[Chronique] La trilogie du magicien noir. 1, La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 1, La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

Synopsis…

Cette jeune fille est plus puissante que la moyenne de nos élèves, peut-être même plus que nos mages ! Elle est un danger. Il faut la trouver et l'arrêter. Si c'est une renégate, la loi nous oblige à l'amener devant le roi. Sinon, nous sommes tenus de lui enseigner le Contrôle. C'est encore une enfant, probablement une voleuse ! Mais elle pourrait devenir une grande magicienne… Comme chaque année, les magiciens d'Imardin se réunissent pour nettoyer la ville des indésirables. Protégés par un bouclier magique, ils avancent sans crainte au milieu des vagabonds, des orphelins et autres malandrins qui les haïssent. Soudain, une jeune fille ivre de colère leur jette une pierre… qui traverse sans effort le bouclier magique dans un éclair bleu et assomme l'un des mages. Ce que la Guilde des magiciens redoutait depuis si longtemps est arrivé : une magicienne inexpérimentée est en liberté dans les rues ! Il faut la retrouver avant que son pouvoir incontrôlé la détruise elle-même, et toute la ville avec elle. La traque commence…

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 1, La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

La loi d'attraction universelle

Ce roman, premier d'une prometteuse trilogie, est mon premier roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore pour ce second trimestre de l'année, Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

J'ai bien sûr souvent entendu parler de Trudi Canavan et de sa guilde des magiciens. Les critiques étaient la plupart du temps très positives, aussi me suis-je laissée tenter par cette réimpression en format poche.

Les autres tomes chroniqués sur ce blog…

Une plume féminine pour un univers riche…

La première chose que je fais lorsque j'entame un nouveau roman de fantasy, que ce soit le premier tome d'une série ou un one shot, c'est de le feuilleter et d'y repérer la présence de cartes et autres lexiques qui tendent à rendre l'univers plus tangible aux yeux du lecteur. Première bonne nouvelle, l'histoire dont il est question ici s'ouvre sur une double page de cartes comme je les aime. Elles sont claires, concises, et présentent cette dualité antique vs. moderne que j'affectionne tant. En effet, j'aime que les cartes soient dessinées à la main, comme tracées à la plume d'un scribe depuis longtemps disparu. Mais à la fois, j'aime que les annotations soient rédigées dans une graphie moderne et lisible, rappelant vaguement l'écriture manuscrite, mais sans trop en faire. Ici, j'ai mes deux éléments, je repars donc le cœur léger à la recherche d'autres parties liminaires dignes d'intérêt.

C'est à la toute fin que je les ai trouvées. Un magnifique glossaire de l'argot des Taudis, rédigé par le seigneur Dannyl en personne, ainsi qu'un autre glossaire qui permet aux lecteurs de s'y retrouver parmi les termes propres à l'univers de Trudi Canavan. Vous vous imaginez bien que je m'en suis délectée… Et ce fut utile, car pendant ma lecture, je n'ai pas eu besoin de retourner à ces glossaires, je savais d'emblée à quoi j'avais affaire.

Ces deux éléments prouvent d'emblée que l'univers proposé par l'auteur est riche, détaillé, qu'il repose sur des bases solides et que rien n'est laissé au hasard. Ce dernier point, je l'ai constaté en cours de lecture, lorsque l'auteur parle de l'histoire de la ville d'Imardin, des magiciens, de la guilde, de certaines guerre, de coutumes de certaines contrées éloignées… On sent que l'univers est construit, fouillé, et cela confère un poids énorme au récit qui va suivre.

– Ravi a dû se dire qu'il fallait que tu parles à Faren!
Cery ne répondit pas et passa la porte. Sonea le suivit, se demandant si un voleur portant le nom d'un insecte venimeux à huit pattes valait mieux qu'un confrère qui portait celui d'un rongeur.
Deux autres hommes aux épaules larges comme des armoires les regardèrent entrer dans la pièce. Ils ne se levèrent pas de leurs chaises pendant que le premier costaud refermait la porte, en ouvrait une autre, sur le mur opposé, et faisait signe aux deux adolescents de le suivre.
Accrochées aux murs de la salle suivante, des lampes constellaient le plafond de halos d'un jaune très esthétique. Le sol était couvert d'un grand tapis aux franges d'or. En face d'eux, assis derrière une table, Cery et Sonea virent un homme habillé de vêtements noirs très ajustés. Sur son visage à la peau sombre, d'effrayants yeux jaunes pâles les scrutaient.
Le voleur était un Lonmar, un membre d'une fière race du désert qui vivait loin au nord de la Kyralie. Les Lonmars étaient rares à Imardin. Leur culture étant très particulière, peu d'entre eux appréciaient de vivre à l'étranger. Chez eux, le vol était considéré comme une hérésie. En dérobant quelque chose, n'importe quoi, même un minuscule objet, le fautif perdait une partie de son âme.
Et voilà que Sonea et Cery se tenaient devant un voleur lonmar.

La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

Je dois le reconnaître, je suis plus accoutumée à des auteurs de fantasy masculins. Et qui dit masculin, dit souvent (mais pas toujours, heureusement) héros bouffés à la testostérone, nanas guerrières en string de cuir et armure rikiki, batailles interminables et effroyablement sanglantes, détails gores, viols, trahisons, machisme de la plus basse espèce… OK, je caricaturise un tantinet, mais il faut avouer qu'on n'est pas loin de la réalité (quoique, heureusement, je constate de plus en plus une évolution positive dans la fantasy masculine, il convient de le reconnaître).

La fantasy féminine, quant à elle, a tendance (et je dis bien tendance car ce n'est nullement une généralité) à mettre plus l'accent sur l'évolution des personnages (ici, en l’occurrence, une jeune fille), sur leur psychologie, sur des complots, de la magie, un peu de romance par-ci par-là (ce qui ne veut pas dire que le récit empeste la guimauve et les petites fleurs roses, on est bien d'accord)… Et justement, j'aime beaucoup la fantasy féminine, parce que les personnages féminins sont dépeints comme des héroïnes fortes, courageuses, volontaires. Si elles ont leurs moments de faiblesse, c'est pour mieux les contourner et prendre leur vie en main. Ces femmes ont une réelle profondeur (non, ne vous gaussez pas! Je vous entends d'ici, les mecs…), une grandeur d'âme et une force de caractère qui font d'elles des modèles. On est loin de l'héroïne badass et sexy qui se ballade à moitié à poil pour mieux épater la galerie, et c'est tant mieux.

L'héroïne de cette trilogie, Sonea, s'inscrit dans la droite ligne de ces héroïnes comme je les aime, féminines et fortes à la fois. C'est en bonne partie son personnage qui m'a fait aimer ce roman. Mais pas uniquement…

"Ils ne peuvent pas me voir!" Sonea eut de nouveau un peu d'espoir. "Je peux me glisser entre eux."
Elle tourna les talons et s'enfuit. L'ombre d'un homme lui bloqua le passage. La jeune fille hésita, puis fouilla dans les plis de son manteau, où ses doigts gourds rencontrèrent la poignée froide de sa dague. Alors que le magicien se penchait pour l'attaquer, elle plongea en avant et se jeta sur lui. L'homme bascula en arrière mais ne tomba pas. Avant qu'il retrouve son équilibre, Sonea lui plongea la dague dans la cuisse.
La lame entra profondément dans la chair. Le mage cria de surprise et de douleur. Contente de ce résultat, Sonea retira sa dague de la blessure et poussa le mage hors de son chemin. Puis elle se remit à courir.
Des doigts lui prirent au vol le poignet. L'adolescente grogna et secoua le bras pour se libérer. Le mage resserra sa prise, commençant à lui faire mal, et la lame lui échappa des mains.
Une rafale de vent ayant chassé la brume de la ruelle, Sonea vit que les trois autres mages couraient vers elle. Paniquée, elle se débattit de plus belle, les deux pieds plantés dans le sol. Sans résultat. Avec un grognement, l'homme qui la tenait la tira par le bras pour la propulser sur le chemin des mages.

La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

Rythme et fluidité…

Le style d'écriture de Trudi Canavan m'a rapidement séduite. Simple et efficace, sa plume ne s'embarrasse pas de descriptions superflues. On est souvent au cœur de l'action, on suit les personnages pas à pas, et pourtant, sans grands passages descriptifs, on parvient très bien à se situer l'univers et l'ambiance du récit.

Ce qui séduit surtout, chez Trudi Canavan, c'est son style très rythmé qui permet au lecteur de rester scotché jusqu'à la fin. L'auteur sait très bien ménager ses effets, distillant à merveilles ses éléments d'intrigues et prenant le lecteur par surprise. Cette rythmique soutenue est grandement mise en valeur par la fluidité sans faille du récit.

Je pourrais résumer le tout en disant "Ça se lit tout seul…", un peu comme on boirait un verre de lait tiède ou une tisant sucrée à souhait.

Pour un jet de pierre…

Mesdames et messieurs, l'expérience qui va suivre est dangereuse et peut avoir des conséquences fâcheuses sur votre entourage. Surtout, ne faites pas cela chez vous! Je suis consciente que ce n'est parfois pas l'envie qui manque, mais de grâce, pensez qu'il existe d'autres méthodes pour témoigner aux emmerdeurs de tout poil qu'il vous tapent sur le système… Pensez au martifouett' piquant, par exemple, un beau modèle breveté qui occasionne une douleur éphémère et sans danger pour la santé.

Quelque chose se rebella dans les entrailles de Sonea, qui resserra sa prise sur la pierre, la soupesa et constata avec plaisir qu'elle était lourde. Se tournant face aux magiciens, elle sentit la haine former une boule dans son estomac. Puisant de la force dans la rage d'avoir été jetée hors de chez elle ainsi que dans son ressentiment atavique contre les mages, elle jeta sa pierre sur celui qui avait parlé. Le caillou siffla dans les airs. Lorsqu'il approcha de la barrière invisible, Sonea pria pour qu'il la traverse et atteigne son but.
Un éclair de lumière bleue rida la surface invisible, et la pierre percuta la tempe du magicien avec un bruit mat. L'homme resta debout sans réagir, les yeux dans le vague, puis ses genoux se dérobèrent et son compagnon fit un pas en avant pour le rattraper.
Sonea en resta bouche bée. Alors que le magicien plus âgé étendait son ami sur le sol, les insultes des adolescents moururent et un silence de mort tomba sur la foule.
Les exclamations reprirent quand deux autres magiciens vinrent s'agenouiller à côté de leur compagnon. Les amis de Harrin – et bien d'autres dans la foule – poussèrent des vivats. Comme tout le monde murmurait au sujet de ce qui venait de se passer, le vacarme devint assourdissant.
Sonea regarda ses mains.
"Ça a marché. J'ai traversé le bouclier, mais c'est impossible, à moins…
À moins d'être un magicien."

La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

Trêve de plaisanterie, ici, c'est un peu l'histoire de l'effet papillon. Une petite pierre percute un homme par hasard, et dès lors, toute une mécanique se met en place, qui fait que les évènements prennent rapidement une tournure sérieuse et effrayante. Car cette petite pierre, décochée presque innocemment, a des conséquences totalement inattendues, bouleversant la vie de la jeune Sonea et remettant en question ce que les magiciens pensaient savoir.

Sonea à l'école des magiciens…

Sans réellement y ressembler, cette histoire m'a vaguement rappelé une certaine série de romans à succès… Voyez par vous-même : un héro issu d'un milieu défavorisé, une école de magie qui l'invite en ses murs afin d'y développer ses talents… Alors, certes, le héro qui se découvre des pouvoirs magiques et qui doit apprendre à vivre, c'est un thème assez courant dans la littérature fantasy, tout comme celui des mages réunit en une espèce de congrégation régie par des lois strictes et une hiérarchie bien établie. Mais là, les deux réunis en un, je dois dire que ça a un petit côté Potter, mais version fantasy.

Ceci dit, c'est loin d'être déplaisant. Le thème est merveilleusement bien traité et soulève de nombreuses réflexions intéressantes (pourquoi seuls les gens de bonne famille pourraient-ils avoir accès à l'enseignement magique? Que font réellement les magiciens de leurs pouvoirs? Les utilisent-ils pour la bonne cause? Pour aider ceux qui en ont réellement besoin? etc.).

– Le contrôle est un talent subtil, dit Rothen. Je dois entrer dans ton esprit pour te montrer, mais je ne pourrai pas le faire si tu me résistes.
L'image des novices debout dans le dos de leurs camarades, les mains pressées sur leurs tempes, revint à l'esprit de Sonea. leur professeur n'avait pas dit autre chose.
La jeune fille éprouva une étrange satisfaction à l'idée que ce mage ne lui mentait pas. Aucun magicien ne pourrait entrer dans son esprit si elle en décidait autrement.
Puis elle se rembrunit au souvenir de la présence, dans sa tête, de la source de magie qu'elle lui avait dévoilée, et de la façon de s'en servir.
– Vous m'avez déjà montré hier.
– Non. Je t'ai fait voir ton propre pouvoir et expliqué comment vider le trop-plein. C'est tout à fait différent. Pour t'apprendre à utiliser ton don, je dois me rendre "sur place" avec toi. Pour ça, il me faut entrer dans ton esprit.
Sonea regarda ailleurs. Laisser entrer un mage dans sa tête? Qu'y verrait-il? Tout, ou seulement ce qu'elle voudrait lui laisser voir?
Mais avait-elle le choix?

La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

J'ai bien aimé ces histoires de magiciens, car ils gardent toujours un voile de mystère qu'on a envie de soulever. On ne peut s'empêcher de se demander de quel côté ils sont, si ce n'est du leur, et de se questionner sur leur utilité. Je me demande si je trouverai des réponses à mes questions dans le second tome.

La malveillance du mage…

Vous vous imaginez bien qu'il n'y aurait pas vraiment d'histoire si tous ces mages qui courent après Sonea étaient tous gentils et ne lui voulaient que du bien… De lourds complots se trament entre les murs de la Guildes, qui auront des conséquences fâcheuses, tant sur l'héroïne que sur son entourage. À qui Sonea peut-elle faire confiance? Sur qui peut-elle s'appuyer? Que doit-elle croire? À l'aube de sa vie adulte, toutes ces questions qui se bousculent dans sa tête ne l'aident pas vraiment à choisir sa destinée et à prendre la voie qu'elle se sera tracée. Encore que… Car certaines manipulations ne vont pas sans conséquences, et pèsent parfois bien lourd dans la balance décisionnelle…

En résumé…

Si je devais résumer les points forts de ce premier tome, je citerais l'univers riche et fouillé, l'écriture fluide et rythmée, l'héroïne attachante, l'intrigue efficace et bien ficelée.

Si je devais, en revanche, donner quelques points sur lesquels je suis plus dubitative, je dirais peut-être le côté trop "magique" de certains passages. La magie est omniprésente, mais pas assez expliquée au lecteur. D'où vient-elle? Pourquoi certains la possèdent-ils et d'autres pas? Comment se développe-t-elle? A-t-elle besoin d'invocations, de rituels pour se manifester? Je suis parfois restée un peu sur ma faim de ce point de vue-là.

Ceci dit, cela ne m'a pas dérangée pour autant, puisque j'ai lu ce premier tome avec plaisir, et j'ai hâte d'entamer le deuxième, que je viens de recevoir et qui m'attend sagement au sommet de ma PAL.

Ma note : 16/20. Une bonne entrée en matière! Reste à voir si la suite apportera des réponses à mes questions...

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 1, La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques…

[Chronique Fantasy] Le conclave des ombres. T1, Serre du faucon argenté, de Raymond E. Feist

Synopsis…

Le mal se répand dans les montagnes de Midkemia. Sur les sommets enneigés,les exterminateurs du Duc d'Olasko massacrent tout sur leur passage: hommes, femmes et enfants. Seul un garçon survit au carnage. Il s'appelle Kieli,et son enfance vient de lui être arrachée. Recueilli pas le puissant Conclave des Ombres, il va pouvoir affuter sa vengeance autant que son bras. En compagnie de l'autoritaire Robert de Lyis, du magicien Magnus aux troublant pouvoirs et du jeune Caleb, déjà chasseur et guerrier sans égal, Kieli va devenir une arme sur et impitoyable. Il abandonnera tout, de son nom à son ancienne vie, pour suivre la voie qui lui a étét tracée: devenir la Serre du Faucon argenté.

[Chronique Fantasy] Le conclave des ombres. T1, Serre du faucon argenté, de Raymond E. Feist

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est ma première lecture lue dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

Si j'ai choisi ce roman en particulier dans la longue liste d'ouvrages disponibles, c'est avant tout parce que Raymond Feist est un auteur que je ne connais pas assez à mon goût et que j'ai envie de découvrir mieux. Ayant lu par le passé sa Trilogie de l'Empire, écrit en association avec Janny Wurts, j'avais déjà beaucoup apprécié son univers et sa plume (avec la touche féminine de Janny Wurts, c'était juste délectable). Au moment de faire mon choix, je relevais à peine le nez de Faërie du même auteur, une lecture qui m'avait assez convaincue. C'est donc tout logiquement que mon choix s'est porté vers ce premier tome de la trilogie Le conclave des ombres (un nom qui m'évoque de nombreuses belles promesses et beaucoup de plaisir de lecture).

[Chronique Fantasy] Le conclave des ombres. T1, Serre du faucon argenté, de Raymond E. Feist

Une plume simple mais efficace…

Une fantasy typique…

L'univers de Raymond Feist est un univers fantasy très typique du genre, les lecteurs réguliers de cet auteur me le confirmeront. On y retrouve tous les éléments que les fans de fantasy apprécient tant : un univers unique et cartographié, proche du Moyen-âge européen, des langages étranges, des peuples humains qui s'entredéchirent, des peuples moins humains qui s'entredéchirent tout pareil, de la magie, des combats et des guerres, des auberges débordantes d'individus patibulaires et avinés prêts à en découdre, d'interminables périples à dos de cheval, des joutes à l'épée… Le lecteur qui recherche l'originalité sortira de cette lecture avec une probable pointe de déception. En effet, le but affiché dans cette nouvelle trilogie n'est pas de faire dans l'original, mais bien de consolider l'univers fantasy déjà foisonnant de Raymond Feist en fournissant au lecteur une nouvelle facette de cet univers. Une nouvelle facette qui devrait amplement contenter tous les fans du genre.

Simplicité…

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette lecture me change terriblement de la précédente. Je sors à peine le nez du Carnaval aux corbeaux d'Anthelme Hauchecorne, où la plume est justement très recherchée, très travaillée, se faisant souvent poétique. Chez Raymond Feist, point n'est question d'une grande recherche stylistique. Le mot d'ordre est d'aller directement au but, d'exposer l'intrigue de façon aussi limpide qu'un ruisseau de montagne.

C'est loin d'être désagréable, cela permet de reposer un peu mes méninges trop souvent mises à mal. L'ensemble du roman se laisse lire très aisément. C'est un peu comme si l'on avait sur les genoux un plat de popcorn délicieusement caramélisés que l'on s'enfile devant un bon film, et que, tellement plongé dans l'intrigue, on s'étonne de rencontrer le vide en voulant se saisir d'une nouvelle ration. Car simplicité ne rime pas toujours avec médiocrité, loin de là…

Efficacité…

Cette apparente simplicité du récit est une arme à double tranchant. Tout l'art de Raymond Feist est là. Avec peu de mots, sans rentrer dans d'interminables descriptions, il parvient sans problème à amener le lecteur dans son univers. L'écriture de l'auteur est efficace et sans détours, sans fioriture ni lourdeurs.

Mais elle n'en reste pas moins redoutable, justement parce que cette concision permet l'accessibilité du roman à un publique très large, de tout âge et de tout niveau de lecture, ou presque. Tout lecteur, pour peu qu'il soit amateur de fantasy, entrera facilement dans l'histoire et y accrochera pratiquement à coup sûr, s'attachant aux personnages, suivant avec intérêt l'intrigue, les actions.

Car si Feist n'attache pas une importance énorme à la littérarité de son roman, l'intrigue, en revanche, prend une place énorme…

 

L'homme aux cheveux blancs, que Serre avait surnommé "Tête de Neige", mais qui se prénommait en réalité Magnus, se tenait debout derrière Robert, lequel était assis à un tabouret, qu'il avait pris dans la salle commune pour l'apporter dans la salle à manger. Une semaine plus tôt, Robert avait commencé à expliquer à Serre le concept des cartes.
Le jeu était composé de cinquante-deux cartes se déclinant en quatre familles : coupes, bâtons, épées et diamants, chacune d'une couleur différente, bleu pour les coupes, vert pour les bâtons, noir pour les épées et jaune pour les diamants. On s'en servait essentiellement pour jouer au lin-lan, au pashawa et au poker, ou po-kir comme on l'appelait à Kesh. Robert en avait expliqué les règles et fait jouer quelques parties de chacun des jeux à Serre pour qu'il se familiarise avec l'ordre des familles depuis la carte connue sous le nom d'"as", qui venait d'un mot bas-tyran pour désigner l'unité, jusqu'au seigneur. Les autres cartes allaient de deux à dix, mais Serre ne comprenait pas trop pourquoi l'as, ou le "un" comme il l'appelait, valait plus que le seigneur, la dame ou le capitaine. Ce n'était pas logique.
Serre esquissa un petit sourire de dérision. Il ne savait pas pourquoi ce détail, le fait que le plus petit nombre avait le plus de valeur, l'irritait. Malgré tout, il s'en était bien sorti avec les jeux que Robert lui avait appris.

Serre du faucon argenté, de Raymond E. Feist

Les prémices d'une intrigue qui se tient…

Le résumé du roman et les premiers chapitres annoncent d'emblée la couleur, cette trilogie aura la vengeance pour thème majeur. On pourrait dire que ce n'est guère original. La vengeance est un thème largement développé en fantasy. La véritable originalité résidera donc dans la façon dont le sujet est traité.

Si nous disséquons plus avant cette intrigue, que trouvons-nous? D'une part nous avons un peuple, les Orosinis, dont les coutumes ne sont pas sans rappeler celles des indiens d'Amérique. Proches de la nature, ils vivent pratiquement en autarcie dans les montagnes, se contentant de peu de choses. Leurs mœurs et coutumes font d'eux des gens simples au cœur pur. D'une autre part, nous avons Kieli, un jeune garçon fraîchement devenu homme aux yeux des siens, mais dont la cérémonie de passage se verra interrompue de tragique façon. Ce destin ensanglanté, le jeune homme appelé désormais Serre du faucon argenté le portera sur ses épaules jusqu'à ce que vengeance soit faite. On ne détruit pas la quasi-totalité d'un peuple sans en payer les frais.

Cette vengeance, c'est le Conclave des ombres qui lui en donnera la force et l'occasion. Peu éduqué et peu préparé au monde en dehors des montagnes, Serre a tout à apprendre s'il veut orchestrer une vengeance comme il se doit. Dès lors, Serre et le Conclave des ombres vont œuvrer main dans la main pour que justice soit faite. Le Conclave apportera à Serre ce qui lui manque d'éducation. Inversément, Serre sera pour eux un instrument parfait dans leur guerre contre l'Ennemi (qui reste très mystérieux et nébuleux, on sait juste de cet Ennemi qu'il est le mal en personne). Du donnant-donnant, sommes toutes.

C'est une bonne intrigue, un concept intéressant sans être toutefois complètement novateur, mais un concept plaisant qui se laisse lire. On ne peut que s'attacher au destin de Serre, suivant avec intérêt son évolution personnelle et lui souhaitant de pouvoir mettre ses projets à bien.

L'histoire de ce premier tome est assez bien ficelée. Les rebondissements sont peu nombreux, car une grande partie du roman est consacrée à l'apprentissage de Serre. Ce n'est que vers la seconde moitié du livre que l'on verra apparaître les premiers traits d'action à proprement parler. Si l'ensemble peut paraître plutôt linéaire, avec des dénouements assez attendus, la toute fin du roman laisse toutefois présager un second tome avec plus d'action et de rebondissements. Je qualifierais donc ce tome 1 de "prometteur".

Une nuit, il rêva qu'il était au chaud, dans son village, dans la maison des femmes avec sa mère et ses compagnes. Il baignait dans leur amour. Puis il se réveilla sur le sol dur avec dans les narines l'odeur de la terre humide et de la fumée du feu récemment éteint. Deux inconnus étaient endormis de part et d'autre de lui. Il se rallongea en se demandant comment il s'était retrouvé dans cet endroit. Puis ses souvenirs lui revinrent, et il se rappela l'attaque contre son village. Les larmes lui montèrent aux yeux et il pleura en sentant tout espoir et toute joie mourir dans sa poitrine.
Il ne savait pas depuis combien de jours il voyageait. Il savait que deux hommes prenaient soin de lui, mais il ne se souvenait pas s'ils lui avaient donné leur nom. Il se rappelait avoir répondu à leurs questions, mais il avait oublié le sujet de ces discussions.

Serre du faucon argenté, de Raymond Feist

Des personnages solides mais une psychologie trop fugace…

Si je devais noter une faiblesse dans ce roman, c'est la psychologie des personnages. Certes, ils ont chacun leur caractère, leur histoire personnelle, leurs blessures et les attitudes qui en découlent. On voit tout de même que chaque personnage est travaillé, n'allez pas croire qu'un auteur tel que Raymond Feist présenterait à ses lecteurs des personnages vains et vides. Le travail sur chaque personnage est quand même conséquent et pas trop mal abouti.

Le personnage de Serre, évidemment, est mis au devant de la scène. Il est par conséquent le plus travaillé d'un point de vue psychologie et background personnel. Ceci dit, je reste carrément sur ma faim avec lui. Imaginez-vous, vous viviez en autarcie parmi votre peuple, vous aviez vos habitudes, vos coutumes, vos croyances, un destin tout tracé, et rien ne laissait présager qu'il n'en irait pas comme il était prévu. Puis un beau jour, une bande de brutes sans foi ni lois vient décimer votre peuple, et dès lors, tout ce que vous connaissiez se voit balayer d'une pichenette. En plus de perdre vos certitudes, vous perdez tout ceux que vous aimiez. Comment réagiriez-vous? Mal, n'est-ce pas? Eh bien, notre Serre, lui, se remet assez vite de ses blessures. Certes, il pleure un peu son peuple perdu, quand il daigne y penser. Mais il ne s'y attarde pas vraiment.

C'est un problème que j'ai déjà constaté chez Raymond Feist, notamment avec la lecture de Faërie. J'ai l'impression que l'auteur ne fait que survoler certains sentiments qui devraient être beaucoup plus forts que ça. La personnalité et la psychologie de ses personnages sont abouties, mais il évite de rentrer dans le vif du sujet de façon franche. Cela donne l'impression que ses personnages sont détachés de leur réalité, comme si ce qui leur arrive ne les atteignait que superficiellement. Dans le cas de Serre, ses mésaventures sont suffisantes pour insuffler en lui l'idée d'une vengeance, mais on constate chez lui peu de manifestations de son chagrin ou de sa colère. Je trouve cela un peu dommage, cela enlève à l'histoire un côté dramatique qu'il aurait été bon d'explorer plus avant.

Ils nous l'ont perverti!

Une autre petite déception, pour moi, a été le changement de caractère de Serre.

Au début, Serre est présenté comme un très jeune homme qui ne connaît de la vie que les théories enseignées par son peuple. Il est encore sentimentalement très naïf, pensant que lorsqu'on sort avec une femme, on est censé rester avec cette même femme jusqu'à la fin de ses jours et l'épouser. Il ne comprends pas l'attitude des femmes qu'il est amené à côtoyer au sein du Conclave des ombres, car elles sont plutôt libertines, et il ne comprend pas qu'elles puissent avoir avec lui des rapports sans sentiments réels.

Voyant cette naïveté, les membres du Conclave des ombres vont jouer à Serre un méchant tour qui aura pour but de lui apprendre à se méfier des femmes et à ne pas trop vite prendre une attirance pour de l'amour réel. Je n'en dirai pas plus pour ne point spoiler le lecteur. Mais de cette mauvaise blague, Serre gardera des traces et verra son caractère changer. Envolée sa candeur, annihilée sa croyance en l'amour véritable. Serre devient au final tout ce que je n'aime pas chez les hommes, une sorte de macho qui enchaîne les conquêtes et les rapports sans aucun sentiment. Si vous saviez ce que j'ai été déçue, moi, petite lectrice, d'être le témoin muet de cette transformation…

Je l'avoue sans trop de honte, je vis personnellement dans un monde de Bisounours. Pas au point de Serre lorsqu'il débarque dans le monde adulte, je suis consciente que tout le monde n'est pas fait dans le même moule et qu'on ne fonctionne pas tous sur le même mode. Je ne blâme personne, à chacun sa façon de fonctionner, après tout. Mais la voie que choisit Serre ne me plaît pas. Il aurait pu devenir un bon gars, convertir cette naïveté en valeurs sûres, trouver une femme et fonder une famille (ou pas). Eh non, il a choisi le bas, à proprement parler… Pas qu'il ne soit pas un bon gars. Je plains juste la fille qui tomberait amoureuse de lui et qui en souffrirait inévitablement. C'est que je voudrais croire que tous les hommes ne sont pas voués à ne penser qu'avec les parties basses de leur anatomie. Je suis très attachée à certaines valeurs, voyez-vous. La pureté des sentiments et la fidélité à toute épreuve en font partie. Traitez-moi de candide si vous le souhaitez, mais les choses sont ainsi, et j'entends bien ne pas changer. Chez Serre, certaines valeurs se sont perdues en cours de route. Il passe d'un état d'esprit où seuls les sentiments priment sur l'attirance, à l'excès inverse, et cela m'a fait un pincement au cœur. Un retour vers un juste milieu serait plus que bienvenu, selon moi. Peut-être pour le tome prochain?

 

Un dernier extrait pour la route?

Son souffle court, sa tunique trempée et ses genoux tremblants prouvaient qu'il perdait trop de sang, trop vite. Son cœur battait à tout rompre, et Serre savait que, s'il ne réussissait pas d'une façon ou d'une autre à tuer les deux dernières créatures, il était condamné.
Il y eut un autre mouvement fugace près de la porte. Serre comprit que les deux créatures étaient sorties avec lui. Il battit des paupières et tourna la tête de part et d'autre pour essayer de distinguer leurs formes noires dans la nuit. Mais, malgré tous ses efforts, elles restèrent invisibles.
Il perçut un mouvement derrière lui et se laissa donc tomber sur la gauche. Il avait eu l'intention de se rattraper à temps pour se redresser, mais sa jambe gauche refusa de lui obéir, et il s'écrasa par terre. Une nouvelle douleur brûlante envahit sa jambe droite. Serre perdit son épée. Son esprit avait beau ordonner à son corps de rouler sur le côté et de mettre autant de distance que possible entre lui et les deux créatures, il ne pouvait s'obliger à le faire.
Une nouvelle ligne de feu traversa son épaule, et Serre hurla. Il savait qu'il était sur le point de mourir.
Son peuple ne serait pas vengé, et lui-même ne saurait jamais qui étaient ses assassins, ni pourquoi on avait décidé de le tuer.
Ses dernières pensées furent teintées d'un grand désespoir et d'un profond regret. Puis une lumière blanche aveuglante explosa autour de lui, et il sombra dans l'oubli.

Serre du Faucon Argenté, de Raymond Feist

En résumé…

Serre du Faucon Argenté est une bonne première entrée en matière pour cette trilogie fantasy dont le thème majeur est la vengeance. Par l'écriture simple et le souci de concision, Raymond Feist nous livre un roman détendant et accessible, dans lequel on se laisse glisser comme dans un bon bain chaud. L'intrigue est bien ficelée, quoiqu'un rien trop linéaire, mais l'on sent bien que l'histoire va s'étoffer dans les tomes suivants, et que nous auront droit à bien d'autres rebondissements.

Je suis en revanche un peu moins emballée par la psychologie des personnages. Ces derniers sont attachants à leur manière, mais l'auteur survole trop les émotions et les sentiments qu'ils pourraient ressentir. La plupart des personnages nous apparaissent trop détachés, comme si les événements glissaient sur eux. Serre m'a bien plus dans l'ensemble, mais je me suis sentie un peu rebutée par la perte de sa candeur naturelle au profit d'une nature plus machiste. J'espère qu'il va encore évoluer dans les tomes suivants.

Ceci étant, ce premier volet de la trilogie est pleine de belles promesses, et j'ai hâte de lire la suite pour voir si mes craintes sont fondées et si mes espoirs deviennent réalité…

Ma note : 14/20. Un bon roman fantasy, très plaisant à lire, et détendant à souhait, sans toutefois révolutionner le genre.

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

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Les autres tomes du Conclave des ombres chroniqués sur ce blog…

[Chronique Fantastique] Sumerki, de Dmitry Glukhovsky

Synopsis…

Quand Dmitry Alexeïevitch, traducteur désargenté, insiste auprès de son agence pour obtenir un nouveau contrat, il ne se doute pas que sa vie en sera bouleversée. Le traducteur en charge du premier chapitre ne donnant plus de nouvelles, c'est un étrange texte qui lui échoit : le récit d'une expédition dans les forêts inexplorées du Yucatán au XVIe siècle, armée par le prêtre franciscain Diego de Landa. Et les chapitres lui en sont remis au compte-gouttes par un mystérieux commanditaire. Aussi, quand l'employé de l'agence est sauvagement assassiné et que les périls relatés dans le document s'immiscent dans son quotidien, Dmitry Alexeïevitch prend peur. Dans les ombres du passé, les dieux et les démons mayas se sont-ils acharnés à protéger un savoir interdit ? A moins, bien entendu, que le manuscrit espagnol ne lui ait fait perdre la raison. Alors que le monde autour de lui est ravagé par des ouragans, des séismes et des tsunamis, le temps est compté pour découvrir la vérité.

Bienvenue dans l'univers de Sumerki!

Un univers où vous ferez la connaissance de Dmitry Alexeïevitch, de sa prose typiquement russe et de son légendaire rituel du thé, où vous verrez comment il prépare des salades de pommes de terre trop cuites et où vous découvrirez comment, par l'incroyable entremise des hasards de la vie, il tomba sur un ancien texte espagnol traitant de la conquête des terres du Yucatán… Où d'anciennes légendes mayas ressurgissent de la terre meuble et odorante du passé pour effrayer notre ami traducteur et le pousser aux limites de la folie… Où des golems se postent devant vos portes, et des hommes-jaguars sont à l'affut de vos moindres faits et gestes, où des bâtiments apparaissent comme par magie pour mieux disparaître… Où, enfin, la terre tremble comme elle n'a jamais tremblé, laissant à ses enfants un champs de ruines pour seul héritage…

[Chronique Fantastique] Sumerki, de Dmitry Glukhovsky

La loi d'attraction universelle…

Vous étonnerais-je si, à la question "Pourquoi as-tu choisi ce livre plutôt qu'un autre", je vous répondais très simplement : la couverture?

J'ai d'emblée aimé, je le confesse, ce bâtiment aux formes tarabiscotées, avec ses clochers enflés et ses coloris orangés, un kremlin littéraire entouré d'un mystérieux halo de symboles mayas. Le résumé de la quatrième de couverture, non content de me confirmer cet étrange mélange de culture russe et maya, m'a poussé à continuer ma route vers la caisse de la librairie, ma nouvelle trouvaille fièrement glissée sous mon bras.

Sumerki en portrait chinois…

Si Sumerki était une musique…

Que de souvenirs pour moi, ce morceau d'Enigma! Et je trouve qu'il convient assez bien à l'ambiance du roman…

Si Sumerki était un tableau…

"The last day of Pompeii", de Karl Briullov…

[Chronique Fantastique] Sumerki, de Dmitry Glukhovsky

Si Sumerki était un plat…

Une portion de pommes de terre cuites aux oignons (et encore, trop cuites…), accompagnée d'une tasse de thé russe.

Si vous avez aimé…

la saga "Les sentinelles" de Sergueï Loukianenko, vous aimerez probablement aussi Sumerki.

La plume de l'oiseau de feu (1)

(1) L'oiseau de feu est un oiseau légendaire issu du folklore slave et qui apparaît dans de nombreux contes. Popularisé par le ballet éponyme de Stravinsky, cet oiseau paré de plumes rougeoyantes comme les braises peut être une bénédiction comme une malédiction pour celui qui le capture…

Je ne trouvai le sommeil ni ce matin-là ni l'après-midi qui suivit malgré mes efforts soutenus pour rester allongé dans le lit les yeux fermés. J'ignore toujours si cela venait de mon organisme qui avait irrémédiablement fini par ne plus reconnaître les heures imparties au sommeil, ou des pensées fébriles qui fusaient sous mon crâne comme un petit animal pris au piège dans une roue sans pouvoir en trouver la sortie, toujours est-il qu'il m'était impossible de sombrer dans une douce torpeur.

Néanmoins, je ne me décidai à sortir de chez moi pour me rendre à l'agence que bien après le déjeuner. En pêcheur avisé, je craignais d'effrayer le poisson tant convoité par une agitation superflue. Plutôt qu'importuner le freluquet arrogant derrière son ordinateur, mieux valait patienter quelques heures de plus. Et même si chaque minute d'attente me coûtait, même si je devais en permanence distraire mon esprit du désir irrépressible de me lever pour me rendre enfin dans cette maudite agence, je savais qu'en contrepartie chacun de ces segments de soixante secondes augmentait la probabilité qu'un porte-documents en cuir renfermant une nouvelle commande m'y attendit. Ce fut vers quatre heures que je partis relever mes filets pour voir quelles étaient mes prises, même si initialement je ne comptais me rendre à l'agence qu'à l'heure de fermeture.

Le mercure avait plongé au cours des derniers jours et les pluies se faisaient plus rares. Pourtant, c'était un de ces soirs nuageux où les gouttes lourdes tombant d'un ciel de plomb promettaient des trombes d'eau à venir. Comme par hasard, je ne m'étais pas muni de mon parapluie.

À une cinquantaine de pas de l'agence, j'eus soudain un mauvais pressentiment. Une douleur vive me vrilla la tempe et l'idée que je ne recevrais aucun chapitre ce jour-là s'imposa d'elle-même. Que ne donnerais-je aujourd'hui pour que toute l'aventure se fût ainsi résumée!

Sumerki, de Dmitry Glukhovsky

Une des grandes forces de ce roman est évidemment le style d'écriture développé par l'auteur. Sur ce point, je me dois tout d'abord de féliciter le traducteur, Denis E. Savine, qui nous livre ici une superbe version française du texte russe de Dmitry Glukhovsky, toute en finesse et en subtiles nuances. J'admire particulièrement le travail effectué pour rendre le caractère typiquement russe de la plume de l'auteur. Je ne sais comment Savine est parvenu a un tel degré de perfection dans la traduction, mais en tout cas je suis agréablement surprise.

Parlant de ce caractère typiquement russe de l'écriture de Glukhovsky, je ne fais bien sûr pas allusion aux nombreuses fois où la culture russe intervient d'une façon ou d'une autre dans le récit. Cette histoire ce fut-elle passée à New York dans les années 30 que j'aurais malgré tout deviné qu'il s'agissait d'un roman russe, et ce sans même connaître la nationalité de l'auteur. Il y a un petit "je-ne-sais-quoi" dans l'écriture qui évoque le froid soviétique, le bleu de Prusse, le thé fumant dans le Samovar, les Matriochkas et les clochers à bulbe de Moscou. Et ça tombe bien, car je suis très férue de culture russe! D'ailleurs, il fut un temps où…

Les belles histoires de Mamy Acherontia… Chapitre 3, Les Acherontia se cachent pour apprendre le russe…

Il fut un temps où j'ai abordé la culture russe de la plus étrange façon qui soit, et pour des raisons plus étranges encore… J'avais seize ans, à l'époque, et comme beaucoup d'ados de cet âge, je n'avais pas toujours toute ma tête. La bêtise de cet âge ingrat m'a valu de m'enticher d'un joueur de tennis russe avec lequel, soit dit en passant, je n'avais pas l'ombre d'une chance. Moi aussi, aidée par mon manque de maturité, je me suis laissée prendre au piège des stars, de leur séduction et de leur univers doré. Bien sûr, en véritable passionnée, lorsque j'aime quelque chose, je ne fais jamais les choses à moitié. Je me suis donc mise en tête de lui écrire une lettre. Mais comme je voulais me démarquer des autres fans, je voulais qu'elle soit écrite en russe. Quoi de plus logique…

Me voici donc revenue de mes pérégrinations à la librairie du coin avec les bras chargés d'un dictionnaire français-russe et d'une méthode d'apprentissage digne de ce titre. Bien entendu, en bonne adolescente, j'aimais garder mes petits secrets sentimentaux soigneusement à l'abri entre les quatre murs de ma chambre. C'est donc en cachette que j'ai appris mes premiers rudiments de russe. J'étais alors à l'enseignement à distance, donc chez moi toute la journée (à moins que je ne sois en vadrouille dans la nature, foulant la campagne en costume de Lara Croft, Metallica à fond dans les oreilles, ce qui arrivait plus souvent que je ne devrais l'avouer). J'avais tout le temps de bouquiner mon livret de russe entre deux "heures" de français ou d'histoire. Mon but était de terminer l'étude de ce fameux livret pour Noël, car à la dernière page figurait un poème de Boris Pasternak que je voulais déclamer devant les yeux ébahis de ma famille, leur permettant ainsi de découvrir ce que je faisais de mes journées cloîtrée dans ma chambre. Un poème que voici, d'ailleurs :

Снег идёт, сег идёт,
Словно падают не хлопья,
А в заплатанном салопе
Сходит наземь небосвод.

Словно с видом чудака,
С верхней лестничной площадки,
Крадучись, играя в прятки,
Сходит небо с чердака…

Снег идёт, густой-густой,
В ногу с ним, стопами теми,
В том же темпе, с ленью той
Или с той же быстротой,

Может быть, проходит время? …

Ce qui, en français, donne un texte très de saison pour les fêtes :

Il neige, il neige ;
On dirait que ce ne sont pas des flocons qui tombent
Mais que, dans un manteau de bonne femme rapiécé,
C'est la voûte céleste qui descend sur terre.

On dirait qu'avec un air d'original,
Venant du palier supérieur,
Furtivement, en jouant à cache-cache,
C'est le ciel qui descend du grenier.

La neige tombe dense, dense ;
Et marchant au pas avec elle, avec les mêmes pas,
Dans une même cadence, avec la même paresse,
Ou la même rapidité,

Peut-être est-ce le temps qui passe?

Me voici donc très curieusement passée à l'heure russe le temps d'une année. Lorsque je revenais de mes examens au Jury Central de Bruxelles, je me préparais du thé russe aux agrumes dans un petit poêlon puis me le servais dans une théière que je prenais pour un samovar, j'utilisais plus de bleu de Prusse dans mes enluminures que ce qu'il est d'usage pour cet art, j'écrivais mon nom en russe, je faisais ma signature en russe, j'avais même adapté mon écriture cursive pour que certains caractères passent pour du cyrillique (ce qui me valut de très mauvais point à mon examen écrit d'anglais). Je suis une éternelle passionnée, mais parfois ma passion me pousse à faire des choses vraiment étranges, j'en conviens. 

Quant à la raison qui m'a poussée à étudier le russe, eh bien… J'ai effectivement écrit cette fameuse lettre à mon joueur de tennis, dans la langue de Tolstoï comme je l'avais prévu. J'ai reçu une réponse quelques temps plus tard… en anglais… J'étais tout de même heureuse, car j'avais eu droit à une belle photo dédicacée. Et de me sermonner copieusement pour mon manque de lucidité quant à mes attentes de grand cœur d'ado en mal de rêve… Peu de temps après, je suis passée au chanteur de Rammstein. Oui, bon… je vous avais bien dit que j'avais des goûts douteux en matière de garçons! Puis les mauvaises habitudes ont la vie dur, et ce n'est pas en deux ans que l'on prend du plomb dans la cervelle…

[Chronique Fantastique] Sumerki, de Dmitry Glukhovsky

Plus sérieusement…

Il est plusieurs points qui m'ont sauté aux yeux et qui rendent ce récit délectable au possible pour tout amateur de bonne littérature. Outre de belles phrases finement travaillées ainsi qu'un vocabulaire outrageusement recherché, l'auteur use et abuse de métaphores aussi douces aux yeux d'un lecteur avisé que la reproduction du dernier couple de tigres blancs pour fervent un défenseur de la nature.

L'écho de mon pouls battait en rythme dans mes oreilles, évoquant dans mon imagination des compagnies de soldats défilant au pas devant la tribune du haut de laquelle j'assistais à cette parade en mon honneur. Mais il suffit que je plisse les yeux, cherchant à distinguer cette armée fantomatique, pour que le tourbillon du rêve me happât de nouveau.

Sumerki, de Dmitry Glukhovsky

La plume de Dmitry Glukhovsky est particulièrement élaborée, arborant parfois un style ampoulé et plein d'emphase, sans toutefois paraître pompeux. L'auteur possède l'art de donner à des scènes anodines une ampleur dramatique sans pareil. On sent bien, au travers de cette écriture, que le personnage principal se prend la tête, jusqu'à monter tout un univers de rêves et de fantasmes à partir de cet ancien texte qu'il est censé traduire.

Je restai assis pendant quelques secondes, paralysé par cet événement inexplicable et soudain, tendant l'oreille dans le silence le plus profond qui avait suivi le coup de tonnerre, et j'essayai de me persuader que nul n'avait frappé ou, au moins, qu'on avait frappé à la porte de mes voisins.

Trois nouveaux coups nets, précis et distincts portés sur ma porte – la mienne et nulle autre! – me sortirent de ma prostration. Je cachai les feuillets du journal sous un tas de feuilles dactylographiées et m'obligeai à me lever et à faire un premier pas chancelant. Le chemin vers la porte d'entrée fut une épreuve : saturée d'angoisse, l'atmosphère de mon appartement avait pris la consistance de l'eau, m'empêchant d'avancer et parfois me repoussant.

Arrivé enfin à la hauteur de la porte, avant de regarder par l’œilleton, je collai l'oreille contre le battant et me figeai. J'entendais parfaitement le bourdonnement affairé du compteur électrique au-dessus de ma tête, les gouttes qui tombaient du robinet dans la casserole que j'avais mise à tremper dans l'évier de la cuisine, les aboiements et les hurlements de chiens quelque part au loin… Mais le plus parfait silence régnait derrière la porte : personne ne parlait, ne dansait d'un pied sur l'autre, ne toussotait pour s'éclaircir la voix, prêt à expliquer à l'occupant des lieux la raison de cette visite à une heure indue. Je fermai les yeux et cessai de respirer dans l'espoir d'entendre le souffle d'un autre…

… et reculai aussitôt d'un bond, assourdi. On eût dit que mon mystérieux visiteur avait frappé trois nouveaux coups à l'endroit précis où je venais de placer l'oreille.

Sumerki, de Dmitry Glukhovsky

L'amour du détail…

Le moins que l'on puisse dire du personnage central de cette histoire, Dmitry Alexeïevitch, c'est qu'il n'est guère social. Isolé dans un petit appartement de Moscou, sans famille apparente, il travaille à domicile sur des traductions fournies par une agence pour le moins impersonnelle. Il a peu d'amis, quelques vieilles connaissances de l'Université qu'il ne voit qu'au Nouvel an, l'un ou l'autre voisin plus ou moins loquace, encore qu'on ne les voit pratiquement pas apparaître dans le récit. Ah si, j'oubliais! Il a un chien, qu'il voit… en rêve. La bête est morte bien des années plus tôt et continue de hanter le sommeil de son maître.

De son propre aveu, Dmitry Alexeïevitch trouve son existence plutôt minable, sans pourtant chercher à la rendre meilleure. C'est le destin qui va l'y pousser en mettant sur sa route les fameuses chroniques dont je vous parlerai ci-plus bas. Notre traducteur n'a que peu d'attaches dans son quotidien, aussi s'éprend-il très vite de la lecture de ce texte ancien, qui devient rapidement un pilier à ses yeux. Plus encore, une nécessité, une drogue… Une promesse d'événements extraordinaires à venir qui, avec un peu de chance, pourront transcender sa vie et lui donner enfin du sens.

Mais s'il est une chose à laquelle Dmitry Alexeïevitch est attaché, ce sont les petits détails de son quotidien. C'est que le monsieur est, au final, assez zen, trouvant le quasi bonheur dans les petites plaisirs qu'il peut s'offrir. Son rituel du thé, par exemple, est caractéristique de cette philosophie qui l'anime. Étant moi-même amatrice de thé, c'est un point que je ne peux m'empêcher de souligner.

Le thé nocturne est pour moi un véritable rituel qui me permet, en plus de tout le reste, d'oublier pendant une vingtaine de minutes les arcanes du fonctionnement des laves-linges et les pénalités encourues en cas de rupture d'approvisionnement en pilons de poulet.

Je fais chauffer l'eau sur la gazinière. Ma bouilloire est à l'image de l'appartement : vieille et terriblement cosy. Elle est en métal émaillé rouge à pois blancs, avec un large bec verseur qu'il faut coiffer d'un sifflet en inox avant de la poser sur le feu. Pour l'en retirer et soulever le couvercle, il faut s'armer d'une manicle matelassée particulière, rouge elle aussi. Avec une petite cuillère en argent au manche en forme de spirale, je puise les feuilles de thé dans un sachet en papier pour les déposer dans une petite théière en porcelaine faite main, rapportée de Tachkent il y a des lustres par je ne sais qui.

Verser deux cuillerées de feuilles hachées dans une théière lavée et méticuleusement essuyée à la main, recouvrir d'eau bouillante, reposer le couvercle et attendre patiemment les interminables cinq minutes.

Sumerki, de Dmitry Glukhovsky

L'enclave maya…

Pour vous mettre en appétit, vous prendrez bien un petit morceau de ce chaotique gâteau nommé Veil of Maya…

Si le style d'écriture de Dmitry Glukhovsky constitue la colonne vertébrale de ce corps romanesque, c'est l'originalité qui en fait le tissu. Dans ce récit fantastique, l'élément "merveilleux" qui vient perturber l'univers du principal protagoniste est un très ancien texte espagnol, constitué de plusieurs feuillets qu'une agence de traduction remet au compte-goutte à notre héros. Il s'agit en fait d'une chronique écrite par un conquistador du Yucatán, parti à la recherche de livres mayas pour le compte d'un certain Diego De Landa. Le texte du roman est ponctué par les extraits de cette chronique que notre personnage central est occupé à traduire.

D'emblée, je me suis sentie totalement envoûtée par ce texte espagnol. La façon dont il est rédigé est sensiblement différent du reste du roman, aussi sent-on bien le passage entre la narration, faite par le héros et le texte espagnol, écrit par le conquistador. Le fait que chaque paragraphe commence par une phrase introduite par un "que" contribue à cette étrangeté qui enveloppe cette ancienne chronique. À l'instar de Dmitry Alexeïevitch, le traducteur, je me laissais happer par l'aura mystérieuse du texte, et ne parvenais pas à en décrocher, attendant la suite avec impatience. Je pense que la façon dont le texte est découpé participe énormément au suspens ressenti à la lecture. L'auteur joue littéralement avec nos nerfs, pour notre plus grand plaisir.

Que nous pénétrâmes en des lieux sinistres, où le terrain était instable et traître et l'air vicié et stagnant. Et que notre progression était très lente désormais et nos guides choisissaient longuement la route avant de nous l'indiquer. Et que j'avais adjoint à chacun un arbalétrier, craignant la trahison et la fuite de l'un ou de l'autre, voire des deux en même temps.

Que bientôt le sol devint un marécage où vivaient des monstres inconnus et dangereux et d'où s'échappaient des relents putrides qui nous faisaient tourner la tête et provoquaient des faiblesses. Que nos deux guides restaient sur le qui-vive et s'effrayaient pour des raisons inintelligibles et que, même quand tout autour de nous était paisible, ils nous obligeaient parfois à lever le camp et chercher un nouvel emplacement sans aucune explication.

Que les féroces Indiens qui nous avaient attaqués quelques jours auparavant et contre qui nous avions perdu neuf des nôtres ne nous importunèrent plus. Et que, quand j'en parlai, satisfait, à Juan Nachi Cocom, celui-ci eut l'air attristé et me mit en garde contre une fausse joie. Les canuls, me dit-il, étaient célèbres pour ne jamais craindre leurs ennemis et, s'ils avaient renoncé à nous poursuivre dans les marais, ce n'était pas par peur de nous, mais de quelque chose d'autre qui se terrait en ces lieux.

Qu'en un endroit le sentier qui nous suivions se fit si étroit qu'il était impossible d'y marcher de front et nous progressions donc les uns derrière les autres. Et que de part et d'autre ce sentier était bordé de (fondrières?) obscures d'une profondeur insondable. Et que l'un des soldats, Isidro Murga, perdit son équilibre, chut et, comme il allait se noyer, appela à l'aide. Qu'un autre soldat, nommé Luis Alberto Rivas, s'arrêta pour l'aider à remonter sur la sente. Et que tous deux périrent dans ce palud. Les témoins oculaires prétendirent par la suite que quelque chose avait entraîné vers le fond par les pieds l'homme qui était tombé alors qu'il allait réussir à se hisser sur la terre ferme. Et que celui-ci ne desserra pas la main et emporta son sauveteur à sa suite et que tous deux disparurent à jamais. Et que les guides ordonnèrent que nous quittions en hâte cet effroyable endroit, nous évitant ainsi d'autres pertes.

Sumerki, extrait de l'ancien texte espagnol

Le roman est organisé de façon à ce que chaque chapitre corresponde à la partie des feuillets sur laquelle notre traducteur travaille. Ce procédé permet de mettre en valeur la corrélation qui s'établit entre les événements dans le Yucatán, relatés dans la chronique espagnole, et des faits inquiétants qui viennent progressivement ponctuer la vie de Dmitry Alexeïevitch. Ainsi confond-il peu à peu la réalité de son quotidien avec les faits décrits dans sa traduction, sombrant de plus en plus dans ce qu'on pourrait voir comme une folie.

Sur ce point, j'ai trouvé le roman admirablement bien écrit. Au fil de l'histoire, des touches de magie maya apparaissent tout en subtilité dans la vie du traducteur. On assiste à la superposition progressive de deux univers qui n'ont en apparence rien de semblable. Plus les deux mondes se chevauchent, plus notre traducteur semble perdre pied avec sa réalité, et plus le récit devient captivant.

D'ordinaire, je meublais l'attente en feuilletant les journaux achetés dans la journée, mais cette fois tout fut différent. Ayant ouvert par habitude le journal, désormais de la veille, Izvestia, je posai mécaniquement les yeux sur un article au hasard, mais la typographie minuscule en usage dans la presse ne retenait pas mon regard ; il glissait et se perdait entre les lignes. Impossible de m'absorber dans la lecture. Le sens de l'entrefilet m'était masqué par l'entrelacement fantomatique des branches et des lianes de la sylve que traversait la troupe de Vasco de Aguilar, Jéronimo Nuñez de Balboa et du narrateur sans nom qui couchait leur périple sur papier. Quelques minutes plus tard, je me surpris à fixer, comme hypnotisé, l'espace séparant le titre et le cliché d'un article à propos d'un effroyable tsunami en Asie du Sud-Est. Je balayai le texte d'un regard dénué de curiosité et repliai le journal.

Sumerki, de Dmitry Glukhovsky

Lenteurs et lourdeurs…

Si j'ai été totalement captivée par la première partie du roman, j'ai malgré tout trouvé de nombreuses lourdeurs et/ou lenteurs. J'ai parlé ci-plus haut du parallèle entre ce qui se passe dans les chroniques espagnoles et les événements qui surviennent dans la vie du traducteur et qui s'avèrent étrangement similaires. C'est particulièrement dans les passages où le héros s'aperçoit de ces similitudes que j'ai déniché ces lourdeurs. Car pendant pratiquement tout un chapitre, l'auteur nous fait part des conclusions de son personnage tire de ces similitudes, conclusions auxquelles n'importe quel lecteur un tant soit peu intelligent est déjà parvenu. J'ai par moment eu la franche impression d'être prise pour une simple d'esprit. Je dois dire que c'est assez désagréable…

Outre cet état de fait, certains paragraphes auraient mérité un peu moins d'emphase, pourtant si appréciée par instants, afin de préserver la clarté du texte.

Vers une théorie de la fin du monde…

Les mayas, ça vous dit bien quelque chose, non? Vous vous souvenez, j'en suis sûre, de ce fameux calendrier maya, celui qui contenait des prophéties concernant la fin du monde… Eh bien, oui, c'est de cela qu'il est finalement question dans ce livre. Mais… pas nécessairement de la façon à laquelle on pourrait s'attendre. Je ne divulguerai évidemment rien des théories de l'auteur, et ce afin de laisser la surprise à celles et ceux qui auraient dans l'idée de lire ce roman (ce que je ne peux que conseiller).

Ici, encore, l'originalité est au rendez-vous, même si j'ai trouvé le dernier chapitre un peu trop convenu – en fait, je m'attendais à une finale plus spectaculaire, peut-être même plus ésotérique et énigmatique. La chute du roman m'a laissée sur ma faim, et à l'heure actuelle, je ne parviens pas encore à déterminer si c'est une bonne chose ou non. En fait, je n'arrive pas à savoir si j'ai aimé ou non cette chute… Et m'est avis que je ne le saurai jamais vraiment!

En résumé…

Malgré ce dernier tiers du roman en demi-teinte, j'affirme haut et fort que ce roman, et par la même occasion cet auteur, furent une belle découverte. Le roman dans son entièreté fleure bon la maîtrise parfaite de l'art d'écrire, à tel point que l'on croirait voir des flocons de neige moscovites s'échapper des pages, ou des symboles mayas courir entre les lignes et se fondre dans la reliure. Le personnage, malgré son apparente médiocrité, se révèle attachant et bien plus profond qu'il n'y paraît. Le suspens est savamment entretenu tout au long du récit, et les nombreux extraits de la chronique espagnole, sans lesquelles on pourrait se sentir étouffé par la solitude et l'état de repli sur lui-même du personnage central, viennent alléger l'histoire, lui apportant à chaque fois un souffle nouveau.

Mais il faut avouer que ce roman n'est pas à mettre entre toutes les mains, dans le sens où il reste assez ardu à lire. Pour les amateurs de textes très littéraires, pour les habitués des classiques aux phrases alambiquées et au vocabulaire soutenu, ce roman est un véritable bijou dans un écrin de papier. Je le déconseille en revanche à toutes celles et tous ceux qui cherchent une lecture aisée et délassante, sans prise de tête. J'ai lu pas mal de critiques sur les réseaux littéraires où l'on reprochait à ce roman le fait que ses quelques 381 pages sont au final longues à lire. Je n'ai personnellement pas trouvé ce roman trop lent ou trop difficile à lire, mis à part deux-trois petites lenteurs sans conséquences, mais chaque avis reste bien sûr personnel, et je peux très bien comprendre qu'un lecteur habitué à des romans moins compliqués du point de vue de l'écriture se trouve dérouté.

Le seul point qui m'ait réellement déçue réside dans le dernier tiers. Cela tient dans la façon dont l'auteur nous prend gentiment pour des imbéciles en nous expliquant quelque chose que nous sommes censé avoir capté par nous même. Cela tient aussi à cette finale un peu abrupte et capillotractée – ou peut-être pas assez aboutie, je ne sais pas vraiment mettre le doigt sur ce qui cloche, au final…

Ma note : 15/20. C'est bien dommage, car le style d'écriture m'a littéralement ravie, et l'intrigue était franchement bien ficelée, les éléments de suspens savamment distillés au compte-goutte… Mais cette finale me pose décidément quelques problèmes.

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques…

Où nous suivrons avec intérêt les (més)aventures de Miss Nora Dearly, où nous parlerons de son enlèvement par et de ses relations avec un groupe de zombies armés qui se révèlent être au final plutôt gentils, où l'on se trouvera déçus par le fait qu'ils remplacent leurs légendaires repas de chair humaine par du tofu mijoté avec amour, où ceux qui perdent la tête peuvent encore rester en contact avec leur organe pensant, où les bonnes manières deviennent à la longue irritantes et où il est de bon ton de se rebeller contre l'autorité, où enfin les femmes ne servent pas que de plantes en pot mais sont surtout douées d'intelligence et de caractère plus que bienvenu.

[Chronique] Kushiel. T2, L’élue, de Jacqueline Carey

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[Chronique] Kushiel. T2, L'élue, de Jacqueline Carey

Synopsis…

Vendue par sa mère alors qu'elle n'était qu'une enfant, Phèdre nó Delaunay a appris l'histoire, la théologie, la politique, les langues étrangères et les arts du plaisir, sous l'égide d'un brillant mentor qui, seul entre tous, a su reconnaître la marque rouge ornant son oeil – le signe de Kushiel qui lui vaut d'éprouver à jamais le plaisir dans la souffrance – afin de devenir une courtisane accomplie… mais aussi une espionne de talent.
Ayant déjoué, au prix de nombreux sacrifices, un complot menaçant d'engloutir sa patrie, elle doit de nouveau affronter les nombreux ennemis qui menacent le royaume.
Car, si le peuple d'Angelin aime la jeune reine sur le trône, d'autres dans l'ombre ne pensent qu'à lui ravir la couronne… Et les comploteurs qui sont parvenus à échapper à la colère des puissants ont plus que jamais soif de pouvoir et de vengeance !
Récit plein de grandeur, de luxuriance, de sacrifice et de conspirations machiavéliques, La Marque dévoile un monde de poètes vénéneux, de courtisans assassins, de monarques trahis et assiégés, de seigneurs de guerre barbares, de traîtres grandioses… vu par les yeux d'une héroïne comme vous n'en avez jamais rencontré !

La loi de l'attraction universelle…

C'est grâce au Baby challenge fantasy du site Livraddict que j'ai découvert cette lecture hors du commun, et également grâce au "swap chat" auquel j'ai participé l'année dernière, en binôme avec Melodiie qui a su extirper cette excellente saga de ma wish-list pour m'en faire présent.

Je remarque avec une honte grandissante à quel point ma chronique du premier tome de la saga, intitulé "La marque", est lacunaire et pauvreteuse. Pour la petite histoire, j'étais dans une délicate période de post-rupture durant laquelle mes chroniques se sont faites rares, affectant par-là même la vie déjà précaire de mon blog littéraire. En fait, la plupart de ces chroniques se trouvent encore dans mon dossier "Brouillon", à l'état d'ébauches plus ou moins avancées. Je me chargerai de les compléter et de les publier dans les mois qui viennent. Pour l'heure, je ne me risquerai pas à faire de chroniques posthumes, pour la simple raison que je n'ai établi aucunes notes lors de mes autopsies littéraires, et que celles-ci datent d'un an au bas mot. J'ai donc publié mon brouillon de chronique tel quel. Toutefois, je crois me souvenir de quelques impressions fugaces ressenties à la lecture du premier tome, impressions que je crois bon de remémorer avant d'aller plus loin dans ma chronique du tome second…

Comme un lointain parfum d'été…

Au travers de la plume de Jacqueline Carey, poétique et féminine à souhait, et de cette trame typiquement fantasy, j'ai eu l'honneur de découvrir une héroïne d'une grande complexité.

J'ai donc entamé le premier épisode de la saga Kushiel l'année dernière, au mois de juillet précisément. J'étais alors passablement diminuée moralement, ayant subi de violentes attaques à grands coups de "gentille mais pas baisable" et autres grenades psychologiques qui causent, des mois durant, une indicible souffrance. Bref, je me traînais dans mon divan à enchaîner les lectures et à m’empiffrer d'oursons acidulés, détruisant mon estomac et ma ligne aussi sûrement que ma vie sociale.

Cette lecture-ci est rapidement sortie du lot, m'apparaissant comme un oasis de fraîcheur et de mystère au centre de la grande brume de mon vague à l'âme. Au travers de la plume de Jacqueline Carey, poétique et féminine à souhait, et de cette trame typiquement fantasy, j'ai eu l'honneur de découvrir une héroïne d'une grande complexité. Phèdre m'est rapidement apparue comme un personnage "modèle", une femme sensible mais forte, fragile mais courageuse et téméraire, et dotée d'une terrible féminité à fleur de peau.

Le récit en lui-même regorge d'éléments que je n'avais encore jamais vu dans un roman fantasy (mais force est d'admettre que je ne suis pas experte en la matière, tout au plus amatrice). J'ai particulièrement apprécié le système de croyance d'Angelin, dans lequel l'Amour fait l'objet d'un véritable culte, ce que les D'Angelins appelle le "service de Naamah" et qui n'est autre qu'une forme de prostitution ritualisée. Pour les D'Angelins, toutes les facettes de l'amour sont sacrées. Ce n'est pas pour rien que la devise d'Elua, leur principale divinité, est "Aime comme tu l'entends". Phèdre est elle-même servante de Naamah, mais d'un type un peu particulier, car elle est aussi l'élue du dieu Kushiel dont elle porte le signe, une tache rouge ornant l'une de ses iris. Cette marque du dieu lui vaut d'éprouver le plaisir dans la douleur. Elle est ce que l'on appelle une anguissette, et elle satisfait ses client par le biais de sa soumission à leur violence.

J'ai été heureusement surprise de voir la façon dont les scènes d'amour étaient traitées par l'auteure. À l'entame des quelques 959 pages de ce premier tome, j'étais dubitative, m'attendant à une succession de scènes vulgaires à peine plus relevées que celles de Cinquante nuances de Gray – roman dont j'ai malencontreusement lu un passage et que j'ai rapidement mis de côté, écœurée par la pauvreté linguistique du récit. Dans le présent cas, que neni! L'auteure, par sa plume délicate, poétique, son imagination débordante et son sens de la rythmique, prouve d'emblée que nous sommes très loin du roman de gare. Ici, aucune vulgarité, mais un sens inné de la retenue et de la délicatesse, même lorsque les clients de Phèdre se montrent plus violents.

Kushiel, la suite…

Personne mieux que Jacqueline Carey ne saurait résumer de plus belle façon le contenu du premier tome…

Si vous n'avez pas encore lu le premier tome et que vous envisagez de le faire prochainement, je vous déconseille de lire ce qui suit par peur de vous spoiler… Vous pouvez toutefois lire le résumé à la fin de cet article, où je ne dévoilerai rien qui puisse nuire à votre appréciation de l'intrigue.

Personne ne pourra dire que je n'ai pas eu mon lot d'épreuves au cours de mon existence – bien courte au demeurant au regard de tout ce que j'ai accompli. Voilà quelque chose que je crois pouvoir affirmer sans forfanterie. Si je suis aujourd'hui comtesse de Montrève, et si mon nom figure parmi ceux de la noblesse de Terre d'Ange, je sais néanmoins ce que c'est que d'être dépossédée de tout. Cela m'est arrivé une première fois, lorsque j'avais quatre ans, le jour où ma mère me vendit comme esclave à la Cour des floraisons nocturnes. Puis une seconde fois encore, le jour où mon seigneur et mentor Anafiel Delaunay fut assassiné, et où Melisande Shahrizai me trahit pour me livrer aux Skaldiques.
J'ai traversé les immensités sauvages de la Skaldie au plus fort de l'hiver, puis affronté la colère du Maître du détroit sur les eaux déchaînées. J'ai été la chose d'un chef de guerre barbare et j'ai dû abandonner mon plus cher ami à une éternité de solitude. J'ai vu les horreurs de la guerre et j'ai vu périr mes compagnons. De nuit, je me suis glissée, seule, à pied, au cœur du camp ennemi, sachant parfaitement que j'allais au-devant de la torture et d'une mort certaine.
Mais tout cela fut bien moins difficile qu'annoncer à Joscelin que je voulais de nouveau servir Naamah.

Kushiel. T2, L'élue, de Jacqueline Carey

Aussi bien ficelé qu'un gigot…

L'auteure parvient à mêler avec grand art les différentes intrigues, de façon si inextricable que le lecteur ne peut qu'être happé dans le récit comme un piéton sur la voie ferrée – d'une façon bien plus agréable tout de même, je vous rassure…

Que voici un titre de chapitre aussi grossier que le style de Carey est fin et délicat… Mais ma foi, il résumait si bien le contenu de cette section que je n'ai pas eu le cœur d'en penser un autre…

L'histoire de ce second tome tourne avant tout autour d'intrigues politiques entre Terre d'Ange et la Serenissima, capitale des Caerdiccae Unitae. Comme l'indique le passage cité ci-plus haut, Phèdre reprend le service de Naamah, au grand dame de Joscelin, son compagnon cassilin, qui a renié son serment par amour pour elle. Elle fait ce choix autant par plaisir du service de Naamah, que par nécessité. L'enseignement que lui a prodigué Delaunay lui confère en effet des qualités d'espionne exceptionnelle, et elle entend profiter de son statut de courtisane pour en apprendre plus sur la disparition de Melisande Shahrizai, éternelle comploteuse contre la couronne de Terre d'Ange. Dans le cadre de son enquête, Phèdre se rend à la Serenissima, où doit bientôt avoir lieu l'investiture du nouveau Doge, au milieu d'un climat politique plus tendu qu'une corde d'arc.

C'est dans ce contexte que débute le récit, qui m'a d'emblée captivée et séduite, prise à nouveau entre les griffes de la redoutable et magnifique stylistique de Jacqueline Carey. De nombreux éléments semblent ne pas tourner rond dans la vie de notre héroïne anguissette, que ce soit sa relation houleuse avec Joscelin qui accepte difficilement son retour au service de Naamah – et sur ce point, je le comprends parfaitement… Monogamie, quand tu nous tiens… – ou que ce soit sa quête désespérée de la traitresse Melisande, qui reste pour Phèdre un objet de désir sans nul pareil. L'auteure parvient à mêler avec grand art les différentes intrigues, de façon si inextricable que le lecteur ne peut qu'être happé dans le récit comme un piéton sur la voie ferrée – d'une façon bien plus agréable tout de même, je vous rassure… J'admire beaucoup la logique implacable avec laquelle elle tisse la trame de son récit. Tout est si précis, chaque élément est prévu longtemps à l'avance et, comme des pièces de puzzle, ils viennent s'emboîter l'un après l'autre pour former in fine une scène terriblement bien ficelée et complexe. Moi qui, d'accoutumée, n'y entend pas grand chose en matière de politique, je sentais ma lanterne s'éclairer au fil des découvertes et des surprises qui ponctuent les aventures de Phèdre.

Une authenticité non feinte…

C'est une des rares lectures qui est parvenue à m'arracher quelques larmes, fait à marquer d'une croix à mon calendrier littéraires…

Un fait rare que j'ai pu noter à ma lecture des deux premiers tomes de cette saga, c'est que l'auteure parvient à transmettre au lecteur une réelle émotion, au travers de scènes et de dialogues authentiques et entiers. Lorsque Phèdre plaisante avec ses chevaliers, on a envie de partager leur hilarité, et l'on ressent cette camaraderie qui les unit tous. Lorsqu'elle souffre de sa relation avec Joscelin, on partage la douleur de son cœur, et lorsqu'elle est face au danger, on tremble tout autant qu'elle. C'est une des rares lectures qui est parvenue à m'arracher quelques larmes, fait à marquer d'une croix à mon calendrier littéraires…

Cette authenticité, on la retrouve jusque dans le caractère même de Phèdre, qui reste droite et intègre en toutes circonstances, toujours humble, respectueuse, emplie de tolérance et de curiosité face aux cultures étrangères. Elle qui pourrait être une simple courtisane consumée par les désirs de la chair, elle s'avère être une héroïne autrement plus complexe et profonde (si je puis me permettre, on pourrais même dire qu'elle a un bon fond… hmmff OK je sors…). J'admire sa façon de s'adapter aux situations qu'elle rencontre, aux personnes qu'elle croise, et son talent à capter la nature profonde d'une personne, don qui l'aidera à se sortir de nombreuses conjonctures plus que délicates.

Phèdre est une de mes héroïnes préférées, pour son caractère tout en finesse et intelligence. Le lamentable cliché de la belle plante nunuche et empotée en prend pour son grade, et de jolie façon!

Elle est parvenue à apprivoiser le redoutable pirate Kazan Atrabiades, farouche guerrier qui avait bâti autour de lui, suite à une expérience malheureuse, une carapace protectrice aussi épaisse qu'une peau de saurien préhistorique. Accueillie bon gré mal gré par le peuple illyrien, elle s'attire leur affection en apprenant leur langue et leurs mœurs, plaçant ainsi suffisamment de poids de son côté de la balance du destin pour influencer celui-ci de façon favorable pour tous. J'avoue sans détours que Phèdre est une de mes héroïnes préférées, pour son caractère tout en finesse et intelligence. Le lamentable cliché de la belle plante nunuche et empotée en prend pour son grade, et de jolie façon!

Mais le moment qui m'a le plus émue, personnellement, ce sont ses retrouvailles avec Joscelin. Je n'en dirai pas plus pour ne pas divulguer des éléments non désirés de l'intrigue… Je dirai juste qu'il est parfois bon pour le moral de voir deux moitiés d'orange qui se retrouvent et se complètent à merveille. Cela met un peu de baume au cœur, et cela rend espoir pour la suite…

En résumé…

Points positifs…
  • La plume de Jacqueline Carey, toujours aussi poétique, féminine, rythmée et vibrante d'émotions.
  • Les protagonistes du récit, leur caractère étudié, travaillé et complexe, et en particulier Phèdre, qui a ma préférence.
  • Le rythme soutenu du récit malgré le nombre impressionnant de pages, les nombreux rebondissements qui tiennent le lecteur en haleine.
  • La trame du récit où les éléments s'imbriquent l'un dans l'autre d'une remarquable façon.
Points négatifs…
  • Peut-être certaines longueurs, par moments… et encore, c'est plus qu'hypothétique.
Ma note : 19/20 - J'avais attribué une note de 10/10 au premier tome, mais mon système de cotation était moins nuancé à l'époque. Dans le présent cas, si j'enlève un point, c'est avant tout à cause de quelques minimes longueurs dans les descriptions, mais ça reste vraiment un excellent roman que je recommande chaudement. Ce sera encore un de mes coups de cœur de cette année... eh oui, ça pleut pour le moment ^^

Lu dans le cadre du challenge "Littératures de l'imaginaire 2015"...

Lu dans le cadre du challenge "Littératures de l'imaginaire 2015"…

Lu aussi dans le cadre du Baby challenge Fantasy 2015 de Livraddict...

Lu aussi dans le cadre du Baby challenge Fantasy 2015 de Livraddict…

[Chronique] Kushiel. T2, L'élue, de Jacqueline Carey

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques…

… où je vous fait découvrir un album loufoque et attachant digne des meilleurs cabinets de curiosités, où je tente une lamentable incursion dans la littérature en langue de Shakespear, où les poulpes vont et viennent parmi nous tels les morts au jugement dernier, et enfin où mon dictionnaire est plus dignement employé que dans mes étagères où il faisait office de sert-livres.

– Votre dévouée chroniqueuse, Acherontia.

Kushiel. Tome 1, La marque, de Jacqueline Carey

Kushiel. Tome 1, La marque, de Jacqueline Carey

Phèdre nô Delaunay a été vendue par sa mère alors qu'elle n'était qu'une enfant.
Habitant désormais la demeure d'un haut personnage de la noblesse, pour le moins énigmatique, elle y apprend l'histoire, la théologie, la politique et les langues étrangères, mais surtout…
les arts du plaisir.
Car elle possède un don unique, cruel et magnifique, faisant d'elle une espionne précieuse et la plus convoitée des courtisanes.
Rien ne paraît pourtant lui promettre un destin héroïque.
Or, lorsqu'elle découvre par hasard le complot qui pèse sur sa patrie, Terre d'Ange, elle n'a d'autre choix que de passer à l'action.
Commence alors pour elle une aventure épique et déchirante, semée d'embûches, qu'il lui faudra mener jusqu'au bout pour sauver son peuple.

Une des représentations de la marque de Phèdre
Une des représentations de la marque de Phèdre

La loi de l'attraction universelle…

Encore un livre dont j'avais beaucoup entendu parler en bien, il me tardait donc de l'essayer moi-même. Et comme je l'ai reçu le tome 1 lors du Swap Comment chat va bien que j'ai fait avec Melodiiee, je me suis empressée de le lire!

Carte de l'univers de Kushiel
Carte de l’univers de Kushiel

Un univers de fantasy typique…

Certes oui, un univers fantasy typique, avec sa cartographie propre, ses us et coutumes, ses dieux, ses croyances, ses peuples, ses créatures… Et pourtant…

j'ai particulièrement apprécié celui-ci pour sa touche d'originalité. En effet, la carte de cet étonnant univers n'est pas sans rappeler l'Europe que nous connaissons. Terre d'Ange, où habite Phèdre, n'est autre que la France, avec ses coutumes raffinées et sa nourriture sans égal. Alba représente l'Angleterre, Eire l'Irlande, Aragonia l'Espagne, le Caerdiccae Unitae l'Italie (ou l'empire romain, c'est selon), les pays plats les Pays-Bas, et la Skaldie l'ensemble des pays slaves. D'ailleurs, pour chaque peuple qui habite les différentes régions, on retrouve un peu des coutumes et des particularités des mêmes peuples que nous connaissons. J'ai trouvé ce parallèle assez original, et cela méritait d'être souligné.

Phèdre dans un sanctuaire de Kushiel
Phèdre dans un sanctuaire de Kushiel

…et atypique à la fois

Atypique, comme je le disais, de par ce parallèle avec l'univers tel que nous le connaissons, mais aussi de par les croyances et les coutumes de Terre d'Ange. Les D'Angelins ont tout une kyrielle de rituels liés à leurs divinités, dont certains peuvent nous paraître très étranges. Le plus étrange, à mon sens, étant ce pour quoi Phèdre "travaille". En effet, au cœur de leur capitale, les D'Angelins ont construit ce qu'ils appellent la Cour de Nuit. C'est un établissement qui fait en fait office de maison close. Divisée en différentes maisons, les personnes qui travaillent à la Cour de nuit sont réparties dans ces différentes maisons en fonction de leurs "talents" ou, plus simplement, de leurs tendances sexuelles. La Cour de nuit est sous la coupe d'une divinité, et donc, en plus d'être de parfaits objets de plaisir, ses adeptes sont également les serviteurs de cette divinité. L'acte sexuelle est donc fortement ritualisé, tout comme l'apprentissage de l'art de donner du plaisir.

Jolie madame en position sexy
Jolie madame en position sexy

La sexualité (dé)mystifiée…

C'est un concept donc très particulier, mais j'y ai très rapidement adhéré, car cela confère à l'histoire une aura un peu mystique qui, du coup, permet aux scènes de sexe de ne jamais devenir vulgaires. Toutes ces scènes sont décrites presque à mots couverts, comme s'il s'agissait de la chose la plus belle et la plus pure au monde. Et je vous rassure, on n'en trouve pas toutes les dix pages. Elles sont juste là pour émailler le récit d'agréable façon, et aussi pour permettre au lecteur de se faire une meilleure idée de ce qu'est la Cour de nuit et du travail de Phèdre.

Le corps, également, est presque divinisé. Si vous n'avez pas confiance en vous, en votre physique, si vous avez une mauvaise relation à votre corps, ce livre est fait pour vous! Pour la petite histoire, je l'ai lu alors que je sortais tout juste d'une peine de cœur (et pas une petite…). Je ne correspondais plus aux goûts de monsieur en matière de physique, apparemment… Alors que j'avais le moral au plus bas, me sentant comme une sorte de monstruosité ambulante, ce livre m'a vraiment permis de me dire que la beauté, ce n'est pas le regard de l'autre qui la crée, c'est ce que l'on a au fond de soi et qui irradie jusqu'au travers du physique. J'ai appris beaucoup de chose sur la beauté et l'acceptation de soi, et ça m'a beaucoup aidée à traverser ce moment difficile. Comme quoi, la lecture peut vraiment avoir de bons côtés.

Phèdre et sa marque achevée
Phèdre et sa marque achevée

Une écriture toute en finesse…

Je dois dire que l'écriture de Jacqueline Carey est juste délectable. J'ai savouré chaque page comme une gorgée de très bon vin. Ça glissait tout seul, tellement bien que j'ai achevé cette brique en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Le texte est tantôt poétique, tantôt lyrique, voir épique, mais on ne sombre jamais dans la vulgarité ou la facilité. Le niveau de langue est relativement soutenu, et c'est très appréciable, car cela se fait de plus en plus rare de nos jours. Ce récit, c'est de la dentelle faites de mots, cousue sur une tenue livresque des plus sexy.

La romance de Phèdre et de Joscelin
La romance de Phèdre et de Joscelin

Un roman au final très féminin…

Venons-en à notre héroïne principale, Phèdre. Personnellement, je l'ai radicalement A-DO-REE!! Elle est féminine jusqu'au bout des ongles, et pourtant elle cache au fond d'elle un véritable caractère de guerrière. J'ai aimé autant sa délicatesse et sa féminité que sa volonté de survivre à toutes les épreuves qui lui sont imposées. Malgré sa particularité qui n'est pas des moindres (sa marque de Kushiel, vous verrez se que cela signifie en lisant le livre ^^), elle reste un personnage profondément humain, avec sa sensibilité et ses faiblesses. Elle aurait pu être une héroïne intimidante par son assurance et son charisme, elle aurait pu effrayer avec cette caractéristique dont son œil est le témoin, et pourtant il n'en est rien. Elle ne peut être qu'attachante, au final, que ce soit dans ses relations avec les différents personnages ou que ce soit de par le rôle qu'elle joue dans l'histoire.

Jacqueline Carey
Jacqueline Carey

Un peu de Jacqueline Carey…

Jacqueline Carey, née en 1964, est américaine. Grande voyageuse, elle a nourri son imaginaire des cultures et des lieux les plus fascinants qu’elle a traversée. La Marque, qui ouvre le cycle de Kushiel, a été un best-seller immédiat et a fait d’elle la reine d’une Fantasy riche, flamboyante et troublante, un « roman historique contant une histoire qui n’a jamais eu lieu » selon sa propre formule.

(source : http://www.fnac.com)

Dessin de Melisande Shahrizai
Dessin de Melisande Shahrizai

En résumé…

Les petits plus…

  • L'écriture sublime de Jacqueline Carey
  • L'héroïne, Phèdre, pour son caractère
  • L'univers qui est en parallèle avec le nôtre
  • Le concept de la Cour de nuit et les scènes de sexe sans aucune vulgarité
  • L'histoire palpitante et tellement héroïque sur la fin

Les petits moins…

  • Dois-je vraiment en donner? Car même si je cherchais bien, je crois que je n'en trouverais pas…

La marque de Kushiel
La marque de Kushiel
Ma note : 10/10 - C'est un coup de coeur!!

Janua vera, de Jean-Philippe Jaworski

Janua vera, de Jean-Philippe Jaworski

Résumé

Né du rêve d'un conquérant, le Vieux Royaume n'est plus que le souvenir de sa grandeur passée. Une poussière de fiefs, de bourgs et de cités a fleuri parmi ses ruines, une société féodale et chamarrée où des héros nobles ou humbles, brutaux ou érudits, se dressent contre leur destin. Ainsi Benvenuto l'assassin trempe dans un complot dont il risque d'être la première victime, AEdan le chevalier défend l'honneur des dames, Cecht le guerrier affronte ses fantômes au milieu des tueries. Ils plongent dans les intrigues, les cultes et les guerres du Vieux Royaume. Et dans ses mystères, dont les clefs se nichent au plus profond du coeur humain.

Ce qui m'a attirée vers cette lecture…

Mis au programme du Baby challenge Fantasy 2014 chez Livraddict, ce livre m'a d'emblée parlé. Le fait que ce soit un recueil de nouvelles n'y est pas étranger, de même que la couverture de l'édition Folio SF, qui finalement reflète si bien le contenu de l'ouvrage.

La première phrase…

Le voici brutalement dressé, haletant, les yeux écarquillés sur la pénombre des appartements royaux.

Un trésor de recueil…

C'est incroyable comme certains auteurs ont le chic pour happer le lecteur d'entrée de jeu, de le faire prisonnier de l'histoire jusqu'au moment où l'aventure prend fin. Jean-Philippe Jaworski est de ces auteurs-là.

De part une stylistique raffinée, un sens aigu du rythme et un talent fou pour les intrigues qui tiennent en haleine, Jaworski nous offre une plongée vertigineuse au cœur des Vieux Royaumes, son univers. Ce ne sera pas une plongée agréable, il faut le dire. La beauté des mots et des métaphores fait tourner la tête, certes, mais c'est un univers dur et sombre que l'on découvre. Un monde fait de rouille et d'os, de sang et de mort, de trahisons, de promesses déçues, de pleurs et de larmes, un monde où l'air est saturé de l'odeur de la chair mise à nu, où retentissent le fracas des armures et des glaives. On en ressort grisé, mais quelque part un peu sali. Jaworski cherche le réalisme, et son objectif est pleinement atteint. Tout est si réel qu'on se croirait presque revenu 800 ans en arrière, au temps des châteaux forts et des chevaliers. Non, non, pas le Moyen âge décrit dans de si nombreux romans, ce Moyen âge idéalisé dont rêvent les enfants et dont l'image est véhiculée par ces fêtes médiévales trop légères pour être représentatives de l'époque. Jaworski nous parle du Moyen âge tel qu'il a réellement dû être. Par ces récits, l'on comprend pour quoi cette période a été surnommée "L'âge sombre".

Autre trait qui mérite d'être souligné, c'est que chaque nouvelle apporte quelque chose de différent au lecteur, chacune montre une facette nouvelle des Vieux Royaumes. Que l'on soit plongé au coeur de l'ancien royaume de Léomance, proche de notre Grèce antique, en Ciudalia, contrée proche de l'Italie que l'on connait tous, où à Bourg-Preux, chaque nouvelle apporte sa pierre à l'édifice de l'univers de Jaworski.

Je vous propose donc un petit aperçu de chaque nouvelle, juste quelques petites perles du grand trésor de guerre…

Janua vera…

"Un spasme de panique absolue. Les yeux exhorbités, il réalise qu'il ne dort pas. Son coeur cogne sa poitrine à tout rompre, il a du mal à trouver son souffle, tout son être se dilate d'horreur. Son corps baigne dans une sueur aigre, qui sent la fièvre, la déchéance, des remugles de morbidité et d'angoisse. Réfugiée dans un coin obscur de l'appartement royal, la favorite sanglote et tremble. Une pluie diluvienne fouette les vitraux et leurs croisillons de plomb : des milliers de doigts d'os, qui tambourinent avec une obstination rageuse les coloris éteints par la nuit."

Mauvaise donne…

"L'endroit n'est pas sans poésie, pour qui a le coeur bien accroché. Certes, tout cela sent la poussière, la moisissure, la pierre pourrie, la charogne sèche. Des profanateurs sont passés par là, et l'on trébuche souvent dans les débris d'un sarcophage brisé, dans des fagots d'ossements. En d'autres zones, l'air sec ou la richesse en poison de la roche ont momifié des corps. Au détour d'une niche ou d'une arche basse, la lueur fantasque de la bougie vous épie révèle soudain une chevelure roussie, un écorché de cuir, le sourire railleur d'un masque parcheminé, qui vous épie entre ses paupières mi-closes. Cette compagnie est plutôt sinistre, mais les catacombes n'exsudent pas l'atmosphère effroyable des sanctuaires du Desséché."

Le service des dames…

"A côté du chevalier, la dame de Bregor se tenait raide comme une statue. Le vent rebroussait parfois le poil soyeux de son hermine, jouait avec quelques cheveux follets échappés à son peigne ; mais la baronne conservait une rigidité de sentinelle, l'oeil fixé sur les lointains, aiguisé comme celui d'un rapace. Il y eut un moment sans parole, tout entier empli par la rumeur complexe du monde : le sifflement des tourbillons dans la charpente, la picorée d'une pluie lourde sur les lauzes, le grincement criard des girouettes, le murmure des forêts ébrouées. Ce fut un moment où le chevalier et la dame semblèrent soudain proches. Ils n'eurent pas un geste, peut-être pas même une pensée l'un pour l'autre ; mais leurs visages durs, tournés vers l'âpreté de ce paysage trop vaste, parurent soudain nus et semblables."

Une offrande très précieuse…

"Il boitilla jusqu'au cheval mort et arracha le scramasax. Il l'essuya rapidement, le rangea dans son fourreau, puis, après un coup d'oeil circulaire pour s'assurer que personne d'autre ne le menaçait, il claudiqua vers les bois les plus épais. Il s'enfonça sous les frondaisons lourdes, somnolentes, figées dans un crépuscule perpétuel, là où même la pluie ne se faufilait qu'en gouttes éparses. Le chant brutal du fer, des cris de ralliement et des hurlements d'agonie devint fantomatique, échos de guerre dans une forêt assoupie. Mais tout danger ne semblait pas écarté ; Cecht devina une silhouette furtive qui se glissait entre les troncs noirâtres, à une portée de javelot devant lui. Il ne voyait pas très bien l'intrus, il affermit sa hache dans son poing, prêt à balayer l'obstacle."

Le conte de Suzelle…

"Elle ne perdit guère de temps à remâcher sa colère ; alors qu'elle tordait sa robe pour en essorer l'eau, elle aperçut un gros taillis de mûriers. Elle en oublia de se sécher, et fila se gaver de mûres. Les joues poisseuses d'un jus rose, elle retourna au soleil, dans un pré, pour se réchauffer. Elle cueillit des fleurs des champs, s'en fit une couronne, puis s'en alla baguenauder dans les bois. Elle connaissait tous les coins à champignons de Giraucé, et partait souvent en quête de cercles de fées quand il avait plu. Mais ce jour-là, l'après-midi était chaud et ensoleillé, et sa quête se révéla infructueuse. Elle visita le chêne creux de Chenançay, chassa l'écrevisse dans un ruisseau frais comme une bise d'hiver, rôda dans une clairière où, parfois, au crépuscule, venait jouer un couple de renards."

Jour de guigne…

"En chemin, une poisse opiniâtre s'acharna sur lui. Bien qu'il ait pris le soin de raser les murs sous les encorbellements, la tête entre les épaules et l'échine basse, un seau d'ordures et d'eaux usées déversé d'un troisième étage vint le gifler de plein fouet. Dans la Rue-Qui-Grimpe, son justaucorps imprégné d'un parfum entêtant (fleur de graillon relevée par une pointe de pissou nocturne, avec garniture de vieilles épluchures) vint chatouiller le flair d'une bande de chiens errants, qui témoignèrent de leur curiosité de façon fort importune."

Un amour dévorant…

"C'est dans le clair-obscur que le drame se noue : car les deux ombres qui courent dans le bois ne se manifestent pas n'importe comment. Elles peuvent crier de jour comme de nuit, mais c'est toujours dans une atmosphère crépusculaire et incertaine, un entre-deux aqueux qui plonge le paysage dans une somnolence brouillée. Les jours de grand soleil, les nuits bien noires sont sans danger. Mais que la brume se lève, que la grisaille d'hiver éteigne le jour, qu'une lune blonde épande sa luminosité fantôme dans la forêt nocturne : alors, collines et coteaux se peuplent de longs appels rageurs ou implorants, dont les échos s'étirent dans les halliers et les sous-bois."

Le confident…

"Je suis allongé sur une table de pierre, comme un gisant sur un tombeau. Cette couche dure est située au centre d'une pièce voûtée, longue de douze pas et large de quatre. A chaque extrémité, une porte basse donne sur un corridor qui communique avec le reste du complexe. Je n'ai jamais vu l'endroit où je réside, car la lumière n'a pas pénétré en ces lieux de mon vivant ni du vivant de mes prédécesseurs ; mais, dans les premiers temps de ma réclusion, je me levais encore, et je parcourais mon domaine à tâtons. Sous mes doigts, je sentais les aspérités granuleuses de la pierre, les vides réguliers des alcôves creusées dans les murs ; et parfois, ma main rencontrait la sécheresse dépouillée des ossements."

Janua vera, de Jean-Philippe Jaworski

En résumé…

Les petits plus…

  • Stylistique et vocabulaire raffinés
  • Rythme très soutenu des récits
  • Des nouvelles qui captivent le lecteur du premier mot au dernier

Les petits moins…

  • Je ne trouve pas grand chose à redire, en réalité…
Ma note : 9,5/10 TROISIÈME COUP DE CŒUR 2014!!!

Lu dans le cadre du Baby challenge fantasy 2014 organisé par Livraddict

Lu dans le cadre du Baby challenge fantasy 2014 organisé par Livraddict

Lu aussi dans le cadre du challenge ABC 2014 des littératures de l'imaginaire, lettre J.

Lu aussi dans le cadre du challenge ABC 2014 des littératures de l'imaginaire, lettre J.

Le protectorat de l’ombrelle. Tome 1, Sans âme, de Gail Carriger

Le protectorat de l'ombrelle. Tome 1, Sans âme, de Gail Carriger

Résumé…

Miss Alexia Tarabotti doit composer avec quelques contraintes sociales. Primo, elle n'a pas d'âme. Deuxio, elle est toujours célibataire. Tertio, elle vient de se faire grossièrement attaquer par un vampire qui ne lui avait même pas été présenté! Que faire? Rien de bien, apparemment, car Alexia tue accidentellement le vampire. Lord Maccon – beau et compliqué, écossais et loup-garou – est envoyé par la reine Victoria pour démêler l'affaire. Des vampires indésirables s'en mêlent, d'autres disparaissent, et tout le monde pense qu'Alexia est responsable. Mais que se trame-t-il réellement dans la bonne société londonienne?

Ce qui m'a attirée vers cette lecture…

La première phrase…

"Mademoiselle Alexia Tarabotti n'appréciait pas sa soirée."

Un roman steampunk?

Dès les premières pages, on baigne d'emblée dans le fantastique. Mademoiselle Tarabotti, attaquée par un vampire n'ayant aucune idée des conventions sociales en vigueur, le tue presque par mégarde à l'aide de son ombrelle… Là, c'est certain qu'avec un tel début, on ne peut pas se tromper sur le style! C'est du fantastique, et pourtant…

Il y comme un parfum de steampunk qui remonte des pages lorsqu'on les tourne. Très agréable parfum, d'ailleurs, d'encens, de métal et de vapeur mêlés, qui confère à l'ensemble du récit une aura mystérieuse qui décoiffe. Tout se passe à l'époque victorienne, mais pas tout à fait celle que l'on connaît. C'est une époque victorienne faite de technologie à vapeur, de découvertes scientifiques majeures, de manipulations médicales qui font peur… Un monde où les dames en corset se font enlever par d'obscurs ordres ayant pour logo une pieuvre de cuivre, un monde où les paranaturels peuvent tuer à coup d'ombrelle à embout métallique et où les vampires peuvent naître en laboratoire clandestin.

Des vampires et des loups-garous…

J'ai beaucoup apprécié la façon dont l'auteure a traité le sujet "vampires vs. Loups-garous". Sans vouloir faire dans l'originalité, Gail Carriger a su ajouter au sujet une petite touche novatrice et personnelle. Les vampires vivants dans des ruches dirigées par des reines, les loups-garous vivant en meutes civilisées, et à côté de cela, ceux que l'on nomme les "isolés", ne faisant partie de rien en particulier. Il y a ce BUR, sorte d'organisme officiel chargé de veiller au bon fonctionnement de toute cette société surnaturelle, et aussi ce Cabinet fantôme… Toute une petite société fort bien rodée, savamment imaginée par l'auteure et qui revisite le sujet d'une façon très agréable. Et, il faut bien l'avouer, voir la reine Victoria qui s'en mêle, c'était plutôt drôlissime.

Sans compter une nouvelle catégorie d'être tout droit sortis de l'imagination fertile de Madame Carriger, les paranaturels, ces hommes et ces femmes nés sans âmes qui ont le pouvoir de contrecarrer ceux des surnaturels. Catégorie intéressante, car le statut de sans âme et le pouvoir qui y est lié amène tout une série de quiproquos fort comiques qui rend l'histoire adorable et délicieuse à souhait.

Une héroïne de caractère…

Un des plus grands points positifs de cette série, c'est tout de même l'extraordinaire Mademoiselle Alexia Tarabotti… Cette jeune dame a décidément tout pour me plaire. Un caractère plus qu'affirmé, très impertinent pour l'époque, un sens inné de la débrouillardise, une curiosité débordante, une intelligence au-dessus de la moyenne, un humour ironique à croquer, un goût certain pour l'aventure…

Il faut dire qu'Alexia a désespérément le chic pour se fourrer dans des situations périlleuses, à l'issue desquelles elle parvient généralement à défrayer la chronique… et écorner au passage son honneur de vieille fille de bonne famille! Mais si, aux yeux de la bonne société londonienne, elle ne fait décidément rien comme tout le monde, pour nous, c'est un véritable plaisir de suivre ses aventures rocambolesques.

Et, bon point supplémentaire pour elle, Alexia possède plus de charme que de véritable beauté. Loin de ressembler à un mannequin (je parle de ceux de notre époque), ses formes sont plutôt généreuses, son teint mat et trop foncé pour la mode de l'époque, et son nez un peu trop gros au goût de sa mère. Ca fait du bien à lire! Ca change de toutes ces héroïnes filiformes et musclées de la Bit-Lit et des romans jeunesse actuels. L'auteure nous prouve qu'il n'est nul besoin d'être "parfait" à l'extérieur pour rayonner de l'intérieur. Merci Gail Carriger!

Un peu de romance ne fait jamais de mal…

Les pérégrinations de Miss Tarabotti sont fréquemment ponctuées de ces si rafraîchissantes entrevues "galantes" avec Lord Maccon. C'est dans ce domaine que j'ai trouvé notre jeune héroïne la plus touchante… Son inexpérience des relations amoureuses et sa découverte de la chose étaient décrites avec beaucoup de douceur et de délicatesse, même s'il faut le dire, pour la stricte ère victorienne, ces intermèdes auraient été considérés comme particulièrement osés… Rien à voir avec ces scènes de sexe que l'on trouve maintenant dans la Bit-Lit et que je trouve parfois franchement crues. Au final, j'ai goûté à tous ces petits moments intimes avec beaucoup de bonheur et d'attendrissement.

Un style léger qui déride…

Ce que j'ai apprécié avec ce roman, c'est aussi le style d'écriture, mêlant tournures plus anciennes et modernité. Cela aurait pu paraître lourd, mais l'auteure y met tellement de légèreté que cela passe tout seul comme une tasse de thé sucré à point et à température parfaite. On sent dans l'écriture tout le côté guindé de la société victorienne, et à la fois le côté frivole et intelligent de notre Alexia, ce qui est, il faut le dire, un exercice de style considérable. Cerise sur le gâteau, une touche d'humour tantôt loufoque, tantôt ironique, qui relève un peu la sauce allégée baignant notre plat romanesque.

Un petit aperçu de ce style plutôt particulier :

"Aussi, Alexia, qui abhorrait la violence, se vit-elle contrainte de saisir le scélérat par les narines, une partie de son corps délicate et donc susceptible d'être douloureuse, et de le repousser au loin. Il tituba par-dessus la desserte renversée, perdit son équilibre avec un manque de grâce stupéfiant pour un vampire et tomba à terre. Il atterrit pile sur une assiette de tarte à la mélasse.

Ce qui troubla terriblement Mademoiselle Tarabotti. Elle avait un goût prononcé pour les tartes à la mélasse et se faisait une fête de pouvoir consommer cette assiette-là. Elle ramassa son ombrelle. Emporter une ombrelle à un bal du soir relevait d'un terrible manque de goût, mais mademoiselle Tarabotti allait rarement où que ce fût sans son ombrelle. Elle l'avait entièrement conçue et réalisée elle-même : un objet noir à fanfreluches sur lequel étaient cousues des pensées mauves ; la structure était en cuivre et sa pointe en argent contenait de la chevrotine.

Elle l'abattit droit sur le sommet du crâne du vampire tandis qu'il tentait de s'extraire de sa nouvelle relation intime avec la desserte. La chevrotine donnait à l'ombrelle de cuivre ce qu'il faillait de poids pour produire un "ponk" délicieusement satisfaisant.

"Mal élevé!" gronda mademoiselle Tarabotti.

Le vampire hurla de douleur et se rassit sur la tarte à la mélasse."

Le protectorat de l'ombrelle. Tome 1, Sans âme, de Gail Carriger

En résumé…

Les petits plus…

  • Un concept vampires vs. loups-garous plutôt novateur.
  • Une héroïne au caractère fort et qui sort des stéréotypes.
  • Une romance traitée tout en délicatesse.
  • Un style inimitable qui mêle modernité et tournures anciennes avec humour et légèreté.

Les petits moins…

  • Selon moi, il n'y en a pas…
Ma note : 9,5/10... PREMIER COUP DE CŒUR DE L’ANNÉE!!

Lu dans le cadre du challenge "Petit Bac 2014", Ligne fantastique, Catégorie Objet

Lu dans le cadre du challenge "Petit Bac 2014", Ligne fantastique, Catégorie Objet

Lu aussi dans le cadre du challenge "Mythologies du monde"

Lu aussi dans le cadre du challenge "Mythologies du monde"

Cygne noir. Tome 2, Reine des ronces, de Richelle Mead

Cygne noir. Tome 2, Reine des ronces, de Richelle Mead

En résumé…

Eugénie est devenue reine des Terre-de-Daléa. Mais ça n'a rien d'une vie de château. Son royaume est en ruine, tout comme sa vie sentimentale… Et il y a toujours cette prophétie qui annonce que son premier né détruira l'humanité. Pour l'heure Eugénie s'inquiète. Des jeunes filles sont enlevées en Outremonde et tous s'en contrefichent y compris les hommes de sa vie. Qu'est-ce que ça cache ?

Ce qui m'a attirée vers cette lecture…

Les mêmes raisons que pour le Tome 1, plus le fait que ce dernier m'a plu et que j'avais envie de connaître la suite…

La première phrase…

"Les gamins capables de se servir d'une lame ou d'un flingue courent les rues ; c'est triste, mais c'est comme ça."

Cygne noir. Tome 2, Reine des ronces, de Richelle Mead

Un Tome 2 riche en rebondissements…

On peut dire que j'ai aimé ce tome 2 autant que le tome 1, ce qui est un bon premier point!

On y retrouve une Eugénie au sommet de sa forme, ou presque… En tout cas, toujours pleine de vie et dotée d'une langue bien pendue! Sa vie sentimentale connaît des hauts et des bas, ça, on commence à y être habitués, sa double vie n'est pas évidente à assumer, ça aussi on connaît. On devient même carrément blasés à cause des nombreuses scènes de fesses… Mais bon, oui, ça fait partie du charme de l'histoire 🙂

Le petit plus de ce second tome, par rapport au premier, c'est l'intrigue bien ficelée et palpitante que Richelle Mead nous propose. La grande différence? Eugenie n'officie plus de son univers pour aider ses semblables humains, mais va mener son combat à partir de l'Outremonde, pour aider ses sujets Etincelants. C'est ce qui rend cette histoire si intéressante, parce que pour parvenir à ses fins, elle va devoir aller à l'encontre de son instinct premier qui est de protéger et de servir les humains. Ce n'est pas facile pour elle, mais en justicière honnête, elle saura faire la part des choses entre ceux qui ont besoin de son aide, et ceux qu'il faut punir, doivent-ils être humains…

Sur un autre plan, le personnage d'Eugenie évolue sensiblement grâce au travail qu'elle effectue sur ses pouvoirs outremondiens. Est-ce pour un bien ou est-ce pour mieux suivre les traces de son père le Seigneur de l'orage? Seul les tomes suivants nous le diront… Ce qui est ici important, c'est que l'apprentissage de ces pouvoirs rend son personnage encore plus déchiré entre deux facettes de sa personnalité, l'Eugénie qui voudrait rester humaine et continuer son job de chaman, et l'Eugénie qui ne peut s'empêcher d'utiliser sa magie parce qu'elle sent que ça lui fait du bien. On se demande jusqu'à la fin qu'elle part d'elle-même l'emportera.

Eugénie en mouvement…

Sur un autre plan, le personnage d'Eugenie évolue sensiblement grâce au travail qu'elle effectue sur ses pouvoirs outremondiens. Est-ce pour un bien ou est-ce pour mieux suivre les traces de son père le Seigneur de l'orage? Seul les tomes suivants nous le diront… Ce qui est ici important, c'est que l'apprentissage de ces pouvoirs rend son personnage encore plus déchiré entre deux facettes de sa personnalité, l'Eugénie qui voudrait rester humaine et continuer son job de chaman, et l'Eugénie qui ne peut s'empêcher d'utiliser sa magie parce qu'elle sent que ça lui fait du bien. On se demande jusqu'à la fin qu'elle part d'elle-même l'emportera.

Par ailleurs, Eugenie va connaître des évènements traumatisants (je ne dirai pas lesquels, je spoile déjà beaucoup trop…) qui vont faire évoluer sa psychologie de manière significative.

Une fin époustouflante…

La cerise sur la gâteau, j'ai tellement accroché aux cent dernières pages, j'avais tellement envie de connaître le fin mot de l'histoire, que j'ai tout dévoré en un rien de temps! Pour ceux qui ne l'ont pas encore lu, si vous accrochez "bof" avec le gros du récit, attendez la fin, ça en vaut vraiment le coup… Mais je ne dirai rien! Non non, pas un mot…

En résumé…

Les petits plus…

  • Une histoire palpitante et bien ficelée.
  • L'évolution du personnage d'Eugenie.
  • La fin à couper le souffle.

Les petits moins…

  • Trop de scènes de fesses inutiles.
  • La redondance de certains thèmes, et encore, ça ne gène pas outre mesure.
  • La vie sentimentale chaotique d'Eugenie.
Ma note : 8,5/10

Lecture très divertissante :-)

Lecture très divertissante :-)

Lu dans le cadre du Challenge Mythologies du monde, catégorie Anges, démons, esprits et autres créatures de légende

Lu dans le cadre du Challenge Mythologies du monde, catégorie Anges, démons, esprits et autres créatures de légende

La quête d’Ewilan. Tome 1, D’un monde à l’autre / Pierre Bottero

La quête d'Ewilan. Tome 1, D'un monde à l'autre / Pierre Bottero

Résumé…

Camille est une jeune surdouée de 13 ans (presque 14) aux grands yeux violets. Elle n'a pas connaissance de ses fabuleux pouvoirs, et vit chez les Duciel, sa famille d'adoption si peu aimante. Un jour, alors qu'elle manque de se faire écraser par un camion, Camille se retrouve téléportée dans un monde parallèle nommé L'Empire de Gwendalavir. Elle apprend alors qu'elle est en réalité Ewilan Gil' Sayan, fille d'Elicia et Altan Gil' Sayan et qu'elle est née dans cet autre monde. Mais pour la protéger d'une guerre naissante, ses parents l'ont envoyée, ainsi que son frère, dans le nôtre, bloquant ses souvenirs. Ils ont confié leurs deux enfants à des familles différentes afin qu'ils n'aient aucun contact. C'est dans son monde d'origine qu'Ewilan, accompagnée de Salim son meilleur ami, rencontre Edwin Til' Illan et d'autres compagnons, et qu'elle apprend que la situation de l'Empire est critique.

Le fonctionnement de l'Empire repose en grande partie sur l'Art du Dessin. Cet art qui offre à qui le maîtrise un grand pouvoir, s'utilise au moyen d'une autre dimension : l'Imagination. Les Ts'liches, des créatures maléfiques appartenant à une race vieille de plusieurs millénaires qui subsiste aux dépens d'autres espèces plus ou moins civilisées, ont corrompu les plus puissants Dessinateurs du pays: les Sentinelles, laissant l'Empire affaibli. Cherchant à éliminer toute possibilité de résistance, ces créatures maléfiques ont bloqué l'Imagination. Le bras armé des Ts'liches est un peuple quasi sauvage : les Raïs, race n'ayant d'humanoïde que la forme, gouvernée par des rois fous et sanguinaires dont les sujets ne pensent qu'à s'entretuer. Exhortés par le pouvoir des Ts'liches, ils mènent des attaques au Nord que les armées alaviriennes peinent de plus en plus à contenir. Ewilan se voit donc chargée d'une mission primordiale : libérer les Sentinelles et sauver l'Empire de la menace Ts'liche.

Ce qui m'a attirée vers cette lecture…

Depuis de nombreuses années, lorsque je flâne dans les librairies à la recherche de nouvelles conquêtes, j'aime passer au rayon jeunesse baver sur les magnifiques couvertures. La couverture de ce livre-ci n'est pas exceptionnelle, mais c'est le nom qui m'a marquée, Ewilan… Je trouvais ça mignon, et ça me donnait envie de les lire, mais j'étais réticente à l'idée de lire des romans jeunesse – stupides idées préconçues!

Cette année, participant au Baby challenge 2014 fantasy sur LivrAddict, j'ai été heureusement surprise de constater que la série de La quête d'Ewilan était reprise dans la liste de séries à lire. C'est donc avec joie que j'ai sauté sur l'occasion!

La première phrase…

"Camille était âgée exactement de quatre mille neuf cents jours, soit un peu plus de treize ans, la première fois qu'elle effectua "le pas sur le côté"."

Des personnages attachants…

La première chose qui m'a frappée en entamant cette lecture, c'est le caractère de Camille/Ewilan… J'adore ce type de personnage féminin, elle a beaucoup de caractère et au moins ne se laisse-t-elle pas manger son biscuit! Sans compter qu'elle est intelligente, bien au-delà des normes, vive, sûre d'elle, ingénieuse, très mature pour son âge, sensible et pourtant dure à cuir, on peut même dire belle, compte tenu des descriptions qu'en fait Monsieur Bottero. Tout pour plaire, autrement dit.

En ce qui concerne Salim, j'aime à dire qu'il est un peu le Sam Gamegie d'Ewilan (même si elle-même n'a pas du tout le caractère de Frodon) – mis à part peut-être les sentiments amoureux, et encore 😉 Il est d'une loyauté et d'une fidélité indéfectibles, à l'écoute, toujours prêt à dédramatiser les situations pour aider Ewilan à mieux les supporter. Lui aussi plutôt mature pour son âge, il aime détendre l'atmosphère à grands renforts de boutades et de cabrioles. Ce n'est pas pour autant qu'il n'est pas sérieux, car rien au monde ne pourrait le détourner de sa volonté d'aider son amie. Et petit plus, j'apprécie beaucoup le fait qu'il soit de type africain, c'est une caractéristique peu rencontrée en fantasy, et ça fait plaisir de voir que ce n'est pas une généralité!

J'aime beaucoup la relation qu'entretient Camille avec Salim. Je les trouve touchants, tous les deux réunis par la vie difficile qu'ils mènent et le désir de s'en sortir, puis réunis par l'arrivée de cette aventure inédite dans laquelle ils sont tous deux impliqués, et pour finir les sentiments qui naissent sur la base de cette belle amitié, ou du moins le soupçonne-t-on…

A côté des deux héros principaux, on rencontre quelques personnages type… La vilaine famille d'adoption qui n'a pas un pet d'affection, la famille africaine surpeuplée pour qui l'écoute et l'attention est en option, des monstres dégoûtants très méchants, un super héros qui n'a pas l'air fort mais qu'il ne faut quand même pas trop chercher, un vieux sage qui fait office de guide spirituel, un chevalier fanfaron et peu doué mais qui a un coeur d'or, une jeune femme guerrière… Ce sont peut-être des personnages "type", mais il n'empêche qu'ils sont tous attachants à leur manière, ou détestables, c'est selon…

Un concept qui fait mouche…

Une fois les principaux personnages découverts, une autre chose qui frappe, c'est le concept sur lequel se base l'histoire. Certes, des récits d'univers parallèles, ça pullule plutôt pas mal, mais cet univers-ci a quelque chose de spécial que les autres n'ont pas 😉

Cet univers-ci possède le dessin. Nous aussi, me direz-vous, mais pas de la même façon. Quand nous autres, humains, dessinons, il s'agit de tracer de jolis motifs avec de belles couleurs sur un support, et d'exposer le résultat pour faire joli – un résumé plutôt pourri de l'art du dessin, mais soit. A Gwendalavir (c'est ainsi que se nomme l'univers parallèle en question), les gens dessinent dans leur tête, en entrant dans un domaine appelé l'Imagination. En suivant les spires, qui sont des sortes de sentiers au sein de ce domaine, ils peuvent créer des éléments dans leur tête et les transposer dans la réalité. Envie d'une barbe à papa? C'est facile, il suffit de l'imaginer, et hop! Vous êtes servis… Un ennemi à contrer? Rien de plus simple! Vous imaginez qu'il s'empêtre dans un roncier, ou qu'il est emporté par une vague géante, et le tour est joué! Heureusement, tout le monde à Gwendalavir ne sait pas dessiner, et dans le lot de ceux qui savent, tout le monde n'a pas le même niveau…

J'avoue que j'ai adoré ce concept!! C'est terriblement original, et ça laisse place à tout un tas de rebondissements incroyables et géniaux. Personnellement, quand je lis les passages où Ewilan se sert du dessin, je mets la tête des quelques rares personnes que je n'aime pas sur le corps de ses ennemis, et je laisse l'action du livre me défouler… Ca fait tout simplement rêver 🙂 Sans compter toutes les applications pacifiques que ce don pourrait avoir…

Mais pourquoiiiii ça n'existe pas vraiment?!?

En résumé…

Les petits plus :

  • Un univers et un concept génial! Merci Monsieur Bottero…
  • Des personnages très attachants.
  • Une belle histoire d'amitié et du rêve à revendre.

Les petits moins… Faut-il qu'il y en ait? Bon OK je me lance…

  • Les personnages parfois un peu trop stéréotypés.

C'est tout? Ah bon… ben oui, c'est tout!

Ma note : 9/10

Lu dans le cadre du Baby challenge fantasy 2014 de LivrAddict.

Lu dans le cadre du Baby challenge fantasy 2014 de LivrAddict.

Lu aussi dans le cadre du Challenge Petit Bac 2014, Ligne Fantasy, Catégorie Prénom : La quête d'EWILAN

Lu aussi dans le cadre du Challenge Petit Bac 2014, Ligne Fantasy, Catégorie Prénom : La quête d'EWILAN

Lu aussi dans le cadre du Challenge ABC 2014 de l'Imaginaire, avec la lettre Q, la Quête d'Ewilan (oui, j'ai utilisé une des trois tricheries pour celui-ci...).

Lu aussi dans le cadre du Challenge ABC 2014 de l'Imaginaire, avec la lettre Q, la Quête d'Ewilan (oui, j'ai utilisé une des trois tricheries pour celui-ci…).

Lu aussi dans le cadre du Challenge "Les lieux imaginaires 2013", catégorie Les mondes imaginaires après 1950.

Lu aussi dans le cadre du Challenge "Les lieux imaginaires 2013", catégorie Les mondes imaginaires après 1950.

L’attaque des oeufs de Mars, de R. L. Stine

L'attaque des oeufs de Mars, de R. L. Stine

Résumé…

"Un gros oeuf verdâtre, parcouru de veines bleutées, dans l'herbe de mon jardin?" Cette étrange découverte passionne Cliff. Mais sa curiosité se mue en angoisse lorsque l'oeuf se craquelle et laisse apparaître les grands yeux d'une créature venue d'ailleurs.

La première phrase…

"Quand Cindy veut quelque chose, elle sort aussitôt le grand jeu."

Mes premiers romans d'horreur…

Ah que de souvenirs à la lecture de ce petit roman jeunesse! Cette collection était culte à une époque, celle de ma tendre jeunesse. Quel plaisir de redécouvrir cet "avertissement" :

"Que tu aimes déjà les livres ou que tu les découvres, si tu as envie d'avoir peur, Chair de poule est pour toi. Attention, lecteur! Tu vas pénétrer dans un monde étrange où le mystère et l'angoisse te donnent rendez-vous pour te faire frissonner de peur… et de plaisir!"

Je les avais presque tous! Quelle cruelle déception lorsque ma mère a revendu ma collection… A présent je m'efforce d'en racheter tous les volumes, en prévision pour les petites têtes blondes qui viendront un jour agrandir ma petite famille 🙂

Je n'ai pas souvenirs d'avoir déjà lu celui-ci, voici qui va rattraper cette lacune!

Simple mais efficace…

Comme à son habitude, R. L. Stine nous livre un ouvrage basé sur une histoire très simple mais qui fait mouche – dans l'univers des enfants du moins. Quoi de plus effrayant, pour un enfant, qu'un curieux oeuf aux couleurs étrange que l'on trouve par hasard dans son jardin, et qui par malheur éclos, donnant naissance à une créature extraterrestre. Stine joue sur la peur de l'inconnu, de l'étranger, et cela fonctionne. J'ai pu sortir mes angoisses d'enfant du placard et leur botter le derrière une bonne fois pour toutes!

Une porte ouverte sur l'univers de la lecture…

Si le récit paraît simpliste au regard des adultes, il n'en est rien pour un enfant. Le style d'écriture est rendu volontairement accessible à tous, sans pour autant être de bas niveau. L'auteur introduit tout de même une série de mots moins connus, ou des tournures de phrases un peu plus complexes, permettant à l'enfant d'enrichir sa maîtrise de sa langue maternelle tout en s'amusant.

De même, le récit est tourné de façon à captiver d'emblée le lecteur, lui donnant envie d'aller plus loin dans l'histoire, et par là même, donnant à l'enfant le goût de la lecture. Les moments de suspens sont bien marqués, caractérisés par des phrases plus courtes, des onomatopées comiques… On se laisse prendre au jeu, sans toutefois mourir de peur, puisque les histoires sont adaptées à un jeune public.

En résumé…

Une chouette petite histoire pour frissonner en famille, et une chouette redécouverte pour moi. Noël, c'est souvent un moment où l'on aime retomber un peu en enfance, et c'est ce que j'ai fait avec cette lecture délicieusement horrifique et rafraîchissante. Même si la collection Chair de poule a connu de meilleurs volumes, celui-ci était plutôt comique à découvrir.

Ma note : 8/10.

Lu dans le cadre du challenge Petit Bac 2013, Catégorie Aliment : L'attaque des OEUFS de Mars.

Lu dans le cadre du challenge Petit Bac 2013, Catégorie Aliment : L'attaque des OEUFS de Mars.