[Chronique fantastique] Le dieu dans l’ombre, de Megan Lindholm

Au final, à bien y réfléchir, je pense avoir eu entre les mains un authentique roman féminin qui tend à dénoncer l’enfermement de certaines femmes dans des rôles qui ne leur conviennent pas et qui leur laisse trop peu de place pour s’exprimer et se sentir libres.

Acherontia Nyx

Loin de ses forêts d’Alaska natale, Evelyn est propulsée dans le monde de Tom, son mari, avec son fils Teddy. Coincée dans la vie quotidienne de sa belle-famille, la jeune femme ne se retrouve pas dans la place de femme et d’épouse qui lui est assignée. Fuyant les tâches ménagères et le désœuvrement, elle replonge dans ses souvenirs d’enfance qui oscillent entre nature et poésie, aux côtés de son ami Pan, le faune mystique avec qui elle a grandi. Lorsque celui-ci réapparaît, des envies de liberté mêlées de rêves sensuels s’agitent en elle. Á mi-chemin entre la civilisation et la nature, sous le couvert des arbres glacés, Evelyn devra faire face à deux choix terribles. Trouvera-t-elle son chemin dans l’ombre ?

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[Chronique littéraire] Le visage de la peur, de Dean Koontz

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[Chronique littéraire] Le visage de la peur, de Dean Koontz

Résumé…

Une vague de terreur allait déferler sur New York… Qui est le Boucher, et comment parvient-il à convaincre toutes ces femmes si différentes de le faire entrer chez elles en pleine nuit ? Un tueur qui ne paraît ni fou ni enragé lorsqu'il s'en prend à ses victimes. Qui semble agir… méthodiquement. Mais dans quel but ?

La loi de l'attraction universelle…

Pour le challenge "Un mot, des titres", je devais lire un ou des livres dont le titre contient le mot "peur". Initialement, je voulais lire "La peur de sage" de Patrick Rothfuss, mais comme il n'était disponible dans aucune des librairies proches de chez moi, et que je n'aurais pas eu le temps de le lire si j'avais dû le commander, je me suis rabattue sur ma PAL, où j'ai déniché cet ebook. Et ça tombait bien, car je voulais justement découvrir Dean Koontz, dont on m'avait dit beaucoup de bien…

Un concept intéressant…

Ce qui m'a plu, dans ce roman, et qui a finalement relevé le niveau, c'est la psychologie du tueur en série appelé le Boucher. Oui, bon, pour le surnom, l'auteur aurait peut-être pu donner un peu plus dans l'original…

Attention : risque de spoil!

Dean Koontz met en fait en scène, non pas un tueur, mais deux, qui travaillent ensemble et tentent de brouiller les pistes en se faisant passer pour un tueur unique. L'originalité réside surtout dans ce que ces tueurs ne sont, d'un point de vue clinique, pas fous ou psychopathes. Selon un des personnages de l'histoire, ils pourraient même passer des tests psychologiques sans que rien ne soit décelé. Ce sont simplement deux hommes qui ont pris la décision de tuer parce qu'ils ont adopté la théorie du surhomme de Nietzsche, et qu'ils considèrent les autres humains comme de vulgaires vermines qui empêchent les surhommes qu'ils sont de fonder une nouvelle race plus puissante. C'est tordu, mais l'auteur a assez bien ficelé son histoire, et du coup tout paraît très crédible, même si je n'irai pas jusqu'à dire que ces deux bonhommes-là n'ont aucuns soucis psychologiques…

Koontz nous parle, pendant tout un chapitre, de la rencontre des deux tueurs, et comment ils en sont venus à cette idée de tuer pour permettre à la race des surhommes de s'épanouir. Honnêtement, je me suis demandée où l'auteur avait été dénicher de pareilles idées, tant certains passages étaient crus et malsains au possible. Loin d'en être choquée, j'ai trouvé que cela donnait au récit une part supplémentaire de réalisme, et en même temps, ça donnait le ton. Là, c'est certain, on est bien dans un thriller tortueux et glauque à souhait…

Un thriller passable…

Parlons-en, justement, du côté thriller… J'annonce qu'il s'agit d'un thriller passable, mais j'avoue avoir tout de même été tenue en haleine du milieu jusqu'à la fin du roman. En gros, la dernière partie du roman se déroule presque en huis clos. Les "héros" de l'histoire sont tout en haut d'une tour de bureaux (44 étages tout de même) et doivent échapper à notre fameux Boucher qui aimerait beaucoup pouvoir leur trouer le lard avec son pétard. Mais voilà, malgré un plan qui aurait pu marcher avec d'autres protagonistes un peu moins audacieux, notre Boucher est malheureusement tombé sur la crème des crèmes, et nos deux MacGiver en puissance trouveront les stratagèmes les plus fous pour lui échapper. S'ensuit une longue et -presque- captivante chasse à l'homme…

Trop de longueurs…

Et c'est ici qu'intervient le gros point négatif de ce roman, selon moi… trop de longueurs!! Ce roman est court, pourtant, moins de 300 pages… Et un quart de ces pages est rempli de descriptions interminables des stratagèmes de nos MacGiver en herbe. Il faut savoir qu'un des fuyards est un ancien alpiniste qui a dû arrêter ses activités après une chute douloureuse tant sur le plan physique que psychologique. Et donc, que fait un ancien alpiniste bloqué en haut d'une tour, selon vous? Eh oui… donc nous avons droit pendant de loooooongs paragraphes à des descriptions de techniques d'alpinisme qui, à mon sens, plombent vraiment l'histoire et son suspens. La preuve, j'ai sauté ces passages, pour la plupart, chose que je ne fais pratiquement jamais. Certes, Dean Koontz s'est formidablement documenté et traite le sujet de façon très professionnelle. On en arriverait presque à croire qu'il est lui-même alpiniste, et c'est peut-être d'ailleurs bien le cas. Mais au milieu d'une course-poursuite halletante, je dis non. Un peu c'est bien, mais point trop n'en faut. D'autant plus qu'il était des moments où les protagonistes oubliaient totalement la peur du vide et le risque de se faire canarder par le Boucher. Ils souriaient, bavardaient ensemble comme si de rien n'était, parvenaient même à plaisanter… Pas très crédible, tout ça. Surtout que l'un deux est tout de même censé être traumatisé par sa chute, on le voit avoir peur les cinq premiers mètres, et puis après, pfuit, envolée la phobie du vide. Il retrouve son niveau d'emblée de jeu, malgré plusieurs années sans pratiquer, et avec une jambe blessée censée le rendre fou de douleur au point de ne pas savoir monter un escalier… Personnellement, ça me donne un peu envie de rire.

En résumé…

Points positifs :
  • La psychologie intéressante du tueur.
  • Le suspens qui donne envie de lire le tout d'une traite.
  • L'auteur maîtrise assez bien son sujet (l'alpinisme).
Points négatifs :
  • Le dit sujet empiète trop sur la dite intrigue, qui s'en trouve trop entrecoupée.
  • Ce même sujet est beaucoup trop développé et entraîne de désagréables longueurs.
  • Certains points laissent à désirer en ce qui concerne la crédibilité.
Ma note : 14/20, pour le suspens, principalement.

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres", Session 31, "Peur"

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres", Session 31, "Peur"

La chanson d’Arbonne, de Guy Gavriel Kay

La chanson d'Arbonne, de Guy Gavriel Kay

Résumé…

Au pays d’Arbonne le soleil mûrit les vignes et fait éclore les chansons des troubadours qui célèbrent l’amour courtois.
Au Gorhaut, terre austère du Nord où l’on adore le dieu mâle Corannos, règne le brutal Adémar, sous l’influence du primat fanatique du clergé.

« Jusqu’à ce que meure le soleil et que tombent les lunes, l’Arbonne et le Gorhaut ne vivront pas en harmonie côte à côte. »

Gouvernée par une femme, minée par la rivalité sanglante de ses deux seigneurs les plus puissants, l’Arbonne n’est-elle pas une proie tentante pour une guerre de conquête et de croisade du Gorhaut, d’autant – ignominie ! – qu’on y vénère une déesse ?
Mais c’est en Arbonne que Blaise du Gorhaut s’est engagé comme mercenaire au service d’un baronnet, après avoir fui son pays et son père.
Qui est-il, ce Blaise du Nord, et quel destin l’attend qu’il ignore lui-même ? Seule le sait peut-être Béatrice, la grande prêtresse aveugle de Rian au hibou sur l’épaule.
La Chanson d’Arbone est une fantasy magistrale et envoûtante dans un monde parallèle à la Provence médiévale.

Planter le décor…

Le premier élément qui m'a sauté aux yeux, à la lecture de ce roman, ce sont les excellentes descriptions réalisées par l'auteur, et l'ambiance qu'il parvient à transmettre au travers de paragraphes très poétiques.

Le choix d'attribuer à l'Arbonne un climat méditerranéen tempéré est original, et pour ma part, plutôt dépaysant, surtout en ce moment, alors que je me trouve au coeur d'un beau début de printemps belge. L'analogie avec la Provence médiévale est donc bien visible, et très agréable pour le lecteur. Surtout que Monsieur Kay parvient sans l'ombre d'une difficulté à nous immerger dans une ambiance chaleureuse, où l'on sent les rayons du soleil poindre entre les lignes, même lorsque le récit nous parle d'hiver. En se mettant dans de bonnes conditions de lecture, on pourrait presque entendre les cigales chanter et sentir les fragrances des vignes et des champs de lavande.

"La lumière : ce phénomène extraordinaire par lequel le soleil dans un ciel d'un bleu profond individualisait chaque chose d'une façon vivante et immédiate, animait chacun des arbres, des oiseaux prenant leur essor, des renards dans leur course, des brins d'herbe acérés. Ici, tout paraissait plus que ce qu'il n'était, plus aigu, plus brillamment défini. En cette fin d'après-midi, la brise qui soufflait de l'est atténuait la chaleur de la journée ; même le souffle qu'elle produisait dans les feuilles rafraîchissait. Quoique, si l'on y réfléchissait, cette pensée fût ridicule : en Arbonne, le bruit du vent dans les feuilles était exactement le même qu'au Gorhaut ou au Götzland. Mais en Arbonne quelque chose aiguillonnait ainsi l'imagination."

Un récit intéressant mais…

Je peux dire également avoir aimé le contexte médiéval posé par l'auteur. Le travail documentaire qu'a dû nécessiter ce type de récit se fait bien sentir dans les descriptions de la vie politique, des métiers de troubadour et de ménestrel, de la vie à la cour, des coutumes de l'époque, en particulier celle de l'amour courtois, de la vie quotidienne en ces temps-là, de la condition de la femme… L'auteur donne envie à ses lecteurs d'en savoir plus sur l'époque décrite et les mœurs qui s'y rapportent.

Cependant, il y a un mais à cette réussite…

Personnellement, je me suis sentie déstabilisée d'emblée. Après une introduction alléchante, l'auteur plante là les personnages décrits pendant quelques pages, fait fit de leurs histoires et nous porte une vingtaine d'années plus tard, à la rencontre de nouveaux personnages qui n'ont au premier regard pas de lien avec ceux de l'introduction. Je suis restée très perplexe, j'aurais au moins apprécié que le lien entre l'introduction et la suite de l'histoire nous soit clairement expliqué. Certes, il faut ménager "l'effet de surprise", mais sur le coup, j'ai trouvé le cours du récit trop chamboulé et cela m'a gênée dans ma lecture.

Sans compter qu'après l'introduction, l'histoire peine à démarrer. Il y a trop de longueurs dans le récit. Les scènes d'action sensées apporter un peu de rythme et de piment à l'histoire sont régulièrement entrecoupées par des descriptions des pensées et des ressentis des personnages. C'est certes utile au lecteur, mais cela aurait peut-être pu être fait autrement, en tout cas moins longuement. L'action étant trop souvent coupée, j'ai rapidement perdu le fil de l'histoire et mon intérêt pour celle-ci. C'est dommage, je pense que l'histoire aurait été mieux servie par une écriture plus simple.

En résumé…

Les petits plus…

  • Un travail documentaire conséquent
  • Une ambiance agréable
  • Un style d'écriture abouti

Les petits moins…

  • Les scènes d'action sont trop entrecoupées
  • On perd vite le fil de l'histoire
  • J'ai parfois eu du mal à voir où l'auteur voulait en venir
Ma note : 6,5/10

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres" : session 22, chanson.

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres" : session 22, chanson.

Lu aussi dans le cadre du challenge "Moyen âge"

Lu aussi dans le cadre du challenge "Moyen âge"

Lu aussi dans le cadre du challenge "Lieux imaginaires 2013", catégorie mondes imaginaires après 1950

Lu aussi dans le cadre du challenge "Lieux imaginaires 2013", catégorie mondes imaginaires après 1950

Lu aussi dans le cadre du challenge "Petit bac 2014", ligne fantasy, catégorie lieu : la chanson d'ARBONNE

Lu aussi dans le cadre du challenge "Petit bac 2014", ligne fantasy, catégorie lieu : la chanson d'ARBONNE

La couleur tombée du ciel, de H. P. Lovecraft

La couleur tombée du ciel, de H. P. Lovecraft

En résumé…

L'humanité est en proie aux agressions répétées d'êtres surnaturels et mauvais qui ont été les maîtres de la Terre bien avant notre ère… Après un prélude d'horreur, voici que surgissent les démons de la Terre, puis ceux de la mer et de l'air, qui vont faire notre malheur. Quatre récits du grand écrivain américain H. P. Lovecraft.

La couleur tombée du ciel…

Près d'Arkham, dans la région appelée désormais la Lande foudroyée, est tombée un météorite fait d'une matière aux étranges propriétés, et d'une couleur encore jamais vue sur terre, apportant terreur et désolation aux habitants du périmètre…

L'abomination de Dunwich…

A Dunwich naît un petit garçon bien étrange, Wilbur, déjà fort peu attirant physiquement, et qui a la particularité de grandir trop vite, que ce soit d'un point de vue corporel et intellectuel. La condition hors-normes de Wilbur et les modifications apportées aux bâtiments où vit sa famille ont-elles un lien avec les vieilles légendes qui circulent et qui disent que Dunwich serait hantée par le Diable?

Le cauchemar d'Innsmouth…

Un jeune homme de 18 ans fête sa majorité en parcourant le pays à la recherche de curiosités archéologiques. Il ne tarde pas à découvrir la ville fantôme d'Innsmouth, où il se passe de bien étranges choses, et dont la population présente de troublantes difformités…

Celui qui chuchotait dans les ténèbres…

De curieuses et inquiétantes créatures sont aperçues dans les collines du Vermont. Deux scientifiques s'échangent des lettres à leur sujet et tentent de trouver leur origine. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises…

Ce qui m'a attirée vers cette lecture…

Lovecraft était un de mes écrivains favoris lorsque j'étais ado. C'est donc tout naturellement que je me suis tournée vers cette (re)lecture pour mon challenge le Trivial pursuit de l'imaginaire. Je savais qu'il s'agissait d'une valeur sûre…

La première phrase…

La couleur tombée du ciel…

"A l'ouest d'Arkham s'érigent des collines farouches, séparées par des vallées plantées de bois profonds dans lesquels nulle hache n'a jamais pratiqué de trouée."

L'abomination de Dunwich…

"Lorsqu'un voyageur qui parcourt le centre nord du Massachusetts se trompe de direction à l'embranchement de la barrière de péage d'Aylesbury, au-delà de Dean's Corner, il se trouve dans une région étrange et désolée."

Le cauchemar d'Innsmouth…

"Au cours de l'hiver 1927-1928, des fonctionnaires du gouvernement fédéral menèrent une enquête mystérieuse dans la ville d'Innsmouth, ancien port de pêche du Massachusetts."

Celui qui chuchotait dans les ténèbres…

"Par-dessus tout, rappelez-vous bien que je ne vis, au dernier moment, aucune horreur concrète susceptible d'affecter ma raison."

La couleur tombée du ciel, de H. P. Lovecraft

About Lovecraft…

"L'univers accessible à nos sens se prolonge à l'infini pour devenir le nouvel univers révélé par la science. Des distances énormes dans l'espace et le temps, une infinité de mondes dont beaucoup sont probablement habités par des êtres très différents de nous, des frontières qui reculent constamment, des mystères toujours nouveaux : tel nous apparaît cet autre cosmos.

Il est permis d'avoir, à l'égard de ce domaine prodigieux, d'autres attitudes que l'admiration béate des manuels d'astronomie populaire. Howard Philips Lovecraft avait adopté l'attitude de l'effroi. Le silence des espaces infinis effrayait Pascal ; Lovecraft, lui, redoute l'activité hostile des êtres monstrueux qu'il sent autour de lui, êtres dont la puissance infiniment supérieure à la nôtre, l'emporte même sur celle des dieux que nous avons imaginés. Ces êtres nous ont été créés un jour par plaisanterie ou par erreur ; un jour viendra où ils nous anéantiront.

Des historiens de la littérature arriveront sans aucun doute à montrer pourquoi Lovecraft a choisi cette voie. La misère dans laquelle il a vécu toute sa vie, une mauvaise santé, un mariage malheureux y sont certainement pour quelque chose. Pourtant, il n'y a eu qu'un Lovecraft dans la littérature de tous les pays… Et c'est pourquoi toutes les explications données seront toujours nécessaires mais non pas suffisantes.

Ce qui est certain, c'est que Lovecraft a inventé un genre nouveau : le conte matérialiste d'épouvante. Plus que tout autre il sait créer la terreur ; mais c'est sur les découvertes de la science que repose son pouvoir, plus grand à nos yeux que celui de Poe lui-même.

Sa cosmogonie et sa mythologie nous effraient parce qu'elles sont possibles. Des méthodes scientifiques irréfutables ont montré que la vie existait déjà sur notre globe il y a deux milliards sept cent millions d'années! Nous ignorons tout de la forme de cette vie : nous savons seulement que, dans des roches datant de deux milliards sept cent millions d'années, nous trouvons du carbone dont le rapport des isotopes est celui de la vie.

Ces êtres d'un passé infiniment lointain ont pu atteindre des pouvoirs étonnants et signer des pactes avec d'autres intelligences dans l'espace et le temps. Toute existence terrestre est peut-être soumise à des lois inconnues, appartient à des maîtres lointains depuis l'époque "où la Vie et la Mort, l'Espace et le Temps contractaient des alliances sinistres et impies", selon les termes de notre auteur. Et peut-être subsiste-il encore de cette époque des portes s'ouvrant sur d'autres points du continu espace-temps, sur des galaxies lointaines, sur le passé et l'avenir ; des portes dont les clés se trouvent dans notre inconscient, "mondes d'une réalité sardonique se heurtant à des tourbillons de rêves fébriles".

C'est dans ce cadre immense que Lovecraft place son oeuvre. Il utilise un "réalisme fantastique" qui lui appartient en propre. Les sources qu'il cite existent toutes à une exception près : le livre maudit, le noir Necronomicon, écrit par l'arabe Abdul Alhazred qui devint fou après avoir achevé la rédaction de son oeuvre. (Notons en passant, à ce propos, que la Bibliothèque du British Museum reçoit fréquemment des lettres demandant où l'on peut se procurer cet ouvrage!) Ce réalisme fantastique est encore renforcé par l'incrédulité du narrateur, qui cherche toujours des explications rationnelles et prosaïques.

La lecture de l'oeuvre de Lovecraft exige des nerfs solides. C'est une liqueur forte qui doit être absorbée à petites doses. Mais elle offre d'étranges plaisirs, dans cet "ailleurs absolu" dont parle Einstein.

Jacques Bergier, préface de l'édition de 1996 parue chez Denoël.

La Lovecraftitude…

Qu'ajouter de plus à ce préambule soigneusement rédigé par Monsieur Bergier et qui décrit si bien notre auteur?

Oui, il n'y a qu'un seul Lovecraft sur cette terre, unique, inimitable. Ses nouvelles sont intemporelles, et il est toujours plaisant de les relire de temps à autre. Ce fut le cas pour moi avec cet excellent recueil de quatre nouvelles formidables.

Mais qu'a donc ce recueil de si excellent?

Eh bien, il se fait que les quatre nouvelles qui le composent sont bien représentatives du style d'écriture de l'auteur, et une bonne introduction à son univers sombre, ainsi qu'à sa mythologie bien personnelle. On n'y parle que peu du grand Cthulhu, personnage de Lovecraft devenu culte suite à de nombreuses références dans les films, les jeux vidéos, les dessins animés et la littérature.

Mais cela ne gêne absolument pas car, même si on s'attend à voir au moins le bout de ses tentacules, d'autres créatures sont plus longuement évoquées et qui font partie intégrante de la mythologie dont est issu Cthulhu.

Chacune des nouvelles paraissent se ressembler sur la forme, et pourtant elles sont bien différentes de par le fond. On retrouve dans chacune d'elle le style inimitable de l'auteur, et cette atmosphère lourde d'angoisse qui suffoque le lecteur jusqu'à évoluer vers un sentiment d'effroi sans nom, comme dans cet extrait :

"Presque en même temps les animaux de la ferme périrent les uns après les autres. Poules et coqs devinrent grisâtres et moururent rapidement : leur chair desséchée était infecte. Les porcs grossirent démesurément, puis commencèrent soudain à subir des transformations répugnantes que nul ne put expliquer. Bien entendu, leur chair s'avéra inutilisable, et Nahum ne sut plus à quel saint se vouer. Aucun vétérinaire rural ne voulait s'approcher de la ferme ; quant à celui d'Arkham, il était manifestement déconcerté. Les porcs, eux aussi, prenaient une couleur grisâtre et tombaient littéralement en lambeaux avant de mourir, tandis que leurs yeux et leur groin présentaient des altérations singulières, d'autant plus étranges qu'ils n'avaient jamais mangé de plantes souillées. Ensuite, les vaches succombèrent à un mal mystérieux. Certaines parties du corps, ou bien l'animal tout entier, se recroquevillaient ; après quoi survenait un affaissement ou une désintégration particulièrement atroce. Quelque temps avant la mort (qui était le terme inévitable de la maladie), la chair devenait grise et friable comme celle des porcs."

En résumé, je dirais que ce recueil est une intéressante introduction à l'univers de Lovecraft, que je conseillerais aux lecteurs qui ne connaissent pas encore cet auteur de génie.

Mais qu'a donc cet auteur de si génial?

Ce que j'aime, chez Lovecraft, c'est cette façon très personnelle d'attiser l'effroi chez le lecteur par l'emploi de termes forts, qui marquent l'esprit. Tout le vocabulaire de l'horreur y passe. C'est que l'auteur ne manque pas de mots pour décrire l'indicible… étrange, abomination, cauchemar, souillé, avili, singulier, démesurément, squelettique, lambeaux, putride, succomber, désintégration, atroce, fantastique, délabré, en décrépitude, terrible, horreur, intolérable, extravagance, hallucination, quintessence du mal, impie, perversité, démoniaque… et ceci n'est qu'un tout petit aperçu.

Cela paraît anodin vu comme ça, mais pour moi, c'est ce qui donne du relief au récit de Lovecraft. L'auteur s'exprime dans une langage relativement châtié (mis à part pour certains dialogues qui ressemblent plus à une sorte de transcription d'accents régionaux), et l'histoire pourrait paraître monotone s'il n'y avait ces coups de tonnerre donné par ces termes tantôt durs, tantôt alambiqués qui font comme un électrochoc au cerveau.

Autre côté que j'apprécie énormément chez cet auteur, c'est son imagination débordante qui nous imprègne d'entrée de jeu. Rien que les descriptions des créatures qui terrorisent les protagonistes de l'histoire valent de l'or tellement ces créatures sont tirées par les cheveux, et pourtant si bien décrites qu'on les soupçonnerait d'avoir réellement existé.

"Ce ne pouvait pas être non plus des animaux familiers aux habitants du Vermont. C'étaient des créatures rosâtres d'environ cinq pieds de long : leur corps crustacéen portait une paire de vastes nageoires dorsales ou d'ailes membraneuses, et plusieurs groupes de membres articulés ; une espèce d'ellipsoïde couvert d'une multitude de courtes antennes leur tenait lieu de tête. Tous les récits, je l'ai déjà dit, coïncidaient d'une façon remarquable ; néanmoins, il ne fallait pas trop s'en émerveiller, car les vieilles légendes autrefois répandues dans le pays fournissaient une image morbide particulièrement vive qui avait sans doute impressionné le cerveau des témoins en cause."

La couleur tombée du ciel, de H. P. Lovecraft

En résumé…

Les petits plus…

  • Le lecteur est tout de suite pris par l'histoire car Lovecraft sait fort bien maintenir le mystère jusqu'au dénouement final.
  • La lecture reste agréable jusqu'au bout et l'ambiance est glauque à souhait.
  • J'ai aimé pouvoir m'émerveiller par l'imagination de l'auteur qui semble ne pas connaître de limites, même pas celles de notre monde physique…

Les petits moins…

  • Une ambiance peut-être un peu trop lourde et glauque pour certains lecteurs? Un roman, en tout cas, à ne pas mettre dans toutes les mains…
Ma note : 9,5/10 SECOND COUP DE COEUR DE 2014!!!

Lu dans le cadre du Trivial Pursuit de l'Imaginaire, Session 1 : "Des romans d'horreur avec une couleur dans le titre"

Lu dans le cadre du Trivial Pursuit de l'Imaginaire, Session 1 : "Des romans d'horreur avec une couleur dans le titre"

Lu aussi dans le cadre du Challenge Petit Bac 2014, Ligne Fantastique, Catégorie Couleur : La COULEUR tombée du ciel

Lu aussi dans le cadre du Challenge Petit Bac 2014, Ligne Fantastique, Catégorie Couleur : La COULEUR tombée du ciel

Lu aussi dans le cadre du challenge Les lieux imaginaires 2013, catégorie dystopies et lieux cauchemardesques

Lu aussi dans le cadre du challenge Les lieux imaginaires 2013, catégorie dystopies et lieux cauchemardesques

La grande encyclopédie des Fées, de Pierre Dubois

La grande encyclopédie des Fées, de Pierre Dubois

En résumé…

Entre le bien et le mal, l'archange et le dyman, la légende découvre un être. Cet être, c'est la fée. Entre l'Eden et les Enfers, la légende rêve d'un monde. Ce monde est peuplé par les fées. Entre la lumière et les ténèbres, la légende crée un crépuscule. Ce crépuscule devient la Féérie… Nous ne décidons rien. Précédant les hommes aux prémices du jour, penchées sur leur éveil, elles en brodent les pensées et perdent en chemin ceux qui s'accrochent à de vaines prétentions qui ne leur agréent point.

Ce qui m'a attirée vers cette lecture…

Acheté sur une bourse aux livres avec sa petite soeur la Grande encyclopédie des elfes, cet ouvrage m'a donné soif de nouvelles connaissances féeriques. C'est donc avec ravissement que je l'ai ouvert et en ai parcouru les pages jusqu'au dénouement.

La première phrase…

"Et voici les Fées enclosent, comme l'ont été les Lutins il y a quelque quatre ans."

Une bible ou presque…

Pierre Dubois n'est plus à présenter. Passionné par les fées, "enfayté" depuis de nombreuses années, il est une valeur sûre dans le domaine de l'elficologie. Ce sont ses ouvrages, ainsi que ceux d'Edouard Brasey qui m'ont donné envie de m'aventurer plus en avant dans cette discipline méconnue et pourtant porteuse d'avenir.

Si ce livre, qui s'inclut dans une série d'ouvrages de type encyclopédiques sur le petit peuple, n'est pas aussi exhaustif qu'on le souhaiterait, il n'en reste pas moins un petit bijou de bible féerique, un grand trésor de connaissances anciennes et fort malheureusement quasi oubliées.

De la poésie duboisienne…

Ce que j'aime, chez Pierre Dubois, c'est sa manière si personnelle et poétique de présenter nos amis du Petit Peuple. Prenons par exemple une des nombreuses descriptions magnifiquement pondues : "Lorsqu'à la mi-mars la Dryade, assotée par les humeurs de la sève montante, appelée au-dehors par les cors-calices dans lesquels soufflent les hérauts du Petit Peuple, se détache de l'écorce et va rejoindre le premier essaim sylphique, l'Hamadryade ne quitte ni la cellule dense du cambium, ni le liber où circulent l'âme sylvestre, les nerfs et le sang vert. Animée par un élan profond, elle prend appui sur ses racines, aspire de ses mille radicelles le mille vies de l'humus renaissant et s'étire, tout le long du tronc jusqu'aux plus fines ramilles, refluant toute sa moelle amoureuse dont le surplus écarte les bourgeons… et illumine son houppier encore ensommeillé d'une tendre aura amoureuse."

Ceci dit, point trop n'en faut, car si certaines descriptions sont merveilleuses et agréables à lire, d'autres se font moins compréhensibles, car trop de beaux mots l'un à la suite de l'autre embrouillent l'esprit… "Une à une, aile par aile, en vols fragmentés, émergent de la nuit miniature que le matin dissipe les sujettes fluidiformes d'une population libellunaire toute engourdie de bâillements, de replis enliseronnés qu'un ébrouement défripe. Une apprentie, reconnaissable au bonnet nigricorne, pleurniche de ne plus retrouver ses paniers contenant les fioles d'extrait d'alisier. Derrière la traîne royale la foule lactéipenne secoue ses antennules, s'assouplit la jambe phylloïde, égrène ses gammes flûtées ; bavarde, se bouscule, compare ses finesse d'épiderme, ses élégances d'élytres, s'ajuste l'ombrelle, se chamaille pour deux sous de grelots et finit enfin par répondre aux ordres en s'alignant sur un rang fantaisiste. Une douairière planirostre embouche son olifant et sonne le départ…"

Une merveilleuse bibliographie…

Étant moi-même une elficologue débutante, la bibliographie de ce genre d'ouvrage m'intéresse toujours au plus haut point, surtout si l'auteur m'a donné encore plus l'envie d'aller encore plus loin dans la recherche du Petit Peuple…

La bibliographie de Pierre Dubois a ceci de particulier qu'elle est divisée en thématiques aux titres aussi poétiques que le reste de l'ouvrage. Ainsi l'on peut voir apparaître les sections suivantes :

  • Rayonnages des boiseries enchantées de Ferral
  • A la lucarne de givre où se montrait le Père Noël
  • Sous les combles de la Sylphirie, au perchoir de la Dame Blanche
  • Sur le lutrin lunaire et les rayons de Petit Fay
  • A la poutre des Pixies, à la chatière de Dent-de-lait
  • Sous le faîtage des cinq étoiles
  • Tout près des feuillages
  • Autour de la mare aux salamandres d'or
  • Sur le chemin du SÍd par le pont de Petit Fayt

Une mine d'or pour tous ceux qui s'intéressent de près aux Fées!!

Des illustrations…

J'avoue être restée sur ma faim sur le plan des illustrations réalisées par Claudine et Roland Sabatier. Certes, elles sont féeriques à souhait, le trait est sûr, les couleurs éclatantes, et l'imagination vive. Ce que j'apprécie moins, ce sont les visages de certains personnages, trop simplistes à mon goût, et les motifs répétés que l'on retrouve en bordure de pages. La mise en couleur est pourtant fort réussie, la technique de l'aquarelle est plutôt bien maîtrisée. Mais quelque chose me chiffonne parfois au niveau du dessin en lui-même, peut-être certains tracés un peu trop hasardeux à mon goût.

En résumé…

Les petits plus…
  • Les connaissances inestimables contenues dans l'ouvrage.
  • Les textes et la poésie de Pierre Dubois.
  • La bibliographie très très utile.
Les petits moins…
  • On en veut encore! Encore plus de textes et de fées à découvrir!
  • La poésie duboisienne parfois trop poussée à l'extrême.
  • Les illustrations parfois bof-bof.

Ma note…

un très joli 9/10…

Lu dans le cadre du challenge "Mythologies du monde 2013" - Catégorie ANGES, DEMONS, ESPRITS et autres créatures de légendes

Lu dans le cadre du challenge "Mythologies du monde 2013" - Catégorie ANGES, DEMONS, ESPRITS et autres créatures de légendes

Lu aussi dans le cadre du challenge "Petit Bac 2013" - Catégorie objet - La grande ENCYCLOPEDIE des fées

Lu aussi dans le cadre du challenge "Petit Bac 2013" - Catégorie objet - La grande ENCYCLOPEDIE des fées

Sorcière ma soeur, de Graham Joyce

Sorcière ma soeur, de Graham Joyce

Résumé…

Alex et Maggie Sanders mènent une vie des plus ordinaires, jusqu'à ce qu'ils découvrent au fond d'une vieille cheminée inutilisée le journal de Bella. A première vue, celui-ci paraît bien innocent : une liste de breuvages et de simples pour soigner les petits maux de tous les jours.

Mais Maggie est très vite convaincue que derrière les mots se cache un sens destiné à elle seule. En essayant quelques recettes, elle pénètre dans un monde mystérieux auquel elle n'avait jamais cru, celui de la sorcellerie. Et quand la défunte Bella revient, en quête d'une paix qu'elle n'a pas trouvée dans la tombe, Maggie sent qu'elle risque de perdre la raison et de détruire toute sa famille.

Ce qui m'a attiré vers cette lecture…

Dans le cadre du challenge "Un mot, des titres", je devais lire un livre dont le titre contient le mot "soeur". En feuilletant le catalogue de ma bibliothèque, j'ai passé outre les ouvrages sur Soeur Thérèse, les récits de vie mélodramatiques et les lettres ouvertes à une soeur réelle ou rêvée, pour me diriger directement vers le rayon fantastique/horreur avec ce livre de Graham Joyce. De plus, j'ai récemment lu La fée des dents, écrit par lui aussi, et je voulais compléter mon avis sur son style d'écriture.

La première phrase…

…tirée du prologue.

Vite, vite! Ils vont bientôt arriver. Il faut que tu le caches!

Sorcière ma soeur, de Graham Joyce

Une vision intéressante de la sorcellerie

Au fil du récit, Maggie (l'héroïne) se passionne peu à peu à la sorcellerie, une façon pour elle d'avoir une activité valorisante qui lui est propre, et aussi parce qu'elle se sent mystérieusement poussée à tenter l'expérience. Il est assez marrant de constater que nous aussi, on se passionne pour tous ces noms étranges, ces herbes oubliées et ces décoctions alambiquées. On aurait presque l'envie d'ouvrir un vieux traité de botanique et de le potasser à la recherche des propriétés cachées des plantes.

Sorcière ma soeur, de Graham Joyce

Puis vient la suite…

Après le premier tiers du roman, l'histoire se fait plus angoissante, l'ambiance beaucoup plus lourde. Plus Maggie s'enfonce dans cette sorcellerie, plus elle y laisse la raison, ce qui entraînera de nombreux événements dramatiques. Autant j'ai apprécié la première partie de l'histoire, où la magie de Maggie (tient, Maggie, Magie, plutôt redondant, non?) reste blanche, pure, utilisée pour soigner les petits bobos de la famille, autant la suite ne m'a pas plu du tout.

La suite du récit se fait de plus en plus sombre, triste, l'avenir de Maggie et de sa famille semble si morne, sans compter certaines découvertes plutôt macabres dont je ne parlerai pas pour ne pas en dire trop… Cette magie blanche tellement fascinante qui se mue en un amas noir et nauséabond de vieilles croyances et de rites poisseux… Le récit m'a fortement angoissée, si bien qu'à ce jour je ne l'ai pas encore terminé (il me reste trente pages, oooooooooooooh la vilaine! ^^). Ce n'est pas que le livre soit mauvais, je crois que c'est juste moi qui n'était pas dans les bonnes dispositions pour le lire. Au moment où je l'ai choisi à la bibliothèque, ça me paraissait être une bonne décision, et au moment où j'ai entamé la lecture, je me suis rendu compte que c'était une erreur.

Sorcière ma soeur, de Graham Joyce

Du grand Graham Joyce…

Ayant lu du même auteur, "La fée des dents", je peux affirmer que ce roman-ci est vraiment meilleur. Différent, certes. "La fée des dents" traitait des changements liés à l'adolescence au travers d'une histoire fantastique et fantasmagorique, "Sorcière ma soeur" est une pure histoire de terreur fantastique sur fond de sorcellerie médiévale. Dans ce livre, c'est la façon dont l'histoire dégénère progressivement qui est intéressante. L'auteur donne au lecteur l'impression très réaliste d'une longue chute vertigineuse au travers d'un tunnel grouillant, noir et gluant. Une plume très efficace…

Pour refléter au mieux l'ambiance du récit, noir et "féerique" à la fois…

Petites informations…

Un nom revient souvent dans le livre, celui de la déesse Hécate. Mais qui est-elle réellement? Déesse ou démon? Voici quelques pistes d'information…

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres", session 18 (un titre avec le mot "soeur").

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres", session 18 (un titre avec le mot "soeur").

Lu également dans le cadre du challenge "Petit Bac 2013", pour la catégorie "Gros mot" (SORCIERE, ma soeur).

Lu également dans le cadre du challenge "Petit Bac 2013", pour la catégorie "Gros mot" (SORCIERE, ma soeur).

Lu également dans le cadre du challenge "Au-delà de la peur 2013".

Lu également dans le cadre du challenge "Au-delà de la peur 2013".

Lu également dans le cadre du challenge "Mythologies du monde", dans la catégorie "ANGES, DEMONS, ESPRITS et autres créatures de légendes".

Lu également dans le cadre du challenge "Mythologies du monde", dans la catégorie "ANGES, DEMONS, ESPRITS et autres créatures de légendes".

Le passeur de lumière, par Bernard Tirtiaux

Après une looooooooooooongue période d'absence – merci les festivals et mon costume pour la convention Star Wars!!! – voici une petite chronique au passage, d'un livre que j'ai énormément aimé et que j'ai totalement dévoré!

Le passeur de lumière, par Bernard Tirtiaux

Résumé de la couverture…

"La lumière est diffuse", dit Rosal de Sainte-Croix au jeune Nivard de Chassepierre. "Elle est fugace, changeante, capricieuse. Elle a toutes les ruses. Jamais tu ne seras satisfai de ton ouvrage, si beau soit-il. Jamais tu n'auras assez de couleurs dans tes casiers pour donner vie à un vitrail comme tu le souhaites, jamais tu n'auras la certitude de colorer juste comme on chante juste. Qu'importe! Tes pas partent du feu et tu dois atteindre le feu, devenir un maître en ton art."

Nivard ne déçut pas le chevalier qui attendait de lui la plus vertigineuse escalade jamais rêvée vers la lumière. Animé par une passion presque charnelle pour le verre et ses sortilèges, il récolte d'Orient en Occident les couleurs alchimiques de nos cathédrales. Il oeuvre en Bavière, à Saint-Denis, au Mans, à Chartres…

La quête déchirée de ce "passeur de lumière" sera alors celle d'un artisan sublime, funambule oscillant entre le ciel et l'ombre…"

Un peu d'histoire…

Le récit commence à l'adolescence de notre héros, Nivard, en l'an de grâce onze cent treize, dans la ville mosane de Huy. Nivard est un garçon très intelligent et très introverti laissé par sa mère en apprentissage chez un maître François, un orfèvre très réputé de la ville. Nivard, au début plutôt taiseux, se laisse peu à peu apprivoiser par le vieil orfèvre, et devient rapidement un excellent artisan. Il réalise une châsse magnifique pour une église locale, mais il lui manque pour la compléter un joyau qu'il ne peut trouver qu'en Orient. Il tentera alors de suivre les traces de son père, décédé en croisade, dans le but de dénicher ce bijou qui pourrait à lui seul illuminer la châsse qui lui paraît bien sombre. Il part à la rencontre de Rosal de Sainte-Croix, qui prépare un convoi pour l'Orient dont le départ est imminent. Rosal se rend très vite compte de l'ampleur du talent de Nivard et se propose de le prendre à bord du convoi, non comme orfèvre, mais comme maître verrier… Va s'ensuivre alors pour Nivard un long périple au cours duquel il va apprendre à apprivoiser cette lumière qu'il admire tant.

La quête déchirée d'un artisan oscillant entre le ciel et l'ombre…

Tout est dans le titre… Nivard, c'est un assemblage de sentiments extrêmes qui se bousculent dans un déferlement intérieur. Il oscille sans cesse entre l'amour et la haine, la tendresse et la violence, le calme apparent et l'agitation, la lumière et l'obscurité, le bien et le mal. Autant il peut se donner corps et âme à la femme qu'il aime, autant il peut haïr au point de tuer. Il peut caresser le verre, exécuter le travail le plus raffiné, et à la fois faire souffrir. On sent qu'au fond de lui se mélange des sentiments très forts, souvent contradictoires, des sentiments qui le déchirent de l'intérieur, et pourtant il conserve son attitude réservée, il vit tout au fond de lui-même, il garde tout pour lui.

Il est fort également, d'un caractère – presque – inébranlable, un caractère trempé dans l'acier et dans le feu, le genre de trempe qui fait d'un homme un véritable meneur. Il tient tête aux chevaliers les plus hauts placés lorsque le jugement de ceux-ci est altéré, il tient tête à la toute puissante église chrétienne en faisant sa propre justice, en refusant les règles établies qu'il juge inhumaines. Il défie Dieu de part ses actions, et pourtant il cherche à s'en rapprocher par le biais de la lumière…

La lumière est son chemin de vie, sa raison d'être. Ne s'est-il pas juré sur la tombe de sa mère de vouer sa vie à la lumière? "C'est dans cette église hostile, au pied de l'autel, que le garçon fit avec la morte le pacte qu'il n'accepterait plus l'hostie des mains des prêtres et qu'il ne partagerait plus leurs prières. Il atteindrait Dieu par un autre chemin, il défricherait sa propre voie vers la Lumière. Au soir du jour le plus éprouvant de sa jeune existence, Nivard traça à l'encre noire sur le revers de sa ceinture cette phrase amère qui allait diriger la marche de sa vie : Quaere Dei lumem post materiam, non gentes. Cherche la lumière de Dieu à travers la matière au mépris des humains."

La vie de Nivard est jalonnée de grands bonheurs et de désastres, d'amour inconditionnel lumineux comme le jour et de désespoir aussi profond et noir que les abysses de l'océan. On dit toujours qu'il ne peut y avoir de lumière sans une part d'ombre, que l'on ne peut pleinement profiter du bonheur si on ne connaît pas son opposé. C'est de la complémentarité de ces extrêmes que naît le génie de Nivard. Plus il connaît l'obscurité et le désespoir, plus il fait sombre au fond de lui, plus il est poussé vers la lumière. L'obscurité de son âme torturée, par contraste, fait ressortir son étincelle d'artiste et l'aide à apprivoiser par le verre l'immatérialité de la lumière. "Rosal de Sainte-Croix laisse entendre sa voix aussi tendre que ferme : – Il y a dans ton regard tout ce qu'un homme doit souffrir pour approcher la lumière de Dieu, c'est ce regard-là qu'il nous faut, pas celui d'un saint! – Je n'ai pas le droit de boucler vos églises de ma révolte et de mes interrogations. Je ne peux prétendre à cette tâche. je vous enjoins de comprendre et d'accepter mon choix. Je suis en disgrâce. Dieu est hors de ma portée. – Quoi que tu dises, Nivard, et quoi que tu penses de toi-même, tu es l'initié, le détenteur, coupe Rosal de Sainte-Croix. C'est toi seul qui possède l'héritage, toi seul qui détiens la note et personne d'autre ne peut oeuvrer à ta place."

La poésie de la lumière…

Dans ce roman, ce qui m'a frappée dès les premières lignes, c'est cette poésie qui filtre au travers de chaque mot, de chaque métaphore. Tout dans le style d'écriture laisse entrevoir la force des sentiments de Nivard, sa force de caractère aussi. Comme cette merveilleuse description du sentiment amoureux : "Il est une femme heureuse qui se révèle rameau après rameau à un homme qui se désécorce. Ils sont sous le charme l'un de l'autre et n'existent plus que l'un pour l'autre. Ils croquent le fruit à pleine bouche, avec gourmandise, insatiablement. C'est l'heure du partage, de l'alliance entre le creuset et les pépites d'or, entre les mains et l'eau de source, entre le creux d'une épaule et la rondeur d'une tête, c'est l'heure où les blessures s'ouvrent et les sangs se mêlent, c'est l'heure du dédoublement et de la fusion des êtres."

On ne compte plus toutes les fois où le mot lumière apparaît, comme une litanie qui rappelle sans cesse à Nivard le chemin de vie qu'il s'est tracé. La lumière intervient dans tous les aspects de sa vie, dans l'eau d'une source, dans un vitrail, dans un bijou, dans les yeux de son aimée, sur un paysage,… Elle change en fonction de la vision qu'il porte sur le monde, en fonction de son bonheur ou de ses malheurs. Il la recherche avidement, se sentant perdu lorsqu'il ne la perçoit plus, et elle le guide jusqu'au sommet de son art, se laissant peu à peu apprivoiser par son savoir faire.

En résumé…

Il y aurait encore tellement de choses à dire sur ce roman… La complexité du personnage de Nivard, les rebondissements de l'histoire, les personnages tous aussi attachants les uns que les autres, le style féerique de l'auteur… Je suis presque comme la lumière, une source intarissable d'étincelles d'admiration pour cette oeuvre magistrale de Bernard Tirtiaux. Rien n'y est à jeter, on y apprécie chaque phrase, chaque mot comme on goûterait chaque goulée d'un excellent vin, s'émerveillant devant chaque note et chaque arôme, se laissant enivrer par la force délicate du breuvage. Il est de ces livres qui vous grandissent l'âme, celui-ci en fait partie.

Ma note : une lumineuse découverte! 12/10, au moins…

Tout au long du roman, j'ai pensé à cette chanson. Elle parle du feu et de l'eau, de leur complémentarité et de leur différence. De la force et de la beauté du feu, de la force et de la douceur de l'eau. Ca me rappelle énormément les parts d'ombre et de lumière qui se disputent l'âme de notre héros.

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres", pour la session 17 de juillet 2013 où le mot était "Lumière" (http://aperto.libro.over-blog.com/article-challenge-un-mot-des-titres-session-17-118121538.html)

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres", pour la session 17 de juillet 2013 où le mot était "Lumière" (http://aperto.libro.over-blog.com/article-challenge-un-mot-des-titres-session-17-118121538.html)

Lu également dans le cadre du challenge Moyen âge (http://delivrer-des-livres.fr/challenge-moyen-age/)

Lu également dans le cadre du challenge Moyen âge (http://delivrer-des-livres.fr/challenge-moyen-age/)

D'autres l'ont lu!

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