[Chronique] Kushiel. T2, L’élue, de Jacqueline Carey

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[Chronique] Kushiel. T2, L'élue, de Jacqueline Carey

Synopsis…

Vendue par sa mère alors qu'elle n'était qu'une enfant, Phèdre nó Delaunay a appris l'histoire, la théologie, la politique, les langues étrangères et les arts du plaisir, sous l'égide d'un brillant mentor qui, seul entre tous, a su reconnaître la marque rouge ornant son oeil – le signe de Kushiel qui lui vaut d'éprouver à jamais le plaisir dans la souffrance – afin de devenir une courtisane accomplie… mais aussi une espionne de talent.
Ayant déjoué, au prix de nombreux sacrifices, un complot menaçant d'engloutir sa patrie, elle doit de nouveau affronter les nombreux ennemis qui menacent le royaume.
Car, si le peuple d'Angelin aime la jeune reine sur le trône, d'autres dans l'ombre ne pensent qu'à lui ravir la couronne… Et les comploteurs qui sont parvenus à échapper à la colère des puissants ont plus que jamais soif de pouvoir et de vengeance !
Récit plein de grandeur, de luxuriance, de sacrifice et de conspirations machiavéliques, La Marque dévoile un monde de poètes vénéneux, de courtisans assassins, de monarques trahis et assiégés, de seigneurs de guerre barbares, de traîtres grandioses… vu par les yeux d'une héroïne comme vous n'en avez jamais rencontré !

La loi de l'attraction universelle…

C'est grâce au Baby challenge fantasy du site Livraddict que j'ai découvert cette lecture hors du commun, et également grâce au "swap chat" auquel j'ai participé l'année dernière, en binôme avec Melodiie qui a su extirper cette excellente saga de ma wish-list pour m'en faire présent.

Je remarque avec une honte grandissante à quel point ma chronique du premier tome de la saga, intitulé "La marque", est lacunaire et pauvreteuse. Pour la petite histoire, j'étais dans une délicate période de post-rupture durant laquelle mes chroniques se sont faites rares, affectant par-là même la vie déjà précaire de mon blog littéraire. En fait, la plupart de ces chroniques se trouvent encore dans mon dossier "Brouillon", à l'état d'ébauches plus ou moins avancées. Je me chargerai de les compléter et de les publier dans les mois qui viennent. Pour l'heure, je ne me risquerai pas à faire de chroniques posthumes, pour la simple raison que je n'ai établi aucunes notes lors de mes autopsies littéraires, et que celles-ci datent d'un an au bas mot. J'ai donc publié mon brouillon de chronique tel quel. Toutefois, je crois me souvenir de quelques impressions fugaces ressenties à la lecture du premier tome, impressions que je crois bon de remémorer avant d'aller plus loin dans ma chronique du tome second…

Comme un lointain parfum d'été…

Au travers de la plume de Jacqueline Carey, poétique et féminine à souhait, et de cette trame typiquement fantasy, j'ai eu l'honneur de découvrir une héroïne d'une grande complexité.

J'ai donc entamé le premier épisode de la saga Kushiel l'année dernière, au mois de juillet précisément. J'étais alors passablement diminuée moralement, ayant subi de violentes attaques à grands coups de "gentille mais pas baisable" et autres grenades psychologiques qui causent, des mois durant, une indicible souffrance. Bref, je me traînais dans mon divan à enchaîner les lectures et à m’empiffrer d'oursons acidulés, détruisant mon estomac et ma ligne aussi sûrement que ma vie sociale.

Cette lecture-ci est rapidement sortie du lot, m'apparaissant comme un oasis de fraîcheur et de mystère au centre de la grande brume de mon vague à l'âme. Au travers de la plume de Jacqueline Carey, poétique et féminine à souhait, et de cette trame typiquement fantasy, j'ai eu l'honneur de découvrir une héroïne d'une grande complexité. Phèdre m'est rapidement apparue comme un personnage "modèle", une femme sensible mais forte, fragile mais courageuse et téméraire, et dotée d'une terrible féminité à fleur de peau.

Le récit en lui-même regorge d'éléments que je n'avais encore jamais vu dans un roman fantasy (mais force est d'admettre que je ne suis pas experte en la matière, tout au plus amatrice). J'ai particulièrement apprécié le système de croyance d'Angelin, dans lequel l'Amour fait l'objet d'un véritable culte, ce que les D'Angelins appelle le "service de Naamah" et qui n'est autre qu'une forme de prostitution ritualisée. Pour les D'Angelins, toutes les facettes de l'amour sont sacrées. Ce n'est pas pour rien que la devise d'Elua, leur principale divinité, est "Aime comme tu l'entends". Phèdre est elle-même servante de Naamah, mais d'un type un peu particulier, car elle est aussi l'élue du dieu Kushiel dont elle porte le signe, une tache rouge ornant l'une de ses iris. Cette marque du dieu lui vaut d'éprouver le plaisir dans la douleur. Elle est ce que l'on appelle une anguissette, et elle satisfait ses client par le biais de sa soumission à leur violence.

J'ai été heureusement surprise de voir la façon dont les scènes d'amour étaient traitées par l'auteure. À l'entame des quelques 959 pages de ce premier tome, j'étais dubitative, m'attendant à une succession de scènes vulgaires à peine plus relevées que celles de Cinquante nuances de Gray – roman dont j'ai malencontreusement lu un passage et que j'ai rapidement mis de côté, écœurée par la pauvreté linguistique du récit. Dans le présent cas, que neni! L'auteure, par sa plume délicate, poétique, son imagination débordante et son sens de la rythmique, prouve d'emblée que nous sommes très loin du roman de gare. Ici, aucune vulgarité, mais un sens inné de la retenue et de la délicatesse, même lorsque les clients de Phèdre se montrent plus violents.

Kushiel, la suite…

Personne mieux que Jacqueline Carey ne saurait résumer de plus belle façon le contenu du premier tome…

Si vous n'avez pas encore lu le premier tome et que vous envisagez de le faire prochainement, je vous déconseille de lire ce qui suit par peur de vous spoiler… Vous pouvez toutefois lire le résumé à la fin de cet article, où je ne dévoilerai rien qui puisse nuire à votre appréciation de l'intrigue.

Personne ne pourra dire que je n'ai pas eu mon lot d'épreuves au cours de mon existence – bien courte au demeurant au regard de tout ce que j'ai accompli. Voilà quelque chose que je crois pouvoir affirmer sans forfanterie. Si je suis aujourd'hui comtesse de Montrève, et si mon nom figure parmi ceux de la noblesse de Terre d'Ange, je sais néanmoins ce que c'est que d'être dépossédée de tout. Cela m'est arrivé une première fois, lorsque j'avais quatre ans, le jour où ma mère me vendit comme esclave à la Cour des floraisons nocturnes. Puis une seconde fois encore, le jour où mon seigneur et mentor Anafiel Delaunay fut assassiné, et où Melisande Shahrizai me trahit pour me livrer aux Skaldiques.
J'ai traversé les immensités sauvages de la Skaldie au plus fort de l'hiver, puis affronté la colère du Maître du détroit sur les eaux déchaînées. J'ai été la chose d'un chef de guerre barbare et j'ai dû abandonner mon plus cher ami à une éternité de solitude. J'ai vu les horreurs de la guerre et j'ai vu périr mes compagnons. De nuit, je me suis glissée, seule, à pied, au cœur du camp ennemi, sachant parfaitement que j'allais au-devant de la torture et d'une mort certaine.
Mais tout cela fut bien moins difficile qu'annoncer à Joscelin que je voulais de nouveau servir Naamah.

Kushiel. T2, L'élue, de Jacqueline Carey

Aussi bien ficelé qu'un gigot…

L'auteure parvient à mêler avec grand art les différentes intrigues, de façon si inextricable que le lecteur ne peut qu'être happé dans le récit comme un piéton sur la voie ferrée – d'une façon bien plus agréable tout de même, je vous rassure…

Que voici un titre de chapitre aussi grossier que le style de Carey est fin et délicat… Mais ma foi, il résumait si bien le contenu de cette section que je n'ai pas eu le cœur d'en penser un autre…

L'histoire de ce second tome tourne avant tout autour d'intrigues politiques entre Terre d'Ange et la Serenissima, capitale des Caerdiccae Unitae. Comme l'indique le passage cité ci-plus haut, Phèdre reprend le service de Naamah, au grand dame de Joscelin, son compagnon cassilin, qui a renié son serment par amour pour elle. Elle fait ce choix autant par plaisir du service de Naamah, que par nécessité. L'enseignement que lui a prodigué Delaunay lui confère en effet des qualités d'espionne exceptionnelle, et elle entend profiter de son statut de courtisane pour en apprendre plus sur la disparition de Melisande Shahrizai, éternelle comploteuse contre la couronne de Terre d'Ange. Dans le cadre de son enquête, Phèdre se rend à la Serenissima, où doit bientôt avoir lieu l'investiture du nouveau Doge, au milieu d'un climat politique plus tendu qu'une corde d'arc.

C'est dans ce contexte que débute le récit, qui m'a d'emblée captivée et séduite, prise à nouveau entre les griffes de la redoutable et magnifique stylistique de Jacqueline Carey. De nombreux éléments semblent ne pas tourner rond dans la vie de notre héroïne anguissette, que ce soit sa relation houleuse avec Joscelin qui accepte difficilement son retour au service de Naamah – et sur ce point, je le comprends parfaitement… Monogamie, quand tu nous tiens… – ou que ce soit sa quête désespérée de la traitresse Melisande, qui reste pour Phèdre un objet de désir sans nul pareil. L'auteure parvient à mêler avec grand art les différentes intrigues, de façon si inextricable que le lecteur ne peut qu'être happé dans le récit comme un piéton sur la voie ferrée – d'une façon bien plus agréable tout de même, je vous rassure… J'admire beaucoup la logique implacable avec laquelle elle tisse la trame de son récit. Tout est si précis, chaque élément est prévu longtemps à l'avance et, comme des pièces de puzzle, ils viennent s'emboîter l'un après l'autre pour former in fine une scène terriblement bien ficelée et complexe. Moi qui, d'accoutumée, n'y entend pas grand chose en matière de politique, je sentais ma lanterne s'éclairer au fil des découvertes et des surprises qui ponctuent les aventures de Phèdre.

Une authenticité non feinte…

C'est une des rares lectures qui est parvenue à m'arracher quelques larmes, fait à marquer d'une croix à mon calendrier littéraires…

Un fait rare que j'ai pu noter à ma lecture des deux premiers tomes de cette saga, c'est que l'auteure parvient à transmettre au lecteur une réelle émotion, au travers de scènes et de dialogues authentiques et entiers. Lorsque Phèdre plaisante avec ses chevaliers, on a envie de partager leur hilarité, et l'on ressent cette camaraderie qui les unit tous. Lorsqu'elle souffre de sa relation avec Joscelin, on partage la douleur de son cœur, et lorsqu'elle est face au danger, on tremble tout autant qu'elle. C'est une des rares lectures qui est parvenue à m'arracher quelques larmes, fait à marquer d'une croix à mon calendrier littéraires…

Cette authenticité, on la retrouve jusque dans le caractère même de Phèdre, qui reste droite et intègre en toutes circonstances, toujours humble, respectueuse, emplie de tolérance et de curiosité face aux cultures étrangères. Elle qui pourrait être une simple courtisane consumée par les désirs de la chair, elle s'avère être une héroïne autrement plus complexe et profonde (si je puis me permettre, on pourrais même dire qu'elle a un bon fond… hmmff OK je sors…). J'admire sa façon de s'adapter aux situations qu'elle rencontre, aux personnes qu'elle croise, et son talent à capter la nature profonde d'une personne, don qui l'aidera à se sortir de nombreuses conjonctures plus que délicates.

Phèdre est une de mes héroïnes préférées, pour son caractère tout en finesse et intelligence. Le lamentable cliché de la belle plante nunuche et empotée en prend pour son grade, et de jolie façon!

Elle est parvenue à apprivoiser le redoutable pirate Kazan Atrabiades, farouche guerrier qui avait bâti autour de lui, suite à une expérience malheureuse, une carapace protectrice aussi épaisse qu'une peau de saurien préhistorique. Accueillie bon gré mal gré par le peuple illyrien, elle s'attire leur affection en apprenant leur langue et leurs mœurs, plaçant ainsi suffisamment de poids de son côté de la balance du destin pour influencer celui-ci de façon favorable pour tous. J'avoue sans détours que Phèdre est une de mes héroïnes préférées, pour son caractère tout en finesse et intelligence. Le lamentable cliché de la belle plante nunuche et empotée en prend pour son grade, et de jolie façon!

Mais le moment qui m'a le plus émue, personnellement, ce sont ses retrouvailles avec Joscelin. Je n'en dirai pas plus pour ne pas divulguer des éléments non désirés de l'intrigue… Je dirai juste qu'il est parfois bon pour le moral de voir deux moitiés d'orange qui se retrouvent et se complètent à merveille. Cela met un peu de baume au cœur, et cela rend espoir pour la suite…

En résumé…

Points positifs…
  • La plume de Jacqueline Carey, toujours aussi poétique, féminine, rythmée et vibrante d'émotions.
  • Les protagonistes du récit, leur caractère étudié, travaillé et complexe, et en particulier Phèdre, qui a ma préférence.
  • Le rythme soutenu du récit malgré le nombre impressionnant de pages, les nombreux rebondissements qui tiennent le lecteur en haleine.
  • La trame du récit où les éléments s'imbriquent l'un dans l'autre d'une remarquable façon.
Points négatifs…
  • Peut-être certaines longueurs, par moments… et encore, c'est plus qu'hypothétique.
Ma note : 19/20 - J'avais attribué une note de 10/10 au premier tome, mais mon système de cotation était moins nuancé à l'époque. Dans le présent cas, si j'enlève un point, c'est avant tout à cause de quelques minimes longueurs dans les descriptions, mais ça reste vraiment un excellent roman que je recommande chaudement. Ce sera encore un de mes coups de cœur de cette année... eh oui, ça pleut pour le moment ^^

Lu dans le cadre du challenge "Littératures de l'imaginaire 2015"...

Lu dans le cadre du challenge "Littératures de l'imaginaire 2015"…

Lu aussi dans le cadre du Baby challenge Fantasy 2015 de Livraddict...

Lu aussi dans le cadre du Baby challenge Fantasy 2015 de Livraddict…

[Chronique] Kushiel. T2, L'élue, de Jacqueline Carey

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques…

… où je vous fait découvrir un album loufoque et attachant digne des meilleurs cabinets de curiosités, où je tente une lamentable incursion dans la littérature en langue de Shakespear, où les poulpes vont et viennent parmi nous tels les morts au jugement dernier, et enfin où mon dictionnaire est plus dignement employé que dans mes étagères où il faisait office de sert-livres.

– Votre dévouée chroniqueuse, Acherontia.

[Chroniques] L’échiquier du mal, de Dan Simmons

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[Chroniques] L'échiquier du mal, de Dan Simmons

Ils ont le talent. Ils ont la capacité de pénétrer mentalement dans notre esprit pour nous transformer en marionnettes au service de leurs perversions et de leur appétit de pouvoir. Ils tirent les ficelles de l'Histoire. Sans eux le nazisme n'aurait peut-être pas été cette monstruosité dont nous avons du mal à nous remettre, Lee Harvey Osvarald n'aurait peut-être pas été abattu par jack Ruby, John Lennon n'aurait pas été assassiné devant chez lui, les fanatismes de tous ordres ne se réveilleraient pas de façon aussi systématique et nombre de flambées de violence, tueries, accidents inexpliqués, n'auraient peut-être pas ensanglanté notre époque. Car ils se livrent aussi entre eux, par " pions " interposés, à une guerre sans merci. A qui appartiendra l'omnipotence ? Sans doute à celui qui aura le plus soif de pouvoir.

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La loi de l'attraction universelle…

"Ce roman perdu dans une bibliothèque de sciences appliquées, c'est un peu comme un appel du pied pour toi, non?". Puis je reportais systématiquement, baissant honteusement les bras face au volume significatif de l'ouvrage.

Cela faisait déjà quelques temps que ce livre me faisait de l’œil. Il me toisait depuis le haut des rayonnages de la bibliothèque où je travaille, et chaque fois que je passais devant, je me disais : "Ce roman perdu dans une bibliothèque de sciences appliquées, c'est un peu comme un appel du pied pour toi, non?". Puis je reportais systématiquement, baissant honteusement les bras face au volume significatif de l'ouvrage. Jusqu'au jour où… ce fameux jour d'avril où j'ai enfin pris mon courage à deux mains pour saisir cette brique et me la mettre en prêt sur mon compte lecteur. Et le voilà à présent qui me toise du haut de mes propres étagères. Quand viendra le moment où je lui livrerai bataille?

La bataille s'engage…

Par une soirée pluvieuse d'avril, je me saisis de la chose et, embrigadée dans mon plaid, armée de ma fidèle bougie parfumée et de mon réconfortant cappuccino choco, je passe à l'attaque!

Ce roman, je ne le laisserai pas longtemps me regarder de cet air narquois. J'ai ma fierté de lectrice, vous savez, ce n'est pas une brique de mille pages qui se jouera de moi! Alors, par une soirée pluvieuse d'avril, je me saisis de la chose et, embrigadée dans mon plaid, armée de ma fidèle bougie parfumée et de mon réconfortant cappuccino choco, je passe à l'attaque!

Ce fut une longue bataille, longue et épuisante. On se la jouait parfois à l'intimidation, une sorte de guerre des nerfs qui m'usait bien plus que je ne voulais bien l'admettre. Puis j'ai contracté ce virus tropical fort peu connu qui m'a, pendant une longue période, laissée sans énergie. Je ne lisais plus que par tranches de dix pages pour ensuite piquer du nez sur le volume. C'était très frustrant, car cela laissait le temps à l'ennemi de réorganiser son récit pour mieux me surprendre au tournant.

Et donc, à cause de cette somnolence intempestive, je me suis bien plus étendue sur cette lecture que je ne l'aurais dû. Et nous voici déjà fin août… Heureusement le combat a pris fin. J'ai trouvé en moi la force de lire les cent dernières pages d'une traite. Un jour de maladie, justement. Un de ces jours où vous êtes cloués au lit par une bonne grosse trachéite doublée d'une angine. Un de ces jours où de toute façon il pleut à verse et vous vous sentez diablement mieux sous vos couettes.

Du vampirisme psychique…

L'horreur va au-delà du fait de sentir une entité pénétrer sans autorisation dans notre esprit, puisqu'on n'est plus maître de nous même, de nos actions, de nos paroles.

"Ils ont le Talent…" nous dit le résumé. Mais qu'est-ce que le Talent, sinon la capacité de pénétrer mentalement dans l'esprit pour transformer le "pion" choisi en marionnette. Les protagonistes du récit emploient le terme de viol mental, tout en faisant comprendre que ce viol-ci est le pire de tous. L'horreur va au-delà du fait de sentir une entité pénétrer sans autorisation dans notre esprit, puisqu'on n'est plus maître de nous même, de nos actions, de nos paroles. Les pions ainsi violés ne sont plus qu'une coquille vide, une enveloppe charnelle dont un marionnettiste sanguinaire tire les ficelles. Ces vampires psychique peuvent se contenter de quelques actions avec le pion choisi, d'une durée d'une heure à plusieurs jours.

Mais plus effrayant encore, ils sont capables de "conditionner" un pion afin que celui-ci leur obéisse sur le long terme. Le pion perd alors toute sa personnalité et sa volonté propre. Il continue de vivre par le biais du vampire, mais il ne reste plus rien dans ce corps de ce que fut la personne autrefois. Et même lorsque le corps se détériore au point de ne plus paraître viable, le pion continue d'avancer envers et contre tout, guidé par l'esprit maléfique de son Talentueux maître. C'est ainsi que le vampire devient créateur de zombies.

L'horreur de tout cela, c'est qu'on ne sait rien faire contre eux. Ils s'insinuent dans l'esprit par la force et, une fois installés, il est impossible de les déloger. Sauf quelques privilégiés peuvent se targuer du statut de "neutre", des esprits que rien ni personne ne peut pénétrer.

Les origines de la violence…

Notre esprit en recherche de vérité voit tout à coup les pièces d'un même puzzle s'assembler en un tableau digne de Jérôme Bosch. C'est tellement criant de vérité qu'on peine à croire que tout cela n'était qu'un mauvais rêve – ou une très bonne lecture.

Grâce à cette théorie de vampirisme mental, Dan Simmons parvient à nous faire croire que de nombreux événements historiques sanglants sont liés à ce Talent, que la violence humaine que l'on a de tout temps connu découle directement de cette spécificité psychique présente chez certains individus. Ces "révélations" sur la nature de certains êtres humains nous montrent une autre version du passé meurtrier de l'humanité, une version cachée, fantasmée, qui paraîtrait tout à fait plausible si l'on ne se trouvait pas dans un roman de fiction. L'auteur a trouvé le parfait fil conducteur pour expliquer bien des guerres et bien des tueries. On en arriverait presque à douter des explications vues au cours d'histoire, on en arriverait presque à se demander si nous n'avons pas été dupés sur toute la ligne. J'aurais pu avoir vraiment fort froid dans le dos s'il n'était pas écrit "fiction" dans le résumé du roman.

Et c'est là toute la force de ce récit. Notre esprit en recherche de vérité voit tout à coup les pièces d'un même puzzle s'assembler en un tableau digne de Jérôme Bosch. C'est tellement criant de vérité qu'on peine à croire que tout cela n'était qu'un mauvais rêve – ou une très bonne lecture.

Personnellement, j'ai eu beaucoup de mal à accrocher avec cette lecture. Pas parce que c'est mal écrit, rébarbatif ou énervant, mais justement parce que c'est si bien écrit, si réel, si poignant, qu'il m'a fallut alterner avec plusieurs autres lectures pour digérer. Je suis bien incapable de me prendre autant de violence d'un coup dans les gencives. Et pourtant, question horreur, je suis rodée… Sauf qu'ici, il ne s'agit pas de diables, de démons, ou d'esprits aussi agressifs et meurtriers que fictifs. Ici, l'auteur nous plonge au cœur de la violence humaine, au plus profond de la haine et de la noirceur de l'Homme. C'est dur à encaisser. Et encore plus dur de se dire que si le Talent existait, certains sont assez tordus pour l'employer de la façon décrite dans le livre.

Des personnages contrastés…

Il y a bel et bien deux clans opposés, un clan de bons et un clan de mauvais. Et en même temps, c'est un peu normal, on est quand même bien au beau milieu d'une partie d'échecs, non?

Certains pourraient peut-être dire que les personnages de cette histoire entrent dans un schéma trop manichéen, les "gentils" d'un côté et les "méchants" de l'autre. C'est un fait qu'on ne peut pas nier, il y a bel et bien deux clans opposés, un clan de bons et un clan de mauvais. Et en même temps, c'est un peu normal, on est quand même bien au beau milieu d'une partie d'échecs, non? Et comme sur tout échiquier qui se respecte, nous avons un côté blanc et un côté noir. Ça fait peu de place pour le gris, ça…

Mais il existe une constante chez tous les personnages de ce roman, bon comme mauvais. Chaque personne est torturée à sa façon. Que ce soit les "agents du mal" qui sont pourris jusqu'à la moelle et que le Jeu rend encore plus malades et pervertis, que ce soit Saul, le rescapé des camps de la mort que le sort de son peuple continue à torturer, que ce soit Natalie, cette jeune afro-américaine qui perd un amour naissant et qui décide de se battre pour la vengeance, que ce soit Melanie Fuller, obsédée par son amour pour Willi et sa concurrence ouverte avec Nina… Chaque personnage a sa part d'obscurité, méchant comme gentil, et c'est ce qui les rend au final si humains.

Enfin, quand je dis humain… Je parle bien sûr de ceux qui n'ont pas le Talent. Car ceux qui l'ont n'ont rien d'humain, si ce n'est l'enveloppe physique, Ils se considèrent eux-même comme faisant partie d'une espèce supérieure. Mais à la lecture du récit, on peut franchement mettre en doute ce qualificatif.

Tout est dans la plume…

Qui dit changement de personnage dit changement radical de ton et de style narratif. C'est ce qui, pour moi, fait en grande partie le génie de ce roman.

Ce que j'ai vraiment apprécié dans la façon dont Dan Simmons a écrit son roman, c'est le découpage des chapitres, ni trop longs ni trop courts. Chaque chapitre commence par le lieu et la date exacte de l'action. Comme parfois l'auteur nous emmène dans plusieurs endroits à la fois, on parvient toujours à se situer, même lorsqu'on reprend le roman après l'avoir posé quelques temps.

Ce découpage du récit en courts chapitres permet également à l'auteur de changer de personnages à chaque nouveau chapitre, ou presque. Et qui dit changement de personnage dit changement radical de ton et de style narratif. C'est ce qui, pour moi, fait en grande partie le génie de ce roman. Même sans avoir lu le nom du personnage qui narre l'histoire au début du chapitre, on sait au premier coup d’œil à qui on a à faire. Celle qui, à mon sens, est la plus remarquablement travaillée, c'est Melanie Fuller. À chaque chapitre qui lui est consacré, on s'offre une nouvelle plongée dans son esprit moisi et délabré. C'est à faire se dresser les poils des avant-bras… C'est merveilleux de voir comme l'auteur arrive à se glisser dans sa peau pour la rendre plus vivante au fil des lignes, mais c'est également effrayant de penser que quelqu'un a pu imaginer une personne aussi malsaine, car il n'est pire monstre que cette vieille femme cette créature.

Quant à l'Oberst, autre personnage dont Simmons brosse un portrait profond et complexe, il est à la hauteur de la vieille Fuller, aussi fou et sanguinaire, si pas plus encore.

Un second point que j'ai trouvé vraiment remarquable, c'est le contexte historique décrit par l'auteur. Non seulement Dan Simmons est très bien renseigné en ce qui concerne l'histoire contemporaine, notamment pour ce qui est de la seconde guerre mondiale, mais en plus il met en place l'histoire de ses personnages de façon toute à fait remarquable. Le passé de chacun est fournit, détaillé, tous les éléments se tiennent, tout paraît tellement réel que s'en est affolant. J'admire énormément le travail d'écriture, de recherche et de mise en place de l'histoire accompli par Simmons. Rien que pour cela et pour son incroyable inventivité, ce roman vaut vraiment le détour!

J'ai adoré ce moment, car en l'espace de quelques pages, l'auteur a donné à ces millions de morts une force d'action – fictive, mais jouissive malgré tout.

Un autre point fort que je souhaitais soulever, ce sont les nombreuses références que l'auteur fait à la Shoah. Saul, un des principaux personnages, est juif et a connu le génocide de son peuple. En tant que survivant, on revit à travers lui de nombreux épisodes de la souffrance juive dans les camps de la mort. Et s'il est un moment de notre Histoire qui me touche particulièrement, c'est bien celui-ci. Je me sens en révolte devant cette souffrance infligée à ce peuple, en révolte face à la négation pure et dure de leur statut d'être humain, de leur droit d'être tout simplement. Il y a, à la fin de ce livre, une scène particulièrement forte et touchante lorsque Saul affronte l'Oberst dans un grand combat psychique, mais je n'en dirai pas plus pour ceux qui désirent lire ce roman. Toujours est-il que j'ai adoré ce moment, car en l'espace de quelques pages, l'auteur a donné à ces millions de morts une force d'action – fictive, mais jouissive malgré tout (on pourrait même dire "juissif" XD).

En résumé…

Les points positifs…
  • Les personnages complexes et l'histoire très travaillée.
  • L'incroyable créativité de l'auteur et ce thème des vampires psychiques qui est juste génial, et très bien traité.
  • Le style d'écriture qui varie d'un personnage à l'autre, la plume soignée, la structure du récit.
Les points négatifs…
  • Une histoire pleine de violence qui peut parfois être lourde à digérer pour les plus sensibles.
Ma note : 19/20, il s'en est fallu de peu pour parvenir au maximum. Et oui, c'est un énorme coup de cœur ^^

Lu dans le cadre du challenge "Littératures de l'imaginaire 2015"

Lu dans le cadre du challenge "Littératures de l'imaginaire 2015"

Lu aussi dans le cadre du Baby challenge Fantastique 2015 sur Livraddict

Lu aussi dans le cadre du Baby challenge Fantastique 2015 sur Livraddict

Martyrs. Livre 1, d’Oliver Peru

Martyrs. Livre 1, d'Oliver Peru

Irmine et Helbrand, deux frères assassins descendant d'un ancien peuple guerrier, vivent dans les ombres de la plus grande cité du royaume de Palerkan. Alors qu'ils se croient à l'abri des persécutions dont ont souffert leurs ancêtres, leur passé sanglant les rattrape, sous les traits d'un borgne qui semble nourrir pour eux de sombres projets. Et tandis que la guerre menace d'embraser le monde, que les puissants tissent de noires alliances, ils vont devoir choisir un camp. Leur martyre ne fait que commencer…

Martyrs. Livre 1, d'Oliver Peru

La loi de l'attraction universelle…

Acheté sur un coup de coeur à la FNAC de Liège (la couverture me plaisait bien…), ça tombait à pic car je dois le lire cette année pour le Baby challenge fantasy de Livraddict! Voilà qui sera chose faite 😉

Martyrs. Livre 1, d'Oliver Peru

La première phrase…

L'assassin souriait.

Martyrs. Livre 1, d'Oliver Peru

Un bon roman de fantasy traditionnel…

Traditionnel, mais tellement bon, en même temps! Un roman de fantasy médiévale, avec ses villes fortifiées, ses bas quartiers, ses auberges, ses guerres, ses intrigues politiques… mais pas uniquement. Certes, il y a le roi, cet infâme personnage qui en veut plus, toujours plus. Gros, gras, repoussant, et pourtant machiavéliquement intelligent. Certes, il y a ces deux frères assassins, issus d'un peuple guerrier aujourd'hui presque éteint, qui vivent dans l'ombre de leur petit commerce sanglant. Il y aussi cette demoiselle enfermée dans son château, au sommet de la plus haute colline de la ville. Banal, tout cela? Laissez moi rire!

Martyrs. Livre 1, d'Oliver Peru

…avec des rebondissements… surprenants!

Si l'univers reste proche des sentiers battus, il s'en écarte parfois, pour notre plus grande joie. J'ai notamment apprécié le concept des fantômes, ces âmes revenues d'outre-tombe un beau jour sans crier gare, et qui maintenant errent à la surface de la terre et terrorisent la population, s'ils ne sont vus comme objets de curiosité. J'ai apprécié également les arserkers, le fameux peuple guerrier évoqué ci-plus haut. Cela fait penser aux berserkers, certes, il est probable que l'auteur s'en soit un petit peu inspiré, mais ça, j'ai oublié de lui demander… Si leurs lois paraissent durs, on prend assez facilement leur cause très à cœur.

Mais ce qui m'a le plus attachée à l'histoire, c'est l'arserker borgne qui semble suivre les deux frères assassins partout où ils vont, et qui paraît même déterminer leur avenir à l'aide de ses mystérieuses cartes de tarot.

Les dessins réalisés par l'auteur lui-même donnent une touche encore plus particulière à l'ensemble du roman, très personnalisée, et pourtant cela facilite davantage l'incursion dans son univers.

Le récit, quant à lui, est très rythmé, avec finalement assez peu de longueur, et il happe le lecteur pour ne le relâcher qu'à la toute fin. Et quelle fin!! Je n'en dit pas plus mais… On en reste sur sa faim! Une fin qui explique tout, et qui laisse encore plus perplexe qu'au départ, vous y croyez, vous?

Martyrs. Livre 1, d'Oliver Peru

Des personnages sensationnels…

J'ai adoré le caractère de chacun des personnages, sans exception. Les deux frères, déjà, sont totalement différents l'un de l'autre, presque opposés, et pourtant soudés par des liens fraternels forts, touchants. Pour ma part, j'ai un petit faible pour le caractère d'Irmine, plus introverti, ce qui me correspond mieux, Helbrand étant beaucoup plus ouvert aux autres et au monde.

J'ai aimé sans vraiment aimer le roi Karmalys, car c'est un personnage difficile à cerner. Mais en tout cas, j'admire le travail réalisé par l'auteur sur la psychologie de ce roi détestable et pourtant tellement humain. D'ailleurs, lorsque j'ai croisé Oliver Peru en dédicace aux Anthisnoises cette année, il m'a dit que c'était son personnage préféré.

Mais le personnage que moi j'ai préféré, il s'agit de Kassis Irrasen, la fameuse jeune dame enfermée dans son château. J'ai aimé son caractère, d'abord naïf, puis de plus en plus affirmé au fil des expériences. J'ai adoré son histoire d'amour avec Irmine, leurs débuts, leurs difficultés, leurs questionnements. Ce récit m'a beaucoup touchée car je l'ai trouvé vraiment très réaliste d'un point de vue psychologique. Je me mettais si bien à leur place que s'en était presque douloureux. D'où mon admiration pour la plume de Monsieur Peru. Du grand art, vraiment.

Martyrs. Livre 1, d'Oliver Peru

Ma petite histoire avec Monsieur Peru…

Comme je vous le disais plus haut, je suis allée le voir en dédicace aux Anthisnoises cette année, et je dois dire que l'entrevue m'a bien plu. Monsieur Peru est quelqu'un de très sympathique, et également un dessinateur de grand talent, comme en témoigne la belle dédicace qu'il m'a laissé dans mon roman ^^

PS : je mettrai bientôt le scan dans cet article!

Martyrs. Livre 1, d'Oliver Peru

En résumé…

Les petits plus…

  • De la bonne fantasy médiévale sans trop de clichés
  • Des rebondissements attendus et parfois beaucoup moins attendus!
  • Des personnages attachants à la psychologie finement ciselée.

Les petits moins…

J'ai essayé d'en trouver, mais je n'en vois pas.

Martyrs. Livre 1, d'Oliver Peru
Ma note : 9,5/10 - C'est un coup de coeur!!

Kushiel. Tome 1, La marque, de Jacqueline Carey

Kushiel. Tome 1, La marque, de Jacqueline Carey

Phèdre nô Delaunay a été vendue par sa mère alors qu'elle n'était qu'une enfant.
Habitant désormais la demeure d'un haut personnage de la noblesse, pour le moins énigmatique, elle y apprend l'histoire, la théologie, la politique et les langues étrangères, mais surtout…
les arts du plaisir.
Car elle possède un don unique, cruel et magnifique, faisant d'elle une espionne précieuse et la plus convoitée des courtisanes.
Rien ne paraît pourtant lui promettre un destin héroïque.
Or, lorsqu'elle découvre par hasard le complot qui pèse sur sa patrie, Terre d'Ange, elle n'a d'autre choix que de passer à l'action.
Commence alors pour elle une aventure épique et déchirante, semée d'embûches, qu'il lui faudra mener jusqu'au bout pour sauver son peuple.

Une des représentations de la marque de Phèdre
Une des représentations de la marque de Phèdre

La loi de l'attraction universelle…

Encore un livre dont j'avais beaucoup entendu parler en bien, il me tardait donc de l'essayer moi-même. Et comme je l'ai reçu le tome 1 lors du Swap Comment chat va bien que j'ai fait avec Melodiiee, je me suis empressée de le lire!

Carte de l'univers de Kushiel
Carte de l’univers de Kushiel

Un univers de fantasy typique…

Certes oui, un univers fantasy typique, avec sa cartographie propre, ses us et coutumes, ses dieux, ses croyances, ses peuples, ses créatures… Et pourtant…

j'ai particulièrement apprécié celui-ci pour sa touche d'originalité. En effet, la carte de cet étonnant univers n'est pas sans rappeler l'Europe que nous connaissons. Terre d'Ange, où habite Phèdre, n'est autre que la France, avec ses coutumes raffinées et sa nourriture sans égal. Alba représente l'Angleterre, Eire l'Irlande, Aragonia l'Espagne, le Caerdiccae Unitae l'Italie (ou l'empire romain, c'est selon), les pays plats les Pays-Bas, et la Skaldie l'ensemble des pays slaves. D'ailleurs, pour chaque peuple qui habite les différentes régions, on retrouve un peu des coutumes et des particularités des mêmes peuples que nous connaissons. J'ai trouvé ce parallèle assez original, et cela méritait d'être souligné.

Phèdre dans un sanctuaire de Kushiel
Phèdre dans un sanctuaire de Kushiel

…et atypique à la fois

Atypique, comme je le disais, de par ce parallèle avec l'univers tel que nous le connaissons, mais aussi de par les croyances et les coutumes de Terre d'Ange. Les D'Angelins ont tout une kyrielle de rituels liés à leurs divinités, dont certains peuvent nous paraître très étranges. Le plus étrange, à mon sens, étant ce pour quoi Phèdre "travaille". En effet, au cœur de leur capitale, les D'Angelins ont construit ce qu'ils appellent la Cour de Nuit. C'est un établissement qui fait en fait office de maison close. Divisée en différentes maisons, les personnes qui travaillent à la Cour de nuit sont réparties dans ces différentes maisons en fonction de leurs "talents" ou, plus simplement, de leurs tendances sexuelles. La Cour de nuit est sous la coupe d'une divinité, et donc, en plus d'être de parfaits objets de plaisir, ses adeptes sont également les serviteurs de cette divinité. L'acte sexuelle est donc fortement ritualisé, tout comme l'apprentissage de l'art de donner du plaisir.

Jolie madame en position sexy
Jolie madame en position sexy

La sexualité (dé)mystifiée…

C'est un concept donc très particulier, mais j'y ai très rapidement adhéré, car cela confère à l'histoire une aura un peu mystique qui, du coup, permet aux scènes de sexe de ne jamais devenir vulgaires. Toutes ces scènes sont décrites presque à mots couverts, comme s'il s'agissait de la chose la plus belle et la plus pure au monde. Et je vous rassure, on n'en trouve pas toutes les dix pages. Elles sont juste là pour émailler le récit d'agréable façon, et aussi pour permettre au lecteur de se faire une meilleure idée de ce qu'est la Cour de nuit et du travail de Phèdre.

Le corps, également, est presque divinisé. Si vous n'avez pas confiance en vous, en votre physique, si vous avez une mauvaise relation à votre corps, ce livre est fait pour vous! Pour la petite histoire, je l'ai lu alors que je sortais tout juste d'une peine de cœur (et pas une petite…). Je ne correspondais plus aux goûts de monsieur en matière de physique, apparemment… Alors que j'avais le moral au plus bas, me sentant comme une sorte de monstruosité ambulante, ce livre m'a vraiment permis de me dire que la beauté, ce n'est pas le regard de l'autre qui la crée, c'est ce que l'on a au fond de soi et qui irradie jusqu'au travers du physique. J'ai appris beaucoup de chose sur la beauté et l'acceptation de soi, et ça m'a beaucoup aidée à traverser ce moment difficile. Comme quoi, la lecture peut vraiment avoir de bons côtés.

Phèdre et sa marque achevée
Phèdre et sa marque achevée

Une écriture toute en finesse…

Je dois dire que l'écriture de Jacqueline Carey est juste délectable. J'ai savouré chaque page comme une gorgée de très bon vin. Ça glissait tout seul, tellement bien que j'ai achevé cette brique en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Le texte est tantôt poétique, tantôt lyrique, voir épique, mais on ne sombre jamais dans la vulgarité ou la facilité. Le niveau de langue est relativement soutenu, et c'est très appréciable, car cela se fait de plus en plus rare de nos jours. Ce récit, c'est de la dentelle faites de mots, cousue sur une tenue livresque des plus sexy.

La romance de Phèdre et de Joscelin
La romance de Phèdre et de Joscelin

Un roman au final très féminin…

Venons-en à notre héroïne principale, Phèdre. Personnellement, je l'ai radicalement A-DO-REE!! Elle est féminine jusqu'au bout des ongles, et pourtant elle cache au fond d'elle un véritable caractère de guerrière. J'ai aimé autant sa délicatesse et sa féminité que sa volonté de survivre à toutes les épreuves qui lui sont imposées. Malgré sa particularité qui n'est pas des moindres (sa marque de Kushiel, vous verrez se que cela signifie en lisant le livre ^^), elle reste un personnage profondément humain, avec sa sensibilité et ses faiblesses. Elle aurait pu être une héroïne intimidante par son assurance et son charisme, elle aurait pu effrayer avec cette caractéristique dont son œil est le témoin, et pourtant il n'en est rien. Elle ne peut être qu'attachante, au final, que ce soit dans ses relations avec les différents personnages ou que ce soit de par le rôle qu'elle joue dans l'histoire.

Jacqueline Carey
Jacqueline Carey

Un peu de Jacqueline Carey…

Jacqueline Carey, née en 1964, est américaine. Grande voyageuse, elle a nourri son imaginaire des cultures et des lieux les plus fascinants qu’elle a traversée. La Marque, qui ouvre le cycle de Kushiel, a été un best-seller immédiat et a fait d’elle la reine d’une Fantasy riche, flamboyante et troublante, un « roman historique contant une histoire qui n’a jamais eu lieu » selon sa propre formule.

(source : http://www.fnac.com)

Dessin de Melisande Shahrizai
Dessin de Melisande Shahrizai

En résumé…

Les petits plus…

  • L'écriture sublime de Jacqueline Carey
  • L'héroïne, Phèdre, pour son caractère
  • L'univers qui est en parallèle avec le nôtre
  • Le concept de la Cour de nuit et les scènes de sexe sans aucune vulgarité
  • L'histoire palpitante et tellement héroïque sur la fin

Les petits moins…

  • Dois-je vraiment en donner? Car même si je cherchais bien, je crois que je n'en trouverais pas…

La marque de Kushiel
La marque de Kushiel
Ma note : 10/10 - C'est un coup de coeur!!

[Chronique fantasy] Chronique du tueur de roi. Tome 1, Le nom du vent, de Patrick Rothfuss

Synopsis

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J’ai libéré des princesses. J’ai incendié la ville de Trebon. J’ai suivi les pistes au clair de lune que personne n’ose évoquer durant le jour. J’ai conversé avec les dieux, aimé des femmes et écrit des chansons qui font pleurer les ménestrels.
J’ai été exclu de l’Université à un âge où l’on est encore trop jeune pour y entrer. J’y étais allé pour apprendre la magie, celle dont on parle dans les histoires. Je voulais apprendre le nom du vent.
Mon nom est Kvothe.
Vous avez dû entendre parler de moi.

Un homme prêt à mourir raconte sa propre vie, celle du plus grand magicien de tous les temps. Son enfance, dans une troupe de comédiens ambulants, ses années de misère dans une ville rongée par le crime, avant son entrée, à force de courage et d’audace, dans une prestigieuse école de magie où l’attendent de terribles dangers et de fabuleux secrets…
Découvrez l’extraordinaire destin de Kvothe : magicien de génie, voleur accompli, musicien d’exception… infâme assassin.
Découvrez la vérité qui a créé la légende.

Chronique du tueur de roi. Tome 1, Le nom du vent, de Patrick Rothfuss

La loi de l’attraction universelle…

Je me suis dirigée vers cette lecture car j’en avais entendu beaucoup parler en bien, et je voulais voir par moi-même si les éloges étaient fondés…

Chronique du tueur de roi. Tome 1, Le nom du vent, de Patrick Rothfuss

De la bonne fantasy…

Tous les éléments d’un bon roman de fantasy sont au rendez-vous, c’est certain. De la magie, un héros exceptionnel doté de dons et de pouvoirs dont il n’a pas conscience jusqu’au jour où…, de la romance (il en faut bien un peu), un univers merveilleux avec parfois quelques créatures un peu moins merveilleuses, un décor médiéval finement décrit, de vieilles légendes qui prennent vie, de la mort et du sang, bref, tout y est…

Chronique du tueur de roi. Tome 1, Le nom du vent, de Patrick Rothfuss

…Mais…

… mais je ne sais pas pourquoi, cette lecture n’a pas été le coup de cœur que j’attendais. Trop de longueurs, d’une part, même si l’écriture est fort jolie et très agréable à lire. Ce qui m’a dérangée, c’est qu’on suit la vie du héros presque au jour le jour. L’auteur donne trop de détails qui, au final, s’avèrent peu nécessaires à la trame de l’histoire. Est-il, par exemple, nécessaire de décrire aussi longuement la vie de miséreux du héros? A un moment, je me suis même demandé où l’auteur voulait nous mener, s’il ne voulait pas juste faire un remake des misérables version heroic fantasy au lieu de nous livrer un palpitant récit d’aventures magiques et fantastiques. Sans compter ces interminables péripéties du héros à l’Université, où sur le coup, j’ai pensé à un Harry Potter version fantasy. C’est bien écrit, c’est sûr, les personnages sont attachants, on peut voir quelques originalités dans le récit (j’aime beaucoup l’histoire des chandrians), ça reste donc agréable à lire, mais cela m’aurait plu davantage sans toutes ces longueurs. Il faut dire que ça reste tout de même un sacré pavé à avaler! Et même si j’aime beaucoup les pavés, l’auteur n’a pas non plus le lyrisme et la poésie de Tolkien…

Chronique du tueur de roi. Tome 1, Le nom du vent, de Patrick Rothfuss

La musique mise à l’honneur…

En revanche, une des particularités du récit que j’ai envie de pointer pour son originalité, c’est le fait que l’auteur mette autant la musique en avant. Le héros qui joue du luth comme un dieu, Dena qui joue de la harpe et qui chante divinement bien, cette auberge qui permet aux jeunes artistes de se produire et d’être découverts par l’un ou l’autre mécène… J’aime ce concept car cela se fait rare dans les romans de fantasy, ou du moins n’ai-je encore jamais lu d’histoires mettant autant la musique et les instruments en avant. Et puis l’on sent que c’est comme un fil conducteur dans l’histoire. L’amour du héros pour son luth et son don pour la musique, ce n’est certainement pas un hasard, cela aura sans doute un rôle à jouer dans l’histoire, mais lequel?

Chronique du tueur de roi. Tome 1, Le nom du vent, de Patrick Rothfuss

En résumé…

Les petits plus…

  • Une écriture agréable à lire
  • Des personnages attachants à l’histoire très travaillée
  • La musique mise à l’honneur

Les petits moins…

  • Beaucoup trop de longueurs dans le récit
  • Trop d’éléments vus dans d’autres romans (l’Université de magie, par exemple…)
  • Trop d’accent sur les côtés négatifs de la vie du héros, et du coup pas assez d’ouvertures sur ce qui est positif.
Ma note : 8,5/10

Le livre de Saskia. Tome 1, Le réveil, de Marie Pavlenko

Le livre de Saskia. Tome 1, Le réveil, de Marie Pavlenko

Saskia fête ses dix-huit ans et s'apprête à entrer en terminale, comme beaucoup de filles de son âge. Dans sa maison en bordure de forêt, elle mène une vie des plus ordinaires. Ordinaire, vraiment ?
Si c'était le cas, pourquoi son quotidien vire-t-il au cauchemar, enchaînant phénomènes incongrus et rencontres étranges ?
Quel secret recèle la pierre qu'elle porte au poignet depuis qu'elle a été trouvée aux portes d'un orphelinat, bébé ?
Que lui veut Tod, mystérieux garçon qui la suit comme son ombre et ne se sépare jamais de son coutelas ? Et Mara, jeune fille froide et distante, qui parle une langue incongrue ?
Peu à peu, Saskia plonge au coeur d'un monde aussi fascinant que terrifiant, peuplé de créatures ailées, de magie, de combats mortels et de prophéties troublantes.
La voici embarquée dans une guerre séculaire dont elle était loin de soupçonner l'existence…

La loi de l'attraction universelle…

Au départ, je me suis lancée dans cette lecture un peu par "obligation", puisqu'il figure dans un des baby challenges auxquels je participe. Le résumé était loin de me déplaire, pourtant, même si je ne suis pas naturellement portée vers ce genre d'histoires qui peuvent vite sombrer dans les clichés. Mais au final ce fut une belle découverte, je n'ai point été déçue!

La première phrase…

Je cours depuis longtemps.

Une histoire cliché?

J'avoue que le début de l'histoire m'a fait un peu "peur", si je puis dire. Quoi de plus banal, après tout, qu'une jeune fille dont la vie se voit bouleversée par une série de révélations… Un garçon qui la suis, une histoire d'amour entre adolescents, de la magie, des surprises, une prophétie… Je me suis dit : "Aïe, ça flaire le cliché du roman fantastique pour adolescent à plein nez!". Et pourtant…

Il y a quelque chose dans le style d'écriture de Marie Pavlenko qui fait mouche. Une sorte de force d'attraction inexplicable qui pousse le lecteur à ne pas refermer le livre avant de connaître la fin… Et de fait, je l'ai lu jusque deux heures du matin, alors que je devais aller travailler le lendemain!

Alors oui, tout cela peut paraître bien cliché, ce garçon qui suit Saskia et qui la sauve, cette fille qui se met à la suivre aussi, cette histoire d'anges qui n'en sont pas, la magie et la prophétie qui entourent Saskia peu à peu… J'ai envie de dire qu'il n'y a rien là-dedans de très novateur, mais le tout est si bien tourné qu'on en redemande, et tant pis si c'est du presque déjà vu!

Une jeune fille de caractère…

Un des points forts du roman reste cette mademoiselle Saskia. Je l'ai assez rapidement appréciée. Elle m'a très vite rappelé ma façon d'agir à son âge, sa naïveté, son innocence, ses palpitations face aux garçons de son âge, son imprudence parfois, et puis son caractère déjà bien trempé.

Hé oui, car miss Saskia en a, du caractère, et c'est tant mieux! C'est ainsi que je préfère les héroïnes féminines. Elle ne se laisse pas manger son biscuit, et sait se défendre, tout en restant quelqu'un de sensible. J'ai également été très émue par la relation entre Saskia et sa mère adoptive. Il y a beaucoup de tendresse entre elles, et certains passages m'ont beaucoup touchés.

J'ai également apprécié le personnage de Tod, jeune homme attentionné qui se pose en véritable chevalier servant. Sans parler de Domitille, l'amie de Saskia, intelligente et touche-à-tout, et son copain Antoine, original et attachant.

Tout cela fait que l'atmosphère du récit était un véritable délice à lire…

Le livre de Saskia. Tome 1, Le réveil, de Marie Pavlenko

En résumé…

Les petits plus…

  • Un style d'écriture très agréable et attractif.
  • Une histoire captivante du début à la fin.
  • Des personnages attachants, dont une héroïne au caractère fort.

Les petits moins…

  • Cela laisse un petit goût de trop peu… Vivement les tomes suivants!!
Ma note : 9,5/10 - C'est un coup de coeur!!

Lu dans le cadre du Baby challenge fantastique 2014 de Livraddict

Lu dans le cadre du Baby challenge fantastique 2014 de Livraddict

Lu aussi dans le cadre du Challenge Petit Bac 2014, ligne fantastique, catégorie prénom : le livre de SASKIA

Lu aussi dans le cadre du Challenge Petit Bac 2014, ligne fantastique, catégorie prénom : le livre de SASKIA

Lu aussi dans le cadre du challenge "Mythologies du monde"

Lu aussi dans le cadre du challenge "Mythologies du monde"

Lu aussi dans le cadre du Challenge "Un mot, des titres", session 23, "Livre"

Lu aussi dans le cadre du Challenge "Un mot, des titres", session 23, "Livre"

Janua vera, de Jean-Philippe Jaworski

Janua vera, de Jean-Philippe Jaworski

Résumé

Né du rêve d'un conquérant, le Vieux Royaume n'est plus que le souvenir de sa grandeur passée. Une poussière de fiefs, de bourgs et de cités a fleuri parmi ses ruines, une société féodale et chamarrée où des héros nobles ou humbles, brutaux ou érudits, se dressent contre leur destin. Ainsi Benvenuto l'assassin trempe dans un complot dont il risque d'être la première victime, AEdan le chevalier défend l'honneur des dames, Cecht le guerrier affronte ses fantômes au milieu des tueries. Ils plongent dans les intrigues, les cultes et les guerres du Vieux Royaume. Et dans ses mystères, dont les clefs se nichent au plus profond du coeur humain.

Ce qui m'a attirée vers cette lecture…

Mis au programme du Baby challenge Fantasy 2014 chez Livraddict, ce livre m'a d'emblée parlé. Le fait que ce soit un recueil de nouvelles n'y est pas étranger, de même que la couverture de l'édition Folio SF, qui finalement reflète si bien le contenu de l'ouvrage.

La première phrase…

Le voici brutalement dressé, haletant, les yeux écarquillés sur la pénombre des appartements royaux.

Un trésor de recueil…

C'est incroyable comme certains auteurs ont le chic pour happer le lecteur d'entrée de jeu, de le faire prisonnier de l'histoire jusqu'au moment où l'aventure prend fin. Jean-Philippe Jaworski est de ces auteurs-là.

De part une stylistique raffinée, un sens aigu du rythme et un talent fou pour les intrigues qui tiennent en haleine, Jaworski nous offre une plongée vertigineuse au cœur des Vieux Royaumes, son univers. Ce ne sera pas une plongée agréable, il faut le dire. La beauté des mots et des métaphores fait tourner la tête, certes, mais c'est un univers dur et sombre que l'on découvre. Un monde fait de rouille et d'os, de sang et de mort, de trahisons, de promesses déçues, de pleurs et de larmes, un monde où l'air est saturé de l'odeur de la chair mise à nu, où retentissent le fracas des armures et des glaives. On en ressort grisé, mais quelque part un peu sali. Jaworski cherche le réalisme, et son objectif est pleinement atteint. Tout est si réel qu'on se croirait presque revenu 800 ans en arrière, au temps des châteaux forts et des chevaliers. Non, non, pas le Moyen âge décrit dans de si nombreux romans, ce Moyen âge idéalisé dont rêvent les enfants et dont l'image est véhiculée par ces fêtes médiévales trop légères pour être représentatives de l'époque. Jaworski nous parle du Moyen âge tel qu'il a réellement dû être. Par ces récits, l'on comprend pour quoi cette période a été surnommée "L'âge sombre".

Autre trait qui mérite d'être souligné, c'est que chaque nouvelle apporte quelque chose de différent au lecteur, chacune montre une facette nouvelle des Vieux Royaumes. Que l'on soit plongé au coeur de l'ancien royaume de Léomance, proche de notre Grèce antique, en Ciudalia, contrée proche de l'Italie que l'on connait tous, où à Bourg-Preux, chaque nouvelle apporte sa pierre à l'édifice de l'univers de Jaworski.

Je vous propose donc un petit aperçu de chaque nouvelle, juste quelques petites perles du grand trésor de guerre…

Janua vera…

"Un spasme de panique absolue. Les yeux exhorbités, il réalise qu'il ne dort pas. Son coeur cogne sa poitrine à tout rompre, il a du mal à trouver son souffle, tout son être se dilate d'horreur. Son corps baigne dans une sueur aigre, qui sent la fièvre, la déchéance, des remugles de morbidité et d'angoisse. Réfugiée dans un coin obscur de l'appartement royal, la favorite sanglote et tremble. Une pluie diluvienne fouette les vitraux et leurs croisillons de plomb : des milliers de doigts d'os, qui tambourinent avec une obstination rageuse les coloris éteints par la nuit."

Mauvaise donne…

"L'endroit n'est pas sans poésie, pour qui a le coeur bien accroché. Certes, tout cela sent la poussière, la moisissure, la pierre pourrie, la charogne sèche. Des profanateurs sont passés par là, et l'on trébuche souvent dans les débris d'un sarcophage brisé, dans des fagots d'ossements. En d'autres zones, l'air sec ou la richesse en poison de la roche ont momifié des corps. Au détour d'une niche ou d'une arche basse, la lueur fantasque de la bougie vous épie révèle soudain une chevelure roussie, un écorché de cuir, le sourire railleur d'un masque parcheminé, qui vous épie entre ses paupières mi-closes. Cette compagnie est plutôt sinistre, mais les catacombes n'exsudent pas l'atmosphère effroyable des sanctuaires du Desséché."

Le service des dames…

"A côté du chevalier, la dame de Bregor se tenait raide comme une statue. Le vent rebroussait parfois le poil soyeux de son hermine, jouait avec quelques cheveux follets échappés à son peigne ; mais la baronne conservait une rigidité de sentinelle, l'oeil fixé sur les lointains, aiguisé comme celui d'un rapace. Il y eut un moment sans parole, tout entier empli par la rumeur complexe du monde : le sifflement des tourbillons dans la charpente, la picorée d'une pluie lourde sur les lauzes, le grincement criard des girouettes, le murmure des forêts ébrouées. Ce fut un moment où le chevalier et la dame semblèrent soudain proches. Ils n'eurent pas un geste, peut-être pas même une pensée l'un pour l'autre ; mais leurs visages durs, tournés vers l'âpreté de ce paysage trop vaste, parurent soudain nus et semblables."

Une offrande très précieuse…

"Il boitilla jusqu'au cheval mort et arracha le scramasax. Il l'essuya rapidement, le rangea dans son fourreau, puis, après un coup d'oeil circulaire pour s'assurer que personne d'autre ne le menaçait, il claudiqua vers les bois les plus épais. Il s'enfonça sous les frondaisons lourdes, somnolentes, figées dans un crépuscule perpétuel, là où même la pluie ne se faufilait qu'en gouttes éparses. Le chant brutal du fer, des cris de ralliement et des hurlements d'agonie devint fantomatique, échos de guerre dans une forêt assoupie. Mais tout danger ne semblait pas écarté ; Cecht devina une silhouette furtive qui se glissait entre les troncs noirâtres, à une portée de javelot devant lui. Il ne voyait pas très bien l'intrus, il affermit sa hache dans son poing, prêt à balayer l'obstacle."

Le conte de Suzelle…

"Elle ne perdit guère de temps à remâcher sa colère ; alors qu'elle tordait sa robe pour en essorer l'eau, elle aperçut un gros taillis de mûriers. Elle en oublia de se sécher, et fila se gaver de mûres. Les joues poisseuses d'un jus rose, elle retourna au soleil, dans un pré, pour se réchauffer. Elle cueillit des fleurs des champs, s'en fit une couronne, puis s'en alla baguenauder dans les bois. Elle connaissait tous les coins à champignons de Giraucé, et partait souvent en quête de cercles de fées quand il avait plu. Mais ce jour-là, l'après-midi était chaud et ensoleillé, et sa quête se révéla infructueuse. Elle visita le chêne creux de Chenançay, chassa l'écrevisse dans un ruisseau frais comme une bise d'hiver, rôda dans une clairière où, parfois, au crépuscule, venait jouer un couple de renards."

Jour de guigne…

"En chemin, une poisse opiniâtre s'acharna sur lui. Bien qu'il ait pris le soin de raser les murs sous les encorbellements, la tête entre les épaules et l'échine basse, un seau d'ordures et d'eaux usées déversé d'un troisième étage vint le gifler de plein fouet. Dans la Rue-Qui-Grimpe, son justaucorps imprégné d'un parfum entêtant (fleur de graillon relevée par une pointe de pissou nocturne, avec garniture de vieilles épluchures) vint chatouiller le flair d'une bande de chiens errants, qui témoignèrent de leur curiosité de façon fort importune."

Un amour dévorant…

"C'est dans le clair-obscur que le drame se noue : car les deux ombres qui courent dans le bois ne se manifestent pas n'importe comment. Elles peuvent crier de jour comme de nuit, mais c'est toujours dans une atmosphère crépusculaire et incertaine, un entre-deux aqueux qui plonge le paysage dans une somnolence brouillée. Les jours de grand soleil, les nuits bien noires sont sans danger. Mais que la brume se lève, que la grisaille d'hiver éteigne le jour, qu'une lune blonde épande sa luminosité fantôme dans la forêt nocturne : alors, collines et coteaux se peuplent de longs appels rageurs ou implorants, dont les échos s'étirent dans les halliers et les sous-bois."

Le confident…

"Je suis allongé sur une table de pierre, comme un gisant sur un tombeau. Cette couche dure est située au centre d'une pièce voûtée, longue de douze pas et large de quatre. A chaque extrémité, une porte basse donne sur un corridor qui communique avec le reste du complexe. Je n'ai jamais vu l'endroit où je réside, car la lumière n'a pas pénétré en ces lieux de mon vivant ni du vivant de mes prédécesseurs ; mais, dans les premiers temps de ma réclusion, je me levais encore, et je parcourais mon domaine à tâtons. Sous mes doigts, je sentais les aspérités granuleuses de la pierre, les vides réguliers des alcôves creusées dans les murs ; et parfois, ma main rencontrait la sécheresse dépouillée des ossements."

Janua vera, de Jean-Philippe Jaworski

En résumé…

Les petits plus…

  • Stylistique et vocabulaire raffinés
  • Rythme très soutenu des récits
  • Des nouvelles qui captivent le lecteur du premier mot au dernier

Les petits moins…

  • Je ne trouve pas grand chose à redire, en réalité…
Ma note : 9,5/10 TROISIÈME COUP DE CŒUR 2014!!!

Lu dans le cadre du Baby challenge fantasy 2014 organisé par Livraddict

Lu dans le cadre du Baby challenge fantasy 2014 organisé par Livraddict

Lu aussi dans le cadre du challenge ABC 2014 des littératures de l'imaginaire, lettre J.

Lu aussi dans le cadre du challenge ABC 2014 des littératures de l'imaginaire, lettre J.