[Chronique fantasy] Chronique du tueur de roi. Tome 1, Le nom du vent, de Patrick Rothfuss

Synopsis

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J’ai libéré des princesses. J’ai incendié la ville de Trebon. J’ai suivi les pistes au clair de lune que personne n’ose évoquer durant le jour. J’ai conversé avec les dieux, aimé des femmes et écrit des chansons qui font pleurer les ménestrels.
J’ai été exclu de l’Université à un âge où l’on est encore trop jeune pour y entrer. J’y étais allé pour apprendre la magie, celle dont on parle dans les histoires. Je voulais apprendre le nom du vent.
Mon nom est Kvothe.
Vous avez dû entendre parler de moi.

Un homme prêt à mourir raconte sa propre vie, celle du plus grand magicien de tous les temps. Son enfance, dans une troupe de comédiens ambulants, ses années de misère dans une ville rongée par le crime, avant son entrée, à force de courage et d’audace, dans une prestigieuse école de magie où l’attendent de terribles dangers et de fabuleux secrets…
Découvrez l’extraordinaire destin de Kvothe : magicien de génie, voleur accompli, musicien d’exception… infâme assassin.
Découvrez la vérité qui a créé la légende.

Chronique du tueur de roi. Tome 1, Le nom du vent, de Patrick Rothfuss

La loi de l’attraction universelle…

Je me suis dirigée vers cette lecture car j’en avais entendu beaucoup parler en bien, et je voulais voir par moi-même si les éloges étaient fondés…

Chronique du tueur de roi. Tome 1, Le nom du vent, de Patrick Rothfuss

De la bonne fantasy…

Tous les éléments d’un bon roman de fantasy sont au rendez-vous, c’est certain. De la magie, un héros exceptionnel doté de dons et de pouvoirs dont il n’a pas conscience jusqu’au jour où…, de la romance (il en faut bien un peu), un univers merveilleux avec parfois quelques créatures un peu moins merveilleuses, un décor médiéval finement décrit, de vieilles légendes qui prennent vie, de la mort et du sang, bref, tout y est…

Chronique du tueur de roi. Tome 1, Le nom du vent, de Patrick Rothfuss

…Mais…

… mais je ne sais pas pourquoi, cette lecture n’a pas été le coup de cœur que j’attendais. Trop de longueurs, d’une part, même si l’écriture est fort jolie et très agréable à lire. Ce qui m’a dérangée, c’est qu’on suit la vie du héros presque au jour le jour. L’auteur donne trop de détails qui, au final, s’avèrent peu nécessaires à la trame de l’histoire. Est-il, par exemple, nécessaire de décrire aussi longuement la vie de miséreux du héros? A un moment, je me suis même demandé où l’auteur voulait nous mener, s’il ne voulait pas juste faire un remake des misérables version heroic fantasy au lieu de nous livrer un palpitant récit d’aventures magiques et fantastiques. Sans compter ces interminables péripéties du héros à l’Université, où sur le coup, j’ai pensé à un Harry Potter version fantasy. C’est bien écrit, c’est sûr, les personnages sont attachants, on peut voir quelques originalités dans le récit (j’aime beaucoup l’histoire des chandrians), ça reste donc agréable à lire, mais cela m’aurait plu davantage sans toutes ces longueurs. Il faut dire que ça reste tout de même un sacré pavé à avaler! Et même si j’aime beaucoup les pavés, l’auteur n’a pas non plus le lyrisme et la poésie de Tolkien…

Chronique du tueur de roi. Tome 1, Le nom du vent, de Patrick Rothfuss

La musique mise à l’honneur…

En revanche, une des particularités du récit que j’ai envie de pointer pour son originalité, c’est le fait que l’auteur mette autant la musique en avant. Le héros qui joue du luth comme un dieu, Dena qui joue de la harpe et qui chante divinement bien, cette auberge qui permet aux jeunes artistes de se produire et d’être découverts par l’un ou l’autre mécène… J’aime ce concept car cela se fait rare dans les romans de fantasy, ou du moins n’ai-je encore jamais lu d’histoires mettant autant la musique et les instruments en avant. Et puis l’on sent que c’est comme un fil conducteur dans l’histoire. L’amour du héros pour son luth et son don pour la musique, ce n’est certainement pas un hasard, cela aura sans doute un rôle à jouer dans l’histoire, mais lequel?

Chronique du tueur de roi. Tome 1, Le nom du vent, de Patrick Rothfuss

En résumé…

Les petits plus…

  • Une écriture agréable à lire
  • Des personnages attachants à l’histoire très travaillée
  • La musique mise à l’honneur

Les petits moins…

  • Beaucoup trop de longueurs dans le récit
  • Trop d’éléments vus dans d’autres romans (l’Université de magie, par exemple…)
  • Trop d’accent sur les côtés négatifs de la vie du héros, et du coup pas assez d’ouvertures sur ce qui est positif.
Ma note : 8,5/10

La chanson d’Arbonne, de Guy Gavriel Kay

La chanson d'Arbonne, de Guy Gavriel Kay

Résumé…

Au pays d’Arbonne le soleil mûrit les vignes et fait éclore les chansons des troubadours qui célèbrent l’amour courtois.
Au Gorhaut, terre austère du Nord où l’on adore le dieu mâle Corannos, règne le brutal Adémar, sous l’influence du primat fanatique du clergé.

« Jusqu’à ce que meure le soleil et que tombent les lunes, l’Arbonne et le Gorhaut ne vivront pas en harmonie côte à côte. »

Gouvernée par une femme, minée par la rivalité sanglante de ses deux seigneurs les plus puissants, l’Arbonne n’est-elle pas une proie tentante pour une guerre de conquête et de croisade du Gorhaut, d’autant – ignominie ! – qu’on y vénère une déesse ?
Mais c’est en Arbonne que Blaise du Gorhaut s’est engagé comme mercenaire au service d’un baronnet, après avoir fui son pays et son père.
Qui est-il, ce Blaise du Nord, et quel destin l’attend qu’il ignore lui-même ? Seule le sait peut-être Béatrice, la grande prêtresse aveugle de Rian au hibou sur l’épaule.
La Chanson d’Arbone est une fantasy magistrale et envoûtante dans un monde parallèle à la Provence médiévale.

Planter le décor…

Le premier élément qui m'a sauté aux yeux, à la lecture de ce roman, ce sont les excellentes descriptions réalisées par l'auteur, et l'ambiance qu'il parvient à transmettre au travers de paragraphes très poétiques.

Le choix d'attribuer à l'Arbonne un climat méditerranéen tempéré est original, et pour ma part, plutôt dépaysant, surtout en ce moment, alors que je me trouve au coeur d'un beau début de printemps belge. L'analogie avec la Provence médiévale est donc bien visible, et très agréable pour le lecteur. Surtout que Monsieur Kay parvient sans l'ombre d'une difficulté à nous immerger dans une ambiance chaleureuse, où l'on sent les rayons du soleil poindre entre les lignes, même lorsque le récit nous parle d'hiver. En se mettant dans de bonnes conditions de lecture, on pourrait presque entendre les cigales chanter et sentir les fragrances des vignes et des champs de lavande.

"La lumière : ce phénomène extraordinaire par lequel le soleil dans un ciel d'un bleu profond individualisait chaque chose d'une façon vivante et immédiate, animait chacun des arbres, des oiseaux prenant leur essor, des renards dans leur course, des brins d'herbe acérés. Ici, tout paraissait plus que ce qu'il n'était, plus aigu, plus brillamment défini. En cette fin d'après-midi, la brise qui soufflait de l'est atténuait la chaleur de la journée ; même le souffle qu'elle produisait dans les feuilles rafraîchissait. Quoique, si l'on y réfléchissait, cette pensée fût ridicule : en Arbonne, le bruit du vent dans les feuilles était exactement le même qu'au Gorhaut ou au Götzland. Mais en Arbonne quelque chose aiguillonnait ainsi l'imagination."

Un récit intéressant mais…

Je peux dire également avoir aimé le contexte médiéval posé par l'auteur. Le travail documentaire qu'a dû nécessiter ce type de récit se fait bien sentir dans les descriptions de la vie politique, des métiers de troubadour et de ménestrel, de la vie à la cour, des coutumes de l'époque, en particulier celle de l'amour courtois, de la vie quotidienne en ces temps-là, de la condition de la femme… L'auteur donne envie à ses lecteurs d'en savoir plus sur l'époque décrite et les mœurs qui s'y rapportent.

Cependant, il y a un mais à cette réussite…

Personnellement, je me suis sentie déstabilisée d'emblée. Après une introduction alléchante, l'auteur plante là les personnages décrits pendant quelques pages, fait fit de leurs histoires et nous porte une vingtaine d'années plus tard, à la rencontre de nouveaux personnages qui n'ont au premier regard pas de lien avec ceux de l'introduction. Je suis restée très perplexe, j'aurais au moins apprécié que le lien entre l'introduction et la suite de l'histoire nous soit clairement expliqué. Certes, il faut ménager "l'effet de surprise", mais sur le coup, j'ai trouvé le cours du récit trop chamboulé et cela m'a gênée dans ma lecture.

Sans compter qu'après l'introduction, l'histoire peine à démarrer. Il y a trop de longueurs dans le récit. Les scènes d'action sensées apporter un peu de rythme et de piment à l'histoire sont régulièrement entrecoupées par des descriptions des pensées et des ressentis des personnages. C'est certes utile au lecteur, mais cela aurait peut-être pu être fait autrement, en tout cas moins longuement. L'action étant trop souvent coupée, j'ai rapidement perdu le fil de l'histoire et mon intérêt pour celle-ci. C'est dommage, je pense que l'histoire aurait été mieux servie par une écriture plus simple.

En résumé…

Les petits plus…

  • Un travail documentaire conséquent
  • Une ambiance agréable
  • Un style d'écriture abouti

Les petits moins…

  • Les scènes d'action sont trop entrecoupées
  • On perd vite le fil de l'histoire
  • J'ai parfois eu du mal à voir où l'auteur voulait en venir
Ma note : 6,5/10

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres" : session 22, chanson.

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres" : session 22, chanson.

Lu aussi dans le cadre du challenge "Moyen âge"

Lu aussi dans le cadre du challenge "Moyen âge"

Lu aussi dans le cadre du challenge "Lieux imaginaires 2013", catégorie mondes imaginaires après 1950

Lu aussi dans le cadre du challenge "Lieux imaginaires 2013", catégorie mondes imaginaires après 1950

Lu aussi dans le cadre du challenge "Petit bac 2014", ligne fantasy, catégorie lieu : la chanson d'ARBONNE

Lu aussi dans le cadre du challenge "Petit bac 2014", ligne fantasy, catégorie lieu : la chanson d'ARBONNE

La couleur tombée du ciel, de H. P. Lovecraft

La couleur tombée du ciel, de H. P. Lovecraft

En résumé…

L'humanité est en proie aux agressions répétées d'êtres surnaturels et mauvais qui ont été les maîtres de la Terre bien avant notre ère… Après un prélude d'horreur, voici que surgissent les démons de la Terre, puis ceux de la mer et de l'air, qui vont faire notre malheur. Quatre récits du grand écrivain américain H. P. Lovecraft.

La couleur tombée du ciel…

Près d'Arkham, dans la région appelée désormais la Lande foudroyée, est tombée un météorite fait d'une matière aux étranges propriétés, et d'une couleur encore jamais vue sur terre, apportant terreur et désolation aux habitants du périmètre…

L'abomination de Dunwich…

A Dunwich naît un petit garçon bien étrange, Wilbur, déjà fort peu attirant physiquement, et qui a la particularité de grandir trop vite, que ce soit d'un point de vue corporel et intellectuel. La condition hors-normes de Wilbur et les modifications apportées aux bâtiments où vit sa famille ont-elles un lien avec les vieilles légendes qui circulent et qui disent que Dunwich serait hantée par le Diable?

Le cauchemar d'Innsmouth…

Un jeune homme de 18 ans fête sa majorité en parcourant le pays à la recherche de curiosités archéologiques. Il ne tarde pas à découvrir la ville fantôme d'Innsmouth, où il se passe de bien étranges choses, et dont la population présente de troublantes difformités…

Celui qui chuchotait dans les ténèbres…

De curieuses et inquiétantes créatures sont aperçues dans les collines du Vermont. Deux scientifiques s'échangent des lettres à leur sujet et tentent de trouver leur origine. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises…

Ce qui m'a attirée vers cette lecture…

Lovecraft était un de mes écrivains favoris lorsque j'étais ado. C'est donc tout naturellement que je me suis tournée vers cette (re)lecture pour mon challenge le Trivial pursuit de l'imaginaire. Je savais qu'il s'agissait d'une valeur sûre…

La première phrase…

La couleur tombée du ciel…

"A l'ouest d'Arkham s'érigent des collines farouches, séparées par des vallées plantées de bois profonds dans lesquels nulle hache n'a jamais pratiqué de trouée."

L'abomination de Dunwich…

"Lorsqu'un voyageur qui parcourt le centre nord du Massachusetts se trompe de direction à l'embranchement de la barrière de péage d'Aylesbury, au-delà de Dean's Corner, il se trouve dans une région étrange et désolée."

Le cauchemar d'Innsmouth…

"Au cours de l'hiver 1927-1928, des fonctionnaires du gouvernement fédéral menèrent une enquête mystérieuse dans la ville d'Innsmouth, ancien port de pêche du Massachusetts."

Celui qui chuchotait dans les ténèbres…

"Par-dessus tout, rappelez-vous bien que je ne vis, au dernier moment, aucune horreur concrète susceptible d'affecter ma raison."

La couleur tombée du ciel, de H. P. Lovecraft

About Lovecraft…

"L'univers accessible à nos sens se prolonge à l'infini pour devenir le nouvel univers révélé par la science. Des distances énormes dans l'espace et le temps, une infinité de mondes dont beaucoup sont probablement habités par des êtres très différents de nous, des frontières qui reculent constamment, des mystères toujours nouveaux : tel nous apparaît cet autre cosmos.

Il est permis d'avoir, à l'égard de ce domaine prodigieux, d'autres attitudes que l'admiration béate des manuels d'astronomie populaire. Howard Philips Lovecraft avait adopté l'attitude de l'effroi. Le silence des espaces infinis effrayait Pascal ; Lovecraft, lui, redoute l'activité hostile des êtres monstrueux qu'il sent autour de lui, êtres dont la puissance infiniment supérieure à la nôtre, l'emporte même sur celle des dieux que nous avons imaginés. Ces êtres nous ont été créés un jour par plaisanterie ou par erreur ; un jour viendra où ils nous anéantiront.

Des historiens de la littérature arriveront sans aucun doute à montrer pourquoi Lovecraft a choisi cette voie. La misère dans laquelle il a vécu toute sa vie, une mauvaise santé, un mariage malheureux y sont certainement pour quelque chose. Pourtant, il n'y a eu qu'un Lovecraft dans la littérature de tous les pays… Et c'est pourquoi toutes les explications données seront toujours nécessaires mais non pas suffisantes.

Ce qui est certain, c'est que Lovecraft a inventé un genre nouveau : le conte matérialiste d'épouvante. Plus que tout autre il sait créer la terreur ; mais c'est sur les découvertes de la science que repose son pouvoir, plus grand à nos yeux que celui de Poe lui-même.

Sa cosmogonie et sa mythologie nous effraient parce qu'elles sont possibles. Des méthodes scientifiques irréfutables ont montré que la vie existait déjà sur notre globe il y a deux milliards sept cent millions d'années! Nous ignorons tout de la forme de cette vie : nous savons seulement que, dans des roches datant de deux milliards sept cent millions d'années, nous trouvons du carbone dont le rapport des isotopes est celui de la vie.

Ces êtres d'un passé infiniment lointain ont pu atteindre des pouvoirs étonnants et signer des pactes avec d'autres intelligences dans l'espace et le temps. Toute existence terrestre est peut-être soumise à des lois inconnues, appartient à des maîtres lointains depuis l'époque "où la Vie et la Mort, l'Espace et le Temps contractaient des alliances sinistres et impies", selon les termes de notre auteur. Et peut-être subsiste-il encore de cette époque des portes s'ouvrant sur d'autres points du continu espace-temps, sur des galaxies lointaines, sur le passé et l'avenir ; des portes dont les clés se trouvent dans notre inconscient, "mondes d'une réalité sardonique se heurtant à des tourbillons de rêves fébriles".

C'est dans ce cadre immense que Lovecraft place son oeuvre. Il utilise un "réalisme fantastique" qui lui appartient en propre. Les sources qu'il cite existent toutes à une exception près : le livre maudit, le noir Necronomicon, écrit par l'arabe Abdul Alhazred qui devint fou après avoir achevé la rédaction de son oeuvre. (Notons en passant, à ce propos, que la Bibliothèque du British Museum reçoit fréquemment des lettres demandant où l'on peut se procurer cet ouvrage!) Ce réalisme fantastique est encore renforcé par l'incrédulité du narrateur, qui cherche toujours des explications rationnelles et prosaïques.

La lecture de l'oeuvre de Lovecraft exige des nerfs solides. C'est une liqueur forte qui doit être absorbée à petites doses. Mais elle offre d'étranges plaisirs, dans cet "ailleurs absolu" dont parle Einstein.

Jacques Bergier, préface de l'édition de 1996 parue chez Denoël.

La Lovecraftitude…

Qu'ajouter de plus à ce préambule soigneusement rédigé par Monsieur Bergier et qui décrit si bien notre auteur?

Oui, il n'y a qu'un seul Lovecraft sur cette terre, unique, inimitable. Ses nouvelles sont intemporelles, et il est toujours plaisant de les relire de temps à autre. Ce fut le cas pour moi avec cet excellent recueil de quatre nouvelles formidables.

Mais qu'a donc ce recueil de si excellent?

Eh bien, il se fait que les quatre nouvelles qui le composent sont bien représentatives du style d'écriture de l'auteur, et une bonne introduction à son univers sombre, ainsi qu'à sa mythologie bien personnelle. On n'y parle que peu du grand Cthulhu, personnage de Lovecraft devenu culte suite à de nombreuses références dans les films, les jeux vidéos, les dessins animés et la littérature.

Mais cela ne gêne absolument pas car, même si on s'attend à voir au moins le bout de ses tentacules, d'autres créatures sont plus longuement évoquées et qui font partie intégrante de la mythologie dont est issu Cthulhu.

Chacune des nouvelles paraissent se ressembler sur la forme, et pourtant elles sont bien différentes de par le fond. On retrouve dans chacune d'elle le style inimitable de l'auteur, et cette atmosphère lourde d'angoisse qui suffoque le lecteur jusqu'à évoluer vers un sentiment d'effroi sans nom, comme dans cet extrait :

"Presque en même temps les animaux de la ferme périrent les uns après les autres. Poules et coqs devinrent grisâtres et moururent rapidement : leur chair desséchée était infecte. Les porcs grossirent démesurément, puis commencèrent soudain à subir des transformations répugnantes que nul ne put expliquer. Bien entendu, leur chair s'avéra inutilisable, et Nahum ne sut plus à quel saint se vouer. Aucun vétérinaire rural ne voulait s'approcher de la ferme ; quant à celui d'Arkham, il était manifestement déconcerté. Les porcs, eux aussi, prenaient une couleur grisâtre et tombaient littéralement en lambeaux avant de mourir, tandis que leurs yeux et leur groin présentaient des altérations singulières, d'autant plus étranges qu'ils n'avaient jamais mangé de plantes souillées. Ensuite, les vaches succombèrent à un mal mystérieux. Certaines parties du corps, ou bien l'animal tout entier, se recroquevillaient ; après quoi survenait un affaissement ou une désintégration particulièrement atroce. Quelque temps avant la mort (qui était le terme inévitable de la maladie), la chair devenait grise et friable comme celle des porcs."

En résumé, je dirais que ce recueil est une intéressante introduction à l'univers de Lovecraft, que je conseillerais aux lecteurs qui ne connaissent pas encore cet auteur de génie.

Mais qu'a donc cet auteur de si génial?

Ce que j'aime, chez Lovecraft, c'est cette façon très personnelle d'attiser l'effroi chez le lecteur par l'emploi de termes forts, qui marquent l'esprit. Tout le vocabulaire de l'horreur y passe. C'est que l'auteur ne manque pas de mots pour décrire l'indicible… étrange, abomination, cauchemar, souillé, avili, singulier, démesurément, squelettique, lambeaux, putride, succomber, désintégration, atroce, fantastique, délabré, en décrépitude, terrible, horreur, intolérable, extravagance, hallucination, quintessence du mal, impie, perversité, démoniaque… et ceci n'est qu'un tout petit aperçu.

Cela paraît anodin vu comme ça, mais pour moi, c'est ce qui donne du relief au récit de Lovecraft. L'auteur s'exprime dans une langage relativement châtié (mis à part pour certains dialogues qui ressemblent plus à une sorte de transcription d'accents régionaux), et l'histoire pourrait paraître monotone s'il n'y avait ces coups de tonnerre donné par ces termes tantôt durs, tantôt alambiqués qui font comme un électrochoc au cerveau.

Autre côté que j'apprécie énormément chez cet auteur, c'est son imagination débordante qui nous imprègne d'entrée de jeu. Rien que les descriptions des créatures qui terrorisent les protagonistes de l'histoire valent de l'or tellement ces créatures sont tirées par les cheveux, et pourtant si bien décrites qu'on les soupçonnerait d'avoir réellement existé.

"Ce ne pouvait pas être non plus des animaux familiers aux habitants du Vermont. C'étaient des créatures rosâtres d'environ cinq pieds de long : leur corps crustacéen portait une paire de vastes nageoires dorsales ou d'ailes membraneuses, et plusieurs groupes de membres articulés ; une espèce d'ellipsoïde couvert d'une multitude de courtes antennes leur tenait lieu de tête. Tous les récits, je l'ai déjà dit, coïncidaient d'une façon remarquable ; néanmoins, il ne fallait pas trop s'en émerveiller, car les vieilles légendes autrefois répandues dans le pays fournissaient une image morbide particulièrement vive qui avait sans doute impressionné le cerveau des témoins en cause."

La couleur tombée du ciel, de H. P. Lovecraft

En résumé…

Les petits plus…

  • Le lecteur est tout de suite pris par l'histoire car Lovecraft sait fort bien maintenir le mystère jusqu'au dénouement final.
  • La lecture reste agréable jusqu'au bout et l'ambiance est glauque à souhait.
  • J'ai aimé pouvoir m'émerveiller par l'imagination de l'auteur qui semble ne pas connaître de limites, même pas celles de notre monde physique…

Les petits moins…

  • Une ambiance peut-être un peu trop lourde et glauque pour certains lecteurs? Un roman, en tout cas, à ne pas mettre dans toutes les mains…
Ma note : 9,5/10 SECOND COUP DE COEUR DE 2014!!!

Lu dans le cadre du Trivial Pursuit de l'Imaginaire, Session 1 : "Des romans d'horreur avec une couleur dans le titre"

Lu dans le cadre du Trivial Pursuit de l'Imaginaire, Session 1 : "Des romans d'horreur avec une couleur dans le titre"

Lu aussi dans le cadre du Challenge Petit Bac 2014, Ligne Fantastique, Catégorie Couleur : La COULEUR tombée du ciel

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Lu aussi dans le cadre du challenge Les lieux imaginaires 2013, catégorie dystopies et lieux cauchemardesques

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