[Chronique fantastique] Le dieu dans l’ombre, de Megan Lindholm

Au final, à bien y réfléchir, je pense avoir eu entre les mains un authentique roman féminin qui tend à dénoncer l’enfermement de certaines femmes dans des rôles qui ne leur conviennent pas et qui leur laisse trop peu de place pour s’exprimer et se sentir libres.

Acherontia Nyx

Loin de ses forêts d’Alaska natale, Evelyn est propulsée dans le monde de Tom, son mari, avec son fils Teddy. Coincée dans la vie quotidienne de sa belle-famille, la jeune femme ne se retrouve pas dans la place de femme et d’épouse qui lui est assignée. Fuyant les tâches ménagères et le désœuvrement, elle replonge dans ses souvenirs d’enfance qui oscillent entre nature et poésie, aux côtés de son ami Pan, le faune mystique avec qui elle a grandi. Lorsque celui-ci réapparaît, des envies de liberté mêlées de rêves sensuels s’agitent en elle. Á mi-chemin entre la civilisation et la nature, sous le couvert des arbres glacés, Evelyn devra faire face à deux choix terribles. Trouvera-t-elle son chemin dans l’ombre ?

Lire la suite

[Chronique SF] Underground Airlines, de Ben H. Winters

Nous voici face à un page turner qui tient toutes ses promesses !

Acherontia Nyx

Synopsis

Amérique. De nos jours. Ou presque.

Ils sont quatre. Quatre États du Sud des États-Unis à ne pas avoir aboli l’esclavage et à vivre sur l’exploitation abjecte de la détresse humaine. Mais au Nord, l’Underground Airlines permet aux esclaves évadés de rejoindre le Canada. Du moins s’ils parviennent à échapper aux chasseurs d’âmes, comme Victor. Ancien esclave contraint de travailler pour les U.S. Marshals, il va de ville en ville, pour traquer ses frères et sœurs en fuite. Le cas de Jackdaw n’était qu’une affaire de plus… mais elle va mettre au jour un terrible secret que le gouvernement tente à tout prix de protéger.

Un roman d’une brûlante actualité qui explore sous le faisceau de l’uchronie une Amérique bien trop familière…

Lire la suite

[Mois de l’imaginaire 2019] 6 octobre – Royaume de vent et de colères

J’ai croisé un instant le regard du fantôme qui est passé devant ma porte. Il avait les mêmes yeux que Philippa. J’attendais un signe mais je ne pensais pas qu’il emprunterait les traits de ma défunte épouse. Le passé est là, sur mon seuil. Je n’ai plus qu’à le laisser entrer pour que le vieux Gabriel et le chevalier, enfin réconciliés, ne fassent finalement plus qu’un.

Quelle heure est-il ? Cela fait une éternité que je dois être assis à cette table dans la pénombre. Je ferme les yeux avec la certitude de voir mes victimes revenir me hanter. Rien. Aucun visage, aucun cri, pas même la simple image d’une goutte de sang. Les cauchemars qui m’ont pourchassé pendant toutes ces années se terminent aujourd’hui. Cette nuit, je n’en veux plus.

La tempête souffle dehors avec force, arrachant parfois une tuile qui va s’écraser sur les pavés. Chacune de ses rafales menace d’abattre les maisons pour m’enterrer vivant sous les décombres. Je n’ai plus peur. Le mistral pourra toujours souffler demain pour transmettre sa folie aux hommes comme il l’a fait pendant ces trois derniers jours. Fou, je le suis déjà et le diable, aussi cruel soit-il, n’a pas le pouvoir de briser deux fois le même destin.

Le sommeil me gagne immédiatement quand je m’allonge. Mes pensées se teintent peu à peu de la couleur du rêve. J’ai l’impression d’être une lame de tarot, battue avec les autres avant d’être tirée au hasard et placée par une main invisible sur une table infinie. Demain, les cartes seront retournées une à une, révélant les arcanes qui écriront l’avenir d’un destin qui nous dépasse. Oui, demain Marseille deviendra folle, la tempête soufflera plus fort encore pour abattre ses murs comme un château de cartes. Demain, je serai enfin chevalier.

Jean-Laurent Del Socorro, in Royaume de vent et de colères. ActuSF, 2015

N’oubliez pas de vous joindre à mon concours pour ce mois de l’imaginaire !

D’ailleurs, le cadavre exquis de ce roman donnerait ceci :

 » Alors même que j’avais fait un bisou à ma mère ce matin, j’ai pris le thé avec Sabrina l’apprentie sorcière pour pouvoir enfin m’offrir ce petit haut qui me faisait tant envie, et j’y ai perdu mon honneur. « 

Acherontia vous propose un chouette extrait du roman de Jean-Laurent Del Socorro « Royaume de vent et de colères »

[Mois de l’imaginaire 2019] 2 octobre – Les questions dangereuses

Si le mois de novembre n’évoque point en général la plus chaleureuse des saisons, celui de cette année 1637 était si maussade qu’un Anglais se serait senti chez lui dans le parc royal du château de Déversailles. Qu’on en juge plutôt : la pluie s’abattait ce jour-là en un rideau poisseux qui donnait aux nuages pesants l’air d’être descendus sur la terre, le froid avait cette qualité morbide qui pénètre au coeur des os pour geler les âmes les mieux endurcies, et c’était par la gorge d’un phtisique que semblaient émises les mornes complaintes des corbeaux. Enfin, comme pour parachever cette composition toute britannique, c’était sur une procession funéraire que veillaient ce jour-là les branches dénudées des arbres noirs. La nature, en son infinie sagesse, paraissait avoir déjà entrevu ce que les hommes ignoraient et dont, bien entendu, ils restaient sourds aux signes.

Ce triste tableau n’enlevait toutefois rien à la majesté de l’assistance qui cheminait d’un pas lourd sous les grosses gouttes tombant des ramures. C’était en effet un personnage de tout premier plan qu’on enterrait ce jour-là. Plus que le drap fleurdelisé qui couvrait le cercueil sur le chariot, haut symbole de distinction pour services rendus, plus que la file des grands et petits dignitaires de l’État – plus même que le cortège clérical dirigé par la crosse de pasteur de l’évêque du Plessis-Raoul -, c’était la jeune femme qui chevauchait en amazone à la tête de la colonne qui révélait l’importance du défunt. Blonde, d’une noble beauté, enveloppée dans un manteau ample dont l’hermine blanche commençait à se gorger d’eau, Léonie Lebensfreude de Légatine-Labarre, reine de France, était venue présenter ses derniers hommages à l’érudit Sigismond Frédéric, pionnier de l’exploration des méandres obscurs de l’esprit.

Lionel Davoust, in Les questions dangereuses. ActuSF, 2019.

N’oubliez pas de vous joindre à mon concours pour ce mois de l’imaginaire !

D’ailleurs, le cadavre exquis pour ce roman donnerait ceci :

 » Le temps d’arriver à la gare aérienne d’Oulan-Bator, j’ai pris le thé avec Beetlejuice avec les mains pour faire bien, mais je me suis excusé depuis lors. « 

Acherontia vous propose un chouette extrait du roman de Lionel Davoust « Les questions dangereuses »

[Mois de l’imaginaire 2019] 1e octobre – Humain.e.s, trop humain.e.s

Hello mes poulpes !

Je vous parle souvent de la littérarité des romans de l’imaginaire, de l’incroyable finesse de langage que l’on peut parfois y découvrir, pour le plus grand plaisir des habitués… mais aussi pour la plus grande surprise des détracteurs du genre !

À tous les rabats-joie qui prétendent que l’imaginaire fait partie des « mauvais genres » de la littérature, de ces livres que l’on prend par le bout des doigts comme un objet dégoûtant lorsqu’on en trouve en, ou que l’on cache derrière une fausse couverture de Goncourt ou la Une du journal Le Monde lorsqu’on « ose » en lire un… Voici 31 réponses qui, je l’espère, satisferont à vos besoins de belles lettres jusqu’au 31 octobre !

Ma robe noire n’avait pas suscité l’approbation non plus. Elle me couvrait des pieds à la tête, me donnant l’air d’une princesse Leia en grand deuil selon Navarre. Il venait enfin de voir la cinquième trilogie, et il pestait sur l’escroquerie de l’affiche de l’épisode IV :

– Elle est magnifique sur l’affiche, cette fichue robe. Fendue et tout, décolletée presque au nombril, et en vrai dans TOUT le film, c’est une bure de carmélite ! On ne voit même pas son cou à la greluche !

L’invisibilité du col est sans doute un péché majeur du point de vue de l’esthétique vampire. Mais du reste, avec le grand manteau de laine sombre à capuchon – déniché par Géraud dans sa propre garde-robe – qui enveloppait le tout, ce que mon vêtement aurait pu découvrir n’avait guère d’importance. Le chaton, lui, s’était roulé en boule dans l’une des manches kimono pendantes, au milieu de ma collection de pentacles de papier destinés à éloigner les fantômes. Il s’était endormi aussit$ot, bercé par mon pas faussement décidé.

Il faisait bon. Je n’étais pas ivre. Une pluie récente avait laissé une délicieuse odeur d’eau sur le sol rafraîchi du boulevard Saint-Germain. Tout était désert à cette heure tardive. La balade aurait pu être agréable si je n’avais pas conservé une conscience brûlante de la convocation, roulée en boule dans mon autre manche.

L’état de la chose en disait long sur mes consœurs sorcières. Les armes de la Lignée invitante gravées à l’or fin et en quadrichromie s’étalaient sur l’enveloppe au papier lourd et craquant, d’un beau blanc cassé affectant le parchemin ancien. En revanche, le contenu avait été griffonné à la hâte et au crayon à mine sur le dos d’une vieille liste de courses qui avait comporté des serviettes hygiéniques et du débouche-évier.

Jeanne-A. Debat, Humain.e.s, trop humain.e.s

N’oubliez pas de vous joindre à mon concours pour ce mois de l’imaginaire !

D’ailleurs, pour ce roman, le cadavre exquis donnerait ceci :

 » Alors même que j’avais fait un bisou à ma mère ce matin, j’ai pris le thé avec Dexter Morgan en espérant ne pas croiser son père, et j’ai trouvé cela extrêmement cathartique. »

Acherontia vous propose un chouette extrait du roman de Jeanne-A Debats « Humain.e.s, trop humain.e.s »

[Chronique steampunk] La forêt des araignées tristes, de Colin Heine

Alors, oui, je l’admets, ce début de roman m’a déstabilisée, m’a même fait craindre pour la suite de ma lecture. Il y avait trop d’inconnues pour que l’équation me semble apte à aboutir à quelque chose de bon. Et pourtant… L’univers proposé était si délicieusement mystérieux, me donnait tant envie d’en goûter plus, que je me suis finalement laissée embarquer. Le voyage en valait-il la peine ? Ça, c’est ce qu’on va voir…

Acherontia

Synopsis

Bastien est paléontologue : sa spécialité ? Étudier les créatures étranges qui naissent de la vape, ce mystérieux brouillard aux propriétés énergétiques extraordinaires qui a recouvert le monde et menace de l’engloutir un peu plus chaque jour. Tour à tour victime d’un dramatique accident en apparence banal duquel il réchappe de justesse et témoin d’un attentat, où sa survie ne tient à nouveau qu’à un fil, il voit son destin basculer. Le voilà pris dans l’engrenage d’une affaire d’espionnage d’envergure internationale, sous les feux croisés d’une société secrète d’assassins, de brutes armées et d’une agence de détectives aux méthodes douteuses. Sans compter qu’une créature cauchemardesque, tout droit venue des Vaineterres, ces zones perdues dans un océan de vape, semble bien décidée à lui faire la peau…

Lire la suite