d’aussi haut, je pouvais voir des trous béants dans leur garde. Mon prof les aurait traités de tous les noms.
Fascinée, je contemplai ce ballet incompréhensible sans intervenir, sans prononcer le moindre mot. J’en oubliai même mes mains douloureuses à force de serrer cette maudite corde. Tout cela n’avait aucun sens.

Le coeur et le sabre, d’Olivier Gay

[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay
[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay

J’ai vraiment adoré tout ce qui était lié à la magie dans ce roman. Ce n’est peut-être pas ce qui s’est fait de plus original, cela ne réinvente clairement pas le fantastique moderne, mais j’ai aimé la fraîcheur du concept La façon dont celui-ci est traité, aussi, avec beaucoup de simplicité et de candeur. Dieu merci, on est lui de la bit-lit pour grands ados aux hormones bouillonnantes, où les scènes de fesses crues et vulgaires sont plus présentes que les éléments fantastiques censés pourtant abonder. Certes, il y a bien un peu de romance, mais on est beaucoup plus proche des premiers émois adolescents que de la littérature érotico-pornographique.

Le personnage de Chloé est ce qui m’a le plus convaincue dans ce roman. Je l’ai appréciée pour ses qualités autant que pour ses défauts. Ses réparties étaient drôles, sa maladresse était attendrissante, et je ne doute pas que bon nombre d’adolescentes pourront s’identifier à elle, que ce soit dans son manque de popularité à l’école ou dans ses difficultés familiales.

L’écriture d’Olivier Gay est fluide et agréable à lire. Quelques cliffhangers viennent ponctuer et rythmer le récit, lui conférant un côté addictif très plaisant. Je dois bien avouer que j’avais hâte de retrouver ma lecture chaque jour et de tourner les pages pour voir ce qui allait s’y passer. Certes, le combat final est peut-être un tantinet trop « easy », on se serait cru dans une grosse production hollywoodienne où les héros réussissent à tuer tous les méchants d’un coup de cuillère à pot. Heureusement, la toute fin vient tout sauver, avec l’arrivée d’un personnage aux pouvoirs un peu particuliers, ainsi que de révélations finales qui laissent pantois et donnent envie de se réjouir du tome suivant.[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay

[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay
[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay

N’hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s’amuse ^^

Retrouvez-moi aussi sur Twitter, sur le compte @Acherontia_Nyx, ou sur Instagram, sur le compte Acherontia Nyx!

Votre dévouée,

Acherontia

[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay
[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay

Lianne (De livres en livres)

Althea (Althea’s books)

Agathe Lou Lp (Les lectures d’Agathe)

Lady Chantilly (Lady Chantilly bouquine)

Chems (Chems book)

Maud Bonnefond (Des livres / une fille)

[Chronique jeunesse] La magie de Paris. T1, Le coeur et le sabre, d'Olivier Gay

Lu dans le cadre des challenges…

Littérature de l’imaginaire 2017

Défi lecture 2017

n°22 – Un livre dans lequel il pleut

Challenge Si j’étais un livre #3

…Je serais le premier tome d’une saga

[Chronique jeunesse] Les 7 de Babylone. Tome 1, La mémoire des anciens, de Taï-Marc Le Tanh

Le synopsis nous promettait une autre vision de Victor Hugo… Hé bien, je confirme! Exit le papy croulant sur son gadot de fortune, exit l’écrivain passé de mode rédigeant ses textes à la plume sur du papier défraîchi. L’auteur passe un bon coup de Swifer sur nos chers (?) manuels d’histoire et revisite les personnages historiques façon 2.0!

Acherontia, dans cette chronique

[Chronique jeunesse] Les 7 de Babylone. Tome 1, La mémoire des anciens, de Taï-Marc Le Tanh

Quand les personnages de tes livres d’Histoire deviennent des super-héros…

Jasper, 13 ans, est recruté par Victor Hugo (alias Toth), Vercingétorix (alias Verse), Mozart (alias Wolf) et quelques autres personnalités historiques afin de mener à bien, avec eux, une mission ultra secrète : empêcher leurs ennemis de toujours, menés par Léonard de Vinci, de réunir des fragments des 7 merveilles du monde, qui leur permettraient d’acquérir un pouvoir destructeur.

Promis : tu ne verras plus jamais Victor Hugo comme avant !

Lire la suite

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Le monde de l'art, c'est un peu comme celui des rêves. Lorsque nous y entrons, nous allons d'inspirations nébuleuses en fantasmes malsains, de beauté ultime en violence extrême…

Acherontia, in : "Chronique de sublimation"

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Bordeaux, place de la Bourse, une œuvre d’art intrigue les passants. Le meurtre atroce qu’elle dissimule annonce une psychose sans précédent. Dans son atelier parisien, Damian Leisenberg subit les assauts de visions persistantes, des scènes macabres laissant présager le pire. Le controversé Capitaine Bonhoure se lance sur la piste d’un tueur en série pour le moins créatif, mais face à la complexité de l’enquête, ses dons de criminologue ne seront rien sans les avis éclairés du Lieutenant Torrès. Du port de la lune à Paris, le duo d’enquêteurs, impuissant, assiste au décompte des victimes. Dans la lignée de Seven, un thriller psychologique qui changera à jamais votre regard sur l’Art.

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Playlist Spotify

Acherontia's chronicles – Sublimation

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

…Ce roman n'est pas à mettre entre toutes les mains!

Certaines scènes violentes, voire gores, pourraient mettre mal à l'aise certains lecteurs plus sensibles.

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Il n'y a pas si longtemps, je n'avais encore jamais entendu parler de Bastien Pantalé, ni de ses romans autoédités. Le hasard faisant souvent bien les choses, l'auteur, qui est probablement tombé par hasard sur mon blog, m'a proposé de chroniquer un de ses romans, au choix. Il y avait un roman plutôt SF qui me tentait bien aussi, mais j'ai finalement jeté mon dévolu sur ce roman, Sublimation. J'étais en effet intriguée par le résumé et curieuse de voir comment l'auteur allait mêler art et crimes.

Après lecture, je me dis que mon choix fut bon, même si j'ai encore envie de m'essayer à la SF de l'auteur.

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Le première chose qui m'a permis d'accrocher à l'histoire, c'est le style d'écriture de l'auteur, qui allie fluidité et rythme, avec un soupçon de poésie quand cela est nécessaire. Certes, tout n'est pas parfait, mais pour un roman autoédité, on est déjà sur un travail de très bonne qualité, et l'on sent tout le potentiel d'écriture qui se cache derrière ces 365 pages.

Personnellement, j'aurais appuyer un peu plus sur certaines descriptions, les retravailler pour rendre l'ambiance plus glauque et malsaine encore. Mais c'est juste une question de point de vue.

Il tourna la tête dans toutes les directions, tentant de distinguer une forme reconnaissable. Rien, trop de lumière. Le silence fut de courte durée. Il lui sembla distinguer des bruits de pas, d’outils… puis un gémissement, long, saisissant. Le son lui parvint étouffé, comme entravé par un bâillon. À nouveau le silence. Puis encore un cri de douleur. Entre les plaintes de cet humain qu’il ne pouvait pas voir, Charles distingua des sons encore plus dérangeants, plus organiques. Quelque chose d’extrêmement perturbant le fit tressaillir, un mélange entre le bruit d’un tissu que l’on déchire et un grincement vibrant dans l’air. Un goutte-à-goutte, puis l’écoulement d’un liquide épais, et encore des cris. C’était des chairs que l’on malmenait, le corps d’un homme ou d’une femme subissait les pires sévices. Quelqu’un souffrait à quelques mètres de lui, agonisait entre les mains d’un inconnu, et il n’était même pas capable de se relever. Le son horrifiant d’un os qui se rompt le saisit en pleine poitrine et lui arracha un cri de frayeur. Il ne pleurait plus seulement à cause de la lumière à présent. Pourtant, Charles Girard n’était pas homme à s’émouvoir facilement. L’odeur de la peur, l’odeur de la mort l’atteignit pour la première fois.

Sublimation, de Bastien Pantalé

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Une des grandes forces du roman, ce sont ses personnages ; ils sont terriblement réalistes, humains et, pour ma part, très attachants.

Manoa, l'enquêteur en charge du dossier dont il est question dans le roman, n'est pas juste là en figure de détective fade et sans volume. L'auteur s'est attaché à lui donner un background historique fourni, ainsi qu'une histoire personnelle touchante qui prend parfois le pas sur l'enquête elle-même. Sa relation avec Zina, une jeune femme russe et ex-prostituée. Sa relation même avec l'enfant de Zina, qu'il protège comme s'il s'agissait du sien. Et sa folle lutte pour délivrer sa bien-aimée des griffes de son ancien maque.

Quant à sa coéquipière improvisée, Aurora, on en sait moins sur son compte, mais elle s'impose par son caractère et sa présence comme un des personnages phares de l'histoire.

Les deux forment un duo de choc qu'il est plaisant de suivre au fil du récit. Chacun a ses qualités et ses défauts, sa sensibilité et son bagage personnel ; le tout mis ensemble leur permet d'appréhender au mieux l'enquête et de trouver des solutions auxquelles personne n'aurait pensé.

Manoa et Aurora, chacun de leur côté, laissaient germer les idées les plus fantasques dans leurs cerveaux particulièrement irrigués par les évènements de ces derniers jours. En enquêteur expérimenté, Bonhoure savait très bien qu’il n’aurait aucune certitude tant qu’il ne se serait pas assis de l’autre côté de la table, tant qu’il ne serait pas allé au fond des choses. Se retrouver face à ce type, plonger son regard dans le sien, et le confronter aux photos et à ce que furent ses victimes de leur vivant… Alors, et seulement alors, il pourrait se faire une idée. Et encore, peut-être que son interrogatoire ne ferait que renforcer ses doutes. Pour l’heure, ça ne tenait pas debout. Ses doigts tapaient nerveusement la poignée intérieure du véhicule ; ils y étaient presque.

Sublimation, de Bastien Pantalé

Il y a aussi Damian, l'artiste, qui est amené à se poser des questions sur lui-même, sur ces rêves étranges qui le réveillent en sursaut durant la nuit, à ces indices qui divergent vers lui, le liant irrémédiablement à l'enquête en cours. Sa petite amie Liya, qui est également son modèle, serait-elle en danger?

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Le monde de l'art, c'est un peu comme celui des rêves. Lorsque nous y entrons, nous allons d'inspirations nébuleuses en fantasmes malsains, de beauté ultime en violence extrême… Tous ces aspects semblent opposés, et pourtant tout se rejoint, au sein même du concept d'art. Dès lors, de tout ce qui constitue nos balises, le bien mal, le beau, le laid, l'ordre et le chaos, plus rien de tout cela n'existe vraiment. Cette réalité se reflète jusque dans le chef du tueur de ce roman, appelé "Le sculpteur". Il croit faire le beau, pourtant il montre ce que l'humain porte de pire en lui : la mort. Il croit faire le bien, mais cette notion est-elle la même pour tout le monde? Il croit travailler dans l'ordre, mais il sème le chaos derrière lui.

Dans quel but le Sculpteur officie-t-il? Cherche-t-il seulement à corriger les torts de la société en supprimant celles et ceux qu'il considère comme nuisibles, ou y a-t-il un dessein plus profond et plus sombre encore?

Voici un autre point fort de ce roman, au travers duquel l'auteur nous propose de nombreuses réflexions au sujet de l'art. De tous les thrillers que j'ai pu lire, peu au final traitent de l'art de cette façon. C'était original et bien amené, et j'ai donc eu plaisir à découvrir la façon dont cette thématique était traitée. Oui, au final, pour ce point précis, le roman m'a un peu rappelé le film Seven… Surtout dans la façon dont les meurtres sont amenés.

Le sculpteur ne vit dans ses larmes qu’une expression de la beauté créatrice, l’émotion de se voir prendre forme sans doute. Il donna d’abord leurs positions aux bras et aux jambes, profitant de la température élevée du métal pour obtenir la forme souhaitée. De toutes ses forces, il plia, tourna et écarta, sentant les os grincer, le cuir tirer et se déchirer par endroits ; il façonna le squelette de son œuvre. Pour la tête, la manœuvre fut plus délicate : il fit d’abord pénétrer la tige sous la clavicule, suffisamment en profondeur, pour ensuite la faire remonter et la planter sous la mâchoire. Enfin un port de tête gracieux !

Sublimation, de Bastien Pantalé

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Une chose qui m'a un peu gênée, en revanche, ce sont tous ces termes "à la française" qui pullulent tout au long du texte. Une grande partie du roman se situe dans le milieu judiciaire français, d'où la surabondance de termes spécifiques, et surtout, d'acronymes comme nos amis savent les pondre. OCBC, ENSP, FNAEG, et j'en passe… Personnellement, je m'y suis complètement perdue. Surtout qu'étant belge, les noms ne sont pas du tout pareils chez nous. Certes, quelques termes étaient expliqués et définis dans les notes, mais ces notes n'arrivent qu'en toute fin de roman, et jusqu'à preuve du contraire, ma liseuse ne me permet pas de cliquer sur la note, puis de revenir en arrière, à la bonne page. Alors, plutôt que de risquer de perdre ma page, j'ai préféré rester dans mon ignorance et faire abstraction de mon incompréhension. Après tout, et je vous rassure sur ce point, le roman se comprend très bien sans nécessairement comprendre tous les termes spécifiques à la PJ…

— T’es aux Biens Culturels depuis longtemps ?
— Ça va faire trois ans. Après une licence en Histoire de l’Art, j’ai validé un Master en Droit des Affaires, spécialité Marché de l’Art, puis j’ai intégré l’ENSP7 de Saint-Cyr.
— Excusez-moi du peu ! taquina Manoa avec un accent mondain qui extirpa un petit rire nerveux à la jeune femme.
— Tu ne crois pas si bien dire. Mon père est l’ancien ambassadeur du Venezuela à Paris.
— Oh, mais on m’envoie du beau monde dites-moi !
— Arrête ! J’ai toujours voulu défendre le patrimoine culturel français – je suis Française par ma mère –, et à l’OCBC, j’ai trouvé comment me rendre utile.

Sublimation, de Bastien Pantalé

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Donc, dans l'ensemble, le roman se laisse lire de très agréable façon. Un point, toutefois, m'a vraiment laissée sur ma faim, et non des moindres, puisque c'est de la chute qu'il s'agit. L'identité du fameux Sculpteur et le lien que le relie à Damian.

J'ai un peu de mal à comprendre tout le mystère que l'auteur fait autour de ce lien, tellement cela saute aux yeux, et ce dès le début du roman. Moi, je m'étais dit que peut-être l'auteur nous mettait sur une fausse piste exprès, pour mieux nous retourner comme un gant en fin de roman. Eeeeeh non! Lecteurs, si comme moi vous avez eu la prescience de cette chose que l'auteur cherche absolument à cacher, apprêtez-vous à être déçu dans les derniers chapitres. Car vous aurez découvert le pot aux roses bien trop tôt, et comme moi, vous serez sans doute déçu du manque d'originalité de la chose.

En se glissant dans le jardin qui aurait très bien pu le voir grandir, le colosse pensait aux traits qu’il donnerait à sa prochaine œuvre, au masque surtout, qu’il sculpterait lui-même, l’expression qu’il souhaitait lui donner revêtait trop de sens pour qu’il se contente d’un objet déjà formé ; le couteau, lui, porterait son propre sang. Quelle douceur d’imaginer ce salaud disparaître sous la pâleur purificatrice du plâtre !
Le fragile grillage plia sous le poids du rôdeur, et la haie hétéroclite qu’on avait oublié d’entretenir le dissimula presque jusqu’à la terrasse. Étrange de constater qu’un si bref passage en ces lieux puisse lui laisser autant de souvenirs ; rien n’avait vraiment changé, le jardin et la maison semblaient encore plus ternes sous la lumière ténue de la lune, et la même odeur de bois pourri agressait ses narines. Il l’avait pourtant aimée cette fragrance, ce parfum de nature qui lui évoquait jadis la forêt profonde ; jusqu’à ce qu’on le place dans cette famille d’accueil, son ultime chance de connaître une vie “normale”. Préadolescent, il avait posé les choses, s’était concerté avec ses multiples démons, et était prêt à faire un effort. Il cacherait tous ses vices et ses penchants macabres aux yeux du monde, serait plus lisse qu’un lac inerte, si cela pouvait lui apporter la sécurité et la stabilité d’un foyer. Oui, il était prêt à se faire violence, à garder tout cela pour lui seul, quitte à mentir à la terre entière, à commettre ses forfaits en douce. Il accepterait d’être un jeune homme irréprochable.

Sublimation, de Bastien Pantalé

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Pour résumer ce que j'ai pensé de cette lecture, qui fut très agréable en de nombreux points, je dirais surtout que, malgré l'écriture fluide et rythmée, les personnages attachants et le sympathique lien des meurtres avec l'art, certaines petites choses peuvent être encore améliorées. Certaines longueurs, notamment, qui pourraient être abrégées. De trop nombreux termes spécifiques à la PJ, abrégés en acronymes incompréhensibles pour qui n'est pas français et au fait de l'univers judiciaire. Ils sont expliqués en note, mais en fin de roman, c'est qui est, pour le dire platement, emmerdant, parce que cela freine la lecture.

Donc oui, j'ai apprécié ma lecture dans l'ensemble, mais j'ai été cruellement déçue par la fin, et par l'explication de ce lien qui unit le meurtrier à Damian, l'artiste. Beaucoup trop téléphoné à mon goût… Je m'en suis doutée dès les premiers chapitres, et j'attendais de l'auteur qu'il me surprenne en proposant un lien tout autre. Voilà pour le bémol…

Mais d'une façon générale, c'était tout de même un bon roman, qui procurera les frissons nécessaires aux amateurs du genre.

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^

Retrouvez-moi aussi sur Twitter, sur le compte @Acherontia_Nyx, ou sur Instagram, sur le compte Acherontia Nyx!

Votre dévouée,

Acherontia.

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé
[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Kerry Le Gres (Les perles de Kerry)

Sagweste (Sagweste in librio)

[Chronique thriller] Sublimation, de Bastien Pantalé

Lu dans le cadre du Défi lecture 2017…

n°51.     Un livre qui se déroule dans le milieu artistique

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

L'auteur ouvre une brèche dans le tissu superficiel de l'humanité et s'amuse à nous y faire chuter. Mais de fond point il n'y a. Car la turpitude, le vice, la folie et l'horreur n'ont pas de limites…

Acherontia, chronique de "Poétique du morcellement"

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

« Des pleurs étouffés tirèrent Rachel de son inconscience. Elle ouvrit les yeux mais demeura plongée dans le noir. Il lui fallut plusieurs secondes avant de réaliser qu’elle n’était plus ligotée. Un petit cri s’échappa de sa gorge et, en une seconde, elle fut debout, tâtonnant nerveusement à travers l’obscurité qui l’enveloppait. Essoufflée, elle heurta un mur, écarta les bras puis en toucha deux autres latéralement. Elle se retourna brusquement, fit trois pas précipités et rencontra une autre cloison. Hystérique, elle battit des bras comme pour déchirer le voile de ténèbres qui l’oppressait. Elle hurla avant de plaquer ses mains sur sa bouche, ne laissant plus sortir qu’un grognement pitoyable. Et si son agresseur l’observait, au-delà des cloisons, attendant le moment propice pour lui tomber dessus et la torturer? Qui l’avait amenée ici et pourquoi ? Luttant pour contenir le flot de peur brute qui ne demandait qu’à corrompre son corps et son esprit, elle demeura immobile quelque temps, prostrée. Puis, reprenant ses esprits, elle tendit l’oreille. Les sanglots s’étaient arrêtés, mais il lui sembla entendre la voix lointaine d’un homme. L’air charriait des relents d’excréments et de moisissures, c’était la première fois qu’elle le remarquait. »

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Playlist Spotify

Acherontia's chronicles – Poétique du morcellement

Playlist aussi disponible sur YouTube…

PS : The coronation de Dishearten a été remplacé par Portal of Anatolia du même groupe. Quant au morceau d'Eros Necropsique, je n'ai pas pu le trouver sur Youtube…

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

slideshow(document.querySelector(‘.ob-slideshow-752621084’))

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

…Ce roman n’est clairement pas à mettre entre toutes les mains!

Comme le dit l’auteur lui-même, cette lecture est déconseillée aux humanistes végétariens. J’ajouterai que, d’une façon générale, je ne la conseille pas aux âmes sensibles.

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Je vais encore faire dans l’original, sur le coup, je le sens venir ^^

L’auteur m’a donc proposé son roman en m’envoyant un gentil petit mail sur la boîte du blog… Après lecture dudit mail et du résumé, j’ai accepté, parce que le thème et le ton me plaisaient, et que je n’étais pas trop débordée en apparence.

Mouais… En apparence, seulement! Parce que le gentil monsieur, cela fait un an qu’il l’attend, sa chronique, pauvre de lui! Je n’en suis pas fière, croyez-moi… C’est la tête basse et le regard fuyant que je m’installe derrière ce PC. Pour peu, on pourrait me confondre avec le teckel du voisin… Attendez! Mais le voisin n’a pas de teckel?! Enfin, oui, vous m’avez comprise.

À ma décharge, le livre est tout petit et tout fin. Pour vous dire, un petit quinze centimètres de hauteur, pour cinq millimètres d’épaisseur. On dit souvent que ce n’est pas la taille qui compte, mais dans ce cas-ci, sa taille lui a permit de se faufiler loin loin dans ma PAL, et de s’y cacher si bien que je ne l’ai retrouvé que récemment lors de mon déménagement. Je pense que ce livre est conscient des horreurs qu’il renferme, et qu’il me jugeait trop sensible pour me délivrer ses sombres petits secrets.

C’est dommage, car l’auteur s’était chargé de le tatouer avant de me l’envoyer. Une magnifique dédicace à rallonge en première page, avec un emoji diablotin prêt à me piquer le popotin avec sa fourche. Il y avait pourtant de quoi me donner l’eau à la bouche!

Soit, j’ai remis la main sur le bouquin fugueur, je l’ai donc lu une fois mon déménagement terminé, et voici ce que j’en ai pensé… Je vais vous le décortiquer nouvelle après nouvelle, ce sera plus simple.

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

D’une façon générale, l’écriture de l’auteur est fluide et bien maîtrisée. J’ai apprécié le vocabulaire parfois soutenu, le français impeccable, la rythmique agréable des récits. Premier bon point, Monsieur Janulewicz, c’est bien! Au troisième, vous aurez des bonbons!

Tenez, voici un second bon point pour vous : J’ai trouvé que les nouvelles, pour la plupart, étaient bien construites, distillant peu à peu le suspens, faisant sombrer le lecteur de plus en plus dans les insondables abîmes de l’horreur. Une nouvelle en particulier m’a interpellée à ce niveau-là, je vous en parle un peu plus loin. 

Quant aux chutes, élément primordial pour une nouvelle réussie, la plupart étaient totalement imprévisibles et ont réussi à me surprendre. À part une, mais là aussi, je vous en parle plus loin. Et voilà, Monsieur Janulewicz, troisième bon point! Bravo, vous voici l’heureux propriétaire d’un authentique sachet de Carimbo! À moins que vous préfériez les Haribar? (Petit clin d’oeil que seul celui qui a déjà lu ce recueil pourra comprendre…)

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Synopsis

Un restaurateur a reçu la visite impromptue d’un critique culinaire, et n’est guère ravi de l’article écrit à son sujet. Il rumine sa colère, jusqu’au jour où le critique revient dans son établissement…

Mon avis

Une sympathique mise en bouche pour ce recueil de nouvelles… Mauvais jeu de mot, s’il en est, je sais! Mais cela ne devrait pas étonner celles et ceux qui me connaissent.

La chute est assez chouette, car plutôt inattendue. Ceci étant, la nouvelle se compose surtout de la « lecture » de la critique acide reçue par le restaurateur, et je l’ai trouvée longuette. Un peu plus d’action pure aurait été la bienvenue.

J'ai laissé s'exprimer le molosse impitoyable que j'abritais à mon insu. Dans ma vie, j'ai découpé, tranché, filé des milliers de morceaux de viande, mais là c'est une expérience inédite. Et ultime.

Ver solitaire. In : Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Synopsis

Daniel bricole chez lui un dimanche, jusqu’au moment où il est interrompu par sa propriétaire. Celle-ci lui reproche de faire trop de bruit…

Mon avis

Pas mal, mais sans plus. J’ai trouvé la fin franchement téléphonée (et là, je vous donne un indice sans même le vouloir!). Disons que je me suis moi aussi essayée à l’art de la nouvelle. Je me suis par conséquent informée quant aux différents types de chute possible, et ceci faisait partie des exemples trouvés. En revanche, le côté sanglant et morbide est au rendez-vous, palliant un peu le manque d’originalité.

La saisir par les cheveux pour lui fracasser le crâne contre le mur est la première idée qui traverse l'esprit de Daniel. Résistant néanmoins à la tentation, il espère une réaction plus civilisée.

Bricoleur du dimanche. In : Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Synopsis

Des femmes sont enlevées et séquestrées dans un but qu’elles ignorent. Lorsqu’elles en découvriront la raison, il sera déjà trop tard pour elles…

Mon avis

La meilleure nouvelle de ce recueil, à mon sens. J’ai beaucoup aimé sa construction. Un peu à la façon d’une macabre poupée russe, on découvre au fur et à mesure que les couches du récit se soulèvent des horreurs toujours pires que les précédentes. Jusqu’à la surprise finale, bien évidemment, subtilement cachée sous des monceaux de mots putrides et de syntaxe nauséabonde. L’ambiance du récit elle-même est glauque à souhait. L’auteur ouvre une brèche dans le tissu superficiel de l’humanité et s’amuse à nous y faire chuter. Mais de fond point il n’y a. Car la turpitude, le vice, la folie et l’horreur n’ont pas de limites…

Avachie sur le sol, revêtue seulement de ses dessous crasseux, Laura redressa la tête avec difficulté. À travers sa vision déformée par les larmes et la drogue qui commençait à agir, la silhouette floue de l'homme qui se tenait en face d'elle semblait onduler comme une plante d'aquarium.

Fantasme ultime. In : Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Synopsis

Un homme est licencié de façon injuste alors qu’il travaillait depuis des années pour une firme de bonbons. Il était chargé de rédiger les blagues imprimées au dos des emballages. Le destin va frapper à sa porte d’une bien étrange manière pour lui proposer de prendre sa revanche.

Mon avis

Pas mal, mais peut faire mieux au niveau de la rédaction. Je pense que le récit et les différents éléments de suspense auraient pu être agencés de façon plus machiavélique encore…

Il enfila des gants en latex et attrapa un bonbon qu'il agita au-dessus de sa tête. Rien dans son aspect ne le distinguait des autres, mis à part qu'il semblait d'un gabarit un peu plus important. L'homme ôta la papillote et agita son contenu sous les regards incrédules du groupe, qui explosa en jurons et cris de dégoût.

Dernière blague. In : Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Synopsis

Prostrée chez elle dans la misère et la crasse, une femme est sur le point d’accoucher alors que son copain vient de la larguer.

Mon avis

Une petite nouvelle ma foi fort sympathique, si l’on aime les récits désespérés où la misère côtoie l’horreur. Je n’ai qu’un seul regret, qu’elle ne soit pas un peu plus développée. Je sais que c’est volontaire de la part de l’auteur (enfin, je le suppose…), mais un peu plus de suspense et de matière m’aurait fait encore plus plaisir.

Front plissé, paupières si serrées qu'elles semblent hermétiquement fermées, le visage de Rosy est un masque de colère taillé dans un bois envahi de stries. Si Franck se tenait en face d'elle, le venin qu'elle déverserait lui ferait l'effet d'un acide.

Petite poupée. In : Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Synopsis

Un vieil homme doit aller donner son sang, mais c’est un acte qu’il n’a encore jamais fait, et il se sent stressé. L’infirmière fait de son mieux pour le rassurer, mais le passé resurgit parfois au moment où on s’y attend le moins, et pas toujours de la façon la plus agréable…

Mon avis

Alors là, je suis sur le derrière, comme on dit. La chute est complètement inattendue! Enfin… On commence à se douter de quelque chose vers la moitié du texte, mais sans toutefois pouvoir mettre le doigt sur THE truc qui va vous faire bondir à la toute fin. Une dernière nouvelle assez bien construite et rédigée qui clôture un sympathique recueil de nouvelles digne des froides soirées d’Halloween…

Un fracas de verre brisé, la tôle qui se déchire. Paul a les os broyés, les chairs éclatées. La douleur, fulgurante, lui coupe la respiration. Terrorisé, il tend une main tremblante vers le visage de son père qui le regarde avec une expression de tristesse infinie.

Redemption sangles. In : Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Vous l’aurez compris, dans ce très (trop) court recueil de nouvelles, il y a du bon et du moins bon. Je ne vous dirai pas qu’il y a à boire et à manger, car ce sont là des mets auxquels l’on n’a guère envie de goûter, à moins d’être nécrophile, ou scatophile, ou cannibale, ou…

Bref, ceci n’est clairement pas un recueil à mettre à la portée de tous. Mais les amateurs du genre horrifique y prendront un certain plaisir, surtout s’ils sont en plus portés sur l’humour noir.

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

FungiLumini (Livraisons littéraires)

Eléonore (Le repaire des livres)

Mélisande (Lire ou mourir)

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz
[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

N’hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s’amuse ^^

Retrouvez-moi aussi sur Twitter, sur le compte @Acherontia_Nyx, ou sur Instagram, sur le compte Acherontia Nyx!

Votre dévouée,

Acherontia.

[Chronique] Poétique du morcellement, de Romano Vlad Janulewicz

Livre lu dans le cadre du Défi lecture 2017…

Thème 74 : Un titre imagé (qui n’a rien à voir avec le thème)

[Chronique] Wild fell, de Michael Rowe

L'écriture était magistrale, toute en fluidité et maturité. L'auteur mélange à merveille les voiles du passés aux lumières du présent et nous offre, au travers du miroir de l'irréel, une vue terrifiante sur les abîmes par-delà la mort. Si vous cherchiez une ghost story​​​​​​​ gothique et pourtant résolument moderne, la voici qui est toute trouvée!

Acherontia

Synopsis…

Elle attend dans l’obscurité depuis plus d’un siècle. Dressée sur les rives désolées de Blackmore Island, Wild Fell tombe en ruine. La vieille demeure résiste pourtant aux assauts des saisons depuis des décennies. Bâtie pour sa famille par un homme de pouvoir du XIXe siècle, la maison a gardé ses terribles secrets. Depuis cent ans, les habitants de la région prient pour que les ombres piégées à l’intérieur de Wild Fell y restent, loin, très loin de la lumière. À présent, il est venu à elle. Jameson Browning, qui connaît bien la souffrance, a acheté Wild Fell avec l’intention d’y commencer une nouvelle vie. De laisser entrer la lumière. Mais ce qui rôde dans la maison est fidèle aux ténèbres qui y règnent, et la garde jalousement. Elle a attendu Jameson toute sa vie… ou même plus longtemps. Et maintenant, enfin… elle l’a trouvé.

[Chronique] Wild fell, de Michael Rowe

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon premier roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour septembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Vous vous en doutez, je suis très friande de "ghost stories". Sans doute est-ce mon caractère un tantinet gothique qui me pousse à apprécier les évanescentes émanations qui se dégagent des pages de ces romans à l'ambiance si particulière.

Une introduction au top…

Le roman s'ouvre sur une introduction de la taille d'un chapitre, dans laquelle l'auteur nous donne un bref aperçu d'un sordide événement ayant eu lieu aux alentours de Wild Fell dans les années 60. Ce fut une excellente idée de la part de Michael Rowe, qui plonge le lecteur directement au coeur du mystère de cette inquiétante bâtisse. J'ai adoré cette introduction, son côté rétro, presque innocent, qui se mêle progressivement à une ambiance de plus en plus sombre, oppressante. Seul petit bémol, qui n'en est pas vraiment un en soi, c'est que j'aurais aimé en avoir plus. Que cela dure encore quelques pages, ou même ne fut-ce que quelques lignes…

Elle regarda la masse sombre de l'île qui se dressait sur le lac, telle une forteresse, à une trentaine de mètres de distance. En fait, elle donnait l'impression de s'élancer hors de l'eau et vers le ciel, plus haute que n'importe quelle île qu'elle avait pu voir au cours de son existence. Elle se demanda si c'était un effet d'optique dû au clair de lune. En général, Brenda n'avait aucune difficulté à s'orienter en fonction de sa position relative au lac. Mais là, elle devait bien admettre qu'elle ne savait pas où elle était. Cette pensée était déjà en soi un peu excitante, mais plutôt mourir que de le reconnaître face à cet abruti de Sean, même si elle commençait à apprécier la tournure que prenait la soirée plus qu'elle ne l'aurait cru.

Wild fell, de Michael Rowe

Maléfique présence…

Si la transition entre l'introduction et le reste du récit m'a semblé un peu violente, l'écriture fluide et très agréable de Michael Rowe m'a permis de rentrer assez vite dans la vie du petit Jamie. Très vite, même, car je me suis si bien prise au jeu que j'ai lu le roman pratiquement d'un trait! Il faut dire que le récit que Jamie fait de ses mésaventures n'y est pas étranger. D'un ton très posé, très mûr, il nous raconte comment il a rencontré sa meilleure amie, Hank (Lucinda de son vrai nom, mais elle est garçon manqué et assume à merveille son caractère masculin). Puis il nous fait part de sa rencontre avec une étrange jeune fille dont le reflet se superpose au sien dans le miroir

Les yeux clos, je tendis la main vers ma lampe de chevet pour éteindre. Puis j'ouvris les yeux et regardai dans le miroir.
Quelque chose d'indéfinissable avait changé. Je voyais toujours ma chambre, mais à présent, une obscurité générale baignait les contours, un flou pas très différent de l'aspect un peu passé d'une photo ancienne, jaunissante, abîmée par l'âge et craquelée sur les bords. Mon reflet s'était également modifié de manière similaire et tout aussi impalpable. Parce qu'il faisait sombre, je ne distinguais pas mes yeux, mais mes épaules voûtées et resserrées suggéraient l'allure affectée d'une jeune fille perchée au bord d'une chaise ancienne trop grande pour elle. Quand je détendais instinctivement mes épaules afin de dissiper l'illusion, mon image m'imita, mais avec un temps de retard, me sembla-t-il, comme pour me faire comprendre qu'elle ne s'exécutait que par tolérance, et certainement pas parce que les lois de la physique l'y forçaient.

Wild fell, de Michael Rowe

Le hasard n'existe pas…

Tout comme l'amitié de Hank suivra Jamie jusqu'à la fin, la présence ténue et menaçante d'Amanda se fera sentir, elle aussi, jusqu'au dénouement final. Très tôt après cette irréelle rencontre, Jamie verra sa vie bouleversée à plusieurs reprises, de différentes manières et à différents degrés.

Tout au long du récit, c'est comme si les ombres du passé cherchaient à ternir la lumière du présent. L'on ressent cette menace qui plane sans cesse sur le jeune héros, ce sombre nuage qui hante ses pas, prêt à tout moment à se déchirer pour laisser la violence des éléments se déchaîner. 

L'on ressent aussi que tous ces événements ne surviennent pas par hasard. D'ailleurs, le hasard existe-t-il? Et si les pas de Jamie étaient guidés à son insu par des puissances invisibles, miroir après miroir, mystère après mystère? Et si son destin était lié d'une façon ou d'une autre à ce lugubre manoir, Wild Fell

 

Je rêvai que je chevauchais mon Schwinn rouge sur un promontoire surplombant un vaste lac sombre.
Au milieu de l'étendue d'eau se dressait une île entourée d'une couronne sauvage de roche grise et de pins vert foncé. Sur l'île se trouvait un château dont les tourelles s'élevaient au-dessus des cimes des arbres. Le soleil couchant striait le ciel bleu céladon de rayures rouges cru et orange lumineux.
Je connaissais cette vue, chaque vague, chaque rocher qui faisait saillie, chaque branche de pin qui s'arquait, se tendait pour crever le ciel qui saignait. Ce paysage m'était aussi familier que ma propre rue, mais même dans mon rêve, je sus qu'il s'agissait d'un endroit où je n'avais jamais été.

Wild fell, de Michael Rowe

Une ambiance gothique parfaite…

La force du récit réside d'une part dans l'incroyable capacité de l'auteur à savamment distiller les éléments d'intrigue, de façon à surprendre le lecteur et à maintenir un suspens constant. Tout au long des chapitres, l'on sent que quelque chose est sur le point de se produire, quelque chose de froid et de malveillant, quelque chose qui se tapis derrière chaque coin de phrase et qui attend le meilleur moment pour saisir le lecteur à la gorge. Il y a une sorte de tension continue qui est à la fois admirable, car elle relève d'un sacré tour de force, et délectable. Something's just about to break, comme le dit la chanson de Breaking Benjamin. Et de fait, dans ce récit, il y a toujours quelque chose qui semble sur le point de se rompre, à l'instar d'un sombre maléfice qui n'attend qu'un souffle de vent pour se répendre. 

D'une autre part, Michael Rowe sait très bien jouer sur une imagerie très gothique. À travers ses mots, les ambiances fusent, vaporeuses et évanescentes. Les voiles s'épaississent au fil de l'écriture et deviennent cocon, cristallisé autour d'un hideux papillon. La finale est délicatement ourlée de relents de moisi, de nuages de poussière et d'exhalaisons putrides. Elle nous baigne dans un halo d'irréalité déroutant et nous laisse sur la langue comme un goût de trop peu. Si, dit comme cela, la lecture vous tente moyennement, je peux vous assurer qu'elle en vaut la peine. Les moyens déployés par l'auteur pour moderniser les ghost stories traditionnelles sont plus que convaincants. 

Avant que la dernière des flammes ne soit étouffée, j'aperçus quelque chose que j'attribuai au vent qui faisait se balancer les arbres sous la pluie.
À une quinzaine de mètres de l'extrémité de la maison, sous un bosquet de pins blancs, une silhouette se tenait à proximité de l'arbre carbonisé, comme si elle cherchait à se réchauffer auprès du feu. Elle me parut féminine, bien que, à part sa petite taille, j'aurais eu du mal à expliquer exactement ce qui me permettait de lui attribuer un sexe. En effet, je ne distinguais rien de ses formes, de son visage, et encore moins de ses vêtements.
Je plissai les yeux dans l'obscurité pour mieux voir, mais quand un nouvel éclair zébra le ciel quelques secondes plus tard, la silhouette avait disparu et le feu éteint fumait sous la pluie qui ne donnait aucun signe d'épuisement, bien au contraire.

Wild fell, de Michael Rowe

En résumé…

J'ai dévoré ce roman du début à la fin, sans aucune restriction. Je n'y ai trouvé qu'un seul soupçon d'arrête : la fin, peut-être trop irréelle, trop floue à mon goût. Je n'ai pas bien su séparer le vrai du faux, ni le passé du présent, d'ailleurs. Cela m'a troublée et laissée un peu (trop) sur ma fin faim. Mis à part cela, l'écriture était magistrale, toute en fluidité et maturité. L'auteur mélange à merveille les voiles du passés aux lumières du présent et nous offre, au travers du miroir de l'irréel, une vue terrifiante sur les abîmes par-delà la mort. Si vous cherchiez une ghost story gothique et pourtant résolument moderne, la voici qui est toute trouvée!

Ma note : 17/20

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^

Retrouvez-moi aussi sur Twitter, sur le compte @Acherontia_Nyx!

Votre dévouée,

Acherontia.