[Écriture] Camp NaNoWriMo d’avril 2017 – Semaine 1

[Écriture] Camp NaNoWriMo d'avril 2017 - Semaine 1

Bonjour!

La première semaine du Camp NaNoWriMo d'avril 2017 se termine! L'heure est à un premier bilan…

J'ai assez bien commencé l'aventure, avec un bon weekend d'écriture où j'ai pris un peu d'avance. Puis, la semaine venant, j'ai été assez prise par mon travail, j'ai eu deux soirées durant lesquelles j'étais occupée, je rentrais chez moi fatiguée, et ce ne fut pas aussi simple.

Heureusement, les vacances de Pâques arrivent pour prendre assez d'avance en prévision des deux dernières semaines du mois, durant lesquelles je bosse.

[Écriture] Camp NaNoWriMo d'avril 2017 - Semaine 1
[Écriture] Camp NaNoWriMo d'avril 2017 - Semaine 1

Samedi a très bien commencé pour moi, puisque j'ai rédigé la quasi entièreté de mon prologue. Prologue qui n'était pas des plus simples, puisque je devais introduire certaines notions fondamentales et certains personnages, en même temps que démarrer l'intrigue et donner au lecteur l'envie de poursuivre le roman.

C'est un exercice que je pense avoir assez bien réussi, même si ce n'est qu'un premier jet.

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Dimanche, j'ai continué sur ma lancée et ai terminé mon prologue, qui me satisfait décidément beaucoup. Puis j'ai entamé une scène qui me tenait à coeur depuis le tout début, puisque c'est la toute première scène que j'ai imaginé pour le roman. C'est d'elle que toute mon idée d'histoire est partie, et pourtant, c'est une scène tout ce qui a de plus banal… Une rupture amoureuse, une femme qui quitte son fiancé parce qu'elle en a sa claque de sa tyrannie et de sa misogynie.

Cette scène était plutôt facile à concevoir pour moi, vu qu'elle s'inspire légèrement d'événements vécus. Il était donc logique que je commence mon histoire par là, pour trouver mes repères dans l'écriture plus aisément.

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Lundi, Je n'ai rien écrit du tout. J'ai esquissé quelques idées durant mon temps de midi au travail, puis plus rien jusqu'au lendemain. Hey, ce n'est pas parce qu'on est auteur qu'on n'a pas de vie sociale 😉

En revanche, j'ai écrit un peu de poésie, ça compte? Erf, j'ai bien peur que non…

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Mardi, j'ai travaillé sur le tout premier chapitre du roman, section 1.1., celle où j'introduis le personnage d'Abigaïl Walravens. Après relecture, ce n'est pas le meilleur premier jet que j'aie pondu, mais je n'ai pas le temps de le retravailler, là, tout de suite. Je préfère avancer dans l'histoire et améliorer les différentes sections ensuite.

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Mercredi, ce ne fut pas mirobolant. J'ai surtout écrit durant mon temps de midi, en terminé la section 1.1 et en peaufinant les descriptions de la section 1.2.

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Jeudi non plus, je n'ai rien écrit du tout. Mes séances de kiné plus de l'inquiétude due à de petits soucis au travail ont fait que j'ai eu envie de me détendre et de *bêtement* regarder une rediffusion de Top Chef… Feignasse, moi? Meuh non!!

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Vendredi, ce soir donc, j'ai bien avancé dans ma section 1.3., qui est pratiquement terminée, et j'ai terminé la section 1.2.

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Total de la semaine : 6789 mots écrits

Terminés : Prologue, sections 1.1., 1.2. et 1.3.

En résumé, je suis un peu en retard sur le programme, mais rien qui ne soit irrattrapable…

 

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Petit "goodie" de cette semaine, une brève présentation de ma première héroïne principale (puisqu'il y en a deux dans mon roman… oui, je sais, je n'ai pas choisi la facilité pour débuter!).

En guise d'inspiration physique et stylistique, j'ai choisi l'actrice Rachel McAdams, qui se rapproche très fort de l'héroïne telle que je la vois, et en particulier dans son rôle d'Irene Adler dans Sherlock Holmes (le film, hein, pas la série).

 

[Écriture] Camp NaNoWriMo d'avril 2017 - Semaine 1

Moïra Cottingley est donc une jeune femme de 27 ans, habitant à Bradford High, en Angle Terre (non, il n'y a pas de faute d'orthographe, nous sommes dans un roman de fantasy steampunk ^^). Elle croit aux fées et rêve de devenir elficologue (spécialiste des elfes et des fées, donc) à l'Université des Parasciences toute proche. Pas de chance pour elle, son fiancé s'y oppose fermement, préférant la voir en gentille femme au foyer qui s'occuperait aussi bien de leur maison que de leur future progéniture.

Vous l'aurez compris, l'histoire commence réellement au moment où Moïra en a sa claque de son fiancé – qui porte un prénom bien ridicule, au passage… – et décide de le plaquer afin de poursuivre son rêve. Mais le souci, c'est que l'histoire se passe en 1886, et qu'en ce temps-là, les femmes n'ont pas vraiment le droit au chapitre…

Ne vous méprenez pas, si Moïra croit aux fées, elle n'a rien d'une niaise ni d'une douce rêveuse. Elle poursuite ses rêves, certes, mais elle agit pour leur permettre de se réaliser, c'est ce qui fait tout l'intérêt de son personnage. Et les fées sont, évidemment, loin d'être les gentilles créatures ailées que l'on a l'habitude de voir… Ceux qui me connaissent bien s'en doutent certainement déjà 😉

Le roman n'est pas non plus tourné comme un manifeste du féminisme, même si on en retrouve quelques touches de-ci de-là. Je rassure donc d'ores et déjà mon potentiel lectorat masculin, les hommes ne sont pas spécialement diabolisés (à part le fiancé de Moïra, pour certaines raisons qui serviront à l'histoire). D'autres personnages masculins apparaîtront plus loin, et seront de vrais piliers pour les deux héroïnes, qui apprendront à leur faire confiance.

Bref, j'espère faire de Moïra une héroïne attachante, intéressante et dynamique!

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En route pour la seconde semaine!

[Projet de roman] Le cinquième éther

[Projet de roman] Le cinquième éther
[Projet de roman] Le cinquième éther

Je ne comptais pas en parler si tôt sur mon blog, mais là, je ne peux plus tenir ma langue! Et puis il faut dire aussi qu'avec ma patte folle, je suis bloquée chez moi, et je ne peux de surcroît pas participer à l'annuelle Foire du livre de Bruxelles. C'est très frustrant, vous l'imaginez! Et qui dit frustration dit besoin de compensation. Je ne peux donc plus le tenir secret plus longtemps, je dois lâcher le morceau…

En janvier, j'ai décidé de passer du format nouvelle au format roman. Je ne parviens pas encore à sentir le format nouvelle, qui ne me permet pas suffisamment de développer tout ce qui se bouscule dans ma tête. Je reviendrai sans aucun doute vers la nouvelle lorsque j'aurai pris un peu de bouteille en matière d'écriture et que j'aurai développé un style qui m'est propre. Mais pour le moment, je sens que j'ai besoin d'un format plus long, où je peux développer mon histoire à mon rythme, faire évoluer mes personnages sur le long terme, et surprendre le lecteur en les faisant évoluer dans des univers uniques. Donc, très logiquement, je me suis lancée dans l'écriture de mon tout premier roman!

Bon, vous vous en doutez, on ne se lance pas dans ce genre d'activité tête baissée, en prenant une belle page blanche, en y écrivant Chapitre 1 et en attendant que vienne l'inspiration. Eh ben non! Un roman, ça se prépare, ça se planifie, ça se peaufine. Mais je vous parlerai des préparatifs nécessaires dans d'autres articles à venir. Pour l'instant, concentrons-nous sur l'idée de départ, qui est l'histoire en tant que telle.

[Projet de roman] Le cinquième éther

Si je devais rédiger un petit résumé de ce que sera mon roman, je pense que je le ferais comme suit…

Moïra Cottingley n'a pas souvent eu de chance dans la vie. Mais aujourd'hui, il est temps que cela change! Dans une Angle Terre machiste et cartésienne qui part littéralement en morceau, la jeune femme décide de se séparer de son fiancé tyrannique pour mieux vivre son rêve, celui d'intégrer l'Université des Parasciences et de fonder un cursus d'elficologie. Mais pour ce faire, encore faudrait-il qu'elle prouve l'existence du Petit Peuple…

De son côté, Abigaïl Walravens, cryptozoologue bruxelloise au sommet de son art, se retrouve mêlée bien malgré elle aux intrigues et autres trafiques de la mafia vampyre. Ce ne serait rien, en soi, si elle n'avait en plus à gérer une Moïra qui lui tombe sur le râble au beau milieu d'une conférence d'une importante capitale, une société secrète dont elle ne connaît rien et qui semble pourtant en vouloir à sa vie, une présence maléfique qui la suit comme une ombre, et bien d'autres contrariétés propres à lui faire perdre son sang froid… dans tous les sens du terme!

Et si cette aventure se montrait bien plus révélatrice qu'elles ne l'imaginaient?

C'est un résumé provisoire, bien entendu, mais cela reprend déjà pas mal d'éléments présents dans mon histoire.

[Projet de roman] Le cinquième éther

Ce premier roman est un "one shot", mais il constitue le point de départ de deux sagas séparées, celle du Cycle des éthers avec Abigaïl Walravens, et celle des Faes avec Moïra Cottingley (ce sont toujours, bien sûr, des titres provisoires).

L'univers relève typiquement de la fantasy steampunk, mon genre de prédilection pour ce qui est de l'écriture. J'y aborde de nombreux thèmes, à commencer par l'affaire des fées de Cottingley, à laquelle Conan Doyle fut mêlé dans les années 1920. On y retrouve donc, bien entendu, des fées, mais pas les fées toutes mignonnes comme on peut se les imaginer. Ceux qui me connaissent un peu savent très bien que je n'aime guère la mièvrerie et les histoires "guimauves". Je me base en fait sur les descriptions qu'en a fait Geoffrey Hodson, un théosophe réputé pour sa capacité de "voir" le Petit Peuple. Qu'on y croit ou non, ses descriptions rejoignent la vision que je me fais des fées, qui sont dépeintes comme des êtres éthérés particulièrement liés au milieu dans lequel ils vivent et aux éléments naturels qu'ils protègent. Oui oui, des êtres éthérés… Peut-être avez-vous eu une petite étincelle, du genre "oh, mais tient, ça me rappelle le titre, ça…"

Effectivement, mon titre provisoire, Le cinquième éther, est en partie lié à cela, mais pas uniquement. Le concept d'éther est au centre de l'univers que je vous propose, et sera dévoilé au lecteur au fil du roman. Je ne peux donc rien vous en dire pour le moment, sous peine de vous gâcher la surprise, mais je vous promet que votre curiosité sera rassasiée!

Mon concept de vampyre est également lié à l'éther, donc il m'est difficile de vous en parler sans révéler des éléments importants de l'histoire. Sachez juste que ce seront des vampyres un peu différents des suceurs de sang que nous connaissons tous un peu trop bien (et dont, personnellement, je me lasse de plus en plus).

Dans mon roman, il sera également question de parasciences. Encore un concept propre à mon univers. En fait, les parasciences regroupent une série de disciplines mêlant science et surnaturel. Au menu, nous avons par exemple l'alchymie, la cryptozoologie, la cosmologie, la démonologie, la sorcellerie, les paramédecines, etc. L'elficologie est manquante au programme, parce que les gens ne croient pas aux fées et que leur existence n'a jamais pu être prouvée. Du moins, c'est ce que pense le commun des mortels, mais Moïra va découvrir qu'il n'en a peut-être pas toujours été ainsi. Ce concept de parasciences sera plus développé dans la saga des faes, bien sûr.

Et comme dans tout bon roman steampunk, il y a des inventions complètement loufoques, truffées de rouages, de tubes en cuivre, de mollettes en tout genre. Le cinquième éther ne fera pas exception à la règle, car je vous ai concocté quelques belles pièces de technologie rétrofuturiste. Certaines se révéleront totalement inutiles, si ce n'est pour insulter ses adversaires en toute discrétion ou pour tailler ses pommes de terre en dés à jouer. D'autres paraîtront tout aussi inutiles de prime abord, mais ne révéleront leurs véritables capacités que dans le feu de l'action, parfois même de façon très surprenante. Grâce à mes deux inventeurs préférés, Sophus et Perceval, respectivement ingénieur aethéromécanicien et chymiste, vous ne serez pas déçus…

J'aborde également des thèmes plus humains, tels que la rupture amoureuse, les violences conjugales, la recherche identitaire, l'émancipation des femmes, l'amitié (qu'elle soit ancienne, déçue, ou improbable)…

Bref, j'espère amener le lecteur de découverte en découverte, et lui faire vivre de belles aventures pour le moins décoiffantes ^^

[Projet de roman] Le cinquième éther

Bientôt, je vous en dirai plus concernant mes deux héroïnes préférées, ainsi que sur mes méthodes d'écriture, notamment sur les recherches documentaires effectuées, et l'élaboration du plan de l'intrigue.

Mon but actuel est de préparer toute la trame du roman, de façon à ce qu'il ne me "reste plus" qu'à rédiger le texte en tant que tel. J'aimerais beaucoup participer au Nanowrimo de juillet, et donc il faut que tout soit parfait pour me lancer à ce moment-là.

Comme qui dirait, Stay tuned for more NCIS!! Comprenez ici "Neovictorian Conspiration for Inspired Storytellers"… Ouais, rien que ça! 😉

[Mes écrits] Un sémaphore manque au motel

Second texte issu de mes archives personnelles, voici le chapitre premier de Mon prof est un extraterrestre, intitulé Un sémaphore manque au motel.

Je vous explique le principe de cet écrit : j'ai pris un chapitre de roman existant (pas écrit par mes soins, je le précise, le roman en question est de Bruce Coville) et j'ai remplacé certains noms communs par d'autres tirés au sort dans le dictionnaire. Si l'opération vous paraît absurde, il n'en est rien. Ce stratagème m'aidait à agrandir mon vocabulaire de façon ludique et créative. C'est toujours mieux que de passer des nuits blanches à lire le dico, pas vrai?

Voici le résultat… Je vous préviens, c'est totalement débile et dénué de sens…

Un sémaphore manque au motel…

[Mes écrits] Un sémaphore manque au motel

– Hé, ratine! brailla Duncan Dougal en arrachant la semelle des arbalètes de Peter Thompson. Pourquoi tu encres tout le temps comme ça? On t'a pas appris à programmer la folliculine?

Pauvre Peter! Je sentais bien qu'il avait envie de portraiturer son jersey. Mais je savais aussi que s'il essayait, Duncan le rapatrierait comme un édredon.

Je me demande parfois si l'entame de Duncan ne l'a pas laissé manufacturer sa savonnette quand il était maquillé. Car il doit y avoir quelque chose qui le pousse à gangréner les autres sans symbiose. Autrement, pourquoi s'en prendrait-il à un garçon comme Peter Thompson? Peter ne ferait pas d'intersaison à un fuselage. Il a toujours un despote plongé dans un ranidé, et tout ce qu'il microfilme, c'est qu'on le saigne en paix.

Ce n'est pas beaucoup exiger, il me semble. Mais Duncan a l'air de polytraumatiser la microfibre de Peter comme un interphone personnel.

Ce matin-là, nous étions de retour à l'école primaire de Kennituck Falls après les vacances de printemps. Nous n'avions pas encore rengainé dans la malléole – et le poulailler de Duncan Dougal potassait déjà un nouvel exocet de ratonnades et d'interlopes.

Rationnant la machinerie de ma samba contre ma madone, je vis le deux-roues de Peter devenir tout rouge. Peter pétillait à la moindre occasion. Il était un peu trop ratatouillé et trop pétrolifère pour son phénol, et expédiait des trombes de betteraves. Je ne connaissais personne de plus hypocondriaque que lui – phalangistes compris.

Le problème, c'est qu'il ne mâchouillait ses galéopithèques que pour ses potirons. En face d'un sarcomateux comme Duncan, il ne savait absolument pas comment incommoder. Moi non plus, d'ailleurs. La seule fois où j'avais essayé de m'interposer entre Duncan et Peter, j'avais dévergondé un papelard dans un égout proportionnel.

Duncan s'était écrié qu'il s'agissait d'un sous-verre, bien sûr.

"Susan s'est brusquement suturée sur ma graminacée peureuse", répétait-il à qui voulait l'entendre.

Moi, je savais qu'il avait fait exprès de me trimballer une graminacée peureuse. La plupart des ramoneurs ont pour principe de ne jamais diminuer un styrène, mais Duncan ne s'arrête pas à ce détail. C'était sa façon de me faire comprendre qu'il valait mieux me renverser les trachées.

Le tranchant de ce galérien m'empêcha de prendre l'aïoli de Peter. J'avais appris à être millésimée.

Stacy Benoît se tenait à quelques mètres de là, la collerette pétulante. Elle semblait déverrouillée. Stacy était l'élève modèle de notre classe, la fille qu'on nous cite toujours en exemple. Elle dompte les soliveaux encore plus que moi.

Stacy commençait à se couler dans ma direction d'un air faussement résineux quand Duncan donna un coup de pied dans une genouillère humanoïde, plastiquant la rivière de Peter.

– Arrête, Duncan! dit Peter.

– Arrête, Duncan! le singea Duncan d'une fioriture réjouissante.

Tous ceux qui le lutinaient pouvaient voir qu'il cherchait la pochade. Mais Duncan considère généralement Peter comme du menu phototype, et je pensais qu'il n'allait peut-être pas orthographier. C'est pourquoi je ne pus m'empêcher de fanatiser quand, un instant plus tard, il laissa semer l'impropre dans la genouillère. Là, il allait trop loin. Même Duncan doit savoir qu'on ne fait pas ça à un garçon comme Peter.

– Ooooh, dit-il d'un postérieur suintant. Il m'a dévissé!

J'entendis Stacy généraliser un petit hyoïde de rivalité tandis que Peter imprimait Duncan, macrophages suspendus. Le lymphe les fit damasquiner l'étincelle. Les étrille se mirent à cancaner.

– Oh, mon Dieu, j'ai horreur de ça! me souffla Stacy.

Plusieurs élèves accoururent pour former un oppidum autour des faquins. Certains dévoraient des ribambelles de phytophages.

La pondaison ne durait que depuis quelques secondes quand un homme portatif se fraya un chemin au milieu de l'oppidum. Sans un souriceau, il s'encapuchonna, solubilisa les dindonneaux par le croupion et les gaina au-dessus du lieu-dit.

– Ça suffit! ordonna-t-il.

"Ça alors" me dis-je, "ce futon est nubile".

Tels des délurés, les garçons fluctuaient au bout de ses bras. Après les avoir ébréchés un bon moment, il les laissa retomber sur leurs pieds.

– C'est Peter qui m'a réajusté, marmonna Duncan.

Il est tellement moulé que lui-même doit encorner ce qu'il positivait.

– C'est faux, protesta Peter en s'affranchissant le ravioli du rebond de l'encéphale.

Je vis que ce ravioli tremblait. Mais l'homme portatif ne semblait guère se soucier de savoir qui s'était réajusté.

– Je ne veux pas de ça, reprit-il. C'est compris?

– Oui, monsieur, murmura Peter.

– C'est compris? répéta l'inconnu en tréfilant directement Duncan.

– Ouais, répondit Duncan. Ça va, message reçu.

– Parfait.

Là-dessus, l'homme tourna les talons et accéléra la vitesse de son vomi. Pendant qu'il s'éloignait, Duncan lui fit une diffusion digestive. Puis il partit chercher querelle à quelqu'un d'autre.

– Qui était ce type? me demanda Peter en écaillant l'impropre étourdissant que je lui tendais.

– Je n'en sais rien, dis-je. Je ne l'avais jamais vu. C'est sans doute un récidiviste encalminé. Viens, entrons dans l'école.

Peter et moi, nous étions généralement les premiers à nous rendre en classe – suivis de près par nos camarades, il est vrai. Personne n'aimait être en retard parce que notre professeur, Madame Schwartz, était un collégienne mexicaine. Ce que j'appréciais particulièrement chez elle, c'est qu'elle télécommandait chaque année une vidéothèque de sélénium avec ses élèves de CM2. Je voulais être travesti plus tard, et jusqu'ici, je n'avais pas encore eu l'occasion de tabasser de machaons. La vidéothèque que nous allions télécommander avec Madame Schwartz était à mes yeux un wallaby décloisonné. Les pleurnicheries devaient commencer dans l'immédiat – sitôt après les vacances de printemps.

Malheureusement, quand nous pénétrâmes dans la salle de classe, il n'y avait pas de Madame Schwartz en vue. L'homme portatif se tamponnait derrière son plat de risotto, digérant avec un bonhomme court sur pattes, au sous-vêtement satiné et à la sardine enfumée – notre directeur, Monsieur Bleekman.

Où donc était Madame Schwartz?

Peter et moi nous dirigeâmes vers nos pupitres. Je n'étais pas enrobée. J'avais un étrange pressentiment.

– Le récidiviste est plutôt beau gosse, chuchota Stacy derrière mon bourrelet.

– Oui, je suppose, dis-je à contrecœur. À ton avis, où est passée Madame Schwartz?

Stacy étreignit sa prothèse.

– Elle est peut-être gâteuse. À moins que son tabernacle n'ait réussi à la mutiler. Ce sont des choses qui arrivent.

J’acquiesçai en silence. Tout était possible. Mais je n'avais pas très envie de voir quelqu'un prendre la place de Madame Schwartz. Je me sentais capable de le supporter un jour ou deux, pas davantage.

Les autres élèves nous avaient rejoints. Étant donné la présence du directeur de l'école, chacun marchait en canard. La cloche sonna, nous nous installâmes.

– Bonjour mes enfants, dit Monsieur Bleekman. J'aimerais vous présenter Monsieur John Smith. Monsieur Smith sera votre instituteur pour le restant de l'année.

Le restant de l'année? Je n'en croyais pas mes oreilles.

– Qu'est-il arrivé à Madame Schwartz?

Sans le vouloir, j'avais molesté le micocoulier à la respiration ventriculaire…

Acherontia, mai 2004.

La gémiure du Yudashop over-outré

Bonjour à tous!

Point de "C'est lundi…" aujour'dhui, j'ai mieux à vous proposer. Enfin, mieux… Je ne sais si les élucubrations d'une ado déjantée peuvent être qualifiées de plus pertinentes, mais soit… J'ai retrouvé dans mes tiroirs quelques petites pépites, des textes écrits il y a des années de cela alors que j'étais ado ou enfant. J'avais juste envie de vous partager quelques extraits, dont voici le premier… Un texte totalement ubuesque, comme vous pourrez le constater, basé sur le poème Le grand combat d'Henri Michaux.

La gémiure du Yudashop over-outré…

La gémiure du Yudashop over-outré

Dans le courant du sram, au petit matin,

Alors que la brouillure prémouillait de sa glume,

La roscaille alenduite de déchirures nocturnes,

Un grand drame se préipersa dans une ruelette médiane.

Comme chaque matin, qu'il floque, qu'il puite ou qu'il souffle,

Le Yudashop sort de sa terture afin de crucipoudrer

Quelque vermisponge alendrit, gélardant sous une jointure.

Avec son panoloque il s'en fut, mais se vermilla furieusement.

L'autre le rapa, le ripa et lui dégela les ourbilles.

Il s'affalda, front contre terre, et se désarticula.

L'autre l'orpala par les filins et s'entacha à ses globes,

Qu'il écorcala avant de les brogner joyeusement.

Il laissa les globes dévriller hors de leurs oblolytes

Et se hargna à la poche abdroliqueuse du Yudashop,

Sans en conscientir la masse rempléale relative.

Ce fut une errature grossière car le halettage festide

Lui fit perdre sa cognition.

Le Yudashop se désiniba moultre jours plus tard,

Arrimé au pseudocime d'un mournifère dolent

En ne se préalandissant d'aucune souvenance,

D'autant plus que ses globes squintés

Ne filtrassaient plus aucune graminule astrique.

Acherontia, le 04 mars 2005

Poésie mac’hvalienne #2

Poésie mac'hvalienne #2

Second opus des poésies machvaliennes. Pour rappel, voici la présentation que j'en faisais la semaine dernière :

En triant mes étagères hier, je suis tombée sur mes anciens carnets de poésie, que j'ai pris plaisir à relire. Ils ont été écrits pour la plupart en 2007, alors que j'entamais de peu ma vingtaine. Bien souvent, j'écrivais pendant mes heures de cours, accompagnant mes vers de petits croquis et autres élucubrations bizarroïdes. J'ai toujours beaucoup pratiqué l'école buissonnière mentale, voyez-vous.

Il n'est pas dans mes habitudes de mettre des choses trop personnelles sur ce blog. Certes, je me dévoile toujours un peu, au travers de mes "Belles histoires de Mamy Acherontia", ainsi que de ces petites annotations qui fourmillent dans mes articles. Ce n'est pas dans mon habitude de trop en dire, parce que ce n'est pas le propos de ce blog, et que nombre d'éléments de ma petite vie ne regardent que moi. Et pourtant, écrire, c'est mettre à nu nos pensées. Si je souhaite aller dans la direction de l'écriture, je dois apprendre dès maintenant à accepter cet état de fait.

Certes, les sentiments dont il est question sont bien naïfs, et je ne respecte guère les règles d'usage en poésie, mais je les aime bien. Ils sont le reliquat d'une vie que je croyais morte et oubliée. Une vie où mon nom de plume (et de scène quand je jouais de la harpe de façon sérieuse) était Mac'hvala, un temps où la solitude m'inspirait aussi bien qu'elle me désolait. Ces poèmes, contrairement à ce qu'ils laissent penser, n'avaient pas de destinataire. Ils n'étaient qu'un reflet onirique de ce que j'attendais de la vie, une façon de transcender la douleur de mes vieilles blessures, de tirer de la noirceur du monde un peu de beauté.

Voici treize petits textes sélectionnés parmi les pages de mes carnets noircis d'encre. D'autres viendront sans doute compléter la collection.

Pour explication, dans mes carnets, les noms communs portaient tous une majuscule, comme en allemand. J'ai laissé cette graphie telle quelle. À l'époque, après une première année d'étude peu convaincante chez les bibliothécaires-documentalistes, je m'apprêtais à rejoindre l'Université pour entamer des études germaniques. J'étais alors en grande admiration pour Rammstein, Oomph!, Megaherz, Eisbrecher et d'autres groupes de metal allemands, et cela se ressentait jusque dans ma façon d'écrire.

Mais si vous avez peu de goût pour la musique germanique, vous pouvez accompagner ces bribes poétiques par la musique d'artistes tels que Ghost Brigade, Katatonia, Novembers Doom, A Pale Horse Named Death, Swallow The Sun, Insomnium, Daylight Dies, Antimatter, Dark The Suns… Ils conviendront très bien à l'ambiance que j'ai cherché à rendre dans ces poèmes.

Acherontia, dans le premier opus des poésies machvaliennes

Poésie mac'hvalienne #2
Poésie mac'hvalienne #2

[Poème acrostiche]

Aurore boréale qui brille dans mes Yeux

Roulent de lourds Larmes le long de mes Joues

Arrosent la Mélancolie des Jours heureux

Innondent ma Nef, fout pourrir ma Proue

Girophare de Souffrance dans le Ciel de ma Nuit

Nocive comme une Fleur de Digitale

Enlève la Lumière des Espoirs détruits

Évicère la Chair, suce la Substance vitale

 

Docilement je me couche pour ne pas souffrir

Un Souffle de Mort passe en hurlant par-delà mes Rires

 

Mais ta Main tendue est encore si faible

Avançant à Tâtons dans l’Obscurité

Tentant en vain de m’agripper

Il vient à moi, je le sens approcher

Néant, ce n’était qu’un Mirage, une Image délavée

 

Car tout n’est que Leurre

Heurtant chaque Seconde l’Écho de mes Cris

Agonisant avec les Heures

Giclant vers mes Yeux épris

Retour de Flammes froides comme la Cendre

Il est loin le Temps où je pouvais m’étendre

Nonchalament dans les Herbes mouvantes.

Mac’hvala, 2007

 

Poésie mac'hvalienne #2
Poésie mac'hvalienne #2

[Poème acrostiche]

Alors, la Chaîne se brisera

L’Étincelle de Vie pétillera

Ou est-ce le Soleil sur le

Rebord de ta Fenêtre?

Sont-ce tes Pas que

J’entends approcher?

Mac’hvala, 2007

Poésie mac'hvalienne #2
Poésie mac'hvalienne #2

J’ai de plus en plus souvent froid la Nuit

Lorsque je sens le Vide de l’autre Côté du Lit

Mes Mains te cherchent à Tâton dans le Noir

Elles ne rencontrent qu’un Silence mort et glacial

J’aurais envie de poser ma Tête le Soir

Sur ta Poitrine, la Joue sur ta Peau pâle

Y entendre battre la Vie, ton Souffle, ton Coeur

Me repaître de tes Regards et de leur Chaleur

Écouter la Musique de ta Voix avant de sombrer

M’allonger dans tes Bras pour ne plus m’éveiller.

Mac’hvala, 2007

Poésie mac'hvalienne #2
Poésie mac'hvalienne #2

Je suis allée me promener dans le Vallon

La Terre du Chemin me renvoyait l’Écho de tes Pas

Je n’ai jamais eu tant Envie de suivre ta Voie

Mais la Poussière a effacé tes Traces à sa Façon

Et depuis tu me poursuis, Solitude…

 

J’ai longé les Berges abruptes de l’Étang

Dans l’Eau verte j’ai cru voir miroiter ton Regard

À la Surface des Reflets comme des Plumes de Canard

La Douceur magique de tes Yeux a disparu, maintenant

Et depuis tu m’épies, Solitude…

 

J’ai gravi la Colline aux Herbes sauvages

Au Sommet des Vents hurlaient inlassablement nos deux Noms

J’y ai distingué ta Voix qui ondulait dans l’Alpage

Quand j’ai voulu m’en saisir elle s’est sauvée d’un Bond

Et depuis tu me guettes, Solitude…

 

J’ai allongé mon Corps sur un Tapis de Bruyère

Leurs Feuilles parfumées avaient conservé la Chaleur de ta Peau

J’ai hâte de sentir sur ton Épaule cette Odeur de Menthe claire

Mes Mains te cherchent parmi la Forêt des Lys d’Eau

Et depuis tu me tues, Solitude…

 

J’ai trouvé sur ma Route des Traces de toi

Mon Coeur s’est noyé sous tes Regards d’Eau douce

Et ta Voix tempête par-delà l’Arrête de mon Toit

Mes Mains t’ont trouvé assoupi au Pied des Souches

Et depuis tu t’enfuis, Solitude…

Mac’hvala, le 14 avril 2007

Poésie mac'hvalienne #2
Poésie mac'hvalienne #2

[Poème acrostiche]

Crépite en moi le Feu que tu as allumé

Hérisse ma Peau de cent Flammes d’Aurore

Aride comme le Désert que j’ai longtemps humé

Une Blessure déchire la Glace qui dort

Danse en moi des Étincelles de Magie inespérées.

Mac’hvala, 2007

Poésie mac'hvalienne #2
Poésie mac'hvalienne #2

Je suis partie en Solitaire sur les grands Chemins

Mon Corps blessé et nu sous mes Habits de Pèlerin

J’ai marché aussi loin, aussi vite que j’ai pu

Pour fuir une Vie dont je n’ai jamais voulu

Fuir, c’est tout…

 

Je me suis égarée dans une froide Impasse

J’ai hurlé pour que sous ma Voix les Murs cassent

J’ai longtemps erré à la Recherche d’une Issue

À la Fin, je me suis assise et j’ai pleuré, déçue

Seule, c’est tout…

 

J’ai tenté de te trouver parmi les Milliards d’Âmes

Je t’ai cherché dans l’Eau, dans le Feu, dans les Flammes

J’ai suivi tes Pas dans la Boue des Marais lointains

Ça ne m’a menée qu’à une Ville morte d’Éboulis éteints

Chercher, c’est tout…

 

J’ai trouvé ta Trace dans l’Ombre des Montagnes chenues

Ton Image se reflétait encore sur l’Eau que tu avais bu

J’ai senti ton Parfum de Menthe, de Souffre, de Velours

J’ai gravi les Rochers raides en Quête de ton Amour

Te trouver, c’est tout…

 

Au Sommet enfin, je t’ai vu pour la première Fois

Tu me tournais le Dos, ton Charisme noyait le Vallon froid

Lorsque tu m’as pris les Mains, quand nos Doigts se sont entremêlés

Le Ciel nous a inondés de Neige, les Flocons fondaient sur nos Peaux

Des Morceaux d’Éternité pour rendre nos Coeurs plus chauds

Des Phalènes de Joie pour sceller notre Union sacrée

Ensemble, c’est tout…

Mac’hvala, le 13 avril 2007

Poésie mac'hvalienne #2
Poésie mac'hvalienne #2

[Poème acrostiche]

Comment puis-je saisir ta Main qui se tend?

Il me faut une Échelle, t’atteindre à tout Prix

Et ces Nuages qui passent du Gris au Blanc

Les Robes des Anges les ont balayés et pris.

Mac’hvala, 2007

Poésie mac'hvalienne #2
Poésie mac'hvalienne #2

J’avais peur de me brûler les Ailes

Tu m’as montré la vraie Nature du Feu

En me faisant goûter la Flamme de tes Yeux

À présent le Feu et moi sommes parallèles

 

J’avais peur de me jetter à l’Eau

Tu m’as appris à nager comme toi

En me soutenant quand je menaçais de me noyer en toi

À présent je suis Fille des Mers et des Ruisseaux

 

J’avais peur d’aimer la Vie

Et tu m’as dit qu’elle pouvait être belle

Et m’emmenant marcher dans les Neiges immortelles

À présent je ne quite plus les Montagnes et ta Compagnie

 

J’avais peur que tu ne me quittes

Mais tu m’as promis d’un seul Regard

De rester là où tant d’autres s’égarent

Et sans Regret tu as lié à moi le Feu qui t’habite

Mac’hvala, le 3 avril 2007

Poésie mac'hvalienne #2
Poésie mac'hvalienne #2

[Poème acrostiche]

Comme à chaque Nuit, j’erre parmis les Pierres

Irréelles dans le Tissu des Heures brisées

Miroite sur les Croix de métal la Lumière

Échevelée de la Lune pâle, effilochée

Tes Doigts sortent de la Terre légère

Ils me supplient de les réchauffer

Entre mes Mains avec Amour je les serre

Rien, dès lors, de ce que tu as pu être ou faire n’

Est plus important que ta Vie ressuscitée.

Mac’hvala, 2007

Poésie mac'hvalienne #2
Poésie mac'hvalienne #2

Le Monde ne tourne plus rond

Depuis que les Étoiles sont tombées

Les Anges déchus les dévorent, affamés

Et se gavent de leur Miroitement blond

J’entends des Cris dans la Nuit déchaînée

D’une Âme torturée que l’on met à Mort

Les Bruits des Chaînes de l’Ironie du Sort

Et la Complainte des Enfants trépassés

Je me heurte au Mur ancestral

Des Peurs, je saigne d’un Sang glacial

Qui brûle la Peau de mes Lèvres écoeurées

Par l’Odeur du Sel, de la Chair calcinée

L’Ombre des Lendemains me poursuit

Comme un Fantôme elle me hante chaque Nuit

Elle passe à mon Cou le Satin noir du Deuil

Ses Mains de Phosphore grattent à mon Seuil

Elle me hume car elle me veut

Corps et Âme, toute entière dévouée à elle

Bientôt elle me trouvera devant Dieu

Demain je passerai la Barrière du Ciel.

Mach’vala, 2007

Poésie mac'hvalienne #2
Poésie mac'hvalienne #2

Dans mon Sommeil je t’appelle par mille Noms

Aucun ne semble te convenir, jamais tu ne réponds

Mais au moins ai-je croisé ta Silhouette

Au Détour d’un Chemin sous une Lune blette

Tu viens toujours avec la Neige, de tendres Flocons

Tu m’entraînes vers des Montagnes et de clairs Valons

Au-delà de nos Têtes un Ciel irrisé de Couleurs

Moins belles que tes Yeux aux vertes Lueurs

Lorsque le Rêve prend fin au Saut du Lit

Les draps ont gardé ta Forme dans leurs Plis

Mes Cheveux ondulent encore sous ta Respiration

Et mes Yeux ont volé à ton Regard sa Forêt de Néons

À chaque Fois que tombent les Flocons

Quand la Nature se renferme dans son blanc Cocon

Je sais que quelque part tu penses à moi

Et que le Soir, la Neige nous réunira.

Mac’hvala, 2007

Poésie mac'hvalienne #2
Poésie mac'hvalienne #2

[Poème acrostiche]

Chaque Pas dans ce Sanctuaire

Résonne de mille Échos

Illuminations de l’Hiver

Sans Paroles sans Mots

Tout se mêle dans ma Tête

À la Lueur de la Glace

Limpide et sans Requête

Poésie mac'hvalienne #2
Poésie mac'hvalienne #2

J’avais espéré que tu sois là

Ne vois-tu pas que la Neige est plus froide

Sur le Haut de Montagnes?

Ton Absence gèle toute Chose sur Terre

 

J’avais espéré que tu sois là

Ne sens-tu pas que la Mer qui me noie

Devient plus profonde de Jour en Jour?

Je perd Pied dans ce grand Vide d’Amour

 

J’avais espéré que tu sois là

Les Rayons du Soleil se font Glace sur ma Peau

À mes Cris de Désespoir se joignent des Nuées de Corbeaux

Que puis-je faire pour rendre mon Coeur moins las?

 

J’avais espéré que tu sois là

La Lune de Deuil se réchauffe peu à peu

Elle se glisse comme un mauvais Rêve sous mes Yeux

Je me réveille seule et en Éclats

 

J’espère encore que tu viendras

Je prie chaque Nuit sous un Ciel plombé

Je joins ma Plainte à celles des Loups égarés

Je t’attendrai à Genoux jusqu’à l’Heure du Trépas.

Mac’hvala, le 15 mai 2007

Poésie mac’hvalienne #1

Poésie mac'hvalienne #1

En triant mes étagères hier, je suis tombée sur mes anciens carnets de poésie, que j'ai pris plaisir à relire. Ils ont été écrits pour la plupart en 2007, alors que j'entamais de peu ma vingtaine. Bien souvent, j'écrivais pendant mes heures de cours, accompagnant mes vers de petits croquis et autres élucubrations bizarroïdes. J'ai toujours beaucoup pratiqué l'école buissonnière mentale, voyez-vous.

Il n'est pas dans mes habitudes de mettre des choses trop personnelles sur ce blog. Certes, je me dévoile toujours un peu, au travers de mes "Belles histoires de Mamy Acherontia", ainsi que de ces petites annotations qui fourmillent dans mes articles. Ce n'est pas dans mon habitude de trop en dire, parce que ce n'est pas le propos de ce blog, et que nombre d'éléments de ma petite vie ne regardent que moi. Et pourtant, écrire, c'est mettre à nu nos pensées. Si je souhaite aller dans la direction de l'écriture, je dois apprendre dès maintenant à accepter cet état de fait.

Certes, les sentiments dont il est question sont bien naïfs, et je ne respecte guère les règles d'usage en poésie, mais je les aime bien. Ils sont le reliquat d'une vie que je croyais morte et oubliée. Une vie où mon nom de plume (et de scène quand je jouais de la harpe de façon sérieuse) était Mac'hvala, un temps où la solitude m'inspirait aussi bien qu'elle me désolait. Ces poèmes, contrairement à ce qu'ils laissent penser, n'avaient pas de destinataire. Ils n'étaient qu'un reflet onirique de ce que j'attendais de la vie, une façon de transcender la douleur de mes vieilles blessures, de tirer de la noirceur du monde un peu de beauté.

Voici treize petits textes sélectionnés parmi les pages de mes carnets noircis d'encre. D'autres viendront sans doute compléter la collection.

Pour explication, dans mes carnets, les noms communs portaient tous une majuscule, comme en allemand. J'ai laissé cette graphie telle quelle. À l'époque, après une première année d'étude peu convaincante chez les bibliothécaires-documentalistes, je m'apprêtais à rejoindre l'Université pour entamer des études germaniques. J'étais alors en grande admiration pour Rammstein, Oomph!, Megaherz, Eisbrecher et d'autres groupes de metal allemands, et cela se ressentait jusque dans ma façon d'écrire.

Mais si vous avez peu de goût pour la musique germanique, vous pouvez accompagner ces bribes poétiques par la musique d'artistes tels que Ghost Brigade, Katatonia, Opeth, Novembers Doom, A Pale Horse Named Death, Swallow The Sun, Insomnium, Daylight Dies, Antimatter, Dark The Suns… Ils conviendront très bien à l'ambiance que j'ai cherché à rendre dans ces poèmes.

Poésie mac'hvalienne #1
Poésie mac'hvalienne #1

Où vais-je? Je ne puis le dire

Vers la lumière des Anges blonds?

Vers les Confins d'un sombre Vallon?

Je ne peux y répondre sans me mentir

J'ai erré en Pèlerine de par des Terres d'Ombre

Ai traversé les sempiternels Marais de Pestilence

J'ai senti, dans la Chaleur du Désert, mon Âme fondre

Me suis noyée dans ces Regards noirs de Malveillance

Qui peut bien aimer une Solitaire comme moi?

Toujours vêtue de Noir, et la Tête basse

Mes Rêves ont fait mon Regard prisonnier de l'Émoi

Qui donc m'aimera, moi qui suis distante et lasse?

Il me faut un Rêveur, doux et violent à la fois

Quelqu'un qui a peur, qui a souffert autrefois

Qui ne croit plus en l'Amour car il n'en a pas eu assez

Mais qui croit encore en la Vie car il l'aime trop pour la délaisser

Un Être capable d'apprécier les Splendeurs de ce Monde

Doté de l'Intelligence de l'Esprit et du Coeur

Un Être qui refuse la Médiocrité ne fut-ce qu'une Seconde

Et qui fait fi des Normes pour rester lui-même, un Rêveur…

Mac'hvala, avril 2007

Poésie mac'hvalienne #1
Poésie mac'hvalienne #1

J’aurais aimé exposer mon Amour au grand Jour

Quand les premières Lueurs solaires dissipent les Brumes

J’aurais aimé voir tes Cheveux se parer de Plumes

Et dans tes Yeux un léger Reflet d’Aurore sourde

 

Mais tu ne viens à moi que de Nuit

Comme un majestueux Chasseur au Torse fier

À Pas de Velours tu allumes les Étoiles de Minuit

Cachant sous ton Manteau le grand feu Lunaire

Tu t’installes sous ma Fenêtre et commence à chanter

Cette Chanson qui se dégage de la Terre au Crépuscule

Parmi les Strideurs de la Nuit, les Oiseaux qui hululent

Et qui se tapissent dans l’Encre de Chine des Branches ramifiées

Ta Voix est comme une Berceuse, un Drap de Satin

Aux Couleurs profondes comme celles de la Mer

Dont les Vagues charrient les Bateaux sous une Lune claire

Je m’y enroule bien au Chaud et y dort jusqu’au Matin

 

Ton Chant appelle les Rêves qui viennent au Galop

Tels une Nuée de Colombes qui se découpent sur une Nuit améthyste

Ces Rêves, ils me parlent de toi, m’offrent ton Image en Cadeau

Ils m’envoient un Message, comme un grand Jeu de Piste

Je dois reconstituer le Puzzle dont tu es la Pièce centrale

Car plus que tout j’aimerais passer avec toi la Frontière du Matin

Ce Moment où l’Aube vient dompter les fauves Couleurs pâles

Ce Moment où poind le Jour d’un nouvel Amour serein.

Mac’hvala, le 7 avril 2007

Poésie mac'hvalienne #1
Poésie mac'hvalienne #1

[Poème acrostiche]

Lueur crépusculaire sur ton Visage d’Ange

Un Éclat de Magie nocturne dans tes Yeux clairs

Négligé par la Chaleur du Soleil, la Nuit t’

Étreint bien mieux de sa Poussière d’Argent.

Mac’hvala, 2007

Poésie mac'hvalienne #1
Poésie mac'hvalienne #1

Seule sur le Rivage, les Yeux dans l’Eau

J’attends que le Glas sonne pour moi

À l’Horizon aucune Vague, aucun Radeau

Juste moi et mon Attente du Roy

Au Fond sur le Sable brille un Trésor

Je m’en saisi de mes Mains malhabiles

En ôte les Algues, les Morceaux d’Îles

C’est une Boîte à Musique habillée d’Or

 

Le Couvercle s’ouvre et il chante pour moi

L’ultime Bonheur dépasse l’Entendement

Mon Univers frissonne sous sa Voix

Mon Âme vole au Firmament

C’est un Appel des Temps immémoriaux

Une Onde ancestrale dont j’ai oublié l’Origine

Une Résonance parfaite entre deux Êtres égaux

Nos Visages éclairés de Lumière divine

Je tremble sous le Poids de Souvenirs sans Âge

La Voix se fraie un Chemin par-delà mes Veines

Jusqu’à mon Cœur où la Bataille fait Rage

Elle ne s’en ira pas, elle ne veut pas me faire de Peine

 

La Boîte se referme mais elle est vide

Il chantera toujours en moi désormais

Je ne veux plus l’enfermer dans une Caverne humide

En mon Cœur au moins il pourra voler

Sa Prison retourne se nicher dans les Sables

Lui sommeille sur un Lit de Tissu cardiaque, à l’Abri

Bientôt il s’éveillera et chantera notre Fable

Pour mon plus grand Bonheur, et pour le sien aussi.

Mac’hvala, 2007

Poésie mac'hvalienne #1
Poésie mac'hvalienne #1

[Poème acrostiche]

Brode mon Nom sur le Coton

Linceul de mes Jours, ôtons

Avec un Couteau les quelques Fils

Noyés dans la Trame fragile

Cours à la Rivière, pleure

Pour laver les vieilles Peurs.

Mac’hvala, 2007

Poésie mac'hvalienne #1
Poésie mac'hvalienne #1

[Poème acrostiche]

Personne, jamais, n’est à mes Côtés pour m’

Ecouter pleurer dans les Draps de la Nuit,

Rogner mes Ailes quand elles risquent de fondre,

Sucrer mes Larmes pour les rendre meilleures,

Oublier mon Apparence au profit de mon Âme,

Nager avec moi, comme ça, pour rien,

Ne rien dire quand les Mots ne suffisent plus,

Étreindre mes Mains quand je manque de tomber.

Quelqu’un doit bien exister, pourtant…

Mac’hvala, 2007

Poésie mac'hvalienne #1
Poésie mac'hvalienne #1

Il fait si bon auprès de ton Sang

Quand la Chaleur humide de l’Été nous étreint

Roulée en Boule tout contre ton Flanc

Le Bonheur m’entoure de son Voile de Satin

 

L’Orage au-dehors éclaire ton Visage

Il sublime les Contours de ton Corps

T’offre un Masque d’Argent dans sa Rage

Et orne tes Cheveux de Fils d’Or

 

Les Notes de ta Voix tombent comme des Perles

En un petit Bruit mat et cristallin dans mon Oreille

Elles s’envolent haut comme le Chant du Merle

S’écrasent en de grosses Gouttes chaudes sur le Parvis de mon Coeur

S’infiltrent pour y découvrir mes Chambres cachées

Tempêtent dans les Arbres alors que la Solitude se meurt

Se tapissent sous mes Draps à la Recherche de Baisers

 

J’aime me sentir à l’Abri de tes Bras

Lorsque tu ouvres ton grand Parapluie de Tendresse

Que je m’y pelotonne comme un petit Chat

Et que dehors, le Ciel se déchire en mille Pièces

La Protection de ton Menton posé sur mon Épaule

Est douce à mon Âme comme le Rocher est doux au Pèlerin

Si mon Coeur pleure sous les Barreaux de sa Geôle

Tu es la Clé qui m’ouvrira les Portes du Destin.

Mac’hvala, le 25 mai 2007

Poésie mac'hvalienne #1
Poésie mac'hvalienne #1

[Poème acrostiche]

Erige-moi une Stèle dans la Terre de ton Coeur

Pose mon Corps dans un Cercueil d’Artères

Illumine mon Chemin et souffle sur mes Peurs

Tire sur mon Visage un Linceul de Pierre

Aime-moi comme si j’étais vivante en toi

Parle-moi, je veux entendre le Son de ta Voix

Hais ce que les Distances nous ont enlevé

Et garde-moi au plus profond de tes Pensées.

Mac’hvala, 2007

Poésie mac'hvalienne #1
Poésie mac'hvalienne #1

Je te déclare ma Flamme

Celle que j’ai volé au Fond de tes Yeux

Et qui a embrasé mon Âme

Avant qu’elle ne monte aux Cieux

 

Cette Flamme, je l’avais vue danser

Dans la Braise noire de tes Pupilles

J’ai voulu sentir mon Coeur s’enflammer

Avec une même Passion, une même Envie

Je l’ai trouvée si belle

Avec ses Mèches rebelles

Et son Air si sauvage

Je n’ai pas voulu la mettre en Cage

 

Je t’ai aimé à la première Étincelle

qui pétillait, dorée dans l’Océan vert

Elle a allumé au fond de ma Chair

Un grand Feu de Joie immortel

Qui crépite à chaque Battement de Coeur

Même lorsque la Nuit démesure les Heures

 

Cet Incendie en moi, je te le donne

En un doux Baiser sur tes Lèvres fines

Ma Passion sera la tienne, mes Rétines

Garderont le Reflet de ton Ombre carbonne.

Mac’hvala, le 21 mars 2007

Poésie mac'hvalienne #1
Poésie mac'hvalienne #1

[Poème acrostiche]

Sont-ce des Pas que j’entends

Emplissant l’Horizon de Bruits sourds

Comme les Cliquetis d’un Pays sans Retour

Onirique Vision dans une Mer de Sang

Navrant comme le Temps me sépare

De ce que mes Yeux ne peuvent voir

Et de ce Regard vert qui m’est si cher

Silence insoutenable que n’illumine ma Lumière.

Mac’hvala, 2007

Poésie mac'hvalienne #1
Poésie mac'hvalienne #1

Ces Yeux-là, je les ai croisés par Hasard

Au Détour d’un Rêve de Montagnes enneigées

Où la Réalité se mêlait à la Beauté d’un Soir

Emplis des Strideurs du Crépuscule et de la Fin d’Été

 

Ces Yeux-là ont heurté quelque chose en moi

Des Amulettes sonores faites d’Os et de Verre

Ont charmé mes Oreilles de leur Tintement stellaire

Ont brisé les derniers Sceaux, les dernières Croix

Qui protégeaient mon Coeur de Colombe blessée

 

Ces Yeux-là, je m’y plongerais jusqu’à la Noyade

Dans cet Océan vert où s’abreuvent les Étoiles

Allanguies sur le Sable d’une Éternité sans Voiles

Des Morceaux de Mystère sous une Surface de Jade

J’y nagerais des Heures, des Jours, des Siècles durant

Et ma Lumière sera celle de la Lune au Firmament

 

Ces Yeux-là, je les suivrais où que se pose leur Regard

Et je voudrais être chaque Grain de Terre, chaque Nuage de Poussière

Qu’ils croiseront sous un Soleil tardif au cours de leurs Voyages

J’aimerais voir se refléter en eux les Flammes d’un Amour d’Éther

 

Et quand la Vie les aura à jamais quitté

C’est en moi qu’ils continueront de briller.

Mac’hvala, le 3 août 2007

Poésie mac'hvalienne #1
Poésie mac'hvalienne #1

[Poème acrostiche]

Fine est la Glace qui couvre mon Coeur

Rèche est le Satin usé de mes Rancoeurs

Où chaque Fibre est figée par le Froid

Innonde la Mer morte de Cris d’Effroi

Des Profondeurs de Marbre je reviendrai

Mac’hvala, 2007

Poésie mac'hvalienne #1
Poésie mac'hvalienne #1

Tu es venu me cueillir

Comme une Edelweiss sur une Terre infâme

Je me suis perdue dans ton Sourire

Moi qui avait perdu mon Âme

 

Tu m’as emmenée loin

Jusque dans les Montagnes aux Neiges éternelles

Puis tu m’as prise par la Main

Et c’est toi qui est devenu mon Éternel

 

Nous avons couru le long des Pentes poudreuses

Jusque sous les Sapins aux Feuilles immortelles

J’ai récolté dans tes Yeux la Promesse d’une Vie heureuse

L’Enfant en moi mourut dans tes Bras de Flanelle

 

Tu m’as montré sous un Ciel vêtu d’Or

Les Étoiles prises au Piège du Gel

Nous avons nagé dans l’Eau qui dort

Sous des Lambeaux de Feu au Goût de Miel

Allongés sur la Mousse humide de Rosée

Je me suis endormie auprès de toi

Tu avais volé à la Nuit sa Cape moirée

Et m’en avait couverte pour que je ne prenne froid

Une Vie sans toi serait aussi longue

Que la Plainte du Vent dans le défilé des Montagnes

Aussi inutile que les Étoiles sans leur Ronde

Et aussi immobile que l’Eau qui stagne.

Mac’hvala, 2007

[Incunabula story] #1, Gonzague le Traveleur à la table du roi

En ce mois de novembre, des idées aussi succulentes que saugrenues naissent dans mon esprit délabré… Elles s'épanouissent peu à peu à l'aube en une floraison foisonnante, pour mûrir durant le jour, et au crépuscule accoucher de fruits sombres et juteux au goût étonnant. Aujourd'hui, justement, était un autre de ces jours bénis où m'est venue l'idée folle d'écrire une nouvelle à partir d'images pêchées dans des incunables (pour ceux qui ne le savent pas, les incunables sont les premiers livres imprimés en Europe aux débuts de l'imprimerie, c'est-à-dire entre 1450 et 1501).

Vous le savez peut-être déjà, une partie de mon métier de bibliothécaire consiste en la numérisation des incunables des collections de l'Université où je travaille. Inutile de préciser qu'il s'agit de ma tâche préférée… Certains de ces incunables sont illustrés de gravures sur bois souvent assez cocasses. En effet, les illustrateurs de l'époque ne brillaient pas par leur talent de dessinateur, de sorte que certaines gravures prennent des allures comico-dramatiques et/ou tendancieuses. D'où l'idée de relier ces images entre elles par une petite histoire de mon cru, inspirée de ce que j'y vois ou ce que je crois y voir…

Ce présent récit est illustré par les gravures issues d'un exemplaire des Fables d'Ésope. Le lien vers la source des images se trouve en fin d'article. Je vous souhaite une bonne lecture et un bon amusement!

Gonzague le traveleur à la table du roi…

Partim 1, De l'aventure et du hasard au détours des chemins

Il est des jours où, sans que vous vous y attendiez, l'aventure vous guette pour mieux vous cueillir au détour d'un chemin. Cela peut vous tomber sur le carafon à n'importe quel moment, vous obligeant à oser un pied dans l'inconnu. C'est ce qui arriva à Gonzague, traveleur de son métier et pourtant déjà aguerri aux hasards des voyages.

Armé de sa seule valoche, Gonzague était parti du village pittoresque de Taisnières-sur-Hon depuis deux semaines déjà, s'arrêtant dans chaque patelin pour y vendre le fruit de ses rapines. Il piétonnait paisiblement sur un sentier pierreux en direction de la ville de Merbes-le-Château lorsque subitement, des sonorités pour le moins étranges se firent odir(1) de l'autre côté d'un tournant. Des bruits répugnants de… de quoi, au juste?

Craignant un attrapoire(2) de méchante nature, le traveleur approcha à pas de loup, pensant aller à la mortaille(3). Il se mortifia lorsque son pied fit bruyamment craquer une brindille, mais comme il n'y eu pas d'interruption dans les sons qui lui parvenaient de l'autre côté du tournant, il se rasséréna et continua d'avancer en catimini.

Ceci étant, plus il se rapprochait, plus il distinguait la nature des sons et comprenait à quoi il avait affaire. De brouhaha indistinct, le fond sonore s'était mué en laborieux bruits de gosier, fruits d'un estomac qui se vidange de façon intempestive, puis en un puissant fracas de tripes et boyaux déversés sur la terre battue.

(1) Odir : entendre (2) Attrapoire : piège (3) Aller à la mortaille : aller vers une mort certaine

Quoiqu'il ne fut pas pressé de découvrir l'étendue des dégâts, Gonzague hâta le pas et dépassa le talus qui soustrayait à sa vue le malheureux dégobillant. Il fut surpris de rencontrer non pas un seul, mais trois personnages aux allures miteuses. L'un était penché en avant, le teint plus vert que l'ogre du marais de Grouilleterre et la bouche grande ouverte sur un spasme gastrique ô combien productif. Il émanait de ses fripes une pestilence miasmatique que les exhalaisons de l'Enfer lui-même peineraient à égaler. Il était maintenu debout par un vilain à la trogne vulgaire dont le chef était couvert d'un ridicule chapeau à plis. Il était aussi vert que son protégé, et il pressait sur sa propre bouche un poing crasseux en guise de tampon œsophagien. Un nobliaux complétait le tableau, une sorte de grand échalas enturbanné qui gesticulait en observant la scène à distance. De toute évidence, le souper de ce sire venait d'être servi une seconde fois, mais sur sa robe chasuble, cette fois, et avec un supplément d'acide gastrique.

– Holà compagnons! Jeta Gonzague à la cantonade. Quel mal sévit en ce lieu? Une overdose d'Asaret?(4) Ou bien une cuite monumentale?

– Non pas, mon bon blase! C'est la cuisine de notre bon roi… Soit le nouveau maître queue d'Archibald III est moins doué pour la cuistance que le précédent, soit nous sommes face à une affaire d'empoisonnement.

– Et ce sire est…

– Maître Celse de Pargide, astronome royal. Et monsieur ci-prosterné est Marmion, le goûteur d'Archibald III.

– Mfff Marmfffff pwwgnn ghhh, renchérit ce dernier, qui terminait de déposer sa gerbe.

– Et moi, j'fais le guet! fis le vilain, oublié de tous.

(4) Asaret : plante dont les racines ont des propriétés vomitives.

Partim 2, Du repos bien mérité du guerrier qui a l'estomac en guenilles…

– Ne le laissez point debout! Vous voyez bien qu'il vacille comme flamme de chandelle!

Gonzague emmena le malheureux se délasser au pied d'un grand pommier qui étendait son ombre sur le pré d'à côté. La saison était déjà bien avancée, il ne risquerait pas de recevoir un fruit sur la tête, et encore moins de découvrir le principe de la gravité avant l'heure. Ils évitèrent soigneusement les hautes herbes dégoulinantes de fluide stomacal et de cuisses de poulet à moitié digérées. Les fourmis et autres bousiers feront une bonne gorge chaude de ces restes prédigérés.

– Mais qui diantre êtes-vous, vous qui prenez en main des situations qui ne vous concernent en rien? fit le nobliaux, sur ses gardes, et prenant de grands airs de cigogne indignée.

– Pardon, je ne me suis point présenté… Je suis Gonzague le Traveleur, de passage sur ces humbles routes. Je viens de Taisnières-sur-Hon, chiche bourgade dont le nom vous rappelle peut-être quelque souvenir, bien que je doute que ce nom ait un jour été porté à votre illustre connoissance. Je me dirigeais vers Merbes-le-Château lorsque mes pas furent interrompus par les bruits du gosier de votre confrère…

– Je suis ravi de notre accointance, sire Gonzague. Je vais donc en profiter pour vous passer le relais. Je dois m'en retourner au château, on dit que la grande éclipse est proche, et Monseigneur craint l'arrivée de l'Apocalypse…

Celse de Pargide quitta les ladres sicut canis, qui revertitur ad vomitum suum (5), de toute évidence soulagé d'avoir trouvé un compère à qui confier cette histoire de régurgitation fulgurante. Le teint de Marmion était passé du vert au gris cendre, aussi Gonzague ne savait s'il s'agissait d'une bonne chose ou d'un funeste présage.

Le vilain ne quitta pas son poste de guet, prenant très au sérieux le maigre rôle qu'il s'était lui-même assigné. Il dénicha même un aimable chapelain qui flânait du côté des sous-bois, et qui baigna de saintes adjurations le sommeil du valétudinaire.

Quant à celui-ci, ses songes furent peuplés de folles visions dans lesquelles il se voyait clopinant devant le tympan du portail de la petite église paroissiale, poursuivit par des hydres à huit têtes et autres horreurs décrites par Philippe de Thaon dans son bestiaire. Un second songe fit écho à ce cauchemar. Une vierge en tenue d'Ève, pourvue de longs cheveux ondulés qui flottaient dans le vent céleste, lui apparut sur un nuage et lui tint un discours des plus étranges. "Pense aux bâtons, Marmion. Les petits bâtons de coudrier… N'oublie pas, c'est important…".

(5) Sicut canis, qui revertitur ad vomitum suum est une expression latine signifiant "comme le chien retourne à son vomi". C'est une expression souvent citée par l'inquisiteur Bernard Gui dans son "Livre des sentences" et qui est employée pour qualifier une personne retombant dans ses travers après promesse de rédemption.

Partim 3, où l'on voyage en bonne compagnie…

Le soleil était bas sur l'horizon lorsque le goûteur patraque émergea de son sommeil. Il fut fort étonné de se trouver couché dans une carriole, sur une cargaison de peaux de moutons mal tannées à l'odeur écœurante. Gonzague avait donc pris la situation en main tandis qu'il dormait du sommeil du juste. En chemin, ce dernier lui expliqua qu'il avait arrêté un convoi de marchands qui se dirigeait comme eux vers la ville de Merbes-le-Château, et avait obtenu l'autorisation de les accompagner pour que Marmion puisse prendre du repos dans le chariot exigu qui formait le centre de la procession mercantile. Les camelots ambulants avaient accepté de bon cœur, en échange toutefois de quelques ducats et de la promesse d'une aide plus que bienvenue durant les vendanges toutes proches.

Gonzague avait prit sur ses épaules une imposante hotte d'osier contenant des courgettes jaunes et des miches de froment, cette même hotte qui était censée se trouver dans le chariot, à la place occupée par Marmion.

Quant à notre ami le guet, il marchait en queue de convoi… à reculons, pour voir venir l'ennemi, cela va de soi.

Partim 4, Où l'on fait d'étonnantes rencontres…

Dès qu'ils eurent franchit le grand pont-levis de Merbes-le-Château, ils furent accueillis à bras ouverts par Celse de Pargide en personne. Celui-ci, gêné d'avoir laissé Marmion seul entre les mains d'un étranger, commençait à s'inquiéter de ne les voir point débarquer. Selon ses dires, il aurait même eu du mal à déchiffrer le marc de café qu'il avait fait mettre de côté en cuisine, et qui devait lui servir à dater de façon précise l'avènement de l'Apocalypse.

C'est ainsi que Gonzague et le vilain qui faisait le guet furent introduit auprès de quelques hauts dignitaires de la cour du roi Archibald III. Il y avait Potentien l'Arpygien, scribe en chef du roi, dont les traits semblaient taillés à la serpe par un artisan peu besogneux. Gonzague remarqua que ses doigts étaient tachés de brun comme ceux des fumeurs de pipe, bien qu'il se doutât qu'il se fut agit non pas de traces de tabac, mais bien de résidus d'encre sépia.

Ensuite venait Zwentibold de Frigée, philosophe de la reine Pappolène, qui tirait une tronche plus bas que terre, peut-être même jusqu'au septième cercle des enfers. Il se présenta comme faisant partie de l'école de Cléombrote d'Ambracie, ce philosophe platonicien qui se jeta stupidement dans la mer après la lecture du Phédron de Platon. Gonzague ne dit rien, mais il n'en pensait pas moins.

Sigismer l'Oliviste clôtura les présentations, saluant les nouveaux venus en une révérence à en faire tomber son chapeau ridiculement enflé. Sigismer était le metteur en scène du théâtre royal, et avait de ce fait un sens aigu de la comédie qui lui permettait de sourire quand bien même il trouvait ces nouvelles têtes terriblement ennuyeuses.

C'est Marmion qui mit fin à la discussion, prétextant de nouvelles vagues de nausées pour retourner à ses appartements et quitter ces fastidieux dignitaires. En aparté, il invita Gonzague à passer la nuit sur son canapé en remerciement de ses bons services, ce que notre bonhomme accepta de bonne joie. L'envie de résoudre cette énigme d'empoisonnement lui trottait en tête depuis la marche avec le convoi marchand, et il brûlait de pouvoir interroger le personnel des cuisines.

Partim 5, Où l'on pissoit comme fontaine ensorcelée…

C'est ainsi que le lendemain, Gonzague, éveillé de bonne heure par un groupe de moines chantant les laudes, partit en direction des cuisines royales, où il pourrait questionner d'éventuels témoins, voire suspects, et chaparder quelques miches à grailler par la même occasion. Il n'avait pas tôt fait le tour du foyer des domestiques qu'il tomba nez à nez avec Sigismer l'Oliviste. Tourné de dos et bien campé sur ses jambes, il sifflotait un air aux sonorités vaguement byzantines.

Gonzague l'aborda avec un franc sourire et du soleil plein la voix :

– Holà compagnon! Quel plaisir de vous retrouver de si bonne heure!

– Bien vaignez(6), messire Gonzague! Mais ne voyez-vous donc pas que je suis occupé à pissoyer? Faites-moi dos, je vous prie, et alors nous pourrons converser…

– Tudieu, mon bon seigneur! Si je vous ai conchié(7), vous m'en voyez navré… Que ne suis-je coquebert(8)!

– Que neni, mon bon blase! fit Sigismer, le braïeul(9) défait. Cessez donc ce batelage, il n'y point de mal… Est-ce moi que vous veniez quérir?

– Si fait, mon seigneur. J'aurais effectivement une requête à vous soumettre, si vous aviez la bonté d'âme de l'odir et d'y accéder.

– Je vous écoute, sire… fit-il en s'ébrouant.

– Eh bien, mon seigneur, cette histoire d'empoisonnement, cela m'intrigue au plus haut point… j'aimerais que vous m'accordiez l'asile le temps que je mène enquête et que je trouve le coupable.

Sigismer eut l'air de réfléchir quelques instants à la proposition, pesant le pour, le contre, et ce qu'il peut y avoir de nuances entre les deux.

– À Merbes-le-Château, commença-t-il, nous avons pour coutume de ne donner asile aux voyageurs qu'en certaines rares occasions, et pas plus d'une nuit au demeurant. Même pour des motifs aussi honorables que ceux-là, je ne puis outrepasser l'autorité royale en vous accordant ce droit de mon propre chef.

Voyant alors une expression de dépit se peindre sur les traits de son interlocuteur, il reprit :

– Oui… Enfin… Je peux tout de même vous introduire auprès de notre reine Pappolène. Elle saura quoi faire de vous…

Le metteur en scène tendit sa main vers Gonzague pour sceller leur marché, mais ce dernier, sachant à quoi cette même main avait servi, se plia en mille courbettes pour éviter de devoir la toucher.

– Oh! Grand merci, mon bon sire! Je vous créant de résoudre l'énigme pour votre peine!

– Ne vous emballez pas trop non plus… Pappolène est… Eh bien, elle est ce qu'elle est, voilà tout.

(6) Bien vaignez : Soyez le bienvenu (7) Conchier : outrager (8) Coquebert : nigaud (9) Braïeul : ceinture qui tient les braies

Partim 6, Où le royal transit se trouve bouleversé…

Sigismer se dirigea alors vers un petit patio, faisant signe à Gonzague de le suivre. Ils marchèrent alors le long de rues sinueuses donnant sur de petites cours intérieures enténébrées ou de broussailleux vergers peu entretenus, passant à quelques reprises à gué dans des ruissellements indomptés d'eaux sanitaires malodorantes. Merbes-le-Château était une ville labyrinthique aux entrailles aussi pourries que celles d'un cadavre vérolé. Lorsqu'ils arrivèrent enfin à destination, Gonzague s'étonna :

– Eh bien, mon cher Sigismer, quelle est donc cette félonie? Vous m'avez ramené à notre point de départ! Chercheriez-vous à me perdre?

– Allons donc, qu'allez-vous penser là? Non point, je vous ai juste fait visiter la ville… Du moins les points les plus touristiques. Le reste ne vaut pas le déplacement, croyez-moi.

Prenant un Gonzague perplexe par le coude, il le mena au grand palais à droite des logements des domestiques, et pointa du doigt un long couloir haut de plafond et ornementé de nombreuses moulures dorées d'un goût douteux :

– Venez avec moi, ce n'est plus très loin. Pour l'heure, Pappolène doit se trouver dans son boudoir personnel.

Croisant le regard rond de Gonzague, il crut bon d'ajouter :

– Pas le biscuit qu'elle trempe dans son café, voyons… Son bureau personnel, où elle me reçoit de temps à autre lorsqu'elle désire me parler de théâtre.

Par pure politesse, Gonzague acquiesça comme si le franc venait de tomber.

La porte du boudoir était équipée d'une petite cloche utilisée pour avertir la reine de la présence d'un éventuel visiteur. Le son qu'elle émit lorsqu'elle fut actionnée rappela à Gonzague la poêle à frire que sa mégère de femme lui avait une fois jeté à la tête. Une voix nasillarde qui se voulait accueillante sans y parvenir les invita à entrer, et ils s'exécutèrent.

C'est Sigismer qui se chargea des présentations avant de s'asseoir aux côtés de Pappolène, la laissant jauger Gonzague de son regard hautain. Celui-ci, fin observateur comme à son habitude, remarqua que ses traits étaient tirés et se crispaient à intervalles réguliers, comme dans un spasme léger. Ce détail, plus la position de sa royale main, indiquèrent au traveleur que Pappolène souffrait de crampes digestives sévères qu'elle tentait en vain de dissimuler.

– Votre Majesté a des tracas avec sa tripaille… fit-il d'un ton pensif, peu soucieux de l'étiquette.

– Co… comment le savez-vous? Pappolène affichait un regard ouvertement incrédule.

– Oh, allons, ma dame! À d'autres! Que je trépasse si je ne suis point capable de reconnoisser les signes d'un violent mal de ventre…

– Votre outrecuidance vous perdra, manant… mais ma foi, je m'incline devant votre sagacité… Et si votre connoissance s'étend au-delà du simple diagnostic, je vous prie de m'en donner prestement la curation.

– Point ne suis-je rebouteux, ma reine… Mais ma mégère de femme – le diable l'emporte! – avais pour habitude de soigner les douleurs d'entrailles à l'aide de quelques simples à la cueillette aisée. Puis-je vous demander quels sont vos symptômes?

– Eh bien, je ne sais s'il est raisonnable pour une dame de mon rang de parler de choses intimes à un compère qui n'est point médecin… Mais… soit! Je souffre trop… Outre les douleurs d'entrailles et autres tranchées(10), je suis régulièrement prise de nombreuses et conséquentes ventosités. À longueur de journées, je me vois toute dissenterique, et mes membres trémulants(11) sont la proie d'un échauffement(12) constant.

– Je vois… Et ces maux sont-ils récurrents?

– Oh, mon bon sire, cela fait des mois que ça va et ça vient. Ces derniers temps, les améliorations se font de plus en plus rares, j'en perd tout espoir de rétablissement complet. Que me conseillez-vous?

– Dans un premier temps, ma dame, je vous suggère d'éviter les mitons-mitaines(13) que votre médecin vous prescrira. Une décoction à base de sauge, de thym et de basilic devrait suffire à calmer vos spasmes. Mais surtout, vous devriez boire un bon purgatif de capucine tiède. Car vous n'êtes pas la seule a avoir été malade, et je soupçonne un mal des Ardents dû à un empoisonnement volontaire…

– Un empoisonnement, dites-vous? Telle chose n'est plus arrivée depuis feu mon père, Éleuthère 1er…

– L'heure est grave, il faut agir vite. Permettez-moi de rester quelques jours de plus à Merbes-le-Château afin de percer à jour cette félonie.

– Permission accordée, mon brave. Je vous créant que vos actes trouveront récompense selon une juste mesure… Mais uniquement si vous faites promesse de ne rien divulguer du mal qui me ronge…

– Merci de votre confiance, ma reine, je vous serai féal. Je serai votre petit bonheur, je me ferai petit, tendre et soumis, je vous le jure…

– N'en faites point trop, sire traveleur! Les comptines enfantines ne font point bon ménage avec une affaire aussi sérieuse que la nôtre…

– Très bien, ma dame, je saurai m'en souvenir…

(10) Tranchées : douleurs abdominales, selon le vocabulaire médical de l'époque. (11) Trémulant : tremblant (12) Échauffement : fièvre, toujours selon le vocabulaire médical de l'époque. (13) Miton-mitaine : onguent sans réel bienfait ni méfait.

Gonzague et Sigismer quittèrent le boudoir de Pappolène et sortirent à nouveau dans la cour, au grand jour. Le soleil était haut dans le ciel bigarré où paissaient de gros moutons nuageux, et il soufflait sur la ville un léger vent frais qui apportait des campagnes des senteurs de vendanges précoces. Le traveleur s'était mis en tête de rejoindre les champs et d'aller voir ce qui s'y passe. Pour résoudre une affaire d'empoisonnement, il faut suivre le fil de la chaîne alimentaire en le prenant au tout début, là où la nourriture est cultivée et récoltée.

– Mon bon Sigismer, auriez-vous par hasard l’amabilité de m'indiquer la direction des champs? Il me faudrait m'entretenir avec celui qui supervise les récoltes. Où puis-je le rencontrer?

– Ah, oui, vous voulez parler d'Ermenfroi d'Aisguibolle… À vue de nez, il doit être pas loin de midi, donc je dirais qu'il doit se trouver dans la bâtisse des vendangeurs pour y prendre son repas. Si vous prenez le chemin que vous voyez là en contrebas, il vous y mènera tout droit.

– Grand merci, messire! Je vous suis redevable de tous vos bons services!

– Nous verrons cela plus tard, compagnon. Je vous souhaite bonne investigation, car je dois m'en retourner aux arts de la scène…

Ainsi se séparèrent-t-ils, l'un réajustant sa chasuble qui semblait trop large, l'autre clopinant dans la direction indiquée.

Partim 7, De la saine cueillette de l'orge, du blé et du coudrier…

Le traveleur avait grand soif lorsqu'il arriva en vue de la bâtisse des vendangeurs. Il n'avait pas bu une goutte depuis la veille, et le soleil de midi aidant, il se trouva fort déshydraté lorsqu'il eut finit sa marche et qu'il entra dans le bâtiment, tombant comme un cheveu dans la soupe. Son arrivée dérangea le prêtre occupé à réciter la prière de sexte. Il lui lança un regard courroucé de chouette à qui on tente de voler la proie. Les travailleurs champêtres se retournèrent de concert pour mieux voir le nouveau venu qui osait perturber l'office.

– Compa… compagnons… fit Gonzague d'une voix rendue rêche par la sécheresse buccale. N'auriez pas… une 'tite goutte pour moi?

N'eût été la sueur qui dégoulinait le long de son front, on eût pu se méprendre et le jeter dehors pour ivrognerie. Fort heureusement, il fut pris en pitié par un sire, qui semblait être le superviseur et qui lui apporta prestement une gourdasse bien rebondie. Après s'être rincé le gosier à grandes lampées goulues, Gonzague regarda autour de lui. Le prêtre avait repris son office et entonnait joyeusement un Kyrie Eleison que reprenaient en cœur les travailleurs de la terre. Le traveleur héla le sire à la gourdasse :

– Hola, mon bon seigneur! Puis-je vous demander si votre nom est bien sire Ermenfroi d'Aisguibolle, le grand superviseur des récoltes? Car c'est cette personne que je cherche à voir…

– C'est moi-même, mon bon blase. À quel sujet désiriez-vous me rencontrer?

– Oh, trois fois rien, n'ayez crainte. Une petite affaire d'enherbage(14), tout au plus…

– Enherbage, dites-vous? Oh, je ne pense pas qu'il vous faille chercher de part chez nous, mon brave. Mes travailleurs sont des gens hardis et ne sont point déconfieurs(15)… Tout au plus sont-ils enclins à dévergonder les coquilles des gourgandines(15bis)… Mais un enherbage en bonne et due forme, ça, c'est une autre histoire…

– Je ne demande qu'à vous croire, mon bon seigneur. Mais je suis mandé par la reine Pappolène en personne, aussi ne puis-je négliger aucune piste. Auriez-vous l'amabilité de me montrer la façon dont fonctionnent les cultures et les récoltes?

– Oui, cela, je peux le faire, mais je ne garantis pas que vous trouverez votre félon parmi mes rangs. Laissez-moi donc terminer mon bol de souplette, et je suis à vous!

C'est ainsi que Gonzague se rendit aux champs en compagnie d'Ermenfroi d'Aisguibolle et de ses joyeux cul-terreux, passant l'après-midi entière à observer leurs moindres faits et gestes. À son grand désespoir, il ne trouva rien de douteux dans leur façon de cultiver les denrées servies à la cour royale. C'est très désappointé qu'il s'en retourna par le chemin pris plus tôt dans la journée. En passant par un petit bois touffu, il croisa par le plus grand des hasards Marmion, occupé à une tâche dont il peina à déterminer la nature.

– Marmion, mon très cher hébergeur! Que faites-vous donc dans ces bois sordides?

– Ma foi, je coupe des bâtonnets de coudrier. Je ne sais si cela s'avérera utile, mais une gueuse chichement enguenillée m'a soufflé cette idée en songe, et j'ai supposé que ça devait être prémonitoire.

Gonzague devint subitement pensif.

– Peut-être que oui… peut-être que non… Apportez-moi le fruit de votre récolte ce soir avant le royal banquet, et je vous dirai ce que nous en ferons.

(14) Enherbage : empoisonnement par les simples (15) Déconfieur : traître (15bis) Coquille de gourgandine : explicit content...

Partim 8, Où l'on sert d'étranges bâtonnets apéritifs…

Ce que Gonzague a réellement dans l'idée, c'est de tester les talents culinaires du maître-queue royal. Si les denrées rapportées des champs ne contiennent nulle malice, on peut alors supposer que le cuisinier est si mauvais qu'il rend les convives malades. Peut-être use-t-il de néfastes mélanges ou abuse-t-il d'épices aux propriétés purgatives insoupçonnées. Peut-être son sel de mer aux algues est-il gâté, ou ses condiments en partie faisandés?

Réalisant qu'il lui restait peu de temps avant le banquet de complies, Gonzague se dirigea prestement vers les grandes cuisines, qu'il trouva par ses propres moyens en suivant l'odeur du fumet qui s'en dégageait. Ce soir, au menu, il y aura du canard en croûte de miel et des courgettes braisées, avec un supplément d’amuse-bouches "façon Traveleur".

Avec sa gaité coutumière, Gonzague entra comme un ouragan dans les cuisines, cherchant le maître-queue à grand renfort de salutations et de questions tonitruantes. Mallulphe d'Acésulfam – c'était son doux petit nom – répondit à l'appel du traveleur, s'essuyant les mains sur un tablier à peu près aussi blanc qu'une culotte après menstrues. Comme l'on pouvait s'en douter, Mallulphe excellait dans l'art de découper les viandes et autres produits d'origine supposée animale. Il s'étonna de voir dans ses cuisines un croquant en tenue mercantile qui n'y avait pas été invité, et s'apprêtait à faire déguerpir l'intrus lorsque Gonzague utilisa son passe-droit.

– Enchanté, cher Mallulphe, de faire votre accointance, fut-elle tardive… et dans de sanglantes conditions, ajouta-t-il, avisant les mains tâchées du cuisinier, qu'il n'aurait serrées pour rien au monde. Je suis mandé par la reine Pappolène en personne pour enquester sur un hardi enherbage récurent. Aussi aimerais-je pouvoir inspecter vos cuisines, ainsi que tous les placards qui peuvent contenir des victuailles, condiments, épices ou autre, si vous n'y voyez pas d'objection.

Le boucher, qui avait jusque là gobé l'entièreté du discours sans broncher, prouva son incroyable vivacité d'esprit en gratifiant son interlocuteur d'un hideux rictus, la bouche mollement ouverte sur un "euh…" muet.

– Alors, nous sommes d'accord, compagnon! fit le traveleur que rien n'arrêtait. Et… ah oui! J'oubliais! J'ai une petite épreuve à vous soumettre. C'est très amusant, vous verrez! Je suis certain que votre légendaire créativité sera agréablement titillée. Tenez, voici une jolie collection de bâtonnets de coudrier. Auriez-vous l'amabilité de les métamorphoser en apéritif convenable à présenter au banquet de ce soir? Et… il faut que ce soit mangeable, n'est-ce pas? Je les servirai moi-même au roi, ne vous fatiguez point à dépêcher un page supplémentaire pour l'occasion.

Le cuisinier n'eut d'autres choix que d'acquiescer et de mettre sur-le-champs les directives de Gonzague à exécution. Tandis qu'il tentait de tirer des bâtonnets un met à peu près présentable, notre ami inspectait minutieusement les cuisines, jusque dans les moindres recoins jonchés de miettes de denrées. Malheureusement, il revint bredouille vers le cuistot, n'ayant déniché qu'une vieille couronne d'ail moisie et quelques poils suspects. Le maître-queue, de son côté, avait bien avancé sur son défi du jour. Il montra son met à Gonzague, tendant le plat débordant aussi fièrement qu'un matou apporte le fruit éviscéré de sa chasse à ses maîtres. L'air satisfait, notre traveleur se saisit du long plat et, avec un clin d’œil pour le cuisinier, passa les portes de l'office pour s'engager dans la salle de réception.

Archibald III, attablé au centre de ses hauts dignitaires, allongeait son grand corps séché par-dessous la table de banquet, ses pieds démesurés dépassant allègrement de sous la nappe jadis immaculée. Son sanglier de compagnie gambadait joyeusement entre leurs jambes, espérant être gratifié de quelque relief goûteux en échange de ses péripéties porcines. Il se précipita tout groin dehors sur Gonzague qui arrivait avec le plat. Les palpitations effrénées de ses narines ne laissaient rien présager de bon quant à ses voraces intentions.

Le roi fixa le traveleur d'une mine interrogative tandis que celui-ci contournait l'animal en lui lançant de furieuses imprécations en son fort intérieur.

– Dites-moi, compère, sont-ce là des braies pour servir à la table d'un roi? Vos guenilles empuantissent l'air que je respire… J'aimerais que vous cessiez de m'affubler de vos infernales effluves!

– Enchanté, Archibald, troisième du nom! Gonzague le Traveleur, pour vous servir! Si le tarin de mon roi est sensible aux émanations de mes fripes, peut-être puis-je au moins enchanter votre palais avec ces quelques bouchées apéritives de premier choix…

– Mais mon pauvre garçon, ce ne sont que brindilles et petit bois… Cela ne se mange pas!

– Monseigneur est doté d'une vue exceptionnelle, et c'est bonne chose que cela! Je suis heureux de constater que le subterfuge de votre Maître-queue a fait effet… Ce sont en fait des phasmes panés et frits aux petits oignons, d'où votre méprise. Mais si prudence est mère de sûreté, ne dit-on pas aussi que celui qui ne tente rien n'a rien? Les insectes sont réputés pour apporter de nombreux bienfaits à leurs consommateurs.

Archibald III lui lança un regard suspicieux qui en disait long :

– Si vous tentez de m'abriconer(16), sur la tête de mon porcin compagnon, je vous ferai écoiffer!

– Cessez donc de faire le coc empleu(17)… Voulez-vous que je goûte avant vous? Fort bien… Voilà qui est fait!

– Que n'êtes-vous veau coquard(18)! Mais ma foi… nulle transmutation en vue… Passez-moi ce plat, mon bon blase! Je commence à avoir grand faim!

(16) Abriconer : tromper, abuser (17) Faire le coc empleu : faire la poule mouillée (18) Veau coquard : abruti qui se la joue

Partim 9, Du désespoir de Pappolène…

Les "phasmes rôtis" eurent finalement leur succès parmi la noblesse de Merbes-la-Château. La curiosité culinaire a poussé tous ces nantis à gober tout rond ce qui n'était effectivement que du coudrier. Gonzague ira plus tard saluer bien bas le maître-queue qui, semble-t-il, connaît son affaire.

À la fin de la soirée, alors que chacun s'en retournait dans ses pénates respectives, le traveleur constata à son grand soulagement que personne n'avait été pris de nausées, de vomissements ou autre liquéfaction d'organe digestif. Si la source de l'enherbage n'est ni la culture des denrées, ni la cuisine, cela ne peut venir que du service. Gonzague l'ayant prit personnellement en charge ce soir, nul mal ne fut commis. Mais il lui faudra au plus vite trouver de quel page vient le danger…

Le sire traveleur s'apprêtait à retourner dans la mansarde de Marmion lorsqu'il entendit des pleurs en provenance d'une petite salle attenante aux cuisines. La salle devait sans doute servir de lieu de repas pour les domestiques gravitant autour de maître Mallulphe d'Acésulfam. La reine y était seule, assise à une petite table faite d'épaisses planches à peine dégrossies. Elle versait d'amères larmes dans un mouchoir de lin qu'elle pressait contre ses yeux, le nez plongé dans une assiette de cochonnaille déjà bien entamée. À ses pieds, le royal sanglier domestique faisait les cent pas, espérant qu'on lui jetât de nouveaux reliquats culinaires.

– Tiens donc, ma reine! Que faites-vous seule dans ces oubliettes pleines de miettes?

– Oh… Gonzague… vous ici… fit-il entre deux sanglots déchirants.

– Que n'êtes-vous avec votre royal mari, ma dame? Serait-il à nouveau souffrant?

– Non pas, sire traveleur… mon mari… que le chancre lui puisse venir aux moustaches! cracha-t-elle soudain, l’œil venimeux. Il est… je l'ai vu partir, il y a une demi-heure de cela… accompagné…

– Ainsi donc Archibald aurait prit la poudre d'escampette en compagnie d'une donzelle…?

– C'est cela même, sire… il doit sans doute profiter qu'il n'estoit pas doille de vin(19) ou souffreteux… Par le cul Dieu! Je lui ferai broster le brau(20)! Escot de barnecs(21)! Félon de pute estrace(22)! Chiabrena à cul punais(23)!

– Hola, hola, mais reine! Vous n'estoyez pas esclanchier(24)! De si infâmes injures, dans la bouche d'une bachelette(25) comme vous… C'est évidemment bien lacrimable(26). Mais ne soyez donc pas failly(27), et ne vous abaissez point à le lui faire payer. La vie se chargera de lui rendre sa félonie au centuple.

– Je suppose que je n'ai d'autre choix que de vous acreire(28)…

– Mais bien sûr! Vous verez qu'un jour, le vent tournera…

– Merci, sire traveleur, vos conseils sont toujours les bienvenus.

– Je vous souhaite bonne nuitée, ma reine. Et si le besoin se fait sentir, n'hésitez pas, je serai sur le canapé de votre goûteur de mets.

(19) Estre doille de vin : être saoul (20) Broster le brau : mordre la poussière (21) Escot de Barnecs et (22) Félon de pute estrace : rejeton mâle de péripatéticienne (23) Chiabrena à cul punais : trop infâme pour être traduit... (24) N'estre pas esclanchier : ne pas y aller de main morte (25) Bachelette : jeune femme (26) Lacrimable : déplorable (27) Failly : découragé (28) Acreire : croire sur parole

Partim 10, Où il faut montrer patte d'oie blanche…

Tôt le lendemain matin, Gonzague se rendit dans les quartiers des domestiques. Marmion était déjà parti de bon heure afin de se rendre utile en cuisine, aussi dut-il trouver son chemin seul. Il prit soin d'aller au préalable au bord de l'étang afin d'y ramasser un couple de jeunes oies blanches. Atteignant la porte bardée de fer qui mène à la salle à manger commune, il frappa et patienta. C'est un grand maigrichon qui vint lui ouvrir. Son chapeau était bombé et placé ridiculement haut sur son crâne. Quelque ventosité matinale, peut-être. Le traveleur lui montra les deux oies d'un air sérieux.

– Bonjour, compagnon! Sire Gonzague, conseiller de la reine Pappolène. Je dois porter ceci dans les petites cuisines pour le repas de ce midi. Pourriez-vous m'indiquer la direction à suivre?

– Sire… Gonzague, c'est bien cela? Vous êtes nouveau à la cour? Dans ce cas, bien vaignez! Je suis Nizier de Süssli, l'intendant de ces quartiers, et page du roi Archibald III. Veuillez me faire suite, je vous prie.

Nizier le conduisit à travers d'étroits couloirs, jusqu'à une pièce exigüe et empuantie de miasmes alimentaires. Quelques placards, un petit âtre aux cendres rougeoyantes, quelques chaudrons sales et une bassine d'eau tiède, c'était là tout l'équipement dont disposaient la domesticité pour préparer leurs repas. Le regard du traveleur se posa sur Marmion, occupé à récurer le plus petit chaudron dans la bassine.

– Belle journée pour un grand nettoyage bien mérité, n'est-ce pas, mon hébergeur?

– Oh, sire Traveleur! Je suis bien aise de vous voir! Avez-vous rencontré Nizier de Süssli?

– Oui, c'est lui-même qui m'a mené jusqu'à cette pièce…

– Eh bien, méfiez-vous en! Il n'est pas ce qu'il paraît être… J'ai ouï dire certaines choses à son sujet, des choses à vous glacer les sangs!

– Très bien, messire goûteur, je vous écoute.

– Eh bien, la plupart des domestiques de la région connaissent bien Nizier de Süssli. Il est en réalité d'extraction noble, mais le roi l'a relégué au plus bas rang après maintes escarmouches. Il lui en garde rancœur, mais ce n'est pas tout… Je connais deux gars qui étaient de garde cette nuit aux alentours du Palais royal. Ils ont tous deux entendu Nizier parler avec une femme à la voix aigre. Il compte prendre vos traits pour faire le service du roi ce soir, et ainsi empoisonner tous les convives de méchante manière! C'est satanique, messire Gonzague! Tout ceci n'est que sorcellerie!

– Une sorceresse, hein? Et vos deux gars, êtes-vous certain qu'ils n'avaient point abusé de la vinasse, tout simplement?

– Neni! Je les connais bien, ils sont droits et honnêtes. Point d'abus pendant les heures de travail, m'ont-ils certifié.

– Une sombre histoire de vengeance, ça se tient. Il ne me reste plus qu'à attendre le banquet de ce soir pour vérifier vos dire…

– Comment comptez-vous le démasquer, s'il prend vos traits? Personne ne saura qui est qui…

– Je ne sais point encore… mais croyez-moi, je trouverai une solution le moment venu!

Partim 11, Où la domesticité se rebiffe…

Le soir du grand banquet, jour de l'anniversaire d'Archibald III, les rues étaient noires de monde. Des nobliaux sur leur trente et un défilaient dans les rues tandis que la piétaille tentait de se frayer un chemin pour avoir une chance d'apercevoir leur roi. De par cette agitation, Merbes-le-Château ressemblait à une fourmilière labyrinthique dans laquelle un gamin mal intentionné aurait donné des coups de pied.

Pour l'occasion, Gonzague avait pris soin de sa mise. Après son entrevue avec Marmion, il avait demandé aux lavandières de nettoyer et de rapiécer ses habits de marchand, qui furent par la suite mis à sécher au soleil de fin d'été. Un barbier faisant partie de la domesticité lui avait coupé les cheveux, taillé la barbe et débarbouillé le visage, aussi notre homme ressemblait-il à nouveau à un fringant colporteur. Quittant les quartiers des domestiques pour rejoindre la grande cuisine du roi, il croisa Nizier qui le toisa de pied en cape. Son regard n'augurait rien de bon, mais Gonzague préféra passer son chemin plutôt que de risquer sa chemise propre dans une altercation inutile.

Dans les cuisines, Mallulphe d'Acésulfam courait en tous sens, affolé par les tâches qui lui restaient à faire. De toute évidence, il était préférable de ne point le déranger dans ses pérégrinations culinaires. Gonzague, un peu désœuvré, décida d'aller prendre l'ambiance de la grande salle de banquet. Apprendre à reconnaître chaque convive et chaque domestique pourrait sans doute l'aider dans sa traque au félon. Ce faisant, il croisa le regard de Sigismer, qui vérifiait les décors de la scène de théâtre. Il avait préparé une courte sotie en l'honneur du roi, et supervisait les préparatifs d'une main de maître. Gonzague l'aborda d'un air faussement badin.

– Holà, messire L'Oliviste! Puis-je abuser de votre temps une minute ou deux?

– Sire Gonzague, en voilà une surprise! Mais non, voyons, vous ne m'escagacez point… N'avez-vous point encore trouver notre fieffé enherbeur?

– J'ai quelques soupçons, mon bon seigneur. Mais il faudra tristeusement (29) s'attendre à quelques charmognes (30), ce soir…

– Ah, mon bon blase! Mais je n'y peux ni ho ni jo (31)! Je ne suis point sorceleur… La peste soit de la magie! Mais je vous fait confiance, je sais que vous ne nous vergognerez (32) point.

– Je tenais juste à vous prévenir pour éviter que la surprise ne gâche votre pièce. Ce soir, je vais me voir affublé d'un besson (33) satanique qui ne sera autre que notre foimenti (34). Il conviendra alors de savoir faire la part des choses et de ne point le méprendre avec ma personne.

– Par le cul Dieu! Quelle géménée de godinette (35)!

Gonzague pouffa de la répartie et prit congé du metteur en scène. Le premier service allait bientôt commencer, et il était temps, car les convives commençaient à s'impatienter, frappant les tables à l'aide de leurs couverts. Il se dirigea vers l'entrée des cuisines et se saisit des premiers plats de mises en bouche tout en continuant à observer les faits et gestes des domestiques.

Ça ripailla ferme dans la salle de banquet. L'assistance semblait bien profiter de cette francherepue (36), se laissant glisser le long des bancs, l'estomac rassasié. Les ménestrels agrémentaient les piaillements grivois des convives par leurs giguedouilles (37) enjouées, et la vinasse coulait allégrement des chopines vers les gorges goulues, dégoulinant aux commissures des lèvres en de fines rivières pourpres. Gonzague assurait un service impeccable, satisfaisant le roi lui-même et veillant de même à sa sécurité.

Mais la magie avait décidé de s'inviter à la table du roi, ce soir, et nul ne pourrait l'empêcher sans en payer le prix…

Alors qu'il amenait un plat de poularde fourrée aux marrons, Gonzague constata avec stupeur qu'une autre version de lui-même était occupée à verser du vin à Archibald III. Voyant que le roi s'apprêtait à y tremper les lèvres, il envoya valser la poularde au sol et bondit comme un lièvre des landes, hurlant de ne point boire de cette vinasse ensorcelée. Son intervention fut salvatrice, car au moment où le roi éloignait le verre de sa bouche, des convives, qui avaient absorbé le même vin, furent subitement pris de dysenterie et durent rapidement évacuer les lieux.

– Chia de longaigne (38)! laissa échapper le roi. Vous vouliez donc m'enherbez, fieffé coquin! Qu'on le pende haut et court!

– Mais… hésita un chevalier. Lequel des deux, Monseigneur? Ils sont bessons comme cochons!

– Par les saints couillons du pape! Quelle est donc cette diablerie? Gonzague, vous m'aviez caché l'existence d'un jumeau!

– Non point, mon roi, cet escorche raine (39) n'est point mon besson! C'est…

– Tais-toi donc, ladre vert (40)! fit le jumeau. Suis-je donc à ce point un objet de honte, que tu veuille me dissimuler aux regards? Avoue que je suis bien ton frangin…

– Mon roi, je vous en conjure, ce n'est point ce que vous pensez…

– ASSEZ! brailla Archibald III. Pendez-les, tous les deux! Bande d'esmeuts buisons (41)!

(29) Tristeusement : malheureusement (30) Charmogne : sortilège (31) N'en pouvoir ni ho ni jo : ne rien pouvoir y faire (32) Vergogner : faire honte (33) Besson : jumeau (34) Foimenti : traître (35) Géménée de godinette : engeance de débauchée (36) Francherepue : Repas rassasiant (37) Giguedouille : danse joyeuse (38) Chia de longaigne : chien de latrines (39) Escorche raine : écorcheur de grenouilles (40) Ladre vert : lépreux moisi (41) Esmeuts buisons : merdeux stupides

Partim 12, Où le diable enlève ses fripes…

Voyant cette injustice, Sigismer décide d'intervenir, volant au secours de Gonzague dans un grand froissement de robes rouge et or.

– Monseigneur est trop empressé! Si vous vous laissez tromper par vos yeux, laissez-moi vous prêter les mieux. Personnellement, je ne vois que le signe d'une charmogne de la plus basse espèce.

Pappolène, qui jusque-là était restée coite de stupeur, tenta à son tour de raisonner son mari :

– Mon cher mari, ne vous laissez point abuser par l'illusion! Je vous sais plus malin que cela.

– Vous pouvez prendre la défense de ces vils catiers (42), ma mie, mais je vous préviens… Vous vous occuperez personnellement de leur cas. Si vous parvenez à démêler les fils de cette affaire, je vous saurez gré de faire exécuter le félon.

– Soit, marché conclu! J'ai une idée qui pourrait nous aider à y voir clair. Mon arrière-grand-mère, Goisvinthe, s'intéressait beaucoup aux simples. Elle m'a enseigné quelques vieilles formules qui me semblaient jusqu'ici sans intérêt. Attendez, laissez-moi me rappeler… Si j'ai bonne souvenance, pour dissiper un enchantement de métamorphose, il faut plonger les pieds du supposé intrus dans un baquet rempli des larmes d'une femme cocufiée. Qu'à cela ne tienne! Que l'on m'apporte une bassine! Nous allons séparer le bon grain de l'ivraie…

Le roi se gaussa de la proposition de Pappolène.

– Mais ma mie, vous délirez! Vous ne trouverez jamais assez de pleureuses pour remplir un baquet entier!

– Vous voulez parier?

Quelque chose se brisa alors dans le cœur de Pappolène. Toute sa peine, sa colère, sa frustration, son impuissance face aux incartades de son mari, ce sentiment de trahison et de souillure… La digue qui retenait les larmes céda et elle put alors se laisser aller au chagrin. Aidée par ces émotions trop longtemps contenues, elle se pencha au-dessus de la bassine que sa femme de chambre lui tendait, et laissa couler jusqu'à ce que la fontaine de ses yeux se tarisse.

– Ma reine, fit Archibald III, vous avancez que seule les larmes d'une cocue peuvent dissiper le sortilège. Je ne suis point trousseur de jupons! Qu'allez-vous donc croire? Votre petit stratagème restera vain…

– Cessez de jacter, et regardez plutôt…

Les chevaliers du roi se saisirent des deux compères et les forcèrent à tremper les pieds dans la bassine. Elle ne contenait qu'un fond de larmes, mais cela suffit amplement. Bientôt, la silhouette d'un des deux Gonzagues se mit à vaciller comme la flamme d'une bougie sous les courants d'air. Le charme se rompit sous les regards sidérés des convives, révélant au grand jour le visage de Nizier de Süssli, l'enherbeur félon qui avait terrorisé de ses machiavéliques décoctions les nobles de la cour royale.

Pappolène jeta au roi un regard lourd de sous-entendus, regard que ce dernier évita de croiser. Quant à Gonzague, son air triomphant faisait plaisir à voir…

(42) Catier : sodomite

Partim 13, Où le cauchemar continue…

En sortant pour aller vider la bassine de larmes, Gonzague croisa un ladre occupé à déféquer au beau milieu de la cour. Son expression faciale rappelait vaguement celle du chat qui a lâché une caisse. Gonzague s'en étonna, et interpella le pauvre hère tout tremblant sur ses jambes.

– Dites donc, mon brave! C'est dégueulasse, de déféquer ainsi au vu et au su de tous! Que n'êtes-vous allé vous cacher?

Le hère, qui n'était autre que Zwentibold de Frigée, le philosophe de la reine, prit un air miteux et s'excusa d'une pauvre voix.

– Qu'avez-vous donc mangé pour avoir ainsi la courante?

– Les miches, monsieur… ce ne sont point des graines de pavot sur le dessus, mais des capsules de Sagittaire. Elles rendent malade ceux qui l'ingère, et tuent aussi sûrement ceux qui en abuse.

– Tenez, prenez donc ce baquet et terminez-y votre besogne, ça nous fera ça de moins à nettoyer!

Ainsi se terminent les aventures de Gonzague à la table du roi Archibald III…

Source des images :

Fables d'Esope.

Il s'agit de la deuxième édition d'Augsbourg des Fables d'Ésope, traduites du latin en allemand par Heinrich Steinhöwel. Elle est illustrée de 208 gravures sur bois, taillées dans le style d'Augsbourg qui se caractérise par d’épaisses lignes de contour traçant les silhouettes, l’utilisation du blanc plutôt que de fioritures très détaillées pour décorer l'image et le peu d’arrière-plan ou de paysage pour créer la perspective. Les Fables ont fait l’objet de très nombreuses éditions. Plus de 150 éditions différentes de cette œuvre ont été imprimées entre 1465 et 1501. On ne sait pas grand-chose de la vie d'Ésope, mais on pense que c’était un esclave du VIe siècle avant J.-C. Il n'a pas écrit les fables lui-même. Elles entrèrent dans la tradition orale des contes et furent par la suite transcrites par ses contemporains. Les leçons de morale relativement simples qui font l’objet des Fables d'Ésope ont capturé l'imagination de générations d'artistes qui ont utilisé ses histoires pour donner des leçons de morale aux enfants de toutes les cultures et nationalités.

D'autres écrits…

Vous avez apprécié ce premier épisode d'Incunabula Story? Ça tombe à pique, une nouvelle aventure basée sur le même principe est en court d'écriture! Elle sera intitulée Gonzague le Traveleur et l'Apocalypse selon sainte Rusticule. Tout un programme!

Retrouvez aussi "Les Experts du cosplay", un autre de mes textes rédigé en deux parties, sur mon blog cosplay…

=> Les Experts du cosplay, saison 1, épisode 1

=> Les Experts du cosplay, saison 1, épisode 2…

Soyez indulgents, je les ai rédigés à la hâte pour raconter de façon humoristique ma première séance photo en tant que cosplayeuse ^^