[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

Quelle finale magistrale pour cette série de Troie, qui aura été mon grand coup de cœur de 2016! La conclusion du récit est peut-être moins épique que celle du premier tome, où la bataille a fait rage jusqu'à la toute fin, mais elle est encore plus vibrante et riche en émotions, plus poignante sur le plan humain. Car de cette guerre de Troie, nul n'en ressortira indemne.

Acherontia

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

Les ténèbres tombent sur la Grande Verte, et le Monde Ancien est cruellement déchiré.
Sur les champs de batailles autour de Troie, la cité d'or, se réunissent les armées fidèles au roi mycénien, Agamemnon. Parmi ces troupes se trouve Ulysse, le fameux conteur, devenu leur allié malgré lui. Il sait que rien n'arrêtera Agamemnon pour s'emparer du trésor que renferme la cité,et qu'il devra bientôt affronter ses anciens amis en un combat à mort.
Malade et amer, le roi de Troie attend. Ses espoirs reposent sur deux héros: Hector, son fils préféré, le plus puissant guerrier de son époque, et le redoutable Hélicon, détermine à venger la mort de son épouse aux mains des mycéniens.
La guerre a été déclarée. Même si ces ennemis, qui sont aussi des parents, laissent libre cours à leur soif de violence, ils savent que certains d'entre eux, hommes ou femmes, deviendront des héros, dont les exploits vivront à tout jamais dans un récit transmis à travers les âges…

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

Si vous n'avez lu ni le premier, ni le second tome, cette chronique risque de vous dévoiler des éléments importants de l'histoire… Si tel est votre cas, n'hésitez pas à vous reporter à la chronique du premier tome, dont le lien figure à la fin du présent article. Merci!

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

… Ou comment j'en suis venue à choisir ce roman-là, et pas un autre.

 

Ce roman est le premier lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour décembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Dans le second tome, l'on sentait progressivement la tension monter entre les différents camps. Les mycéniens et les troyens se montent les uns contre les autres, certains héros changent de camp de façon inopinée, tout est sujet à attiser les braises de la haine… Il ne manque plus que le grand final, l'explosion de toutes les tensions et le dénouement de l'intrigue si finement écrite par David Gemmell. Je ne pouvais VRAIMENT pas rater ce troisième tome!

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

… ou l'infamie des Mycéniens et de leurs alliés.

L'ignominie d'Agamemnon, roi de Mycènes, n'est plus un mystère pour nous lecteurs, et encore moins pour les protagonistes de l'histoire. Disons surtout que, dans ce dernier opus, Agamemnon ne s'améliore pas, que du contraire. À présent que Troie est toute proche, presque à sa portée, et qu'il ne manque plus que la bataille finale pour assouvir sa soif de pouvoir et de richesses, il semble consumé par la haine et la cruauté, à l'instar d'un Gollum sentant son précieux se rapprocher.

Jusqu'où ira-t-il dans ses réserves de perversion pour atteindre son objectif? Les autres rois resteront-ils à ses côtés assez longtemps pour satisfaire à ses ambitions et avoir leur part du butin?

L'heure n'est plus aux complots et aux trahisons, mais bien à la bataille, à la force brute, aux stratégies militaires. Les Mycéniens et leurs alliés sont supérieurs en nombre, mais leurs adversaires troyens sont redoutables et endurants. La question fondamentale, à ce point de la guerre, est de savoir qui s'en sortira le moins exsangue…

La lueur rouge à l'est commençait de s'estomper, cachée par la brume qui s'était soudain répandue sur le rivage. La lune disparut derrière un écran de nuages. Nue, la petite fille fut traînée jusqu'à l'autel sacrificiel. Agamemnon vint assister à la cérémonie. Si l'officiant était assez doué, la gamine serait ouverte en deux et son coeur arraché pendant qu'elle vivait encore. Puis le prêtre lirait dans ses entrailles pour y détecter des présages de victoire.
Les soldats s'étaient rassemblés en silence et attendaient que le sang jaillisse. Pendant que deux d'entre eux maintenaient l'enfant, Athéos produisit un long couteau incurvé et invoqua Poséidon. Les milliers de soldats reprirent l'incantation, leurs voix grondant comme le tonnerre.
Athéos se tourna vers l'autel et leva le couteau.

Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

… ou l'art grec de la tragédie pour les nuls.

 

Sans trop vous en dévoiler, de tous les personnages de cette saga, Hector est le personnage que je plains le plus. Hector est beau et fort, il est considéré comme un héros, comme le coeur même de Troie. Il est adulé par les foules, est le fils préféré de son père, et est l'époux de la somptueuse Andromaque. Alors oui, au fond, pourquoi serait-il à plaindre? Eh bien, parce que, souvent, sous le beau vernis de gloire se cachent bien des ombres…

Il est fort, certes, mais il est contraint de guerroyer dans les conditions les plus extrêmes alors même qu'il est de nature pacifique. Il est l'idole des troyen, mais cela signifie une grande pression sur les épaules, des responsabilités monstrueuses à gérer. Quant à ses amours, lui qui, rapidement, tombe profondément amoureux d'Andromaque, il s'aperçoit rapidement que ses sentiments ne sont pas partagés. Pire même, sa stérilité le contraint à élever l'enfant d'Andromaque et d'Hélicon comme son propre fils.

Dans le premier tome, il était présenté comme un demi-dieu, et nul ne doutait de sa force herculéenne, voire de son immortalité. Mais au fil de l'histoire, Hector se montre de plus en plus vulnérable, rongé par la jalousie qu'il voue à Hélicon, son meilleur ami, ses responsabilités de guerrier et les tragédies qui entourent la guerre de Troie. C'est dans cet épisode final que se joue son destin. Et je vous le dis, amis lecteurs, le géant troyen ne démérite pas une seule seconde!

Hector avait passé toute sa jeunesse à essayer de ne pas ressembler à son père. Il traitait les hommes avec respect et honneur, et les femmes avec délicatesse et courtoisie. Quand Andromaque lui avait dit qu'elle attendait l'enfant d'Hélicon, il l'avait accepté, sachant qu'il ne pourrait pas lui donner de fils. Mais alors, il ne la connaissait pas, ils s'étaient à peine rencontrés. Au cours des années, il était tombé profondément amoureux d'elle, alors qu'elle le considérait comme un frère, un excellent ami. Il ne lui avait jamais montré à quel point cela le blessait, jusqu'à aujourd'hui, quand elle avait joyeusement parlé de faire venir Dex, l'enfant d'Hélicon, dans leur demeure. Et voilà qu'elle allait prendre la mer avec son amant pour un long voyage, et ils seraient constamment ensemble.
Jamais de sa vie il n'avait ressenti le besoin de retourner à la guerre, de combattre, et même de tuer. À cet instant, la guerre et la mort lui semblaient merveilleusement simple. C'était la vie qui était trop compliquée.

Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

D'autres personnages sont durement éprouvés par le destin. Banoclès, notamment, qui perd quelqu'un qui lui est cher, Hélène, Pâris et leurs enfants, Déiphobos, Priam, Ulysse et bien d'autres. La guerre de Troie n'épargnera personne. Il n'y aura pas de happy end, ou s'il y en a une, elle sera gagnée de haute lutte et ne viendra que sur le tard. C'est ce qui rend ce troisième tome particulièrement attachant, épique et réaliste. Une happy end aurait été trop facile. L'histoire de Troie n'est pas un conte de fée, après tout. Peu de ces héros et de leurs ennemis vivront heureux jusqu'à la fin pour avoir beaucoup d'enfants. Aussi, si vous cherchez de l'amour, de la joie, de la bonne humeur, ce n'est pas ce roman qui fera votre bonheur. Mais si vous cherchez des héros qui meurent la main sur le coeur, alors lisez ces pages 😉

Hector frappa, et Achille contra le coup. Soudain, Achille lança une attaque féroce, sa lame bougeant avec une rapidité extraordinaire. Hector Bloqua, puis pivota sur un talon et frappa Achille au visage avec le dos de son poing. Achille tituba, se ressaisit et leva rapidement sa lame pour parer un coup mortel dirigé vers son cou. Il riposta si vite qu'Hector se jeta sur le sol, roula et se remit debout en un clin d'oeil. Ils recommencèrent à tourner.
Ulysse regardait, captivé, le duel se dérouler. Chaque combattant était doté d'équilibre et de vitesse. Les deux avaient peaufiné leurs talents lors de milliers de batailles. Achille était plus jeune, mais il avait passé toute sa courte vie à chercher les combats. Hector combattait et tuait seulement quand il y était contraint. Les deux hommes combattaient maintenant froidement, avec patience. Tous deux savaient que la moindre erreur de jugement pourrait signifier leur perte. Chacun cherchait les faiblesses de l'autre, et essayait de déchiffrer le sens de ses mouvements.

Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

… où les îles grandissent autant que la jalousie et les impossibles amours.

 

La jalousie d'Hector vis-à-vis de Hélicon est sommes toutes assez justifiée. Conscient que sa femme voue de tendres sentiments à son meilleur ami, il est dès lors sur la défensive. Et lorsque Priam annonce que Cassandre doit partir vers l'île de Théra à bord du Xanthos, accompagnée par Hélicon et Andromaque. C'est pour lui la goutte qui fait déborder le vase.

Andromaque, tiraillée entre ses deux amours, est heureuse de prendre la mer en compagnie de Hélicon et de pouvoir goûter à sa présence permanente. Mais elle souhaite à la fois rester fidèle à Hector, qu'elle aime comme un frère. Si, au début, elle parvient à rester à bonne distance de Hélicon, elle s'aperçoit vite que les choses s'annoncent compliquées. Parviendra-t-elle à tenir sa promesse envers son mari?

Quant à l'île de Théra, Andromaque y constate quelques changements. Outre la mauvaise santé de la grande prêtresse, l'îlot qui se situait à l'entrée de la baie menant à Théra semble sortir progressivement des flots. L'île de la tentation serait-elle en train de devenir l'île de la perdition?

– Que veux-tu que je te dise, Hélicon? Que je les hais? Ce n'est pas le cas. La haine est la mère de tous les maux. La haine est ce qui engendre des hommes comme Agamemnon, et comme toi, des hommes qui concourent pour savoir qui commettra les atrocités les plus épouvantables. Et maintenant, lâche-moi le bras!
Mais il ne la lâcha pas. Elle essaya de se dégager, puis lança sa main libre vers lui, prête à frapper. Instinctivement, il la serra contre lui, les bras autour de sa taille. Il sentit le parfum de ses cheveux et la chaleur de son corps contre le sien. Le front de la jeune femme percuta sa joue et il lui saisit les cheveux pour l'empêcher de le frapper de nouveau.
Puis, avant de comprendre ce qu'il faisait, il l'embrassa. Ses lèvres avaient le goût du vin, et son esprit s'embruma.

Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

… où la bataille fait rage aussi bien à terre que sur la mer.

 

Ce que j'aime, chez Gemmell, ce sont les scènes d'action et de bataille. Elles sont décrites avec tellement de justesse que c'en est incroyable. Et je dirai même mieux… elles sont inimitables. Lui seul a le don de rendre une scène de bataille limpide comme de l'eau de roche, sans que les actions ne deviennent brouillonne. On sait toujours qui parle, qui fait quoi, qui reçoit tel coup. Avec Gemmell, impossible de s'emmêler les pinceaux, comme cela peut être le cas avec d'autres auteurs. Les scènes sont décrites avec beaucoup de détails, mais des détails utiles, sans aucune fioriture qui viendraient plomber le tableau. Il en ressort un style graphique et poétique que j'apprécie beaucoup, moi qui ne suis pourtant guère friande de l'action brute.

Et ce que j'apprécie doublement, dans cette série, c'est que les batailles se déroulent aussi bien sur la terre ferme que sur la mer. Hélicon et son navire incendiaire sont juste incroyables. Même si leur oeuvre de mort est discutable, leur stratégie rusée laisse le lecteur baba.

– Alors, quand les attaquerons-nous, Bienheureux? Plus tôt nos navires pourront sortir au large et plus tôt nous pourrons commencer à combattre et à frapper l'ennemi dans la baie d'Héraclès.
– Nous n'attaquerons pas, dit Hélicon. Nous attendrons que les Mycéniens nous attaquent.
Chromis grogna.
– Comment pouvons-nous être sûrs qu'ils le feront? Pour le moment, ils sont satisfaits de nous garder prisonniers dans la baie, comme… comme des crabes dans un panier.
– Tu as fait remarquer toi-même que bien des choses avaient changé avec l'arrivée du Xanthos. (Il regarda les capitaines troyens.) Nous devons être patients. Les Mycéniens sont un peuple impétueux et agressif. Nous devons utiliser cela contre eux. Et mon plan ne consiste pas seulement à nous échapper vers le large. J'ai prévu de détruire leur flotte entière.

Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

Quant aux combats sur la terre ferme, c'est du grand Gemmell, comme d'habitude. Calliadès et Banoclès y ont bien sûr une place de choix, au même titre qu'Hector et ses valeureux cavaliers du Cheval de Troie, ou les Aigles de Priam.

Le légendaire Cheval de Troie (pas les cavaliers, mais celui qu'on connaît tous, qui est en bois et tout creux, hein…) est bien sûr présent à un moment du récit, mais… Non, je ne vous dis rien, vous DEVEZ découvrir cela par vous même!

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

… mais heureusement, la quiétude a tout de même ses limites!

 

Il est des fois où le combat semble s'enliser, notamment lors du long siège de la ville. Mais Gemmell… ben, c'est Gemmell, quoi! Il parvient à rendre passionnantes des scènes où l'attente est reine et où l'angoisse domine. Tout est merveilleusement bien pensé, bien amené et bien décrit. Il n'y a aucune longueur dans ce petit bijou littéraire, car si l'auteur choisit de nous parler du quotidien des personnages, c'est parce que leur train-train a une incidence sur l'histoire. Il ponctue même souvent cette attente par de brefs combats, des tentatives d'incursions ennemies, des stratégies, des complots. Il approfondit le tableau qu'il dresse de certains personnages, tels Priam.

Andromaque n'avait pas envie de rester toute la journée au palais, dans une atmosphère d'angoisse permanente, et elle préférait s'occuper avec les blessés et les mourants, les nourrir, leur parler et parfois leur tenir la main jusqu'à leur dernier souffle.
En réalité, pensa-t-elle, personne n'avait suffisamment d'occupations. Le train-train quotidien de la cité avait été brisé par le manque de fournitures et l'épuisement provoqué par le rationnement de l'eau et de la nourriture, et la chaleur. La plupart des gens, quand ils ne faisaient pas la queue pour de la nourriture, restaient chez eux. L'inactivité faisait naître des commérages et alimentait les peurs des gens. Ses servantes Penthésilée et Anio avaient trop de temps libre, et elles le passaient à discuter des problèmes de la cité avec les autres serviteurs royaux.

Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

Quelle finale magistrale pour cette série de Troie, qui aura été mon grand coup de coeur de 2016! La conclusion du récit est peut-être moins épique que celle du premier tome, où la bataille a fait rage jusqu'à la toute fin, mais elle est encore plus vibrante et riche en émotions, plus poignante sur le plan humain. Car de cette guerre de Troie, nul n'en ressortira indemne.

Certains s'en tirent mieux que d'autres, mais quels personnages, et de quelle façon? Cela, je vous le laisse découvrir. Je peux toutefois vous dire que les talents de conteur de David Gemmell ne sont plus à prouver. Il sait si bien distiller le suspense, mêler la profondeur des relations humaines à la froideur du combat, ponctuer ses actions de descriptions légères, comme des touches de peintures sur un tableau impressionniste… Et impressionnant, ce tableau, surtout! Quelle fresque antique et mythique il nous livre là! Le seul mot qui me vient à la bouche pour qualifier cette saga, c'est épique. Épique comme les scènes de combat, épique comme la plume de l'auteur.

Si je devais conseiller une première trilogie à quelqu'un qui n'a jamais lu de fantasy, sans doute choisirais-je celle-ci…

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^

Retrouvez-moi aussi sur Twitter, sur le compte @Acherontia_Nyx, ou sur Instagram, sur le compte Acherontia Nyx!

Votre dévouée,

Acherontia.

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

On se sent happé par cette histoire d'artefact maléfique, si bien qu'il est difficile de lâcher le roman une fois l'intrigue principale démarrée. Et cette menace latente en fin de roman, cette vision d'horreur finale qui introduit la trilogie suivante, nous mettant l'eau à la bouche, c'est juste… tellement frustrant! Si j'avais eu la suite sous la main, je l'aurais lue dans la foulée!

Acherontia

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

Abandonné en pleine nature sur un continent à l'autre bout du monde, avec pour seules armes son intelligence et sa détermination.

Kaspar, l'ancien duc d'Olasko,doit se battre au jour le jour pour assurer sa survie. Rusé, astucieux et doté d'une volonté de fer, il se lance dans cette odyssée avec un seul but en tête: rentrer chez lui et se venger de Serwin Fauconnier, l'homme qui l'a destitué.

Mais Kaspar ne sait pas encore qu'il y a bien plus en jeu que sa seule existence. Il n'est qu'un pion dans une partie terrifiante qui oppose Ser et le conclave des ombres aux agents des forces obscures. Ces derniers menacent non seulement Olasko, la terre natale de Kaspar, mais aussi Midkemia dans son ensemble. La guerre de la Faille et celles des Serpents sembleraient presque triviales au regard du conflit qui s'annonce…

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

Si vous n'avez lu ni le premier, ni le second tome, cette chronique risque de vous dévoiler des éléments importants de l'histoire… Si tel est votre cas, n'hésitez pas à vous reporter à la chronique du premier tome, dont le lien figure à la fin du présent article. Merci!

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

… Ou comment j'en suis venue à choisir ce roman-là, et pas un autre.

 

Ce roman est mon troisième roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour novembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Après un second tome palpitant, j'avais un peu l'impression que l'histoire m'avait déjà livré tous ses secrets, et je voyais mal ce qui pourrait encore se produire dans le troisième et dernier tome du Conclave des ombres. Eh bien, je me suis pour le moins trompée, car il y a encore beaucoup à dire, et pas du tout de la façon dont je le pensais!

 

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

… ou la loi du Talion selon Ser.

 

Si vous vous souvenez bien du second tome, l'histoire se concluait sur une victoire totale de Ser face au tyran Kaspar, duc d'Olasko, et à l'infâme magicien Leso Varen. Dès lors, je me suis demandée ce qu'un troisième tome pourrait apporter. Allait-on enfin connaître les plans exacts de Leso Varen? Mais comme ce dernier semble mort et enterré, est-ce vraiment important? Va-t-on nous parler de ce que Ser compte faire de sa vie une fois sa vengeance consommée? Je supposais qu'il n'y aurait là rien d'épique, aussi étais-je passablement dubitative…

En fait, le troisième et dernier tome s'ouvre sur le bannissement de Kaspar d'Olasko, emmené sur une île inconnue par un magicien du Conclave des ombres. L'affaire semble mal entamée pour le duc, qui est rapidement fait prisonnier et retenu dans des conditions peu enviables. Puis, dans un soudain rebondissement, il parvient à échapper à ses détenteurs et s'enfuit à travers une étendue désertique et hostile, où il doit lutter pour sa survie.

Cela n'est pas sans rappeler ce qu'il fit subir à Ser au cours du deuxième tome, cet enfermement qui lui imposa dans une citadelle aride, où les vivres se faisaient aussi rares que les rayons du soleil. De toute évidence, Ser a fort bien calculé son coup et avait dans l'idée de rendre à Kaspar la monnaie de sa pièce.

Mais si l'on se doutait déjà du sort réservé à Kaspar, son évasion et les péripéties qui s'ensuivent sont, elles, inattendues. Assez, en tout cas, pour susciter mon intérêt et me plonger rapidement dans l'intrigue.

 

Kaspar gisait à l'agonie.
Protégé du soleil d'après midi par un rocher en surplomb, il savait qu'il ne lui restait plus beaucoup de temps à vivre. Trois jours durant, il avait suivi l'ancienne route. Il avait fini son eau ce matin-là, à l'aube. Souffrant de vertiges et de désorientation, il était descendu en titubant jusqu'à une zone ombragée pour attendre que la chaleur se dissipe.
S'il ne trouvait pas de l'eau d'ici la tombée de la nuit, il ne se réveillerait sans doute pas le lendemain matin. Il avait les lèvres desséchées, et le nez et les joues qui pelaient à cause des coups de soleil. Allongé sur le dos contre des rochers, il s'efforçait d'ignorer les cloques douloureuses qui lui couvraient les épaules. Il était trop fatigué pour laisser la douleur l'ennuyer. En plus, cette douleur signifiait qu'il était toujours en vie.

Le conclave des ombres. T3, Le retour du banni, de Raymond Feist

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

Quand l'on suit l'histoire avec les yeux du méchant…

 

Ce qui m'a complètement scotchée, dans ce troisième tome, c'est que l'auteur met complètement de côté son personnage principal, Ser, pour s'intéresser au grand méchant de l'histoire, Kaspar. C'est en effet au travers de ses yeux et de ses mésaventures que l'histoire suit son cours, dessinant une introduction parfaite pour la trilogie suivante. Je dois dire que c'est un exercice extrêmement difficile pour un écrivain, que de laisser en arrière un personnage auquel on s'était attaché, pour mettre en avant celui qu'on est censé faire détester.

Et pour le lecteur aussi, c'est un fameux exercice. Au début, je me sentais un peu déboussolée, d'autant plus que Kaspar n'est, à la base, pas un personnage que l'on a envie d'aimer et auquel on a envie de s'intéresser. Donc, durant les premiers chapitres, je ne pouvais m'empêcher de me demander quand on allait cesser de s'intéresser à son cas et en revenir à Ser ou aux magiciens du Conclave des ombres.

Et puis finalement, assez curieusement, on finit par s'attacher à lui, d'une façon totalement surprenante. Progressivement, des changements s'opèrent en lui, et le rendent de plus en plus digne d'intérêt.

Abattre un arbre était plus difficile que Kaspar l'aurait cru, étant donné qu'il n'avait vu des bûcherons à l’œuvre qu'une seule fois, lorsqu'il était enfant. L'arbre avait bien failli lui tomber dessus, pour le plus grand plaisir de Jorgen, qui avait trouvé ça très drôle, une fois passée la peur.
Kaspar avait coupé toutes les branches, puis débité le tronc en plusieurs rondins. Il en avait attaché un avec de grandes lanières en cuir destinées à être fixées au harnais d'un cheval. Mais l'unique cheval de la famille avait disparu avec le père de Jorgen, Kaspar décida donc de le remplacer pour tirer le rondin jusqu'à la maison, en traversant la prairie humide. Il banda ses muscles et tira de toutes ses forces tandis que le rondin récalcitrant le suivait par à-coups.

Le conclave des ombres. T3, Le retour du banni, de Raymond Feist

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

… ou presque.

 

Petit à petit, on commence à sentir que Kaspar s'interroge sur ses actes passés, sur ce qui l'a poussé à agir de la sorte. Il sent qu'il a été manipulé par son magicien, Leso Varen, mais il est suffisamment sage pour prendre conscience que son caractère et sa soif de pouvoir y sont aussi pour quelque chose. Souvent, il rêve de son ancienne vie, et constate à son réveil que ce qui ne le gênait nullement quelques mois plutôt lui donne à présent la nausée.

Après sa fuite, il s'invite dans la cabane d'une mère et de son fils. Connaissant le caractère initial de Kaspar, j'ai tout de suite imaginé une catastrophe ; viol de la mère, vente du fils sur le marché aux esclaves, vol, meurtre… Et puis en fait, on se retrouve agréablement surpris par l'attitude de l'ancien duc d'Olasko, qui impose sa présence par nécessité pour sa propre survie, tout en respectant la petite famille. On pourrait même dire qu'il tente de se racheter, d'une certaine façon, en les aidant dans leurs tâches quotidiennes.

Son attitude bienveillante, ainsi que le fait qu'il réfléchisse sur lui-même et sur ses actions passées contribuent à le rendre de plus en plus acceptable en tant que personnage principal aux yeux du lecteur. Je me suis même surprise à m'y attacher peu à peu, surtout lorsque l'histoire a réellement pris son essor.

La troisième nuit, il avait eu un rêve-souvenir particulièrement saisissant de réalisme : il s'agissait d'une conversation avec Leso Varen dans les appartements privés du magicien. Les lieux empestaient le sang et les excréments humains, ainsi que l'odeur bizarre de toutes ces choses inconnues que le magicien tenait à mélanger et à faire brûler dans sa pièce de travail. Kaspar se souvenait bien de cette conversation, car c'était la première fois où Varen lui avait suggéré d'envisager de faire disparaître ceux qui se dressaient entre la couronne de Roldem et lui. Kaspar se rappelait également à quel point l'idée lui avait paru séduisante.
Mais, à son réveil, il avait été pris de haut-le-cœur au souvenir de la puanteur de la pièce. Pourtant, à l'époque où il avait rendu cette visite à Varen, l'odeur ne l'avait pas dérangé le moins du monde, c'est à peine s'il l'avait sentie. Or, ce matin-là, il s'était réveillé en sursaut, haletant, devant la porte de la cabane, et il avait bien failli réveiller Jorgen.

Le conclave des ombres. T3, Le retour du banni, de Raymond Feist

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

… parce que la nuit, tous les Talnoy sont gris.

 

Aaaah, les Talnoy… Vous vous demandez ce que c'est, avouez! Ne vous en faites pas, vous le découvrirez bien assez tôt! 😉

Comme l'on peut s'en douter, le but premier de Kaspar est de rejoindre son ancien duché pour voir ce qu'il s'y est passé durant son absence – et, au début, en reprendre les rennes, même si par la suite, il se verra contraint de modifier son objectif. Et puis, au détour d'une petite ville, il rencontre un curieux homme qui lui propose une quête, une sorte de mission périlleuse. Il lui promet une généreuse rémunération contre ses services. Par curiosité et par nécessité, Kaspar accepte sa curieuse requête. L'homme lui présente alors la "chose" qu'il se verra contraint d'escorter.

Là, on sent que l'action démarre véritablement. Cette rencontre est l'élément perturbateur qui va lancer un nouveau type d'intrigue, à mille lieux des histoires de cour, des guerres, des prises de pouvoir…

Flynn invita ses compagnons et Kaspar à l'accompagner dans l'autre partie de l'entrepôt, où se trouvait un chariot. Il s'agissait d'un simple véhicule destiné au transport des marchandises, semblable à ceux que Kaspar croisait souvent dans les rues de sa capitale. Au fond se trouvait un objet dissimulé sous une toile cirée. Vu sa taille, Kaspar commença à avoir une petite idée de sa nature. Flynn sauta dans le chariot et rabattit le bord de la toile.
Il s'agissait d'un corps – ce fut du moins l'impression ce que Kaspar en retira. Ou alors c'était juste une armure vide. Quoi qu'il en soit, il n'avait jamais rien vu de pareil.

Le conclave des ombres. T3, Le retour du banni, de Raymond Feist

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

… qui exigera les interventions les plus improbables qui soient.

 

Car cette chose que Kaspar doit escorter loin, très loin de cette île n'est pas un artefact comme les autres. La silhouette dans le chariot dégage une étrange aura maléfique qui, au mieux, met mal à l'aise ceux qui l'entourent. Et qui, au pire, est capable de tuer d'une horrible manière ceux qui désireraient déserter l'escorte…

Très vite, le voyage se fait pénible, et l'étrange fascination qu'exerce l'artefact sonne pratiquement comme une malédiction. Sauf que de cette malédiction-là, personne n'en a jamais entendu parler, et personne, pas même les prêtres de la région, ne semble en mesure de la dissoudre.

J'ai littéralement adoré cette partie de l'histoire, beaucoup plus sombre, plus prenante. Une fois la malédiction de l'artefact mise sur le tapis, l'ambiance s'est littéralement métamorphosée pour se faire glauque, pressante. Une tension palpable s'est installée, qui m'a complètement dissuadée de lâcher le livre jusqu'au dénouement de l'histoire.

– Est-ce qu'il y a quelqu'un à l'intérieur? demanda-t-il.
– Personne ne le sait, répondit Kenner. On n'arrive pas à retirer le heaume, ni aucune autre partie d'ailleurs.
– Elle a un aspect maléfique, fit remarquer Kaspar, en parlant lentement.
Le heaume avait une forme très simple, comme si on avait découpé un cylindre selon un certain angle, avant d'arrondir les bords, ne laissant qu'une ligne continue des épaules au sommet du crâne, sans angle ni pointe. Il était légèrement pincé sur le devant, si bien que, vu de dessus, il avait vaguement la forme d'une goutte plutôt que d'un rond. De chaque côté du heaume jaillissait une aile, mais ces ailes n'appartenaient à aucune créature connue. Elles avaient la forme de celles d'un grand corbeau, mais elles se recourbaient légèrement en suivant les côtés du heaume et elles étaient pourvues d'une membrane comme une chauve-souris géante. Une seule fente au niveau des yeux permettait à l'occupant, s'il y en avait un, de voir quelque chose.

Le conclave des ombres. T3, Le retour du banni, de Raymond Feist

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

Au fur et à mesure que l'on en apprend plus au sujet de l'artefact et de sa curieuse malédiction, on comprend que c'est l'univers tout entier qui est menacé. Des choses étranges se produisent, des créatures cauchemardesques surgissent là où on ne les attend pas, les magiciens eux-mêmes semblent dépassés par la situation.

La menace est de plus en plus grande, l'avenir s'assombrit peu à peu, mais cette fois, l'ennemi ne fait pas partie du monde connu…

Et le livre se termine sur un moment tellement angoissant que… ah non! Aaaarggg!! Au secours!! Je veux la suite, et vite!!!

Heureusement pour moi, et pour vous aussi si vous avez suivi cette trilogie, la suite arrive très bientôt en format poche chez Milady! Cela s'appelle La guerre des ténèbres, une autre trilogie dont le premier tome devrait être disponible d'ici février 2017. Comptez sur moi pour le lire et le chroniquer!

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

J'ai ADORÉ le parti pris de l'auteur, qui a décidé, au dernier tiers de cette saga, de changer radicalement de perspective. Le changement de personnage principal, s'il est déroutant au début, est en fait une vraie source de jouvence pour le récit. En tout cas, il fallait le faire! Ce n'est pas facile de retirer le gentil de l'histoire pour ensuite mettre le grand méchant aux commandes. Le résultat est totalement ahurissant, et à la hauteur de ce qu'on peut attendre d'une trilogie de Feist.

Ensuite, l'histoire en elle-même est juste gé-niale! Cela change des précédentes intrigues de cour, des guerres, des querelles intestines, de la politique houleuse, and so on… On se sent happé par cette histoire d'artefact maléfique, si bien qu'il est difficile de lâcher le roman une fois l'intrigue principale démarrée. Et cette menace latente en fin de roman, cette vision d'horreur finale qui introduit la trilogie suivante, nous mettant l'eau à la bouche, c'est juste… tellement frustrant! Si j'avais eu la suite sous la main, je l'aurais lue dans la foulée!

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^

Retrouvez-moi aussi sur Twitter, sur le compte @Acherontia_Nyx, ou sur Instagram, sur le compte Acherontia Nyx!

Votre dévouée,

Acherontia.

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
Mes coups de coeur de 2016...

Mes coups de coeur de 2016…

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

[Chronique Fantasy] Troie 2, Le bouclier du tonnerre, de David Gemmell

Un second tome dans la droite lignée du premier, avec un rythme qui ne faiblit pas, encore qu'il y ait moins de grands combats épiques dans ce second opus. On sent que la guerre de Troie se prépare, lentement mais sûrement. Tous les facteurs sont là, tout se met en place progressivement, et chacun choisit – ou se voit imposer – un camp. À présent, chaque victoire compte, chaque alliance peut tout faire basculer. On sent cette tension grandissante, c'est magistralement bien rendu.

Acherontia

Synopsis…

La guerre menace.
Tous les rois de la Grande Verte se rassemblent, chacun dissimulant de sinistres plans de conquête et de pillage.
Dans ce maelström de traîtrise, trois voyageurs vont faire osciller la balance: Piria, une prêtresse fugitive cachant un terrible secret; Calliadès, un guerrier aux idéaux élevés et à l'épée redoutable; et son meilleur ami, Banoclès, qui se taillera une légende dans les combats à venir.
Ensemble, ils voyagent jusqu'à la fabuleuse cité de Troie, où les ténèbres viendront bientôt éclipser pour des siècles les triomphes et les tragédie des mortels ordinaires. Car l'époque glorieuse de l'âge du bronze n'est pas taillée pour les hommes, mais pour les héros !

[Chronique Fantasy] Troie 2, Le bouclier du tonnerre, de David Gemmell

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon premier roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour novembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de ce premier tome.

Le premier tome de cette saga fantasy basée sur la Grèce antique m'avait déjà fait forte impression, et c'est avec grand plaisir que je la continue avec ce second tome.

Attention, pour celles et ceux qui n'ont pas lu le tome 1 de la série, cette chronique comporte des spoils.

[Chronique Fantasy] Troie 2, Le bouclier du tonnerre, de David Gemmell

Changement de personnages, changement de décor…

Le premier tome se terminait sur l'invasion du château de Priam et une victoire en demi-teinte. Je m'attendais donc à entamer ce second tome avec les personnages qui ont joué un rôle dans la bataille finale du premier opus. Or, il n'en fut rien…

Le second tome s'ouvre sur l'histoire de deux guerriers mycéniens, Calliadès et Banoclès. Loin de me sentir déstabilisée par ce changement radical de personnages et de décor, je me suis très vite laissée porter par leurs (més)aventures pour le moins palpitantes.

Les guerriers mycéniens entrent en scène

De retour à Mycènes, les soldats d'Agamemnon qui avaient assailli Troie sont punis et massacrés par leur roi pour l'avoir "trahi" (tout le monde sait qu'Agamemnon aime tourner la vérité comme ça l'arrange le mieux). Deux soldats parviennent pourtant à lui échapper. Calliadès et Banoclès sont des guerriers hors pair et bien entraînés. Ils auront leur rôle à jouer dans la future histoire de Troie, et non des moindres. Faisons un petit tour de présentation de ces nouveaux héros que les hasards de la guerre et les stratégies houleuses des rois auront mis sur le devant de la scène…

Banoclès est un bon gros géant qui aime la vie et qui ne se soucie guère du lendemain. Il prend les choses telles qu'elles se présentent, sans se poser de questions, et apprécie le moment présent. Calliadès est son parfait opposé ; il est le cerveau de leur duo, mais il cache un lourd passé qui l'empêche de s'ouvrir à la vie et aux autres. Guerrier à l'âme torturée, hanté par le viol de sa soeur alors qu'ils étaient enfants, il gravite autour de Banoclès comme la lune autour du soleil.

Si le "couple" semble bien mal assorti, il se montrera pourtant très efficace, chacun comblant les lacunes de l'autre pour leur plus grand bénéfice. Ce sont deux personnages très attachants que l'on apprend à découvrir peu à peu, au fil de leurs aventures aux côtés d'Ulysse et de Caliope. Leurs actions héroïques auront un poids considérable dans la balance pour la victoire de Troie.

Calliadès frissonna au souvenir du moment où trois hommes du roi avaient fait irruption dans sa maison et lui avaient immobilisé les bras. Ensuite, Kleitos, un aide d'Agamemnon et un parent du défunt Kolanos, s'était approché de lui, une dague à lame étroite dans la main.
– Pensais-tu être à l'abri de la justice du roi? avait demandé Kleitos. Croyais-tu que tu serais pardonné d'avoir tué mon frère?
– Kolanos était un traître qui a essayé de nous vendre pour avoir la vie sauve. Il était comme toi, courageux quand il était entouré de soldats, et lâche devant la bataille et la mort. Vas-y, tue-moi. N'importe quoi serait plus agréable que de sentir ton souffle puant!
– Te tuer? Non, Calliadès. Le roi Agamemnon a ordonné que tu sois puni, pas tué immédiatement. Tu ne connaîtras pas une mort de guerrier. Non! Je dois d'abord te crever les yeux, puis te couper les doigts. Je te laisserai les pouces, pour que tu puisses ramasser à manger sous la table des hommes de valeur.

Troie, tome 2, de David Gemmell

Renégate de Théra, princesse au coeur d'or…

Un autre personnage qui apparaît dès les premiers chapitres, c'est Piria (ou Caliope, pour les intimes). Piria est une jeune femme que des pirates ont capturée, puis maltraitée et violée. Banoclès et Calliadès, qui voyagent avec ces mêmes pirates en espérant échapper aux soldats d'Agamemnon, voient le triste sort qui lui est réservé et décident de la sauver en fuyant l'équipage qui les abritait. Dès lors, la jeune femme, brisée par sa mauvaise expérience, voyagera à leurs côtés, jusqu'à Troie où elle espère rejoindre son grand amour.

Calliadès s'entiche d'elle, et même s'il sait que cet amour est voué à rester à sens unique, il le nourrit malgré tout car cela l'aide à s'ouvrir plus aux autres et à la vie. C'est pour lui une première étape dans la découverte de ses propres blocages, ses propres peurs, et un premier pas vers la guérison.

J'ai vraiment beaucoup aimé le personnage de Piria/Caliope, car elle est résistante malgré toutes les épreuves et l'incertitude d'atteindre son but. Elle rêve de retrouver celle qu'elle a aimé sur Théra, l'île des prêtresses du Minotaure, et poursuit son rêve envers et contre tout, même si elle craint que son amour l'ait oublié ou qu'elle ne veuille plus d'elle. C'est un personnage en constante évolution, qui troque ses habits de femme victime du sort pour une merveilleuse panoplie de guerrière patentée. Elle sait remettre en question ses jugements et ses idées préconçues, ce qui n'est malheureusement pas toujours le cas de tout le monde.

La terreur l'avait frappée à cet instant. Seule, perdue sur une île sinistre, elle avait senti son courage la quitter. Elle avait couru jusqu'à un flanc de colline rocailleuse et s'était abritée sous un rocher en surplomb. À un moment, sans savoir quand ça avait commencé, elle s'était aperçue qu'elle sanglotait. Les membres tremblants, elle s'était couchée sur le sol dur, les genoux relevés et les bras abritant son visage, comme si elle attendait un nouvel assaut. Dans son désespoir, elle avait entendu les paroles de la Première Prêtresse, qui la réprimandait : "Fille arrogante! Tu te vantes de ta force, alors qu'elle n'a jamais été mise à l'épreuve. Tu n'as que mépris pour la faiblesse des femmes de la campagne, alors que tu n'as jamais souffert de leur détresse. Tu es fille de roi, et toute ta vie tu as été abritée par son bouclier. Tu es la soeur d'un grand guerrier dont l'épée couperait la tête de ceux qui t'auraient offensée. Comment oses-tu critiquer les paysannes, dont la vie dépend des caprices d'hommes violentes?"
– Je suis désolée, avait-elle murmuré, le visage pressé contre le rocher.

Troie, tome 2, de David Gemmell

Ulysse et les cochons…

Ulysse m'a vraiment bluffée dans ce second tome, à tout niveau, en bien comme en mal. Dans la première partie du roman, il raconte ses histoires toujours plus fantastiques les unes que les autres, transformant sa vie quotidienne en récits d'aventures émaillés de surnaturel. L'épisode des cochons est, à ce titre, le plus frappant. Ulysse rencontre le petit groupe de Banoclès, Calliadès et Piria sur une plage alors qu'il tentait d'embarquer un troupeau de cochons à bord du Pénélope. Un troupeau de cochons conduit par une fermière du nom de Circé. Un peu plus tard, en vous passant pas mal de péripéties maritimes captivantes, le cochon à la tête du troupeau se retrouve emberlificoté dans le manteau jaune d'Ulysse… Vous la sentez venir, l'histoire?

En revanche, dans la seconde partie du récit, Ulysse m'a tout à fait déçue, encore qu'il n'en soit pas vraiment responsable. Je ne peux pas tout vous dire, sinon vous n'auriez plus envie de lire le livre, mais je vous donne tout de même un indice… un changement de camp. Ahah… Mystère mystère!

Il regarda de nouveau vers le camp des pirates.
– Tu sais qui je suis, Ganny? Je suis Ulysse, le prince des mensonges, le seigneur des conteurs. Je ne pleurerai pas pour les morts. Je les garderai dans mon coeur, et je vivrai ma vie du mieux possible, pour leur faire honneur. Et voilà qu'en bas, sur cette plage, il y a des mécréants qui essaieront demain de nous faire du mal. Nous n'avons pas assez d'épées ou d'arcs pour les battre, mais nous pouvons le faire grâce à notre intelligence! Ganny, mon garçon, demain tu seras emmené par Oristhénès et tu vivras une existence oisive à manger et à baiser les truies. Mais ce soir, tu peux venir avec moi, si tu en as envie, et nous vivrons une aventure. Qu'en dis-tu?
Le cochon inclina la tête sur le côté et regarda l'homme. Ulysse sourit.
– Oui, je vois que tu te poses des questions sur le danger. C'est vrai, ils pourraient nous tuer. Mais vois-tu, Ganny, nul n'est éternel!
Sur ces mots, il prit le chemin qui descendait vers le camp des pirates. Le cochon resta un moment immobile, puis il trotta derrière Ulysse, traînant toujours derrière lui le manteau jaune.

Troie, tome 2, de David Gemmell

Hélicon en mauvaise posture…

Une fois les nouveaux personnages et Ulysse laissés un peu de côté, on retrouve Hélicon et Andromaque. Ce dernier est gravement blessé ; un assassin qui se faisait passer pour un homme en qui il avait toute confiance lui a porté un terrible coup de dague, et la blessure s'est infectée. Couché sur son lit, brûlant de fièvre, il n'est plus que l'ombre de lui-même. S'en sortira-t-il, ou pas? Je vous tairai évidemment l'issue de cette situation. Mais sachez qu'Hélicon a des amis très avisés qui ont des ressources étranges et insoupçonnées. Et qu'Andromaque porte à merveille son nom, pour qui connaît un tant soit peu les positions du kamasutra…

Le lit était grand et couvert de draps blancs. À côté était assise une jeune femme enceinte qui travaillait à une broderie quelque peu froissée.
Hélicon était mortellement pâle, et il dormait. Andromaque regarda Xander. Son visage aussi avait pâli quand il avait vu dans quel état se trouvait réellement son héros. La sueur luisait sur le visage émacié d'Hélicon, et ses yeux fermés étaient enfoncés dans leurs orbites et entourés de cernes noirs. Une odeur de putréfaction flottait dans la chambre.
Xander resta silencieux, mais Andromaque vit que ses yeux s'emplissaient de larmes.

Troie, tome 2, de David Gemmell

Un style d'écriture toujours aussi inimitable…

La plume de Gemmell est, dans ce second tome, toujours aussi délectable. Rien n'est laissé au hasard, les intrigues s'enchaînent et s'entremêlent sans aucune fausse note, tout est parfaitement bien pensé, bien calculé. Les descriptions des paysages, des combats, des costumes sont toujours autant à couper le souffle. On ressent l'ambiance aussi bien que la matière ou que les odeurs, les saveurs. C'est une écriture magistrale, et on aimerait bien que cela ne s'arrête jamais.

 

Sa voix s'éteignit, et elle resta un moment silencieuse. Elle vit les silhouettes obscures des dieux marchant à l'horizon. Des chevaux et des ours les accompagnaient, et une grande créature cornue qu'elle ne reconnut pas. Elle sentait les vibrations de leurs pas résonner dans son épine dorsale.
Elle se pencha vers la jeune femme et murmura d'une voix insistante :
– La maison de Priam vivra pendant encore mille ans, et j'ai joué mon rôle là-dedans. Je l'ai bien joué. J'ai fait ce que j'avais à faire.
Elle se souvint de la journée, près d'un an plus tôt, où la menue Paleste s'était tordue de douleur sur le sol des appartements de la reine, tachant les tapis de ses vomissures, ses hurlements étouffés par un vieux châle.
Son esprit dériva, et elle revint aux jours où son seigneur et elle avaient navigué sur la Grande Verte. Ils avaient vécu à bord du navire, et ses souvenirs avaient tous le vert de la mer, le goût du sel sur ses lèvres. Jeunes et amoureux, ils avaient visité des îles verdoyantes et des cités de pierre, rencontré des rois et des pirates, dormi dans des lits d'or et d'ivoire, ou sur des plages fraîches sous les étoiles. Elle essaya de se souvenir du nom du navire, mais il lui échappa…

Troie, tome 2, de David Gemmell

En résumé…

Un second tome dans la droite lignée du premier, avec un rythme qui ne faiblit pas, encore qu'il y ait moins de grands combats épiques dans ce second opus. On sent que la guerre de Troie se prépare, lentement mais sûrement. Tous les facteurs sont là, tout se met en place progressivement, et chacun choisit – ou se voit imposer – un camp. À présent, chaque victoire compte, chaque alliance peut tout faire basculer. On sent cette tension grandissante, c'est magistralement bien rendu.

Les héros sont toujours aussi attachants, et les méchants de plus en plus détestables (certains donnent même envie de flanquer des baffes à tout va). Certains se situent entre les deux, et l'on se demande de quel côté la balance va pencher. Certains héros meurent, et on est triste pour eux, d'autres sont de plus en plus héroïques, et on est heureux de suivre leur évolution.

On découvre aussi de nouveaux aspects de la Grèce antique, avec notamment les jeux organisés à Troie, qui joueront un rôle politique majeur malgré la trêve instaurée.

Ma note : 19/20, juste parce qu'il y a un peu moins de grands combats épiques dans ce tome-ci. La fin m'a tenue un tantinet moins en haleine… encore que!

 

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^

Retrouvez-moi aussi sur Twitter, sur le compte @Acherontia_Nyx, ou sur Instagram, sur le compte Acherontia Nyx!

Votre dévouée,

Acherontia.

Les autres tomes chroniqués sur ce blog…

Tome 1, Le seigneur de l'arc d'argent

[Chronique] Sacrements, de Clive Barker

À chaque heure son mystère.
À l'aube, les arcanes de la vie et de la lumière. À midi, les énigmes de la solidité. À 15 heures, dans la bourdonnante chaleur du jour, une lune fantôme, déjà haute dans le ciel. Au crépuscule, le souvenir. Mais à minuit? Oh, à minuit, le mystère du temps même ; celui d'un jour qui passe à jamais pour devenir histoire, tandis que nous dormons.

Sacrements, Clive Barker

Synopsis…

Photographe de grand renom, Will Rabjohns fait frissonner le monde entier en dévoilant la nature sauvage sous ses aspects les plus cruels. Son œil impitoyable traque les derniers instants des animaux en voie de disparition.
Quand l'attaque brutale d'une ourse polaire le plonge dans un coma profond, il revit une aventure inquiétante, enfouie au cœur de ses souvenirs d'enfance : sa rencontre nocturne avec un couple étrange, porteur d'une mission de mort.
Will se trouve alors face à une vérité qui le dépasse et l'entraîne des bars gays de San Francisco aux collines du Yorkshire, puis au large de l'Ecosse, à la recherche de sa propre identité et de la source de toute vie.

[Chronique] Sacrements, de Clive Barker

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon second roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour octobre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de ce roman.

Avec ce volume, je continue sur ma lancée de ma grande incursion dans l'univers de Clive Barker.

[Chronique] Sacrements, de Clive Barker

Une bien étrange lubie…

Comme vous l'avez sans doute lu dans le résumé, Will, le héros du roman, est photographe. Mais, loin de suivre les traces de ses nombreux confrères, Will ne s'exerce pas à l'art délicat du portrait, ni à celui de photographe reporter, et encore moins à celui de photographe sportif. Non, Will a ses petites lubies, ses thèmes de prédilection qui le rendent unique, en un sens. Unique, et terriblement macabre. Les animaux en voie de disparition sont ses modèles, la cruauté gratuite son leitmotiv, et la bêtise humaine son cheval de bataille.

Voilà qui fait de Will un photographe professionnel écologiquement engagé, et c'est très bien, dans un sens. Oui, sauf que Will n'est pas aussi clair qu'il en a l'air. On se rend vite compte que sa passion pour le moins morbide ne relève pas juste d'un héroïsme dénonciateur, d'un combat sans fin contre la barbarie de l'homme, mais plutôt d'une sorte de fascination malsaine face à la mort. Et encore plus quand ces animaux massacrés sont… les tous derniers représentants de leur espèce. Celui-là ne reviendra pas… ni celui-là… ni celui-là, non plus…

Will regarda. La lumière émise par les photographies n'était pas stable, et il y avait une bonne raison à cela. Sur les images, les formes brillantes et floues s'étaient animées : elles voltigeaient et papillotaient, comme si le feu les dévorait lentement. Et dans leur agonie Will les reconnaissait toutes : un lion écorché, pendu à un arbre ; une tente misérable, faite de bouts de peau d'éléphant pourrissante, jetée sur les os de leurs congénères… Images d'un monde corrompu, elles n'étaient plus fixes ni lointaines, mais déferlaient dans la pièce en un furieux tourbillon de douleur.

Sacrements, de Clive Barker

Étant très sensible à la cause animale, j'avoue que la passion de Will m'a mise assez mal à l'aise. J'apprécie le geste, toutefois. Cette dénonciation des méfaits humains à l'égard des populations animales est plus que louable. Il faut après tout bien que quelqu'un agisse en tant qu'éveilleur de conscience. Si personne ne s'en charge, comment les choses peuvent-elles changer? Et il faut dire aussi que le poids et la symbolique de l'image a généralement une force de persuasion que d'autres médias n'ont pas.

Malgré tout, étant trop sensible, j'ai tendance à éviter ces images qui me choquent et me font trembler jusqu'au plus profond de moi. Donc, rien d'étonnant à ce que j'aie trouvé certains passages de ce livre déroutants, voire heurtants. Ceci étant, j'apprécie l'initiative de l'auteur qui, par le biais de l'écriture et du fantastique, parvient à faire passer un message de mise en garde quant à la mise en danger et la disparition de centaines d'espèces animales de par le monde. Je ne sais pas si tel était son but, ou s'il s'agit simplement d'un élément d'intrigue comme un autre pour lui, mais quoi qu'il en soit, ça ne peut pas faire de mal.

Entre rêve et réalité…

Quand tout dérape…

Comme on peut s'en douter, c'est le genre de métier qui comporte indubitablement des risques, et non des moindres. C'est en cherchant à photographier des ours se nourrissant dans une décharge publique que tout dérape pour Will. Il est attaqué par une ourse massive qui le laisse dans un état physique pitoyable et un profond coma.

Sur sa gauche, hors de son champ de vision, quelque chose reniflait. Will tourna son regard chaviré dans cette direction. L'ourse avait plongé son museau dans le corps de Guthrie, dont elle humait les exhalaisons. Elle releva sa tête énorme. Son museau dégouttait de sang.
Voilà donc à quoi ressemble la mort, songea Will. Pour chacun d'entre nous, voilà à quoi ressemble ce qu'il avait photographié tant de fois. Le dauphin pris dans le filet, qui se noie tout doucement, avec de pitoyables frémissements ; le singe paniqué, qui s'agite entre les cadavres de ses congénères, et tourne vers Will un regard que celui-ci n'a pu soutenir qu'à travers l'objectif. Dans ces circonstances , ils se valaient tous, le singe, l'ourse et lui-même. Ils n'étaient rien que des êtres éphémères, dont le temps était compté.

Sacrements, de Clive Barker

Retour vers le passé…

Le coma de Will a ceci de particulier qu'il le ramène loin dans ses souvenirs, jusque dans son univers pour le moins malheureuse. Coincé entre une mère dépressive et un père indifférent à son sort, qui lui reproche la mort de son frère, chouchou de la famille, Will ne parvient pas à trouver sa place. Alors que la famille déménage dans un trou perdu de l'Angleterre, le gamin se lie plus ou moins d'amitié avec un frère et une soeur qu'il entraînera dans ses étranges aventures champêtres. Les deux frangins lui parlent d'un étrange bâtiment en ruine perdu dans les collines, et bien entendu, comme tous les enfants qui se respectent, ils pousseront leurs excursions jusqu'à cet endroit prétendu maudit, par curiosité et par goût du risque. Ce qu'ils y découvriront les traumatisera et les poursuivra toute leur vie durant.

Il tremblait comme une feuille et commençait à claquer des dents. Il avait mal aux jambes, et son visage battu par la pluie était tout engourdi. Il essaya d'appeler à l'aide, mais dut rapidement renoncer à cette idée. En comparaison du vacarme de l'orage, sa voix semblait si frêle qu'après quelques cris il s'aperçut qu'il n'avait aucune chance de se faire entendre. Il avait tout intérêt à économiser les forces qui lui restaient, à attendre que l'orage passe pour pouvoir s'orienter. Cela devrait être assez facile, sitôt que les lumières du village réapparaîtraient – et elles le feraient fatalement, tôt ou tard.
Et soudain un cri, quelque part dans la tempête. Quelque chose déboula, juste devant lui, puis une voix sèche :
– Attrapez-le!

Sacrements, de Clive Barker

Mauvaises rencontres…

C'est lors d'une excursion en solitaire que Will rencontrera un très étrange couple, Jacob Steep et Rosa McGee. Fasciné par eux, il ne pourra s'empêcher d'être entraîné par eux vers des activités bizarres et de plus en plus dangereuses. Il voue à Steep une dévotion totale, sans doute parce qu'il est en manque de reconnaissance paternelle et qu'il trouve en cet individu un peu de ce réconfort et de ce charisme qui manquent si cruellement à son père. Il suivrait Jacob les yeux fermés jusque dans les pires plans foireux, s'il le fallait. Et c'est d'ailleurs ce qui se passe… Car Jacob Steep et sa femme sont tout sauf des individus inoffensifs et sains d'esprit. Ils entraîneront le petit sur une voie sombre, attisant en lui le goût et la fascination pour la mort, faisant surgir dans son esprit d'étranges visions qui le poursuivront jusque dans ses rêves, tout de sa vie, jusqu'au dénouement de l'histoire.

En parlant, il plongea la main dans sa poche, dont il tira encore un peu de combustible pour alimenter son minuscule bûcher. Cette fois, Will était assez près pour s'apercevoir que ces brindilles bougeaient. Fasciné et un peu écoeuré, Will se rapprocha de la table et vit enfin ce que tenait Steep : une phalène dont il serrait les ailes entre le pouce et l'index. Les pattes et les antennes s'agitèrent désespérément lorsque l'insecte fut précipité dans le feu, et, durant un bref instant, ce fut comme si la chaleur du feu allait soulever l'animal et l'emporter en lieu sûr, mais, avant qu'il n'ait pu s'élever, ses ailes s'enflammèrent, et il tomba.
– En vivant comme en mourant, nous alimentons le feu, souffla Steep. Telle est la mélancolique vérité des choses.

Sacrements, de Clive Barker

D'agaçantes entités…

Mais qui sont ces étrangers qui logent en pleine campagne comme des clochards, et qui parlent de mort comme si c'était la plus belle chose en ce monde? Le texte laisse entendre qu'ils pourraient être des sortes de divinités, mais personnellement, je les trouve juste bizarres. Ils m'évoquent plutôt des patients hystériques évadés de l'hôpital psychiatrique du coin…

Je dois dire que cette propension à la théâtralité m'a beaucoup agacée, tout comme leur petit jeu de "je t'aime, je ne t'aime plus", et le fait qu'ils ne savent jamais vraiment ce qu'ils veulent. Jacob Steep tient toujours des propos étranges, comme s'il s'était fait laver le cerveau par une secte morbide férue de mort et de sang. Ses dialogues étaient trop mystiques pour moi, aussi avais-je trop souvent du mal à suivre où il voulait en venir. Quant à Rosa, son côté geignard et son tempérament de chaudasse invétérée ne m'a pas du tout plu. Et quand je dis chaudasse, elle est même carrément glauque et malsaine! Cette scène où elle laisse un gamin la toucher, et celle où elle dit avoir essayé des rapports sexuels avec un cheval… hmmm! No comment…

Je comprends que Will se soit senti attiré par ces deux personnages énigmatiques, que la curiosité et le besoin de reconnaissance parentale l'ait poussé à les suivre, mais en ce qui me concerne, cela n'a pas fait mouche dans mon esprit. Ils ont juste réussi à me taper sur les nerfs. Dommage…

Quel dommage que le gamin soit encore si petit! Elle se serait volontiers amusée avec lui, un certain temps. Elle aurait fini par l'épuiser, bien sûr, et très vite. Chaque fois qu'elle avait ouvert son lit à d'autres hommes que Steep, elle avait toujours été déçue. Malgré leur virilité, malgré leur ardeur, aucun d'entre eux n'avait eu l'extraordinaire endurance de Jacob. Bon Dieu, elle le regretterait! Pour elle, il avait été plus qu'un mari, plus qu'un amant ; il avait été l'aiguillon qui l'avait poussée à tous les excès, suscitant des comportements qu'elle n'aurait jamais osé se permettre, et dont elle n'aurait jamais pensé tirer tant de plaisir, avec quelque être que ce fût, homme ou bête.

Sacrements, de Clive Barker

En résumé…

Je suis assez mitigée quant à cette lecture… Même si certaines descriptions ont heurté ma sensibilité, j'ai apprécié le message écologique passé, que ce soit voulu ou non par Clive Barker. L'écriture de l'auteur était, dans ce roman-ci, égale à elle-même, dirais-je. Ni meilleurs, ni moins bonne que celle trouvée dans mes précédentes lectures. J'ai même relevé quelques jolies métaphores, ce qui ne gâche rien. Petit bémol, je me serais peut-être bien passée de certaines scènes de débauche (sexuelle et autre). Cela n'a rien à voir avec l'homosexualité de Will, car je me pose clairement en adversaire de l'homophobie, mais je suis mal à l'aise avec ce que l'alcool et les drogues peuvent avoir comme résultat. La perte de contrôle de soi qu'ils induisent m'effraie, et je n'aime guère retrouver cela, ni dans les livres, ni à la télévision. Mais cela ne tient évidemment qu'à moi…

Mis à part Will, je n'ai pas accroché avec les personnages, et surtout pas avec les deux protagonistes principaux, à savoir Jacob et Rosa. Je n'ai juste pas compris ce qu'ils étaient, et même si je l'avais compris, je crois qu'ils m'auraient tapé sur les nerfs malgré tout. Ce mysticisme propre à Jacob, et ce côté "petite fille trop gâtée" de Rosa, ce sont là des points de caractères qui tendent à m'agacer au plus haut point. Dommage, car l'histoire repose principalement sur leur deux personnages…

Une dernière chose, et non des moindres, je n'ai en fait pas compris le but de l'histoire. Où l'auteur a-t-il voulu en venir? Qu'est-ce que c'est que cette histoire de fou? J'ai trouvé que la fin partait un peu en vrille (pour ne pas dire en couille…), et je n'ai pas eu les réponses aux questions que je me posais. Ou alors, si l'auteur les a données, je ne les ai pas comprises. La faute aux propos trop sibyllins de ses personnages…!

Ma note : 14/20, pour être gentille, parce que le style d'écriture est soigné et que j'ai aimé le personnage de Will.

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^

Retrouvez-moi aussi sur Twitter, sur le compte @Acherontia_Nyx, ou sur Instagram, sur le compte Acherontia Nyx!

Votre dévouée,

Acherontia.

[Chronique] Sacrements, de Clive Barker

D'autres romans de Clive Barker chroniqués sur mon blog…

[Chronique] Troie 1, Le seigneur de l’arc d’argent, de David Gemmell

La Guerre de Troie n'aura pas lieu… enfin, pas encore tout à fait!

Mais le premier tome de la saga Troie, lui, aura gagné mon coeur comme l'on gagne une bataille. Je me suis laissée séduire par ce récit mené tambour battant, me prenant d'amour pour nombre de personnages aux personnalités riches, complexes et attachantes. La plume de Gemmell, fluide, vibrante, précise, est venue me haper pour m'emmener aux confins de la Grande Verte, à la rencontre d'une époque et de civilisations qui m'étaient jusque là plutôt hermétiques.

Acherontia

Synopsis…

Trois individus vont changer la destinée de plusieurs nations.
Hélicon, le jeune prince de Dardanie, hanté par une enfance traumatisante; la prêtresse Andromaque, dont le caractère de feu et l'indépendance forcenée se dressent contre la volonté des rois; et le légendaire guerrier Argurios, emmuré dans la solitude, uniquement motivé par son besoin de vengeance.
A Troie, ils découvrent une cité déchirée par des rivalité impitoyable -un maelström de jalousie, de tromperie et de traîtrise meurtrières. En dehors des murs de la cité mythique, des ennemis assoiffés de sang convoitent ses richesses et conspirent à sa chute. C'est une époque de bravoure et de trahison. Une époque de bain de sang et de terreur.
Une époque pour les héros!

[Chronique] Troie 1, Le seigneur de l'arc d'argent, de David Gemmell
Logo Livraddict

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon premier roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour octobre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de ce premier tome.

Pourquoi me suis-je lancée dans cette saga fantasy en particulier? Tout d'abord parce que j'ai longtemps entendu parler de David Gemmell et que, en tant que fan de fantasy, je trouvais inconcevable de n'avoir encore rien lu de cet auteur incontournable. Ensuite, parce que j'étais curieuse de voir ce qu'il pouvait ressortir d'une fiction s'inspirant de la guerre de Troie. Pourtant, au départ, j'étais dubitative. Je ne suis pas une fan incontestée de l'Antiquité grecque, et j'avais un peu peur de me lancer les yeux fermés dans une longue saga qui ne me plairait peut-être pas. J'ai malgré tout prit le risque, parce que c'est du David Gemmell, et parce que parfois, il faut pouvoir élargir son esprit à la nouveauté…

 

Une question de mise en place…

Assez curieusement, il m'a fallu à peine 70 pages pour dire de rentrer tout à fait dans l'histoire, et pourtant ces 70 pages m'ont semblé durer assez longtemps. Les premiers chapitres m'ont un peu déroutée dans le sens où ils présentent des personnages qui n'apparaissent ensuite plus une seule fois dans l'histoire, comme la petite Phia et sa maman, ou Spyros le rameur. Certes, ils sont là pour introduire d'autres personnages plus importants, tels Hélicon ou Gershom. Mais sur le moment, je ne savais pas trop à quels personnages je devais m'attacher et lesquels seraient ensuite laissés de côté.

Pourtant, le style d'écriture m'a plu d'emblée. Très fluide et très riche, la plume de Gemmell se fait tantôt fine, tantôt violente. Mais toujours, elle parvient à décrire à merveille l'ambiance des îles grecques à l'Antiquité. J'ai été bluffée par la force de ses descriptions, semées de ci de là parmi les dialogues et les scènes d'action. À bord du Xanthos, je sentais les embruns, le sel et la brise marine. Dans les rues des villes, je sentais les herbes aromatiques, le miel des pâtisseries, mais aussi l'odeur de la garrigue cuite par le soleil d'été, celle de la terre des habitations, celle des tissus et de l'hygiène rudimentaire des citadins. Je sentais les remugles sous-jacents du bétail, de l'industrie des métaux, des abattoirs, des teintureries.

J'ai aussi très vite eu le sentiment que l'auteur s'était énormément documenté sur l'époque, ses moeurs et coutumes, ses croyances, ses techniques, ses métiers, sa vie quotidienne. J'ai été très impressionnée par la clarté et la précision de certaines scènes, subtilement agrémentées de détails auxquels je n'aurais, en tant que lectrice, jamais pensé.

Tout cela contribue à rendre l'univers décrit réel, presque tangible, et en cela, j'ai trouvé l'écriture de Gemmell tout à fait remarquable.

Immobiles et silencieux, les douze hommes vêtus de longs manteaux de laine noire se tenaient à l'entrée de la caverne. Le vent d'automne était anormalement froid, mais ils ne se réchauffaient pas les mains en soufflant dessus. Les rayons de la lune scintillaient sur leurs plastrons de bronze et leurs casques à la crête blanche, sur leurs protections de poignets et leurs jambières en métal repoussé, ainsi que sur les pommeaux des épées courtes qu'ils portaient à la ceinture. Malgré tout ce métal froid sur leur corps, ils ne frissonnaient pas.
La nuit devint plus froide, et, vers minuit, la pluie se mit à tomber. De la grêle crépita contre leurs armures, mais les hommes ne bougèrent pas.

Troie Tome 1, de David Gemmell

Un petit topo des différents camps en présence…

Une des grandes difficultés, lorsque l'on entame cette trilogie, c'est de se familiariser avec les différents personnages et les camps, amis ou ennemis, auxquels ils appartiennent. Les personnages sont nombreux, mais tous attachants à leur manière (pour ceux qui sont amis, en tout cas, parce que je ne peux pas dire que le premier camp que je vais présenter soit sympathique…)

Le camp des mycéniens…

Agamemnon ne répondit pas. Hélicon était un parent de Priam, le roi de Troie. Agamemnon avait un traité d'alliance avec Troie, et avec la plupart des royaumes marchands de la côte est. Malgré ces traités, il finançait des raids de pirates sur des galères mycéniennes, pour piller les villes de ses alliés et s'emparer des vaisseaux marchands et de leurs cargaisons – du cuivre, de l'étain, du plomb, de l'albâtre ou de l'or. Les galères pirates lui payaient toutes une dîme sur leur butin. Cela lui permettait d'équiper ses armées et de faire des faveurs à ses généraux et à ses soldats. Officiellement, il était contre les pirates, passibles de la mort pour leurs offenses, et il ne pouvait donc pas déclarer Hélicon ennemi de Mycènes. Troie était un royaume riche et puissant, et le commerce avec cette cité rapportait d'énormes bénéfices, payés en cuivre et en étain, nécessaires à la fabrication des armures de bronze.
La guerre contre les Troyens se dessinait, mais il n'était pas encore prêt à se faire un ennemi de leur roi.

Troie Tome 1, de David Gemmell

Dans cette trilogie, les Mycéniens sont les grands méchants de l'histoire. Dirigés par le roi Agamemnon, aussi sec que malveillant, ils sont les ennemis de Troie et chercheront, tout au long du récit, à s'emparer de cette dernière. Pour ce faire, tous les moyens sont bons, surtout ceux qui usent de la traîtrise et de la manipulation. Agamemnon est un homme fourbe et sans aucun sens moral, et ses troupes se comportent bien sûr à son image.

Pourtant, comme dans notre monde, il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Certains Mycéniens se révèleront être des hommes de valeurs, tels Argurios. Je ne vous dirai pas ce qu'il fait pour prouver sa valeur, car ce serait vous spoiler, ce qui serait franchement dommage. Mais sachez tout de même qu'Argurios est un de mes personnages favoris de ce premier tome, et que vous commencerez à comprendre pourquoi vers la seconde moitié du roman… Pour les petits curieux, j'en parle dans mon tout premier Throwback Thursday accessible via le lien suivant :

Hélicon et l'équipage du Xanthos…

Toute la matinée, Hélicon resta sur le haut pont arrière, en vue de l'équipage affairé. L'ambiance était tendue, car les marins craignaient tous de naviguer sur le Vaisseau de la Mort. Sa présence les calma, et ils travaillèrent avec plus de facilité. Il savait ce qu'ils pensaient. Le Bienheureux, béni des dieux, voguerait avec eux. Rien de mauvais ne pourrait leur arriver.
Il était vital qu'ils conservent cette foi en lui. Hélicon savait que le plus grand danger était qu'il se mette à y croire lui-même. Les hommes parlaient de sa chance, et soulignaient qu'aucun de ses vaisseaux n'avait jamais fait naufrage. La chance y était sans doute pour quelque chose, mais à chaque fin de saison commerciale, ses vaisseaux étaient vérifiés par des charpentiers, tirés sur la plage, débarrassés de leurs bernaches et réparés si nécessaire. Les équipages étaient triés sur le volet, et les capitaines étaient toujours des hommes de grande expérience. Aucune de ses cinquante galères n'avait jamais pris la mer trop chargée, ou couru des risques inutiles pour faire un peu plus de profit.

Troie, Tome 1, de David Gemmell

Hélicon, aussi appelé Énée, est pour moi un des grands héros de cette histoire. Fils d'Anchise, un roi qui le considère comme un bon à rien, c'était un enfant craintif et éteint, jusqu'à sa rencontre avec Ulysse. Ce dernier le poussera dans ses derniers retranchements afin de lui permettre de dépasser ses peurs. Par la suite, Ulysse l'emmènera sur son navire, le Pénélope, et le prendra sous son aile, faisant de lui un homme et un héros par la même occasion.

J'adore ce personnage également, car il a fait de ses peurs et de ses blessures une force. Il prend sa revanche sur la vie d'une belle manière, avec honneur et courage. Il prend sa revanche de façon personnelle sur les mycéniens, aussi, et quelle revanche! Sanglante et fumante à souhait… Mais on préfère fermer les yeux sur la violence qui se déchaîne en lui pour y arriver, préférant ne garder à l'esprit que ses bons côtés. De plus, il a, d'après les descriptions, un physique plus qu'attrayant, ce qui ne gâche rien… Mais désolée de vous l'apprendre, les filles, le colosse tombera profondément amoureux d'Andromaque, promise à son meilleur ami Hector.

À bord de son navire, le Xanthos, il est appelé le Bienheureux en raison de sa chance incroyable sur la mer et lors des combats. D'autres personnages importants gravitent autour de lui, tels Gershom, Oniacus ou encore Attalus.

Ulysse et l'équipage du Pénélope…

Non, les dieux, dans leur sagesse infinie, avaient décidé qu'Ulysse serait laid. Ils avaient dû longuement réfléchir à la question, se dit le marin, parce qu'ils avaient accompli leur tâche avec brio. Il avait les bras trop longs, les mains noueuses et les jambes aussi arquées que celles d'un cavalier thessalien. Même ses dents étaient de travers. Et Pénélope lui avait fait remarquer, en riant, qu'il avait une oreille plus grande que l'autre. Pourtant, un des dieux avait sans doute eu pitié de lui. Pour compenser sa laideur, il lui avait accordé le don de savoir raconter des histoires extraordinaires. Il était capable de tisser des récits d'une complexité époustouflante, et il détectait les réactions de son auditoire aussi bien, sinon mieux, que les mouvements subtils des vents. Partout où il accostait, des foules se rassemblaient autour de lui, et attendaient patiemment qu'il daigne se lancer dans un de ses récits fabuleux. Parfois, il disait qu'il était fatigué, ou bien qu'ils connaissaient désormais toutes ses histoires. Après s'être fait prier et supplier un certain temps, il soupirait, et la représentation commençait.

Troie, Tome 1, de David Gemmell

De tous les personnages, c'est Ulysse qui m'a le plus surprise. J'avais de lui une image toute faite en tête, celle que les récits antiques nous renvoient. Mais Gemmell a su s'approprier les mythes et les légendes de la Grèce antique afin de tisser son propre univers, ses propres personnages.

Ainsi, Ulysse est-il devenu laid. C'est assez comique, parce que suite à la description retranscrite en citation, je le voyais à l'image de Willy, le vieux jardinier écossais dans Les Simpsons. Allez savoir pourquoi…

Mais cette laideur est largement compensée par les talents de conteurs d'Ulysse. Ainsi, l'auteur détourne toute une série de légendes originales tournant autour d'Ulysse, et les transpose à sa sauce. Ulysse les raconte comme des histoires qui lui seraient arrivées, affabulant autour de petites anecdotes de son quotidien de marin. On le voit particulièrement bien dans le second tome de la saga, aussi reviendrai-je sur ce point dans ma prochaine chronique.

Ulysse est également un marin hors pair, un grand guerrier et un excellent tacticien à ses heures. Son amour sans faille pour sa femme Pénélope est touchant et contribue à faire de lui un autre de mes personnages de prédilection.

Le roi Priam et celles/ceux qui gravitent autour de lui…

Priam se souciait fort peu des cinquante enfants qu'il avait faits à ses trois femmes et à ses trente concubines. Ceux qu'il favorisait avaient intérêt à lui prouver leur valeur. Il vendait ses filles à des princes étrangers en échange d'alliances, et ses fils travaillaient dans ses trésoreries, dans la prêtrise ou dans l'armée. De tous ses enfants, il montrait ce qu'on pouvait appeler de l'affection pour deux seulement : Créüse et Hector. Sa fille connaissait les secrets permettant d'amasser des richesses. Et son fils était un combattant redoutable. Tous deux étaient des atouts dans son jeu, voilà tout.
Le vieil homme semblait même amusé par l'idée que nombre de ses enfants complotaient sa mort. Ses espions lui rapportaient le moindre de leurs mouvements. Puis, au moment où ils s'apprêtaient à passer à l'action, Priam les faisait arrêter. Au cours des trois dernières années, il avait fait exécuter cinq de ses fils.

Troie, Tome 1, de David Gemmell

Priam, en revanche, fait partie de ces personnages que j'ai secrètement envie de baffer encore et encore, et qui ont pourtant un rôle important à jouer dans l'histoire. C'est un homme infâme sur toute la ligne. Très beau et très porté sur le sexe, il n'a de cesse de tromper sa femme mourante à tout va, parfois par la séduction, souvent par la force. Des fils naissant de ces unions, il n'en a cure, prenant plaisir à les humilier à chaque rencontre, à les rabaisser le plus bas possible.

Et pourtant, Priam sera un personnage important de l'histoire. Non seulement il est roi de Troie et combat les Mycéniens, mais il est aussi le père d'Hector, le plus grand des héros troyens, le beau-père d'Andromaque dont je parlerai plus loin, et est parent avec Hélicon. Rien que ça…

Hector, quant à lui, est presque absent de l'histoire. Parti en mission à l'autre bout du monde, on ne le voit qu'en filigrane, et ce jusqu'aux tous derniers chapitres du roman. Ses exploits à la guerre et sa faculté à rester en vie même dans les situations les plus désespérées font de lui un demi-dieux vivant aux yeux du peuple de Troie. Il est donc un symbole de la puissance troyenne. Si Hector tombe, c'est toute la ville de Troie qui perd confiance en sa faculté à se défendre. Pourtant, les habitants de la ville sont bien loin de s'imaginer qu'Hector possède un point faible. Un tout petit détail, mais qui a son importance en ce qui concerne la lignée des rois de Troie.

Andromaque est la promise d'Hector. Ancienne prêtresse du Minotaure sur l'île de Théra, elle est démise de ses fonctions et amenée contre son gré à Troie afin d'épouser le grand héros local. Mais Andromaque ne l'entend pas de cette oreille. Elle ne craint rien, surtout pas les hommes avec leurs machinations et leur surplus de testostérone. Aussi effrontée qu'intelligente, elle prendra de force sa place au sein de la cour de Priam et aura son mot à dire dans bon nombre de situations délicates. En tant qu'archère hors paire, elle n'hésitera pas à partir au combat, en démontrant son courage et son habileté dans l'art de la guerre.

Pour moi, Andromaque représente l'héroïne parfaite. Belle, rebelle, courageuse, valeureuse, intelligente, elle est aussi indispensable à l'histoire de Troie que la lune est nécessaire au soleil.

De belles histoires d'amours impossibles…

En marchant vers le port, Hélicon pensait à Andromaque. Il sentait encore la chaleur de son corps pressé contre le sien dans leur étreinte, et le parfum remémoré de sa chevelure le remplissait de nostalgie.
Il aurait maintenant préféré avoir quitté Troie plus tôt, et ne pas être allé rendre visite à Hécube agonisante.
Il jeta un coup d’œil au ciel, aux nuages bas à l'ouest, et se demande s'il avait offensé Aphrodite, la déesse de l'Amour. Il lui avait peut-être offert moins d'offrandes qu'aux autres divinités. L'ironie de la situation ne lui échappait pas. Il s'était refusé à prendre femme sans amour et à présent qu'il avait rencontré l'élue de son cœur, l'incarnation de tous ses rêves, elle était promise à un autre… Pis, elle devait épouser son ami le plus proche.

Troie, Tome 1, de David Gemmell

Plusieurs histoires d'amour s'entremêlent dans ce premier tome. Des amours impossibles, des amours qui finissent mal, des amours heureux parfois…

Je vous ai parlé de l'amour impossible entre Hélicon et Andromaque, qui sera bien problématique pour la suite de l'histoire, puisqu'Andromaque doit épouser Hector, le meilleur ami d'Hélicon. Mais il y a, au coeur de ce récit, d'autres histoires, dont une que j'ai trouvé très belle, très poétique… et qui pourtant finit affreusement mal, m'arrachant quelques larmes au passage (et chez moi, c'est chose rare).

L'escalade de la violence…

Hélicon mit son heaume en bronze et courut rejoindre ses meilleurs combattants sur le pont central. Puis, grimpant par-dessus le bastingage, il cria : "Pour Zidantas!" et sauta sur le pont de la galère mycénienne, en dessous de celui du Xanthos. L'équipage ennemi, armé d'épées, de haches et de massues, se porta à la rencontre des attaquants. Hélicon frappa du plat de sa lame le premier, flanqua le deuxième sur le pont d'un coup d'épaule, puis bondit et enfonça son épée dans la poitrine du troisième. Un quatrième marin visa sa tête, mais une énorme massue l'envoya bouler. C'était celle de Zidantas, dans les mains de Gershom.

Troie, Tome 1, de David Gemmell

Bien sûr, qui dit Troie, dit guerre. Dans ce premier tome, on suit toute cette escalade de violence qui mènera finalement à la guerre ouverte. Cela commence toujours sur un petit évènement, qui aurait pu passer pour anodin s'il n'y avait toujours un besoin de vengeance derrière. Ainsi, pour venger la mort d'Alectruon le pirate mycénien, tué par Hélicon, Agamemnon va s'arranger pour faire assassiner le bras droit d'Hélicon, Zidantas. Hélicon voudra se venger à son tour en incendiant une flotte mycénienne, et ainsi de suite. Une fois que le doigt est mis dans l'engrenage, il n'y a plus de limite à la violence et à la recherche de vengeance. Tout va crescendo, jusqu'au grand final, une bataille à mort, sanglante et rapide, où les deux camps ennemis semblent n'avoir aucun autre échappatoire que la mort.

Force est de constater que, bien souvent, cela se passe ainsi dans notre monde. Après tout, de nombreux récits de Fantasy ne sont qu'un reflet de notre réalité, une façon de mettre le doigt où ça fait mal tout en jouant sur les allégories.

Mais ne nous y trompons pas, ce roman est plus un récit d'action qu'une fable morale sur la barbarie de l'Homme. Les scènes de combat sont époustouflantes de réalisme, et elles ne tirent pas en longueur. Moi qui, d'habitude, ne raffole pas des scènes d'actions, j'ai trouvé que celles-ci se laissent lire sans modération. Elles confèrent au récit un rythme haletant, un suspens presque insoutenable. La bataille finale est particulièrement grandiose, et m'a tenue en haleine jusqu'à… 4h du matin! Hé oui, alors que je devais aller travailler le lendemain matin! Merci, monsieur Gemmell, franchement…

En résumé…

La Guerre de Troie n'aura pas lieu… enfin, pas encore tout à fait!

Mais le premier tome de la saga Troie, lui, aura gagné mon coeur comme l'on gagne une bataille. Je me suis laissée séduire par ce récit mené tambour battant, me prenant d'amour pour nombre de personnages aux personnalités riches, complexes et attachantes. La plume de Gemmell, fluide, vibrante, précise, est venue me haper pour m'emmener aux confins de la Grande Verte, à la rencontre d'une époque et de civilisations qui m'étaient jusque là plutôt hermétiques. Je suis restée prisonnière de l'histoire, captive des yeux d'Hélicon et de la chevelure rousse d'Andromaque, jusqu'à ne plus pouvoir m'en détacher. Et de fait, j'ai lu le dernier tiers du roman d'une traite…

Notons aussi que cette réédition Milady est particulièrement jolie et soignée. La couverture est soyeuse et agréable à tenir, la police d'écriture est juste nickel, le poids du roman acceptable, et les illustrations sympas. Que demande le peuple?

Cette saga sera décidément un de mes grands coups de coeur de cette année…

Ma note : 20/20… Eh oui, rien que ça!!

Les autres tomes de la série…

 

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^

Retrouvez-moi aussi sur Twitter, sur le compte @Acherontia_Nyx, ou sur Instagram, sur le compte Acherontia Nyx!

Votre dévouée,

Acherontia.

[Chronique] Galilée, de Clive Barker

Synopsis…

Depuis la naissance des États-Unis, deux des familles les plus puissantes d'Amérique se livrent une guerre impitoyable dont l'origine reste mystérieuse. Et lorsque Galilée, le fils prodige du clan Barbarossa, condamné tel le hollandais volant à errer sur les mers du monde entier, tombe amoureux de Rachel, la jeune épouse du clan Geary, l'affrontement prend une nouvelle ampleur. D'anciens secrets ressurgissent, des forces surnaturelles se déchaînent et emportent les amants dans un monde de cauchemar. Car ce qui est en jeu n'est pas seulement le pouvoir ou l'argent, mais bien la quête de l'immortalité

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon second roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore pour ce troisième trimestre de l'année. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

Le choix de ce roman de Clive Barker dérive d'une suite logique. Dès le début de mon partenariat avec Bragelonne, j'ai entrepris de chroniquer chaque (ré)édition des romans de l'auteur. Après Secret show, voici donc ma chronique de Galilée, qui sera suivie, dans quelques temps, de celle de Sacrement qui doit sortir dans le courant d'octobre.

[Chronique] Galilée, de Clive Barker

Une bonne idée de départ…

À l'entame de ce roman, j'étais franchement emballée par le concept. Cette histoire de deux familles influentes, l'une riche à milliards et l'autre possédant un surprenant caractère surnaturel, deux familles qui se vouent une haine impitoyable pour d'obscures raisons, avait tout pour me plaire. Sans compter le fait que j'apprécie généralement ces grandes fresques littéraires dépeignant plusieurs pans de l'histoire, détaillant des généalogies qui n'en finissent plus.

Les premiers chapitres ont confirmé ce que je pressentais à l'ouverture du roman. L'ambiance très particulière m'a d'emblée rappelé le roman d'Anne Rice, Le lien maléfique, où il est aussi question d'une grande histoire familiale qui débute à l'époque des Celtes et se poursuit jusqu'à notre époque, avec un côté surnaturel et une ambiance particulièrement pesante comme je les aime.

Je commençais à comprendre qu'une des malédictions de la famille Barbarossa était l'apitoiement sur soi-même. Il y avait Luman dans son fumoir qui mijotait sa revanche contre des morts ; moi, dans ma bibliothèque, persuadé que la vie m'avait rendu un horrible service ; Zabrina enfermée dans sa propre solitude, boursouflée de sucreries. Et même Galilée – là-bas sous un ciel infini – qui m'écrivait des lettres mélancoliques évoquant l'inanité de sa vie. Tout cela était pathétique. Nous qui étions les fruits bénis d'un arbre si extraordinaire. Comment en étions-nous venus à nous lamenter sur nos existences, au lieu de trouver des motivations dans le fait de vivre? Nous ne méritions pas ce qu'on nous avait donné : notre prestige, nos dons, nos visions. Nous les avions gaspillés, tandis que nous pleurions sur notre sort.
Était-il trop tard pour changer tout ça? me demandais-je. Quatre enfants ingrats avaient-ils encore une chance de découvrir pourquoi ils avaient été créés?

Galilée, de Clive Barker

Un joli style d'écriture…

Le style d'écriture que j'ai découvert entre les pages de Galilée est très plaisant. La plume est fluide et littéraire, agréable à lire. Et même si certaines descriptions tirent un peu en longueur, le tout se lit avec bonheur et aisance.

Je me suis étonnée du fait qu'une bonne partie du récit soit écrit au présent, et à la première personne qui plus est. En fait, le roman est construit d'une façon assez originale. C'est Maddox, un des membres de la famille Barbarossa, qui raconte l'histoire à sa manière. Au début du roman, on le voit prendre la décision d'écrire un livre sur l'histoire de sa famille (la famille surnaturelle), et par conséquent aussi sur celle de la famille Geary (la famille riche à milliards), puisque les deux sont intimement liées.

Il est donc des parties où c'est Maddox qui raconte sa petite vie et ce qui se passe autour de l'écriture de son livre (parties écrites au présent), et des parties qui sont en fait des extraits de son livre en cours d'écriture (parties souvent écrites au passé simple).

Cela m'a un peu déroutée au début, mais ensuite, je me suis aperçue que ce n'était pas plus mal, car les parties "roman" et les parties "petite vie de Maddox" étaient dès lors bien séparées.

– Tu me rappeles… (Je devinais la suite) … ton père.
Je ne pense pas avoir répondu quoi que ce soit. J'étais bien trop intimidé. En outre, si j'avais essayé de parler, je doute que ma langue ait accepté de m'obéir. Alors, je restai planté là, tandis que Cesaria glissait vers moi, et le vacarme animal jaillit d'elle avec une férocité renouvelée.
Mais cette fois, ce raffut s'accompagna d'une vision, non pas dévoilée par le nuage, mais comme sculptée dans sa masse. Je n'en eus qu'un aperçu, Dieu merci, mais je suis certain que Cesaria m'en aurait laissé voir davantage si elle n'avait pas eu besoin de mes services. Ayant une autre idée en tête, elle m'en montra juste assez pour me faire perdre le contrôle de ma vessie ; trois ou quatre secondes peut-être, et encore. Qu'avais-je vu? Il ne sert à rien de dire qu'il n'y a pas de mots pour décrire cette vision. Les mots existent, évidemment ; il y a toujours des mots. La question est : suis-je capable de les manier suffisamment bien pour évoquer le pouvoir dont j'ai été le témoin? J'en doute. Mais permettez que je fasse de mon mieux.
Je vis, je crois, une femme entrer en éruption, par tous les pores de sa peau, tous ses orifices, et expulser des formes inachevées. Je la vis donner naissance, pourrait-on dire, non pas à une, ni même à dix, mais à mille créatures, dix mille. Cependant, cette description pose un problème. Elle ne tient pas compte du fait que, en même temps, Cesaria devenait… comment dire? Plus dense. Comme certaines étoiles, ai-je lu quelque part, qui, en se refermant sur elles-mêmes pour mourir, absorbent la lumière et la matière.

Galilée, de Clive Barker

Vous prendrez bien une part de glauque attitude?

Comme dans beaucoup de romans de Clive Barker, le récit comporte parfois un côté très glauque. Ce côté glauque, je l'ai retrouvé dans certains aspects de la famille Barbarossa, notamment dans le fait que Nicodemus (le père) soit, selon les dires de son propre fils, un "homme de sexe", qui conserve une collection d'objets sexuels hétéroclites, qui aime à se montrer nu dans un… certain état… à sa fille encore gamine, qui fait des… choses… avec ses chevaux par une nuit d'orage… Enfin soit, c'est quelqu'un que je qualifierais de peu recommandable, dieu ou pas.

Les Geary ne sont pas en reste en ce qui concerne la "glauque attitude", car certains d'entre eux ont des jeux sexuels des plus étranges. Il y en a un, notamment, qui paye de jeunes prostituées afin qu'elles fassent la morte pendant l'acte. Il les place dans une chambre froide, sur un lit de glaçons pour qu'elles aient la température des cadavres, et leur demande de ne pas bouger d'un pouce pendant qu'il leur fait dieu sait quoi.

Oui, je sais, c'est du lourd en matière de gens louches… Je crois que Clive Barker aime provoquer et susciter le malaise au travers de ses personnages. Après tout, l'horreur ne se mesure pas qu'au nombre de litres de sang versés et à la sauvagerie de certaines scènes gores. Les replis de certains cerveaux humains sont bien plus mal famés qu'une ruelle sombre des bas-fonds urbain après minuit, et l'auteur aime à nous le rappeler.

Dans la pièce voisine du bureau, où je me trouve présentement, Nicodemus avait entreposé sa collection de souvenirs, dont une grande partie a été enterrée avec lui, à sa demande. C'est là qu'il conservait le crâne de son tout premier cheval, ainsi qu'une vaste et bizarre collection d'objets sexuels créés au fil des siècles pour accroître le plaisir des connaisseurs. (Mon père avait une histoire pour chacun d'eux, toujours hilarante.) Mais il conservait bien d'autres choses dans cette pièce. Il y avait également un gant à crispin ayant appartenu à Saladin, l'amant musulman de Richard Coeur-de-Lion. Il y avait un rouleau de parchemin, peint pour lui en Chine, et qui décrivait, il me l'expliqua un jour, l'histoire du monde (même si mes yeux incultes n'y voyaient qu'un paysage traversé par une rivière au cours sinueux), il y avait également des dizaines de représentations des organes génitaux masculins – le lingam, la flûte de jade, la tige d'Aaron (ou, pour reprendre l'expression préférée de mon père, il Santo Membro, la sainte queue)-, dont certaines, je pense, avaient été gravées ou sculptées par ses propres prêtres et représentaient donc ce sexe dont j'avais jailli. Certains de ces objets sont toujours sur les étagères. Vous trouvez peut-être cela étrange, voire un peu répugnant. Je ne suis pas certain d'avoir envie de vous contredire. Mais mon père était un homme de sexe, et ces sculptures, malgré leur crudité, le représentent mieux qu'un livre sur sa vie ou un millier de photos.

Galilée, de Clive Barker

Trop de longueurs tuent la longueur…

Il est une chose qui m'a vraiment gênée durant ma lecture, ce sont toutes ces longueurs. Le style d'écriture a beau être fluide et se laisser lire assez plaisamment, j'ai trouvé que bon nombre de scènes n'apportaient rien à l'histoire. Elles nuisaient même au récit en cassant le rythme de l'action. Il y a eu des moments où j'ai carrément baillé, et, je l'avoue volontiers, lu certains passages en diagonale, voire les zapper.

Le roman aurait été meilleur, selon moi, sans toutes ces cassures de rythme. Il aurait tenu en 400 pages que cela aurait été aussi bien, et même mieux.

Parfois, j'avais même l'impression que l'auteur nous prenait pour des débiles profonds, en répétant certains bouts de phrases (histoire d'être sûr qu'on les ait bien lus) ou en insistant sur des détails qui me paraissaient insignifiants. Et comme tous les lecteurs de par le monde, je n'aime pas être prise pour une débile profonde. Donc j'ai trouvé cela très désagréable, et j'ai zappé ces passages, tout simplement.

Et tout cela sans compter que le roman prend vraiment trop de temps à démarrer. Après une première mise en bouche, où l'on voit le début de l'écriture du livre et quelques aperçus de l'histoire de la famille Barbarossa, l'auteur nous parle longuement de l'histoire de la famille Geary. Trop longuement à mon goût. Pas qu'elle soit inintéressante, au contraire. Mais pendant de très nombreux chapitres, aucun lien n'est fait entre les deux familles, si bien que l'on se demande quand l'auteur en arrivera au clou de l'histoire, c'est-à-dire la rencontre de Rachel Geary et de Galilée. Autant vous le dire tout de suite, cette rencontre n'arrive que vers la moitié du roman… Cela vous situe les longueurs que vous aurez à subir.

Ainsi, Galilée prit le large ; je ne peux vous dire où il alla. S'il s'agissait d'un ouvrage d'un tout autre genre, peut-être pourrais-je inventer les détails de son itinéraire, sélectionné à partir de livres et de cartes. Mais, en faisant cela, je miserais sur votre ignorance, je supposerais que vous ne remarqueriez pas l'inexactitude des détails.
Il est préférable d'avouer la vérité : Galilée prit le large, et j'ignore où il alla. Quand je ferme les yeux et que j'attends que me vienne une image de lui, je le vois généralement assis sur le pont mouvant du Samarkand agité par le roulis, en train de broyer du noir. Mais j'ai beau scruter l'horizon à la recherche d'un indice permettant de le localiser, je ne vois que l'immensité de l'océan. Pour un œil plus exercé que le mien, ces indices existent peut-être, ici même, mais je ne suis pas un marin. Pour moi, tous les paysages de mer se ressemblent.

Galilée, de Clive Barker

Galilée?

Un dernier point que j'aimerais soulever, et non des moindres, c'est ce personnage central, Galilée…

Je vous l'ai dit au paragraphe précédent, il n'apparaît réellement qu'au milieu du roman. Il est cité de temps à autres dans les pages avant, mais sans prendre de réelle substance. Ce qui est fortement agaçant pour le lecteur, car on finit par se demander si le choix d'appeler le roman galilée était vraiment judicieux. "Eh quoi ?", me suis-je dit. "Le roman s'appelle Galilée mais de Galilée on ne voit point. Qu'est-ce donc que cette publicité mensongère?"

Cela renforce donc le côté "l'auteur se fout de notre poire", ce qui est assez frustrant. Mais ce qui l'est encore plus, c'est que, quand ce fameux personnage apparaît, lui qui nous est présenté comme une sorte de messie, un dieu vivant (d'ailleurs, tous les membres de sa famille l'encensent et l'appelle "mon Galilée"), ses actions et ses paroles sont en totale contradiction avec ce qu'il est censé être. Il arrive de la mer telle une divinité des vagues sur son fier navire construit de ses propres mains, il séduit Rachel avec des histoires, un joli petit conte censé les mettre en scène de façon allégorique. Elle mord à l'hameçon, ils passent une nuit digne des cinquante nuances de Grey, et jusque là, on se dit "Waw, ce mec est un vrai dieu!". Le lendemain matin, alors que Rachel vient lui ronronner des mots doux et des promesses d'avenir à l'oreille, il la repousse et s'en va, la laissant seule avec ses doutes et sa fureur.

Vous y voyez un dieu, vous? Moi, personnellement, j'y vois juste un homme. Et un homme de base, qui plus est. Un beau parleur, un rhéteur venteux qui débite de belles promesses totalement creuses et qui prend le large dès que cela devient trop sérieux.

– Ce n'était pas sérieux, dit-il d'une voix ferme. Je croyais que tu avais compris que c'était juste une histoire.
Les larmes picotaient les yeux de Rachel ; elle sentait gémir le sang dans ses oreilles. Comment pouvait-il dire une chose pareille? Sa vision se troubla. Comment pouvait-il rester assis là et lui dire que tout cela n'était qu'un jeu, alors qu'ils savaient bien, l'un et l'autre, forcément, qu'il s'était passé quelque chose de merveilleux?
– Tu es un menteur!
– Peut-être.
– Tu sais bien que c'est faux!
– Comme toutes les histoires que je t'ai racontées, dit-il, les yeux fixés sur le pont.
Rachel aurait voulu lui rappeler toutes ses belles paroles concernant ce qui était vrai et ce qui ne l'était pas, mais elle ne se souvenait plus des arguments qu'il avait employés. Elle ne pensait qu'à une seule chose : il veut m'échapper. Je ne le reverrai plus jamais. Cette idée lui était insupportable. Il y a dix minutes, ils parlaient de sa maison au sommet de la colline. Maintenant, il lui disait de ne pas attacher d'importance à toutes ses paroles.
– Menteur! répéta-t-elle. Menteur, menteur, menteur!

Galilée, de Clive Barker

En résumé…

Vous l'aurez compris, j'ai été fortement déçue par le personnage de Galilée, censé être le centre de ce roman. Un centre creux, apparemment. Et même si, par la suite, il s'améliore un peu, cette déception initiale prend le pas sur le reste, si bien qu'il m'est resté antipathique jusqu'à la fin. Mêlez cela aux interminables longueurs et aux passages inutiles qui viennent casser le rythme de l'intrigue, et vous obtenez au final votre billet d'entrée pour le chemin qui vous fait passer totalement à côté de l'histoire.

Oh, bien sûr, tout n'était pas mauvais dans ce Galilée, car le style d'écriture était malgré tout très plaisant. Quelques bonnes trouvailles viennent émailler le récit de petits éclats d'or. D'un point de vue fantastique pur, il y a de bonnes choses dans ce roman, et certains personnages sont assez intriguants pour dire de donner du souffle au récit.

Mais clairement, Galilée se situe très en-dessous du Lien maléfique d'Anne Rice, dont je vous parlais en début de chronique. Je crois qu'il manque à ce roman un fil conducteur, ou s'il y en a un, il apparaît beaucoup trop tardivement. Dans Le lien maléfique, Anne Rice parlait du fait que la famille Mayfair était une famille de sorcières ayant invoqué un démon pour les servir. Très tôt dans le roman, le démon qui suit les femmes de la famille apparaît, aussi sait-on que c'est son histoire et le lien qu'il a avec ces femmes qui est décrit. On comprend dès lors aisément le pourquoi de toute cette fresque historique. Dans Galilée, pendant toute la première partie du roman, le lien entre les deux familles n'est pas clair. On se doute que c'est l'histoire d'amour entre Galilée et Rachel qui formera ce lien, mais cela prend trop de temps à se développer, si bien que l'histoire finit par perdre de son intérêt.

Donc si, au départ, vous n'aimez pas les grandes fresques historiques et généalogiques, clairement, ce roman n'est pas fait pour vous. Pour le côté fantastique et pour l'écriture plaisante, en revanche, c'est un roman qui est intéressant malgré tout.

Ma note : 13/20

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques…

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^

Votre dévouée,

Acherontia.

Les autres romans/nouvelles de l'auteur chroniqués sur ce blog…

[Chronique] Le conclave des ombres. 2, Le roi des renards, de Raymond Feist

Synopsis

Sous l'influence du conclave des Ombres, le jeune Serre a changé. Désormais, il est Serwin Fauconier, le meilleur bretteur de tout Roldem.Mais sous ses airs de noble fringants, un seul désir occupe ses pensées: venger sa famille massacrée.Deux des coupables ont déjà trouver la mort antre ses mains, mais Serre ne connaitra la paix que lorsqu'il aura découvert la raison de ces meurtres, et puni celui qui les a commandités. Cependant sa formation au Conclave à un prix: il doit enquêter sur Leso Varen, un sorcier aux terrifiants pouvoirs. Pour cela, Ser doit entrer au service du maître du sorcier, qui n'est autres que le duc Kaspar D'olasko, l'homme qu'il soupçonne d'être le responsable du massacre de sa famille… De plus, s'il consent à lui prêter allégeance, il se verra ordonner de traquer les ennemis du duc… c'est-à-dire ses propres amis, les menbres du Conclave!

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon premier roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Milady pour ce troisième trimestre de l'année. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

J'avais lu le premier tome en début d'année, et mon avis était plutôt mitigé, encore que positif. Les principaux défauts du roman étaient le style d'écriture un peu plat, une histoire qui débutait de façon un peu banale (un peuple annihilé, une histoire de vengeance…), un personnage au cœur pur qui se transforme en macho enchaînant les conquêtes… Mais il y avait du bon, tout de même, car la fin du roman donnait envie de connaître la suite. Suite que je me suis donc empressée de lire dès sa sortie…

[Chronique] Le conclave des ombres. 2, Le roi des renards, de Raymond Feist

Un meilleur style d'écriture…

Le premier point qui m'ait sauté aux yeux, à l'entame de ce second opus, c'est le style d'écriture, que j'ai trouvé nettement meilleur que dans le premier tome. Pas que la prose se soit faite soudainement poétique ou alambiquée, mais il y avait un petit je-ne-sais-quoi qui lui procurait une qualité supplémentaire, qui la rendait moins plate. Du coup, j'ai pris nettement plus de plaisir à lire ce tome-ci, à profiter de la magie des mots comme j'aime tant à le faire.

Le prince Matthew était fier, même si cette fierté était basée sur la vanité plutôt que sur ses prouesses.
– Je refuse d'abandonner, déclara-t-il d'une voix étranglée, en ravalant ses larmes.
– Bien dit, Altesse, approuva gaiement Ser. Donnons à la galerie un spectacle mémorable, voulez-vous?
Lorsque Vassily leur donna l'ordre de reprendre, le prince Matthew ne bougea pas d'un pouce, laissant Ser porter la première attaque. Il feinta pour obliger son adversaire à réagir. Puis il fit voler le sabre des mains du prince, glissa la pointe de son arme sous son masque et le lui enleva. Ensuite, il passa sur le côté et administra au prince un coup en travers des fesses, de toutes ses forces. La réaction de la foule fut immédiate. Des hoquets de stupeur se mêlèrent aux sifflets et aux railleries. Le coup était si puissant que le prince Matthew tomba à genoux, les mains tendues devant lui. Il avait le visage rouge et les yeux enflés à cause des larmes de douleur versées lors des coups précédents. Cette dernière attaque fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Incapable de se retenir, il se mit à pleurer à chaudes larmes.
Des courtisans se précipitèrent pour aider le prince humilié à se relever. Ser lui tourna le dos et s'en alla – encore un manquement à l'étiquette. Dans la galerie, plusieurs jeunes femmes venues dans l'espoir d'attirer le regard de Ser se levèrent et le dévisagèrent avec mépris avant de sortir.

Le roi des renards, de Raymond Feist

Des rebondissements efficaces…

Le second point qui a rendu ma lecture beaucoup plus agréable, ce sont les intrigues et les rebondissements, nombreux, bien ficelés et placés au bon moment. Il y avait du rythme dans ce récit, il y avait du suspense. Je ne pouvais m'empêcher de me demander ce qui allait se passer après, ce que Serre allait bien pouvoir vivre comme nouvelle péripéties, ou comment il allait parvenir à se tirer de telle ou telle situation. C'était très agréable, surtout cette partie où il est jeté en prison sur une île et où on se demande comment il va pouvoir se sortir de là indemne ou presque.

Pour parvenir à distiller son suspense, Feist introduit de nouveaux éléments dans son histoire, tout en développant les intrigues déjà présentées dans le premier tome.

Un nouveau personnage qui sème le doute

Un premier élément nouveau est introduit dès les premières pages, il s'agit du nouveau domestique de Serre, Amafi. Celui-ci avait à l'origine pour mission de l'assassiner, mais Serre a su trouver une parade convaincante et a fini par embaucher Amafi à son service. Confiant, le bonhomme… Au début, j'ai trouvé ça tellement naïf. Cette action ressemblait plus au Serre du début du premier tome qu'au Serre que l'on voit après son apprentissage auprès du Conclave des ombres. Mais soit, j'ai trouvé l'idée au final assez positive, car cela permet de créer un suspense qui durera jusqu'à la fin du volume.

Car vous vous en doutez, tout au long du récit, on ne peut s'empêcher de se demander si Amafi restera fidèle à Serre, et à quel moment ce dernier se verra trahi.

– Peut-être, Magnificence, mais un homme doit avoir une sacrée personnalité pour faire face à ses propres défauts. C'est bien plus facile d'en vouloir aux autres.
"En apprenant que vous aviez l'intention de revenir, il a commandité les services d'un assassin, bien moins discrètement qu'il ne l'aurait dû, et j'ai été engagé pour effacer cette tache de son honneur, ajouta-t-il en désignant Ser. Il a au moins eu l'intelligence de passer par un… négociant… à Salador, de peur que le blâme retombe sur lui à Roldem. J'ai "échoué", alors l'honneur exige que je lui rende son or et que je cherche à transformer cet échec en triomphe. Engagez-moi, Magnificence, et je vous servirai, je vous en donne ma parole!
Ser réfléchit. Il était de retour à Roldem depuis moins d'une journée et il avait besoin des yeux et des oreilles d'une personne de confiance.
– Jusqu'au moment où tu pourras me trahir sans risque?
Amafi sourit avec malice.
– C'est possible, messire, car je n'ai jamais été un homme de constance. Mais, même moi, je ne brise pas facilement un serment. De plus, compte tenu de vos talents rares, je doute qu'une telle occasion se présente, car il faudrait que cela me permette de devenir plus riche encore que j'espère le devenir à votre service.
Ser éclata de rire. Amafi possédait une candeur rafraîchissante qui lui donnait envie de lui faire confiance – jusqu'à un certain point du moins. Tant qu'il n'essayait pas de dépasser ce point-là, il devrait pouvoir s'appuyer sur l'assassin.
– Très bien, allons au temple de Lims-Kragma pour que tu prêtes serment.

Le roi des renards, de Raymond Feist

Un nouveau maître

On le sait, dans le premier tome, Serre cherchait à entrer au service du duc d'Olasko d'une façon ou d'une autre, et ce afin de mieux le trahir et ainsi venger son peuple. Cela lui permettait également d'avoir accès à Leso Varen, le sorcier qui accompagne le duc dans tous ses méfaits et qui est probablement à la base du génocide des Orosinis.

Il faut attendre le second tome pour que Serre y parvienne, en jouant finement au jeu des intrigues politiques et en mettant à mal sa notoriété en tant que vainqueur du tournoi des épées.

Ser resta immobile.
– Allez-y, dit le duc Kaspar derrière lui.
Brusquement, Ser entendit un faible bourdonnement, juste à la limite de l'audible. On aurait dit de lointains murmures. Il s'aperçut que ses paupières devenaient lourdes et que son corps s'affaissait, comme s'il était sur le point de s'endormir.
Puis une voix déclara :
– Ton esprit est à moi, et tu ne peux me cacher aucun mensonge.
Ser éprouva un picotement familier à la base du crâne, juste au-dessus de la nuque, et comprit que le sorcier utilisait la magie. Il avait déjà connu pareilles sensations sur l'île du Sorcier, lorsqu'on l'avait soumis à différents types de sortilèges. Il n'avait plus qu'à espérer que les choses que Pug, Miranda et Magnus lui avaient faites lors de son séjour là-bas allaient l'aider à traverser cette épreuve.
Le duc Kaspar apparut dans le champ de vision de Ser.
– Serwin Fauconnier, jurez-vous sur votre vie, de nous servir, moi et ma lignée, jusqu'à ce que je vous libère de votre engagement? Acceptez-vous de me servir librement, sans réserve, ni mensonge, ni subterfuge? Renoncez-vous à la vie dans le cas contraire?
– J'accepte, répondit Ser d'une voix pâteuse.

Le roi des renards, de Raymond Feist

Découvrir le point faible…

Une des grandes difficultés auxquelles se heurte Serre, c'est le fait que la citadelle d'Opardum, fief du duc d'Olasko et de Leso Varen, est réputée imprenable. Mais le mot "impossible" ne semble pas faire partie du vocabulaire de notre héros, aussi met-il à profit son nouvel emploi auprès du duc pour explorer la citadelle et tenter de trouver la faille.

Cela lui avait coûté trois nuits d'exploration, mais il avait fini par découvrir la sortie devant laquelle il se tenait à présent. Il posa sa lanterne et contempla la crevasse que les cartes, dans la bibliothèque du duc, désignaient clairement comme le plus grand obstacle empêchant de gravir l'escarpement. Loin au-dessus de la tête du jeune homme, le ciel s'éclaircissait entre les deux grandes parois de cette plaie profonde qui s'ouvrait dans la terre. Juste en face de lui, Ser découvrit une chose à laquelle il ne s'attendait pas du tout : un chemin descendait le long de la paroi opposée de la crevasse. Il sortit de la caverne pour regarder en contrebas et découvrit un autre chemin le long de la roche. En suivant la route des yeux dans la lumière matinale, il vit ce dont il n'avait jamais osé rêver : il existait un moyen de traverser le gouffre qui protégeait les arrières de la citadelle depuis des siècles.

Le roi des renards, de Raymond Feist

Sex ist eine Schlacht, Liebe ist Krieg…

(Le sexe est un combat, l'amour est la guerre – Rammstein)

Je vous en avais parlé dans ma chronique du premier tome, Serre, qui est à l'origine un garçon sensible et s'attachant rapidement aux femmes qu'il rencontre, reçoit un enseignement du Conclave des ombres. Grâce à eux, il apprend à ne pas laisser ses sentiments interférer dans les affaires politiques. Malheureusement pour lui, l'expérience cuisante que le Conclave lui a infligé pour lui inculquer la leçon l'a rendu un brin machiste sur les bords. C'est très bien pour ses nouvelles missions, bien entendu, mais moi, je ne peux m'empêcher de me sentir à chaque fois déçue de voir un cœur pur ainsi brisé au profit des intrigues politiques et de la guerre.

Mais soit. Dans ce second tome, Serre reste égal à lui-même, couchant avec les personnes influentes afin d'arriver à ses fins.

Il avait été facile de lui administrer la mixture, comme l'avait prédit Amafi. Pendant qu'elle dormait, Ser avait sorti une mince cordelette en soie et la minuscule fiole de poison. Il avait lentement versé le poison, une goutte après l'autre, le long de la corde jusqu'aux lèvres de la princesse. Toujours selon les prédictions d'Amafi, la princesse s'était léché les lèvres dans son sommeil, et Ser avait fait une pause chaque fois qu'elle bougeait. Le poison avait un goût sucré et une texture collante. Le lendemain matin, le résidu sur ses lèvres était devenu inoffensif en séchant. Ser avait donc réveillé la princesse d'un baiser sans craindre pour sa vie. Ils avaient fait l'amour avant l'aube, alors que Ser savait qu'elle était déjà morte, par sa faute.
Il éprouva un début de remords et le repoussa à l'intérieur de lui. En dépit de son charme, la princesse était aussi impitoyable, à sa manière, que Kaspar. Le sexe n'était que l'une de ses nombreuses armes, et la passion dont elle avait fait preuve et les mots doux qu'elle lui avait susurrés à l'oreille ne signifiaient rien. Ils faisaient seulement partie de l'expérience et n'étaient pas à prendre au sérieux.

Le roi des renards, de Raymond Feist

Et le voyage ne s'arrête pas là…

Bien sûr, je ne vous raconte pas tout, sinon ce serait du spoil et vous n'auriez plus envie de lire ce roman…

Bien sûr, l'histoire continue, riche en rebondissements, en ennemis que l'on s'est mis à dos et qui se rebiffent, en trahisons en tous genres, en voyages inattendus, en moments de désespoir sombre, en traversées du désert, et en bien d'autres choses encore… Non, vraiment, ce second tome m'a réservé de belles surprises qui m'ont ravie.

À ce propos, j'ai trouvé une belle scène gore dans ce roman. Vous pouvez la retrouver sur ma page Acherontia's finest collection of gore scenes ^^

En résumé…

Un second opus meilleur à mon sens que le premier, avec un style d'écriture un peu plus fluide et plus agréable.

Le personnage de Serre s'étoffe peu à peu et, bien qu'il reste égal à lui-même concernant les femmes, il devient de plus en plus mûr et intéressant. C'est vraiment dans ce second tome que j'ai commencé à m'y attacher (mouvement déjà initié dans le premier tome, mais qui avait un peu décliné lorsque j'ai vu le changement opéré par le Conclave des ombres sur le caractère de Serre).

L'histoire riche en rebondissements m'a vraiment bien plu, si bien qu'à présent j'ai hâte de lire la finale de cette trilogie!

Ma note : 15/20

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

 

N'hésitez pas à rejoindr ma page Facebook, et/ou à laisser un commentaire sur cet article!

Les autres tomes du Conclave des ombres chroniqués sur ce blog…

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 3, Le haut seigneur, de Trudi Canavan

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 3, Le haut seigneur, de Trudi Canavan

Synopsis…

-Pourquoi me montrez-vous ces livres?
Le regard d'Akkarin se plongea dans celui de Sonea.
-Tu veux savoir la vérité, dit-il.

Sonea a beaucoup appris depuis ses débuts. Elle a su gagner le respect des novices, et une place au sein de la Guilde des magiciens.
Mais elle aurait aimé ne jamais découvrir certains secrets… Ce dont elle a été témoin dans la pièce souterraine du haut seigneur, ou l’existence d’un vieil ennemi de Kyralia, qui surveillerait la Guilde de près.
Quand le haut seigneur lui dévoile son savoir, Sonea ne sait plus qui croire ou ce qu’elle craint le plus. La vérité est-elle aussi terrifiante ? Ou essaie-t-il de la tromper afin qu’elle l’aide à réaliser ses sinistres projets ?

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 3, Le haut seigneur, de Trudi Canavan

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon septième roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore pour ce second trimestre de l'année. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

Voici enfin le dénouement de la saga du magicien noir! Ayant apprécié les deux premiers tomes, je me réjouis de connaître la fin de cette palpitante histoire ^^

Les autres tomes chroniqués sur ce blog…

Rebondissements et suspens…

Ce troisième et dernier tome m'a réservé de nombreuses surprises, et non des moindres! Sans trop vous spoiler, nous avons des révélations d'Akkarin quant à son passé et ses motivations, un – voire deux – amour(s) improbable(s), une mort inattendue qui fend le cœur, une histoire qui semble aller de mal en pis, entretenant le suspens jusqu'au bout, des combats à l'issue étonnante, une Sonea de plus en plus mûre et sûre d'elle, de nouvelles connaissances acquises dans la douleur et en dépit du bon sens (du moins de prime à bord), de la magie à tous les coins de rue, mais pas celle à laquelle on est habitué, des meurtres, un procès, des intrigues… Bref, beaucoup de bonnes choses qui m'ont véritablement enchantée!

Des évolutions surprenantes…

Tout au long de la saga, les personnages n'ont eut de cesse d'évoluer, de changer, d'apprendre de nouvelles choses, de faire de nouvelles rencontres, ou de se voir contraint de laisser de côté des amitiés ou des amours.

Ce troisième tome marque le dernier stade de leur évolution, leur apogée, en quelques sortes. Que ce soit Sonea, qui est passée de la jeune fille apeurée par ses pouvoirs à la jeune femme mature et sûre d'elle, Akkarin dont le personnage devient plus perméable, plus humain, Dannyl dont la relation avec Tayend mûrit comme un fruit au soleil d'été, Cery qui gravit les échelons hiérarchiques des voleurs, et qui laisse son amour de jeunesse progressivement s'éteindre…

Certaines évolutions paraissent linéaires et prévisibles, d'autres… vous réserveront de belles surprises, c'est moi qui vous le dit!

Où est le bien, où est le mal?

Dans le second tome, les lecteurs découvraient qu'Akkarin, le haut seigneur de la Guilde, pratique la magie noire, une magie très ancienne et interdite en raison de sa dangerosité. Sonea et quelques autres sont au courant de l'affaire, et Akkarin les surveille de près, les menaçant afin qu'ils ne dévoilent pas son secret.

Dans cette suite, Akkarin laisse peu à peu tomber les barrières qu'il s'était lui-même érigées pour se dévoiler un peu plus. Ainsi, le lecteur découvre progressivement son histoire personnelle et ses motivations à user de la magie noire. On en arrive à mieux le comprendre, voire compatir. Mais si les intentions d'Akkarin semblent louables, a-t-il dit la vérité ou a-t-il monté cette histoire pour se justifier? Et la magie noire est-il si maléfique qu'il n'y paraît?

Akkarin se tut. Il fixait les arbres, les yeux posés sur un point éloigné. Alors que le silence se prolongeait, Sonea commença à craindre qu'il ne continue pas. "Dites-moi" pensa-t-elle. "Vous ne pouvez pas vous arrêter maintenant!"
Akkarin prit une profonde inspiration et soupira. Il baissa les yeux sur le sol pierreux, l'air triste.
– J'ai alors fait une chose affreuse. J'ai tué tous les nouveaux esclaves de Dakova. J'avais besoin de leur énergie. Je n'ai pas pu tuer Takan. Nous n'étions pas amis, mais il était là depuis le début et nous avions pris l'habitude de nous entraider. Dakova était trop embrouillé par la drogue et le vin pour remarquer quoi que ce soit. Il s'est réveillé quand je l'ai coupé, mais une fois que l'extraction d'énergie a commencé, il est pratiquement impossible d'avoir recours à ses propres pouvoirs.
La voix d'Akkarin était maintenant basse et calme.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

L'apothéose d'un parcours scolaire…

Vous vous en doutez, ce dernier tome marque la fin de l'apprentissage de Sonea. Dans le second tome, elle n'avait pas encore choisi de spécification. Entre l'alchimie, l'art de la guerre et la guérison, son cœur balançait, encore qu'elle ait une préférence pour la dernière option. Dans ce dernier opus, elle était censée faire un choix… qu'en sera-t-il? Et si elle prenait la tangente et décidait de terminer son cursus à sa manière? À moins que les événements ne l'y pousse…

– Silence!
À cet ordre, l'homme eut un mouvement de recul puis gémit lorsqu'Akkarin s'accroupit à côté de lui.
– Mets ta main sur son front.
Sonea chassa ses réticences et s'accroupit près du prisonnier. Elle posa une main sur le front de l'homme. Son cœur accéléra lorsqu'Akkarin appuya sa main sur la sienne. Le toucher du mage fut d'abord froid, mais il se réchauffa vite.
– Je vais te montrer comment lire et, une fois que tu auras compris le mécanisme, je te laisserai explorer à ta guise.
Elle sentit la Présence d'Akkarin au bord de ses pensées. Elle ferma les yeux et visualisa son esprit sous la forme d'une pièce, comme Rothen le lui avait appris. Elle avança vers la porte dans l'intention d'ouvrir à Akkarin, mais elle recula brusquement de surprise quand il apparut dans la pièce. Il leva la main en montrant les murs.
– Oublie tout ça. Oublie tout ce qu'on t'a appris. La visualisation ralentit et restreint ton esprit. En l'utilisant, tu appréhenderas seulement ce que tu peux transformer en images.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

Pour le meilleur ou pour le pire?

La finalisation de l'apprentissage de Sonea suppose donc qu'elle va acquérir de nouvelles connaissances. Désireuse d'aider Akkarin, son nouveau tuteur, Sonea va apprendre beaucoup de choses de lui. Quelles seront ces connaissances, et comment va-t-elle s'en servir? Les choix qu'elle fera seront-ils toujours judicieux?

La femme écarquilla les yeux d'un air horrifié en comprenant ce qu'il se passait. Son bouclier disparut, et ses genoux cédèrent. Sonea faillit perdre son emprise ; elle passa rapidement son bras libre autour de la taille de la femme. Mais la Sachakanienne était trop lourde, et Sonea la laissa glisser sur le sol.
Le pouvoir déferla en elle, puis s'arrêta brutalement. Elle retira sa main, et la femme tomba sur le dos. Les yeux de la Sachakanienne fixaient le néant.
Morte. Une vague de soulagement balaya Sonea. Ça a marché, pensa-t-elle. Ça a vraiment marché.
Puis elle regarda sa main. Dans le clair de lune qui se répandait à travers le toit en ruine, le sang qui couvrait sa paume semblait noir. Un sentiment glacé d'horreur s'empara d'elle. Elle se mit à tituber.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

Un meurtre qui change tout…

C'est arrivé comme un coup de tonnerre dans un ciel d'été…

Un meurtre, mes amis! Un odieux crime dont la victime est un mage de la Guilde. Celle-ci voudra faire justice à tout prix, cherchant des indices, des témoins, des preuves. Pas de chance, tout porte à croire que l'auteur du meurtre n'est autre qu'Akkarin en personne. Le haut seigneur serait-il devenu imprudent au point de laisser des preuves accablantes derrière lui? Ou est-ce un coup monté contre sa personne?

Coup monté ou pas, la Guilde tient la une preuve qu'Akkarin pratique la magie noire. Et le châtiment pour l'usage d'une telle magie n'est autre que la mort… Parviendra-t-il à prouver son innocence? Si réellement il est innocent…

– Peut-être est-il temps d'entendre ce que dame Vinara a découvert.
La guérisseuse se redressa.
– Oui, je le crains. Le seigneur Jolen habitait avec sa famille pour pouvoir s'occuper de sa sœur, qui vivait une grossesse pénible. J'ai d'abord examiné le corps de notre confrère et ai fait deux découvertes inquiétantes. La première… (elle enfonça la main dans sa robe et en sortit un morceau de tissu noir brodé de fil d'or) a été ceci, qu'il tenait serré dans sa main droite.
Quand elle le leva, le sang de Lorlen se glaça. La broderie formait une partie d'un symbole qu'il ne connaissait que trop bien : l'incal du haut seigneur. Les yeux de Vinara vacillèrent vers les siens ; elle prit un air soucieux et compatissant.
– Quelle a été la seconde découverte? demanda Balkan, la voix sourde.
Vinara hésita, puis prit une profonde inspiration.
– La raison pour laquelle le corps du seigneur Jolen a subsisté est qu'on l'a totalement vidé de son énergie. La seule blessure sur son corps était une coupure en surface qui courait le long de son cou, sur un côté. Les autres corps portaient la même marque. Mon prédécesseur m'a appris à reconnaître ces marques. (Elle fit une pause et regarda les mages l'un après l'autre.) Le seigneur Jolen, sa famille et ses serviteurs ont été tués avec de la magie noire.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

La fable de Dannyl et Tayend…

De son côté, Dannyl, qui est toujours ambassadeur en Elyne, est à présent réquisitionné par Akkarin pour enquêter sur un groupe de magiciens renégats qui auraient appris la magie en dehors de la Guilde (ce que cette dernière interdit formellement). Pour pousser les rebelles à se démasquer, il oblige Dannyl à dévoiler sa relation avec Tayend, ce qui ne manquera pas de faire des vagues.

D'un autre côté, on voit cette relation s'épanouir peu à peu, et ça, c'est chouette ^^

Danyl soupira. Il ne voulait pas quitter Tayend. Pas même quelques semaines. S'il était certain de pouvoir se permettre de retourner à la Guilde accompagné de l'érudit, il s'arrangerait pour l'emmener. Cela aiderait peut-être même à faire taire les rumeurs une bonne fois pour toutes si on les voyait se comporter "normalement". Mais il savait qu'une petite trace de la vérité suffirait à mettre des idées dans les esprits soupçonneux, et il savait que ce n'était pas ce qui manquait au sein de la Guilde.
– Je reviendrai par mer, rappela-t-il à Tayend. Je pensais que tu aurais préféré éviter cela.
Le visage de Tayend s'assombrit, mais seulement un instant.
– Je supporterais bien un petit mal de mer s'il allait avec une bonne compagnie.
– Pas cette fois, répondit fermement Dannyl. Un jour, nous irons à Imardin en carrosse. Et alors, tu seras, toi aussi, de bonne compagnie.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

Un Cery sur le gâteau…

Cery, quant à lui, a bien grandi depuis le premier tome où il s'était vu enfermé dans les souterrains de la Guilde par le mage Fergun. Il est peu apparu dans le second tome, mais en revanche, le troisième opus lui réserve une belle place.

Ayant progressivement gravi la hiérarchie de la communauté des Voleurs, il est à présent quelqu'un d'influent dans les Taudis. Sa notoriété le pousse à collaborer avec certaines personnes, dont une certaine Savara, une mage Sachakanienne plus que mystérieuse et envoûtante. Laissant peu à peu de côté son amour impossible pour Sonea, il va se laisser séduire par elle. Mais est-ce seulement une bonne chose, quand l'ennemi Sachakanien est aux portes d'Imardin? Est-elle réellement de son côté?

Cery fut surpris de découvrir qu'elle s'était rapprochée. Quand il se tourna complètement vers elle, la femme plaça une main derrière la tête du jeune homme, l'attira vers elle et l'embrassa.
Les lèvres de Savara étaient à la fois chaudes et fermes. Cery sentit la chaleur envahir son corps. Il leva le bras pour l'attirer plus vers lui, mais le morceau de bois sur lequel il était assis glissa, et il se sentit perdre l'équilibre. Leurs lèvres se séparèrent, et il commença à tomber en arrière.
Quelque chose le retint. Il reconnut le sceau de la magie. Savara sourit malicieusement, se pencha en avant et agrippa la chemise du jeune homme. Elle appuya une épaule sur le toit et l'attira sur elle. Les poutres grincèrent de façon inquiétante lorsqu'ils roulèrent l'un sur l'autre à l'écart de la zone endommagée. Quand ils s'arrêtèrent, elle était allongée sur lui. Elle sourit, de ce sourire sensuel à couper le souffle qui faisait toujours battre le cœur du jeune voleur.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

Le mot de la fin…

J'ai beaucoup apprécié ce grand final riche en suspens et en rebondissements inattendus.

L'évolution des personnages, qui était déjà intéressante à observer lors des deux précédents tomes, parvient à une sorte d'apothéose à laquelle le lecteur ne peut être que sensible.

Le style d'écriture aussi a évolué, selon moi. Je l'ai trouvé un peu plus fluide dans ce dernier opus.

Quoi qu'il en soit, je ne suis pas restée sur ma faim avec ce tome 3. Mes questions ont trouvé une réponse, et plus encore… C'est, en définitive, une saga à lire et à découvrir!

Ma note : 17//20

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 3, Le haut seigneur, de Trudi Canavan

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 2, La novice, de Trudi Canavan

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 2, La novice, de Trudi Canavan

Synopsis…

Aujourd'hui, vous avancez d'un pas sur la route qui fera de vous des mages. Vous êtes des novices, vous devez jurer de respecter les lois de la Guilde et de ne jamais, jamais jeter de sort sans la présence d'un magicien.
Le plus important, pour un mage, est la connaissance. Et même si ses pouvoirs se manifestent d'eux-mêmes, il mourra s'il ne sais pas les contrôler.

Tous les novices de la Guilde des magiciens viennent de familles puissantes… sauf Sonea. Mais elle sait bien qu'elle peut se tourner vers ses maîtres Dannyl et Rothen pour leur demander de l'aide. En tout cas, jusqu'à ce que d'infâmes rumeurs commencent à courir sur elle – et qu'Akkarin, le haut seigneur, intervienne. Nommé ambassadeur de la Guilde, le seigneur Dannyl part pour la cour d'Elyne où il entreprend une mission secrète : reprendre la quête que le haut seigneur lui-même entama puis abandonna il y a longtemps, à la recherche d'anciens savoirs magiques. Cependant, ignorant les motivations réelles de sa mission, Dannyl fait bientôt face à des dangers inattendus… Sonea, quant à elle, a presque oublié le sombre secret d'Akkarin ; mais cacher la vérité est peut-être une grave erreur…

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 2, La novice, de Trudi Canavan

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon cinquième roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore pour ce second trimestre de l'année. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

J'ai entamé la trilogie du magicien au début de ce trimestre, à raison d'un tome par mois. Voici donc le deuxième, qui vient ajouter à ma curiosité à ma soif de connaître la fin!

Les autres tomes chroniqués sur ce blog…

Dura lex sed lex…

Le second opus de cette trilogie s'ouvre sur la cérémonie d'entrée des jeunes novices à la Guilde des magiciens. C'est l'occasion pour le directeur de rappeler les règles essentielles de la Guilde. Retenez-les bien, car elles seront d'actualité tout au long de ce tome. D'autant plus que certains s'amuseront à dangereusement à flirter avec leurs limites…

– Aujourd'hui, vous avancez d'un pas sur la route qui fera de vous des mages de la Guilde, dit-il d'une voix sévère. Vous êtes des novices, et nous vous demanderons d'obéir au règlement de l'université. Ces règles ont été approuvées par tous les signataires des traites des Terres Alliées, et chaque magicien se doit de les respecter. Même si vous n'obtenez pas votre diplôme, ces règles vous lieront toute votre vie. (Jerrik marqua une pause et fixa intensément tous les élèves.) Pour rejoindre la Guilde, vous devrez prononcer un serment en quatre points.
"Premièrement, vous devez jurer de ne jamais blesser un homme ou une femme, sauf pour défendre les Terres Alliées. Ceci sans distinction de classe sociale, d'état civil ou d'âge. Toutes les vendettas, personnelles comme politiques, sont aujourd'hui oubliées.
"Deuxièmement, vous devez jurer de respecter les lois de la Guilde. Si vous ne les connaissez pas encore par cœur, qu'elles soient votre première leçon. L'ignorance n'est pas une excuse.
"Troisièmement, vous devez jurer d'obéir à n'importe quel mage, sauf s'il vous demande de violer une loi. Cela dit, ce serment n'est pas aussi rigide que les autres. Vous ne devrez rien faire que vous jugeriez moralement répréhensible ou en conflit avec vos croyances et votre religion. Mais n'imaginez pas que vous serez les seuls à juger le bien-fondé de votre refus. Dans un cas de ce genre, vous viendrez m'exposer votre problème, et je prendrai les mesures qui s'imposent.
"Enfin, vous devrez jurer de ne jamais, jamais, jeter un sort sans la présence d'un magicien. C'est pour votre propre sécurité! N'utilisez pas la magie sans être supervisé, à moins que votre professeur vous en ait donné l'autorisation.

La novice, de Trudi Canavan

Un beau panier de crabes…

La première chose qui me frappe, dans ce second tome, c'est que la pauvre Sonea s'est fourrée dans un beau panier de crabes. Entre les commentaires blessants et peu discrets des nouveaux novices et de leurs parents, ses professeurs ne sont pas des plus sympathiques envers elle non plus. Les mages et les nobles issus des grandes maisons voient d'un très mauvais œil le fait qu'une fille de basse extraction puisse recevoir le même enseignement qu'eux. Ils n'auront d'ailleurs de cesse de lui faire payer ce qu'ils considèrent comme injuste et scandaleux. Si elle n'avait pas Rothen et Dannyl pour la soutenir, la jeune fille se trouverait bien seule pour porter sur ses fragiles épaules le poids d'une telle haine.

Mais quand le plus gros crabe du panier se met à faire de son nez, les choses s'empirent davantage pour elle… Un gros crabe qui pratique la magie noire et qui cherche à cacher son secret à n'importe quel prix…

Les voyages forment la jeunesse…

La jeune fille ne bénéficiera malheureusement pas longtemps du soutien de Dannyl. En effet, le magicien est muté en Elyne, où il joue le rôle de second ambassadeur de la Guilde d'une part, et où il enquête sur les découvertes qu'auraient faites le haut seigneur lors d'un ancien voyage d'une autre part. Ces découvertes pourraient être la base de ses pratiques de magie noire, et Lorlen, administrateur de la Guilde et ami du haut seigneur, souhaite mener l'enquête à l'insu de ce dernier.

Se met alors en place une histoire secondaire, durant laquelle Dannyl et son assistant, Tayend l'érudit, vont parcourir différentes régions des Terres Alliées sur les traces d'Akkarin. J'ai trouvé ces passages rafraîchissants, car ils empêchent le lecteur de se sentir trop enfermé au sein de la Guilde dont Sonea ne sort pratiquement jamais. En outre, cela permet de voir un peu plus de pays, là où jusqu'alors, nous n'avions eu droit qu'à la ville d'Immardin. Ces passages donnent véritablement corps à l'univers mis en place par Trudi Canavan.

Les voyages de Dannyl et de Tayend avaient un petit côté Jules Verne qui m'a beaucoup plu, sans compter cet espèce de jeu de piste pour retrouver les différentes découvertes du haut seigneur, et le côté "aventure" qui va avec.

J'ai aimé découvrir la cour d'Elyne, où la mentalité diffère assez fort de la Kyralie, car ils sont très friands de ragots, et nettement plus ouverts concernant l'homosexualité que partout ailleurs.

Un presque hérissage de poils!

L'homosexualité, parlons-en, justement!

J'ai bien failli, au début, penser que l'auteur était à la limite de l'homophobie… Une phrase, surtout, qui m'a fait tiquer :

Sans doute ces conceptions de la chose sont-elles propres aux peuples décrits, et ne reflètent peut-être pas les pensées profondes de l'auteur. Je me suis dit : "Bon, attendons de voir la suite avant de qualifier ce second tome d'ouvertement homophobe. Peut-être que l'on aura une explication dans la suite du texte…".

Il n'empêche pas que les qualificatifs réservés aux homosexuels n'étaient pas des plus tendres, et que je m'en suis trouvée un peu déçue. Pauvres homosexuels, toujours chassés comme au temps de l'Inquisition, et considérés comme les pires des pestiférés. Comme si l'orientation sexuelle d'une personne pouvait influencer en bien ou en mal ce qu'elle est au fond d'elle. Évidemment, le traitement qui leur est réservé en Lonmar est pire encore, et ce ne fut pas pour me rassurer…

C'est finalement en apprenant à mieux connaître Tayend, l'érudit qui ne supporte pas les voyages en mer, que la lumière se fait peu à peu sur la façon dont l'auteur conçoit les choses. Une conception qui est loin d'être négative, en fin de compte. Comme quoi, il faut toujours attendre la fin avant de juger hâtivement! Tayend est un des personnages auxquels je me suis le plus attachée. Je le trouve touchant dans sa façon de parler de sa "différence", et dans le mystère qu'il entretient au sujet de ses amours secrets. Je l'ai trouvé mignon en amoureux timide qui n'ose pas se dévoiler de peur d'être rejeté.

Insoutenables persécutions…

Autre gros hérissage de poils pour moi, et cette fois-ci un très gros, ce sont les persécutions subies par Sonea tout au long de son cursus scolaire.

Je vous l'ai dit, de nombreuses gens prennent très mal le fait de côtoyer une fille de basse extraction sur les bancs de la prestigieuse Guilde des magiciens. C'est que beaucoup de ces magiciens sont un peu pète-secs, voyez-vous… Ils se tiennent en très haute estime et ne comptent pas partager leur prestige avec de la piétaille!

Un garçon en particulier prend Sonea en grippe. Malheureusement pour elle, Regin est le fils d'une maison très renommée, un des rares novices à avoir été pris sous la tutelle d'un mage. Très vite, le novice acquiert une popularité auprès des autres élèves et en joue pour tourmenter Sonea. Il est tellement plus facile de se sentir fort lorsqu'on est entouré de ses amis…

Regin fit durer le plaisir.
– Pauvre Sonea. On doit être si seul quand on est le favori du haut seigneur. pas d'amis. Personne avec qui jouer. On a pensé que tu voudrais peut-être avoir de la compagnie. On pourrait jouer un peu. (Il se tourna vers un novice plus vieux.) À quoi on joue?
Le garçon eut un sourire mauvais.
– J'aimais ta première idée, Regin.
– Alors on joue à "la Purge"? (Il haussa les épaules.) Je pense que ce sera un bon entraînement pour plus tard. Mais je crois que nous n'allons pas pouvoir nous contenter de jolies lumières et de sorts de barrières pour extirper ce genre de vermine de l'université. (Il regarda Sonea et ses yeux s'étrécirent.) Nous allons devoir trouver des moyens plus expéditifs.
En entendant ces mots, Sonea fut gagnée par la colère, mais lorsqu'il leva les mains, l'incrédulité pris le dessus. Il n'oserait pas la frapper. Pas ici. Pas au sein de l'université.
– Tu n'oserais pas…
Il sourit.
– Non? (De la lumière sortit de sa main ; Sonea se protégea avec un sort bouclier.) Que vas-tu faire? Le dire à ton tuteur? Pour une raison ou pour une autre, je ne crois pas que tu le feras. À mon avis, tu as trop peur de lui.
Regin s'approcha et de l'énergie blanche sortit de ses paumes.

La novice, Trudi Canavan

Ce thème est le sujet central de ce second tome, un thème qui m'a touchée bien plus que vous ne pouvez l'imaginer. Et ceci ne sera pas une autre Belle histoire de Mamie Acherontia, mes amis, car ceci n'est pas une belle histoire en vérité.

J'ai moi-même été victime de violences scolaires (harcèlement me semble un trop faible mot). Je vous en ai peut-être déjà parlé lors d'une précédente chronique, car c'est un sujet récurrent dans beaucoup de romans et qu'il touche à mon vécu.

La violence en milieu scolaire peut prendre beaucoup de formes, et peut aller beaucoup plus loin que ce que l'on ne pense. Ne croyez pas que, parce que ce ne sont "que" des gamins, qu'ils n'ont pas l'esprit aussi tordu que certains adultes. Certaines violences peuvent aller loin, très loin, et faire d'énormes ravages auprès des victimes qui les subissent. Ceci dit, je ne vais pas trop épiloguer sur le sujet, car je ne voudrais pas non plus faire la liste de toutes les idées saugrenues auxquelles les jeunes recourent pour faire mal, cela pourrait vite devenir lourd et glauque.

Sachez juste qu'à l'heure actuelle, il y a encore trop de jeunes qui mettent fin à leurs jours à cause des violences subies à l'école. Pour vous donner une idée, sur les trois dernières années, deux enfants sont passés à l'acte dans mon village – ils avaient treize ans… Heureusement, si les victimes de ces violences ne peuvent en parler ouvertement par peur des représailles, c'est une problématique dont on parle de plus en plus dans les médias, et j'ose espérer qu'un jour, les mentalités changeront.

À ce sujet, je voulais avant tout transmettre cette news que j'ai vu passer il y a peu et qui m'a interpellée… J'ai trouvé l'idée de cette dame vraiment géniale, et j'approuve totalement le fait de sensibiliser les enfants à ce problème dès leur plus jeune âge.

Tout cela pour dire que les violences subies par Sonea m'ont fait mal au cœur. Elles ont l'avantage d'être bien décrites. On ressent si bien la peur qui tenaille l'estomac de la jeune fille, son stress, son désir de se cacher ou de fuir, son courage pour supporter la situation au quotidien. Et cette injustice, surtout…

Car Sonea ne peut parler du problème à personne. Car si elle en parle, cela revient à accuser ses agresseurs, et qui dit accusation dit lecture forcée des souvenirs de la personne qui accuse. Or, Sonea a des souvenirs concernant le haut seigneur et sa pratique de la magie noire qu'elle doit à tout prix cacher… Une lecture de souvenirs pourrait bien mettre tous ceux qu'elle aime en péril!

Cette théorie se tient dans la première partie du livre, et on ne peut que compatir à sa douleur et s'incliner face à son courage. Mais en seconde partie de volume, un événement survient (je ne vous dit rien pour ne pas vous spoiler) qui va changer la donne. Dès lors, les souvenirs de Sonea n'ont pas autant besoin d'être protégés. Alors pourquoi refuse-t-elle catégoriquement d'en parler à son tuteur? J'émets donc un petit bémol quant à cette partie de l'histoire, car tout ne me paraît pas faire sens. On sent bien que l'auteur continue dans sa logique de souvenirs à dissimuler, mais vu que les choses ont changé, est-ce encore d'actualité? Et s'il est permis de lire dans les souvenirs de quelqu'un pour régler un conflit, pourquoi ne pas utiliser ce procédé sur les agresseurs mêmes? Cela aurait résolu bien des situations. À croire que les magiciens rechignent à punir les vraies coupables… Certaines parties manquent de vraisemblance, donc.

Une magie trop peu usitée?

Ce qui m'amène au point suivant…

Ce qui m'a irritée, dans ce second tome, c'est que la magie n'est pas suffisamment usitée, ou si elle l'est, c'est à mauvais escient. Les magiciens ont un outil superbe entre les mains (hey, n'allez pas penser mal!). Ils peuvent combattre, bien sûr, même s'il ne peuvent le faire que pour se défendre, mais ils peuvent également soigner et invoquer des boucliers protecteurs, ce qu'ils font plus rarement. Pour vous donner un exemple concret, dans l'extrait qui suit, le bateau de Dannyl est attaqué par des sangsues de mer. Les matelots font de leur mieux pour les repousser, mais ils sont noyés par le nombre. Le capitaine prend alors les choses en main et, au péril de sa vie, se trace un chemin parmi les bêtes pour les chasser, se blessant sévèrement au passage. C'est très héroïque, tout cela, mais n'avait-il pas un magicien à son bord? Un magicien qui aurait pu bien plus tôt se recouvrir d'un bouclier magique et partir chasser ces sangsues sans que quiconque soit blessé? Ne pouvait-il user de sa magie pour repousser les bêtes? Oh, la magie, il s'en servira! Mais à la toute fin du combat, quand le franc tombera chez lui qu'il est capable de se servir de magie.

J'ai noté plusieurs erreurs de ce genre, et c'est dommage, car cela enlève de la crédibilité au récit… Des magiciens qui oublient qu'ils savent se servir de la magie, non mais, a-t-on jamais vu ça?

Le souffle coupé, Dannyl regarda le capitaine s'enfoncer dans les ranges de bestioles. Sans se soucier des sangsues qui s'enroulaient autour de ses jambes, il avançait, un tuyau à la main. Puis il se pencha sur la rambarde, visa la coque avec le tuyau et aboya un ordre. Le tuyau était relié à un tonneau et un homme d'équipage actionna immédiatement une manette fixée à la barrique. Du liquide jaillit du tuyau à gros bouillon.
Les marins couvraient les jambes du capitaine de yomi mais d'autres sangsues prenaient la place de celles qui reculaient. En quelques minutes, les jambes du capitaine, mordues par des dizaines d'eyomas, se couvrirent de sang. Dannyl se précipita, Tayend sur les talons.
– Reste là! lança-t-il à l'érudit.
Danny hésita en voyant la quantité de sangsues, entre le capitaine et lui. Il prit une longue inspiration avant de se frayer un chemin dans la masse luisante et noire. Des grésillements l'entouraient, provoqués par le frottement des créatures contre son bouclier. Le mage sentait les animaux éclater sous ses semelles.

La novice, Trudi Canavan

Les mystères du Haut Seigneur…

Ce second tome est assez centré sur le personnage d'Akkarin, le haut seigneur de la Guilde. Dans la première partie, on ne le voit pratiquement pas, mais on en parle beaucoup car ses agissements et sa pratique supposée de la magie noire posent bien des questions qui ne peuvent rester sans réponse.

Dans la seconde partie, en revanche, il apparaît comme un personnage central et interagit plus avec les personnages principaux, tout en gardant sa part d'ombre et de mystère sans laquelle Akkarin ne serait pas Akkarin.

J'ai apprécié de le voir passer plus au devant de la scène, car on en apprend davantage sur son compte, et son mystère donne envie d'aller plus loin dans la lecture… en route pour le troisième et dernier tome, donc!!

En résumé…

Il y a d'excellentes choses dans ce second tome de la Trilogie du magicien noir. L'intrigue suit son cours et continue de susciter l'intérêt du lecteur, de nouveaux pans de l'histoire ainsi que de nouveaux personnages sont peu à peu dévoilés, d'autres personnages restés jusque-là dans l'ombre sont mis plus en avant, le suspens monte en puissance, mais progressivement…

On ne peut que s'attacher au sort de Sonea, dont la vie n'est pas la plus rose mais qui fait preuve d'un courage exemplaire (trop, peut-être? Combien, dans sa situation, auraient craqué ou baissé les bras depuis longtemps?).

Une histoire secondaire se met en place en parallèle de la première, et qui s'avère tout aussi captivante. Elle vient rafraîchir un peu le récit principal, qui pourrait vite s'avérer étouffant par le fait que le lecteur se voit confiné au sein de la Guilde, mais aussi par le climat de violence qu'il y règne. Les aventures de Dannyl et Tayend sont captivantes, et ce dernier se montre particulièrement attachant.

Les seuls petits bémols que je vois à cette suite, ce sont peut-être quelques longueurs, même si elles sont minimes, et le fait que la magie est trop peu usitée. Elle pourrait à certains moments être mieux employée et pourrait même sauver certaines situations, mais on dirait que les mages ne pensent pas à s'en servir, c'est un peu décevant.

Ma note : 16/20, comme pour le précédent tome.

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 2, La novice, de Trudi Canavan

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

Votre très dévouée,

Acherontia.

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 1, La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 1, La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

Synopsis…

Cette jeune fille est plus puissante que la moyenne de nos élèves, peut-être même plus que nos mages ! Elle est un danger. Il faut la trouver et l'arrêter. Si c'est une renégate, la loi nous oblige à l'amener devant le roi. Sinon, nous sommes tenus de lui enseigner le Contrôle. C'est encore une enfant, probablement une voleuse ! Mais elle pourrait devenir une grande magicienne… Comme chaque année, les magiciens d'Imardin se réunissent pour nettoyer la ville des indésirables. Protégés par un bouclier magique, ils avancent sans crainte au milieu des vagabonds, des orphelins et autres malandrins qui les haïssent. Soudain, une jeune fille ivre de colère leur jette une pierre… qui traverse sans effort le bouclier magique dans un éclair bleu et assomme l'un des mages. Ce que la Guilde des magiciens redoutait depuis si longtemps est arrivé : une magicienne inexpérimentée est en liberté dans les rues ! Il faut la retrouver avant que son pouvoir incontrôlé la détruise elle-même, et toute la ville avec elle. La traque commence…

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 1, La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

La loi d'attraction universelle

Ce roman, premier d'une prometteuse trilogie, est mon premier roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore pour ce second trimestre de l'année, Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

J'ai bien sûr souvent entendu parler de Trudi Canavan et de sa guilde des magiciens. Les critiques étaient la plupart du temps très positives, aussi me suis-je laissée tenter par cette réimpression en format poche.

Les autres tomes chroniqués sur ce blog…

Une plume féminine pour un univers riche…

La première chose que je fais lorsque j'entame un nouveau roman de fantasy, que ce soit le premier tome d'une série ou un one shot, c'est de le feuilleter et d'y repérer la présence de cartes et autres lexiques qui tendent à rendre l'univers plus tangible aux yeux du lecteur. Première bonne nouvelle, l'histoire dont il est question ici s'ouvre sur une double page de cartes comme je les aime. Elles sont claires, concises, et présentent cette dualité antique vs. moderne que j'affectionne tant. En effet, j'aime que les cartes soient dessinées à la main, comme tracées à la plume d'un scribe depuis longtemps disparu. Mais à la fois, j'aime que les annotations soient rédigées dans une graphie moderne et lisible, rappelant vaguement l'écriture manuscrite, mais sans trop en faire. Ici, j'ai mes deux éléments, je repars donc le cœur léger à la recherche d'autres parties liminaires dignes d'intérêt.

C'est à la toute fin que je les ai trouvées. Un magnifique glossaire de l'argot des Taudis, rédigé par le seigneur Dannyl en personne, ainsi qu'un autre glossaire qui permet aux lecteurs de s'y retrouver parmi les termes propres à l'univers de Trudi Canavan. Vous vous imaginez bien que je m'en suis délectée… Et ce fut utile, car pendant ma lecture, je n'ai pas eu besoin de retourner à ces glossaires, je savais d'emblée à quoi j'avais affaire.

Ces deux éléments prouvent d'emblée que l'univers proposé par l'auteur est riche, détaillé, qu'il repose sur des bases solides et que rien n'est laissé au hasard. Ce dernier point, je l'ai constaté en cours de lecture, lorsque l'auteur parle de l'histoire de la ville d'Imardin, des magiciens, de la guilde, de certaines guerre, de coutumes de certaines contrées éloignées… On sent que l'univers est construit, fouillé, et cela confère un poids énorme au récit qui va suivre.

– Ravi a dû se dire qu'il fallait que tu parles à Faren!
Cery ne répondit pas et passa la porte. Sonea le suivit, se demandant si un voleur portant le nom d'un insecte venimeux à huit pattes valait mieux qu'un confrère qui portait celui d'un rongeur.
Deux autres hommes aux épaules larges comme des armoires les regardèrent entrer dans la pièce. Ils ne se levèrent pas de leurs chaises pendant que le premier costaud refermait la porte, en ouvrait une autre, sur le mur opposé, et faisait signe aux deux adolescents de le suivre.
Accrochées aux murs de la salle suivante, des lampes constellaient le plafond de halos d'un jaune très esthétique. Le sol était couvert d'un grand tapis aux franges d'or. En face d'eux, assis derrière une table, Cery et Sonea virent un homme habillé de vêtements noirs très ajustés. Sur son visage à la peau sombre, d'effrayants yeux jaunes pâles les scrutaient.
Le voleur était un Lonmar, un membre d'une fière race du désert qui vivait loin au nord de la Kyralie. Les Lonmars étaient rares à Imardin. Leur culture étant très particulière, peu d'entre eux appréciaient de vivre à l'étranger. Chez eux, le vol était considéré comme une hérésie. En dérobant quelque chose, n'importe quoi, même un minuscule objet, le fautif perdait une partie de son âme.
Et voilà que Sonea et Cery se tenaient devant un voleur lonmar.

La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

Je dois le reconnaître, je suis plus accoutumée à des auteurs de fantasy masculins. Et qui dit masculin, dit souvent (mais pas toujours, heureusement) héros bouffés à la testostérone, nanas guerrières en string de cuir et armure rikiki, batailles interminables et effroyablement sanglantes, détails gores, viols, trahisons, machisme de la plus basse espèce… OK, je caricaturise un tantinet, mais il faut avouer qu'on n'est pas loin de la réalité (quoique, heureusement, je constate de plus en plus une évolution positive dans la fantasy masculine, il convient de le reconnaître).

La fantasy féminine, quant à elle, a tendance (et je dis bien tendance car ce n'est nullement une généralité) à mettre plus l'accent sur l'évolution des personnages (ici, en l’occurrence, une jeune fille), sur leur psychologie, sur des complots, de la magie, un peu de romance par-ci par-là (ce qui ne veut pas dire que le récit empeste la guimauve et les petites fleurs roses, on est bien d'accord)… Et justement, j'aime beaucoup la fantasy féminine, parce que les personnages féminins sont dépeints comme des héroïnes fortes, courageuses, volontaires. Si elles ont leurs moments de faiblesse, c'est pour mieux les contourner et prendre leur vie en main. Ces femmes ont une réelle profondeur (non, ne vous gaussez pas! Je vous entends d'ici, les mecs…), une grandeur d'âme et une force de caractère qui font d'elles des modèles. On est loin de l'héroïne badass et sexy qui se ballade à moitié à poil pour mieux épater la galerie, et c'est tant mieux.

L'héroïne de cette trilogie, Sonea, s'inscrit dans la droite ligne de ces héroïnes comme je les aime, féminines et fortes à la fois. C'est en bonne partie son personnage qui m'a fait aimer ce roman. Mais pas uniquement…

"Ils ne peuvent pas me voir!" Sonea eut de nouveau un peu d'espoir. "Je peux me glisser entre eux."
Elle tourna les talons et s'enfuit. L'ombre d'un homme lui bloqua le passage. La jeune fille hésita, puis fouilla dans les plis de son manteau, où ses doigts gourds rencontrèrent la poignée froide de sa dague. Alors que le magicien se penchait pour l'attaquer, elle plongea en avant et se jeta sur lui. L'homme bascula en arrière mais ne tomba pas. Avant qu'il retrouve son équilibre, Sonea lui plongea la dague dans la cuisse.
La lame entra profondément dans la chair. Le mage cria de surprise et de douleur. Contente de ce résultat, Sonea retira sa dague de la blessure et poussa le mage hors de son chemin. Puis elle se remit à courir.
Des doigts lui prirent au vol le poignet. L'adolescente grogna et secoua le bras pour se libérer. Le mage resserra sa prise, commençant à lui faire mal, et la lame lui échappa des mains.
Une rafale de vent ayant chassé la brume de la ruelle, Sonea vit que les trois autres mages couraient vers elle. Paniquée, elle se débattit de plus belle, les deux pieds plantés dans le sol. Sans résultat. Avec un grognement, l'homme qui la tenait la tira par le bras pour la propulser sur le chemin des mages.

La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

Rythme et fluidité…

Le style d'écriture de Trudi Canavan m'a rapidement séduite. Simple et efficace, sa plume ne s'embarrasse pas de descriptions superflues. On est souvent au cœur de l'action, on suit les personnages pas à pas, et pourtant, sans grands passages descriptifs, on parvient très bien à se situer l'univers et l'ambiance du récit.

Ce qui séduit surtout, chez Trudi Canavan, c'est son style très rythmé qui permet au lecteur de rester scotché jusqu'à la fin. L'auteur sait très bien ménager ses effets, distillant à merveilles ses éléments d'intrigues et prenant le lecteur par surprise. Cette rythmique soutenue est grandement mise en valeur par la fluidité sans faille du récit.

Je pourrais résumer le tout en disant "Ça se lit tout seul…", un peu comme on boirait un verre de lait tiède ou une tisant sucrée à souhait.

Pour un jet de pierre…

Mesdames et messieurs, l'expérience qui va suivre est dangereuse et peut avoir des conséquences fâcheuses sur votre entourage. Surtout, ne faites pas cela chez vous! Je suis consciente que ce n'est parfois pas l'envie qui manque, mais de grâce, pensez qu'il existe d'autres méthodes pour témoigner aux emmerdeurs de tout poil qu'il vous tapent sur le système… Pensez au martifouett' piquant, par exemple, un beau modèle breveté qui occasionne une douleur éphémère et sans danger pour la santé.

Quelque chose se rebella dans les entrailles de Sonea, qui resserra sa prise sur la pierre, la soupesa et constata avec plaisir qu'elle était lourde. Se tournant face aux magiciens, elle sentit la haine former une boule dans son estomac. Puisant de la force dans la rage d'avoir été jetée hors de chez elle ainsi que dans son ressentiment atavique contre les mages, elle jeta sa pierre sur celui qui avait parlé. Le caillou siffla dans les airs. Lorsqu'il approcha de la barrière invisible, Sonea pria pour qu'il la traverse et atteigne son but.
Un éclair de lumière bleue rida la surface invisible, et la pierre percuta la tempe du magicien avec un bruit mat. L'homme resta debout sans réagir, les yeux dans le vague, puis ses genoux se dérobèrent et son compagnon fit un pas en avant pour le rattraper.
Sonea en resta bouche bée. Alors que le magicien plus âgé étendait son ami sur le sol, les insultes des adolescents moururent et un silence de mort tomba sur la foule.
Les exclamations reprirent quand deux autres magiciens vinrent s'agenouiller à côté de leur compagnon. Les amis de Harrin – et bien d'autres dans la foule – poussèrent des vivats. Comme tout le monde murmurait au sujet de ce qui venait de se passer, le vacarme devint assourdissant.
Sonea regarda ses mains.
"Ça a marché. J'ai traversé le bouclier, mais c'est impossible, à moins…
À moins d'être un magicien."

La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

Trêve de plaisanterie, ici, c'est un peu l'histoire de l'effet papillon. Une petite pierre percute un homme par hasard, et dès lors, toute une mécanique se met en place, qui fait que les évènements prennent rapidement une tournure sérieuse et effrayante. Car cette petite pierre, décochée presque innocemment, a des conséquences totalement inattendues, bouleversant la vie de la jeune Sonea et remettant en question ce que les magiciens pensaient savoir.

Sonea à l'école des magiciens…

Sans réellement y ressembler, cette histoire m'a vaguement rappelé une certaine série de romans à succès… Voyez par vous-même : un héro issu d'un milieu défavorisé, une école de magie qui l'invite en ses murs afin d'y développer ses talents… Alors, certes, le héro qui se découvre des pouvoirs magiques et qui doit apprendre à vivre, c'est un thème assez courant dans la littérature fantasy, tout comme celui des mages réunit en une espèce de congrégation régie par des lois strictes et une hiérarchie bien établie. Mais là, les deux réunis en un, je dois dire que ça a un petit côté Potter, mais version fantasy.

Ceci dit, c'est loin d'être déplaisant. Le thème est merveilleusement bien traité et soulève de nombreuses réflexions intéressantes (pourquoi seuls les gens de bonne famille pourraient-ils avoir accès à l'enseignement magique? Que font réellement les magiciens de leurs pouvoirs? Les utilisent-ils pour la bonne cause? Pour aider ceux qui en ont réellement besoin? etc.).

– Le contrôle est un talent subtil, dit Rothen. Je dois entrer dans ton esprit pour te montrer, mais je ne pourrai pas le faire si tu me résistes.
L'image des novices debout dans le dos de leurs camarades, les mains pressées sur leurs tempes, revint à l'esprit de Sonea. leur professeur n'avait pas dit autre chose.
La jeune fille éprouva une étrange satisfaction à l'idée que ce mage ne lui mentait pas. Aucun magicien ne pourrait entrer dans son esprit si elle en décidait autrement.
Puis elle se rembrunit au souvenir de la présence, dans sa tête, de la source de magie qu'elle lui avait dévoilée, et de la façon de s'en servir.
– Vous m'avez déjà montré hier.
– Non. Je t'ai fait voir ton propre pouvoir et expliqué comment vider le trop-plein. C'est tout à fait différent. Pour t'apprendre à utiliser ton don, je dois me rendre "sur place" avec toi. Pour ça, il me faut entrer dans ton esprit.
Sonea regarda ailleurs. Laisser entrer un mage dans sa tête? Qu'y verrait-il? Tout, ou seulement ce qu'elle voudrait lui laisser voir?
Mais avait-elle le choix?

La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

J'ai bien aimé ces histoires de magiciens, car ils gardent toujours un voile de mystère qu'on a envie de soulever. On ne peut s'empêcher de se demander de quel côté ils sont, si ce n'est du leur, et de se questionner sur leur utilité. Je me demande si je trouverai des réponses à mes questions dans le second tome.

La malveillance du mage…

Vous vous imaginez bien qu'il n'y aurait pas vraiment d'histoire si tous ces mages qui courent après Sonea étaient tous gentils et ne lui voulaient que du bien… De lourds complots se trament entre les murs de la Guildes, qui auront des conséquences fâcheuses, tant sur l'héroïne que sur son entourage. À qui Sonea peut-elle faire confiance? Sur qui peut-elle s'appuyer? Que doit-elle croire? À l'aube de sa vie adulte, toutes ces questions qui se bousculent dans sa tête ne l'aident pas vraiment à choisir sa destinée et à prendre la voie qu'elle se sera tracée. Encore que… Car certaines manipulations ne vont pas sans conséquences, et pèsent parfois bien lourd dans la balance décisionnelle…

En résumé…

Si je devais résumer les points forts de ce premier tome, je citerais l'univers riche et fouillé, l'écriture fluide et rythmée, l'héroïne attachante, l'intrigue efficace et bien ficelée.

Si je devais, en revanche, donner quelques points sur lesquels je suis plus dubitative, je dirais peut-être le côté trop "magique" de certains passages. La magie est omniprésente, mais pas assez expliquée au lecteur. D'où vient-elle? Pourquoi certains la possèdent-ils et d'autres pas? Comment se développe-t-elle? A-t-elle besoin d'invocations, de rituels pour se manifester? Je suis parfois restée un peu sur ma faim de ce point de vue-là.

Ceci dit, cela ne m'a pas dérangée pour autant, puisque j'ai lu ce premier tome avec plaisir, et j'ai hâte d'entamer le deuxième, que je viens de recevoir et qui m'attend sagement au sommet de ma PAL.

Ma note : 16/20. Une bonne entrée en matière! Reste à voir si la suite apportera des réponses à mes questions...

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 1, La guilde des magiciens, de Trudi Canavan

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques…