[TAG] Les incontournables (récents) en SFFF, version Acherontia Nyx

Logo réalisé par Anne-Laure du blog Chut Maman lit !

Hey là, les libronautes ! Cela faisait bien longtemps que je n’avais plus fait de tags littéraires, par ici… Cela fait d’ailleurs bien longtemps que je n’ai plus sérieusement mis le cap sur le blog, et je m’en trouve assez honteuse, en fait. C’est que, avec le confinement, tout ça tout ça, ma tendance habituelle à hiberner et me recroqueviller sur moi-même est revenue, tout naturellement, et à mon plus grand désarroi. Je fais de mon mieux, mais à chaque fois cette vilaine tendance me rattrape. C’est épuisant de lutter contre sa nature profonde, quand on a le tempérament d’une ourse mal léchée en mal de sa tanière.

Toujours est-il que j’ai envie de soigner cela, en commençant par une sympathique incursion dans le monde de la SFFF post-2000, et avec cela un regard en arrière sur toutes ces belles lectures qui m’ont accompagnée ces dernières années. Voici le topo, proposé par le blog Neverthwere

Lorsque les médias généralistes consacrent des articles aux littératures de l’imaginaire, c’est toujours une joie qui tourne rapidement à l’aigre lorsqu’on regarde les ouvrages cités. En effet, les titres proposés sont assez systématiquement les mêmes et ont généralement comme point commun d’avoir tous été écrits entre les années 1950 et les années 1970, le plus souvent par des hommes blancs.

Loin de moi toute idée de remettre en question le statut culte ou la valeur de ces œuvres. Mais tous ces classiques du genre sont-ils vraiment aujourd’hui la meilleure porte d’entrée pour découvrir les littératures de l’imaginaire, et surtout, n’y-a-t-il aucun livre sorti plus récemment qui pourrait intégrer ce club ultra-select ?

Voilà pourquoi je vous propose un petit tag pour ouvrir de nouvelles perspectives sur le sujet : Les incontournables (récents) en SFFF.

Le principe est simple : présentez dans un article entre cinq et dix ouvrages appartenant aux littératures de l’imaginaire (SF, fantasy, fantastique) qui sont pour vous incontournables, quelle qu’en soit la raison.
Une seule condition : ces livres doivent avoir été publiés à partir de l’an 2000.

Vert, du blog Nevertwhere
Lire la suite

[Mois de l’imaginaire 2019] 8 octobre – La horde du contrevent

Ces satanés Fréoles, ma figue, il fallait « leur tirer révérence et chapeau bas » (dixit Caracole). Quelle générosité ! Et quelle jolie prévenance ! À se demander au final s’ils ne voulaient pas qu’on y aille, se paumer dans la flaque, hum ? Ce Port-Choon étrange et glaiseux, cette bourgade de fantômes à barques, aux maisons perchées sur des pilots de bois et de brique, les rues labourées de canaux à la sauvage, ça ressemblait à un baraquement hâtif oublié par des Obliques sur un estuaire. Ils essuyaient de foutues marées – « la seiche » dans leur jargon de pêcheurs – qui montaient jusqu’aux vitres. Voilà pourquoi on voyait tous ces bateaux à coque suspendus en l’air, qui leur servaient surtout de maisons. En phase de crue, ils larguaient les amarres et ils se laissaient flotter, pffuit, jusqu’à ce que ça se tasse. pas idiot…

Du jour où les Fréoles nous lâchèrent, la jetée qui nous guidait marqua des signes de faiblesse… Elle apparut vite moins fiérote (et même un peu absente) la petite, par moments… On goûta nos premières vases. Progressivement, les rares traces attribuables à des créatures humaines (les cabanes palafittes et les pontons pourris, les canges bousillées remplies d’algues, les bajoyers qui étayaient les digues) se diluèrent dans la brume montante. Le soir arriva trop vite et nous nageâmes à tâtons dans l’eau frisquette jusqu’à trouver un îlot vaseux, mal fixé par des roseaux bruissants. Steppe avisa un bosquet de saules et Callirhoé fit feu. L’humidité, près du nid de flammes, recula à peine… Le sol n’offrait que des appuis spongieux. L’eau, par moments, sursautait derrière nous. Floc… Flac… Floc… Un silence ruisselant, fluide… (Sans s’annoncer) une solitude invraisemblable nous enveloppa alors… Nous étions largués loin – très loin de nos routines et de nos bases. Nous n’avions plus de repères. Nous avions la trouille. La flaque commençait maintenant. Elle fasciculait tout autour de nous, à travers nous déjà, pénétrant notre terreau de chair chaude, comme un rhizome de phragmite. Et elle allait donner sa pleine mesure dès le lendemain.

[…]

Ici, c’est le pays des cagouilles, du poiscaille et de la bouillasse. Faut pas chercher à poser la patte sur une motte, pas vouloir réfléchir à la trace sèche, ni quel îlot, bout de roc ou tas de bouse à moitié liquide va pouvoir te servir à te relever pour contrer à la franche – debout, campé. Quand ça pleut ici, ça pleut pas à seaux, plutôt à la barrique de binouse, au tonneau de cent, ça te douche la couenne au jet, plus besoin de te laver petiot, mais ferme ta bouche et boucle ton calbut, et va te jeter à la baille direct, histoire d’enquiller du mille en crawl…

Alain Damasion, in La horde du contrevent. Folio SF, 2007.

N’oubliez pas de vous joindre à mon concours pour ce mois de l’imaginaire !

D’ailleurs, le cadavre exquis de ce roman donnerait ceci :

 » Je ne savais pas encore qu’il ne me restait que dix minutes à vivre lorsque j’ai pris le thé avec Sabrina l’apprentie sorcière en espérant ne pas croiser son père, mais je me suis pris les pieds dans le tapis. « 

Acherontia vous propose un chouette extrait du roman d’Alain Damasion « La horde du contrevent »