[Chronique] Yzé et le palimpseste, de Florent Marotta

Yzé, c'est un peu la Chuck Norris des arts magiques. Je ne serais pas étonnée que l'auteur nous apprenne qu'elle a compté jusqu'à l'infini deux fois.
Plus sérieusement j'ai sincèrement apprécié cette lecture, malgré la profusion de personnages et de clans qui ont rendu mon introduction dans l'univers d'Yzé un peu compliquée. L'histoire proposée est relativement simple, mais elle est émaillée d'une foule d'éléments très intéressants.

Achérontia

Synopsis…

Ambre Delage est une lycéenne lambda. Orpheline de père et de mère, elle vit chez sa tante Lucy qui l'élève depuis sa naissance. Un soir, un événement dépassant l’entendement va brusquement la jeter dans un tourbillon de révélations qu'elle était loin d'imaginer. Dès lors, pour la jeune fille tout bascule. Il faut fuir. Fuir sa vie tranquille, fuir son identité. Mais qui est-elle vraiment ?

La loi d'attraction universelle…

Cette lecture m'a été proposée par les éditions Taurnada, et envoyée sous forme d'ebook il y a déjà quelques mois de cela. Je tiens d'ailleurs à m'excuser une nouvelle fois auprès de l'auteur et de l'éditeur qui ont attendu longtemps cette chronique. Ma santé n'a malheureusement pas été au top niveau ces derniers temps, et plus rien de bon ne sortait de ma plume. Résultat des courses, les chroniques sortaient au compte-goutte (et encore, l'instrument semblait en mauvais état de fonctionnement…), et mon blog se voyait pratiquement délaissé. Je m'en suis longtemps désolée, sans pour autant pouvoir remédier à la situation.

Heureusement, les choses tendent à s'améliorer, et je reprends peu à peu le chemin de l'écriture, encore que je me sente comme un faon effectuant ses premiers pas sur le sol inégal de la forêt. Mais l'envie de reprendre y est, et c'est ce qui compte! 

Préambule…

Je commencerai cette chronique en vous disant qu'à la lecture de ce roman, j'ai distingué deux parties plus ou moins distinctes, surtout au point de vue du style. Je diviserais le livre en deux parts égales, à quelques pages près.

Je vous avouerai que j'ai dû m'accrocher durant la première partie. Pas que le roman était désagréable à lire, au contraire, mais l'histoire était si dense qu'elle en devenait difficilement pénétrable. C'est ce que je vais vous expliquer dans les paragraphes qui suivent.

Puis au fil de l'histoire, au fur et à mesure que je me suis rodée aux personnages, aux différents camps, aux tenants et aux aboutissants, je suis progressivement entrée dans l'histoire… pour ne pratiquement plus décrocher jusqu'à la fin.

Une première partie de roman riche…

De bonnes bases…

J'évoquais plus haut mes difficultés à "entrer dedans". Je ne peux bien sûr pas exclure que ceci résulte partiellement de mon récent passage à vide et de mes soucis de santé. Mais, ayant lu l'avis d'autres lecteurs et blogueurs sur différents sites, je ne peux que les rejoindre en ce sens que l'histoire est incroyablement dense et ne se laisse pas facilement aborder. 

Les premiers chapitres, pourtant, étaient prometteurs, encore que l'idée de départ puisse paraître un peu téléphonée. Une jeune fille, Ambre, rentre chez elle après l'école avec un ami. Le soir même, elle et sa tante sont agressées à leur domicile et doivent fuir pour leur survie. Dès lors, ce qui faisait le quotidien d'Ambre se voit définitivement bouleversé, à commencer par sa propre identité. Vous en conviendrez, c'est un début d'histoire assez typique.

Mais… car il y a toujours un mais… très vite, on se rend compte que l'on n'a pas affaire à un univers typique. Des anomalies se glissent dans le monde tel qu'on le connaît, des termes étranges qui ne figurent certainement pas au dictionnaire viennent émoustiller la curiosité (qu'est qu'une "nova", au juste?). Plus les deux femmes en fuite s'enfoncent dans les rues de la ville, et plus notre univers si familier vacille. Les artères urbaines semblent bizarrement peuplées… Il n'y a plus de foule vaquant à leur shopping ou flânant devant les vitrines. En revanche, on voit surgir des personnalités insolites, des membres d'une confrérie très conservatrice aux attitudes particulièrement agressives. Qui sont ces Frères de la Lumière qui commettent tant d'atrocités? Et ces gens qui poursuivent les deux femmes, ils ont de bien étranges pouvoirs… Et la tante d'Ambre, n'a-t-elle pas elle aussi manipulé les éléments de façon étonnante? D'ailleurs, la voilà qui appelle Ambre par un autre prénom, Yzé… La jeune fille, perdue, ne peut que se reposer sur sa tante pour s'en tirer. Quant au lecteur, perdu lui aussi, dépaysé plutôt, il ne peut que se reposer sur l'auteur pour espérer quelques explications.

Ambre s’accrocha à Lucy pour se donner du courage et elles avancèrent dans le brouillard. Derrière elle, la bête avait cessé de crier.
La progression dans cette purée de pois était une expérience stressante pour Ambre. Sa vision s’arrêtait à l’épaule de sa tante qui la précédait. Sur quoi allaient-elles tomber ? Et la créature qui avait mis fin à ses hurlements. Était-elle morte ou avait-elle réussi à s’échapper ? Ses nerfs étaient mis à rude épreuve. Plusieurs fois, le voile glissa sur une masse sombre qui se révéla être un objet inanimé pour le plus grand soulagement d’Ambre.
Lucy semblait progresser sans difficulté apparente. Elle usait de prudence, mais n’était pas gênée par la visibilité réduite. Au bout de quelques minutes, elle parut pourtant tâtonner. Revenue sur ses pas, elle s’arrêta enfin devant une porte en bois avec un heurtoir. Lucy saisit l’anneau de fer que tenait une gueule de loup et cogna contre le montant. Ambre sursauta tellement le son résonna. D’un œil inquiet, elle scrutait les volutes qui les entouraient. Elle se sentait oppressée et s’attendait à ce qu’une tête de chauve-souris surgisse du néant.

Yzé et le palimpseste, de Florent Marotta

Un foisonnement de personnages…

Très vite, les actions s'enchaînent et le suspens est à son comble. Yzé et sa tante parviendront-elles à quitter la ville saines et sauves? Et c'est à ce niveau-ci de l'histoire que cela se corse…

Là où je suivais paisiblement – ou presque – les mésaventures des deux héroïnes, essayant de me familiariser avec l'univers pratiquement post-apocalyptique proposé par l'auteur, bam! Me voici assaillie d'une salve incroyable de nouveaux personnages. En l'espace de quelques chapitres, je fais la connaissance – pas toujours agréable – d'une mère et de son fils, tous les deux Frères de la Lumière, qui veulent capturer Yzé. D'autres Frères de la Lumière interviennent aussi, qui semblent être les commanditaires de cette mise à prix. Puis l'on rencontre quelques personnages turbulents issus d'un clan de magiciens appelés les Magis. Il y a ceux qui poursuivent Yzé, et il y a ceux qui tirent les ficelles. Et je dois bien avouer que je me suis un peu emmêlée les pinceaux dans une profusion de noms et de personnalités étranges et assez peu bienveillantes.

Peu de temps après, on fait la connaissance des habitants du village Wicce, et là non plus, ce n'est pas simple. En gros, ils sont nombreux, et dans leur grand nombre, on distingue des "gentils" Wicce, qui essaient d'aider Yzé, et des "moins gentils" Wicce, qui aimeraient bien la mettre à la porte par jalousie et envie. Mais attention, car ce village Wicce comporte aussi des "non-Wicce", une famille mise au ban de leur petite société presque bien rodée pour de sombres histoires du passé. On les appelle les Tugenstein, et la plupart des gens du village les évitent pour leur étrangeté. 

Bref, vous l'aurez compris, des personnages, il y en a beaucoup, et ce n'est pas toujours facile de se rappeler de tous les noms et du clan auquel ils appartiennent. En attendant que l'histoire me permette de me familiariser plus avec chacun, j'ai avant tout retenu s'ils étaient pour ou contre Yzé. Et c'est déjà pas mal. 

Mais au fait, pourquoi Yzé ne s'appelle-t-elle pas Ambre, au final? Et pourquoi les deux tiers des personnages souhaitent-ils sa mort? 

Elle était très grande et très mince, noueuse. Son visage était dur, première impression renforcée par les os qui saillaient sous sa peau et le rendaient aussi abrupt qu’une paroi rocheuse. Ses cheveux coupés très court lui donnaient un air masculin.
Yzé regarda Lucy s’approcher d’elle et la serrer dans ses bras. Les deux femmes échangèrent quelques mots et revinrent.
« Ange, une très ancienne amie », fit Lucy qui la désigna de la main.
Le regard que porta la nouvelle arrivante sur Yzé la cloua sur place. Elle voulut lui souhaiter la bienvenue, lui dire qu’elle était contente de connaître une amie de sa tante, mais la lueur de colère qui passa dans ses yeux l’en empêcha. Puis son visage se transforma et Ange présenta sa main à Yzé, un timide sourire aux lèvres.
« Enchantée », dit-elle.
Yzé se demanda ce que signifiait cette expression qu’elle avait entraperçue, puis bredouilla un bonjour.
« C’est une Wicce d’air, comme toi, Fall. »
Fall la regarda des pieds à la tête comme s’il la jaugeait et se résolut à lui tendre la main. Sa grosse paume enserra celle, fine et sèche, d’Ange. Aucun des deux ne prononça un mot.

Yzé et le palimpseste, de Florent Marotta

Des Wicce et des Magis…

Je vous parlais de deux clans distincts de magiciens, les Wicce, dont Yzé et sa tante font partie, et les Magis, qui leur cherchent des noises. 

Les Wicce sont des magiciens qui manipulent les éléments, c'est-à-dire l'eau, le feu, l'air et la terre. Chaque Wicce contrôle un seul de ces éléments.

Pour les Magis, c'est un peu différent. D'ailleurs, ils sont plus sorciers que magiciens. Car ils utilisent une forme de magie plus sombre qui leur permet de s'assurer les services de démons qu'ils invoquent lorsqu'ils en ont besoin. Et qui dit démons dit souvent vilaines bestioles malfaisantes, pernicieuses et violentes. 

Les deux clans se vouent une haine mutuelle assez violente et en viennent aux mains (ou devrais-je plutôt dire, aux sorts) bien trop souvent.

Il existe d'autres formes de magie, comme celle des Tugenstein, radicalement différente de celle des Wicce et des Magis. Mais je vous laisse découvrir par vous-même de quoi il retourne…

Ce fut le froid de la roche qui l’accueillit. Elle en ressentait les aspérités, sa rugosité, mais rien d’autre.
« Je ne ressens rien.
– C’est normal la première fois, expliqua Lucy. Tu as eu une expérience du pouvoir quand tu as frappé Myria. C’est cette sensation que tu dois retrouver. Je vais t’aider. »
Lucy posa sa main par-dessus celle d’Yzé et Ange appliqua la sienne à côté.
Elle sentit la douce chaleur de sa tante qui contrastait avec la froideur de la roche. Puis des fourmillements commencèrent à lui parcourir les doigts et se propagèrent à ses bras. Yzé se concentra davantage pour retrouver la sensation de bouillonnement. Ce fut plus simple qu’elle ne l’avait cru. Son ventre se mit à vibrer d’une tiédeur qui l’enivra jusqu’à envahir chaque particule de son être. Le monde autour d’elle prit une autre teinte, plus brillante, comme s’il révélait sa véritable nature. Les couleurs étaient plus intenses, profondes et chaque chose pulsait de vie.

Yzé et le palimpseste, de Florent Marotta

Des Frères de la Lumière…

Les Frères de la Lumière sont donc un ordre religieux particulièrement conservateur et virulent. Ils s'opposent fermement à toute forme de magie, quelle qu'elle soit, et n'hésite pas à torturer ou mettre à mort tous ceux qui la pratique. 

Très vite, l'on s'aperçoit qu'ils se servent de leur religion comme d'un prétexte pour "casser du magicien". Mais finalement, n'est-ce pas une belle métaphore de ce que nous vivons en ce moment avec certains intégristes? 

Le temps jadis. Le sujet préféré de Lucy Delage. Ambre l’avait tellement entendu qu’elle n’en pouvait plus. Un temps où les villes n’étaient pas ce qu’elles sont devenues. Une époque où le religieux n’avait pas une place si prédominante et n’était pas source de conflit.
Nova Lugdunum s’était appelée Lyon autrefois. Les bourgades avoisinantes avaient été absorbées par une population sans cesse grandissante. Et puis ç’avait été la famine, la lutte pour l’eau et un bout de terre. Certains pensaient que c’était un châtiment divin, d’autres que c’était une seconde chance. Quoi qu’il en soit, la démographie avait drastiquement décliné avec les guerres pour les ressources et les nouvelles maladies. Aujourd’hui, la plupart des humains vivaient à l’intérieur d’espaces sécurisés appelés Nova.
Ce n’était pas le paradis, mais les Nova avaient donné un semblant de protection à ses habitants, quand à l’extérieur les hommes survivaient ou mourraient selon la loi du talion.
Lucy Delage s’inquiétait particulièrement de la montée des religieux et principalement de la Fraternité de la Lumière. Branche dévoyée du Christianisme, un groupe de fanatiques qui prêchaient pour que l’homme tende vers la Lumière, vers Dieu. Des milliers de personnes adhéraient à ce mouvement croissant. Quand, en plein désarroi, on vous promettait une vie meilleure, les désespérés étaient enclins à y croire.
Le gouverneur de Nova Lugdunum avait bien du mal à s’opposer à la puissance des Frères de la Lumière, si bien qu’il n’avait pu empêcher la création du Saint-Office, sorte d’inquisition moderne.

Yzé et le palimpseste, de Florent Marotta

Un personnage (trop) parfait…

Dans l'absolu, Yzé est parfaite. Trop parfaite, même. 

Elle est belle, pour commencer. De longs cheveux roux bien fournis, de grands yeux verts, mince (le corps, hein, pas les yeux!). Bref, un véritable ravissement pour la vue. Par-dessus le marché, c'est une demoiselle intelligente, sensible mais pas trop, sociable, à l'écoute des autres, toujours prête à aider ou à consoler, tolérante, ouverte d'esprit, volontaire, et dotée d'un caractère bien trempé. Que demander de mieux?

Ces deux points, déjà, suffiraient à attirer suffisamment de convoitises pour justifier le fait qu'autant de monde lui en veuille. Mais il y a autre chose encore…

Yzé est douée. Incroyablement douée. Les pouvoirs des Wicce nécessitent plusieurs années d'étude et de pratique pour les maîtriser? Qu'à cela ne tienne! Yzé apprend tout cela en quelques journées seulement! Il faut toute une vie ou plus pour apprendre à maîtriser d'autres éléments que le sien? Qu'à cela ne tienne! Yzé apprend cela en une petite semaine! 

Yzé, c'est un peu la Chuck Norris des arts magiques. Je ne serais pas étonnée que l'auteur nous apprenne qu'elle a compté jusqu'à l'infini deux fois. Là, c'est sûr, un personnage aussi gonflé de perfection, moi, ça me donne des envies de meurtre. Mais il y a encore autre chose…

La demoiselle ferait partie intégrante d'une prophétie ancienne, et beaucoup aimerait que celle-ci ne se réalise pas. Mais chuuuuut! Je ne vous ai rien dit…

Mais ne croyez pas que je me gausse bêtement du personnage d'Yzé, car il m'est moi-même arrivé de créer des personnages pour qui tout est trop facile. Je ne peux décemment pas jeter la pierre, d'autant plus qu'Yzé a des côtés très attachants aussi. Certes, elle est parfaite à tous points de vue, mais la vie ne l'a pas épargnée (orpheline, tout de même…) et elle continue à ne pas lui faire de cadeaux. Si elle semble tout réussir au niveau magique, je peux vous assurer que le tragique de la vie la rattrape plus vite qu'un Eurostar lancé à pleine vitesse. 

 

La lumière s’infiltra petit à petit et força Yzé à refermer ses paupières et à passer sa tête sous l’oreiller.
L’abri de la couette ne suffit pas pour éviter la déferlante d’images qui s’imposa à son esprit. Elle revit en accéléré la dernière nuit qui s’était avérée mouvementée. Avec précaution, elle sortit sa tête de sa cachette et ouvrit les yeux. Le lit de Lucy était vide, les couvertures repoussées dans le fond.
Yzé s’assit et voulut attraper ses habits qu’elle avait déposés sur la chaise proche de la fenêtre. Ils n’y étaient plus et en lieu et place elle en trouva d’autres correctement pliés en une pile. Yzé sourit à cette attention qui ne pouvait venir que de sa tante et se pencha pour saisir les vêtements. Son regard s’arrêta sur une paire de bottes noires en cuir souple sans talons. Habillée de la tête au pied !
Le pull serré lui allait à merveille. Tout à fait dans ses goûts. Noir intense, petites sangles qui partaient de divers endroits. Le pantalon, lui, était neutre. De la même couleur que le haut, il possédait de grandes poches sur les côtés qui le faisaient ressembler un peu à un baggy en plus ajusté. Yzé passa les bottes qu’elle remonta par-dessus le pantalon. Satisfaite, elle se leva et fit jouer ses doigts de pied. Elle se sentait à l’aise et l’aurait été davantage si elle avait pu faire un brin de toilette.

Yzé et le palimpseste, de Florent Marotta

Une seconde partie de roman captivante…

Vous n'imaginerez jamais ce qui m'est tombé dessus une fois que je me suis faite aux personnages initiaux? Des nouveaux personnages, tiens! 

Ils me tenaient en embuscade, dissimulés derrière le coin d'un chapitre. Fi, les vilaines créatures! Des Magis, en plus… Et pas n'importe lesquels! De vieux Magis tous moisis, tout droit sortis des caveaux dans lesquels on les avait relégués depuis des centaines d'années (ou était-ce des dizaines?). Quel sombre dessein les pousse à venir fourrer leur nez dans les affaires des Magis actuels, c'est ce que vous apprendrez dans la seconde moitié du roman. 

Car devinez quoi? Eux aussi veulent la peau d'Yzé! Cela devient une obsession… Mais cette fois-ci, Yzé et ses amis ont du souci à se faire, car ces Magis-ci sont plus coriaces que les premiers! 

Si j'ai dû m'accrocher en début de roman pour ne pas vider les étriers et rester dans la course avec Yzé, la deuxième partie du roman m'a totalement happée! Et ça, j'achète, évidemment!

Quid du titre?

Il est une question qui m'a taraudée pendant la presque totalité de mon temps de lecture. Quand apparaîtra donc le fameux palimpseste dont il est question dans le titre? 

Entre parenthèses, pour ceux qui ne sont pas habitué au vocabulaire codicologique, un palimpseste est un manuscrit dont on a gratté ou effacé l'écriture pour réécrire par-dessus

Hé bien, il apparaît, rassurez-vous! Il vous faudra attendre les derniers chapitres, mais il est bien présent, et il a son importance, même si elle est tardive. Mais je dois avouer que cela m'a décontenancée. Pourquoi intituler un roman "Yzé et le palimpseste" si ledit palimpseste n'apparaît qu'à la toute fin? L'auteur serait-il donc maître dans l'art des teasers à très longue durée? Certes, le titre ainsi formulé ne manque pas d'originalité, et il attire indubitablement l'attention du lecteur. Mais si c'est pour faire languir ce dernier dans l'attente d'une explication qui tarde à venir, où est l'intérêt?

Je vous avoue qu'en tant que lectrice, cela m'a déroutée, au point que j'en suis venue à me demander s'il ne manquait pas quelque chose dans l'ebook que l'on m'avait envoyé. La seconde moitié du roman, par exemple… D'autant plus que le roman s'arrête un peu abruptement. Certes, l'intrigue principale est résolue, ou presque, mais je m'attendais honnêtement à ce que cela continue. Cette impression était renforcée par le fait que ni la couverture ni la page de titre ne fait mention d'un second tome. À l'entame de ma lecture, j'étais donc totalement convaincue d'avoir affaire à un one shot dont la chute me dévoilerait les zones d'ombres de l'intrigue. Que neni! Ce sera "suite au prochain numéro"!

En résumé…

J'ergote sur des détails, dans cette chronique, mais ceci dit j'ai sincèrement apprécié cette lecture, malgré la profusion de personnages et de clans qui ont rendu mon introduction dans l'univers d'Yzé un peu compliquée. L'histoire proposée est relativement simple, mais elle est émaillée d'une foule d'éléments très intéressants, comme la magie des Wicce et des Magis, le zèle des Frères de la Lumière, la ténébreuse sorcellerie des Tugenstein, les Rêveurs… 

Le personnage d'Yzé est certes parfois énervant de tant de perfection, mais elle n'en reste pas moins une jeune fille attachante qui a su gagner mon coeur de lectrice. Ses amis, à mon sens, sont encore mieux, parce qu'ils sont imparfaits au départ, mais ils luttent pour surmonter leurs difficultés et leurs peurs. 

Quant à la chute, elle est sympa et plutôt bien pensée. J'attends donc impatiemment la suite!

Ma note : 15/20

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^

Retrouvez-moi aussi sur Twitter et sur Instagram, sur le compte @Acherontia_Nyx!

Votre dévouée,

Acherontia.

[Chronique] Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

J'ai beaucoup apprécié ce recueil, même si toutes les nouvelles ne se valaient pas. Mes préférées restent quand même les nouvelles les plus longues qui constituent les deux derniers tiers du roman.
Bien sûr, dans chaque nouvelle, sans exception, on retrouve le style inimitable de Lovecraft, ses phrases alambiquées, son vocabulaire si particulier, son talent pour le suspens, le dévoilement progressif de l'intrigue.
Les thèmes, aussi, m'ont enchantée. On y retrouve la mythologie si particulière à l'auteur, celle-là même qui a fait sa renommée.

Acherontia

Synopsis…

Howard Phillips Lovecraft est sans nul doute l’auteur fantastique le plus influent du xxe siècle. Son imaginaire unique et terrifiant n’a cessé d’inspirer des générations d’écrivains, de cinéastes, d’artistes ou de créateurs d’univers de jeux, de Neil Gaiman à Michel Houellebecq en passant par Metallica.

Le mythe de Cthulhu est au cœur de cette œuvre : un panthéon de dieux et d’êtres monstrueux venus du cosmos et de la nuit des temps ressurgissent pour reprendre possession de notre monde. Ceux qui en sont témoins sont voués à la folie et à la destruction.

Onze récits du mythe sont ici réunis dans une toute nouvelle traduction.

Si vous l’osez, pénétrez dans la caverne d’un monstre légendaire dont l’existence même devrait être impossible, aventurez-vous à Red Hook au risque d’y croiser l’horreur absolue, ou encore entrez dans la maison maudite abritant une créature ancestrale cauchemardesque, qui pourrait bien décider de vous y retenir… à jamais.

 

[Chronique] Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon troisième roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour septembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Généralités…

Le présent recueil se compose de onze nouvelles et novellas (format se situant entre la nouvelle et le roman court). L'ordre des nouvelles semble établi en fonction de leur taille, en allant de la plus courte à la plus longue

Chaque nouvelle est illustrée d'un frontispice réalisé par Loïc Muzy, et le centre du recueil est doté d'un cahier d'illustrations réalisées par le même artiste, très talentueux, vous en conviendrez. 

Le livre…

Le livre est une nouvelle très courte, mettant un scène un homme qui achète par hasard un mystérieux livre ancien. La lecture de ce livre l'amènera aux confins du réel, là où la folie se mêle aux cauchemars. 

Sans pour autant être une mauvaise nouvelle, je l'ai trouvée bien trop courte que pour développer un tel sujet. Du coup, la chute est trop floue, elle laisse trop de place à l'interprétation.

 

Je revois le vieil homme ricaner d'un air mauvais, puis faire un signe curieux de la main lorsque j'emportai l'ouvrage. Il avait refusé tout paiement, et ce n'est que bien plus tard que je compris pourquoi. Alors que je me hâtais de rentrer par les ruelles tortueuses et embrumées longeant la rive, j'eus l'effrayante impression d'être suivi par des bruits de pas qui se voulaient furtifs. Des deux côtés de la chaussée, les antiques bâtisses branlantes paraissaient désormais animées par une méchanceté malsaine, comme si le sol venait brusquement de s'ouvrir pour laisser échapper quelque courant aux desseins maléfiques. Les murs et les pignons encorbellés en brique moisie, en plâtre et bois vermoulu, avec leurs carreaux en losange qui me dévisageaient tels des yeux menaçants, semblaient avoir une irrésistible envie de s'avançer pour me broyer… Et pourtant, je n'avais déchiffré qu'une minuscule partie de la formule blasphématoire avant de refermer le livre et de l'emporter.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

Le monstre dans la caverne…

Le monstre dans la caverne raconte l'histoire d'un touriste qui se perd dans une caverne au sujet de laquelle on raconte de nombreuses légendes. Ces légendes tournent pour la plupart autour de visiteurs qui se seraient perdus et auraient fini leurs jours de bien triste façon, dans la faim et la solitude. 

Pour moi, il s'agit à nouveau d'une nouvelle en demi-teinte. Elle n'est pas vraiment mauvaise, mais je m'attendais à la chute finale, ce qui est toujours assez décevant. Peut-être qu'à son époque, Lovecraft a su surprendre avec ce récit, mais au 21e siècle, le lecteur s'attend à un peu plus d'ingéniosité. 

 

Était-ce déjà la délivrance? Mes atroces appréhensions avaient-elles été sans objet? Le guide était-il parti à ma recherche dans ce labyrinthe de calcaire après avoir remarqué mon absence anormale? Alors que ces questions me trottaient dans la tête, j'étais sur le point de me remettre à crier afin de précipiter mon sauvetage lorsque, soudain, la jubilation fit place à l'horreur ; mon ouïe, fine de nature et rendue plus sensible par le silence absolu qui régnait dans cette caverne, apprit à mon cerveau embrumé – et pour ma plus grande terreur – que ces pas n'avaient rien d'humain.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

L'étranger…

Il m'est vraiment très difficile de résumer cette nouvelle sans vous spoiler l'intrigue. Je me contenterai donc de vous dire qu'elle est écrite à la première personne. Elle est racontée par le personnage central, un jeune homme qui vit reclus dans un endroit sombre et inconnu. Il semble ne rien connaître de son passé, et est désireux de voir ce qu'il y a à l'extérieur de l'endroit où il vit, par-delà les arbres et la tour sombre. Peut-être son aventure sera-t-elle révélatrice quant à son identité et son passé…

J'ai adoré la chute de cette nouvelle! Je ne m'y attendais pas vraiment, et l'auteur est parvenu à me surprendre. Malheureusement, une fois que l'on a capté le passé du jeune homme, la fin est un peu trop floue quant à son devenir.

 

Je ne hurlai pas, mais toutes les horreurs qui chevauchent le vent nocturne s'en chargèrent pour moi à la seconde où, d'un seul coup, s'abattirent sur mon esprit, en une fulgurante avalanche, des souvenirs à vous anéantir l'âme. Je me rappelai instantanément tout ce qui avait été ; je me souvins de ce qui avait précédé l'effroyable château et les arbres, et reconnus, malgré les changements, l'édifice dans lequel je me trouvais ; pire que tout, à l'instant où je rompis le contact entre nos doigts souillés, je reconnus la diabolique abomination qui se tenait face à moi avec son regard mauvais.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

L'indicible…

Deux amis de longue date discutent de nuit, assis sur une tombe bien mystérieuse. De sombres légendes circulent à propos de cette tombe et de la maison qui lui fait face. Un des deux amis, très cartésien, n'y croit pas du tout. L'autre, plus fantaisiste, y croit dur comme fer et tente de convaincre le premier.

Une très bonne nouvelle, encore que trop courte, j'aurais aimé en savoir plus! J'ai aimé ce parfum de folie et de sombre magie qui se dégage du récit. Le dialogue entre les deux amis, tellement différents l'un de l'autre, est très intéressant et constitue un excellent fil rouge à l'histoire.

 

 

Quelle affaire horrible! Pas étonnant que les étudiants sensibles frissonnent encore en pensant au Massachusetts de l'époque puritaine. On en sait si peu sur ce qui se cachait derrière les apparences… si peu, et pourtant, quelle effroyable putréfaction l'on sent macérer dans ces terribles aperçus qui remontent parfois à la surface, telles des bulles de gaz s'échappant d'un noyé en décomposition! La terreur de la chasse aux sorcières fut comme un horrible faisceau de lumière braqué sur les monstruosités qui mijotent dans le cerveau torturé des hommes… mais même cet épisode n'est qu'une anecdote insignifiante. Il n'y avait ni beauté, ni liberté ; les vestiges de l'architecture et des objets quotidiens en témoignent, de même que les sermons venimeux des prêtres à l'esprit étroit. Et sous cette camisole de fer rouillé, tout n'était que hideur bredouillante, perversion et diabolisme. Cette période fut vraiment l'apothéose de l'Innommable.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

La tombe…

Un jeune homme très intelligent et au caractère rêveur passe le plus clair de son temps à flâner dans la campagne, quand un jour, il découvre un étrange mausolée oublié de tous. Il s'agit d'un caveau très ancien dont la porte est fermement cadenassée. Petit à petit, ce caveau va s'insinuer dans ses pensées, l'obsédant et le poussant à trouver une solution pour y pénétrer.

À nouveau, nous voici en présence d'une chouette nouvelle , entre folie, possession et prédestination. Malheureusement, ici aussi la chute était assez prévisible. J'ai assez vite capté de quoi il retournait. La faute, sans doute, à notre époque et au fait que ce type d'histoire nous est connu depuis longtemps. Peut-être qu'à l'époque de Lovecraft, ce thème était plus inédit, et que donc il parvenait à surprendre ses contemporains. Mais le charme de l'écriture de l'auteur rattrape tout, ne vous en faites pas!

 

C'est dans la douce lumière de la fin d'après-midi que j'entrai pour la première fois dans le tombeau du coteau oublié. J'étais comme ensorcelé, et mon coeur battait à tout rompre sous l'effet d'une exultation que je ne saurais décrire de la manière qui conviendrait. Je refermai la porte derrière moi et, à la seule lumière de ma chandelle, descendis les marches dégoulinantes. J'avais l'impression de connaître le chemin et, malgré le grésillement de la bougie qui s'étouffait dans l'atmosphère viciée des lieux, je me sentais étrangement à l'aise parmi ces odeurs de caveau et de moisissure.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

Le modèle de Pickman…

Un artiste écrit une lettre à un confrère au sujet d'un autre ami artiste qui, à une époque, peignait dans le même atelier qu'eux. Le narrateur se dit fasciné par le travail de Pickman, l'artiste en question, et ceci bien que tout le monde lui ait tourné le dos en raison du caractère morbide de ses toiles. Il raconte à son collègue la visite qu'il fit de l'atelier de Pickman et ce qu'il y apprit.

Il s'agit sans aucun doute de la nouvelle qui permet véritablement au lecteur de pénétrer dans l'univers de Lovecraft. Un peu plus longue que les précédentes, elle montre tout le talent de l'auteur à dépeindre les pires horreurs qui existent sur (ou sous) terre. La description des peintures et l'évocation des techniques picturales est bluffante, si bien qu'on s'imagine à merveille l'horrible rendu de l'art de Pickman. La chute est sympa, elle aussi. Une belle chute propre à glacer le sang…

C'était un blasphème colossal et indescriptible aux yeux rouges et furieux, qui tenait ce qui restait d'un homme entre ses serres décharnées. Il rongeait la tête de sa victime comme un enfant mordille un sucre d'orge. Il paraissait tapi, si bien qu'en le regardant on avait l'impression qu'il pourrait à tout moment lâcher sa proie pour se mettre en quête d'un morceau plus juteux. Mais par tous les diables! ce n'est même pas le sujet, si détestable, qui me plongea dans une panique immortelle ; non, ce n'est pas ça, ni même la face de chien avec ses oreilles pointues, ses yeux injectés, son nez aplati et ses lèvres baveuses. Ce ne sont pas non plus les griffes squameuses, ni le corps couvert d'une croûte de moisissure, ni les pieds à moitié fourchus…

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

Les rats dans les murs…

Un jeune homme célibataire s'installe dans une maison ayant appartenu à ses ancêtres. Très vite, des phénomènes étranges surviennent. Lui et son chat entendent des grattements dans les murs, comme s'il s'agissait de rats pris au piège entre la maçonnerie et les tapis.

Comme dans de nombreux récits de Lovecraft, on sent que le personnage principal sombre peu à peu dans la folie tandis que les événements étranges vont en s'amplifiant et qu'il découvre certaines révélations au sujet de ses ancêtres. On retrouve un des thèmes chers à l'auteur, celui de l'hérédité et de la prédestination. J'ai apprécié cette nouvelle pour son côté progressif (les indices menant à la finale sont révélés au compte-goutte) et pour sa chute surprenante et morbide. 

 

Je me couchai tôt, car j'étais très fatigué ; mais je fus tourmenté par des rêves de la pire espèce : il me semblait que je contemplais depuis une immense hauteur une grotte crépusculaire au sol couvert d'une couche de déchets qui arrivait aux genoux d'un porcher démoniaque à barbe blanche menant avec son bâton un troupeau de bêtes flasques et fongueuses dont l'apparence m'inspirait une indescriptible répulsion. Tout à coup, alors que le porcher venait de s'arrêter et commençait à piquer du nez, une formidable nuée de rats s'abattit sur l'abîme malodorant et dévora aussi bien les bêtes que leur gardien.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

L'horreur de Red Hook…

Thomas Malone, détective à Red Hook, évoque un incident qu'il y a vécu et qui lui aurait suscité la phobie des grands buildings. Il décrit en détail comment était Red Hook à cette époque, avec ses gangs, ses crimes et ses arrivées massives d'étrangers, ces dernières l'ayant mené sur la piste d'une sorte de secte. Il nous raconte alors le cas de Robert Suydam, un étrange reclus qu'il relie aux faits étranges ayant eu lieu à Red Hook. 

Cette nouvelle n'est sûrement pas la meilleure de Lovecraft, encore qu'elle ne soit pas dénuée d'intérêt. J'ai aimé la façon dont la magie noire et la démonologie était traitées, et le fait qu'à nouveau, l'intrigue ne se dévoile que progressivement. Mais j'ai trouvé certains aspects de l'histoire de Suydam un peu brouillons, et le fait que Lovecraft affiche ouvertement sa xénophobie me dérange franchement. 

Des avenues plongées dans une nuit infinie semblaient rayonner dans toutes les directions, si bien que l'on pouvait se demander s'il ne s'agissait pas des racines d'une contagion destinée à corrompre et dévorer des villes, à étouffer les nations dans la fétidité de cette peste hybride. C'est là que le mal cosmique avait pénétré ; là qu'il s'était envenimé sous l'effet de rites impies ; et c'est là qu'avait commencé sa marche macabre et grimaçante qui devait, à force de pourrissement, faire de nous tous des monstruosités fongueuses, trop hideuses pour mériter une sépulture. C'est en ce lieu que Satan tenait sa cour babylonienne, et que l'on lavait dans le sang de l'enfance innocente les membres lépreux de la phosphorescente Lilith.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

La maison maudite…

Pendant plusieurs années, le personnage central et son oncle s'intéressent à une vieille maison de leur ville. L'oncle a récolté beaucoup d’informations sur les problèmes de santé et les morts mystérieuses des habitants de cette maison. Les deux compères sont aussi intrigués par la végétation insolite du jardin, les champignons phosphorescents qui poussent dans la cave ainsi que par la mauvaise odeur qui émane du lieu.

La maison maudite est une nouvelle plaisante qui revisite de fond en comble une certaine figure emblématique de la littérature fantastique (je ne vous dirai pas laquelle, cela gâcherais votre surprise). La finale est peut-être un peu trop "artillerie lourde" pour moi, mais ceci étant, j'ai vraiment apprécié tout ce qui a mené à cette chute.

 

Finalement, sur le conseil de mon oncle, je décidai de tenter ma chance de nuit ; aussi, un soir de tempête, à minuit, je promenai le faisceau de ma torche électrique sur le sol moisi, les silhouettes mystérieuses et les champignons biscornus et à demi phosphorescents. Les lieux m'avaient curieusement découragé, ce soir-là, et j'allais partir quand je vis – ou crus voir -, parmi les dépôts blanchâtres, une version particulièrement nette du "corps recroquevillé" entraperçu dans mon enfance. Sa netteté était étonnante, sans précédent… et alors même que je la contemplais, j'eus l'impression de revoir la légère exhalaison jaunâtre et chatoyante qui m'avait tant surpris, par un après-midi pluvieux, des années auparavant.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

Herbert West, réanimateur…

La nouvelle raconte comment notre personnage narrateur, un étudiant en médecine, se lie d'amitié avec Herbert West, un de ses codisciples. West mène des études très sérieuses sur la réanimation des corps en état de mort clinique, grâce à l'injection de mixtures de son cru. Études qui, évidemment, sont très mal accueillies par le corps enseignant et qui, par la suite, tourneront mal pour les deux compères.

Par bien des aspects, Herbert West est une nouvelle très avant-gardiste, et donc particulièrement marquante, en plus de l'écriture très agréable de Lovecraft.

De un, elle est d'abord publiée sous forme de feuilleton avant d'être réunie en une seule nouvelle (ce qui explique le côté un peu répétitif de chaque début de chapitre). De deux, il est bon de souligner que Lovecraft est particulièrement en avance sur son temps en ce qui concerne la description des zombies. Ceux-ci rappellent les créatures de Roméro, qui n'apparaissent que quelques décennies plus tard.

Malgré le caractère répétitif de certains passages, j'aime vraiment bien cette nouvelle, pour la raison précitée d'une part, mais aussi pour le côté particulièrement macabre de certaines scènes et description. 

Ainsi, la nuit du 18 juillet 1910, Herbert West et moi contemplions, dans le laboratoire de la cave, une silhouette blême et silencieuse à la lumière éblouissante du projecteur fixé au plafond. Le procédé d'embaumement s'était révélé prodigieusement efficace, car, alors que je fixais un regard fasciné sur le corps robuste qui était resté allongé là deux semaines sans être gagné par la rigidité cadavérique, je ne pus m'empêcher de demander à West si le sujet était bien mort. Il me l'assura sans hésiter, en me rappelant qu'il n'injectait jamais la solution de réanimation sans avoir effectué au préalable un test soigneux de l'état du spécimen, la moindre trace de vie résiduelle empêchant la formule de fonctionner.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

L'affaire Charles Dexter Ward…

Providence, 1928. Charles Dexter Ward, un homme de vingt-six ans interné en maison de santé vient de disparaître sans laisser de trace. Le narrateur, Marinus Willet, médecin de la famille Ward depuis des années, se remémore la progressive transformation de ce jeune homme enthousiaste féru d'archéologie et de généalogie, qui devint dément. Huit ans plus tôt, Charles avait découvert qu'il avait parmi ses ancêtres un certain Joseph Curwen. De nombreuses croyances circulent au sujet de ce-dernier. Il serait un sorcier ayant fui Salem pour Providence, et il aurait perpétré des rites impies dans un hangar jouxtant sa maison. Au cours de ses recherches sur Curwen et de ses tentatives de décryptage de ses notes personnelles, Ward avait acquis des connaissances dangereuses pour le commun des mortels.

Il s'agit ici du texte le plus long du recueil, s'agissant presque d'un petit roman (je pense d'ailleurs qu'il a déjà été publié en tant que tel). Et il s'agit aussi d'un des meilleurs textes dudit recueil. 

Pour ma part, j'apprécie particulièrement le sombre climat de sorcellerie et de pure magie noire qui se dégage du récit. Plus on avance dans l'histoire, et plus l'ambiance devient ténébreuse, oppressante, nauséabonde. Et bien sûr, j'en redemande!

Le fait que l'histoire soit racontée du point de vue du médecin de famille et non pas de celui de Ward lui-même est appréciable. L'histoire se présente alors comme un grand puzzle constitué des informations et des constatations de Willet. Au commencement, tout semble confus et lacunaire. Mais plus le médecin investigue, plus les pièces se mettent en place et plus le lecteur comprend ce qu'il se passe. Le suspens est donc à son comble tout au long de la narration. C'est d'autant plus appréciable que le personnage même de Willet est attachant et très dévoué à la famille Ward. Rusé et avisé, il mettra tout en place pour "sauver" Ward et épargner à sa famille bien des peines. 

La chute est pleine de surprises et est parfaitement ébouriffante! Bref, c'est un texte que je vous conseille vivement.

Si certains le crurent fou à cette période, c'est à cause des bruits que l'on entendait à toute heure dans le laboratoire installé au grenier où il passait le plus clair de son temps : des psalmodies, répétitions et déclamations tonitruantes sur des rythmes insolites, et bien que tout cela fût prononcé de sa voix, cette dernière, ainsi que les accents des formules qu'il récitait, avait un caractère particulier qui glaçait le sang de tous les auditeurs. On remarqua que Nig, le vénérable chat noir adoré de toute la maisonnée, se hérissait et faisait le gros dos en entendant certains de ces sons.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

En résumé…

J'ai beaucoup apprécié ce recueil, même si toutes les nouvelles ne se valaient pas (oui, je suis consciente que cette assertion constitue une hérésie, pour la fan de lovecraft que je suis). Mes préférées restent quand même les nouvelles les plus longues qui constituent les deux derniers tiers du roman.

Bien sûr, dans chaque nouvelle, sans exception, on retrouve le style inimitable de Lovecraft, ses phrases alambiquées, son vocabulaire si particulier, son talent pour le suspens, le dévoilement progressif de l'intrigue.

Les thèmes, aussi, m'ont enchantée. On y retrouve bien sûr la mythologie si particulière à l'auteur, celle-là même qui a fait sa renommée. Le seul petit hic, c'est que le recueil s'intitule Le mythe de Cthulhu. Or, je ne vois pas beaucoup de nouvelles s'y rattachant. En fait, ceux qui ont étudié l'oeuvre de H. P. Lovecraft ont divisé ses nouvelles en trois cycles, en fonction de leur sujet et de l'époque où elles ont été écrites. On distingue donc les nouvelles dites "macabres", le cycle des rêves, et le cycle de Cthulhu. De ce dernier cycle, seule L'affaire Charles Dexter Ward s'y rattache. Les autres nouvelles relèvent toutes du cycle "macabre". Bien sûr, cela ne gênera nullement le lecteur qui ne s'intéresse que superficiellement à l'oeuvre de Lovecraft. Mais en tant que fan inconditionnelle , je ne peux pas m'empêcher de pointer ce fait.

Par ailleurs, le recueil est divinement illustré par le très talentueux Loïc Muzy. C'est avec émerveillement que j'ai contemplé les créatures qui peuplent les récits hallucinés de l'auteur. Dernier petit hic de cette chronique, les créatures ainsi dépeintes n'apparaissent pas dans les nouvelles publiées dans le présent recueil, elles appartiennent à d'autres nouvelles qui font sans doute partie des deux précédents tomes. J'ai trouvé ça un peu dommage, car j'aurais bien aimé avoir un visuel des bestioles dont il était question dans ma lecture… Il est toujours un peu perturbant de lire une nouvelle puis de chercher l'illustration correspondante… en vain.

Ma note : 18/20

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^

Retrouvez-moi aussi sur Twitter et sur Instagram, sur le compte @Acherontia_Nyx!

Votre dévouée,

Acherontia.

 

D'autres romans du même auteur chroniqués sur ce blog…

D'autres articles où j'évoque Lovecraft et sa mythologie…

[Chronique] Pays rouge, de Joe Abercrombie

Joe Abercrombie m'a une fois de plus bluffée avec ses personnages à la psychologie complexe et son histoire tellement humaine qu'elle en devient presque réelle malgré le fait que ce soit un univers de fantasy.

Acherontia

Synopsis…

Farouche Sud aurait aimé oublier son passé une fois pour toutes.
Mais lorsque son frère et sa sœur sont enlevés et sa ferme réduite en cendres par une bande de hors-la-loi, il est temps pour elle de reprendre ses anciennes habitudes. En compagnie du vieux Nordique qui l’a adoptée, un homme lui aussi marqué par ses démons, Farouche entame un long voyage à travers les plaines désertiques. Un voyage qui les emmène jusqu’aux bas-fonds d’une ville cauchemardesque, frappée par la ruée vers l’or, puis dans les montages inexplorées, qu’on dit hantées. Sur leur chemin, règlements de compte, alliances douteuses et trahisons amères se succèdent à la vitesse d’une flèche de barbare.
Car même lorsqu’on croit avoir tout perdu, au Pays Lointain le passé ne reste jamais enterré…

[Chronique] Pays rouge, de Joe Abercrombie

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon second roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour septembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Si j'ai choisi ce roman en particulier, c'est parce que j'ai déjà eu l'occasion de lire un roman de l'auteur qui m'avait beaucoup plu. Il s'agissait de Servir froid. Je suppose que certains d'entre vous connaissent ^^

Ce qui m'a fait plaisir, dans ce nouveau roman d'Abercrombie, c'est que j'ai pu retrouver certains personnages de Servir froid, notamment Cosca et Temple. Placide aussi est évoqué dans Servir froid. Comme quoi, c'est bien la preuve que l'auteur nous livre un univers complet, complexe, avec de la suite dans les idées!

Un terrible coup du sort…

Le temps des toutes premières pages, tout paraît paisible, presque joyeux malgré la pauvreté qui se fait sentir en filigrane de l'écriture. Mais très vite, tout bascule pour les deux héros, Farouche et Placide. Le lecteur n'a même pas le temps de s'attacher à eux, d'apprendre à les connaître, que crac!, il leur arrive malheur.

Meurtres sauvages, enlèvements révoltants, saccages à tout va… Le menu arrive très rapidement sur la table et s'annonce copieux en plats corsés! Le lecteur est directement placé au coeur de l'action, ce qui n'est pas pour me déplaire. On se retrouve happé par la recherche désespérée des enfants, enlevés par des mercenaires sanguinaires, assoiffés d'argent et de violence. On compatit de tout coeur à la douleur des héros, et on s'émerveille devant leur courage à faire face à l'adversité.

Petit plus : j'ai trouvé remarquable la façon dont est traitée la douleur des personnages face au saccage de leur maison et la perte de leurs proches. L'auteur se montre souvent très juste dans la description des sentiments et des actions qui en découlent. Sans faire des phrases à rallonges, il dépeint avec des mots adroitement choisis ce que ressentent Farouche, Placide, et toutes les autres victimes des mercenaires. Pour cela, chapeau bas, l'ami!

Elle atteignit la cour – ce qui avait été leur cour – et s'immobilisa, perdue. La maison n'était que poutres brûlées et détritus. Seule la souche de cheminée tenait encore debout. Pas de fumée. La pluie avait dû éteindre les feux un jour ou deux auparavant. Mais tout était calciné. Le souffle court, elle contourna les ruines noircies de la grange.
On avait pendu Gully à l'arbre du fond. Au-dessus de la tombe de sa mère, dont la stèle avait été renversée. Il était transpercé de flèches. Au moins une dizaine.
Farouche avait l'impression d'avoir reçu un coup de pied dans le ventre. Penchée en avant, les bras serrés contre sa poitrine, elle gémit. L'arbre gémit de concert, agité par le vent, et le cadavre de Gully se mit à tanguer doucement. Le pauvre vieux fou. Tandis qu'ils s'éloignaient en charrette, il avait assuré à Farouche qu'il veillerait sur les enfants. Elle avait ri avant de rétorquer que les enfants veilleraient plutôt sur lui. À présent, aveuglée par les larmes et le vent cinglant, blottie dans ses propres bras, elle se sentait si froide que rien ne semblait pouvoir jamais la réchauffer.

Pays rouge, de Joe Abercrombie

Une héroïne en béton…

Tous les personnages de ce roman sont intéressants à leur manière, mais il en est un qui a retenu toute mon attention. Il s'agit de Farouche, bien sûr, le personnage central de l'histoire. Une jeune femme dont le caractère bien trempé cache une sensibilité, presque une fragilité qui lui vient sans doute de son passé tumultueux qu'elle essaie d'oublier. 

Si elle peut paraître dure, elle est aussi droite et travailleuse, drôle et tendre à ses heures. On se rend compte que c'est la vie qu'elle mène ou qu'elle a mené qui a façonné son apparente dureté, mais qu'au-delà des faux-semblants, c'est une fille qui gagne à être connue et appréciée.

Son prénom, Farouche, m'avait d'emblée déroutée, mais finalement j'ai trouvé qu'il lui allait comme un gant. Car elle n'est pas farouche par son caractère, très franc et bien affirmé au demeurant, mais plutôt par sa propension à dissimuler ce qu'il y a de meilleur en elle. Elle ne jette pas des perles aux cochons, et c'est fort bien ainsi.

Les deux boeufs se débattaient dans des gerbes d'eau, et le deuxième joug se tordit malgré les cris et les coups de fouet de Brin. Il aurait tout autant pu fouetter l'eau, ce qu'il faisait parfois. Farouche tirait de toutes ses forces. En vain.
– Merde! s'exclama-t-elle en sentant la longe glisser de sa main droite.
La corde lui cisailla l'avant-bras. Elle parvint tout juste à en rattraper l'extrémité, sang et chanvre se mêlant à l'eau qui éclaboussait son visage et détrempait ses cheveux, sous les meuglements terrifiés des animaux et les gémissements non moins terrifiés de Majud.

Pays rouge, de Joe Abercrombie

Des personnages Kinder surprise…

À l'instar de Farouche, les autres personnages de Joe Abercrombie sont rarement ce qu'ils paraissent être de prime abord. Les apparences sont souvent trompeuses, et l'auteur ne cesse de nous le rappeler au travers de leur psychologie.

Certains personnages essaient d'oublier un passé violent en devenant des "hommes meilleurs". Placide fait partie de ceux-là. Comme il le dit, il ne s'est pas toujours appelé Placide… C'est donc ainsi que certains caractères ressurgissent, et qu'un personnage que l'on pensait mou se révèle être un véritable guerrier dans l'âme.

D'autres personnages, comme Cosca, sont de véritables pourritures mais essaient de faire croire le contraire à tout le monde. D'autres encore, comme Temple, sont des gens biens mais essaient de se faire passer pour de véritables pourritures. Chez Joe Abercrombie, rien n'est jamais simple ni gravé dans le marbre, tout est sujet à évolution, à surprises. Les personnages sont souvent torturés, complexes, pour notre plus grand plaisir.

Farouche se tourna vers Placide. Il la dévisageait, l'épée volée dans une main, le reste de corde dans l'autre. C'était comme s'il la voyait à peine. Comme s'il était à peine lui-même. Comment pouvait-il être l'homme qui avait chanté au chevet de Ro quand elle était fiévreuse? Mal, certes, mais il avait quand même chanté, le visage tordu par l'inquiétude. À présent, devant ses yeux noirs, elle fut saisie d'effroi, comme si elle contemplait le vide. Elle se sentait comme au bord d'un précipice, et il lui fallut tout son courage pour ne pas s'enfuir.

Pays rouge, de Joe Abercrombie

Moralité, quand tu nous tiens…

Ce qui me frappe, chez Joe Abercrombie, c'est cette mise en avant du fait que la limite entre bien et mal est parfois bien ténue. Certains font le mal en pensant faire bien, ou en ne pensant qu'à eux. D'autres commettent des atrocités pour une bonne cause. Comment distinguer le bon grain de l'ivraie, au final? Le bien et le mal ne sont-ils réellement qu'une question de point de vue?

Certains dialogues très intéressants parlent également du concept de conscience. Car c'est peut-être elle, au final, qui fera la différence pour devenir un "homme meilleur"…

J'ai aimé cette moralité qui se dégage de l'histoire. L'auteur nous démontre que, finalement, c'est la vie qui nous façonne et nous forge. Un passé violent vécu bien malgré nous peut créer des blessures telles que notre caractère initial se voit modifié. La nécessité de survivre ou de protéger les siens peut pousser n'importe qui aux pires extrémités. Tout le monde est logé à la même enseigne.

L'auteur nous livre au final des personnages très humains, très réalistes et complexes. Dans Pays rouge, c'est vraiment ce côté-là du récit qui m'a le plus marquée et touchée.

Un sentiment d'impuissance submergea Sufeen. Soudain assailli par la fatigue, il pouvait à peine lever les bras. Si seulement il avait été entouré d'hommes justes. Mais seul lui s'approchait de cette définition. Il était le meilleur homme de la compagnie. Il n'en tirait aucune fierté. Le meilleur ver dans un tas de fumier aurait été plus reluisant. lui seul avait un semblant de conscience. Temple aussi, peut-être, mais Temple passait chaque instant à convaincre lui-même et les autres du contraire. Sufeen l'observa : en retrait derrière Cosca, un peu voûté, comme s'il se cachait. Jouant impatiemment avec les boutons de sa chemise. Il aurait pu être tout ce qu'il voulait, mais s'efforçait de n'être rien. Toutefois, au milieu de cette folie destructrice, le gâchis du potentiel d'un homme semblait fort peu importer. Jubair aurait-il raison? Dieu était-il un tueur vindicatif, qui se délectait de l'anéantissement? À ce moment précis, il paraissait difficile de prétendre le contraire.

Pays rouge, de Joe Abercrombie

Des hommes bons… ou pas!

Bien sûr, comme dans tout roman de Joe Abercrombie qui se répète, l'on trouve une franche dose de violence, souvent de la pire espèce car elle est la plupart du temps gratuite. Que ce soit les massacres perpétrés par Nicomo Cosca et son armée, ou par celle des mercenaires qui enlèvent les enfants, tout cela pourrait être évité. Mais non, ça les amuse bien trop, de violer, décapiter, torturer, piller, démolir… ça les fait même rire!

De la fiction, ça, vraiment? Personnellement, cela me rappelle les images que je vois tous les jours au journal télévisé. À la sauce fantasy, certes, mais l'on en trouve malgré tout les échos dans notre petit monde bien réel. On dit que la réalité dépasse souvent la fiction. Je ne peux malheureusement que confirmer l'adage.

Le couteau qu'il avait donné à Danard était enfoncé dans les côtes de Sufeen jusqu'à la garde et la chemise de celui-ci noircissait à vue d'oeil. Un tout petit couteau, par rapport à d'autres. Mais suffisamment gros.
Le chien aboyait toujours. Sufeen tomba face contre terre. La femme à l'arbalète avait disparu. Était-elle partie chercher des projectiles, sortirait-elle de nulle part, prête à tirer? Temple aurait probablement dû se mettre à couvert.
Il ne bougea pas.
Le martèlement des sabots se fit plus fort. Le sang formait une flaque boueuse autour du crâne fendu de Sheel. Le gamin recula doucement, puis se mit à courir en boitillant, traînant sa jambe infirme derrière lui. Temple le regarde s'éloigner.

Pays rouge, de Joe Abercrombie

Trop de linéarité…

Je dois cependant émettre quelques petits bémols pour cette lecture, que j'ai trouvé un cran en-dessous de Servir froid.

Trop de linéarité, tout d'abord. J'ai trouvé l'histoire un peu trop plate par moments. Entre le moment où les héros partent à la recherche des enfants, et celui où ils arrivent à Fronce, le voyage traîne parfois en longueur. On sent bien qu'il y a une certaine maturation de la part des personnages, mais il ne se passe pas assez de choses, les rebondissements sont trop peu nombreux ou ne sont pas à la hauteur des attentes du lecteur.

Ensuite, le paysage dans lequel évoluent les personnages est trop peu décrit. On se doute qu'il s'agit d'un décor façon "far west", mais on ne sent pas assez la poussière, le soleil, la chaleur, la soif… Je suis restée sur la mienne, pour le coup.

En résumé…

Joe Abercrombie m'a une fois de plus bluffée avec ses personnages à la psychologie complexe et son histoire tellement humaine qu'elle en devient presque réelle malgré le fait que ce soit un univers de fantasy.

On retrouve dans ce roman de nombreux éléments chers à l'auteur : des paysages très "dark" où la pauvreté et la corruption morale sont loi, des personnages torturés, des dialogues qui tournent autour de la conscience et de la recherche de sens, une histoire où le bien et le mal s'entremêlent, et de la violence… beaucoup de violence.

Si on retrouve dans ce livre beaucoup de bonnes choses, je lui reproche tout de même une trop grande linéarité, quelques longueurs, des passages qui manquent parfois de rebondissements, un caractère même parfois un peu brouillon, et le fait que la psychologie passe souvent avant l'histoire elle-même. Je l'ai trouvé un peu en-dessous de Servir froid, le premier roman que j'aie lu d'Abercrombie.

Ma note : 15/20

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^

Retrouvez-moi aussi sur Twitter, sur le compte @Acherontia_Nyx!

Votre dévouée,

Acherontia.

[Chronique] Wild fell, de Michael Rowe

L'écriture était magistrale, toute en fluidité et maturité. L'auteur mélange à merveille les voiles du passés aux lumières du présent et nous offre, au travers du miroir de l'irréel, une vue terrifiante sur les abîmes par-delà la mort. Si vous cherchiez une ghost story​​​​​​​ gothique et pourtant résolument moderne, la voici qui est toute trouvée!

Acherontia

Synopsis…

Elle attend dans l’obscurité depuis plus d’un siècle. Dressée sur les rives désolées de Blackmore Island, Wild Fell tombe en ruine. La vieille demeure résiste pourtant aux assauts des saisons depuis des décennies. Bâtie pour sa famille par un homme de pouvoir du XIXe siècle, la maison a gardé ses terribles secrets. Depuis cent ans, les habitants de la région prient pour que les ombres piégées à l’intérieur de Wild Fell y restent, loin, très loin de la lumière. À présent, il est venu à elle. Jameson Browning, qui connaît bien la souffrance, a acheté Wild Fell avec l’intention d’y commencer une nouvelle vie. De laisser entrer la lumière. Mais ce qui rôde dans la maison est fidèle aux ténèbres qui y règnent, et la garde jalousement. Elle a attendu Jameson toute sa vie… ou même plus longtemps. Et maintenant, enfin… elle l’a trouvé.

[Chronique] Wild fell, de Michael Rowe

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon premier roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour septembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Vous vous en doutez, je suis très friande de "ghost stories". Sans doute est-ce mon caractère un tantinet gothique qui me pousse à apprécier les évanescentes émanations qui se dégagent des pages de ces romans à l'ambiance si particulière.

Une introduction au top…

Le roman s'ouvre sur une introduction de la taille d'un chapitre, dans laquelle l'auteur nous donne un bref aperçu d'un sordide événement ayant eu lieu aux alentours de Wild Fell dans les années 60. Ce fut une excellente idée de la part de Michael Rowe, qui plonge le lecteur directement au coeur du mystère de cette inquiétante bâtisse. J'ai adoré cette introduction, son côté rétro, presque innocent, qui se mêle progressivement à une ambiance de plus en plus sombre, oppressante. Seul petit bémol, qui n'en est pas vraiment un en soi, c'est que j'aurais aimé en avoir plus. Que cela dure encore quelques pages, ou même ne fut-ce que quelques lignes…

Elle regarda la masse sombre de l'île qui se dressait sur le lac, telle une forteresse, à une trentaine de mètres de distance. En fait, elle donnait l'impression de s'élancer hors de l'eau et vers le ciel, plus haute que n'importe quelle île qu'elle avait pu voir au cours de son existence. Elle se demanda si c'était un effet d'optique dû au clair de lune. En général, Brenda n'avait aucune difficulté à s'orienter en fonction de sa position relative au lac. Mais là, elle devait bien admettre qu'elle ne savait pas où elle était. Cette pensée était déjà en soi un peu excitante, mais plutôt mourir que de le reconnaître face à cet abruti de Sean, même si elle commençait à apprécier la tournure que prenait la soirée plus qu'elle ne l'aurait cru.

Wild fell, de Michael Rowe

Maléfique présence…

Si la transition entre l'introduction et le reste du récit m'a semblé un peu violente, l'écriture fluide et très agréable de Michael Rowe m'a permis de rentrer assez vite dans la vie du petit Jamie. Très vite, même, car je me suis si bien prise au jeu que j'ai lu le roman pratiquement d'un trait! Il faut dire que le récit que Jamie fait de ses mésaventures n'y est pas étranger. D'un ton très posé, très mûr, il nous raconte comment il a rencontré sa meilleure amie, Hank (Lucinda de son vrai nom, mais elle est garçon manqué et assume à merveille son caractère masculin). Puis il nous fait part de sa rencontre avec une étrange jeune fille dont le reflet se superpose au sien dans le miroir

Les yeux clos, je tendis la main vers ma lampe de chevet pour éteindre. Puis j'ouvris les yeux et regardai dans le miroir.
Quelque chose d'indéfinissable avait changé. Je voyais toujours ma chambre, mais à présent, une obscurité générale baignait les contours, un flou pas très différent de l'aspect un peu passé d'une photo ancienne, jaunissante, abîmée par l'âge et craquelée sur les bords. Mon reflet s'était également modifié de manière similaire et tout aussi impalpable. Parce qu'il faisait sombre, je ne distinguais pas mes yeux, mais mes épaules voûtées et resserrées suggéraient l'allure affectée d'une jeune fille perchée au bord d'une chaise ancienne trop grande pour elle. Quand je détendais instinctivement mes épaules afin de dissiper l'illusion, mon image m'imita, mais avec un temps de retard, me sembla-t-il, comme pour me faire comprendre qu'elle ne s'exécutait que par tolérance, et certainement pas parce que les lois de la physique l'y forçaient.

Wild fell, de Michael Rowe

Le hasard n'existe pas…

Tout comme l'amitié de Hank suivra Jamie jusqu'à la fin, la présence ténue et menaçante d'Amanda se fera sentir, elle aussi, jusqu'au dénouement final. Très tôt après cette irréelle rencontre, Jamie verra sa vie bouleversée à plusieurs reprises, de différentes manières et à différents degrés.

Tout au long du récit, c'est comme si les ombres du passé cherchaient à ternir la lumière du présent. L'on ressent cette menace qui plane sans cesse sur le jeune héros, ce sombre nuage qui hante ses pas, prêt à tout moment à se déchirer pour laisser la violence des éléments se déchaîner. 

L'on ressent aussi que tous ces événements ne surviennent pas par hasard. D'ailleurs, le hasard existe-t-il? Et si les pas de Jamie étaient guidés à son insu par des puissances invisibles, miroir après miroir, mystère après mystère? Et si son destin était lié d'une façon ou d'une autre à ce lugubre manoir, Wild Fell

 

Je rêvai que je chevauchais mon Schwinn rouge sur un promontoire surplombant un vaste lac sombre.
Au milieu de l'étendue d'eau se dressait une île entourée d'une couronne sauvage de roche grise et de pins vert foncé. Sur l'île se trouvait un château dont les tourelles s'élevaient au-dessus des cimes des arbres. Le soleil couchant striait le ciel bleu céladon de rayures rouges cru et orange lumineux.
Je connaissais cette vue, chaque vague, chaque rocher qui faisait saillie, chaque branche de pin qui s'arquait, se tendait pour crever le ciel qui saignait. Ce paysage m'était aussi familier que ma propre rue, mais même dans mon rêve, je sus qu'il s'agissait d'un endroit où je n'avais jamais été.

Wild fell, de Michael Rowe

Une ambiance gothique parfaite…

La force du récit réside d'une part dans l'incroyable capacité de l'auteur à savamment distiller les éléments d'intrigue, de façon à surprendre le lecteur et à maintenir un suspens constant. Tout au long des chapitres, l'on sent que quelque chose est sur le point de se produire, quelque chose de froid et de malveillant, quelque chose qui se tapis derrière chaque coin de phrase et qui attend le meilleur moment pour saisir le lecteur à la gorge. Il y a une sorte de tension continue qui est à la fois admirable, car elle relève d'un sacré tour de force, et délectable. Something's just about to break, comme le dit la chanson de Breaking Benjamin. Et de fait, dans ce récit, il y a toujours quelque chose qui semble sur le point de se rompre, à l'instar d'un sombre maléfice qui n'attend qu'un souffle de vent pour se répendre. 

D'une autre part, Michael Rowe sait très bien jouer sur une imagerie très gothique. À travers ses mots, les ambiances fusent, vaporeuses et évanescentes. Les voiles s'épaississent au fil de l'écriture et deviennent cocon, cristallisé autour d'un hideux papillon. La finale est délicatement ourlée de relents de moisi, de nuages de poussière et d'exhalaisons putrides. Elle nous baigne dans un halo d'irréalité déroutant et nous laisse sur la langue comme un goût de trop peu. Si, dit comme cela, la lecture vous tente moyennement, je peux vous assurer qu'elle en vaut la peine. Les moyens déployés par l'auteur pour moderniser les ghost stories traditionnelles sont plus que convaincants. 

Avant que la dernière des flammes ne soit étouffée, j'aperçus quelque chose que j'attribuai au vent qui faisait se balancer les arbres sous la pluie.
À une quinzaine de mètres de l'extrémité de la maison, sous un bosquet de pins blancs, une silhouette se tenait à proximité de l'arbre carbonisé, comme si elle cherchait à se réchauffer auprès du feu. Elle me parut féminine, bien que, à part sa petite taille, j'aurais eu du mal à expliquer exactement ce qui me permettait de lui attribuer un sexe. En effet, je ne distinguais rien de ses formes, de son visage, et encore moins de ses vêtements.
Je plissai les yeux dans l'obscurité pour mieux voir, mais quand un nouvel éclair zébra le ciel quelques secondes plus tard, la silhouette avait disparu et le feu éteint fumait sous la pluie qui ne donnait aucun signe d'épuisement, bien au contraire.

Wild fell, de Michael Rowe

En résumé…

J'ai dévoré ce roman du début à la fin, sans aucune restriction. Je n'y ai trouvé qu'un seul soupçon d'arrête : la fin, peut-être trop irréelle, trop floue à mon goût. Je n'ai pas bien su séparer le vrai du faux, ni le passé du présent, d'ailleurs. Cela m'a troublée et laissée un peu (trop) sur ma fin faim. Mis à part cela, l'écriture était magistrale, toute en fluidité et maturité. L'auteur mélange à merveille les voiles du passés aux lumières du présent et nous offre, au travers du miroir de l'irréel, une vue terrifiante sur les abîmes par-delà la mort. Si vous cherchiez une ghost story gothique et pourtant résolument moderne, la voici qui est toute trouvée!

Ma note : 17/20

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^

Retrouvez-moi aussi sur Twitter, sur le compte @Acherontia_Nyx!

Votre dévouée,

Acherontia.

[Chronique] Le prix des âmes. Tome 1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

[Chronique] Le prix des âmes. Tome 1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Synopsis…

Chaque fantôme resté en arrière a une histoire, et aucune d'entre elles ne peut laisser indifférent celui qui les écoute… "Lorsque je relève les yeux de la rivière, je capte nos reflets dans la vitre. Un peu plus grand que moi, Calame paraît soudain bien trop jeune. Je m'apprête à lui sourire, dans ce miroir de fortune, quand une silhouette se joint au tableau. Et je n'ai le temps de rien". Petrichor est habitué aux missions difficiles. On ne sait jamais ce que les âmes perdues nous réservent, même lorsqu'on est là pour les délivrer de leurs tourments. Et avec les spectres qui peuplent l'île sur laquelle il a été envoyé, il n'est pas au bout de ses surprises. Coupé du monde, confronté à une histoire sordide dont il démêle les fils un à un, Petrichor pourrait bien basculer dans le piège de la solitude et la noirceur qu'elle entraîne si Calame ne débarquait pas à son tour sur ces rivages désolés. Appartenant à l'organisation adverse, qui capture les âmes pour les revendre au meilleur prix, tout le sépare de Petrichor. Pourtant, ils ne tardent pas à unir leurs forces face au danger qui les menace, outrepassant tous les interdits que leur imposent leur don et les deux institutions rivales pour lesquelles ils travaillent.

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon second roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour août 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne et leur collection Snark pour ce partenariat et la découverte de cet ebook.

Ce qui m'a attirée plus particulièrement vers cette lecture? Vraiment, vous ne vous en doutez pas?! Même pas un tout petit peu?

Eh bien, ma foi, c'est une histoire de fantômes! Et moi, j'adore, que dis-je, je suis totalement amoureuse des histoires de fantômes! Et celle-ci m'a littéralement transportée!

[Chronique] Le prix des âmes. Tome 1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

À mes mots, Calame acquiesce. Il se lève en détournant le regard. Ce qu’il vient de se passer reste entre nous sans que personne n’ose crever l’abcès, et j’ai besoin d’air.
Je traverse la maison au pas de course, sans plus m’inquiéter de croiser quoique ce soit. Lorsque j’émerge sur la terrasse, l’orage éclate enfin, éventrant les nuages. Ils déversent sur moi une pluie drue, qui me trempe aussitôt. Je ramasse nos deux sacs pour les balancer à l’intérieur, mais je retourne dehors pour me planter sous l’averse, comme si elle pouvait me laver les idées, à défaut de me purifier. Rien de tout ça ne se passe, mais à me retrouver rincé jusqu’aux os, mon corps se calme enfin, mon cœur aussi.
En relevant la tête, j’aperçois Calame qui m’observe, impassible. Je lui rends son regard, sans sourire, aussi paumé que lui, avant de le rejoindre à l’intérieur.

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Ghostbusters…

Vous l'aurez compris, Petrichor est un Sillonneur, une sorte de chasseur de fantômes. Il parcoure le monde de mission en mission afin de refermer les "sillons", ces traces qui unissent notre monde à celui des morts. Le but final est d'aider ces esprits à retrouver la paix et à retourner dans leur univers sans plus troubler le nôtre.

La vision que Céline Etcheberry présente des fantômes est très poétique, et au final très gothique. Certains d'entre eux sont presque attachants, d'autres vous feront froid dans le dos, mais dans tous les cas, aucun ne vous laissera indifférent.

Mes semelles crissent contre la neige qui recouvre les racines et les feuilles tombées autour du chêne. Sans ce corps au visage bleuté empêtré dans ses branches, l’arbre aurait tout de majestueux. Même cette clairière, enveloppée d’un manteau pâle et nimbée d’une aura aveuglante, m’évoque un calme serein, une nuit au coin du feu, et comme me le ferait remarquer Lucy, le chocolat chaud, son péché mignon. J’écarte les flocons amassés à même l’écorce, pour confirmer mes suspicions. Impossible que cette femme ait mis fin à ses jours ici, en haut d’une branche inatteignable. Tout cela a été préparé avec un soin particulier, même si je n’en connais pas la raison.
À hauteur de mon visage, je remarque des entailles dans le tronc qui témoignent de la présence d’une échelle. Quelqu’un a passé la corde au-dessus de la branche où se trouve désormais la défunte, avant de la nouer hors d’atteinte, une fois son forfait accompli.
Lorsque je viens me poster sous les branchages, la morte baisse les yeux pour tâcher de m’apercevoir. Je me décale pour lui rendre son regard et surtout, réussir à l’observer de plus près. Des traces de lutte recouvrent ses avant-bras, marqués de griffures et d’ecchymoses. Les mêmes que j’entrevois autour de son cou, même si celles-ci, seules, auraient pu simplement justifier un changement d’avis trop tardif.
Sa peau livide rend sa tenue plus noire encore. À la manière des bonnes d’antan, elle arbore un uniforme strict qu’aucun bijou ne vient rehausser. Je parcours en mémoire la liste des domestiques du manoir, avant d’en retenir deux : Marieke et Annie. Laquelle des deux a mérité de finir ses jours ainsi, pendue à une branche ?
Son calme soudain me déconcerte. Silencieuse, elle traque chacun de mes mouvements d’un œil avide, la corde geignant chaque fois qu’elle s’agite. D’une main, je chasse quelques flocons amoncelés sur mes joues, et je jurerais la voir sourire.

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Alone in the dark…

Dans cette histoire, les fantômes filent la chair de poule, c'est vrai. Mais cela ne serait rien sans le cadre et le contexte du récit. Parlons du cadre tout d'abord.

Petrichor atterrit sur une île de cauchemar, littéralement. Une île hantée sur laquelle est bâti un manoir de style victorien. Les propriétaires ont bien essayé de vendre, mais les acheteurs potentiels fuyaient irrémédiablement, la peur au ventre. Rien n'y fait, l'atmosphère lourde et les apparitions spectrales rebutent jusqu'au plus téméraire d'entre eux.

Le manoir en lui-même est "creepy" au possible, avec ses tapis en lambeaux, son humidité, ses champignons, ses meubles d'un autre temps, ses objets hétéroclites à l'usage le plus souvent macabre, ses fenêtres brisées, ses cadavres d'animaux entrés par hasard et qui ont été incapables de trouver la sortie, ses plantes en pots devenues jungle… Bref, tout est parfait jusque dans le moindre détail.

Le tout présente un petit côté "Alone in the dark" qui m'a beaucoup plu, surtout lorsque Petrichor découvre les environs du manoir de nuit à la seule lueur de sa lampe torche…

À mesure que j’avance vers le manoir, j’en examine attentivement la façade. En me basant sur le nombre de fenêtres et d’étages, je devine que ces trois jours seront amplement nécessaires pour tout explorer. Une prière silencieuse m’échappe : pourvu que ce que je cherche se trouve bien à l’intérieur. Je n’ai jamais aimé courir les sous-bois.
La terre meuble du chemin se dérobe sous mes pieds, malmenée par les ans et les intempéries. J’atteins le haut de la butte, et la poussière cède la place aux graviers qui crissent sous chacun de mes pas. Au centre d’une grande place ovale trône une gigantesque fontaine, depuis longtemps tarie. Des moisissures pendent autour d’un plateau autrefois majestueux et dégoulinent jusqu’à atteindre le bassin rempli d’une eau de pluie croupie. Un oiseau mort flotte à la surface. Un corbeau aux orbites vides.
Bienvenue à la maison, je pense en m’immobilisant. Si l’on devait ramener mon travail à quelques règles simples de sécurité, elles se résumeraient à : ne jamais commencer le boulot en pleine nuit ; toujours repérer les environs ; si c’est trop beau pour être vrai, ça l’est ; et, les apparences sont toujours trompeuses.
Ma lampe de poche en main, je parcours une nouvelle fois la façade des yeux. Le faisceau lumineux se réverbère contre les vitres restantes, joue brièvement sur un éclat brisé, avant de venir mourir sur le gouffre opaque d’une porte grande ouverte, à ma droite. Si seulement j’avais eu un plan de la maison, en plus de celui de l’île, j’aurais pu savoir où ça menait.

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Coupés du monde…

Une île inhospitalière, un manoir décrépit au-delà du récupérable, des émanations spectrales qui dépassent des sommets de laideur et de malveillance, qu'est-ce qui pourrait être encore pire? Ah oui, tient! Peut-être le fait que notre chasseur de fantômes soit totalement coupé du reste du monde?

Une fois son bateau reparti, pas de GSM, pas d'ordinateur, et donc aucun moyen de communication avec l'extérieur. Le bateau ne revient que trois jours plus tard, s'il revient… et aucun secours n'est prévu avant au moins six jours (date à laquelle son équipe aura constaté sa disparition).

Dans son équipage, une lampe torche, un sac de couchage, et quelques vivres. Et là, on sent une bonne vieille angoisse du manque et de la solitude repointer le bout de son nez ^^

— J’ai un problème.
Calame relève le nez, croise mon regard et s’arrête à son tour. Je lis dans ses yeux des émotions tout aussi bancales.
— Quoi ?
D’une main, je recommence à masser cette épaule qui ne me donne aucun répit.
— Un coup de déprime.
— Ah… ça arrive à tout le monde.
— Non. Enfin, ce que je veux dire, c’est que c’est bien trop soudain, et que ce sont des pensées que je n’ai jamais eues avant.
Après une poignée de secondes, Calame hoche la tête.
— Ça va sembler idiot, mais je me sens vraiment seul depuis qu’on a atteint la forêt…
— Moi aussi. Donc on a un problème.
— Coup de blues… ?
— Non, plutôt dépression spectrale. M’est avis qu’on ne va pas tarder à comprendre pourquoi. Tout ça, cette tristesse, cette solitude, ça ressemble fort à un souvenir.
— Un peu comme le vent…
Au premier abord, je ne comprends pas ce qu’il veut dire. Perdu dans mes pensées, je n’ai pas pris garde aux gémissements de la brise, qui peu à peu se sont mués en faibles lamentations. Du regard, j’explore les arbres autour de nous, ce chemin toujours courbe qui ne nous a menés nulle part.
— On tourne en rond, commente Calame en confirmant ma sensation.

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Des concepts novateurs…

Mais sur l'île où il se rend cette fois-ci, il s'aperçoit qu'un autre chasseur de fantômes s'apprête à marcher sur ses plates-bandes. Un homme de l'organisation ennemie, un Rabatteur. Dans leur clan, ils ne chassent pas les fantômes pour les aider à retrouver la paix, mais bien pour les capturer et les vendre aux plus offrants.

Pas le choix, dans ce milieu des plus inhospitalier, ils vont devoir apprendre à collaborer. Mais voilà, Calame manque d'expérience, et c'est Petrichor qui va se charger de lui apprendre quelques ficelles du métier. Certaines appellations, notamment… Ce que sont les pleureuses, ces fantômes décédés dans la solitude la plus noire et qui prennent un malin plaisir à faire ressentir la même chose à leurs victimes… les incorporations, les possessions, les charognards aussi.

Calame, quant à lui, montre à Petrichor plus que ce qu'il ne devrait montrer concernant la technologie propre à son groupe. Ces petits cubes chargés de capturer les âmes défuntes, ces scanners spéciaux qui détectent les sillons ouverts, ces lampes torches oranges qui avertissent d'éventuelles présences fantomatiques…

Toute cette science est évidemment très novatrice, et je me suis délectée de voir toutes ces belles trouvailles dont l'auteur nous gratifie. C'est d'ailleurs assez curieux, car je suis justement occupée à écrire une nouvelle mettant en scène un collectionneur d'âme et son acolyte chasseur de fantômes. J'ai donc souris dans ma barbe en voyant que quelqu'un y avait pensé avant moi… Mais que cela ne me décourage pas d'écrire ma nouvelle! Car la conception n'est quand même pas tout à fait pareille, surtout que mon histoire se passe à l'époque victorienne et relève purement du genre steampunk. Mais soit, revenons-en à nos moutons ^^

— C’est une pleureuse ! Recule, Calame !
Toujours à l’aveugle, mes doigts retrouvent son poignet, alors que je le ceinture d’un bras, trop tard. La lampe met à jour la tête de l’adolescente, penchée sur ses genoux qu’elle tient serrés contre elle de ses mains. Ses cheveux retombent en paquet, masquant encore son visage.
— Ce n’est qu’une gamine, rétorque Calame, surpris, alors que je l’attire vers l’arrière.
Il manque trébucher, et me bouscule dans son élan.
Alors, son regard tombe sur sa précieuse tablette. Les courbes palpitent et se révoltent, le vert rassurant ayant viré depuis longtemps à un rouge vibrant de mauvais augure.
— Ce n’est qu’une…
Les mots de Calame meurent dans sa gorge, son souffle s’emballe. Tandis que je le maintiens contre moi, les sanglots se muent en clameur, et la voix d’Helena envahit nos esprits. Le désespoir s’immisce de nouveau en moi, tout comme je sais qu’il envahit Calame, telle une vague oppressante, implacable. L’air me manque, l’espoir, l’envie de vivre… Un tourment étranger me submerge, balayant toute pensée cohérente, une peur insidieuse et dévorante qui cogne dans mon cœur à le faire défaillir. Soudain, les murs me semblent plus près, bien trop proches. Ma main abandonne celle de Calame pour agripper mon col, espérant le libérer de son carcan qui m’étrangle, m’empêche de respirer. Les larmes d’Helena piquent mes paupières, je sens son chagrin se déverser le long de mes joues, ses pleurs se mêler à ceux de Calame, dont les jambes faiblissent sous l’angoisse et l’abandon.
Comme hypnotisé par le danger, la main de Calame persiste à fixer sa torche sur cette enfant qui n’en est plus une. L’esprit relève la tête, et dévoile un visage creusé par les siècles, témoin d’hécatombes et d’agonies qu’elle n’a jamais connues. Je sens ma volonté ployer, noyée par une fin que je sais proche. Face à nous, la bouche d’Helena s’ouvre sans fin, de plus en plus grand, vociférant ce chant de détresse, de malheur. Sa peau flétrie pend autour de dents trop longues, me soufflant tout désir, toute espérance. Et c’est désormais moi, qui me retrouve emmuré vivant dans mon propre corps, anéanti par la terreur d’un millier d’âmes, mon cœur sur le point de lâcher battant contre mes oreilles, m’assourdissant presque. Mes geignements se joignent à ceux de Calame, alors que nous tombons à la renverse, la torche rebondissant près de nous et tourbillonnant quelques secondes pour s’arrêter, ironie du sort, sur le spectre qui nous hurle toujours sa détresse.

Le prix des âmes. T, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Comme un petit air de Sixième sens…

Dans ce roman, j'ai trouvé quelques clins d'yeux à des classiques du genre fantomatique, et à Sixième sens notamment. Tout qui lira les passages concernant le petit Fidelio seront probablement d'accord avec moi. Empoisonnement dû à un syndrôme de Munchhausen, ça doit parler aux fans du film, ça…

Des tremblements remontent le long des bras du gamin, jusqu’à secouer ses épaules.
— Oh, a-t-il tout juste le temps de marmonner avant de se mettre à baver avec profusion.
La salive dégouline le long de son menton, et il me fixe de ses yeux délavés, emplis du fol espoir de me voir l’aider. Avant que je n’aie eu le temps de réagir, il se plie en deux et dégueule à mes pieds, une masse opaque, verdâtre, striée de sang. Puis, aussi vite qu’il a commencé à se sentir mal, il se redresse, intact, et s’évapore.
Seules ses vomissures demeurent un instant, avant de s’éparpiller en poussière. Au moins, dans mon malheur, j’ai la chance d’échapper aux odeurs…

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

De la poésie gothique au macabre…

Il faut tout de même l'avouer, le gros point positif de ce roman, c'est tout de même l'incomparable écriture de Céline Etcheberry, très déliée, très féminine. Certaines métaphores étaient juste à tomber, comme ces nuages bas au ventre gonflé d'une promesse pluvieuse. Très joli, vraiment… très créatif, aussi.

J'ai trouvé les descriptions vraiment très vivantes et tellement délectables, que ce soit dans le manoir aux horreurs ou dans le désert des forêts insulaires. Et ces scènes macabres où les âmes défuntes venaient livrer leurs secrets étaient tout simplement parfaite. L'auteur possède l'art d'instiller l'horreur aussi bien que la poésie sombre qui embaume le moisi.

Une chose singulière me frappe alors que nous posons le pied dans cette chambre, pour nous retrouver face à une nouvelle mise en scène. Jamais, à travers tous les lieux hantés que j’ai fréquentés, je n’ai trouvé de spectres si organisés, rangés chacun dans leur propre pièce, à m’attendre. Les entités de cette île, parsemées à travers le manoir et ses collines, m’apparaissent trop soigneusement présentées – cataloguées faute d’autres mots. D’ordinaire, les fantômes se hâtent de découvrir les lieux qui les entourent, de venir à la rencontre des vivants qu’ils entendent ou aperçoivent, voire même sentent, grâce aux émotions qu’ils projettent. Pourtant, ici, nous les découvrons presque tous cantonnés dans leur rôle, sur les lieux de leur mort. Parqués, en somme.
Cette nouvelle pièce n’y fait pas exception. Spacieuse et autrefois bien agencée, elle n’a plus rien de l’adorable chambre d’enfants qu’elle a dû être, à une autre époque. Des volets clos filtrent une lueur blafarde qui strie la salle de longs filaments aveuglants. Les meubles et les décorations jonchent le sol en une mare éparse de jouets cassés, de débris de bois, et de lambeaux de tissu. Les rideaux mangés par les mites dégringolent des tringles de guingois, un miroir brisé reflète la lumière du jour au plafond, renvoyant les rayons du soleil à travers un mobile dont ne pendent plus que des fils et un unique avion sans ailes. Des membres de poupées se mêlent à la fourrure d’ours en peluche déchiquetés, aux voiles déchirées d’un navire de pirate foulé au pied, et aux pages trempées de dizaines de livres de contes.
Près de l’entrée, une série de têtes de baigneurs fixe le spectacle de leurs orbites noires.
Trônant au milieu de ce capharnaüm, une chaise à bascule va et vient en cadence. Sur celle-ci, une nourrice berce une petite masse emmitouflée dans une layette rongée par l’humidité. Du sang s’échappe des cavités vidées de ses yeux et de sa bouche, maculant ses joues laiteuses, son menton, sa chemise stricte.

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Un duo complexe…

De son propre aveu, Céline Etcheberry apprécie "les héros humains, plein d’erreurs et de contradictions. Qu’ils échouent, remontent la pente, trahissent ou deviennent une épaule inébranlable. Les « gentils losers », des héros plein de défauts, comme tout le monde".

On ne peut pas vraiment qualifier Petrichor de "loser", même s'il est gentil, ni même Calame, même s'il est plus sensible. Mais effectivement, ces deux personnages, sans pour autant être des anti-héros, sont là avec leurs qualités et leurs défauts, leurs forces et leurs faiblesses, leurs blessures, leurs failles, mais aussi leurs espoirs et leurs désirs. Personnellement, j'aime ces personnages complexes dont on ne sait pas tout dès le premier dialogue. Et j'ai aimé les surprises que l'auteur nous a réservé, ces parcelles de personnalité qu'ils auraient tant voulu cacher mais que la situation a fait ressurgir. Quel joli travail effectué pour rendre ces deux hommes réalistes, avec une psychologie et un background historique étoffé.

— Bien sûr que tu…
Mes paroles restent en suspens lorsque je sens ses lèvres effleurer ma peau. La chaleur moite de sa langue s’étend soudain juste sous le lobe de mon oreille, et je m’écarte sans douceur, pour agripper ses épaules.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Je suis sûr que je peux te faire changer d’avis…
Ses yeux vitreux, noyés de larmes, se rivent aux miens. Des plaques rouges s’étendent le long de ses joues, jusqu’à ses tempes. Je place le dos de mes doigts contre son front, et c’est à n’y plus rien comprendre. Calame brûle d’une fièvre nouvelle, qui a chassé le froid trop vite. Si celle-ci continue à grimper, il risque à tout instant de succomber à un malaise.
— Qu’est-ce que tu racontes ? Tu ne sais plus ce que tu dis.
— Je peux te faire changer d’avis… Si tu me laisses partir, je ne dirai à personne ce qu’il s’est passé…
— Changer d’avis sur quoi ? Mais je ne te veux aucun mal, Cal’… Ce n’est pas parce qu’on est…
— Carl, rétorque-t-il en me coupant dans mon élan. Je m’appelle Carl…
— Carl. Écoute-moi… Je sais qu’on nous a monté la tête, les uns contre les autres, mais ici ce n’est pas moi l’ennemi, tout comme tu n’es pas le mien, je…
Sa main se glisse entre mes cuisses, agile, remonte jusqu’à mon entrejambe pour s’y lover, sans qu’il ne me quitte du regard. J’éprouve toutes les peines du monde à garder mon calme, encore davantage à déglutir. Ma raison me pousse à chasser sa main, mon corps à l’encourager… À croire que je perds la tête, moi aussi.

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

Drame collectif…

Cette recherche de psychologie plus compliquée qu'il n'y paraît ne se retrouve pas uniquement que dans les personnages centraux. On le voit également à la façon d'être des spectres, à leur passé tragique, à leurs souffrances.

Toute cette chasse aux fantômes met en fait en lumière un grand drame collectif, un assemblage d'événements tragiques qui s'enchaînent tels des dominos, se répercutant les uns sur les autres. Rien n'est laissé au hasard dans cette histoire. J'ai pourtant cherché la faille, la petite invraisemblance qui gâcherait l'ensemble, mais j'ai fait chou blanc. Le tout est orchestré d'une main de maître, pour le plus grand plaisir du lecteur, qui passe de suspens en découvertes, de rebondissements en compréhensions, sans qu'il n'y ait de temps mort.

Sa terreur m’envahit quand ma bouche formule ses pensées. De ces quelques mots prononcés, elle me transmet son fardeau qui éclabousse mon âme, déversant ses souvenirs à travers les miens, comme autant de rêves brisés et de soupirs accablés. Je sens toute cette horreur subie, sous les yeux aveugles des autres, les coups dissimulés par trop de fard, trop de poudre. Je sens…
Les sévices, le calvaire secret, l’angoisse du mot de trop, les ecchymoses, les cheveux arrachés, les gifles et les claques, je sens… Les marques contre son cou, habillées d’un foulard, les côtes fêlées qui empêchent d’enlacer ses propres enfants, les sourires voilés, factices, pour cacher une dent cassée. Je sens la honte, la culpabilité, la soumission, la révolte muette, les viols sous couvert de mariage, les grossesses redoutées, qui s’enchaînent sans fin, les fausses couches trop nombreuses, les larmes qu’on apprend à retenir, les griffures à masquer, les bleus à justifier. La maladresse feinte, les vapeurs de l’alcool des flacons de parfum que l’on boit par dépit, les milles façons d’en finir qui ne mènent à rien, par amour, par détresse, par fatalisme.
Et je ressens, enfin, un changement, l’univers qui bascule, une bouffée d’espoir qui étouffe, qui prend à la gorge et empêche de respirer, plus encore qu’aucune suffocation déjà subie. Un homme, un autre, discret et silencieux, sur lequel on s’appuie, tel un roc, un pilier inébranlable, et qui nous promet tout.
« Je lui dirai tout, ce soir, et je pourrais enfin partir. »

Le prix des âmes. T1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

En résumé…

Je suis sortie de cette lecture le souffle court et les cheveux ébouriffés. Et non, je ne pense pas que cela venait de la bière qui avait accompagné ma lecture des derniers chapitres. Et vous savez quoi? Quelques jours plus tard, j'y repensais encore, à ces fantômes. Bien au chaud sous mon édredon, je me suis surprise à imaginer des mains décrépies venues attraper mes pieds qui dépassent des draps, ou encore à voir des visages dans la buée de mes fenêtres le matin. Même la rosée sur le gazon du jardin me filait la chair de poule.

Je ne peux que vous donner un conseil : si vous êtes amateur des bonnes histoires de fantômes, jetez-vous sur ce roman sans hésitation.

Ma note : 19/20

[Chronique] Le prix des âmes. Tome 1, Coupés du monde, de Céline Etcheberry

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^

Votre dévouée,

Acherontia.

[Chronique] Le rêve oméga, l’intégrale, de Jeff Balek

[Chronique] Le rêve oméga, l'intégrale, de Jeff Balek

Synopsis

Yumington, 2075. Garibor Coont est un ouvrier disséqueur. Son métier : extraire les organes des morts afin de les préparer à la transplantation. Si son quotidien est banal, ses hobbies le sont bien moins : Coont a la capacité extraordinaire de décoder les mémoires d'Heisenberg, les implants mentaux dont est équipé l'essentiel de la population de Yumington. Un don qui va attirer l'attention de l'Organisation, une société secrète dont l'objectif est de résoudre des crimes aussi technologiques que mystérieux. Sous la contrainte, Coont devra enquêter pour leur compte. Et ce qu'il apprendra l'amènera à remettre en cause sa propre identité. Yumington : la cité aux mille récits. Plongez dans ses bas-fonds, et vous n'en reviendrez peut-être pas… Et si l'homme se trouvait confronté à l'apparition d'un homme d'une espèce nouvelle et supérieure ? Et si l'apparition de cette nouvelle espèce n'était pas issue de l'évolution naturelle ? L'homme de Neandertal a disparu après l'apparition de l'Homo Sapiens Sapiens. Et si l'histoire se répétait ?

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon premier roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour août 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne et leur collection Snark pour ce partenariat et la découverte de cet ebook.

Je sais, je lis rarement de la science-fiction… Le genre m'attire généralement assez peu, car je préfère le surnaturel, la magie, les créatures fantastiques, aux grosses machines futuristes et aux petits hommes verts (ce que je dis est très cliché, je le sais… il m'est arrivé de lire d'excellents romans de SF qui sortaient des sentiers battus). Alors pourquoi choisir de lire un roman SF? Une intégrale, qui plus est… La raison est très simple, le résumé m'a intriguée, et j'ai eu envie d'en savoir plus. Parlez-moi d'ouvrier disséqueur, et vous avez déjà gagné toute mon attention…

[Chronique] Le rêve oméga, l'intégrale, de Jeff Balek

Le concept en quelques points…

Yumington, c'est avant tout un univers très particulier, un style d'univers que je n'avais encore jamais rencontré auparavant (mais peut-être est-ce parce que je lis peu de science-fiction, je ne sais pas…). Ce qui rend le monde de Yumington si particulier, c'est qu'il s'agit d'un univers transmédia…

Transmédia… Un mot barbare, dites-vous? Mais non! Je vous laisse l'auteur vous l'expliquer dans cette courte vidéo…

Vous l'aurez compris, Yumington, c'est un univers riche, et surtout interactif. D'ailleurs, vous aussi pouvez interagir et faire partie de la communauté! Je n'ai personnellement pas encore essayé, mais ça semble tentant…

Mais qu'est-ce que Yumington, au juste? Une cité? Un univers? Bah, je dirais un peu des deux!

Les bases de l'univers de Yumington…

Qui, mieux que l'auteur, peut vous donner les clés pour entrer dans cette ville futuriste qui constitue un univers à elle seule? Voici un petit extrait qui éclairera vos lanternes…

Urbanisme.
Pour faire face à l’augmentation de la population, Yumington a fait construire dix nouvelles zones habitables souterraines. De véritables villes sous la ville où s’élèvent de nouveaux immeubles et complexes commerciaux. À l’origine très convoités, ces niveaux souterrains sont peu à peu devenus des quartiers d’autant plus insalubres qu’ils sont profonds.
 
Robotique.
En 2045, suite à une série de braquages de banques utilisant des robots à apparence humaine, ceux-ci ont été interdits dans Yumington.
Seuls des robots rudimentaires œuvrent dans la ville. Ils sont assignés aux tâches les plus difficiles et les plus répétitives.
Des robots humanoïdes, surnommés humanos ou encore les tu-sais-quoi, sont cependant encore exploités en toute illégalité dans des maisons de passe de la ville.
 
Nanotechnologies et biotechnologies.
Les nanotechnologies et les biotechnologies permettent à l’homme de s’extraire du carcan de l’évolution darwinienne. L’homme a le pouvoir de prendre en main et déterminer sa propre évolution. Il s’agit de l’évolution proactive.
Implants mentaux permettant d’améliorer ses capacités cognitives, greffes de tissus biologiques autorisant de nouvelles performances physiques, sont monnaie courante à Yumington en cette fin du vingt et unième siècle.
Si ces avancées biotechnologiques sont la promesse d’un homme nouveau, elles sont aussi l’objet de nombreux trafics.
 
Mémoire d’Heidelberg.
Les seuls implants mentaux autorisés sont des assistants mémoriels, codés et obligatoirement détruits après la mort du porteur. Cette technologie est également appelée Mémoire d’Heidelberg, du nom de son inventeur. Elle permet d’augmenter les capacités cognitives de leurs porteurs.

Le rêve oméga 1, Souvenirs mortels, de Jeff Balek

Et ce ne sont là que quelques uns des merveilleux concepts développés au court de l'histoire. Mais je ne vais pas vous gâcher l'effet de surprise en vous donnant toutes les clés, n'est-ce pas?

Une écriture morcelée…

Ce côté transmédia a une incidence directe sur la façon dont cette intégrale est écrite. Le texte est rédigé de façon morcelée, un peu comme un patchwork ou, puisque l'on parle d'ouvrier disséqueur, de morceaux de corps que l'on grefferait l'un à l'autre pour former une entité à part entière. Une espèce de Frankenstein urbain et futuriste, si vous voulez, l'odeur en moins.

Bon, je vous le dis tout de suite, il m'a fallu un petit temps d'adaptation pour atterrir proprement dans cette lecture. Heureusement que la promesse de l'ouvrier disséqueur était là, planant quelque part entre ma liseuse et mon subconscient.

Le récit est raconté à la première personne. C'est un choix comme un autre, choix que je rencontre de plus en plus souvent au gré de mes lectures, d'ailleurs, soit dit en passant. À croire que cela devient une mode! Mais ici, en plus, la narration en "je" est surlignée par le fait que l'auteur ne s'embarrasse pas de littérarité. Tout est vraiment fait comme si Coont s'était enregistré lui-même dans un dictaphone tandis qu'il décrit ses enquêtes et sa petite vie. D'ailleurs, chaque chapitre commence par "Enregistrement n°xxx – Play" et se termine par "Stop." Original, oui, mais il y a un point où l’agacement prend le pas sur l'originalité. Car l'auteur n'a pas pensé que dans un format ebook, il peut se passer d'étranges choses que seule la fée électricité peut expliquer. Et donc moi, pauvre lectrice prise au piège de la technologie, je tournais souvent ma page pour me retrouver à la page suivante, avec pour seul mot ce "Stop." Autant l'avouer, c'est très frustrant, et plutôt horripilant.

Ceci mis à part, je n'ai rien à redire quant à la structure, dont j'ai beaucoup apprécié l'originalité. Car il n'y a pas que ces fameux enregistrements qui font office d'histoire, il y a aussi tous ces petits à-côtés qui font le charme de cette intégrale. Les fausses publicités, notamment, les bons conseils du Docteur Fillglück, ou encore les petites annonces, comme celle qui suit. Savoureux, n'est-ce pas?

Annonce classée

Urgent. Suite à décès accidentel, vend pénis L : 28 cm Diam : 5,5 cm. Porteur sain. Équipé implant Quick Erector 5.1. Disponible immédiatement. Contacter : ProEvTech@gmail.com.
ProEvTech, Be More !

Le rêve oméga 1, Souvenirs mortels, de Jeff Balek

L'Organisation…

Un petit côté Matrix dans cet univers de Yumington? Noooon, absolument pas! L'agent Smith est d'ailleurs la pour le prouver. Mais quel agent Smith? Car dans l'Organisation qui recrute Coont pour le pousser à lire les mémoires de Heidelberg des gens, ils s'appellent tous John Smith.

L'Organisation, c'est donc une sorte de société secrète qui enquête sur des phénomènes bizarres en parallèle des autorités locales (et en marchant souvent sur leurs plates-bandes).

John Smith.
Tu imagines le gars en costard noir, chemise blanche, lunettes noires ?
Tu te fourres le doigt dans l’œil jusqu’à l’épaule.
Il n’y a que dans les films ou dans les agences gouvernementales que les types sont aussi facilement identifiables.
Non, John Smith est neutre. Parfaitement neutre. C’est un cadre moyen comme tout le monde. Si parfaitement comme tout le monde, que tu le prends pour un cadre moyen paumé quand il entre sur ton lieu de travail. Jusqu’à ce que ce cadre moyen qui semble tombé de son siège à roulettes te colle sa carte professionnelle sous le nez. Et comme le cadre moyen n’appartient à aucune agence gouvernementale officielle, la seule carte dont il dispose est un neuf millimètres.
Cadre moyen ou pas, ça fait toujours son effet, bordel de dieu !
— Garibor Coont ?
Je reste là, la mâchoire affalée sur la poitrine.
— Je vous pose la question par principe. Je SAIS que vous êtes Garibor Coont. Garibor Coont ?
Je hoche la tête, le regard rivé sur le canon du flingue que le gars me pointe vers le visage.
— Bien. (Le type remballe sa carte de visite et sourit.) En ce cas je vous prie de me suivre. Notez bien que prie n’est qu’une formule de politesse. Vous n’avez pas le choix. Je m’appelle John Smith.

Le rêve oméga 1, Souvenirs mortels, de Jeff Balek

Missions par pizza interposée…

Ne vous fiez pas à son côté psychorigide, l'Organisation sait plaisanter quand cela est nécessaire. Un petit coup de mou? Ils vous livrent vos missions en code pizza, apportées par des robots ancienne génération souvent d'assez mauvais poil et adeptes des pourboires.

Je me réveille en sursaut. Une de ses saloperies de bots de livraison de pizzas de chez PizzaBots se penche sur moi. Sa trogne de conserve à moitié rouillée à quelques centimètres à peine de mon visage. La même trogne que la dernière fois.
— Quatre fromages. Vous avez commandé une pizza quatre fromages.
— Mais bordel, qu’est-ce que tu fous chez moi ?
J’entendrais presque les processeurs calculer dans son crâne de métal. Je n’aime pas les robots. D’aussi loin que je me souvienne, je déteste ces succédanés d’humain.
— Votre porte était ouverte, monsieur Garibor Coont. L’une de nos missions est de porter secours aux êtres humains. La mienne est également de livrer des pizzas.
Pause.
— Je suis entré au cas où vous auriez été victime d’un malaise. Vous dormiez. Je livre votre pizza. Vous me devez 12 Yu$, sans les pourboires. Les pourboires permettent à PizzaBot de…
— Ta gueule !

Le rêve oméga 3, Abysses hallucinés, de Jeff Balek

Y-Files, ou les dossiers Yumington…

Des missions, Garibor Coont en résoudra quatre dans cette intégrale. Il sauvera de pauvres citoyens dont les souvenirs se voient effacés au profit d'un seul, un affreux cauchemar qui revient sans cesse. Il prêtera main forte aux scientifiques pour tenter de découvrir pourquoi certains de ses concitoyens se transforment en rocher vivant à l'écoute d'un message sur un GSM.

Je m’approche de la victime. Les paramédics sont comme autant de canards qui auraient trouvé un fusil-mitrailleur. Ils ne savent que faire et s’interrogent du regard. Je comprends bientôt l’objet de leur embarras.
Evereth Stinger est allongé, nu, sur le sol. Toute sa peau est couleur gris souris et son réseau veineux se dessine sur son corps en noir charbon.
Je m’accroupis à ses côtés, les secouristes s’écartent.
Cadavre ? Pas tout à fait.
J’ai un mouvement de recul quand je m’aperçois que les yeux de Stinger bougent encore dans leurs orbites. Le type est aussi raide qu’une plaque de marbre, mais ses yeux vont d’un secouriste à l’autre, affolés. Ça a quelque chose de répugnant.
J’ai vu défiler bon nombre de cadavres à la ProEvTech, mais jamais de cadavres encore vivants.
Je prends sur moi et tapote le bras de Stinger. Sa peau sonne comme de la pierre.
— Fascinant, hein ?
C’est Smith qui, debout juste derrière moi, laisse tomber cette réflexion. Je ne réponds rien.
— Le fourgon de l’Organisation ne devrait pas tarder. On l’embarque et on l’étudie au labo.
Puis plus doucement :
— Vous pourrez vous y connecter tranquillement et voir ce qui a bien pu lui faire ça.
— Je ne suis pas médecin, Smith.
— On n’a plus vraiment affaire à un patient, Coont. Les constantes vitales de ce gars chutent à chaque minute qui passe. Dans trois heures, il sera mort.
— Donc il n’est pas encore mort, Smith. Et s’il n’est pas encore mort, il est encore vivant.
— Considérez-le comme un pré-mort, alors.

Le rêve oméga 2, Peaux de pierre, de Jeff Balek

Il s'en ira vingt mille lieues sous les mers afin de définir pourquoi l'équipage entier s'est auto-zigouillé.

Baxter attend l’ennemi. Il va surgir d’un instant à l’autre. Face à lui. Baxter lève sa lame. Mais ce n’est pas l’horreur de l’ennemi qui le fait hurler. Ce qu’il observe avec effroi est en lui. Plus exactement, sort de lui. Un ver. Puis deux. Puis dix. Puis cent sortent grouillant du dos de sa main.
Baxter les voit. Forcer sa peau puis surgir au travers d’elle, longs, fins, se tortillant. Sa main est bientôt couverte de vers noirs d’une dizaine de centimètres de long. Puis cette infection intime gagne son avant-bras jusqu’à le couvrir complètement d’une horreur grouillante. Le bras ne résiste pas à cette répugnante colonisation.
Stopper la progression de l’ennemi. Éliminer l’ennemi. Tuer l’ennemi qui progresse maintenant jusqu’à la base de son cou. Bientôt son visage sera couvert de cette monstruosité. Son visage sera dévoré par les vers. Ses joues. Ses yeux. Son cerveau.
Survivre.
Stopper la progression de l’ennemi à tout prix.
Baxter plante la lame de son couteau à la base de sa mâchoire puis découpe sa propre chair.
Dans ce cauchemar, il distingue à peine la voix de l’homme qui hurle à quelques pas de lui.

Le rêve oméga 3, Abysses hallucinés, de Jeff Balek

Il sera pour finir envoyer à #Tijuana avec son collègue Tremblay pour retrouver Baker, un codeur de génie pris au piège dans la salle de bain de sa chambre d'hôtel par une organisation malveillante.

Comment avait-il pu se planter cinq échardes dans le doigt ?
Dans un premier temps il tenta de gratter ces petites pointes qui affleuraient. La douleur fut instantanée, comme s’il avait plongé son index dans de l’huile bouillante. Il ne put retenir un cri. Il se leva, alla chercher la loupe qu’il conservait dans le placard de sa chambre d’étudiant. Un ustensile qu’il n’avait jamais eu l’occasion d’utiliser jusqu’alors mais auquel il était attaché car il le tenait de son grand-père.
Il revint à son bureau, orienta la lampe d’architecte sur son doigt et observa les cinq curieux points noirs. Il eut un mouvement de recul.
— Putain ! Mais qu’est-ce que c’est que ça !
L’effroi le saisit plus de cinq minutes et durant tout ce temps il fut incapable de regarder à nouveau son index. Prenant sur lui, il observa à nouveau. La nausée le submergea et il courut aux toilettes pour vomir.
— Quelle horreur ! Quelle horreur ! Quelle horreur ! ne pouvait-il s’empêcher de répéter pour lui-même.
Malgré toute la répugnance que lui inspirait cette observation, il se pencha une troisième fois, aussi fasciné qu’horrifié sur l’extrémité de son doigt. Grâce au fort grossissement de la loupe, il y distinguait très nettement de petites têtes de vers noirs qui semblaient s’être nichés dans un bourrelet de chair. Un nid constitué de sa propre peau dans lesquels ces corps étrangers et bien vivants s’étaient logés. De la pointe de son stylo, et avec beaucoup d’appréhension, il tenta de titiller l’une de ces têtes. La bête se rétracta et la douleur fut immédiate, insupportable.

Le rêve oméga 4, Enquête à #Tijuana 1, de Jeff Balek

Cubicle et colocataires…

Parce qu'il n'y a pas que le travail dans la vie, Coont a un chez lui. Oui, enfin… Un très petit chez lui. Un cublicle (ce qui n'est déjà pas grand) qu'il partage avec son meilleur pote Churros et une nouvelle colocataire, Dancing, qui a l'air de lui plaire beaucoup.

En fait, nous avons là l'essentiel des personnages des trois premiers épisodes de cette intégrale. Coont, Churros, Dancing, les John Smith, et quelques intervenants mineurs qu'on voit à peine passer. Du coup, je me suis sentie un peu à l'étroit dans l'univers de Coont. Peu d'amis, peu de relations en dehors de chez lui, pas de famille… Oh, bien sûr, tout cela est plus ou moins expliquer dans le tout dernier tome, Génésis. Mais en attendant les réponses, eh bien, cela déconcerte, voire cela ennuie un tantinet. Parce qu'en dehors des enquêtes, on a le sentiment qu'il ne se passe pas grand chose de captivant.

Churros entre donc dans mon cubicle sans frapper, comme d’habitude.
— Merde Churros, tu peux pas frapper ? Je suis en plein enregistrement !
Je lui dis ça par principe et sans réelle conviction sachant que jamais il ne frappera pour entrer chez moi.
— TaaaaaTaaaaaaaaaaaaaaaaaaTaTaaaaaaaa
Il se tient là, debout, bras et jambes écartés, ventre en avant.
— Alors ?
— Alors… Quoi ?
— Ben qu’est-ce que t’en penses ?
— Qu’est-ce que je pense de quoi ?
Il balaie des deux mains, de haut en bas, l’ensemble de sa personne.
Je me redresse sur un coude. Et je ne lui trouve rien de changé : immense, potelé comme un bébé de huit jours, gras comme un churros.
— Quoi ? T’as changé quoi ?
— Comment ça ce que j’ai changé ?
Je ne retiens pas un soupir dont il n’a rien à cirer et je l’observe plus en détail.
— Non, je vois pas. Désolé, vieux, mais là… Je vois pas.
— Merde ! Le tee-shirt, le bermuda, les tongs…
Maintenant qu’il me le fait remarquer je vois le changement radical.
La veille encore, il se baladait en toge orange de moine bouddhiste, deux petites cymbales accrochées aux majeurs, quatre bracelets de clochettes aux chevilles et aux poignets.
Comment ai-je pu passer à côté de ça ?
— T’es plus bouddhiste ?

Le rêve oméga 1, Souvenirs mortels, de Jeff Balek

#Tijuana, ou le changement radical de décor…

Ah ouais, là, pour le coup…! Je vous conseille de vous chausser de vos santiags préférées avant d'entamer les deux tomes de #Tijuana, car ça va déménager! Changement d'époque, déjà, puisqu'on passe de 2075 à 1970… Juste un petit bond dans le passé, si peu… Et changement de décor, aussi! Bienvenue dans le western spaghetti!

Ici, on commence à sentir un peu plus d'air frais, grâce à l'apparition de nouveaux personnages (Baker, Allegra et ses sbires…). Le changement de décor aussi permet de nous sentir moins enfermé.

Progressivement, au fil de l'histoire, on va s'apercevoir que l'on se trouve dans un univers gigogne, où chaque univers est imbriqué dans un autre. C'est un peu comme le film Inception et ses différents niveaux de rêves. Et ici, du rêve, vous allez vous en enfiler à la pelle, les amis! Car tout tourne autour du rêve et de l'irréalité.

C’est le type au chapeau de cow-boy qui parle. Je peux l’observer en détail maintenant. Un grand type, très grand. Il a bien la gueule d’ours que j’avais remarquée quelques heures plus tôt. Il porte un pantalon de cuir, des santiags, et il est torse nu sous un gilet en peau de reptile.
La fille quant à elle est bien plus menue. Les traits de visage sont fins, ses yeux aussi noirs que ceux de son acolyte. Elle semble arborer un sourire en permanence.
— On va déjà décider quoi faire de vous, pas vrai, ma Doody ?
— Faut bien !
— Pas la peine de vous lever si je dois vous descendre, hein ?
Le type rit grassement. Dancing aussi mais son rire est heureusement plus cristallin.
— Bon alors, commençons gentiment. Tout d’abord se mettre en condition.
Le type attrape une cigarette roulée qu’il porte sur l’oreille et l’allume avec son Zippo. À l’odeur, je devine immédiatement qu’il ne fume pas que du tabac. Il inspire une grande bouffée avant de grogner en s’ébrouant.
— Bon. Les choses sérieuses, maintenant.
Il sort un jeu du Destin de la poche intérieure de son gilet.
— Oh non, pas ça ! je fais.
— Quoi ? Tu ne crois pas au destin ?
— Non.

Le rêve oméga 4, Enquête à #Tijuana 1, de Jeff Balek

Génésis, où la boucle est bouclée…

Troisième et dernier changement de décor. On revient à Yumington, mais cette fois, ce n'est plus Coont qui est aux commandes de l'histoire. Un militaire doit diriger une mission dans une prison appelée Jailcity. Cette prison est une sorte de grande ville coupée du monde extérieure, où les prisonniers ont pris leurs aises. Notre militaire doit éliminer un certain Koenigsman, qui dirige une sorte de secte et qui serait responsable d'une série d'abominations scientifiques. C'est au cœur de Jailcity que le lecteur trouvera les réponses aux questions qu'il se pose depuis le tout début de cette intégrale. À savoir, qui est réellement Coont?

— C’était quoi, ce truc ?
— C’était un homme, pas un truc, Steer. Un type d’ici. Un barjot, lui répond Yang à voix basse.
— Non. C’était tout sauf humain. C’était gris, comme avec des écailles.
— Tu délires, Steer.
— Je l’ai vu, je te dis. Il avait des griffes. C’est avec ses griffes qu’il a égorgé Johanson, pas avec un couteau. Je sais ce que j’ai vu. Je suis pas dingue.
— Ça va maintenant, Steer. Tu la fermes. Et tu regardes devant toi.
Sur les parois, les tags qui marquent le territoire de Koenigsman se font de plus en plus nombreux. J’ai la sensation d’entrer au cœur de l’enfer. Un enfer dont nul ne peut sortir vivant. Un lieu où règne la violence totale, la terreur. Un enfer où les hommes sont réduits à l’état de bêtes sauvages et immondes. Un enfer sur lequel règne un dieu absolu, intransigeant, mauvais, sournois : Koenigsman.
Je comprends un peu mieux les inquiétudes de Chase. Si un tel monstre prenait possession de toute l’île et se révélait capable de lever une armée prête à donner l’assaut sur la Ville, plus aucun espoir ne serait permis. Ces types détruiraient bien plus que la Ville, massacreraient bien plus que ses habitants. Il annihilerait la civilisation elle-même.

Le rêve oméga 6, Génésis, de Jeff Balek

Tout à coup, Johanson braque le spot sur sa droite. Une ombre s’échappe dans un conduit perpendiculaire, comme effrayée par la lumière.
— Un animal, dit-il à voix basse. Rien qu’un animal.
C’est la première fois que j’entends le son de sa voix.
L’atmosphère se détend peu à peu. Je m’autorise à relâcher un peu mon attention, même si j’ai conscience que nous ne sommes pas à l’écart de tout danger.
— Il y a des animaux, ici ?
— De toutes sortes. Chiens, chats… Des rats, bien entendu. Mais aussi des vaches, des porcs. Mais ceux-là ne sont pas dans les égouts. Il faut bien que les gens se nourrissent. Il y a deux fermes industrielles sur l’île. Tenues par des gangs, bien évidemment. Jail City est un véritable écosystème auto-suffisant. Tous ces gens vivent dans une quasi-totale autarcie.
— C’est sans compter les monstres, ajoute Steer.
— Les monstres ?
Yang se marre et allume une cigarette.
— Ouais, les monstres.
Il ne semble pas vouloir en dire plus.
— Les monstres ? Quels monstres ?
Yang lance un coup d’œil qui me paraît complice à Steer.
— C’est l’île aux monstres. Il n’y a que des monstres, ici. Ou presque. Tous ces tueurs, ces violeurs, ces terroristes sont des monstres, pas vrai ?
Je regarde Yang droit dans les yeux. Il me cache quelque chose. Celui-ci ne détourne pas le regard tout en tirant sur sa cigarette.
— Y a-t-il des informations que j’ignore et dont je devrais être informé ?

Le rêve oméga 6, Génésis, de Jeff Balek

En résumé…

J'ai relativement bien accroché avec cette série de S-F qui s'est vraiment laissée lire toute seule. Au début, j'étais catastrophée de voir qu'elle faisait 856 pages, et puis à ma première lecture, j'ai vu qu'elles défilaient vite et bien, donc ça m'a rassurée. C'est vrai que je n'ai pas retrouvé ma littérarité bien-aimée, mais l'histoire avait un côté si divertissant et si fou que je me suis prise au jeu malgré tout. Quelques petites coquilles s'étaient glissées dans le texte et ont un peu gêné ma lecture, surtout dans les deux épisodes de #Tijuana, mais ce n'était pas vraiment grave.

Là où je plussoie de façon très enthousiaste, c'est pour l'univers proposé, et cet humour, parfois noir et grinçant, parfois décalé avec un petit côté "nonsense" que j'adore.

Malgré le capharnaüm qui semble régnait au sein de ces histoires qui s'imbriquent les unes dans les autres, il y a une logique, et les réponses viennent à la fin. Le lecteur ne reste donc pas avec des questions en suspens, ce qui est fort appréciable.

Je ne vais pas dire que les personnages sont attachants, toutefois. Garibor Coont est un bon gars, mais bien trop insouciant et débonnaire pour que je m'attache réellement à lui. Quand à ses colocataires… Churros a un côté comique, mais il peut vite taper sur le système. Dancing, quant à elle, reste au final assez mystérieuse.

Ma note finale : 15/20 - L'histoire et ses concepts étaient géniaux, mais les personnages étaient plutôt bof et trop peu nombreux, et l'écriture m'a parfois donné du fil à retordre. L'humour m'a plu, en revanche.

[Chronique] Le rêve oméga, l'intégrale, de Jeff Balek

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

N'hésitez pas à rejoindr ma page Facebook, et/ou à laisser un commentaire sur cet article!

Votre dévouée,

Acherontia.

[Chronique] Galilée, de Clive Barker

Synopsis…

Depuis la naissance des États-Unis, deux des familles les plus puissantes d'Amérique se livrent une guerre impitoyable dont l'origine reste mystérieuse. Et lorsque Galilée, le fils prodige du clan Barbarossa, condamné tel le hollandais volant à errer sur les mers du monde entier, tombe amoureux de Rachel, la jeune épouse du clan Geary, l'affrontement prend une nouvelle ampleur. D'anciens secrets ressurgissent, des forces surnaturelles se déchaînent et emportent les amants dans un monde de cauchemar. Car ce qui est en jeu n'est pas seulement le pouvoir ou l'argent, mais bien la quête de l'immortalité

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon second roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore pour ce troisième trimestre de l'année. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

Le choix de ce roman de Clive Barker dérive d'une suite logique. Dès le début de mon partenariat avec Bragelonne, j'ai entrepris de chroniquer chaque (ré)édition des romans de l'auteur. Après Secret show, voici donc ma chronique de Galilée, qui sera suivie, dans quelques temps, de celle de Sacrement qui doit sortir dans le courant d'octobre.

[Chronique] Galilée, de Clive Barker

Une bonne idée de départ…

À l'entame de ce roman, j'étais franchement emballée par le concept. Cette histoire de deux familles influentes, l'une riche à milliards et l'autre possédant un surprenant caractère surnaturel, deux familles qui se vouent une haine impitoyable pour d'obscures raisons, avait tout pour me plaire. Sans compter le fait que j'apprécie généralement ces grandes fresques littéraires dépeignant plusieurs pans de l'histoire, détaillant des généalogies qui n'en finissent plus.

Les premiers chapitres ont confirmé ce que je pressentais à l'ouverture du roman. L'ambiance très particulière m'a d'emblée rappelé le roman d'Anne Rice, Le lien maléfique, où il est aussi question d'une grande histoire familiale qui débute à l'époque des Celtes et se poursuit jusqu'à notre époque, avec un côté surnaturel et une ambiance particulièrement pesante comme je les aime.

Je commençais à comprendre qu'une des malédictions de la famille Barbarossa était l'apitoiement sur soi-même. Il y avait Luman dans son fumoir qui mijotait sa revanche contre des morts ; moi, dans ma bibliothèque, persuadé que la vie m'avait rendu un horrible service ; Zabrina enfermée dans sa propre solitude, boursouflée de sucreries. Et même Galilée – là-bas sous un ciel infini – qui m'écrivait des lettres mélancoliques évoquant l'inanité de sa vie. Tout cela était pathétique. Nous qui étions les fruits bénis d'un arbre si extraordinaire. Comment en étions-nous venus à nous lamenter sur nos existences, au lieu de trouver des motivations dans le fait de vivre? Nous ne méritions pas ce qu'on nous avait donné : notre prestige, nos dons, nos visions. Nous les avions gaspillés, tandis que nous pleurions sur notre sort.
Était-il trop tard pour changer tout ça? me demandais-je. Quatre enfants ingrats avaient-ils encore une chance de découvrir pourquoi ils avaient été créés?

Galilée, de Clive Barker

Un joli style d'écriture…

Le style d'écriture que j'ai découvert entre les pages de Galilée est très plaisant. La plume est fluide et littéraire, agréable à lire. Et même si certaines descriptions tirent un peu en longueur, le tout se lit avec bonheur et aisance.

Je me suis étonnée du fait qu'une bonne partie du récit soit écrit au présent, et à la première personne qui plus est. En fait, le roman est construit d'une façon assez originale. C'est Maddox, un des membres de la famille Barbarossa, qui raconte l'histoire à sa manière. Au début du roman, on le voit prendre la décision d'écrire un livre sur l'histoire de sa famille (la famille surnaturelle), et par conséquent aussi sur celle de la famille Geary (la famille riche à milliards), puisque les deux sont intimement liées.

Il est donc des parties où c'est Maddox qui raconte sa petite vie et ce qui se passe autour de l'écriture de son livre (parties écrites au présent), et des parties qui sont en fait des extraits de son livre en cours d'écriture (parties souvent écrites au passé simple).

Cela m'a un peu déroutée au début, mais ensuite, je me suis aperçue que ce n'était pas plus mal, car les parties "roman" et les parties "petite vie de Maddox" étaient dès lors bien séparées.

– Tu me rappeles… (Je devinais la suite) … ton père.
Je ne pense pas avoir répondu quoi que ce soit. J'étais bien trop intimidé. En outre, si j'avais essayé de parler, je doute que ma langue ait accepté de m'obéir. Alors, je restai planté là, tandis que Cesaria glissait vers moi, et le vacarme animal jaillit d'elle avec une férocité renouvelée.
Mais cette fois, ce raffut s'accompagna d'une vision, non pas dévoilée par le nuage, mais comme sculptée dans sa masse. Je n'en eus qu'un aperçu, Dieu merci, mais je suis certain que Cesaria m'en aurait laissé voir davantage si elle n'avait pas eu besoin de mes services. Ayant une autre idée en tête, elle m'en montra juste assez pour me faire perdre le contrôle de ma vessie ; trois ou quatre secondes peut-être, et encore. Qu'avais-je vu? Il ne sert à rien de dire qu'il n'y a pas de mots pour décrire cette vision. Les mots existent, évidemment ; il y a toujours des mots. La question est : suis-je capable de les manier suffisamment bien pour évoquer le pouvoir dont j'ai été le témoin? J'en doute. Mais permettez que je fasse de mon mieux.
Je vis, je crois, une femme entrer en éruption, par tous les pores de sa peau, tous ses orifices, et expulser des formes inachevées. Je la vis donner naissance, pourrait-on dire, non pas à une, ni même à dix, mais à mille créatures, dix mille. Cependant, cette description pose un problème. Elle ne tient pas compte du fait que, en même temps, Cesaria devenait… comment dire? Plus dense. Comme certaines étoiles, ai-je lu quelque part, qui, en se refermant sur elles-mêmes pour mourir, absorbent la lumière et la matière.

Galilée, de Clive Barker

Vous prendrez bien une part de glauque attitude?

Comme dans beaucoup de romans de Clive Barker, le récit comporte parfois un côté très glauque. Ce côté glauque, je l'ai retrouvé dans certains aspects de la famille Barbarossa, notamment dans le fait que Nicodemus (le père) soit, selon les dires de son propre fils, un "homme de sexe", qui conserve une collection d'objets sexuels hétéroclites, qui aime à se montrer nu dans un… certain état… à sa fille encore gamine, qui fait des… choses… avec ses chevaux par une nuit d'orage… Enfin soit, c'est quelqu'un que je qualifierais de peu recommandable, dieu ou pas.

Les Geary ne sont pas en reste en ce qui concerne la "glauque attitude", car certains d'entre eux ont des jeux sexuels des plus étranges. Il y en a un, notamment, qui paye de jeunes prostituées afin qu'elles fassent la morte pendant l'acte. Il les place dans une chambre froide, sur un lit de glaçons pour qu'elles aient la température des cadavres, et leur demande de ne pas bouger d'un pouce pendant qu'il leur fait dieu sait quoi.

Oui, je sais, c'est du lourd en matière de gens louches… Je crois que Clive Barker aime provoquer et susciter le malaise au travers de ses personnages. Après tout, l'horreur ne se mesure pas qu'au nombre de litres de sang versés et à la sauvagerie de certaines scènes gores. Les replis de certains cerveaux humains sont bien plus mal famés qu'une ruelle sombre des bas-fonds urbain après minuit, et l'auteur aime à nous le rappeler.

Dans la pièce voisine du bureau, où je me trouve présentement, Nicodemus avait entreposé sa collection de souvenirs, dont une grande partie a été enterrée avec lui, à sa demande. C'est là qu'il conservait le crâne de son tout premier cheval, ainsi qu'une vaste et bizarre collection d'objets sexuels créés au fil des siècles pour accroître le plaisir des connaisseurs. (Mon père avait une histoire pour chacun d'eux, toujours hilarante.) Mais il conservait bien d'autres choses dans cette pièce. Il y avait également un gant à crispin ayant appartenu à Saladin, l'amant musulman de Richard Coeur-de-Lion. Il y avait un rouleau de parchemin, peint pour lui en Chine, et qui décrivait, il me l'expliqua un jour, l'histoire du monde (même si mes yeux incultes n'y voyaient qu'un paysage traversé par une rivière au cours sinueux), il y avait également des dizaines de représentations des organes génitaux masculins – le lingam, la flûte de jade, la tige d'Aaron (ou, pour reprendre l'expression préférée de mon père, il Santo Membro, la sainte queue)-, dont certaines, je pense, avaient été gravées ou sculptées par ses propres prêtres et représentaient donc ce sexe dont j'avais jailli. Certains de ces objets sont toujours sur les étagères. Vous trouvez peut-être cela étrange, voire un peu répugnant. Je ne suis pas certain d'avoir envie de vous contredire. Mais mon père était un homme de sexe, et ces sculptures, malgré leur crudité, le représentent mieux qu'un livre sur sa vie ou un millier de photos.

Galilée, de Clive Barker

Trop de longueurs tuent la longueur…

Il est une chose qui m'a vraiment gênée durant ma lecture, ce sont toutes ces longueurs. Le style d'écriture a beau être fluide et se laisser lire assez plaisamment, j'ai trouvé que bon nombre de scènes n'apportaient rien à l'histoire. Elles nuisaient même au récit en cassant le rythme de l'action. Il y a eu des moments où j'ai carrément baillé, et, je l'avoue volontiers, lu certains passages en diagonale, voire les zapper.

Le roman aurait été meilleur, selon moi, sans toutes ces cassures de rythme. Il aurait tenu en 400 pages que cela aurait été aussi bien, et même mieux.

Parfois, j'avais même l'impression que l'auteur nous prenait pour des débiles profonds, en répétant certains bouts de phrases (histoire d'être sûr qu'on les ait bien lus) ou en insistant sur des détails qui me paraissaient insignifiants. Et comme tous les lecteurs de par le monde, je n'aime pas être prise pour une débile profonde. Donc j'ai trouvé cela très désagréable, et j'ai zappé ces passages, tout simplement.

Et tout cela sans compter que le roman prend vraiment trop de temps à démarrer. Après une première mise en bouche, où l'on voit le début de l'écriture du livre et quelques aperçus de l'histoire de la famille Barbarossa, l'auteur nous parle longuement de l'histoire de la famille Geary. Trop longuement à mon goût. Pas qu'elle soit inintéressante, au contraire. Mais pendant de très nombreux chapitres, aucun lien n'est fait entre les deux familles, si bien que l'on se demande quand l'auteur en arrivera au clou de l'histoire, c'est-à-dire la rencontre de Rachel Geary et de Galilée. Autant vous le dire tout de suite, cette rencontre n'arrive que vers la moitié du roman… Cela vous situe les longueurs que vous aurez à subir.

Ainsi, Galilée prit le large ; je ne peux vous dire où il alla. S'il s'agissait d'un ouvrage d'un tout autre genre, peut-être pourrais-je inventer les détails de son itinéraire, sélectionné à partir de livres et de cartes. Mais, en faisant cela, je miserais sur votre ignorance, je supposerais que vous ne remarqueriez pas l'inexactitude des détails.
Il est préférable d'avouer la vérité : Galilée prit le large, et j'ignore où il alla. Quand je ferme les yeux et que j'attends que me vienne une image de lui, je le vois généralement assis sur le pont mouvant du Samarkand agité par le roulis, en train de broyer du noir. Mais j'ai beau scruter l'horizon à la recherche d'un indice permettant de le localiser, je ne vois que l'immensité de l'océan. Pour un œil plus exercé que le mien, ces indices existent peut-être, ici même, mais je ne suis pas un marin. Pour moi, tous les paysages de mer se ressemblent.

Galilée, de Clive Barker

Galilée?

Un dernier point que j'aimerais soulever, et non des moindres, c'est ce personnage central, Galilée…

Je vous l'ai dit au paragraphe précédent, il n'apparaît réellement qu'au milieu du roman. Il est cité de temps à autres dans les pages avant, mais sans prendre de réelle substance. Ce qui est fortement agaçant pour le lecteur, car on finit par se demander si le choix d'appeler le roman galilée était vraiment judicieux. "Eh quoi ?", me suis-je dit. "Le roman s'appelle Galilée mais de Galilée on ne voit point. Qu'est-ce donc que cette publicité mensongère?"

Cela renforce donc le côté "l'auteur se fout de notre poire", ce qui est assez frustrant. Mais ce qui l'est encore plus, c'est que, quand ce fameux personnage apparaît, lui qui nous est présenté comme une sorte de messie, un dieu vivant (d'ailleurs, tous les membres de sa famille l'encensent et l'appelle "mon Galilée"), ses actions et ses paroles sont en totale contradiction avec ce qu'il est censé être. Il arrive de la mer telle une divinité des vagues sur son fier navire construit de ses propres mains, il séduit Rachel avec des histoires, un joli petit conte censé les mettre en scène de façon allégorique. Elle mord à l'hameçon, ils passent une nuit digne des cinquante nuances de Grey, et jusque là, on se dit "Waw, ce mec est un vrai dieu!". Le lendemain matin, alors que Rachel vient lui ronronner des mots doux et des promesses d'avenir à l'oreille, il la repousse et s'en va, la laissant seule avec ses doutes et sa fureur.

Vous y voyez un dieu, vous? Moi, personnellement, j'y vois juste un homme. Et un homme de base, qui plus est. Un beau parleur, un rhéteur venteux qui débite de belles promesses totalement creuses et qui prend le large dès que cela devient trop sérieux.

– Ce n'était pas sérieux, dit-il d'une voix ferme. Je croyais que tu avais compris que c'était juste une histoire.
Les larmes picotaient les yeux de Rachel ; elle sentait gémir le sang dans ses oreilles. Comment pouvait-il dire une chose pareille? Sa vision se troubla. Comment pouvait-il rester assis là et lui dire que tout cela n'était qu'un jeu, alors qu'ils savaient bien, l'un et l'autre, forcément, qu'il s'était passé quelque chose de merveilleux?
– Tu es un menteur!
– Peut-être.
– Tu sais bien que c'est faux!
– Comme toutes les histoires que je t'ai racontées, dit-il, les yeux fixés sur le pont.
Rachel aurait voulu lui rappeler toutes ses belles paroles concernant ce qui était vrai et ce qui ne l'était pas, mais elle ne se souvenait plus des arguments qu'il avait employés. Elle ne pensait qu'à une seule chose : il veut m'échapper. Je ne le reverrai plus jamais. Cette idée lui était insupportable. Il y a dix minutes, ils parlaient de sa maison au sommet de la colline. Maintenant, il lui disait de ne pas attacher d'importance à toutes ses paroles.
– Menteur! répéta-t-elle. Menteur, menteur, menteur!

Galilée, de Clive Barker

En résumé…

Vous l'aurez compris, j'ai été fortement déçue par le personnage de Galilée, censé être le centre de ce roman. Un centre creux, apparemment. Et même si, par la suite, il s'améliore un peu, cette déception initiale prend le pas sur le reste, si bien qu'il m'est resté antipathique jusqu'à la fin. Mêlez cela aux interminables longueurs et aux passages inutiles qui viennent casser le rythme de l'intrigue, et vous obtenez au final votre billet d'entrée pour le chemin qui vous fait passer totalement à côté de l'histoire.

Oh, bien sûr, tout n'était pas mauvais dans ce Galilée, car le style d'écriture était malgré tout très plaisant. Quelques bonnes trouvailles viennent émailler le récit de petits éclats d'or. D'un point de vue fantastique pur, il y a de bonnes choses dans ce roman, et certains personnages sont assez intriguants pour dire de donner du souffle au récit.

Mais clairement, Galilée se situe très en-dessous du Lien maléfique d'Anne Rice, dont je vous parlais en début de chronique. Je crois qu'il manque à ce roman un fil conducteur, ou s'il y en a un, il apparaît beaucoup trop tardivement. Dans Le lien maléfique, Anne Rice parlait du fait que la famille Mayfair était une famille de sorcières ayant invoqué un démon pour les servir. Très tôt dans le roman, le démon qui suit les femmes de la famille apparaît, aussi sait-on que c'est son histoire et le lien qu'il a avec ces femmes qui est décrit. On comprend dès lors aisément le pourquoi de toute cette fresque historique. Dans Galilée, pendant toute la première partie du roman, le lien entre les deux familles n'est pas clair. On se doute que c'est l'histoire d'amour entre Galilée et Rachel qui formera ce lien, mais cela prend trop de temps à se développer, si bien que l'histoire finit par perdre de son intérêt.

Donc si, au départ, vous n'aimez pas les grandes fresques historiques et généalogiques, clairement, ce roman n'est pas fait pour vous. Pour le côté fantastique et pour l'écriture plaisante, en revanche, c'est un roman qui est intéressant malgré tout.

Ma note : 13/20

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques…

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^

Votre dévouée,

Acherontia.

Les autres romans/nouvelles de l'auteur chroniqués sur ce blog…

[Chronique] Le conclave des ombres. 2, Le roi des renards, de Raymond Feist

Synopsis

Sous l'influence du conclave des Ombres, le jeune Serre a changé. Désormais, il est Serwin Fauconier, le meilleur bretteur de tout Roldem.Mais sous ses airs de noble fringants, un seul désir occupe ses pensées: venger sa famille massacrée.Deux des coupables ont déjà trouver la mort antre ses mains, mais Serre ne connaitra la paix que lorsqu'il aura découvert la raison de ces meurtres, et puni celui qui les a commandités. Cependant sa formation au Conclave à un prix: il doit enquêter sur Leso Varen, un sorcier aux terrifiants pouvoirs. Pour cela, Ser doit entrer au service du maître du sorcier, qui n'est autres que le duc Kaspar D'olasko, l'homme qu'il soupçonne d'être le responsable du massacre de sa famille… De plus, s'il consent à lui prêter allégeance, il se verra ordonner de traquer les ennemis du duc… c'est-à-dire ses propres amis, les menbres du Conclave!

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon premier roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Milady pour ce troisième trimestre de l'année. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

J'avais lu le premier tome en début d'année, et mon avis était plutôt mitigé, encore que positif. Les principaux défauts du roman étaient le style d'écriture un peu plat, une histoire qui débutait de façon un peu banale (un peuple annihilé, une histoire de vengeance…), un personnage au cœur pur qui se transforme en macho enchaînant les conquêtes… Mais il y avait du bon, tout de même, car la fin du roman donnait envie de connaître la suite. Suite que je me suis donc empressée de lire dès sa sortie…

[Chronique] Le conclave des ombres. 2, Le roi des renards, de Raymond Feist

Un meilleur style d'écriture…

Le premier point qui m'ait sauté aux yeux, à l'entame de ce second opus, c'est le style d'écriture, que j'ai trouvé nettement meilleur que dans le premier tome. Pas que la prose se soit faite soudainement poétique ou alambiquée, mais il y avait un petit je-ne-sais-quoi qui lui procurait une qualité supplémentaire, qui la rendait moins plate. Du coup, j'ai pris nettement plus de plaisir à lire ce tome-ci, à profiter de la magie des mots comme j'aime tant à le faire.

Le prince Matthew était fier, même si cette fierté était basée sur la vanité plutôt que sur ses prouesses.
– Je refuse d'abandonner, déclara-t-il d'une voix étranglée, en ravalant ses larmes.
– Bien dit, Altesse, approuva gaiement Ser. Donnons à la galerie un spectacle mémorable, voulez-vous?
Lorsque Vassily leur donna l'ordre de reprendre, le prince Matthew ne bougea pas d'un pouce, laissant Ser porter la première attaque. Il feinta pour obliger son adversaire à réagir. Puis il fit voler le sabre des mains du prince, glissa la pointe de son arme sous son masque et le lui enleva. Ensuite, il passa sur le côté et administra au prince un coup en travers des fesses, de toutes ses forces. La réaction de la foule fut immédiate. Des hoquets de stupeur se mêlèrent aux sifflets et aux railleries. Le coup était si puissant que le prince Matthew tomba à genoux, les mains tendues devant lui. Il avait le visage rouge et les yeux enflés à cause des larmes de douleur versées lors des coups précédents. Cette dernière attaque fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Incapable de se retenir, il se mit à pleurer à chaudes larmes.
Des courtisans se précipitèrent pour aider le prince humilié à se relever. Ser lui tourna le dos et s'en alla – encore un manquement à l'étiquette. Dans la galerie, plusieurs jeunes femmes venues dans l'espoir d'attirer le regard de Ser se levèrent et le dévisagèrent avec mépris avant de sortir.

Le roi des renards, de Raymond Feist

Des rebondissements efficaces…

Le second point qui a rendu ma lecture beaucoup plus agréable, ce sont les intrigues et les rebondissements, nombreux, bien ficelés et placés au bon moment. Il y avait du rythme dans ce récit, il y avait du suspense. Je ne pouvais m'empêcher de me demander ce qui allait se passer après, ce que Serre allait bien pouvoir vivre comme nouvelle péripéties, ou comment il allait parvenir à se tirer de telle ou telle situation. C'était très agréable, surtout cette partie où il est jeté en prison sur une île et où on se demande comment il va pouvoir se sortir de là indemne ou presque.

Pour parvenir à distiller son suspense, Feist introduit de nouveaux éléments dans son histoire, tout en développant les intrigues déjà présentées dans le premier tome.

Un nouveau personnage qui sème le doute

Un premier élément nouveau est introduit dès les premières pages, il s'agit du nouveau domestique de Serre, Amafi. Celui-ci avait à l'origine pour mission de l'assassiner, mais Serre a su trouver une parade convaincante et a fini par embaucher Amafi à son service. Confiant, le bonhomme… Au début, j'ai trouvé ça tellement naïf. Cette action ressemblait plus au Serre du début du premier tome qu'au Serre que l'on voit après son apprentissage auprès du Conclave des ombres. Mais soit, j'ai trouvé l'idée au final assez positive, car cela permet de créer un suspense qui durera jusqu'à la fin du volume.

Car vous vous en doutez, tout au long du récit, on ne peut s'empêcher de se demander si Amafi restera fidèle à Serre, et à quel moment ce dernier se verra trahi.

– Peut-être, Magnificence, mais un homme doit avoir une sacrée personnalité pour faire face à ses propres défauts. C'est bien plus facile d'en vouloir aux autres.
"En apprenant que vous aviez l'intention de revenir, il a commandité les services d'un assassin, bien moins discrètement qu'il ne l'aurait dû, et j'ai été engagé pour effacer cette tache de son honneur, ajouta-t-il en désignant Ser. Il a au moins eu l'intelligence de passer par un… négociant… à Salador, de peur que le blâme retombe sur lui à Roldem. J'ai "échoué", alors l'honneur exige que je lui rende son or et que je cherche à transformer cet échec en triomphe. Engagez-moi, Magnificence, et je vous servirai, je vous en donne ma parole!
Ser réfléchit. Il était de retour à Roldem depuis moins d'une journée et il avait besoin des yeux et des oreilles d'une personne de confiance.
– Jusqu'au moment où tu pourras me trahir sans risque?
Amafi sourit avec malice.
– C'est possible, messire, car je n'ai jamais été un homme de constance. Mais, même moi, je ne brise pas facilement un serment. De plus, compte tenu de vos talents rares, je doute qu'une telle occasion se présente, car il faudrait que cela me permette de devenir plus riche encore que j'espère le devenir à votre service.
Ser éclata de rire. Amafi possédait une candeur rafraîchissante qui lui donnait envie de lui faire confiance – jusqu'à un certain point du moins. Tant qu'il n'essayait pas de dépasser ce point-là, il devrait pouvoir s'appuyer sur l'assassin.
– Très bien, allons au temple de Lims-Kragma pour que tu prêtes serment.

Le roi des renards, de Raymond Feist

Un nouveau maître

On le sait, dans le premier tome, Serre cherchait à entrer au service du duc d'Olasko d'une façon ou d'une autre, et ce afin de mieux le trahir et ainsi venger son peuple. Cela lui permettait également d'avoir accès à Leso Varen, le sorcier qui accompagne le duc dans tous ses méfaits et qui est probablement à la base du génocide des Orosinis.

Il faut attendre le second tome pour que Serre y parvienne, en jouant finement au jeu des intrigues politiques et en mettant à mal sa notoriété en tant que vainqueur du tournoi des épées.

Ser resta immobile.
– Allez-y, dit le duc Kaspar derrière lui.
Brusquement, Ser entendit un faible bourdonnement, juste à la limite de l'audible. On aurait dit de lointains murmures. Il s'aperçut que ses paupières devenaient lourdes et que son corps s'affaissait, comme s'il était sur le point de s'endormir.
Puis une voix déclara :
– Ton esprit est à moi, et tu ne peux me cacher aucun mensonge.
Ser éprouva un picotement familier à la base du crâne, juste au-dessus de la nuque, et comprit que le sorcier utilisait la magie. Il avait déjà connu pareilles sensations sur l'île du Sorcier, lorsqu'on l'avait soumis à différents types de sortilèges. Il n'avait plus qu'à espérer que les choses que Pug, Miranda et Magnus lui avaient faites lors de son séjour là-bas allaient l'aider à traverser cette épreuve.
Le duc Kaspar apparut dans le champ de vision de Ser.
– Serwin Fauconnier, jurez-vous sur votre vie, de nous servir, moi et ma lignée, jusqu'à ce que je vous libère de votre engagement? Acceptez-vous de me servir librement, sans réserve, ni mensonge, ni subterfuge? Renoncez-vous à la vie dans le cas contraire?
– J'accepte, répondit Ser d'une voix pâteuse.

Le roi des renards, de Raymond Feist

Découvrir le point faible…

Une des grandes difficultés auxquelles se heurte Serre, c'est le fait que la citadelle d'Opardum, fief du duc d'Olasko et de Leso Varen, est réputée imprenable. Mais le mot "impossible" ne semble pas faire partie du vocabulaire de notre héros, aussi met-il à profit son nouvel emploi auprès du duc pour explorer la citadelle et tenter de trouver la faille.

Cela lui avait coûté trois nuits d'exploration, mais il avait fini par découvrir la sortie devant laquelle il se tenait à présent. Il posa sa lanterne et contempla la crevasse que les cartes, dans la bibliothèque du duc, désignaient clairement comme le plus grand obstacle empêchant de gravir l'escarpement. Loin au-dessus de la tête du jeune homme, le ciel s'éclaircissait entre les deux grandes parois de cette plaie profonde qui s'ouvrait dans la terre. Juste en face de lui, Ser découvrit une chose à laquelle il ne s'attendait pas du tout : un chemin descendait le long de la paroi opposée de la crevasse. Il sortit de la caverne pour regarder en contrebas et découvrit un autre chemin le long de la roche. En suivant la route des yeux dans la lumière matinale, il vit ce dont il n'avait jamais osé rêver : il existait un moyen de traverser le gouffre qui protégeait les arrières de la citadelle depuis des siècles.

Le roi des renards, de Raymond Feist

Sex ist eine Schlacht, Liebe ist Krieg…

(Le sexe est un combat, l'amour est la guerre – Rammstein)

Je vous en avais parlé dans ma chronique du premier tome, Serre, qui est à l'origine un garçon sensible et s'attachant rapidement aux femmes qu'il rencontre, reçoit un enseignement du Conclave des ombres. Grâce à eux, il apprend à ne pas laisser ses sentiments interférer dans les affaires politiques. Malheureusement pour lui, l'expérience cuisante que le Conclave lui a infligé pour lui inculquer la leçon l'a rendu un brin machiste sur les bords. C'est très bien pour ses nouvelles missions, bien entendu, mais moi, je ne peux m'empêcher de me sentir à chaque fois déçue de voir un cœur pur ainsi brisé au profit des intrigues politiques et de la guerre.

Mais soit. Dans ce second tome, Serre reste égal à lui-même, couchant avec les personnes influentes afin d'arriver à ses fins.

Il avait été facile de lui administrer la mixture, comme l'avait prédit Amafi. Pendant qu'elle dormait, Ser avait sorti une mince cordelette en soie et la minuscule fiole de poison. Il avait lentement versé le poison, une goutte après l'autre, le long de la corde jusqu'aux lèvres de la princesse. Toujours selon les prédictions d'Amafi, la princesse s'était léché les lèvres dans son sommeil, et Ser avait fait une pause chaque fois qu'elle bougeait. Le poison avait un goût sucré et une texture collante. Le lendemain matin, le résidu sur ses lèvres était devenu inoffensif en séchant. Ser avait donc réveillé la princesse d'un baiser sans craindre pour sa vie. Ils avaient fait l'amour avant l'aube, alors que Ser savait qu'elle était déjà morte, par sa faute.
Il éprouva un début de remords et le repoussa à l'intérieur de lui. En dépit de son charme, la princesse était aussi impitoyable, à sa manière, que Kaspar. Le sexe n'était que l'une de ses nombreuses armes, et la passion dont elle avait fait preuve et les mots doux qu'elle lui avait susurrés à l'oreille ne signifiaient rien. Ils faisaient seulement partie de l'expérience et n'étaient pas à prendre au sérieux.

Le roi des renards, de Raymond Feist

Et le voyage ne s'arrête pas là…

Bien sûr, je ne vous raconte pas tout, sinon ce serait du spoil et vous n'auriez plus envie de lire ce roman…

Bien sûr, l'histoire continue, riche en rebondissements, en ennemis que l'on s'est mis à dos et qui se rebiffent, en trahisons en tous genres, en voyages inattendus, en moments de désespoir sombre, en traversées du désert, et en bien d'autres choses encore… Non, vraiment, ce second tome m'a réservé de belles surprises qui m'ont ravie.

À ce propos, j'ai trouvé une belle scène gore dans ce roman. Vous pouvez la retrouver sur ma page Acherontia's finest collection of gore scenes ^^

En résumé…

Un second opus meilleur à mon sens que le premier, avec un style d'écriture un peu plus fluide et plus agréable.

Le personnage de Serre s'étoffe peu à peu et, bien qu'il reste égal à lui-même concernant les femmes, il devient de plus en plus mûr et intéressant. C'est vraiment dans ce second tome que j'ai commencé à m'y attacher (mouvement déjà initié dans le premier tome, mais qui avait un peu décliné lorsque j'ai vu le changement opéré par le Conclave des ombres sur le caractère de Serre).

L'histoire riche en rebondissements m'a vraiment bien plu, si bien qu'à présent j'ai hâte de lire la finale de cette trilogie!

Ma note : 15/20

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

 

N'hésitez pas à rejoindr ma page Facebook, et/ou à laisser un commentaire sur cet article!

Les autres tomes du Conclave des ombres chroniqués sur ce blog…

[Chronique Fantasy] La trilogie du magicien noir, de Trudi Canavan – résumé de la série

[Chronique Fantasy] La trilogie du magicien noir, de Trudi Canavan - résumé de la série

Voici un petit résumé de cette trilogie que j'ai terminé le mois dernier… Histoire que vous vous y retrouviez dans les chroniques et dans la suite chronologique du récit!

Il ne me manque dès lors plus qu'à lire la préquelle!

Tome 1, La Guilde des magiciens

Ce que j'en avais pensé…

Si je devais résumer les points forts de ce premier tome, je citerais l'univers riche et fouillé, l'écriture fluide et rythmée, l'héroïne attachante, l'intrigue efficace et bien ficelée.

Si je devais, en revanche, donner quelques points sur lesquels je suis plus dubitative, je dirais peut-être le côté trop "magique" de certains passages. La magie est omniprésente, mais pas assez expliquée au lecteur. D'où vient-elle? Pourquoi certains la possèdent-ils et d'autres pas? Comment se développe-t-elle? A-t-elle besoin d'invocations, de rituels pour se manifester? Je suis parfois restée un peu sur ma faim de ce point de vue-là.

Ceci dit, cela ne m'a pas dérangée pour autant, puisque j'ai lu ce premier tome avec plaisir, et j'ai hâte d'entamer le deuxième, que je viens de recevoir et qui m'attend sagement au sommet de ma PAL.

Ma note : 16/20. Une bonne entrée en matière! Reste à voir si la suite apportera des réponses à mes questions…

Un petit extrait…

Quelque chose se rebella dans les entrailles de Sonea, qui resserra sa prise sur la pierre, la soupesa et constata avec plaisir qu'elle était lourde. Se tournant face aux magiciens, elle sentit la haine former une boule dans son estomac. Puisant de la force dans la rage d'avoir été jetée hors de chez elle ainsi que dans son ressentiment atavique contre les mages, elle jeta sa pierre sur celui qui avait parlé. Le caillou siffla dans les airs. Lorsqu'il approcha de la barrière invisible, Sonea pria pour qu'il la traverse et atteigne son but.
Un éclair de lumière bleue rida la surface invisible, et la pierre percuta la tempe du magicien avec un bruit mat. L'homme resta debout sans réagir, les yeux dans le vague, puis ses genoux se dérobèrent et son compagnon fit un pas en avant pour le rattraper.
Sonea en resta bouche bée. Alors que le magicien plus âgé étendait son ami sur le sol, les insultes des adolescents moururent et un silence de mort tomba sur la foule.
Les exclamations reprirent quand deux autres magiciens vinrent s'agenouiller à côté de leur compagnon. Les amis de Harrin – et bien d'autres dans la foule – poussèrent des vivats. Comme tout le monde murmurait au sujet de ce qui venait de se passer, le vacarme devint assourdissant.
Sonea regarda ses mains.
"Ça a marché. J'ai traversé le bouclier, mais c'est impossible, à moins…
À moins d'être un magicien."

Tome 1, La Guilde des magiciens, de Trudi Canavan

Tome 2, La novice

Ce que j'en avais pensé…

Il y a d'excellentes choses dans ce second tome de la Trilogie du magicien noir. L'intrigue suit son cours et continue de susciter l'intérêt du lecteur, de nouveaux pans de l'histoire ainsi que de nouveaux personnages sont peu à peu dévoilés, d'autres personnages restés jusque-là dans l'ombre sont mis plus en avant, le suspens monte en puissance, mais progressivement…

On ne peut que s'attacher au sort de Sonea, dont la vie n'est pas la plus rose mais qui fait preuve d'un courage exemplaire (trop, peut-être? Combien, dans sa situation, auraient craqué ou baissé les bras depuis longtemps?).

Une histoire secondaire se met en place en parallèle de la première, et qui s'avère tout aussi captivante. Elle vient rafraîchir un peu le récit principal, qui pourrait vite s'avérer étouffant par le fait que le lecteur se voit confiné au sein de la Guilde, mais aussi par le climat de violence qu'il y règne. Les aventures de Dannyl et Tayend sont captivantes, et ce dernier se montre particulièrement attachant.

Les seuls petits bémols que je vois à cette suite, ce sont peut-être quelques longueurs, même si elles sont minimes, et le fait que la magie est trop peu usitée. Elle pourrait à certains moments être mieux employée et pourrait même sauver certaines situations, mais on dirait que les mages ne pensent pas à s'en servir, c'est un peu décevant.

Ma note : 16/20, comme pour le précédent tome.

Un petit extrait…

Regin fit durer le plaisir.
– Pauvre Sonea. On doit être si seul quand on est le favori du haut seigneur. pas d'amis. Personne avec qui jouer. On a pensé que tu voudrais peut-être avoir de la compagnie. On pourrait jouer un peu. (Il se tourna vers un novice plus vieux.) À quoi on joue?
Le garçon eut un sourire mauvais.
– J'aimais ta première idée, Regin.
– Alors on joue à "la Purge"? (Il haussa les épaules.) Je pense que ce sera un bon entraînement pour plus tard. Mais je crois que nous n'allons pas pouvoir nous contenter de jolies lumières et de sorts de barrières pour extirper ce genre de vermine de l'université. (Il regarda Sonea et ses yeux s'étrécirent.) Nous allons devoir trouver des moyens plus expéditifs.
En entendant ces mots, Sonea fut gagnée par la colère, mais lorsqu'il leva les mains, l'incrédulité pris le dessus. Il n'oserait pas la frapper. Pas ici. Pas au sein de l'université.
– Tu n'oserais pas…
Il sourit.
– Non? (De la lumière sortit de sa main ; Sonea se protégea avec un sort bouclier.) Que vas-tu faire? Le dire à ton tuteur? Pour une raison ou pour une autre, je ne crois pas que tu le feras. À mon avis, tu as trop peur de lui.
Regin s'approcha et de l'énergie blanche sortit de ses paumes.

Tome 2, la novice, de Trudi Canavan

Tome 3, Le haut-seigneur

Ce que j'en avais pensé…

J'ai beaucoup apprécié ce grand final riche en suspens et en rebondissements inattendus.

L'évolution des personnages, qui était déjà intéressante à observer lors des deux précédents tomes, parvient à une sorte d'apothéose à laquelle le lecteur ne peut être que sensible.

Le style d'écriture aussi a évolué, selon moi. Je l'ai trouvé un peu plus fluide dans ce dernier opus.

Quoi qu'il en soit, je ne suis pas restée sur ma faim avec ce tome 3. Mes questions ont trouvé une réponse, et plus encore… C'est, en définitive, une saga à lire et à découvrir!

Ma note : 17//20

Un petit extrait…

La femme écarquilla les yeux d'un air horrifié en comprenant ce qu'il se passait. Son bouclier disparut, et ses genoux cédèrent. Sonea faillit perdre son emprise ; elle passa rapidement son bras libre autour de la taille de la femme. Mais la Sachakanienne était trop lourde, et Sonea la laissa glisser sur le sol.
Le pouvoir déferla en elle, puis s'arrêta brutalement. Elle retira sa main, et la femme tomba sur le dos. Les yeux de la Sachakanienne fixaient le néant.
Morte. Une vague de soulagement balaya Sonea. Ça a marché, pensa-t-elle. Ça a vraiment marché.
Puis elle regarda sa main. Dans le clair de lune qui se répandait à travers le toit en ruine, le sang qui couvrait sa paume semblait noir. Un sentiment glacé d'horreur s'empara d'elle. Elle se mit à tituber.

Tome 3, Le haut-seigneur, de Trudi Canavan

Une note générale pour cette trilogie fantasy : 16/20

[Chronique Fantasy] La trilogie du magicien noir, de Trudi Canavan - résumé de la série

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 3, Le haut seigneur, de Trudi Canavan

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 3, Le haut seigneur, de Trudi Canavan

Synopsis…

-Pourquoi me montrez-vous ces livres?
Le regard d'Akkarin se plongea dans celui de Sonea.
-Tu veux savoir la vérité, dit-il.

Sonea a beaucoup appris depuis ses débuts. Elle a su gagner le respect des novices, et une place au sein de la Guilde des magiciens.
Mais elle aurait aimé ne jamais découvrir certains secrets… Ce dont elle a été témoin dans la pièce souterraine du haut seigneur, ou l’existence d’un vieil ennemi de Kyralia, qui surveillerait la Guilde de près.
Quand le haut seigneur lui dévoile son savoir, Sonea ne sait plus qui croire ou ce qu’elle craint le plus. La vérité est-elle aussi terrifiante ? Ou essaie-t-il de la tromper afin qu’elle l’aide à réaliser ses sinistres projets ?

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 3, Le haut seigneur, de Trudi Canavan

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon septième roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore pour ce second trimestre de l'année. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

Voici enfin le dénouement de la saga du magicien noir! Ayant apprécié les deux premiers tomes, je me réjouis de connaître la fin de cette palpitante histoire ^^

Les autres tomes chroniqués sur ce blog…

Rebondissements et suspens…

Ce troisième et dernier tome m'a réservé de nombreuses surprises, et non des moindres! Sans trop vous spoiler, nous avons des révélations d'Akkarin quant à son passé et ses motivations, un – voire deux – amour(s) improbable(s), une mort inattendue qui fend le cœur, une histoire qui semble aller de mal en pis, entretenant le suspens jusqu'au bout, des combats à l'issue étonnante, une Sonea de plus en plus mûre et sûre d'elle, de nouvelles connaissances acquises dans la douleur et en dépit du bon sens (du moins de prime à bord), de la magie à tous les coins de rue, mais pas celle à laquelle on est habitué, des meurtres, un procès, des intrigues… Bref, beaucoup de bonnes choses qui m'ont véritablement enchantée!

Des évolutions surprenantes…

Tout au long de la saga, les personnages n'ont eut de cesse d'évoluer, de changer, d'apprendre de nouvelles choses, de faire de nouvelles rencontres, ou de se voir contraint de laisser de côté des amitiés ou des amours.

Ce troisième tome marque le dernier stade de leur évolution, leur apogée, en quelques sortes. Que ce soit Sonea, qui est passée de la jeune fille apeurée par ses pouvoirs à la jeune femme mature et sûre d'elle, Akkarin dont le personnage devient plus perméable, plus humain, Dannyl dont la relation avec Tayend mûrit comme un fruit au soleil d'été, Cery qui gravit les échelons hiérarchiques des voleurs, et qui laisse son amour de jeunesse progressivement s'éteindre…

Certaines évolutions paraissent linéaires et prévisibles, d'autres… vous réserveront de belles surprises, c'est moi qui vous le dit!

Où est le bien, où est le mal?

Dans le second tome, les lecteurs découvraient qu'Akkarin, le haut seigneur de la Guilde, pratique la magie noire, une magie très ancienne et interdite en raison de sa dangerosité. Sonea et quelques autres sont au courant de l'affaire, et Akkarin les surveille de près, les menaçant afin qu'ils ne dévoilent pas son secret.

Dans cette suite, Akkarin laisse peu à peu tomber les barrières qu'il s'était lui-même érigées pour se dévoiler un peu plus. Ainsi, le lecteur découvre progressivement son histoire personnelle et ses motivations à user de la magie noire. On en arrive à mieux le comprendre, voire compatir. Mais si les intentions d'Akkarin semblent louables, a-t-il dit la vérité ou a-t-il monté cette histoire pour se justifier? Et la magie noire est-il si maléfique qu'il n'y paraît?

Akkarin se tut. Il fixait les arbres, les yeux posés sur un point éloigné. Alors que le silence se prolongeait, Sonea commença à craindre qu'il ne continue pas. "Dites-moi" pensa-t-elle. "Vous ne pouvez pas vous arrêter maintenant!"
Akkarin prit une profonde inspiration et soupira. Il baissa les yeux sur le sol pierreux, l'air triste.
– J'ai alors fait une chose affreuse. J'ai tué tous les nouveaux esclaves de Dakova. J'avais besoin de leur énergie. Je n'ai pas pu tuer Takan. Nous n'étions pas amis, mais il était là depuis le début et nous avions pris l'habitude de nous entraider. Dakova était trop embrouillé par la drogue et le vin pour remarquer quoi que ce soit. Il s'est réveillé quand je l'ai coupé, mais une fois que l'extraction d'énergie a commencé, il est pratiquement impossible d'avoir recours à ses propres pouvoirs.
La voix d'Akkarin était maintenant basse et calme.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

L'apothéose d'un parcours scolaire…

Vous vous en doutez, ce dernier tome marque la fin de l'apprentissage de Sonea. Dans le second tome, elle n'avait pas encore choisi de spécification. Entre l'alchimie, l'art de la guerre et la guérison, son cœur balançait, encore qu'elle ait une préférence pour la dernière option. Dans ce dernier opus, elle était censée faire un choix… qu'en sera-t-il? Et si elle prenait la tangente et décidait de terminer son cursus à sa manière? À moins que les événements ne l'y pousse…

– Silence!
À cet ordre, l'homme eut un mouvement de recul puis gémit lorsqu'Akkarin s'accroupit à côté de lui.
– Mets ta main sur son front.
Sonea chassa ses réticences et s'accroupit près du prisonnier. Elle posa une main sur le front de l'homme. Son cœur accéléra lorsqu'Akkarin appuya sa main sur la sienne. Le toucher du mage fut d'abord froid, mais il se réchauffa vite.
– Je vais te montrer comment lire et, une fois que tu auras compris le mécanisme, je te laisserai explorer à ta guise.
Elle sentit la Présence d'Akkarin au bord de ses pensées. Elle ferma les yeux et visualisa son esprit sous la forme d'une pièce, comme Rothen le lui avait appris. Elle avança vers la porte dans l'intention d'ouvrir à Akkarin, mais elle recula brusquement de surprise quand il apparut dans la pièce. Il leva la main en montrant les murs.
– Oublie tout ça. Oublie tout ce qu'on t'a appris. La visualisation ralentit et restreint ton esprit. En l'utilisant, tu appréhenderas seulement ce que tu peux transformer en images.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

Pour le meilleur ou pour le pire?

La finalisation de l'apprentissage de Sonea suppose donc qu'elle va acquérir de nouvelles connaissances. Désireuse d'aider Akkarin, son nouveau tuteur, Sonea va apprendre beaucoup de choses de lui. Quelles seront ces connaissances, et comment va-t-elle s'en servir? Les choix qu'elle fera seront-ils toujours judicieux?

La femme écarquilla les yeux d'un air horrifié en comprenant ce qu'il se passait. Son bouclier disparut, et ses genoux cédèrent. Sonea faillit perdre son emprise ; elle passa rapidement son bras libre autour de la taille de la femme. Mais la Sachakanienne était trop lourde, et Sonea la laissa glisser sur le sol.
Le pouvoir déferla en elle, puis s'arrêta brutalement. Elle retira sa main, et la femme tomba sur le dos. Les yeux de la Sachakanienne fixaient le néant.
Morte. Une vague de soulagement balaya Sonea. Ça a marché, pensa-t-elle. Ça a vraiment marché.
Puis elle regarda sa main. Dans le clair de lune qui se répandait à travers le toit en ruine, le sang qui couvrait sa paume semblait noir. Un sentiment glacé d'horreur s'empara d'elle. Elle se mit à tituber.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

Un meurtre qui change tout…

C'est arrivé comme un coup de tonnerre dans un ciel d'été…

Un meurtre, mes amis! Un odieux crime dont la victime est un mage de la Guilde. Celle-ci voudra faire justice à tout prix, cherchant des indices, des témoins, des preuves. Pas de chance, tout porte à croire que l'auteur du meurtre n'est autre qu'Akkarin en personne. Le haut seigneur serait-il devenu imprudent au point de laisser des preuves accablantes derrière lui? Ou est-ce un coup monté contre sa personne?

Coup monté ou pas, la Guilde tient la une preuve qu'Akkarin pratique la magie noire. Et le châtiment pour l'usage d'une telle magie n'est autre que la mort… Parviendra-t-il à prouver son innocence? Si réellement il est innocent…

– Peut-être est-il temps d'entendre ce que dame Vinara a découvert.
La guérisseuse se redressa.
– Oui, je le crains. Le seigneur Jolen habitait avec sa famille pour pouvoir s'occuper de sa sœur, qui vivait une grossesse pénible. J'ai d'abord examiné le corps de notre confrère et ai fait deux découvertes inquiétantes. La première… (elle enfonça la main dans sa robe et en sortit un morceau de tissu noir brodé de fil d'or) a été ceci, qu'il tenait serré dans sa main droite.
Quand elle le leva, le sang de Lorlen se glaça. La broderie formait une partie d'un symbole qu'il ne connaissait que trop bien : l'incal du haut seigneur. Les yeux de Vinara vacillèrent vers les siens ; elle prit un air soucieux et compatissant.
– Quelle a été la seconde découverte? demanda Balkan, la voix sourde.
Vinara hésita, puis prit une profonde inspiration.
– La raison pour laquelle le corps du seigneur Jolen a subsisté est qu'on l'a totalement vidé de son énergie. La seule blessure sur son corps était une coupure en surface qui courait le long de son cou, sur un côté. Les autres corps portaient la même marque. Mon prédécesseur m'a appris à reconnaître ces marques. (Elle fit une pause et regarda les mages l'un après l'autre.) Le seigneur Jolen, sa famille et ses serviteurs ont été tués avec de la magie noire.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

La fable de Dannyl et Tayend…

De son côté, Dannyl, qui est toujours ambassadeur en Elyne, est à présent réquisitionné par Akkarin pour enquêter sur un groupe de magiciens renégats qui auraient appris la magie en dehors de la Guilde (ce que cette dernière interdit formellement). Pour pousser les rebelles à se démasquer, il oblige Dannyl à dévoiler sa relation avec Tayend, ce qui ne manquera pas de faire des vagues.

D'un autre côté, on voit cette relation s'épanouir peu à peu, et ça, c'est chouette ^^

Danyl soupira. Il ne voulait pas quitter Tayend. Pas même quelques semaines. S'il était certain de pouvoir se permettre de retourner à la Guilde accompagné de l'érudit, il s'arrangerait pour l'emmener. Cela aiderait peut-être même à faire taire les rumeurs une bonne fois pour toutes si on les voyait se comporter "normalement". Mais il savait qu'une petite trace de la vérité suffirait à mettre des idées dans les esprits soupçonneux, et il savait que ce n'était pas ce qui manquait au sein de la Guilde.
– Je reviendrai par mer, rappela-t-il à Tayend. Je pensais que tu aurais préféré éviter cela.
Le visage de Tayend s'assombrit, mais seulement un instant.
– Je supporterais bien un petit mal de mer s'il allait avec une bonne compagnie.
– Pas cette fois, répondit fermement Dannyl. Un jour, nous irons à Imardin en carrosse. Et alors, tu seras, toi aussi, de bonne compagnie.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

Un Cery sur le gâteau…

Cery, quant à lui, a bien grandi depuis le premier tome où il s'était vu enfermé dans les souterrains de la Guilde par le mage Fergun. Il est peu apparu dans le second tome, mais en revanche, le troisième opus lui réserve une belle place.

Ayant progressivement gravi la hiérarchie de la communauté des Voleurs, il est à présent quelqu'un d'influent dans les Taudis. Sa notoriété le pousse à collaborer avec certaines personnes, dont une certaine Savara, une mage Sachakanienne plus que mystérieuse et envoûtante. Laissant peu à peu de côté son amour impossible pour Sonea, il va se laisser séduire par elle. Mais est-ce seulement une bonne chose, quand l'ennemi Sachakanien est aux portes d'Imardin? Est-elle réellement de son côté?

Cery fut surpris de découvrir qu'elle s'était rapprochée. Quand il se tourna complètement vers elle, la femme plaça une main derrière la tête du jeune homme, l'attira vers elle et l'embrassa.
Les lèvres de Savara étaient à la fois chaudes et fermes. Cery sentit la chaleur envahir son corps. Il leva le bras pour l'attirer plus vers lui, mais le morceau de bois sur lequel il était assis glissa, et il se sentit perdre l'équilibre. Leurs lèvres se séparèrent, et il commença à tomber en arrière.
Quelque chose le retint. Il reconnut le sceau de la magie. Savara sourit malicieusement, se pencha en avant et agrippa la chemise du jeune homme. Elle appuya une épaule sur le toit et l'attira sur elle. Les poutres grincèrent de façon inquiétante lorsqu'ils roulèrent l'un sur l'autre à l'écart de la zone endommagée. Quand ils s'arrêtèrent, elle était allongée sur lui. Elle sourit, de ce sourire sensuel à couper le souffle qui faisait toujours battre le cœur du jeune voleur.

La trilogie du magicien noir, T3, de Trudi Canavan

Le mot de la fin…

J'ai beaucoup apprécié ce grand final riche en suspens et en rebondissements inattendus.

L'évolution des personnages, qui était déjà intéressante à observer lors des deux précédents tomes, parvient à une sorte d'apothéose à laquelle le lecteur ne peut être que sensible.

Le style d'écriture aussi a évolué, selon moi. Je l'ai trouvé un peu plus fluide dans ce dernier opus.

Quoi qu'il en soit, je ne suis pas restée sur ma faim avec ce tome 3. Mes questions ont trouvé une réponse, et plus encore… C'est, en définitive, une saga à lire et à découvrir!

Ma note : 17//20

[Chronique] La trilogie du magicien noir. 3, Le haut seigneur, de Trudi Canavan

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

N'hésitez pas à rejoindre notre petite communauté sur la page Facebook du blog! Plus on est de fous, plus on s'amuse ^^