[Chronique] Les lutins urbains. 2, Le dossier Bug le Gnome, de Renaud Marhic

[Chronique] Les lutins urbains. 2, Le dossier Bug le Gnome, de Renaud Marhic

Synopsis…

On les croyait disparus à jamais,
chassés de nos contrées par la modernité.
Erreur ! On peut bien avoir construit des villes à la campagne,
les lutins se sont faits urbains !
Et ils n’ont rien perdu de leurs pouvoirs
d’agaceries, tracasseries, et espiègleries…

Ordinateurs en folie… smartphones ensorcelés… Quel est donc ce “virus” qui menace la Grosse Cité ? À peine remis de sa rencontre avec le Pizz’ Raptor, Gustave Flicman doit se rendre à l’évidence : un nouveau lutin menace la ville !
Comme par hasard, revoilà le Professeur B. Avec son aide, le jeune policier se lance sur la piste du redoutable Bug le Gnome. Vite ! Ça sent déjà le grillé…
Gustave parviendra-t-il à ne pas péter les plombs ? Car voilà ses 5 sœurs à l’hôpital, victimes d’une mystérieuse intoxication… Tandis que Bug le Gnome s’est introduit dans le Laboratoire d’Étude et de Recherche Nucléaire de la Grosse Cité…

[Chronique] Les lutins urbains. 2, Le dossier Bug le Gnome, de Renaud Marhic

Les autres tomes chroniqués sur ce blog…

Je n'ai point de tome 1 à vous présenter. Je suis désolée, mais j'ai dû prendre l'histoire en cours de route…

La loi d'attraction universelle…

J'ai découvert ce roman par le biais de son auteur, qui m'a gentiment proposé un partenariat par mail. Le ton de ces mails m'a prêté à sourire et a attisé ma curiosité, aussi ai-je accepté. Merci à Renaud Marhic, donc, pour cette découverte.

Préambule…

Je tiens d'abord à préciser que je ne suis absolument pas habituée à la littérature jeunesse. Je n'ai pas encore d'enfants, et même dans ma propre jeunesse, je n'en ai que très rarement lu (des livres, pas des enfants ^^). Mis à part les Chair de poule que je prenais plaisir à dévorer, je suis très rapidement passée à la lecture de romans pour adultes, et donc je ne suis pas très familière avec ce genre de romans.

Il est donc tout à fait probable que la chronique qui va suivre soit moins élogieuse qu'elle ne le devrait. Ce n'est pas que je n'aie pas apprécié, mais je pense qu'il me manque la simplicité d'un regard enfantin pour dire de vraiment entrer dans l'histoire. Je suis trop attachée à la littérature adulte, au beau français, aux termes peu usités, à la poésie et aux sujets sombres, gothiques, voire horrifiques.

Je pense que je suis passée à côté de cette lecture, parce que la littérature jeunesse, ce n'est pas mon truc, tout simplement. Je me dois toutefois de les chroniquer, puisque l'auteur a pris le temps de me contacter et a eu la gentillesse de m'envoyer ses romans par la poste. Je vais tâcher de faire une chronique aussi sincère que possible, tout en insistant sur le fait que, si j'ai parfois la dent dure, ce n'est pas parce que ces romans sont mauvais, mais tout simplement parce que je m'aperçois que je ne suis pas la personne la plus indiquée pour les chroniquer. Bref…

Des lutins urbains…

Commençons par eux, puisqu'ils sont au centre de l'histoire!

Il faut avouer qu'ils sont tout de même bien sympathiques, ces petits lutins! Parfois un poil agaçants, parce qu'ils font beaucoup de bêtises, mais on s'y attache vite, je vous l'assure!

Bug le Gnome m'a beaucoup prêté à sourire, car il me rappelle mon professeur d'informatique, lorsque j'étudiais pour devenir bibliothécaire. Ce professeur ne m'avait pas à la bonne à cause de mon look gothique, et il m'intimidait, pour ainsi dire. Donc j'ai bien rigolé, lorsque j'ai vu, sur la couverture du livre, ce petit bonhomme tout de rouge vêtu, avec son regard halluciné qui m'a vaguement rappelé ledit professeur d'informatique. Bug, en plus, on ne pouvait pas mieux trouver comme prénom! Et je dois avouer que ses facéties sont assez comiques.

Parlons-en, justement, du look gothique, parce que Loligoth n'est pas en reste, avec ses airs de pipistrelle. Elle a une coiffure bizarre, je vous l'accorde, et une sacrée masse de cheveux pour pouvoir les coiffer à la fois en tresses et en chignon, le tout avec une frange bien épaisse! Mais elle a son franc parler et elle apporte une touche de charme juvénile à l'histoire. Mais je n'ai jamais réussi à déterminer si elle faisait partie des lutins, ou si elle n'était qu'une humaine qui observe ces derniers.

Loligoth a un courtisan, l'agaçant Enjie (entendez par là NJ, ou Nain Jaune), un jaloux notoire qui, à mon sens, n'apporte pas grand chose d'autre que du hérissage de poil.

Je dois vous avouer que, du côté des lutins urbains, je m'attendais à mieux. Plus de lutins, plus de rires, plus de joie, plus de facéties. Le ton des mails que j'avais reçu m'avait vraiment donné l'eau à la bouche, je m'attendais donc à trouver des lutins plein de truculence et de bagout. Au final, même s'ils ont leurs côtés comiques, je les ai trouvé un peu fades.

Bug le Gnome
Mots-clés : à la masse – calamité – cataclysme – catastrophe – casse-pieds – disjoncté – péteur de plombs – etc.
Taille : inversement proportionnelle aux ennuis qu'il occasionne.
Poids : incontestablement, Bug est lourd…
Signe(s) particulier(s) : fréquente les déchèteries. (C'est le spectacle des circuits imprimés en fin de vie qui le ravit.)
Comment s'en préserver? Inscrivez la mention "hors service" sur tout appareillage électronique à votre portée. Face à ce talisman, Bug se détournera en bougonnant.

Le dossier Bug le Gnome, de Renaud Marhic

Flicman à la rescousse!

Il est sympa, ce Gustave Flicman, le jeune policier qui est au centre de l'intrigue. Mais dites-moi, il a quel âge, en fait? Parce que parfois, j'ai l'impression que ce n'est encore qu'un enfant, et d'autre fois il est présenté comme un adulte, ou presque… J'ai souvent eu du mal à me le représenter, et c'est dommage car c'est quand même le personnage principal…

Ceci étant, l'on s'amuse beaucoup de ses péripéties et de ses maladroitesses. C'est certain que ce n'est pas le THE héros à la Arnold Schwarzenegger, mais il a son charme et donne au récit un côté comique sommes toutes assez chouette.

17 heures. Gustave s'apprêtait à quitter son travail. Machinalement, il consulta sa montre : 4 heures du matin… Rêvait-il? Impossible! Le commissaire Velu venait de passer en trombe un livre sous le bras (c'était les SMS pour les Nuls) et, même dans ses pires cauchemars, Gustave ne rêvait jamais du commissaire.
– Ma belle montre… se chagrina le jeune policier, voilà qu'elle est complètement détraquée.
Gustave l'avait reçue en cadeau pour son 16e anniversaire.
– Elle donne l'heure exacte partout dans le monde, lui avait dit sa mère. Avec ça, si tu te perds, au moins tu n'oublieras pas de dîner. C'est important, à ton âge…
À tout hasard, il vérifia le réglage du fuseau horaire : "+11 GMT – Vladivostok". C'était où, ça, Vladivochose?! Et pas moyen de restaurer l'heure locale. Sans doute faudrait-il renvoyer la montre à l'usine. Gustave haussa les épaules. On verrait ça en temps utile…

Le dossier Bug le Gnome, de Renaud Marhic

Onirisme, quand tu nous tiens!

L'onirisme, voilà bien un des piliers centraux de cette histoire. Les rêves, les croyances, les superstitions et tout ce qui s'ensuit… Car pour qu'un Lutin Urbain existe, il faut croire en lui! La meilleure façon de s'en débarrasser, c'est de cesser d'y croire.

Et que penser de cette université d'Onirie qui surveille leurs moindres faits et gestes? Et le fait que Gustave Flicman soit considéré comme un grand rêveur? Serait-ce pour cela qu'il se voit systématiquement entraîné dans les plus folles situations?

Mais il n'y a pas que l'université d'Onirie qui veille au grain : la BRO, ou Brigade de Répression de l'Onirisme, est là pour prendre les choses en main avant que ça ne dérape!

Le jeune policier se souvenait de ce qu'on lui avait expliqué au commissariat : ne pas croire aux Lutins Urbains, c'était la meilleure façon de les empêcher de se manifester! Oui, c'était bien ce qu'avait dit le mystérieux Supérieur Inconnu, chef de la non moins mystérieuse BRO : la Brigade de Répression de l'Onirisme… Gustave avait donc décidé de ne pas croire ses yeux. Et hop! le tour était joué : il ne pouvait plus rien lui arriver.

Le dossier Bug le Gnome, de Renaud Marhic

Une étrange mixture…

Au début, je me suis trouvée un peu déroutée par cette Grosse Cité, censée ressembler à Paris, mais en version futuriste. Mais c'est peut-être normal, c'est sans doute dû au fait que je n'ai pas pu lire le premier tome de la série, où la ville était sans doute mieux introduite.

Par ailleurs, j'ai bien aimé ce décalage entre univers futuriste et folklore ancien. Cela donne évidemment lieu à bien des péripéties toutes plus loufoques les unes que les autres… La plume déjantée de l'auteur peut alors s'en donner à cœur joie, pour notre plus grand bonheur!

Des bizarreries du texte…

Je vous le dit tout de suite, le texte a une structure vraiment étrange. À côté du texte principal, on trouve de nombreux encarts, avec ces Psiiiiit, notamment, où le lecteur se voit expliquer certains points de l'histoire indépendamment du récit. Ici, on sent que l'auteur s'éclate à amuser ses propres lecteurs, cachant dans le texte tout un tas d'onomatopées drôlissimes, de jeux de mots, de noms bizarroïdes, et même de choses auxquelles on ne s'attend pas… un générique, par exemple, ou une grille mire… eh oui, il en va ainsi avec les Lutins Urbains, rien de ce que l'on voit n'est commun, et encore moins attendu.

Publicité cachée…

Ce que j'ai trouvé moins chouette, en revanche, ce sont les noms de lieux de la Grosse Cité qui sonnent comme des publicités. Je pense que les enfants sont assez assommés par la pub, en influencés par elle qui plus est. Ici, j'ai eu le sentiment qu'on en rajoutait une couche. Est-ce justement pour dénoncer cette omniprésence de la publicité dans la vie quotidienne? Ou est est-ce juste pour l'effet comique des noms rigolos et des petites rimes? Personnellement, j'ai trouvé ça un tantinet trop lourd.

Une sorte de chantier entouré de grillage et planté d'arbres rabougris, c'était ça la déchèterie Tèjorama® "Avec-Tèjorama®-la-zone-c'est-pas-chez-toi"…
Gustave arriva tout essoufflé devant la grille fermant l'entrée. Derrière les barreaux, on apercevait les bacs où, dans la journée, chacun se débarrassait de ses objets encombrants. À cette heure, le complexe était désert.
Le jeune policier risque un œil derrière son épaule : personne. (Si ses calculs étaient exacts, le Supérieur Inconnu n'était pas prêt de redémarrer sa moto…) Maintenant, il s'agissait d'être patient. Tout de même, ce que ça pouvait sentir mauvais, ici!

Le dossier Bug le Gnome, de Renaud Marhic

Le Psiiiiit…

Comme je vous le disais plus haut, le Psiiiiit sert à expliquer certains points de l'histoire sous forme de notes de bas de page. Mais en réalité, le Psiiiiit, c'est plus que cela : c'est le Petit reporter de l'imaginaire qui, pour une raison ou l'autre, décide de harponner le lecteur, de le tirer momentanément hors de l'histoire pour lui expliquer des détails connus de lui seul. On voit parfois s'installer un petit jeu où l'histoire principale et les propos du psiiiiiteur s'entremêlent, et c'est souvent assez drôle. Et puis parfois, le Petit reporter de l'imaginaire psiiiiit le lecteur pour ne lui dire que des futilités, et là, c'est moins drôle, parce qu'on se sent tiré hors de l'histoire pour des prunes…

Une bonne idée, ce Psiiiiit, donc, mais point n'en faut trop abuser!

Psiiiiit! Cher lecteur, c'est encore moi! (Va falloir t'habituer, hein…) Tu te demandes sans doute ce qu'un générique vient faire ici. Je comprends! Nous sommes dans un livre, pas au cinéma. Mais, vois-tu, ce livre n'est pas un livre habituel. Il y est question de Bug le Gnome, n'est-ce pas? Et Bug a cela de particulier que, partout où il passe, les choses ne sont pas vraiment ce qu'elles devraient. C'est un peu sa raison d'être, à Bug. Et puis, si ça lui fait plaisir un générique, après tout! (D'autant que moi, cher lecteur, je n'ai aucune envie de voir l'ordinateur sur lequel j'écris cette histoire se transformer subitement en machine à coudre ou en moulin à poivre…)

Le dossier Bug le Gnome, de Renaud Marhic

L'histoire…

Nous voici justement arrivés à l'histoire proprement dite. Une histoire assez simple, sommes toutes. Bug le Gnome fait des bêtises et Gustave Flicman lui court après pour l'arrêter. Les péripéties des différents protagonistes sont au début plutôt désopilantes, mais arrivé au dernier tiers du récit, les choses s’accélèrent et j'ai trouvé que cela devenait un peu brouillon. Je n'ai pas bien suivi toutes les aventures de Chelou le rhinocéros, ni des Lutins, d'ailleurs, et du coup je suis restée un peu sur ma faim.

En résumé…

Pour les points positifs :

  • Le côté déjanté et désopilant du récit.
  • La grande inventivité et l'imagination débordante de l'auteur.
  • Le style d'écriture qui est sympa et déjà d'un bon niveau pour de jeunes lecteurs.
  • Certains personnages qui sont attachants, d'autres qui sont délicieusement agaçants.

Pour les points négatifs :

  • J'aurais eu envie de voir plus de lutins, et que ceux-ci soient plus facétieux encore!
  • Si j'ai apprécié l'univers des lutins, j'ai moins aimé le concept de la Grosse Cité… trop urbain pour moi, sans doute (C'est bête, c'est justement un peu le sujet du livre ^^').
  • Je ne me suis pas vraiment attachée à Gustave Flicman, mais c'est peut-être dû au fait que je n'ai pas pu faire sa connaissance dès le premier tome.
  • Certains effets comiques m'ont un peu agacée car je les trouvais lourds : certains noms de lieux et certains Psiiiiit, notamment.
  • J'ai trouvé la finale trop brouillonne, et je suis restée sur ma faim.
Ma note : 14/20

[Chronique] Les lutins urbains. 2, Le dossier Bug le Gnome, de Renaud Marhic

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

Votre très dévouée,

Acherontia.

[Chronique] Le carnaval aux corbeaux, d’Anthelme Hauchecorne

Synopsis…

Ludwig grandit à Rabenheim, un petit bourg en apparence banal. Claquemuré dans sa chambre, il s’adonne au spiritisme. À l’aide d’une radio cabossée, il lance des appels vers l’au-delà, en vue de contacter son père disparu. Jusqu’à présent, nul ne lui a répondu… Avant ce curieux jour d’octobre. Hasard ? Coïncidence ? La veille de la Toussaint, une inquiétante fête foraine s’installe en ville. Ses propriétaires, Alberich, le nabot bavard, et Fritz Frost, le géant gelé, en savent long au sujet du garçon. Des épreuves attendent Ludwig. Elles seront le prix à payer pour découvrir l’héritage de son père. À la lisière du monde des esprits, l’adolescent hésite… Saura-t-il percer les mystères de l’Abracadabrantesque Carnaval ?

Gagnez un exemplaire dédicacé du Carnaval aux corbeaux!

Participez dès maintenant à mon jeu-concours et tentez de remporter un exemplaire du Carnaval aux corbeaux dédicacé à votre nom par son auteur! Pour les formalités d’inscriptions et l’envoi de vos participations, c’est par ici… :

La loi d’attraction universelle…

Ce roman fut avant tout, pour moi, une belle surprise reçue dans ma boîte aux lettres, en provenance directe de l’auteur lui-même. Reçu en échange de menus services rendus dans l’exercice de ma fonction de bêta-lectrice, l’ouvrage était joliment dédicacé de ces mots :

Pour Acherontia,
en remerciements de ses lumières, lesquelles jettent un jour nouveau sur mes écrits. À une fructueuse collaboration,
Amitiés,
Anthelme.

Anthelme Hauchecorne, dédicace de mon volume du Carnaval aux corbeaux

Et pour la beauté de l’écriture calligraphiée à la plume, je vous montre cette dédicace en visuel ^^ Vous remarquerez la plume de Nachtrabe glissée entre les pages de l’ouvrage, qui me fut très utile pour naviguer entre les mondes et entre les lignes.

[Chronique] Le carnaval aux corbeaux, d'Anthelme Hauchecorne

Invitation à l’abracadabrantesque chronique du plus encore abracadabrantesque Carnaval aux corbeaux!

À tous les garnements, petits et grands,
Friands de frissons au temps de Toussaint,
Quand la terre s'ouvre sur les légendes d'antan.
Les troncs creux content les fables des Frères Grimm.
Aux veillées d'automne, les âmes paient la dîme,
Sueurs froides, effrois, tremblote et jus de frousse,
L'encre des cauchemars lancés à nos trousses.

Anthelme Hauchecorne, préambule au "Carnaval aux corbeaux".

Attention, mesdames et messieurs! Dans un instant, le show va commencer!

Êtes-vous bien installés, bien carrés dans le siège qui vous est attribué?

Comment cela, tous les sièges ont le même numéro? Oui, je sais, c’est assez ballot… Ne faites donc pas grise mine, pour compenser, nous ne vous laisserons pas crier famine… Au menu ce soir, nous vous proposons pommes d’amour, caramels, pop corn, chocolats noirs… Et pour les plus hardis d’entre vous, nous avons pensé à tout! Offrez-vous les douteuses douceurs de Berthie Crochue, ces dragées où les saveurs de fruits se disputent à celles, moins connues, de dégueulis, jus de poubelle, peau de morue. Effet de surprise garanti!

Nous vous rappelons, ce soir, chers visiteurs, deux-trois petites règles de savoir-vivre. Primo, veillez à laisser vos petons bien au chaud sous vos fauteuils. Le dossier d’en face et la tête du voisin ne sont ni des repose-pieds, ni des paillassons. Les impudents seront punis sur-le-champs, car les fauteuils ont des quenottes qui n’aiment guère qu’on les chipote.

Deuxio, vous serez priés d’éteindre vos appareils électroniques, électriques, mécaniques. GSM, tablettes, gramophones, limonaires, radios antiques, tout ce qui est susceptible de faire du bruit… Mais non, papy, laisser vos oreillettes n’est pas interdit! Quant à votre pacemaker, laissez-le bien tourner, si vous craignez pour votre cœur, autant vous protéger. Le spectacle qui va suivre contient son lot de terreur, de la plus petite peur à la très grosse frayeur, aussi vaut-il mieux être bien préparé.

Ce qui m’amène à un troisième point, et non des moindres… Les crasses en tout genre peuvent être laissées là où elles ont chu. La Direction s’enorgueillit d’un bien curieux tapis, un velu velours qui s’autonettoie grâce aux cancrelats. Les insectes sont nos amis, il faut les aimer aussi. Nourrissez-les de vos débris, miettes, papiers gras, dégobi, ex-petit ami… Ne les craignez point, ils sont d’excellente compagnie!

Fort bien, cher public, minuit approche! Si vous souhaitez que la vertigineuse plongée se fasse sans anicroches, veuillez boucler votre ceinture, nous envoyons la confiture!

Le carnaval aux corbeaux en portrait chinois…

Si Le carnaval aux corbeaux était une musique…

Sans hésitation, je choisirais « Secular haze » de Ghost (oui, je sais, encore eux ^^). La musique me rappelle celle que l’on entend dans les cirques ou dans les fêtes foraines, d’où mon choix.

Si Le carnaval aux corbeaux était un tableau…

Il s’agirait du Mat, une carte extraite du tarot illustré par Albrecht Dürer.

[Chronique] Le carnaval aux corbeaux, d'Anthelme Hauchecorne

Si Le carnaval aux corbeaux était un plat cuisiné…

Un bon potage au potiron, épais, fumant et odorant, le roi des mets typiques d’Halloween.

Si Le carnaval aux corbeaux était un film…

Je verrais plutôt ce roman comme un bon vieux Tim Burton, une sorte de facétieux mélange de Beetlejuice, de Sleepy Hollow et des Noces funèbres, en plus explosif.

Codex Carnelevarium Corvorum

Excusez mon maigre latin, cela fait bien quinze ans que je n’ai plus pratiqué… Vous l’avez peut-être compris, ce titre pourrait être traduit comme « Le livre du carnaval aux corbeaux » (bien qu’à mon avis, je me sois plantée dans les déclinaisons… ce n’est que misère de voir tant de belles connaissances partir en fumée sous le poids des années!).

Point il ne faut juger sur le simple physique, et pourtant… En lui-même, ce roman est beau à regarder, si bien que, sans même l’avoir ouvert, je sais d’emblée qu’il est fait pour me plaire. Il a tout a fait sa place dans la collection Graphicat des éditions du Chat noir, une collection qui recense des artbooks et des livres illustrés.

Où la rigidité est moins cadavérique que synoptique…

D’emblée, quelque chose me saute aux yeux lors de ma réception de l’ouvrage. Contrairement à nombre de romans, la couverture de celui-ci est cartonnée et rigide. Si le concept m’a un peu déconcertée au début, je peux dire après lecture que j’aime beaucoup. De un, il y a moins de chance que l’ouvrage s’abîme durant le transport. Pas de couverture pliée, pas de pages aux bords effrités ou déchirés, c’est juste parfait. Bon, c’est vrai, il faut dire que tout au long de ma lecture, j’ai apporté à l’ouvrage un soin tout particulier, ne le transportant qu’en sac fermé, et craignant même de le sortir dans les transports en commun. Sait-on jamais, que le passager de derrière viendrait à régurgiter son repas sur moi… Ben quoi? On a déjà vu plus étrange… De deux, l’ouvrage est agréable à tenir en main, l’ensemble est stable, et on ne doit pas étirer la reliure au maximum pour avoir accès au texte dans la pliure. De trois, je peux poser l’ouvrage à plat sur mon bureau et l’y laisser sans que les pages ne se tournent d’elles-même. Si les pages de ce roman sont animées d’une vie propre, c’est uniquement celle que la magie des mots y aura insufflé.

Où les illustrateurs pratiquent l’écriture automatique…

Si nous ouvrons le livre, on ne peut que tomber en pâmoison devant les somptueuses illustrations. Loïc Canavaggia et Mathieu Coudray ont mis tout leur cœur et tout leur talent au service de la plume d’Anthelme Hauchecorne, et le résultat est vraiment bluffant.

La collaboration entre l’auteur et monsieur Canavaggia ne date évidemment pas d’hier. Nous avons déjà eu l’occasion de constater les ravages commis par ses crayons dans d’autres romans, notamment Punk’s not dead et Âmes de verre. Et c’est à n’en point douter qu’à l’avenir, d’autres livres se verront à nouveau noircis à la poussière de carbone par la même main habile.

Mathieu Coudray, quant à lui, a tenté de se faire plus discret face à la graphiteuse furie de son collègue dessinateur. Peine perdue, monsieur Coudray, on vous a remarqué! Votre cheval blanc est vraiment de toute beauté, et votre auto-portrait… euh… rempli d’originalité?

Comme souvent dans les romans de monsieur Hauchecorne, des œuvres libres de droit viennent agrémenter les graffitis de nos contemporains. Il faut dire que l’auteur a vraiment bon goût d’un point de vue artistique. Gustave Doré et Théodore von Holst sont pour moi des choix de première qualité.

Où l’on voit fleurir entresorts, panneaux et écriteaux…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que notre auteur ne ménage pas sa peine pour nous livrer un objet-livre qui lui ressemble en tout point, un objet prompt à embarquer le lecteur dans son univers d’artiste. Je pense bien flairer là un nouveau cas de customite aigüe… Pour certains, ce sont les blousons en cuir que l’on customise à grand renfort de patchs rock, d’autres sont adeptes du DIY, ou « do it yourself », d’autres encore font du scrapbooking… Anthelme Hauchecorne, lui, affirme sa personnalité en customisant ses romans, ce qui en fait de très beaux objets d’art qui ont en plus l’agréable particularité de se lire.

On retrouve dans ce Carnaval aux corbeaux les éléments typiques de la patte hauchecornienne, ceux que l’on adore depuis le début et que l’on prend toujours beaucoup de plaisir à retrouver. Parmi ces éléments, il y a cette structure très particulière qui veut que le texte s’agrémente d’extraits de lettres, d’entresorts, de citations, et dans le cas de ce roman en particulier, de panneaux et autres écriteaux propres à l’Abracadabrantesque carnaval. En témoigne cet extrait, censé légender un tableau…

La prison chtonienne du monstrofroyant Balborgoth
par Karl Friedrich Schinkel (1781-1841)
Peint en 1853. Matériaux : cuir d'hydre chantante, pigments de Gömul et bile de cloporte.
Ne pas chatouiller, ne pas nourrir, ne pas provoquer.
La Direction décline toute responsabilité.

Anthelme Hauchecorne, Le carnaval aux corbeaux, chapitre V.7

Où la plume de corbeau s'envole très, très haut…

Dans ce Carnaval aux corbeaux, la plume de l'auteur est à nouveau à son plus haut niveau. Pour mon plus grand bonheur, j'ai retrouvé ici tous les éléments qui m'ont fait aimer ses précédents romans. Entre ce truculent style gouailleur qui fait mon ravissement, ces mots de vocabulaire peu usités ou malheureusement tombés en désuétude et dont je raffole depuis ma plus tendre enfance, ces locutions latines éparpillées de-ci de-là et dont je suis très friande également, le tout est d'un grand raffinement littéraire. Raffinement, oui, mais il y a dans l'écriture d'Anthelme Hauchecorne un petit plus qui pimente la sauce romanesque et qui fait frémir de plaisir mon labyrinthique encéphale. Un petit plus qui tient certainement dans l'emploi de certains termes plutôt argotiques, dans certaines tournures de phrases, dans les sublimes comparaisons et les époustouflantes métaphores dont le texte est truffé, et qui donne à l'histoire un aspect tragicomique absolument délectable.

Ludwig et le vieux Muller se cachent derrière un drap. Les pas se rapprochent. Les godillots usés de trois carnavaliers piétinent l'herbe autour du corps de leur camarade.
– Bonté divine! Le wisigoth! L'ostrogoth! Matez ce qu'il a fait à c'te pauvre fräulein Croûtebarbouille! Toute pleine de courants d'air qu'elle est, il nous l'a convertie en cornemuse!
– Plutôt en amuse-gueule avarié, si j'en crois mon nez. Malheureuse barbouilleuse, mais quelle fin pour une artiste! Très réussie, sa grimace d'agonie. Belle texture sa bave aux lèvres, bien glaireuse. Admirez le glauque de ses yeux, le tragicomique de son croupion levé. Mazette, en crevant, cette veinarde-là a réalisé son œuvre la plus remarquable! Que diriez-vous de l'empailler et d'en faire la pièce maîtresse du musée?
Ludwig entend l'un d'eux frapper le cadavre du pied.
– Vu le bestiau, ça va coûter bonbon en paille.
– On s'en fiche, tas de dégénérés! Concentrons-nous plutôt, chopons fissa ce sale assassin. Gibier de potence! Pendons-le par les orteils, caressons-lui la couenne à coups de bâtons pour l'attendrir. Inculquons quelque rude discipline à cette jeunesse rebelle. Chaque décennie, l'éducation va de mal en pis. Je vous le dis, le civisme part à vau-l'eau dans ce pays! Sus à l'ennemi! Madame Crayasse, surveillez l'entrée. Monsieur Babelgomme, suivez-moi…
Le trio se disperse, matraque, serpe et marteau au poing.
Ludwig s'aventure hors de sa planque. Il fait signe à monsieur Muller, resté caché, de l'y attendre. À pas de louveteau, il rejoint la défunte Croûtebarbouille. Mi-intrigué mi-écœuré, il extirpe un couteau de l'horrible blessure qui lui tient lieu de fourreau. Il range l'arme dans son pantalon, au cas où il aurait à se défendre. Puis il inspecte la plaie, étonné qu'elle ne saigne pas. À l'intérieur, il aperçoit une gelée verdâtre au fumet de flan moisi. Il sursaute lorsque l'horrible foraine hoquette. Débarrassée de cette lame qui lui crevait un poumon, elle respire de nouveau. Estomaqué, le garçon décampe. Il récupère le retraité blessé, qui prend appui sur lui.
En quête d'une sortie, Ludwig et le vieux Muller se réfugient dans un lieu à l'écart, aménagé en atelier de restauration. Ils se faufilent à travers un bric-à-brac de tableaux diversement dégradés, objets des soins jaloux de l'affreuse Croûtebarbouille, laquelle paraît raffoler des œuvres dangereuses. En témoignent les précautions qui entourent les pièces de sa pinacothèque : paysages enchaînés, portraits dotés de muselières, natures mortes mises en cage.

Anthelme Hauchecorne, Le carnaval aux corbeaux, chapitre V.9

Où le foisonnement des sujets fait la richesse de l’œuvre…

Ce qui ne cesse de m’étonner, chez cet auteur, c’est cette aptitude à parler de sujets diamétralement opposés et à les intégrer dans une histoire tout à fait cohérente. Dans le cas du Carnaval aux corbeaux, différents thèmes sont abordés, ceux des légendes germaniques, de la Toussaint, de la mort et des revenants, puis on voit poindre le thème des forains, des créatures bizarroïdes et des machines farfelues, celui du tarot aussi, le tout sous des relents de vieilles peurs de l’enfance, puis d’éléments plus psychologiques tels que l’abandon, la nostalgie, le vide affectif. On pourrait qualifier l’ensemble de grand foisonnement d’idées parfaitement ficelées.

C’est un travail magistral, vraiment, car rien n’est laissé au hasard. Chaque détail a son importance, même les plus infimes. Ils sont chacun une pièce de ce grand puzzle romanesque, et même si parfois on a l’impression de ne pas savoir où elles doivent s’emboîter, ne vous en faites pas, elles finissent toutes par trouver leur juste place.

C’est une particularité que j’ai déjà constaté lors de ma lecture d’Âmes de verre, et qui m’avait déjà beaucoup plu. Voici d’ailleurs ce que j’en disais à l’époque…

Et l'histoire, mes amis… Tout le génie de l'auteur est là également. D'éléments qui paraissent disparates au début, on s'aperçoit au fil de l'histoire que tout est mêlé et que chaque pièce a une place bien à elle. Mais le puzzle ne prend forme qu'à la toute fin du récit, nous tenant en haleine jusqu'aux dernières pages. Tout est minutieusement pensé, calculé. Dans ce roman, rien n'est laissé au hasard. Vous vous demandiez comment allier la féerie, la musique, le gore et les insectes dans un même roman? Voici la réponse à vos questions! Prenez-en de la graine! Tient, comme devoir à faire chez vous, essayez d'écrire une nouvelle qui allierait les thèmes du chant tyrolien, des trolls, du sucre en poudre et des tampons hygiéniques… Je serais surprise du résulat 😉

Acherontia, chronique d'Âmes de verre

Où Berthie Crochue propose ses dragées vermoulues…

Je n’ai jamais été très portée sur la Potter mania. J’aurais pourtant pu grandir avec le petit sorcier comme bon nombre d’ados de mon époque, mais je n’ai pas accroché avec les romans. Trop « à la mode » à mon goût… Tout le monde en parlait, tout le monde les lisait, il a évidemment fallu que je fasse tout le contraire. Enfin soit.

Pourtant, j’ai retenu l’épisode de Berthie Crochue et de ses dragées enragées. J’ai aimé ce concept de bonbons pouvant s’avérer aussi délectables que débectants. Les goûts disponibles, surtout, ont attisé le feu de mon imaginaire de fine amatrice de gougouilles halloweenesques. Eau d’égout, jus de poubelle, fourrage au vomi… Ben tient, ça me ressemble, ça… Plus c’est dégueu, et plus ça me prête à sourire. Où est-ce que je veux en venir, me direz-vous?

Lire Le carnaval aux corbeaux, c’est comme s’enfiler un plein sachet de ces friandises aux goûts variables. Un coup, on tombe sur un succulent extrait dont la crépusculaire poésie baudelairienne laisse sur le derrière, l’autre coup on se ramasse en plein dans les gencives un passage bien senti qui empeste le moisi. Non pas que ce soit mal écrit (hey, n’allez pas me faire dire ce que je n’ai pas dit ^^), mais vous risquez de vous trouver surpris par la « craditude » du récit. L’auteur a depuis longtemps réussi haut la main son doctorat ès-gore et scatologie. Comme il le disait lui-même dans l’un des backstages de Punk’s not dead, il aime sortir de temps à autre sa tronçonneuse et son coussin péteur (enfin, dans le backstage, il expliquait plutôt qu’il les rangeait temporairement…).

Si vous souffrez d’une petite nature, n’appréciant que le marshmallow littéraire et la guimauve de scribouilleux, rappelez-vous ce que disait Tolkien… Tout ce qui est or ne brille pas… Bien qu’à mon sens, Anthelme Hauchecorne soit un auteur version « glow in the dark », il n’a pas son pareil pour briller dans les ténèbres que sa plume distille.

La cloche de l'église retentit, aussi lugubre qu'un tocsin clamant l'arrivée de l'ennemi. Six heures sonnent. Un coup, des oiseaux s'envolent à tire-aile. Deux coups, au loin, des jappements de chien. Trois coups, un bruit de vaisselle cassée. Quatre coups, madame Schaeffer aboie un terrible juron. Cinq coups, une note d'orgue forain…
Le sixième coup de la sixième heure sonne faux, la cloche de l'église donnant l'impression de s'étrangler. Madame Poe hoquette de douleur, elle tousse à s'en décoller les poumons. Sous le regard dégoûté de son fils, elle vomit quelques gouttes de liquide vert sombre, pâteux, que le garçon identifie aussitôt. De la peinture!
Ludwig n'a pas le temps de se remettre de sa surprise, sa mère crache un long jet de jaune citron, une très jolie teinte. La situation serait presque cocasse sans la douleur crispant les traits de la jeune femme. Son môme l'aide à gravir les marches.
– Courage! Nous sommes presque arrivés!
Lorsqu'ils atteignent le palier, Julia régurgite sur le blouson de son rejeton une grosse tache de rose bonbon à pois pistache.
Ludwig lui ouvre la porte des cabinets après que sa mère a laissé sur la moquette une longue vomissure de peinture rouge grenadine rayée de bleu électrique.
Morte de honte, la malade se barricade dans les toilettes, la tête enfoncée jusqu'aux épaules dans la cuvette. De l'autre côté de la porte, elle entend la voix de son fils.
– C'est la foire, Maman. Monsieur Alberich nous punit, il veut que je le rejoigne…
"Ne sois pas ridicule!" voudrait-elle rétorquer. Au lieu de quoi, elle dégobille une splendide nuance de marron acajou avec des spirales psychédéliques de parme.
Tout cela n'a aucun sens, ou plutôt si, ce vilain nain semble avoir décidé de lui faire payer son petit acte de vandalisme peinturier de la veille.
"Toute œuvre d'art implique de se sortir les tripes", répétait Charles Poe. Le visage barbouillé d'un charivari de couleurs, son ex-femme travaille d'arrache-pied à composer un poignant chef-d’œuvre.

Anthelme Hauchecorne, Le carnaval aux corbeaux, chapitre VI.7

Où des sonorités se voient répercutées tel un écho démesuré…

Si l’on retrouve dans Le carnaval aux corbeaux de nombreuses figures de style que nous connaissons déjà et dont nous nous délectons à chaque fois, cette nouvelle mouture recèle cependant d’une petite nouveauté. Tout au long du récit, j’ai pu admirer le merveilleux travail effectué sur la sonorité des mots. L’auteur joue énormément sur toute une palette de figures de style pour donner à son texte plus de vie et de rondeur. On y croise notamment des paronomases (jeu sur la proximité des sons), comme dans l’extrait cité ci-dessous… Je vous passerai volontiers la théorie littéraire accompagnée de ses noms barbares si chers à mon cœur (zeugme, oxymore, épanadiplose, hypallage, synecdoque, chiasme, homéotéleute… n’ont-ils pas fière allure, ces termes capillotractés?).

Ces jeux sur les sons sont surtout visibles dans les titres des chapitres et des sections…

« Où feux follets et féerie participent d’une fourberie« , « Où les eaux troublées rêvent de rails rouillés« , « Où les souvenirs sommeillent sous de noires merveilles« … « Gabriel – Mimine innocente et vieilles bisbilles« , « Ludwig – Sinistre cérémonie de céromancie« , « Ludwig – Marasme et ectoplasme« , « Ludwig – Le barbant baragouin du Baragroin« , « Gabriel – Sonnets de cuvette et vers à sornettes« …

Influences méphitiques, références nécrotiques…

Le petit théâtre d’ombres de sire Alberich…

Dans le portrait chinois, je vous parlais d’influences burtoniennes : Sleepy Hollow pour le côté « créatures de légende qui sortent de la tourbe putride », Beetlejuice pour le côté « vieux forain crade et un peu fêlé du coquillard », Les noces funèbres pour le côté « passage des vivants dans le monde des morts, et cohabitation des deux univers ». Ce ne sont évidemment pas les seules références que l’on retrouve dans le roman.

Une des influences les plus évidentes vient d’une série américaine appelée Carnivale (ou La caravane de l’étrange en français). Pour les non connaisseurs, en voici un petit résumé : « Cette série suit la route d’une fête foraine ambulante (Carnivàle) pendant le Dust Bowl des années trente aux États-Unis. Après la mort de sa mère qui le rejetait par peur et après la saisie de ses terres, Ben Hawkins, un jeune homme doté du pouvoir de guérison et de résurrection, évadé de prison, nouvellement sans domicile, trouve refuge au sein de la troupe afin d’échapper à la police. Il est tourmenté par des rêves étranges et prophétiques qu’il partage avec un prêcheur méthodiste, Justin Crowe, vivant en Californie. Ces deux personnages seront finalement réunis dans une lutte entre le Bien et le Mal qui est tout sauf manichéenne. » (Source : Wikipedia.fr)

Personnellement, je ne connais pas cette série – pas encore, du moins. Lors de la Foire du livre, l’auteur m’en a parlé comme de sa source d’inspiration pour le monde des forains décrit dans Le carnaval aux corbeaux. Enfin, du moins si j’ai bien compris ses propos, parce qu’avec mon oreille inversée, il arrive que je comprenne tout de travers (pour parfois créer l’hilarité générale si ce que j’ai compris s’éloigne trop de la réalité…). Quoi qu’il en soit, ce que j’en ai vu sur internet semble correspondre à ce que l’on retrouve dans Le carnaval aux corbeaux. Aussi je vous invite à découvrir cette série qui semble très chouette, et que je vais plus que probablement essayer à mon tour.

Romantisme sombre et vers d’outre-tombe…

Illustration : Der Erlkonig, de Julius von Klever.

Autres références, plus littéraires cette fois… À moins d’être totalement inculte dans cette matière, ou d’avoir vécu sur une autre planète depuis votre naissance jusqu’à maintenant, ou encore les deux, vous remarquerez vite que les noms des personnages principaux viennent d’écrivains connus. Les Poe et les Grimm, pour ne citer qu’eux. Monsieur Edgar Poe et son Corbeau, les frères Grimm et leurs contes, cela paraît logique, au vu de ce roman. L’on voit même apparaître un certain Christian Andersen en clin d’œil, mais chtttt, je ne vous ai rien dit, n’est-ce pas?

De façon plus indirecte (son nom n’apparaît pas texto dans le récit), l’auteur évoque également Theodor Storm, au travers de sa dernière nouvelle, Der Schimmelreiter.

Ces références à la littérature ne sont pas anodines, elles colorent le texte de leurs ambiances respectives. L’histoire entière est teintée de poésie sombre à la façon d’Edgar Poe et de légendes germaniques à la manière des frères Grimm, évoquant parfois le romantisme allemand, avec ses paysages désolés battus par la pluie, ses silhouettes solitaires que l’on voit se cabrer au bord des falaises, prêtes à choir dans le néant, ses personnages ténébreux au regard perçant, ses arbres crochus peints à l’encre de Chine sur des ciels éclairés de lumière vespérale, ses forêts rousses et brumeuses qui dissimulent bien des destins brisés… Très bel alliage, d’ailleurs, un mélange détonant à la crépusculaire beauté, froid et humide comme la forêt peut l’être en novembre, crépitant et coloré comme une citrouille d’Halloween. Une mixture littéraire qu’Anthelme Hauchecorne porte au paroxysme de sa beauté par l’intermède de sa plume déliée.

Le terreau fertile des légendes germaniques…

L’intrigue du roman se passe en Alsace, dans le petit village de Rabenheim. Et qui dit Alsace dit bien sûr culture germanique assez prononcée. Rien qu’à cette évocation, je salive d’envie et ne tient plus en place. Moi et la culture germanique, c’est une grande histoire d’amour, comme nous le verrons plus bas dans ma Belle histoire de Mamie Acherontia.

Schimmelreiter, Döppelganger, Poltergeist, Totenwoche, l’or du Rhin… sont autant de légendes des pays germaniques dont le récit regorge. À l’instar des meilleures pralines qui réservent à leur dégustateur, sous leur couche de chocolat croquant, un délicieux fourrage qui fond sous la dent, le lecteur découvre sous une histoire résolument moderne un truffage de récits traditionnels, façon « farce aux gnomes et champignons des bois, avec son supplément de poudre de fée ». Et quand le médiéval s’en mêle, avec des éclats de famine et d’élucubrations tarologiques, le tout devient d’autant plus appétissant.

Mention spéciale pour le tarot, d’ailleurs, car l’auteur est parvenu à me faire découvrir une notion que je ne connaissais pas encore, celle de « prudence »… C’est d’ailleurs sur cette carte de la prudence que je vais jouer, en ne vous en disant pas plus…

Tandis que sa mère conduit, Gabriel observe Rabenheim affairé dans les préparatifs.
La tradition de la Totenwoche, ou Semaine des morts remonte, para-it-il, à l'Antiquité. Sept jours durant, les Rabenheimois observent des règles farfelues que l'on trouve listées en lettres gothiques sur des panneaux de bois à l'entrée des maisons ou sur les éventaires des marchands. Trois mises en gardes mystérieuses qui suscitent les railleries des adultes, le respect des anciens et la crainte des chenapans.
1. Un bon feu protège ton logis aux heures froides de la nuit.
2. Nul mal n'adviendra aux corbeaux, hérauts ailés du long repos.
3. Puisse la forêt rêver en paix, ses racines embrassent trop de secrets.
Recommandations qui se traduisent par maints usages charmants. Les échoppes des artisans se remplissent d'objets décorés de corbeaux, suspensions à accrocher au-dessus des berceaux, flûtes en bois et mangeoires à oiseaux. Gabriel songe avec délice aux veillées au coin du feu, à griller des guimauves aromatisées à la fleur d'oranger ou au sureau.
Il suit sa mère au marché de la Totenwoche. À travers les stands en bois, les étals débordent de friandises monstrueuses et de jouets sinistres. Sa mère le gâte malgré l'interdiction paternelle. Les marchands de souvenirs exposent des peintures représentant des danses macabres, où vivants et morts valsent ensemble parmi les tombes au clair de lune.

Anthelme Hauchecorne, Le carnaval aux corbeaux, chapitre I.12

Atramentum mortis et corvi corax

Il m’est difficile de parler du Carnaval aux corbeaux de façon courte, claire, concise. Ce grand fourmillement d’éléments qui composent la trame de l’histoire est trop vaste pour être décrit en une seule petite chronique. J’aimerais énormément m’étendre plus sur le sujet, écrire un essai, une thèse même, sur ce seul univers si riche et si foisonnant qu’on en aurait le tournis. Oh oui, une thèse, tiens! Cela pourrait s’intituler « Du lien entre les Döppelgangers-potirons et les personnages principaux du récit, ou les renoncements nécessaires au passage à l’âge adulte : un essai d’analyse sémiotique et translittéraire » ou encore « Les Nachtraben et leur implication dans l’oeuvre romanesque d’Anthelme Hauchecorne : étude historico-folklorique, avec un supplément sur la morphobiologie de l’espèce Corvus Corax et une analyse textuelle des passages qui s’y rapportent« . Non, je n’ai pas abusé de la moquette, mais j’ai peut-être dépassé la dose recommandée d’encodage de travaux de fin d’étude…

En bref, je vais tenter une petite introduction à quelques éléments clés de l’histoire…

Ludwig Poe, ou le petit guide illustré pour parapsychologues et chercheurs de macchabées…

Ludwig est un adolescent bien perturbé. Abandonné à la naissance par son père pour des raisons qu’il ne s’explique pas, il cherche avidement une réponse par-delà le vide et le silence. À l’aide de sa vieille radio, il tente de capter la voix de Charles Poe, ou à tout le moins un bruit, un signal, une étincelle vitale… ou une preuve de sa mort. Quoique ce soit, pourvu qu’il découvre la vérité sur sa disparition.

Lors de ses séances parapsychologiques où il tente en vain d’épier les morts, Ludwig pratique l’écriture automatique, ou plutôt le dessin sous influence ectoplasmique. Le jeune Poe parvient à quelques occasions à obtenir des dessins qui filent le frisson… croquis honnis que sa mère, en bonne protectrice, s’empresse de détruire.

D’entrée de jeu, le récit fait mouche et parvient à me toucher. Lorsque je lis l’histoire de Ludwig, je ne peux m’empêcher de penser à moi au même âge… Non pas que mon père ait disparu et que j’aie tenté en vain de le chercher. Mais je présentais aussi ce goût étrange pour les morts et leurs secrets…

L’encre de mort vieille…

…ou l’écriture automatique version hauchecornienne, où le stylo bille se mue en plume de corbeau. Mais pas n’importe quelle plume de corbeau, bien sûr! Pour construire un pont entre le monde des vivants et celui des morts, nous avons besoin d’une authentique plume de Nachtrabe. Vous l’avez constaté en début de chronique, j’ai déjà la mienne. Si vous êtes jaloux, adressez vos doléances à l’auteur 😉 Reste à résoudre l’énigme ci-dessous…

Questions et réponses sont les deux visages d'une même page.
Pour déterrer les secrets, de la pointe de sa plume gratte le sage.
Nul mot n'atteint le monde de l'éternel sommeil,
Sinon ceux tracés à l'encre de mort vieille,
Si les trois mystères tu perces,
Si aux trois gestes tu t'exerces,
Pose ta lettre au pas de la porte des airs,
Où le messager noir la cueillera entre ses serres.

Anthelme Hauchecorne, Le carnaval aux corbeaux

Un peu de théorie corvus coraxienne

Le carnaval aux corbeaux, c’est bien beau… Mais concrètement, à quoi servent-ils, ces sympathiques volatiles? Réponse par le grand Charles Poe en personne…

Toutes ces années, Ludwig, j'ai tenté de te mettre en garde. D'innombrables corbeaux t'ont été adressés, aucun n'a trouvé le chemin. Par une chance impensable, nous avons enfin noué contact. La magie de la Totenwoche y compte pour beaucoup.
Ces oiseaux demeurent des créatures capricieuses. Je les nourris, j'essaie de les dresser. Après de nombreux déboires, j'ai dû me résigner, ces corvidés suivent des desseins connus d'eux seuls. Ils seront mes yeux et mes oreilles ; grâce à eux, je puis te guider. Ne leur cause aucun tort, jamais, ni ne permets à quiconque de le faire. J'ai tant à t'apprendre, commençons justement par ces corbeaux. Ce sont des créatures psychopompes, des messagers entre ce monde et… d'autres lieux. Nous les nommons Nachtraben, des bêtes troublantes, redoutablement intelligentes. Si tu as l'occasion d'en étudier un de près, tu comprendras. Mais sans doute serait-il plus sage de t'en tenir éloigné.

Anthelme Hauchecorne, Le carnaval aux corbeaux, chapitre III.4

Le zoo du Nibelung

Je voudrais adresser une mention spéciale, une sorte de gigantesque "like", pour ce qu'il convient d'appeler le grand zoo du Nibelung. S'il y a une chose que j'adore dans l'univers de cet auteur, c'est cette propension à faire intervenir dans l'histoire des créatures complètement biscornues. Des petites bestioles qui grouillent en tous sens aux léviathans des fonds marins, il y en a pour tous les goûts. On connaît évidemment depuis longtemps le penchant de Hauchecorne pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à un insecte (surtout depuis Âmes de verre). Monstres à six pattes miniatures, grosses tarentules velues, asticots nécrophages, humains insectoïdes qui se métamorphosent à l'envi, tout y passe. Sa nouvelle De profundis nous avait appris son admiration sans faille pour les monstres marins de gros calibre. Dans ce Carnaval aux corbeaux, on prend un peu des deux, on mélange le tout, puis on ajoute quelques nouvelles têtes au troupeau : poulpes, coquillages, chevaux, corbeaux… sans oublier les gentilles créations personnelles, du genre bouffeuses d'hommes… Le tout agissant, on se retrouve dans une sorte de grand cabinet de curiosité où les monstres en bocaux prendraient vie. It's alive! dirait Dr. Frankenstein…

Gabriel atteint les tréfonds de la déchéance lorsqu'on le charge de curer les cages aux fauves. Il déblaie à la fourche des monticules de paille souillée et de curieux excréments dont les formes et les couleurs étonnent. Sans mentionner les odeurs à lui recroqueviller les poils du nez. Quelle créature a pu pondre ces machin-choses? Pour unique indication, une enseigne pompeuse proclame :

"Reinhard Richter l'Explorateur présente…
le Zoo zinzin du Nibelung"

Le temps du grand nettoyage, les "fauves" ont été relégués dans des cachots de transit, sous des bâches à l'abri des curieux. Faute de les voir, Gabriel les écoute : aux gémissements des animaux déprimés répondent les gargouillis de leurs panses affamées. Pauvres bêtes que ces pingres de circassiens ne daignent nourrir.
Il approche d'une cellule occupée. Une pancarte zoologique indique :

"Grand fétide à barbillons
Abyssorum bestia foetida
Répartition : présent dans le Nibelung, sans doute endémique d'une autre dimension
Population : inconnue
Dentition : aucune (crache ses sucs gastriques sur sa proie)
Appétit : gargantuesque
Caractère : vicelard sans humour
Reproduction : révoltante
Attention : espèce menaçante!"

Anthelme Hauchecorne, Le carnaval aux corbeaux, chapitre VIII.10

Reinhard Richter le limbologue, explorateur et dresseur de créatures abyssales… voilà de quoi faire rêver mon imagination d’ex-directrice de museum de sciences naturelles (un poste ô combien fantasmé dans ma prime enfance). Parcourir les mondes à la recherche des créatures les plus fantastiques et des secrets les mieux gardés, voilà ce qu’il vous propose. Je vous promets un voyage haut en couleurs!

Doktor Mabuse…

Outre le limbologue, un autre de mes personnages préférés parmi les forains se trouve être le Doktor Mabuse. Rien d’étonnant à cela… Herr Mabuse a de quoi faire rêver, avec son goût prononcé pour les machineries steampunk, les mixtures bizarres et les potions qu’il distille en bon chimiste/apprenti sorcier. Connaissant mes goûts en la matière, ce sont des éléments qui ne peuvent évidemment pas me laisser de marbre.

De la parapsychologie à la psychologie tout court, il n'y a qu'un pas…

Vous pensez que Le carnaval aux corbeaux n'est qu'un patchwork de légendes et de références culturelles disparates? Une gentille histoire qui fait picoter la pulpe des doigts, un petit conte plaisant à lire au coin du feu le soir du 31 octobre? Hé bien, vous vous trompez. Ce roman est bien plus profond que cela, à peu près aussi profond que l'Elivágar, et ce n'est pas peu dire… Et la profondeur, on la trouve dans la psychologie des différents personnages.

Je me suis attachée à chacun d'eux, sans réserve aucune. Pour chaque, leur histoire personnelle m'a touchée, d'une façon ou d'une autre. Que ce soit Ludwig avec ses étranges lubies et la recherche de son père ; Gabriel, son meilleur ami, que tout le monde trouve banal et qui au final se révèle être parfaitement extraordinaire ; Julia Poe, touchante dans la façon qu'elle a de protéger son fils coûte que coûte, mais aussi dans sa courageuse acceptation du vide affectif que son mari a laissé ; les extravagants forains ont aussi leurs côtés touchants, notamment Fritz Frost et les gens de la compagnie Fredon-Fredaine ; le Schimmelreiter qui délaisse le massacre de masse pour le rôle de papa poule ; son fier destrié Bäckähast, cet empaffé de cheval au caractère de cochon ; les petits camarades d'infortune de Ludwig et Gabriel, Ombeline, Jason, Otto, qui ont vécu de tragiques expériences et qui en gardent les cicatrices… Celle d'Otto m'a évidemment beaucoup touchée, car cela rejoint mon propre vécu. La déception amoureuse d'Ombeline aussi, bien sûr, avec son content de déception et de dévalorisation. Celle de Jason m'a donné la larme à l'oeil, mais je n'en dirai pas plus. Je ne saurais évidemment pas les citer tous, mais chacun une histoire personnelle, un point de caractère, un petit quelque chose qui fait qu'on les aime et qu'il devient pénible de les quitter lorsque les dernières lignes du roman arrivent (trop tôt).

Il émane du récit une sorte de nostalgie du passé. De nombreuses choses qui ont été brisées et qui ne peuvent être réparées, des choses que l'on regrette et que l'on voudrait retrouver, des actes que l'on voudrait n'avoir pas commis, une vie que l'on aimait et qui nous a fui, des manques affectifs qui ne demandent qu'à être comblés, des deuils qui doivent être faits, parfois dans la douleur.

Un autre thème abordé, et non des moindres, est celui des renoncements nécessaires pour passer de l'enfance à l'âge adulte. Bien des épreuves attendent nos jeunes héros, des épreuves au cours desquelles ils devront identifier leurs fêlures, leurs manques, leurs peurs, puis les affronter pour mieux les terrasser et enfin les ranger au placard.

Car c'est bien de deuil dont il est question dans cet ouvrage. Le deuil dans toutes ses acceptations possibles. L'ambiance générale du récit nous mettait déjà la puce à l'oreille, le texte nous le confirme. Que ce soit le deuil d'un être cher, le deuil d'une relation, le deuil de son enfance et de ses facilités éphémères qui nous sont refusées une fois passé à l'âge adulte, le deuil d'une vie passée auquel on essaie de se raccrocher…

Dans l'écriture d'Anthelme Hauchecorne, il n'y a jamais rien de "bête". Tout a un sens, fut-il caché ou non, tout a une utilité, un message sous-jacent. Le Carnaval aux corbeaux, c'est bien plus qu'une simple histoire pour ado, une sorte de Chair de poule version "young adult". Il y a là une réelle profondeur humaine qui vous remue les tripes et vous touche en plein coeur.

En résumé…

Je suis désolée, chers lecteurs, si cette chronique fut longue. Une des plus longue écrite à ce jour, si je ne m'abuse (ou Mabuse, hu hu ^^). Désolée, aussi, de sombrer ici dans un pur style dithyrambique peut-être un peu trop poussé. Mais face à un tel roman, comment pouvais-je faire autrement?

Si j'avance en terrain connu dans cet univers sombre et atypique, il est un point qui à chaque fois me conquit. Le style d'écriture, bien entendu… Chaque mot, chaque phrase est un ravissement pour qui aime la belle littérature et le français manipulé avec brio. Selon l'auteur, "ce livre n'est qu'un entresort, qu'en magicien maladroit il aurait escamoté à la musique, nourriture de l'âme". Eh bien, pour une fois, je ne suis pas d'accord…

Ce livre est un ovni littéraire écrit par un fou extraterrestre qui aurait colonisé les profondeurs de la Terre, y observant nos travers et les transcrivant à sa manière, dans des récits teintés par les contes et les légendes que nous oublions peu à peu.

Mais là, je commence à me dire que, décidément, l'écriture tardive ne me vaut rien et fait dérailler mon pauvre cerveau déjà fragile. Vous voulez un authentique résumé, en vérité? Lisez ce roman, vous ne serez pas déçu. Donnez-moi des nouvelles de votre lecture, je serais ravie de partager l'expérience avec vous ^^

Ma note : 20/20, évidemment.

Les droits d’auteurs de ce roman sont reversés à l’Unicef…

Autres romans de l’auteur déjà chroniqués sur ce blog…

Punk’s not dead…

Le Sidh. T1, Âmes de verre…

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques ^^

Votre dévouée blogueuse,

Acherontia.

[Chronique] Féerie pour les ténèbres, de Jérôme Noirez

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[Chronique] Féerie pour les ténèbres, de Jérôme Noirez

Synopsis…

La ville étend ses membres tentaculaires et rejette à la surface ce qui a fait jadis ses heures de gloire.Les hommes la cultivent, récupérant les nombreux rebus qu'elle ne manque pas de leur offrir. On dit même que dans ses entrailles profondes vivent d'autres créatures qui ne sont plus tout à fait humaines. Et puis il y a ces lutins qui apparaissent au crépuscule, comme surgis de nulle part…Mais qu'importe ? L'essentiel n'est-il pas que la ville continue à fournir ses rebuts ? C'est dans ce monde sombre et déliquescent, qu'Obicion exerce son travail d'enquêteur royal. Vieillissant et désabusé, il enquête sur l'étrange meurtre d'une jeune femme. Étrange car il s'aperçoit bien vite que ses os sont en plastique….

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La loi de l'attraction universelle…

Cette loi est très simple, pour le coup… Elle s'appelle "attraction de la première de couverture" et peut toucher tous les lecteurs, les petits comme les grands. J'ai croisé par hasard le chemin de ce roman dans la petite librairie proche de mon travail. Au premier coup d’œil, je lui ai trouvé un look d'enfer! Beau, ténébreux, bien proportionné… Bref, appétissant! Je l'ai salué tout en le retournant pour avoir une meilleure vue sur ses fondements. Le résumé m'a paru intéressant. Et comme je sais qu'il ne faut point juger sur le simple physique, j'ai opté pour une exploration moins superficielle. La découverte de sa personnalité profonde m'a totalement décoiffée… Fi! Je vais encore effrayer les gosses à la piscine…

Féerie pour les ténèbres en portrait chinois

J'ai bien envie d'entamer cette chronique par un petit portrait chinois, tiens… Histoire de vous mettre déjà dans l'ambiance ^^

Si Féerie pour les ténèbres était une musique…

Là, je n'hésite pas, je sors directement l'artillerie lourde de mes potes de Benighted!

Si Féerie pour les ténèbres était un tableau…

Sans hésitation, je choisirais cette peinture de Francisco de Goya, Saturne dévorant un de ses fils.

[Chronique] Féerie pour les ténèbres, de Jérôme Noirez
Si Féerie pour les ténèbres était un animal fabuleux…

Une chimère, bien sûr!

Si Féerie pour les ténèbres était une boisson…

Un bon petit verre d'absinthe qui arrache…

Un autre roman qui me fait penser à Féerie pour les ténèbres

Le premier tome des livres de sang de Clive Barker, en particulier la dernière nouvelle, Dans les collines, les cités

Bref… vous voyez le topo! Passons donc à la chronique proprement dite!

Avis important aux lecteurs qui auraient l'outrecuidance de lire la suite…

Dans les lignes que vous vous apprêtez à lire se cachent d'indicibles horreurs qu'il vous sera difficile d'affronter seul. Retenez que ce qui suit va bien au-delà de l'effroi. Aussi, sachez préserver votre esprit peut-être déjà fragile d'une mort cérébrale certaine. Pensez à vous équiper d'un Féeur compétent pour vous accompagner dans ce qui pourrait s'avérer être votre premier et dernier Vertige. La Féerie n'est pas affaire de débutant…

Note de l'auteur : Pour vous préserver des larves de féeurs peu scrupuleux, n'hésitez plus! Achetez les capotes géantes Meunier. Meunier, le choix, la qualité, c'est notre métier!

Entre causticité décalée et humour putride…

J'affiche clairement la couleur : j'ai adoré ce roman! Il a tout pour me plaire… une plume recherchée et fluide à la fois, un humour noir et grinçant qui m'a souvent rappelé l'humour anglais, avec quelques belles notes grivoises, un univers glauque, des personnages totalement loufoques et attachants, même les pires d'entre eux, du gore en veux-tu en voilà…

Soyons clair dès le début, je ne pense pas que ce roman convienne au tout venant. Si le gore thrash vous rebute, si les univers sombres vous fichent le cafard, si vous n'appréciez pas l'humour noir ou si vous n'êtes pas accoutumés à apprécier une lecture au 36e degré, vous aurez du mal à entrer dans l'intrigue de cette trilogie. Clairement, il faut avoir l'estomac bien accroché pour entamer cette lecture, tant elle dézingue tout sur son passage, vous remuant cœurs et têtes aussi sûrement qu'une montagne russe. Âmes sensibles et esprits chatouilleux, s'abstenir, donc…

Cocasseries et descriptions saugrenues…

Le premier éléments qui m'a séduite dans ce roman, et qui a continué à attiser ma curiosité et mon hilarité tout au long du récit, c'est cette cocasserie propre à l'écriture de Jérôme Noirez. Prenons déjà le titre de certains chapitres, très éloquents quant au côté saugrenu des situations qu'ils renferment…

Estrec de Gourios et ses problèmes de plomberies, Malgasta de Sponlieux manque de se faire gratter, Grenotte et Gourgou goûtent à l'ergot de blé, Jobelot avale de la neige, Quinette la chienne au cul de Meurlon, Malgasta au jardin des idiots et des fous, Obicion discute avec une bouche d'égout, Dame Plommard entretient son potager, Jectin de Lourche jure de se mettre à la broderie, Grenotte et Gourgou rotent et pètent dans l'En-Dessous, Mesvolu le fraselé narre l'inénarrable…

Sans compter les noms des personnages et des lieux… J'ignore encore comment s'y est pris Jérôme Noirez pour produire cet effet, mais chaque patronyme ou toponyme sonnait à mes oreilles comme un parfait compromis entre le grotesque et le sordide. Caquehan, Bobancié, Vicerince, Sponlieux, la mer clapotante… ou encore Obicion, Malgasta, Meurlon, Mesvolu, Orbarin Oraprim, Dame Plommard, Dandin d'Ando…

Ce sont tous ces petits détails qui font aussi toute l'ambiance du roman, qui donne à cet univers étrange ses lettres de noblesse, en quelques sortes.

On trouve dans cette histoire toute une foule de détails comiques et loufoques, comme ces quelques moments où l'auteur nous parle de l'histoire des saints "bien connus". C'est que Jérôme Noirez nous propose une complète hagiographie comico-morbide qui vient agrémenter le plat de quelques grains de poivre noir qui font tousser de rire. Citons entre autre sainte Cadacace-la-sept-fois-pestiférée, saint Dediace-le-Fou, sainte Coriolle-l'Amoureuse, saint Avoi-le-Malportant…

Il y a ce vieil hurluberlu de Lulle-Haut qui s'amuse à imiter les cris et les imprécations des skieurs qui se cassent la nénette sur la piste noire…

Le vieux Carcaran, à l'oreille attentive, note chaque cri dans un livre qu'il a intitulé Clameurs de l'Ubac et dont il aime faire la lecture deux soirs par semaine à l'unique auberge du pénonage, une grande bâtisse de pierre noire dressée en aplomb d'un bois de sapins. Il y fait salle comble, car il imite à la perfection les cris de douleurs et sait redonner tout son piquant à ces bordées d'insultes exotiques que seule une folle souffrance peut inspirer à un homme.

Féerie pour les ténèbres, chapitre 6, de Jérôme Noirez

Il y a la colle de Fichoiro, aussi…

Si les bourgeois de Caquehan, les bigots de Sainterel ou les courageux pêcheur d'Aspe ignorent tout de Sponlieux, au moins connaissent-ils Vicerince. La colle de poisson de Vicerince est la meilleure du monde ; grâce à elle, Barugal le Fou décore les murailles de sa forteresse avec le corps de ses ennemis. Un jour, il y a collé cent bonshommes, et ni la pluie, ni le soleil, ni les attaques des corbeaux n'ont réussi à les décrocher. Ils doivent y être encore.

Les seigneurs de Vicerince ont fait fortune grâce au fichoiro, le poisson glu qu'on ne trouve que dans la Mer Clapotante. Il est infect à consommer, ce n'est qu'une outre de bile et de vinaigre, mais il contient, dans trois grosses glandes, cette colle miraculeuse qui s'échange contre de l'or, des épices, du pouvoir et des rebuts.

Féerie pour les ténèbres, de Jérôme Noirez

Mais soit… Je ne peux malheureusement pas trop épiloguer sur le sujet, sinon on est encore là la semaine prochaine! Ce récit est une véritable fourmilière de cocasseries en tout genre, et c'est tout pour me plaire. Ceci confère un peu de légèreté à ce que suit…

Un monde grand-guignolesque…

On pourrait pratiquement qualifier l'entièreté du roman de "grand-guignolesque". Pour ceux qui ne connaissent pas ce terme, il s'agit d'un adjectif désignant ce qui est d'une horreur exagérée et invraisemblable. Pour la petite histoire, le terme provient de l'ancienne salle de théâtre Grand-Guignol, à Paris, réputée pour ses pièces mettant en scène des histoires macabres et sanguinolentes.

Passé ce bref encart théorique, mieux vaut un petit dessin qu'un grand discours, voici une preuve que le terme convient parfaitement aux écrits de Jérôme Noirez (ou du moins à celui-ci en particulier).

Cinq années d'errance, de famine et de maltraitances n'ont pas réussi à changer l'humeur de Quinette. La petite chienne à poil long, qui ressemble le plus souvent à un informe tas d'étoupe, est toujours aussi remuante de la queue et frémissante de la truffe lorsqu'elle croise un humain.

Pourtant, elle n'a guère eu de chance lors de ses rencontres avec les hommes. Affamée, rouée de coups, laissée pour morte, dressée à tuer – un échec cuisant pour le dresseur, puisque Quinette n'a jamais rien tué d'autre que des mouches à bovins, et encore, à grand-peine -, sacrifiée à une espèce de divinité assoiffée de sang animal, suspendue cinq jours au bout d'une corde de pendu, transpercée par un carreau d'arbalète : elle a connu toutes les souffrances et a échappé de peu à toutes les morts.

Mais elle chemine encore à la recherche d'un improbable maître en caresses et en tendresse. Ainsi est sa nature. Elle ne peut réprimer cet amour spontané pour tout ce qui se tient sur deux pattes et qui sent le savon ou bien la crasse humaine au parfum si enivrant.

Féerie pour les ténèbres, chapitre 9, de Jérôme Noirez

Vous en conviendrez, après de tels traitements, n'importe quel chien aurait déjà rendu l'âme, et sans doute plus d'une fois, d'ailleurs. On trouve dans l'écriture de Jérôme Noirez une surenchère de gore qui, plutôt que de dégoûter, prête à sourire par ce côté "too much". Je pense que c'est là l'effet recherché par l'auteur. Au fil de ma lecture, je n'ai pas eu l'impression que le but de ce récit était de faire peur comme dans la littérature d'épouvante, ou de susciter le dégoût ou l'effroi comme dans les récits thrash ou gore. Je pense plutôt que cette surenchère est faite pour donner à l'histoire un cachet sombrement cocasse.

Oui, enfin… ça, c'est bon pour la première partie du roman (jusqu'au premier tier, environ). Dans la suite du roman, la surenchère de gore tourne parfois au carnage total. L'auteur a semé son récit d'ornières dans lesquelles nous tombons inévitablement, véritables trous de lapin crevé qui nous emmènent dans les sombres dédales de l'En-Dessous, jusqu'au Fondril et ses charniers putrides.

Allez, les enfants, ne soyez pas timides, vous avez voulu que Papa Noirez vous raconte une histoire, assumez, à présent! Il avait l'air gentil, de loin, Papa Noirez, avec sa grande barbe blanche, ses beaux habits rouges et ses drôleries sur fond de petit feu de bois… Mais si vous y regardez de plus près, mes doux agneaux…

De plus près… on voit les vers qui grouillent sous l'abondante toison faciale. Voyez-vous le mouvement des poils, qui vont, qui viennent, qui pulsent en rythme? Pouvez-vous à présent apercevoir les dents rougies de croquemitaine qui luisent dans la bouche jusqu'ici restée close? Si vous vous approchez suffisamment près, vous vous apercevrez que le petit feu de bois n'est pas exactement un feu de joie, mais plutôt un ramassis d'âmes damnées. Des corps suppliciés, mutilés, martyrisés… des esmoignés, des fraselés, des ossifiés… Et là, mes chers enfants, il est temps pour vous de prendre une grande respiration, de humer d'un peu plus près cette fragrance de charnier avant de…

Basculer vers le Fondril…

Acherontia

Dans l'univers de Jérôme Noirez, il y a les humains, les gens comme vous et moi, qui vont et viennent à la surface de la terre, qui vaquent à leur petite vie, le plus souvent dérisoire.

Et puis il y a les habitants de l'En-Dessous, ce qu'il appelle les rioteux. Les rioteux se divisent eux-mêmes en trois classes distinctes : les esmoignés (comme Meurlon dont nous parlons ci-plus bas), les fraselés (comme Mesvolu dont nous parlerons également) et les ossifiés (qui sont seulement cités dans l'histoire).

Je vous gâcherais la surprise du récit en vous en disant de trop au sujet des rioteux. Le mieux est de vous laisser découvrir par vous-même un rien de leur essence au travers de cet extrait…

Mesvolu sourit.

Le sourire d'un fraselé est un spectacle remarquable. Sa dentition articulée se dresse et s'entrechoque à l'extérieur de sa bouche. Sa langue, également faite de multiples rameaux, s'ouvre en corolle. Le tout forme une fleur de chair et d'émail d'une grand délicatesse.

Féerie pour les ténèbres, chapitre 27, de Jérôme Noirez

Et encore plus bas que l'En-Dessous, dans une partie du sol où même les rioteux ne s'aventurent pas, est le Fondril. Et dans le Fondril se terre une horreur de chairs putrides dont la seule évocation suffit à se faire dresser sur les bras les poils les plus récalcitrants. Mais j'en tairai le secret afin de vous préserver d'un spoil non mérité…

36e degré pour un 36e dessous…

Je ne vous le cache pas, ce roman est par moments d'une obscurité étouffante et baigne dans une atmosphère malsaine de folie larvée. C'est pourquoi il est bon de trouver les petites touches de cocasserie dont je vous parlais en début de chronique. C'est, je pense, ce qui nous permet d'apprécier cette histoire en la prenant au 36e degré plutôt qu'au premier, c'est un humour qui agit comme une sorte de barrière qui nous empêche de sombrer définitivement dans le sordide.

Le ton du récit m'a globalement rappelé les films des Monty Python, en particulier cette scène du chevalier noir qui se fait débiter en morceau au fil du combat et qui, après avoir perdu bras et jambes, continue à sautiller pour mordre son adversaire.

Bon, c'est vrai, ce livre m'a fait penser à de nombreuses scènes des Monty Python, en fait, mais il serait vain de les énumérer de manière exhaustive. Je vous avouerais que les Monty Python et moi, c'est une longue histoire d'amour. Nous nous sommes rencontrés grâce à mes grands frères, et nous nous sommes mariés quelques années plus tard. Nous… n'avons pas eu beaucoup d'enfants… pas un seul, d'ailleurs. En revanche, j'espère bien que nous vivrons heureux pour toujours ^^

Les belles histoires de Mamy Acherontia… Chapitre 1, L'ingénieur et le chimiste
Ah, mes grands frères, parlons-en! C'est toute une histoire! Sensiblement plus âgés que moi, ils n'avaient de cesse de me montrer leurs films d'horreur (The thing de John Carpenter, ou encore The hidden qui était mon petit favori), me faire écouter leur musique death metal (même si, en fait, c'était plutôt moi qui écoutait derrière la porte XD), me faire lire leurs romans fantasy (même si c'était plutôt moi qui les piquait sur leurs étagères). Sans compter les expériences étranges auxquelles ils me conviaient... fumigènes foireux qu'on jette dans les égouts à défaut d'avoir un extincteur sous la main, atelier de fabrication de slime fluorescent, séance de nourrissage de l'iguane (Wally de son petit nom), puis du gecko (Sexy de son petit nom), puis des phasmes (petits noms trop nombreux à énumérer), puis du boa constricteur (et aussi du petit élevage de souris qui va inévitablement avec... et... ah oui! Son petit nom à lui, c'était Kaa)... Je me souviens aussi des jeux vidéos... des vieux jeux de flipper sous MS-DOS (oui, je n'en ai pas l'air, ainsi, mais en fait je suis un dinosaure! J'ai connu les débuts de l'informatique...) et de nos parties endiablées, des Goblins (un vieux jeu français qu'on ne trouve pratiquement plus), de Doom (où mes frères s'étaient amusés à remplacer les flingues par des poulets...), de Theme Park (où l'on s'amusait à construire des montagnes russes si hautes que les visiteurs du parc gerbaient partout...). Eh oui, c'est cela, la vie avec un ingénieur et un chimiste, tous les deux totalement barrés! Respect pour mes deux grands frères, donc! C'est quand même leurs goûts bizarroïdes et leurs passes-temps farfelus qui ont contribué à ce que je suis aujourd'hui. Sommes tout, si je suis métalleuse et fan des littératures de l'imaginaire, c'est un peu grâce à eux. Ils m'ont transmis leur grain de folie, grain que je ne suis pas prête de laisser filer. Grâce à vous deux, j'ai passé les meilleurs moments de mon enfance. Je voulais vous remercier tous les deux pour cela. Du fond du cœur... 

Une image de Goblins 3, mon jeu favori à l'époque ^^ C'est encore un bon exemple de mes mauvais goûts en matière de garçons... Après Maître Splinter, je vous présente Blount, le héros du jeu... Oui, c'est un Goblin, je sais... Oui, il est moche, accessoirement... Mais surtout, c'est un PUTAIN DE PERSONNAGE DE JEU VIDEO!!! Mais qu'est-ce qui ne tournait pas rond, chez moi? Après ça, je me suis améliorée... Je suis passée à Luke Skywalker XD Hé ho! Pas de moqueries, hein! J'aurais tout aussi bien pu choisir Yoda...

Une image de Goblins 3, mon jeu favori à l'époque ^^ C'est encore un bon exemple de mes mauvais goûts en matière de garçons… Après Maître Splinter, je vous présente Blount, le héros du jeu… Oui, c'est un Goblin, je sais… Oui, il est moche, accessoirement… Mais surtout, c'est un PUTAIN DE PERSONNAGE DE JEU VIDEO!!! Mais qu'est-ce qui ne tournait pas rond, chez moi? Après ça, je me suis améliorée… Je suis passée à Luke Skywalker XD Hé ho! Pas de moqueries, hein! J'aurais tout aussi bien pu choisir Yoda…

Pour en revenir à nos Monty Pythons… Je vous rassure déjà, aucun "amoureux" à compter parmi leurs rangs, je n'ai pas poussé le vice du mauvais goût aussi loin…

voilà voilà, donc si vous avez vu le Saint Graal ou encore La vie de Brian, vous comprendrez ce que j'entends par "36e degré".

Si vous ne les avez pas vu, eh bien… Filez à la médiathèque la plus proche, louez-les et regardez-les! Vraiment… C'est un trou dans votre culture générale auquel il convient de remédier au plus vite 😉 Les Chevaliers qui font Ni vous en remercieront. Ils vous donneront peut-être même un de leurs jardinets. Par contre, si vous croisez ceux qui font Ekki Ekki Ekki Ekki P'tang zoom boing, fuyez!

Si vous n'aimez pas l'humour anglais, et encore moins l'humour noir, alors… je ne peux rien pour vous, et encore moins vous conseiller la lecture dont il est question dans cette chronique.

Une plume grandiloquente…

J'ai beaucoup apprécié la plume de Jérôme Noirez. L'écriture est fluide et très agréable à lire. Il emploie de beaux mots de temps à autres pour ponctuer son texte, qui brillent comme autant d'étoiles mortes dans un ciel crépusculaire et qui prennent feu en entrant dans l'atmosphère de nos esprits surchauffés. C'est un petit feu d'artifice littéraire dont les retombées étincelantes nous cinglent et nous brûlent la peau. Avez-vous déjà allumé ces petits feux de Bengale qui garnissent parfois les gâteaux d'anniversaire? Si, comme moi, vous vous y êtes pris comme un poney des Landes et que vous avez mis vos doigts trop près des étincelles, vous saurez alors de quelle sensation je parle. Pour ceux qui n'ont jamais testé la chose, cela fait un peu comme des baisers piquants de salamandre facétieuse. Hé bien, c'est ce que j'ai ressenti d'une part à la lecture de ce roman, dont les beaux mots et les traits d'humour étaient les étincelles.

D'un autre côté, de par ses aspects les plus glauques, le récit m'a donné l'impression de marcher dans une matière molle qui happait mes godillots de lectrice par un subtil mécanisme de succion continue. Cette même sensation que l'on a lorsque l'on marche sur une motte de tourbe très humide, et que l'on s'y enfonce jusqu'à la cheville, pour s'en extirper péniblement dans un grand schluuuurp un peu écœurant… ou lorsque l'on pose par hasard le pied dans de la chair putride… même si je n'ai jamais testé cette seconde option et n'ai aucune envie d'avoir à l'essayer un jour…

En bref, lire Jérôme Noirez, c'est un petit peu comme se prendre les pieds dans le terrier du lapin d'Alice, tomber dans un tunnel de ténèbres, puis être entraîné vers les confins insoupçonnés de la folie par un chapelier toqué à qui il manquerait des membres, et un chat du Cheshire qui, au contraire, aurait quelques paires de pattes en trop. Pour compléter le tableau, vous risquez de croiser une drôle de reine rouge dont le corps serait rembourré de frigolite émiettée, un Tweedledum et un Tweedledee en version roteuse et péteuse, et tant d'autres personnages merveilleusement déjantés.

Le message sous-jacent…

Une dernière chose dont je souhaitais vous parler, c'est de la notion de Technole, omniprésente dans l'univers de Jérôme Noirez. Cet univers est une sorte de monde post-apocalyptique. On ne sait pas trop ce qui a pu arriver au monde que nous connaissons, nous. On ne sait pas non plus à quelle période ou à quelle année se situe le récit. Ce que l'on comprend, en lisant un peu entre les lignes, c'est que le monde du roman recouvre notre monde et sa technologie. Notre monde constitue en fait l'En-Dessous et le Fondril, et la technologie dont nous "jouissons" à l'heure actuelle est littéralement vomie par la terre dans des plaines aux rebuts. Objets cassés, vieux vêtements, machines déglinguées, matières chimiques, plastiques… C'est ce qui s'appelle la Technole.

Des inclusions de Technole se voient de plus en plus fréquemment dans le monde qui recouvre le nôtre, et les habitants n'ont pas l'air d'apprécier ça. Ça fait tache sur le paysage auparavant si sauvage. Beaucoup d'entre eux préfèrent se tenir éloignés de la Technole, préférant une vie simple aux falbalas technologiques et autres gadgets brisés extraits des vomissures de la Terre.

Je ne sais pas vous, mais personnellement, je flaire le fumet d'une bonne fable écologique comme je les aime. Pas une de ces histoires mièvres à la Sauvez Willy, fort heureusement. Nous sommes loin de My Little Pony : Battle for Ponyland… (celles et ceux qui ont vu l'épisode du Joueur du grenier sur les dessins animés pour filles sauront à quoi je fais allusion ^^). Féerie pour les ténèbres est une fable sombre qui prend directement racine dans le cadavre exsangue d'un monde dévoré par le consumérisme galopant et les aspirations mégalomanes de quelques humains à la stabilité psychologique douteuse (Chincheface en est le parfait exemple). J'aime beaucoup les romans qui nous font réfléchir d'agréable façon, ces romans que l'on a en tête encore longtemps après la lecture, et qui nous pousse à nous interroger un peu plus sur notre vie et notre conception du monde.

Mais je vous rassure, si l'écologie ne trouve en vous aucun écho, le roman n'est pas axé à proprement dit sur le sujet. C'est un aspect que l'on peut capter si on y est sensible, mais il ne constitue nullement un thème majeur. Il s'agit tout au plus un motif récurrent qui est si bien traité qu'il se fond parfaitement dans le décor du roman et ne paraît à aucun moment moralisateur.

Un petit extrait pour vous donner envie?

Quinette la chienne n'a nulle raison d'en vouloir aux rioteux. Ils ne lui ont jamais fait de mal, et d'ailleurs, jusqu'à ce jour, elle n'en avait jamais rencontrés. Elle a, cependant, tant de fois entendu qu'un rioteux est le pire ennemi de l'homme qu'elle voue à ces créatures une haine irrationnelle. L'un de ses maîtres lui a appris à reconnaître l'odeur de ces créatures. Elle porte encore les cicatrices de l'aiguillon qu'il enfonçait dans ses flancs pour aviver la sauvagerie que tout chien est censé avoir en lui, tout en agitant sous son nez une patte momifiée de fraselé ou la rapière couverte du sang séché d'un esmoigné.

Alors, lorsque son chemin croise, à l'heure du crépuscule, celui de Meurlon le Manquerot, rioteux esmoigné et compagnon de jeu de Grenotte et de Gourgou, parti ramasser des fraises tardives dans les sous-bois de Bobancié, elle décide, en souvenir des souffrances qu'elle a endurées, de s'en prendre à ses fesses.

Comme Meurlon n'a ni jambes, ni tête, il est aisé, même pour Quinette, de situer son postérieur de rioteux et d'y bondir, la gueule grande ouverte. Derrière les poils qui lui font comme des fanons, il y a des dents…

Petites et usées, certes, mais des dents tout de même.

Meurlon, qui est également dénué de tête, ne peut se retourner pour voir ce qui lui pince le cul. Son nombril-bouche, rougi par le jus des fraises, s'ouvre pour laisser passer un hurlement.

Les rioteux ont une manière étrange de hurler. Ils modulent ce qui ressemble à une longue vocalise ; en fait, ils chantent leurs hurlements. Chaque famille de rioteux possède et pérennise ses propres mélodies à hurler. Il y a des mélodies pour exprimer la peur, la joie, la tristesse, la souffrance, il y a des mélodies qui effrayent les bêtes et les hommes, il y a aussi des mélodies à hurler pour la séduction et la jouissance.

Ce que hurle et chante Meurlon lorsque Quinette lui mord le cul est une improvisation inspirée d'un vieux hurlement familial de surprise et de douleur.
Le rioteux veut se débarrasser de l'animal, mais Quinette tient bon. En vérité, ses mâchoires sont tétanisées par sa propre audace, et même si elle le voulait, elle serait bien en peine de lâcher prise. Meurlon change de tactique et se met à lui péter au nez. Quinette, qui n'a plus guère d'odorat depuis qu'un jeune courtois s'est amusé à lui introduire des piments dans les narines, ne s'en formalise pas. Elle mord de plus belle. Ses grognements se mêlent aux hurlements chantés et aux flatulences, rendant la lutte en tantinet grotesque.

Meurlon rampe à travers les ronces vers le terrier d'où il est sorti, traînant la chienne poilue qui ne se décide toujours pas à lâcher.

Et lorsque la terre l'avale, c'est en compagnie d'une petite chienne rivée à son cul.

Féerie pour les ténèbres, chapitre 9, de Jérôme Noirez

En résumé…

Merveilleux! Je n'ai pas d'autres mots!

Si je vous ai cités beaucoup de points positifs, je ne saurais trop que dire si je devais en citer des négatifs… Ce roman correspond si bien à ce qui constitue mon petit univers (du moins une bonne partie, parce que je ne suis pas toujours aussi versée dans le gore) que je ne saurais décemment pas lui mettre une cote en-dessous de 19. En revanche, je ne réserve mes cotes de 20 qu'à de très rares romans qui m'ont tout particulièrement touchée. Et en même temps, on ne peut pas dire que ce roman ne m'ait pas touchée…

Donc…

Ma note : 19,5/20... Ainsi, je ne me prends pas la tête!

Et je terminerai par un extrait de Business Cat… (oui, je sais, encore…)…

Voici ce qui se passera si vous offrez ce roman à vos proches pour Noël!

[Chronique] Féerie pour les ténèbres, de Jérôme Noirez
[Chronique] Féerie pour les ténèbres, de Jérôme Noirez

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques…

où vous ferez la connaissance de Camille, d'Ambre et de tous les autres membres de la Vigie, où vos oreilles seront peut être la proie d'une attaque musicale sournoise, où votre peau deviendra peut-être la partition vivante d'un mélomane fou qui laissera derrière lui une traînée de sable noir, où vous serez peut-être amené à chasser le streum dans les artères de Lille pour assurer votre survie…

La grande aventure de ce blog se poursuit de plus belle, et Acherontia, votre dévouée chroniqueuse de l'imaginaire, compte sur vous pour lui donner vie!

[Chronique] Punk’s not dead, d’Anthelme Hauchecorne

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[Chronique] Punk's not dead, d'Anthelme Hauchecorne

À quoi l’Apocalypse ressemblerait-elle, contée par un punk zombi ? Qu’adviendrait-il si le QI des Français se trouvait d’un coup démultiplié ? Un grand sursaut ? Une nouvelle Révolution, l’an 1789 version 2.0 ?
Est-il bien sage pour un succube de s’amouracher d’un simple mortel ?
Les gentlemen du futur pourront-ils régler leurs querelles au disrupteur à vapeur, sans manquer aux règles de l’étiquette ?
Et si La Mort s’accordait un repos mérité ?
Treize nouvelles. Autant de sujets graves, traités entre ces pages avec sérieux.
Ne laissez pas vos neurones s’étioler, offrez une cure de jouvence à vos zygomatiques. Cessez de résister, accordez-vous une douce violence…
De toute évidence, ce recueil a été écrit pour vous.

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La loi de l'attraction universelle…

Quand j'ai recommencé la lecture, de façon sérieuse cette fois, il y a deux semaines, une question m'est subitement venue à l'esprit. Mais pourquoi… POURQUOI diable ai-je attendu si longtemps pour terminer cette lecture ô combien géniale? À croire que je n'avais aucun plomb dans la cervelle… ou peut-être n'avais-je simplement aucune idée de ce qui m'attendais…

Acherontia

J'ai découvert cette lecture un peu par hasard il y a deux ans. Je baguenaudais dans les allées de la Foire du Livre de Bruxelles en quête de maisons d'éditions à qui poser mes questions existentielles sur l'illustration des romans. Effort futile et peu fructueux au final mais soit…

Au détour d'un chemin, j'ai eu l'heureuse surprise de découvrir le stand des éditions Midgard, une petite maison d'édition toute jeune et déjà très prometteuse par les auteurs et les romans qu'elle propose. Je n'ai évidemment pas résisté à l'attrait des belles couvertures qui me promettaient des heures de lecture fantastiques dans tous les sens du terme. C'est donc sur leur stand que j'ai acquis le recueil dont il est question dans cette chronique, avec en prime la merveilleuse opportunité de croiser son auteur et d'échanger quelques mots. Le moins que l'on puisse dire, c'est que monsieur Hauchecorne a un sens inné de la tchatche! Si j'avais encore besoin d'être convaincue, là, pour le coup, c'était râpé… Je n'avais plus le choix, j'ai craqué pour le présent recueil, et aussi un roman intitulé Âmes de verre, dont je vous parlerai ultérieurement lorsque je l'aurai lu.

Pour Marie,
Treize petites graines de citrouille plantées dans la tourbe d'automne porteuse de fruits funèbres.
Amitiés,
Anthelme.

Anthelme Hauchecorne, dédicace ornant mon exemplaire de Punk's not dead

Pour la petite histoire, je n'ai pas eu l'occasion d'en entamer tout de suite la lecture. J'en avais d'autres en cours à terminer, puis il faut le dire, ce fut une sale année pour moi. Rupture oblige, j'ai dû laisser à grand regret mes livres de côté pendant quelques temps, jusqu'à ce que le moral remonte.

J'ai tenté une première incursion dans Punk's not dead en mars de cette année. Je m'en souviens encore, c'était dans le train vers Bruxelles. Je me rendais à la Made in Asia pour mon premier concours cosplay, encombrée de mes nombreux sacs contenant mon armure Draenei et toutes ses cornes qui prennent une place folle et que les autres voyageurs lorgnaient d'un air dubitatif. En tout cas, une chose est certaine, l'année prochaine, je ne chipote pas, je prends ma voiture pour y aller! Ça m'évitera d'éborgner le contrôleur avec une corne baladeuse. Pour en revenir à mon livre, je l'ai un peu bouquiné le temps du trajet, mais évidemment, une fois arrivée sur place je n'en ai plus eu l'occasion… Et après la convention, j'étais juste tellement épuisée que je tenais à peine sur mes jambes. Je me souviens vaguement avoir végété toute la journée du dimanche dans mon divan, incapable de faire le moindre mouvement, chaque muscle m'élançant douloureusement. Vous pensez que j'exagère? Essayez donc de porter une armure complète bardée de piquants, tout en étant juché sur des chaussures à talons… sans talons, et transformées en sabots de bouc… Ajoutez-y le public de la Made in Asia, masse compacte et grouillante, qui pousse et tire de toutes parts, quitte à casser des parties du costume, et vous y êtes… presque! Reste le stress du passage sur scène, avec ma bande son qui fonctionnait à moitié, et vous voyez l'entièreté du tableau! Le plus fou, dans tout cela, c'est que je veux absolument réitérer l'expérience… Mais soit, je dois être un cas de folie incurable.

Les quelques passages que j'avais lu du recueil m'avaient d'emblée enchantée. Je trouvais l'écriture absolument géniale, et j'avais adoré cette foultitude de détails que seule une recherche documentaire solide peut permettre. Mais à l'époque, je faisais trop souvent l'erreur de commencer plusieurs lectures à la fois, jusqu'à m'y perdre totalement…

Quand j'ai recommencé la lecture, de façon sérieuse cette fois, il y a deux semaines, une question m'est subitement venue à l'esprit. Mais pourquoi… POURQUOI diable ai-je attendu si longtemps pour terminer cette lecture ô combien géniale? À croire que je n'avais aucun plomb dans la cervelle… ou peut-être n'avais-je simplement aucune idée de ce qui m'attendais…

Quelques notions préalables…

Comme il ne s'agit pas d'un roman traditionnel, je voulais, en guise d'introduction, avertir le lecteur quant à la structure atypique de ce recueil. En effet, en plus des treize nouvelles proposées, nous avons à leur suite ce que l'auteur nomme les "Backstages", où il explique le contexte dans lequel a été écrite chaque nouvelle, d'où lui est venue l'idée du thème, et aussi quelques notes sur la morale qu'il y a injecté, sur les musiques qui l'ont inspiré… Bref, une vraie mine d'or!

Concernant cette chronique, je l'ai divisée en deux parties pour une meilleure lisibilité. La première partie sera la chronique proprement dite, s'attachant à décrire ce que j'ai pensé du recueil en général. La seconde partie sera plus détaillée, reprenant chaque nouvelle pour les traiter toutes séparément et de façon plus approfondie. Chaque nouvelle ainsi chroniquée sera accompagnée d'un morceau issu de mon bruyant univers musical et qui m'aura fait pensé de près ou de loin au thème du récit.

N.B. : veuillez pardonner à votre humble chroniqueuse ses excès de parole. Si je me laisse aller à l'exaltation de la plus basse espèce, c'est parce que cet ouvrage ne m'en laisse simplement pas le choix… J'ai donc voulu pondre une belle chronique de chez chronique, avec de vrais morceaux de chroniques dedans!

[Chronique] Punk's not dead, d'Anthelme Hauchecorne

Où il est question de douce folie et de résonance magnétique…

Bon, très bien… Le moment est venu pour moi de me poser et de réfléchir à la suite de cette chronique. La petite punkette sur la couverture du livre m'observe en ce moment du haut de mon porte-partitions, son impressionnant flingue vertébral négligemment posé contre son flanc. Ses yeux qui rougeoient m'intimident, ils semblent me mettre en garde de lugubre manière. Un peu du genre "Fait gaffe, Ach', si jamais ta chronique est nulle, je te dérouille le potiron". Nous sommes proches de Samain, après tout…

Comment vous parler de ce cercueil de nouvelles sans passer pour une groupie tout juste bonne pour la camisole et la chambre d'isolement? Comment partager avec vous cet engouement grandissant sans sombrer dans une dithyrambe complètement capillotractée?

Car ce recueil, ce n'est pas un coup de cœur, non. Si vous vous souvenez de mon Top Ten Tuesday numéro 8, je vous parlais de ce qu'il faut pour qu'un livre soit un coup de cœur, et notamment de cette notion de "corde sensible" que le roman doit faire vibrer.

Un véritable coup de cœur, celui qui me fait lâcher des notes de 19 ou de 20, c'est celui qui réunit la plupart des éléments cités plus haut, mais aussi un petit je-ne-sais-quoi qui me va me toucher plus particulièrement. Souvent, ça touche au vécu, aux souvenirs, ce sont de menus détails qui font la différence. On ne sait jamais vraiment dire à l'avance quels livres vont vous toucher de cette manière, mais quand ça le fait, c'est juste magique.

Acherontia, Top Ten Tuesday n°8

Dans le présent cas, c'est bien plus qu'un coup de cœur. Les textes ont effectivement fait vibrer une corde sensible chez moi. Mais pas que… À mon plus grand étonnement, quelque chose en moi est entré en résonance avec les textes, leur profondeur agissant comme un amplificateur à la vibration initiale. Les mots se sont pris au piège des cordes de mon âme et en ont tiré une mélodie totalement inattendue, un hymne entêtant qui ne me quitte plus depuis que j'ai refermé le roman.

Et c'est là que je sens l'arrivée toute proche des messieurs en blanc à bord de leur fourgonnette capitonnée. Peut-être pourra-t-on lire un gros titre dans le journal de demain : "Une harpiste rendue folle par un recueil de nouvelles a été retrouvée derrière son clavier, pianotant des propos incohérents."

Mais le panégyrique ne s'arrête pas là…

… Car il est des lectures qui vous éclaboussent jusqu'à l'âme.

Anthelme Hauchecorne, dans son "Backstages : autopsie des nouvelles"

[Chronique] Punk's not dead, d'Anthelme Hauchecorne

Les valeurs de la famille Hauchecorne…

Vous l'aurez compris, ce titre de section est une pitoyable tentative de parallèle avec l'un des volets des aventures de la famille Addams… Je vous laisse deviner lequel! Bon, plus sérieusement…

Quand je parle de profondeur, je veux bien sûr parler des idées et des valeurs que les différentes nouvelles de ce recueil véhiculent, et qui sont pour une grande part responsables de cet énorme coup de cœur qui est le mien.

De la fable écologique à l'apologie de l'intelligence et de la culture, en passant par des nouvelles axées sur la tolérance face à la différence ou sur l'horreur de la bêtise humaine, l'auteur nous invite à découvrir toute une gamme de grandes valeurs que notre société aurait dû intégrer depuis belle lurette et qui ne s'en est jamais donné la peine.

Acherontia

Écrire de jolies histoires servant de distraction à une jeunesse assoiffée de macabre féerie et de fantasy urbaine, c'est bien beau… Mais ce n'est point suffisant pour Anthelme Hauchecorne. Car comme il le dit lui-même dans le Backstage de la Ballade d'Abrahel (nouvelle dont nous parlerons plus bas), les récits fantastiques sont avant tout le reflet de notre monde. Ils naissent de notre histoire, se nourrissent de nos désirs et de nos peurs. Les littératures de l'imaginaire, de part le recul qu'elles nous permettent de prendre par rapport à notre réalité, donnent souvent lieu à une critique acide de celle-ci.

Les récits fantastiques de ce présent recueil sont donc autant de dents acérées plantées dans la chair putrescente d'un monde en voie d'extinction par la faute de ses habitants. De la fable écologique à l'apologie de l'intelligence et de la culture, en passant par des nouvelles axées sur la tolérance face à la différence ou sur l'horreur de la bêtise humaine, l'auteur nous invite à découvrir toute une gamme de grandes valeurs que notre société aurait dû intégrer depuis belle lurette et qui ne s'en est jamais donné la peine.

Mais ne vous y trompez pas, nous ne sommes pas ici en présence d'infâmes pamphlets moralisateurs, mièvres et barbants à souhait. Le parallèle établi entre la réalité et la fiction agit comme un Maalox® sur un estomac supplicié. Il estompe un peu de l'acidité mordante que l'on peut trouver dans les critiques habituelles, rendant l'ensemble plus digeste et mieux assimilable.

Ces valeurs que l'on retrouve dans ce recueil seront détaillées au fil des chroniques que j'ai établies pour chaque nouvelle. Je tiens particulièrement à mettre l'accent sur elles car elles me sont chères également, et je voudrais profiter de l'occasion pour les mettre en lumière comme il se doit. Ce sera donc une longue litanie de "Je pense exactement pareil!" et autres "J'adhère à 100% avec cet opinion…". Désolée pour ceux dont l'entendement se verra dépassé…

Entre humour, poésie et causticité…

Ne laissez pas vos neurones s'étioler, offrez une cure de jouvence à vos zygomatiques. Cessez de résister, accordez-vous une douce violence…

Anthelme Hauchecorne, 4e de couverture de Punk's not dead

Ah ça! On peut dire que la cure de jouvence s'est bien faite sentir, chez moi! Et elle fut plus que bienvenue, croyez-moi! Cela faisait longtemps que je n'avais plus ri ainsi. Et jamais, au grand jamais, je ne m'étais autant esclaffée au cours d'une lecture. C'était plus fort que moi… Certaines situations ou descriptions me prenaient tellement par surprise que j'explosais de rire sans m'y attendre. Jusque dans les transports en commun, où j'use mes jupes plus que je ne le voudrais, attirant sur moi les regards des ternes navetteurs qui auraient tout à y gagner en entamant ce type de lecture. Dans la seconde partie de cette chronique, je vous offrirai quelques extraits qui témoigneront de l'incroyable et inimitable style d'Anthelme Hauchecorne. Ainsi vous pourrez juger par vous-même, vous m'en direz des nouvelles…

Le weekend dernier encore, j'ai risqué un œil entre les pages du second volume de l'auteur que j'ai en ma possession, Âmes de verre. Bien mal m'en a pris (quoique…), car les quelques lignes entr'aperçues m'ont donné une terrible envie de le lire, là, tout de suite! Comme je l'explique dans mon C'est lundi de cette semaine, l'attentat au camembert a eu raison de moi… Il n'y aura pas eu qu'une victime, finalement! Les récits de monsieur Hauchecorne font autant d'effet sur moi que des pancakes au sirop d'érable sur un essaim de guêpes affamées. C'est terriblement délectable et addictif! Diantre, que n'ai-je découvert cet auteur plus tôt!

Anthelme Hauchecorne manie le français avec brio, jonglant tout en fluidité avec les mots, leur faisant décrire de grands arcs métaphoriques de toute beauté. Certains, peut-être, diront que cela manque de finesse, en raison des nombreuses allusions au gore ou à l'humour de potache. L'auteur lui-même s'en fait la réflexion dans son Backstage de la nouvelle "La grâce du funambule", où il dit avoir laissé de côté sa tronçonneuse et son coussin péteur pour ajouter plus de finesse au récit.

Personnellement, les côtés plus "crades" de son écriture ne m'ont nullement gênée. Je pourrais même dire que je m'en suis trouvée enchantée! Peut-être est-ce parce que j'apprécie moi-même l'emploi de ces figures de style dans mes quelques modestes écrits ou dans ma vie quotidienne (en témoignent mes nombreux jurons morbides qui font se retourner les oreilles les moins habituées… j'ai depuis longtemps remplacé les "putains" et autres insultes courantes par mon légendaire "putréfaction" et tous les dérivés que l'on peut lui trouver). Peut-être est-ce aussi parce que malgré l'aspect poisseux du langage, il s'en dégage une poésie que seule une grande connaissance de la langue française peut permettre. L'auteur emploie de nombreux mots injustement méconnus (d'ailleurs, je conseille au public moins averti de conserver un dictionnaire à portée de main), mais jamais à tort et à travers. Chaque mot, chaque métaphore, fussent-ils d'un goût macabre ou licencieux, apporte son grain de poésie à la toile dentelée des récits présentés. Pour celles et ceux qui, comme moi, parviennent à trouver la beauté dans les ténèbres, ce recueil est fait pour vous.

Et la finesse, je l'ai trouvée dans chacune des treize nouvelles. Chacune, à leur manière, comporte un côté sensible qui échappera peut-être au commun des mortels, rebuté par la plume sombre et déliquescente, mais qui m'a littéralement sauté aux yeux, rompue que je suis aux lectures sépulcrales et aux textes graveleux. Et cette finesse réside dans le message que l'auteur cherche à nous transmettre, ces fameuses valeurs dont je vous parlais dans le précédent paragraphe et qui forment le fil conducteur de Punk's not dead. Si certaines idées sont évidentes, d'autres doivent être lues entre les lignes. C'est aussi ce qui fait toute la beauté et la complexité de ces nouvelles.

Éveiller les consciences…

Ce cercueil de nouvelles, c'est bien plus qu'un livre, c'est un outil, un guide qui nous montre les dérives de notre société, et qui nous propose une solution pour éviter de sombrer dans le marasme : l'intelligence, et la connaissance qui en découle.

Certes, certains de ces messages nous sont envoyés comme une giclée d'acide en pleine face. Ça réveille, ça fait du bien! Car, à l'instar de son roman Âmes de verre, Anthelme Hauchecorne agit comme un éveilleur de consciences pour les plus endormis d'entre nous. Quoique, encore faut-il que les dormeurs se réveillent suffisamment pour capter l'essence du message qu'on tente de leur transmettre. Et comme souvent, entre comprendre et mettre en pratique, le chemin est long et semé d'embuches. Quoiqu'il en soit, le lecteur ne peut que sortir de cette lecture grandi et un peu plus éclairé. Car s'il ne capte pas ou refuse de capter les critiques caustiques et les appels à une plus grande conscience du monde dans lequel nous vivons, j'ai envie de croire que ce qui se lis entre les lignes agira sur son encéphale comme autant de messages subliminaux, s'insinuant au plus profond de la psyché pour dessiner les traits d'un Homme nouveau.

Anthelme Hauchecorne est ce que j'appelle un auteur intelligent. Atteint du syndrome Darwin depuis la naissance, plus que probablement… Et si vous n'avez pas encore fait connaissance avec les Darwinistes, n'ayez crainte, cela viendra en temps et en heure dans la seconde partie de cette chronique. Je ne veux évidemment pas dire que les autres auteurs sont stupides, loin de là… De nombreux coups de cœur chroniqués sur ce blog sont plus que probablement le fruit d'écrivains doués et plein d'entendement. Mais la particularité de monsieur Hauchecorne, c'est de chercher à partager cette intelligence, d'essayer d'en faire une valeur primordiale dans une société où les dirigeants farcissent le peuple à grandes cuillerées d'inepties (j'en veux pour preuve les programmes diffusés à la télévision, téléréalité, séries à l'eau de rose et autres ramollisseurs cérébraux. Sans parler de la désinformation omniprésente dans les médias…). Il est évidemment plus aisé de diriger un peuple d'ignorants, divisé par la peur de l'autre et le rejet de la différence, un troupeau de moutons suivant aveuglément la route que l'on a tracé pour eux.

Ce cercueil de nouvelles, c'est bien plus qu'un livre, c'est un outil, un guide qui nous montre les dérives de notre société, et qui nous propose une solution pour éviter de sombrer dans le marasme : l'intelligence, et la connaissance qui en découle.

Monsieur Hauchecorne est donc un auteur engagé qui met son scalpel littéraire à notre service, nous offrant une jolie chirurgie neuronale plus que bienvenue. Il ôte peu à peu nos vilaines tumeurs de préjugés, nos anévrismes de haine prêt à exploser, nos vaisseaux encombrés des caillots de la banalité. Mais n'ayez crainte, le tout se fait sous anesthésie générale. Durant votre sommeil artificiel, vous serez bercés de récits loufoques, même drôlissimes. Vous vous verrez entraîné dans des univers décalés et sombres à l'horizon desquels pointe l'optimisme, rougeoyant levé de soleil sur un ciel enténébré de turpitudes. Le réveil sera brutal, mais sans douleur aucune. Dès votre convalescence, vous pourrez à nouveau jouir de toutes vos capacités mentales et émotionnelles. À n'en point douter, elles s'en trouveront même grandement améliorées. Alors, prêt à sauter le pas? C'est nécessaire, vous savez… Vous ne pouvez plus vous permettre de laisser vos neurones étouffer!

Alors n'hésitez plus et procurez-vous au plus vite un exemplaire de Punk's not dead. L'essayer, c'est l'adopter! De plus, vous ferez une bonne action, car chose qui me rend d'autant plus admirative et sans voix, les droits d'auteurs sont reversés à l'association Sea Shepherd, qui milite en faveur de nos mers et océans, berceau de l'humanité bien trop souvent bafoué.

En résumé…

J'ai pour habitude de diviser mes résumés en deux parties, les points positifs et les points négatifs, chacune de ces parties reprenant point par point et de manière condensée ce dont j'ai parlé plus haut. Mais dans le cas du présent recueil, c'est un procédé que je n'emploierai pas. Pour la bonne et simple raison que je ne saurais pas. Il m'est impossible de résumer ce livre tant il y a de choses à en dire. Je ne saurais pas n'en donner que quelques points, parce qu'il recouvre une réalité qui dépasse de loin ce que je suis accoutumée à lire.

Ce recueil, c'est pour moi une révélation, et le mot n'est pas trop fort. Comment vous expliquer mon ressenti sans vous paraître folle dingo? Pour la première fois de ma vie (elle n'est pas bien longue, même si j'en ai déjà vu des vertes et des pas mûres…), je ne me sens plus seule sur cette terre. Je me suis longtemps sentie comme un extra-terrestre atterri par hasard sur une planète inhospitalière, entourée de mes "semblables" qui n'en sont pas vraiment. "Une enfance avare en amis", nous dit l'auteur dans un de ces Backstages… Force est de reconnaître que ce fut mon cas également. Je souffrais du syndrome Lisa Simpson, persécutée que j'étais pour ce que les autres croyaient être des différences, et qui en fait s'avérèrent être des richesses. Je le sais, maintenant, mais ce ne fut pas toujours le cas, et je m'en suis trouvée plus d'une fois fort malheureuse. Mais lire ainsi les écrits d'une personne partageant mes valeurs, mes combats et, semble-t-il, certaines de mes difficultés, ça fait un bien fou! Je me doutais que je ne devais pas être seule sur terre à prôner l'importance de l'intelligence et de la connaissance, à essayer de militer pour un plus grand respect de la planète et de ses habitants, à respecter les différences quelles qu'elles soient… Mais s'en apercevoir de visu, c'est autre chose. C'est terriblement revigorant, pour mon âme comme pour mes neurones restés trop longtemps à l'état de veille. Vous m'en voyez aussi retournée qu'une tarte tatin dans une montagne russe…

Dans le climat névrosé qui est nôtre à l'heure où j'écris ces lignes, quel bonheur de lire de si nobles pensées! Et le tout mêlé à la littérature de l'imaginaire chère à mon cœur, je ne pouvais rêver meilleur cocktail. Cette lecture fut un îlot de fraîcheur sur l'océan houleux de la vie, chaque nouvelle m'apportant son lot de plaisir, de rire, d'émerveillement et de réflexion, chaque backstage agissant sur moi comme une éclaircie parmi les nuages qui peuplent mon obscur encéphale.

Pour tous ces instants magiques passés en compagnie de Punk's not dead, pour toutes les lectures à venir, pour tous les esprits que ces écrits vont peut-être permettre d'ouvrir, j'ai envie de dire un grand merci à Anthelme Hauchecorne. Et aussi… longue vie à son écriture! Je prie pour que les quelques romans qu'il nous a offert jusqu'à aujourd'hui ne soient pas les derniers, mais plutôt les pionniers d'un grand cycle aussi foisonnant que génialissime. Je me ferai bien entendu un devoir de chroniquer sur ce blog le moindre écrit qui sortira de sa plume.

Pour en revenir à la dédicace que m'a laissé l'auteur dans mon exemplaire, il semblerait que ces treize belles graines de citrouille ait trouvé un terreau propice pour germer et se développer (si toutefois je puis me considérer comme une motte de tourbe…). Je ne sais si les fruits de cette mirifique germination peuvent être qualifiés de funèbres, mais en tout cas, je les trouve tout à fait délectables.

P. S. : Je m'incline bien bas devant l'art de Loïc Canavaggia qui a si magnifiquement illustré ce recueil. Je rêverais d'avoir ne fut-ce qu'une once de son talent…

Ma note : 20/20. Je pense que c'est la première fois que je décerne une telle note. En général, je cote les coups de cœur à 19/20, mais ici, je ne pouvais pas me permettre de concéder un seul point!

Comme le dit Business Cat…

[Chronique] Punk's not dead, d'Anthelme Hauchecorne
Lu dans le cadre du challenge "Littératures de l'imaginaire 2015".

Lu dans le cadre du challenge "Littératures de l'imaginaire 2015".

Décembre aux cendres…

Des fleuves de feu ont couru les rues, submergé les façades, englouti les habitants. Les flammes brûlaient bleues et mauves, elles semblaient vivantes, et salement en pétard. Elles vitrifiaient le béton, liquéfiaient l'acier. Des colonnes de fumée ont enténébré le ciel. Des nuages fuligineux ont vomi leur pluie de cendres. Tout le labeur de nos villes insomniaques, la somme des connaissances de nos aïeux se sont volatilisés. Les livres ont grésillé, le feu a consumé jusqu'au dernier pétaoctet de nos serveurs de données. Nos mégalopoles avaient noirci jusqu'à devenir des ombres. Les veuves de leur gloire passée.

Décembre aux cendres, d'Anthelme Hauchecorne

Première du recueil, cette nouvelle nous familiarise très rapidement avec l'univers de l'auteur, et l'on se laisse entraîner presque avec plaisir vers ce monde en ruine où tout ce que nous connaissons à été détruit, brûlé par une grande vague de Vent Solaire. Le récit se passe en Hongrie, où l'on suit les pérégrinations de la jeune Éva, qui vit dans un milieu très pauvre et qui tente d'aider sa mère malade. Elle se porte volontaire pour travailler en tant que scorpailleuse et ainsi ramasser hors des décombres des objets miteux mais encore exploitables.

D'emblée, ce qui m'a frappée dans cette nouvelle, c'est le souci du détail et les connaissances que l'auteur a de son sujet. J'ai été très impressionnée par l'utilisation de nombreux termes hongrois, ainsi que par certains clins d'yeux à la culture traditionnelle du pays. Quoique la Hongrie telle que proposée par l'auteur soit sombre et inhospitalière, je me suis sentie dépaysée, c'en était presque agréable, dans un premier temps… La suite établit un parallèle avec une autre réalité beaucoup moins connue et fort peu joyeuse, qui est celle des travailleurs en Hongrie, le tout mêlé à un univers noir et post-apocalyptique où l’innocence de la jeunesse ne fait pas long feu (mauvais jeu de mot…).

Face à la barbarie, le Savoir est une arme. Indétectable. Légale. Universelle. À même de servir en toute occasion. Le seul arsenal dont on puisse être fier.
Le Savoir, c'est la parure de l'âme. Le joyau à côté duquel les autres font toc.

Backstages de "Décembre aux cendres"

Sarabande mécanique…

Sir Braddock, lui, ne s'incline pas, comme l'exigerait l'étiquette. Du reste, il en serait incapable. Car ce vétéran de la Campagne coloniale de Zululand a été mutilé par les bio-armes des xénozoulous, et rafistolé avec une virtuosité moins médicale que mécanique. Il émane de lui toute la dignité martiale d'une poubelle remplie d'organes. Une sorte de vase canope britannique, bardé de décorations militaires et de tuyaux de plastique. Deux jambes et deux bras à pistons l'affublent d'une démarche toute pneumatique. Un homme bon au demeurant, quoique amer. De quel réconfort sont un titre ronflant et une pension coquette à qui ne trouve point femme à marier?

Sarabande mécanique, d'Anthelme Hauchecorne

Est-il nécessaire de dire que j'ai vraiment adoré cette nouvelle? C'est typiquement le genre de récit qui a tout pour me plaire. Un univers steampunk complètement décalé, des personnages totalement loufoques, une histoire de règlements de compte qui n'en finissent plus, des rebondissements surprenants, le tout assaisonné d'une sauce légère aux relents de gore comme je l'aime…

L'occasion pour moi d'explorer cette subdivision de la SF qu'est le steampunk, dans toute la démesure de ses anachronismes somptueux.

Backstages de "Sarabande mécanique"

No future…

L'écologie à la sauce London Stock Exchange. Protéger la planète tout en continuant de brasser du pognon. La croissance verte. Vous y aviez cru? Vous vous trompiez.
Notre astre agonise depuis belle lurette. Ouragans, séismes, réchauffement climatique… Pardon la Terre. Pendant que tu étouffais dans notre merde, nous, tes rejetons, comations devant MTV. En 2012, Mère Nature est rentrée dans la phase terminale d'un long cancer diagnostiqué tardivement : l'Homo sapiens.

No future, d'Anthelme Hauchecorne

L'apocalypse selon Johnny Rotten, le punk zombie… J'ai adoré sa personnalité et sa façon de s'exprimer, avec ses expressions hautes en couleur et ses métaphores hilarantes. Mais aussi, et surtout, j'ai beaucoup apprécié le message ouvertement écologiste que fait passer cette nouvelle, le fait qu'il n'y ait nulle besoin d'intervention divine pour voir notre monde arriver à son terme…

L'Apocalypse selon Saint Jean, blockbuster biblique où l'on ne mégote pas sur les effets spéciaux, m'a toujours laissé sceptique. Quel dieu désœuvré s'abaisserait à nous exterminer, tant semblons-nous surqualifiés pour cette besogne? "This is the end" chantait Jim Morrison. La Fin arrive, et nous l'orchestrons.

Backstages de "No future"

C.F.D.T…

Ou les origines de la Confédération des Fantômes, Dragons et Trolls.

Un courant d'air souffle depuis une embrasure donnant sur des escaliers en colimaçon. Snorri gravit les marches glissantes. Un calvaire. Ses jambes sèches flageolent sous le faix de son barda. Il progresse néanmoins, avec la grâce bancale d'une armoire normande frappée par un sortilège d'animation.
Ruisselant, il parvient au premier étage.
Soudain, un coquelinement glaçant l'alerte. "Cocodi, cocoda!" Damned! Le Viking reconnaît ce rauque cocorico : il appartient à un Cocadrille. Un péril qu'il aurait dû anticiper. Les dragons excellent à s'entourer de monstres mineurs pour les protéger. Foutus couards!

C.F.D.T., d'Anthelme Hauchecorne

D'emblée, je rigole intérieurement rien qu'avec le titre de la nouvelle, car ça me rappelle de vieux souvenirs. Lorsque j'étais ado, j'avais écrit une histoire qui s'appelait "Deule de Bief" (c'était le nom de l'héroïne, ne me demandez pas pourquoi…). Dans ce récit, j'aimais bien prendre des acronymes et leur donner une signification toute personnelle. Et il y avait notamment les C.F.D.T., qui n'étaient autres que des catholiques fastidieux dilatés par la torpeur. Oui, bon, j'allais les chercher loin, parfois…

Bref. J'ai bien rigolé avec ce récit des aventures de Snorri Sturluson le viking (on voit tout de suite le parallèle avec l'auteur bien connu de nombreuses sagas nordiques et autres récits mythologiques), du père Gracchus Boeubaffe, et d'un graoully aux airs de baba cool. Et si vous voulez vous payer une autre bonne tranche de rire, n'hésitez pas à écouter la chanson de Stupeflip ci-plus bas (groupe conseillé à forte raison par l'auteur).

Peut-être une prime enfance avare en amis explique-t-elle mon affection précoce pour les vampires, loups-garous, momies et autres zombies. Est-ce ma faute si, en comparaison du monstre, l'Homme déçoit par sa médiocrité? Là où l'humain moyen rêve de luxe et de luxure, même le plus insignifiant des monstres s'efforce lui de conquérir le monde, ou de le goinfrer. À croire que l'état monstrueux prédestine à un certain héroïsme, un brin psychotique.
Au surplus, les humains ont l'habitude haïssable de s'entretuer pour un rien. Le monstre, lui, tue pour se nourrir, ne laisse rien dans son assiette et doit subséquemment faire la fierté de sa maman. Aux yeux d'un enfant, cela suffit à le rendre admirable.

Backstages de "C.F.D.T."

Sale petite peste!

Le sieur Jean Marasme, figé dans son bain, une lame de faux arrêtée à un cheveu de sa jugulaire, n'en mène pas large. Au contraire de l'essaim de mouches qui le suit en toute occasion, appâté par l'alléchant fumet de ses chairs faisandées, lesquelles le contraignent à une existence recluse. D'un œil jaune bilieux, il lorgne sur l'outil tranchant de son Visiteur avec une lueur de soulagement.
– Laisse-le faire, poupoune, dit-il à sa femme.

Sale petite peste! d'Anthelme Hauchecorne

Tient tient… Jean Marasme dans sa baignoire, on ne voit pas du tout à quoi l'auteur fait allusion 😉

Ce récit me rappelle les recueils médiévaux de Danse macabre, livres qui tendent à montrer une Mort insensible aux inégalités sociales. En voici d'ailleurs un bon exemple que j'ai récemment numérisé. Il est richement agrémenté de somptueuses xylographies, macabres à souhait, comme je les aime!

J'ai bien aimé le concept de la Mort totalement surmenée par son travail, ça lui donne un air plus "humain". Et cette référence aux cavaliers de l'Apocalypse… Ah! Je ne vous en dit pas plus, je vous laisse découvrir…

Nécromants, thaumaturges, vos morts-vivants grincent-ils horriblement? Au point de vous faire claquer des dents? Perdent-ils leurs morceaux trop souvent? Ne cherchez guère plus avant! Que vos maléfices durent longtemps, avec les lubrifiants Tatie Calmant! Pensez longévité, pensez Calmant!

Note de bas de page numéro 40 de Sale petite peste!

Les gentlemen à manivelle

Eugénie se retrousse les manches. Elle rampe sous le bureau d'angle, à l'endroit où elle se rappelle avoir vu choir l'appareil. Au cours de son exploration à tâtons, elle effleure de vieilles preuves de fringales gourmandes de son bedonnant patron. Des vestiges alimentaires dérangés en pleine mutation, à califourchon entre gastronomie et paléontologie. Elle envahit sans le vouloir le territoire ennemi d'un écosystème miniature et grouillant. Une gaufre au miel rendue à l'état sauvage lui galope sous le nez, mue par une tribut de cancrelats.

Les gentleman à manivelle, d'Anthelme Hauchecorne

Cette nouvelle est sans doute un des plus courtes du recueil, mais je l'ai adorée! (Non, sans blague…) Bon, vous l'aurez deviné, j'aime beaucoup le steampunk… Et cette héroïne, Eugénie, qui, déguisée en soubrette, se révèle être une vraie boule en mécanique…

Ici, c'est le thème des robots qui est abordé. D'habitude, c'est un thème qui me rebute plus, surtout traité à la façon de la science-fiction traditionnelle. Pourtant, les récits d'Asimov sont très bien écrits, très intelligents, avec évidemment les trois lois de la robotique, rappelées dans le backstage de la présente nouvelle. Mais j'aime beaucoup la façon dont le thème est ici traité, car l'auteur évoque la paresse qui pourrait résulter des services offerts par les robots. C'est une réflexion intéressante et plus que probable, malheureusement.

Comme évoqué dans cette nouvelle, je crains que la paresse ne prenne le dessus. Que nous devenions de petits aristocrates désœuvrés, alors même que cette liberté que les robots nous rendront pourrait être utilement employée pour créer, inventer, partager… pour ressusciter ces valeurs humanistes dont l'amoralité ambiante a presque triomphé.

Backstages des "Gentlemen à manivelle"

La guerre des Gaules

J'aurais pu prendre de nombreux extraits de "La guerre des Gaules", le choix a été difficile. Finalement, je me suis arrêtée sur l'extrait ci-plus bas car j'aime beaucoup l'idée de voir les rôles inversés, de voir ce que nous ressentirions, nous, si nous étions dans la situation des immigrés… j'ai envie de rappeler au passage que ces réfugiés, qu'ils soient là pour des raisons politiques ou économiques, sont des êtres humains, et non des plantes en pot à qui on peut tout faire subir. Rappeler aussi que beaucoup viennent pour échapper à un climat politique suffoquant, et non pas pour venir piller nos richesses et nous priver de nos revenus. Ce petit extrait est donc bien d'à propos…

L'Angleterre nous a refoulés. Puis l'Allemagne, la Belgique, l'Italie et l'Espagne. Certains ont tenté d'atteindre le Maghreb. L'attrait du soleil allié à la nostalgie du Club Med. Combien de Français clandestins se sont noyés en mer? Combien de barges de réfugiés ont été coulées par les marines algérienne, marocaine, tunisienne?
Pour les miraculés qui foulaient le rivage, le calvaire se prolongeait. Partout où ils allaient, ils étaient pourchassés, accusés de voler, de mendier, de spolier les Maghrébins de leur travail. Les Français se forgeaient une robuste réputation de pique-assiette.
D'abord nous avons haï ces pays qui nous claquaient la porte au nez. Puis nous avons pratiqué un zeste d'autocritique. Exercice trop longtemps différé. Pour aboutir à la conclusion que si nos voisins nous escagassaient tant, c'était aussi parce qu'avant, nous étions comme eux.
D'exécrables égoïstes donneurs de leçons…
Sauf que les rôles s'inversaient. Dorénavant, les immigrés, c'était nous.

La guerre des Gaules, d'Anthelme Hauchecorne

Ah, la guerre des Gaules… Je crois que c'est une de mes nouvelles préférées, pour ce recueil. Je la trouve incroyablement intelligente et bien écrite. Rédigée sous la forme d'une interview de plusieurs intervenants, son action se passe dans le futur et parle d'événements fictifs supposés avoir eu lieu en France, à savoir la prise du pouvoir par un parti politique extrémiste appelé Nouvelle France. Ce qui est génial, ici, c'est que l'on voit les extrémités auxquelles un parti de ce type peut mener, les dérives auxquelles on peut être confrontés, la crise politique, économique, sociale, la misère, la violence, le repli sur soi, la peur de l'autre, la haine…

Et ce qui est doublement génial, c'est l'élément fantastique que l'auteur introduit dans son récit. Car au beau milieu de toute cette fange, un petit miracle fait son apparition. Le QI des certains français se met subitement à grimper de façon exponentielle… avec tout ce que cela entraîne… Vous vouliez faire la connaissance des Darwinistes, voilà qui est chose faite ^^

C'est une nouvelle qui me touche particulièrement, parce que cela parle du pouvoir de l'éducation, de l'intelligence et de la connaissance. Il y a 500 ans déjà, Léonard de Vinci nous parlait de l'importance du savoir. À l'heure actuelle, il faut croire que le message n'est pas encore passé chez tout le monde… Chez peu de gens, même, au final… Comme le dit Serj Tankian dans sa chanson "Uneducated democracy", Without an education there is no real democracy. Without an education there is only hypocrisy. Mais Anthelme Hauchecorne nous en parle mieux dans son backstage…

La diversité et ses innombrables formes devraient nous enrichir, nous conduire à nuancer nos positions, à nous interroger sur qui nous sommes, sur ce que nous croyons savoir. Trop souvent, cependant, des manipulateurs patentés instrumentalisent les différences pour servir leurs desseins nauséeux. Excusez l'affligeante banalité de ce rappel : il n'en demeure pas moins d'actualité, alors que les discours machistes et racistes, homophobes et xénophobes ressurgissent des cloaques mentaux qu'ils n'auraient jamais dû quitter.
[…]
À l'heure où je couche ces vains mots, je m'inquiète de voir l'intelligence aujourd'hui bafouée, dévalorisée, muselée. On voudrait nous faire croire qu'elle serait passée de mode, qu'elle aurait cessé d'intéresser.
Au contraire. Je veux croire qu'elle est l'outil et la solution.

Backstages de "La guerre des Gaules"

Voodoo doll

À l'école de police, on enseigne aux cadets à se servir d'un tableur plutôt que de leur cervelle. La flicaille s'embourgeoise. Il en va désormais de la police comme de l'agroalimentaire : la volaille ne s'élève plus au plein air, mais en lieu clos.
Une détresse non quantifiable encombre les rues, quoi qu'en disent les graphiques. Nos villes tentaculaires sont des égouts que rien ne saurait curer. Hormis nous, les artisans du crime.
Les privés.

Voodoo doll, d'Anthelme Hauchecorne

Une nouvelle très courte mais très plaisante, avec une fin qui m'a prise par surprise! J'apprécie beaucoup les personnages torturés et complexes, à l'image de ce détective dont il est question. Des personnages souvent sur le fil de la justice, que la vie a poussé à se forger une morale propre.

L'icône du "détective" me fascine par sa façon d'évoluer à la frange du gouffre qui sépare les lois humaines (faillibles) de l'idéal de justice.
Héros aux mains sales, miné par le doute, le "privé" explore les contrées poisseuses de la morale. À travers les dilemmes qu'il affronte, il interroge notre société et nos mœurs.

Backstages de "Voodoo doll"

De profundis

Enlisées dans un dépôt calcaire, pâle cimetière de cadavres microscopiques, dorment des semences de mort. Des épaves broyées par la pression, des fûts rouillés, des containers étalant leurs viscères radioactifs… Les rebuts de la surface, amassés ici depuis des siècles. Lourd secret que les deux paleos se sont ingéniés à dissimuler. La tragédie des bombardiers abattus, des chasseurs foudroyés, des croiseurs et des destroyers chavirés. La folie des cuirassés dépiautés, des mines flottantes coulées, des torpilles et des ogives tactiques endormies, bercées de houle et de rêves d'Holocauste.
Tant de guerres ont achevé de reléguer les fiers sauriens de jadis en éboueurs des mers.

De profndis, d'Anthelme Hauchecorne

Et voici la nouvelle qui explique pourquoi les droits d'auteurs sont reversés à l'association Sea Shepherd. Je suis de prime abord sciée de constater l'étendue des recherches effectuées par l'auteur sur les océans (les écosystèmes bathypélagiques et abyssopélagiques dont il parle dans son backstage). C'est certain qu'il y a encore beaucoup à découvrir dans les océans, leurs failles enténébrées de mystères et leurs habitants aux dégaines inquiétantes. C'est un univers totalement fascinant qui n'a pas encore livré tous ses secrets, un monde qui est le berceau de la vie et dont l'équilibre est sans cesse menacé.

J'ai adoré l'idée de placer les dragons hors de leur contexte montagnard habituel, loin de leurs caverneux ossuaires et de leurs rutilants trésors. Le milieu aquatique leur va finalement comme un gant. J'ai été assez surprise par les noms donnés aux dragons protagonistes de l'histoire. Effectivement, en lisant le backstage et en effectuant quelques recherches sur le net, leurs noms sont inspirés de dinosaures et autres créatures marines qui ont selon toute vraisemblance existé. Beau travail de recherche documentaire, et belle idée de thématique!

Preuve que la mer a encore beaucoup à nous apprendre. Elle demeure notre berceau et notre poumon (la moitié de notre oxygène provient des algues et du phytoplancton). Pourtant son pillage continue, irresponsabilité écologique qui sera notre marque de fabrique.
Aussi ai-je choisi de dédier cette nouvelle aux militantes et aux militants de Sea Shepherd, pour leur dévouement en vue de protéger les océans et leurs habitants.

Backstages de De profundis

La ballade d'Abrahel

Au plus fort de l'hiver, le bourg de Bresnes-en-Woevre grelotte sous son épais manteau blanc. En ce dimanche venteux, les villageois trouvent refuge dans leur chapelle, et dans la prière. La neige immaculée coiffe le clocher cagneux, les gargouilles grimaçantes, les vitraux et leurs martyrs.
Les carillons sonnent la fin de l'office. Têtes basses, capuches rabattues, les fidèles traversent la grand' place flagellée par la tourmente vers la tiédeur de leurs foyers. Vu du ciel, le parvis de l'église ressemble à une plaie d'où s'épanche une saignée de silhouettes arquées. Çà et là pourtant se forment des caillots. Des cercles de commères se regroupent pour honorer un culte de leur cru : celui du ragot. Eu égard aux températures frisquettes, seules les pisse-vinaigre les plus médisantes tiennent salon aujourd'hui.

La ballade d'Abrahel, d'Anthelme Hauchecorne

D'habitude, je suis peu friande des histoires d'anges déchus, de démons, de mortels qui se font prendre au piège de leurs machinations. Je les trouve la plupart du temps tellement manichéennes que c’en est casse-pied. Ici, pas de noir ni de blanc, mais une histoire toute en nuances de gris, ou les personnages sont tous aussi paumés les uns que les autres, enfermés dans leurs souffrances ou leur bêtise.

L'auteur a cuisiné à sa sauce une vieille légende qu'il a trouvé dans un ouvrage de démonolâtrie, avec succès. Ce qui m'a amusée, c'est que le récit original se passe à Dalhem, une petite bourgade située pas très loin de chez moi. Pour la petite histoire, je dois d'ailleurs y aller fin du mois pour un jeu de rôle grandeur nature. Je vous raconterai peut-être dans un prochain article mes péripéties au château de Dalhem, métamorphosé pour l'occasion en palais du doge à Venise… Ça promet d'être amusant!

J'ai bien aimé l'ambiance de vieux village que l'auteur décrit avec beaucoup de justesse. Toute cette étroitesse d'esprit, mêlé au commérage et à la bigoterie. J'ai bien connu ce type de mentalité, ayant moi-même passé plus de dix-huit ans dans un petit village de ce type, une fière bourgade médiévale au lourd passé guerrier et meurtrier, repliée sur elle-même, protégeant jalousement ce qu'il lui reste de son ancienne splendeur ducale. Je suis née bien après le début du siècle, et pourtant j'ai connu les affres des messes du dimanche, le vieux curé tout démantibulé qui perdait ses nougats, la baronne du coin qui faisait la course à l’hostie avec une autre vieille bigote, et les enfants du village qui passaient leur temps à uriner dans le bénitier… Étrange, d'ailleurs, que je n'aie pas été du lot… Et ça jasait ferme, dans cette petite communauté très fermée… Alors quand je me suis ramenée avec mes cheveux rouges, mes vêtements noirs, ma harpe et mes morceaux de Metallica, ça a jasé aussi. "C'est quand même bizarre, hein, une punk qui joue de la harpe… c'est satanique!". Du grand folklore, je vous le dit!

L'imaginaire, sous couvert d'explorer d'autres mondes, devient prétexte à prendre du recul sur celui qui nous entoure, pour mieux dévoiler ses travers.
[…]
Les histoires de fiction apparaissent ainsi comme autant de reflets de l'Histoire avec un grand "H". Telles des fleurs qui se nourrissent du terreau duquel elles ont éclos. Elles reflètent les désirs et les espoirs latents, les peurs subconscientes de notre société.

Backstages de "La ballade d'Abrahel"

Le buto atomique

Cette cocotte nourrissait des vues sur mon patron! Cette comédienne interprétait un remake de Roméo et Juliette, version croqueuse de diamants, où votre serviteur incarnait le faire-valoir. J'éprouvais le Syndrome du mouchoir : je me sentais sale et froissé.
Jamais une femme ne s'était servie de moi. Il a pu m'arriver d'entretenir de faux espoirs chez une dame ou deux. Avant cette nuit, nonobstant, la réciproque m'avait été épargnée. J'expérimentais un sentiment neuf : un douloureux cocktail d'humiliation et d'orgueil fouetté, titrant ses quarante degrés d'amertume.

Le buto atomique, d'Anthelme Hauchecorne

De toutes les nouvelles de ce recueil, celle-ci est celle qui m'a le plus intriguée… Je ne connaissais absolument pas le buto, cette danse d'origine japonaise qui tend à exprimer par les mouvements corporels des problématiques actuelles, telles que la Seconde guerre mondiale ou la catastrophe d'Hiroshima.

J'avoue ne rien y connaître à la danse, je suis piètre danseuse, incapable de reconnaître ma gauche de ma droite et de coordonner un tant soi peu mes mouvements (oui, je suis une éternelle maladroite… c'est plutôt comique, souvent pour les autres, plus rarement pour moi). Mais c'est un mode d'expression qui m'intrigue et qu'il m'aurait plu de tester si mes membres n'échappaient pas à toute tentative de contrôle. Je confesse d'ailleurs le honteux et heureusement bref visionnage de Danse avec les stars… Oui, bon… Disons-le tout de suite, je ne suis pas fan du "star système". Considérer des présentateurs de bas étage ou des pinups de téléréalité comme étant des "stars", alors qu'il y a à côté une kyrielle de gens qui ont réellement fait quelques chose de bon et qui eux restent méconnus, ça me chagrine. Mais c'est un autre débat ^^ Ce qui m'a intéressée dans cette émission, ce ne sont évidemment pas ces minets qui se risquent sur le dancefloor, mais bien les danseurs professionnels et leur magnifique maîtrise de leur art. L'auteur cite des danseurs qui l'ont inspiré pour cette nouvelle, aussi je me suis dit que j'aurais tout à y gagner en allant y jeter un œil. Ce serait bien dommage de limiter ma vision de cet art corporel à la simple vision d'une émission de télé.

Une autre facette de la nouvelle m'a interpellée, c'est celle de la magie et de la sorcellerie telle qu'elle y est représentée et telle que l'auteur en parle dans son backstage :

J'ai choisi la danse, en cela qu'elle fait référence aux sabbats, aux silhouettes nues des enchanteresses courant autour du feu. J'apprécie l'idée d'user de la danse afin de déchaîner des sortilèges, que la magie puisse être en nous, sans besoin de recourir à des ingrédients, ni à de louches décoctions. Que nous ayons cette capacité innée et inaliénable de parler à la Nature, pour peu que nous fassions l'effort d'apprendre son langage, de nous réapproprier notre corps, cette interface de chair et de peau.

Backstages du "Buto atomique"

Bien que j'apprécie beaucoup la magie "traditionnelle" en cela qu'elle nous offre bien souvent une sorte de parenthèse enchantée où l'impossible devient possible, où nous rêves les plus fous se voient hypostasiés le temps d'une lecture. J'aime les sombres électuaires aux relents de mort, les butyreuses mixtures aux ingrédients hétéroclites qui glougloutent joyeusement sur le feu d'un noir chaudron, les fioles crasseuses et dégoulinantes, les alambiques empuantis qui crachent de délétères vapeurs… Oui, je suis née le jour de Samain! Cela, je ne puis le nier, pas plus que je ne puis répudier mes origines gothico-steampunk…

Mais au fond de moi, je sais que la vraie magie ne se trouve pas entre les pages des vieux grimoires. Elle ne prend pas vie à l'évocation de quelque formule prohibée et gardée secrète depuis des millénaires, pas plus qu'elle n'agit sur le monde par le biais d'artefacts, quels qu'ils soient. Selon moi, la vraie magie est celle qui prend naissance dans la nature même, dans la communion que l'on fait avec celle-ci, et donc forcément par le biais de notre corps, de nos sens. L'homme a oublié depuis longtemps qu'il fait partie d'un tout, et qu'il a un pouvoir d'action sur ce tout, pour peu qu'il en prenne conscience et qu'il apprenne à interagir de façon efficace. Nous ne sommes peut-être qu'une infime goutte d'eau dans l'océan de la vie, mais chaque goutte a son importance et son potentiel d'action. À nous d'utiliser cela à bon escient… Et il est vrai que de tout temps, l'homme a utilisé le geste pour entrer en contact avec la nature et la partie divine qui réside en toute chose. Que ce soit les hommes de la préhistoire, les chamans celtes, les derviches tourneurs, les danses indiennes, les rondes de sorcières… jusque dans les gestes rituels propres à chaque religion.

Bref… j'ai aimé ce mélange de messages que la nouvelle tend à nous transmettre. La beauté de la danse, la magie qui prend naissance dans le geste, le tout lié aux dangers du nucléaire. Ça paraît follement hétéroclite, mais au final, pas tant que ça…

La grâce du funambule

Chacun est sur son trente et un. Un florilège de fashionistas. De charmants minois coiffant de beaux atours. Les attitudes, les sourires, les postures. Nulle place pour le naturel. Le moindre détail sophistiqué participe à ce petit théâtre de la vanité. Nous inaugurons ce soir la maison de mode de Roubaix. Au menu : champagne et boutiques de créateurs. L'avant-garde des jeunes stylistes de la métropole expose ses chefs-d’œuvre. Aux contres pendent les rêves chamarrés de modélistes fauchés.

La grâce du funambule, d'Anthelme Hauchecorne

Cette "Grâce du funambule" est une attachante nouvelle qui nous parle d'un jeune homme perdu sur le fil de la vie, poussé par son envie dévorante de réussite. On y parle notamment d'homosexualité, sujet délicat et très d'actualité, à une époque où les plus éveillés d'entre nous tentent de faire passer des lois en faveur du mariage pour tous.

S'il est quelque chose qui me heurte profondément, c'est bien l'homophobie. L'amour, c'est quelque chose qui ne se discute pas, un sentiment qui ne se choisit pas. Il peut toucher tout le monde, les jeunes, les aînés, les cheveux blonds, les cheveux gris, les hommes, les femmes… sans aucune exception. L'amour, ça reste l'amour, non? Peut importe que ce soit entre un homme et une femme, deux hommes, deux femmes… Le sentiment qui les unit est le même, alors où est la différence? Tant que les deux parties sont consentantes… Parfois, j'ai l'impression que l'opinion publique s'offusque plus vite d'une proposition de loi en faveur du mariage homosexuel, que de sombres affaires de prêtres pédophiles… J'avoue ne pas comprendre. La "différence" effraie bien plus souvent qu'elle le devrait, au lieu d'être prise pour ce qu'elle est : une immense richesse. Vous sauriez vivre dans un monde où tout le monde se ressemble, vous? Eh bien, pas moi…

Un petit clin d’œil également à cet aperçu du monde impitoyable et superficiel de la mode que la nouvelle nous offre. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'homme est un loup pour l'homme… J'ai trouvé excellente l'idée de parler du passé textile de Roubaix dans une nouvelle dont le thème devait être "sur le fil". C'est finement joué de la part de l'auteur.

Détail sur lequel je rebondis pour signaler ma très vive inquiétude quant à la recrudescence actuelle des violences homophobes, dans un climat de cécité générale. Je suis toujours surpris d'entendre le mot "homo" et ses déclinaisons employés comme injures entre ados. Je ne crois pas que cette dérive soit anecdotique. Je pense plutôt qu'elle trahit une opinion larvée chez nombre d'adultes.
J'en veux pour preuve le tollé suscité par le projet de loi du "mariage pour tous". Que des maires aient eu le culot de déclarer, publiquement, qu'ils refuseraient de célébrer de telles unions a de quoi laisser pantois. Piètre leçon de démocratie.
Une autre déception, plus vive encore, m'a été causée par les manifestations contre ce projet de loi. Je savais que la France comptait son lot d'esprits chétifs. Je les supposais simplement moins nombreux.

Backstages de "La grâce du funambules", extrait 1

À travers ce texte, peut-être ai-je voulu prouver également que j'étais capable d'un soupçon de finesse, qu'il m'arrive de m'écarter du potache et du gore. Aussi ai-je tâché, sur ces quelques pages, de ranger ma tronçonneuse et mon coussin péteur.

Backstages de "La grâce du funambule", extrait 2

Le roi d'automne

Aux yeux fraîchement décillés de la jouvencelle, la foule a subitement doublé. Aux badauds humains déjà entrevus s'ajoutent les Daedalos, les peuples du Sidhs, qu'elle décèle dorénavant dans toute leur diversité.
Chaque recoin devient sujet d'émerveillement. Les échoppes croulent de marchandises exotiques, de créatures fantastiques. Un dresseur propose ses serpents ailés aux robes moirées, voletant dans des cages à oiseaux. "Amphiptères! La solution à vos problèmes de rongeurs et de belle-mère! Demandez nos amphiptères!" s'égosille-t-il à l'intention des chalands.

Le roi d'automne, par Anthelme Hauchecorne

Sans doute la nouvelle la plus longue du recueil, Le roi d'automne consiste en une agréable introduction au cycle du Sidh, dont le premier tome, Âmes de verre, est déjà paru et sera bientôt lu et chroniqué par mes soins. C'est une plongée fulgurante dans un monde de sombre féerie tapis sous les paysages urbains qui nous sont familiers. Un univers ténébreux et pourtant… de très curieuse façon, on pourrait presque le qualifier de chatoyant. Peut-être n'est-ce que la chiche lumière des souterrains polarisée par la peau miroitante d'une aile de chauve-souris. Peut-être est-ce l'aura de magie qui se dégage du texte… peut-être est-ce surtout l'incroyable talent d'Anthelme Hauchecorne, conteur de génie qui détrône peu à peu les différents auteurs auxquels je m'étais attachée jusque-là.

L'univers du Sidh esquisse les contours d'un esthétisme urbain aux accents de féerie et de révolte. La résurrection de nos cauchemars d'enfant, mélange de Peter Pan et de benne à ordures.

Backstages du "Roi d'automne", extrait 1

J'aime énormément cette ambiance chthonienne qui émane des pages de cette nouvelle. Nous avons trop souvent tendance à oublier d'où nous venons. Car nous prenons directement racine dans le terreau des légendes celtes, où fées et créatures mythologiques côtoient les druides et leurs simples, les chamans et leurs rites païens. C'est un univers qui me parle énormément, "féerue" que je suis de merveilleux et de légendaire. Ce n'est pas pour rien que l'embryon de roman que je suis occupée à rédiger dans mes rares moments de temps libre a pour héroïne une elficologue débutante.

Je crois que nos sens nous trahissent. Qu'ils nous tiennent captifs d'un monde d'illusions. Que pour accéder à certaines vérités profondes, il nous faudrait observer avec l'esprit et le cœur…
Car comme il est conté dans Le roi d'automne, certains rites initiatiques ne vont pas sans heurts. Pour trouver qui nous sommes, parfois, nous devons commencer par nous perdre…

Backstages du "Roi d'automne", extrait 2

J'ai vraiment très hâte d'entamer Âmes de verre, qui m'attend sagement sur mon étagère. Pour mon plus grand plaisir, je me plongerai à nouveau dans l'univers envoûtant et ténébreux du Sidh…

Certes, le clip est des plus étranges, et le chanteur m'évoque un Freddy Krueger qui se serait accouplé à une mite. Intéressant mélange des Griffes de la nuit et de Brundle Mouche… Mais soit… J'adore cette chanson… Pour moi, elle correspond parfaitement à ce que je ressens à l'approche de l'automne.

[Chronique] Punk's not dead, d'Anthelme Hauchecorne

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques…

Où vous ferez la connaissance d'Obicion, de Malgasta, de Grenotte et Gourgou, ou encore de Meurlon dont le cul fut mordu par Quinette la chienne martyre… où nous parlerons des grands méfaits de la Technole, tout en tâchant de ne point être la proie de féeurs malveillants qui nous tuent à grand renfort de régurgitation d'oursins…

– Votre dévouée chroniqueuse de l'imaginaire, Acherontia.