[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

S'il m'a fallu un petit temps d'adaptation à l'univers de Chalion, l'histoire m'a totalement submergée jusqu'à la fin! Je me suis laissée embarquer sur cette rivière tumultueuse, un flot incessant d'intrigues de cour, de complots, de trahisons, de possession démoniaque, de rites de mort, de ménageries exotiques, de révélations, de… oulà, j'en ai encore le coeur qui palpite!

Acherontia

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

A la veille du Jour de la Fille – la grande fête en honneur de la Dame Printemps, l’une des cinq grandes déités – un homme au corps et à l’esprit brisés avance lentement sur la route de Valenda. Ancien soldat et courtisan, Cazaril a survécu à l’indignité et à d’horribles tortures comme esclave à bord d’une galère ennemie. Aujourd’hui libre, tout ce qu’il cherche, c’est un travail subalterne dans les cuisines de la Douairière Provincara, dans la noble maison où il servit comme page durant sa jeunesse. Mais les dieux ont d’autres plans pour cet homme humble. Accueilli chaleureusement, vêtu et nourri, il est nommé, à sa grande surprise, secrétaire personnel et tuteur de la Royesse Iselle – la sœur, belle et obstinée, du garçon impétueux destiné à devenir le prochain seigneur du pays. Mais ce poste placera Cazaril à l’endroit qu’il craint plus encore que la mer : la cour royale de Cardegoss, où règnent l’intrigue et la trahison. A Cardegoss, les puissants ennemis qui avaient jeté Cazaril aux fers d’une rame roknari occupent à présent les positions les plus élevées du royaume, juste en dessous du Roya. Pourtant quelque chose de plus sinistre encore que leurs plans machiavéliques pend comme une épée au dessus de la famille royale : une malédiction sanguine qui touche non seulement ceux qui règnent mais également leur entourage. Le futur d’Iselle et de la Maison de Chalion semble compromis. La seule solution pour Cazaril est d’avoir recours à la plus noire des magies, mais pour cela, il devra sacrifier sa vie.

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

… Ou comment j'en suis venue à choisir ce roman-là, et pas un autre.

 

Ce roman est le cinquième lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour décembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Fin d'année oblige, les éditions Bragelonne proposaient, dans leur catalogue de décembre 2016, de très belles intégrales, dont celle-ci. Toutes me tentaient, mais j'ai finalement jeté mon dévolu sur Chalion parce que les critiques que j'en avais vu sur Livraddict étaient très positives, mais aussi parce que le résumé me plaisait et m'intriguait.

Je vais donc vous présenter séparément les trois romans figurant dans cette intégrale, puis j'écrirai une page récapitulative de saga, comme je le fais habituellement.

 

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

… où addictivité, fluidité et rythme se superposent.

 

Dire que j'ai eu du mal, au début, à m'y retrouver dans l'univers proposé par l'auteur est un euphémisme… Lois McMaster Bujold semble partir du principe qu'il n'est nul besoin d'explications, et que le lecteur est tout à fait capable de tirer ses conclusions tout seul. Certes. C'est bien de ne pas prendre le lecteur pour un imbécile, j'apprécie l'initiative. Mais le contraire est tout aussi déroutant. Tant de termes bizarres, tant de concepts inconnus, tant de lieux non répertoriés sur une carte… Eh oui, la sacro-sainte carte typique des romans fantasy manquait. Dommage, cela aurait été grandement utile… J'ai rebondi d'un néologisme à l'autre comme sur des écueils dépassant d'un fleuve déchaîné. Roya, royina, royesse, royse, march, castillar, ser,… En l'absence de tout glossaire, il m'a fallut le temps pour capter qu'il s'agissait de termes de noblesse. Pour vous (et c'est bien parce que c'est vous! ^^), je vais dresser ici un petit lexique qui trouvera, je crois, grâce à vos yeux de lecteurs novices…

Le roya et la royina sont donc le roi et la reine d'un pays, la royesse et le royse sont respectivement la princesse et le prince. Quant aux autres, ils représentent d'autres titres de moindre importance, tels que ducs, barons, comtes, etc. Je n'ai jamais vraiment compris dans quel ordre cela fonctionnait, mais peu m'importait, du moment que je savais distinguer la royauté des "simples" nobles.

Une fois passée cette "épreuve d'entrée", tout se fait beaucoup plus fluide. On se familiarise progressivement avec la religion du coin, bien différente de tout ce que nous connaissons. Et c'est chose importante, car ce système de croyance est au coeur des trois romans qui composent le cycle de Chalion.

Mais je vous rassure, l'écriture de l'auteur est très sympathique, et malgré les quelques difficultés initiales, on s'attache très vite au personnage principal, Cazaril, dont nous parlerons plus loin. Plus l'histoire va bon train, plus le récit se fait addictif. Il faut dire que le rythme et la fluidité de la plume y sont pour beaucoup. Cela se lit tout seul, comme on dit. Puis on se laisse totalement emporter par l'intrigue. Une fois les personnages arrivés à la cour de Cardegoss, les évènements s'enchaînent et ne se ressemblent pas. À ce moment-là, il est déjà trop tard pour vous, cher lecteur! La grande mécanique du cycle de Chalion s'est emparée de vous pour ne plus vous lâcher. Je vous conseille de préparer beaucoup de café (ou de thé si vous êtes comme moi), car vous ne verrez plus la différence entre le jour et la nuit, absorbé que vous serez par le rapide défilé des mots sous vos yeux.

La dizaine d'années écoulées depuis la dernière fois que Cazaril l'avait vu n'avait pas été tendre. Orico n'avait jamais été bel homme, même dans la vigueur de sa jeunesse. Il était d'une taille légèrement inférieure à la moyenne, avec un nez court et brisé lors d'un malheureux accident de cheval, du temps de son adolescence, et qui semblait maintenant planté au milieu de son visage comme un champignon écrasé. Il avait naguère les cheveux auburn et bouclés. Ils étaient maintenant d'un brun grisâtre, toujours bouclés mais nettement plus fins. Ses cheveux étaient d'ailleurs la seule chose en lui à s'être affinée ; son corps, dans l'ensemble, avait épaissi. Il avait le visage pâle et bouffi, avec des paupières gonflées. Il murmurait à l'intention de son chat tacheté qui frotta sa tête contre sa tunique, répandant d'autres poils, puis lécha vigoureusement le brocart avec une langue de la taille d'une éponge, visant une large tache de sauce qui s'étalait sur le ventre impressionnant du roya.

Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

… un antihéros intelligent d'esprit et de coeur, rien que ça!

 

Au coeur de ce récit oscillant entre aventures humaines et possession démoniaque, les personnages sont d'une importance capitale. Certains sont d'affreuses crapules sournoises prêtes à tout pour satisfaire à leur soif de pouvoir (on en connaît d'autres à l'heure actuelle, pas vrai?) ; d'autres sont comme des taches de soleil dans un sous-bois ombragé.

Je ne vous parlerai ici que des principaux, et les meilleurs d'entre eux, cela va de soi…

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

Cazaril… Ah! Cazaril! Que ne donnerais-je pour vivre d'autres aventures en sa compagnie!

Oui, enfin… Ne vous méprenez pas, n'est-ce pas… C'est juste que j'ai une affection toute particulière pour les personnages fragiles et maladroits qui finissent pas accomplir mille prouesses. Cruellement torturé et mis en esclavage pendant des années, il revient sur les terres qu'il a connues jadis, avec l'espoir de reprendre du service auprès de la provincara dy Valenda (une sorte de duchesse, ai-je supposé. Et bien sûr, c'est elle la patronne de la ville de Valenda. Vous voyez le topo…) Il revient au pays très affaibli, dépouillé de ses anciennes possessions et tourmenté par de douloureuses cicatrices.

Au-delà de ces désagréments physiques et matériels, Cazaril se présente comme un homme d'environ 35 ans, terriblement gauche, maladroit, peu à l'aise avec son corps, et affublé d'une terrible timidité envers les femmes qu'il trouve à son goût. À ce sens, on pourrait le qualifier d'antihéros. Sauf que notre ami Caz est un honnête homme, loyal, droit, et doté d'un esprit affûté. D'une rare intelligence, il connaît fort bien la politique du pays, tout comme sa géographie et les langues qui y sont parlées. Il maîtrise l'art de la guerre et s'y connaît en stratégie militaire. Et ce n'est pas tout… notre bonhomme saura se montrer courageux au-delà de toute espérance dans les moments les plus délicats.

Chassé de sa chambre par son atmosphère confinée lors d'une journée chaude et brumeuse succédant à des averses nocturnes d'une rare intensité, Cazaril s'aventura dans le jardin à la recherche d'un perchoir plus confortable. Le livre qu'il tenait sous son bras était l'un des rares qu'il n'ait pas déjà lus dans la maigre bibliothèque du château – non que "Les cinq chemins de l'âme : les véritables méthodes de la théologie quintarienne" d'Ordol le passionne plus que de raison. Peut-être ses pages, voletant librement sur ses genoux, donneraient-elles à sa sieste une apparence plus érudite pour les passants. Il contourna la tonnelle de roses et se figea en découvrant que la royina, accompagnée d'une de ses dames munie d'un métier à broder occupait le banc qu'il convoitait. Lorsque les deux femmes levèrent la tête, il esquiva quelques abeilles en délire et s'excusa d'une révérence pour cette intrusion involontaire.

Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

Courageux et valeureux, disais-je? Oui, je sais, ça ne se remarque guère dans ce dernier extrait… Mais c'est ce que j'ai aimé avec ce personnage. Il est d'apparence très simple, presque fruste. Il ne cherche ni l'argent, ni le pouvoir, et encore moins les ennuis. C'est donc avec une extrême humilité qu'il résout chaque conflit, donnant de sa personne avec passion et loyauté, sans jamais rien demander en retour, sinon du calme et de la sérénité.

Et, cerise sur le gâteau, il sait faire de l'humour quand l'occasion s'y prête, comme dans ce passage où il explique sa chute de cheval…

– Tout est la faute de mon noble destrier, Madame : attaqué, croyait-il, par un cerf hippophage. Il a fait un pas de côté, et pas moi.

Cazaril, dans "Le fléau de Chalion", de Lois McMaster Bujold

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

De nombreux autres personnages méritent que l'on s'y attarde. À commencer par Iselle, la jeune royesse dont Cazaril supervise l'enseignement. Son caractère bien trempé, son sourire, sa fougue et sa bonté sont autant de sources de ravissement pour le lecteur. Elle est toujours suivie d'une demoiselle de compagnie, dame Betriz, que j'affectionne particulièrement pour son intelligence, son caractère et son courage.

Un autre personnage que je suis venue à apprécier avec le temps, c'est Umegat, le valet qui s'occupe de la ménagerie d'Orico. Vous verrez qu'il vous réserve bien des surprises… Vous rencontrerez aussi le Ser dy Palliar, qui sauvera la situation à maintes reprises.

Il y a les personnages sur qui l'on se pose des questions, sans réellement savoir si on les apprécie ou pas, à l'instar de la royina douairière Ista, la royina Sara et le roya Orico.

Puis il y a les personnages que l'on aime détester… Martou et Dondo dy Jironal étant en tête de liste, bien entendu. Mais je vous laisse les découvrir en temps et en heure ^^

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

Je vous parlais plus haut de nouveaux concepts, notamment au niveau de la religion, qui est très différente de ce celles que nous connaissons. Pour faire bref, dans la religion quintarienne telle qu'employée en Chalion, il existe cinq dieux : le Père, la Mère, le Fils, la Fille, et le Bâtard. Chacun représente une saison, à l'exception du Bâtard, et chacun a une ou plusieurs couleurs qui lui sont propres.

Le temple de Cardegoss avait assez de ressources pour commander les plus beaux des animaux sacrés, sélectionnés pour leurs couleurs et leur sexe. L'acolyte de la Fille, vêtue de robes bleues, portait un superbe geai bleu femelle à crête, né au cours du printemps. La représentante de la Mère, vêtue de vert, tenait sur son bras un énorme oiseau vert, proche parent, songea Cazaril, de celui que gardait Umegat dans la ménagerie du roya. L'acolyte du Fils aux robes rouge orangé menait un splendide jeune renard dont la fourrure dorée semblait luire comme des flammes dans les ombres de la chambre voûtée remplie d'échos. L'acolyte du Père, en gris, fut précédé d'un loup gris, robuste et plein d'une immense dignité. Cazaril s'attendait à voir l'acolyte du Bâtard, vêtue de robes blanches, porter l'un des corbeaux sacrés de Fonsa, au lieu de quoi elle tenait dans ses bras un couple de rats blancs dodus au regard curieux.

Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

Bien sûr, cette conception de la déité s'accompagne de rites très différents des nôtres. Les rites funéraires, par exemple, dont il sera souvent question dans les trois romans du cycle. L'âme d'un défunt est, la plupart du temps, réclamée par un des cinq dieux. Pour savoir à quel dieu va le défunt, des animaux sacrés, chacun rattachés à un dieu, sont présentés devant le corps. Celui qui présente le comportement le moins indifférent montre que son dieu accepte l'âme du décédé. Parfois, aucun animal ne fait mine de s'intéresser au corps, ce qui signifie que l'âme n'est pas reprise par les dieux. Elle est donc condamnée à errer jusqu'à sa dissolution complète. 

Il existe aussi des démons. Certains prennent possession de corps morts qu'ils trouvent à leur disposition, et doivent être exorcisés à l'aide d'un rituel spécifique. D'autres se mettent à posséder des personnes bien vivantes. Il est alors très difficile de les déloger.

On peut aussi invoquer ces démons, et ce pour une raison bien spécifique : tuer quelqu'un à l'aide d'un sort de mort. Le seul problème, c'est que le lanceur de sort est tué au même titre que la personne cible. C'est sur cette dernière problématique que s'axe ce premier roman du cycle. Vous pourrez y découvrir un rituel raté, des bizarreries médicales, et un homme capable de mourir trois fois. Mais chhhhht! Je ne vous ai rien dit 😉

Il se battit avec le rat pour le tirer du sac; approcha le couteau de sa gorge et murmura :
– Retourne à ton seigneur avec ma prière.
D'un coup vif et rapide, il fit couler son sang ; le liquide sombre et tiède se déversa sur sa main. Il déposa la petite dépouille à ses genoux.
Il tendit le bras vers son corbeau ; l'oiseau bondit dessus et se pencha pour laper le sang de rat sur ses doigts. La langue noire ainsi surgie surprit Cazaril au point qu'il sursauta et faillit perdre à nouveau l'oiseau. Il coinça le corbeau sous son bras et l'embrassa sur la tête.
– Pardonne-moi. Je suis dans le besoin. Peut-être que le Bâtard te nourrira du pain des dieux, et que tu pourras te percher son Son épaule, quand tu Le rejoindras. Vole vers ton maître avec ma prière.
D'un coup sec, il brisa la nuque du corbeau. L'oiseau battit brièvement des ailes, puis s'immobilisa entre ses mains.

Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

Outre la religion, les démons, les saints, les miracles et toutes les curiosités liées aux dieux, l'on trouve bien entendu des intrigues politiques. Elles sont bien ficelées, elles sont haletantes, elles sont passionnantes, et elles nous emmènent de la cour de Cardegoss jusqu'aux confins de Chalion.

Franchement, j'ai adoré! Et cette façon qu'a Cazaril de déjouer les pièges les plus tordus, c'est juste… jouissif! Je ne trouve pas d'autres mots…

Sur cette note aussi peu concluante que satisfaisante, ils furent contraints d'en rester là, mais Cazaril fut heureux de savoir qu'Iselle et Betriz devenaient plus attentives aux dangers subtils de la vie de cour. Toute cette gaieté éblouissait et séduisait, festin pour les yeux qui pouvait laisser la raison aussi vacillante et ivre que le corps. Pour quelques dames et courtisans, supposait Cazaril, c'était bel et bien le jeu innocent et joyeux – encore que coûteux – dont il avait les apparences. Pour d'autres, c'était un ballet d'ostentations, de messages cryptés, de bottes et de parades aussi sérieuses que des duels, à défaut de causer une mort aussi instantanée. Pour rester debout, il fallait distinguer les joueurs de ceux dont on se jouait. Dondo dy Jironal était lui-même un joueur important, et cependant… Si tous ses mouvements n'étaient pas dictés par son frère aîné, on pouvait affirmer sans trop de risques qu'ils étaient permis par lui.
Non. Pas sans trop de risques. Simplement sans se tromper.

Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold

S'il m'a fallu un petit temps d'adaptation à l'univers de Chalion, l'histoire m'a totalement submergée jusqu'à la fin! Je me suis laissée embarquer sur cette rivière tumultueuse, un flot incessant d'intrigues de cour, de complots, de trahisons, de possession démoniaque, de rites de mort, de ménageries exotiques, de révélations, de… oulà, j'en ai encore le coeur qui palpite!

Je me suis profondément entichée de cet univers riche et complexe, de ces personnages tellement humains, tellement humbles, avec leurs qualités et leurs défauts… J'ai adoré le personnage de Cazaril, à tel point que j'ai eu du mal à continuer la trilogie quand j'ai vu qu'il n'était question de lui nulle part dans les tomes suivants. Pour une fois qu'on ne nous présente pas un héros masculin sous la forme d'un géant plein de muscles et dotés de super pouvoirs aussi mirobolants que risibles…

Quant au style d'écriture, il est fluide, rythmé, captivant. L'auteur possède une imagination débordante, foisonnante de super idées, aussi ne puis-je que vous donner ce conseil : jetez-vous dessus!

Enfin, pas trop fort quand même… Je ne voudrais pas être responsable d'accidents en chaîne!

[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
[Chronique fantasy] Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold
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[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

L'imaginaire n'est pas qu'un moyen de se divertir, il sert de vecteur à des messages plus profonds, qui passent souvent mieux en étant entouré d'une belle gangue de merveilleux. J'aimerais tellement que le grand public parvienne à voir les littératures de l'imaginaire de cette façon, au lieu de les considérer comme de "mauvais genres", de la "sous-littérature". À force de voir paraître de petites perles comme ces Illusions de Sav-Loar, j'ai envie de croire en un avenir plus serein pour l'imaginaire qui me tient tant à cœur…

Acherontia

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

Plusieurs versions de la naissance de Sav-Loar circulent dans le royaume. Toutes racontent comme de jeunes magiciennes poursuivies par les capes d’or se réfugièrent dans la forêt des Songes et y érigèrent une ville secrète. Sans être entièrement fausses, ces légendes sont approximatives, car les fondatrices de cette ville n’avaient rien des adolescentes terrifiées et à peine pubères qu’elles décrivent. Elles étaient des femmes dans la fleur de leur féminité, à l’apogée de leur art, au zénith de leur colère. Elles étaient d’anciens membres du Clos traquées par leurs pairs, ayant assisté au massacre de deux centres d’entre elles par la peur de la différence et la soif de domination. Sav-Loar, le lever de lune, devint le pendant clandestin d’Astria l’éclatante. Ainsi débuta la nuit des magiciens.

 

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

… Ou comment j'en suis venue à choisir ce roman-là, et pas un autre.

 

Ce roman est le second lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour décembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Après la merveilleuse découverte de L'héritage des rois-passeurs, il m'a semblé logique de poursuivre mon agréable incursion en Ombre. D'autant plus que L'héritage des rois-passeurs introduit des personnages (Bleue en l'occurernce) que l'on a envie d'apprendre à connaître, ainsi que la mystérieuse ville de Sav-Loar, repère invisible des magiciennes. Avec ce nouveau roman de Manon Fargetton, j'ai enfin pu assouvir ma curiosité littéraire!

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

… où les rencontres foisonnent et les amitiés se tissent.

En tout début de roman, je ne vais pas vous le cacher, j'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire. Il y avait sans doute le fait que je venais d'enchaîner une série de lectures, et que je n'avais pas totalement décroché de la dernière en date (le dernier tome de Troie de David Gemmell, la chronique est accessible en cliquant sur le lien ^^). Cela tenait aussi dans le fait que certains des personnages ne m'ont pas d'emblée paru sympathiques. Mais qui rencontrons-nous au tout début de l'aventure…

Il y a Fèl, d'abord. Réduite en esclavage par la force des choses, elle est mise en vente sur le marché des esclaves, en compagnie d'autres femmes et hommes partageant son sort. Elle m'est apparue comme une jeune femme de grande beauté, intelligente, intrépide et au caractère bien affirmé. Seule ombre au tableau, je la trouvais arrogante et assez égoïste, ne pensant qu'à sa propre fuite sans se soucier du sort des autres esclaves.

Il y a Bleue, jeune adolescente perdue, résignée à son sort. Sa fragilité à fleur de peau fait d'elle un des personnages pour lesquelles on ressent le plus d'empathie. On a presque envie de pouvoir se matérialiser dans l'univers du roman, pour la protéger, la défendre, l'éloigner de toute cette perversion.

Il y a Tiriss, cette sauvageonne dont on ne sait pas grand-chose. Cachée sous sa propre crasse et murée dans le silence, elle ressemble à peine à une humaine. Si elle attise au début quelque pitié chez le lecteur, elle devient par la suite irritante à mes yeux. Elle aussi finit par se montrer égoïste, préférant son propre salut à la sécurité du groupe au sein duquel elle se verra forcée d'évoluer. Sa trahison m'a écoeurée, encore que je puisse en comprendre les raisons.

Et puis viennent Oreb et Guilhem qui, eux, ne sont pas désagréables de prime abord. Ils sont mystérieux, surtout en ce qui concerne Oreb, et on a envie d'en apprendre plus sur eux. Il est vrai que Guilhem parle beaucoup, et souvent à des moments assez mal choisis, mais il a un côté débonnaire qui n'est pas déplaisant.

Tous ces personnages sont donc achetés sur le marché aux esclaves par des soldats du Sker, un riche et énigmatique personnage dont le palais se situe au coeur du désert. Ils sont accompagnés d'un médecin, Amesan. S'il travaille pour le Sker, on sent dans son personnage une réelle empathie pour les esclaves, sentiment qu'il essaie de dissimuler à ses coéquipiers. Il est aussi doux que possibles avec leurs nouvelles recrues, et il se montre respectueux, autant que faire se peut. C'est le personnage qui m'a le plus attirée au début du roman, et c'est à lui que je me suis accrochée tandis que le voyage dans le désert se poursuivait.

Ce n'est pas que les autres personnages ne sont pas intéressants, que du contraire. Mais je les ai trouvé perturbants, au début, car on sait peu de choses d'eux, et leur comportement n'aide pas à les rendre sympathiques. Ceci dit, on sent assez rapidement que ce comportement n'est pas dû à leur caractère propre, mais bien à leur vécu difficile. Constamment sur la défensive, ils ont érigé autour d'eux des barrières telles que tout ce qu'ils peuvent montrer d'eux-mêmes, ce sont les fêlures de leurs âmes. On perçoit qu'ils sont amenés à évoluer, ensemble ou séparés, vers le bien ou vers le moins bien, et c'est ce qui les rend intéressants. Pour qu'ils nous soient réellement sympathiques, il faut attendre d'en savoir plus sur leur passé et ce qui les a brisé. Et cela viendra, en son temps…

Dans le palais du Sker, tous ces personnages découvriront de nouvelles formes de tourments. Fèl et Bleue, surtout, car elles ont été vendues comme esclaves sexuelles et subissent chaque nuit les sévissent infligés par le Sker, un homme au fort penchant pervers, porté sur le sadisme.

La gamine était assise sur sa couche, immobile, ses yeux grands ouverts qui ne regardaient rien.
Lorsque les gardes l'avaient raccompagnée au harem, Fèl avait obligé Bleue à se laver, descendant avec elle dans le bassin pour ôter l'odeur de sexe qui empoissait les longs cheveux bruns qu'elle avait ensuite tressés, puis elle lui avait passé une robe sombre et des sandales confortables. La petite s'était laissé faire sans poser une seule question. Fèl non plus n'avait pas parlé. Le mince corps de Bleue était parsemé de blessures et de marques violacées. C'était le lot des filles mal nées que de perdre leur virginité sans douceur – Fèl était un exemple parmi tant d'autres de cette réalité -, néanmoins, la gamine avait connu ces derniers jours un degré de violence si terrible qu'il avait modifié son regard jusqu'à le rendre insoutenable. Ses yeux d'onyx semblaient accuser le monde entier ; ils étaient au-delà de la colère, au-delà de la parole ; ils étaient gouffres sans fond, miroirs aux reflets pénétrants qui soufflaient dans l'esprit de ceux qui les croisaient un implacable "regarde, et vois".

Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

… ou la fuite désespérée vers Sav-Loar.

Alors que les dégoûtants penchants du Sker se font de plus en plus présents, oppressants, un évènement fait tout basculer. Dans l'aile des concubines, une magicienne est née, et elle est si puissante que son aura alerte tous ceux qui sont sensibles à la magie. Les magiciennes de Sav-Loar, qui désirent sa protection, mais aussi les magiciens du Clos, qui cherchent à éradiquer les magiciennes et qui, pour se faire, tuent sans exception toutes celles chez qui les pouvoirs se révèlent.

Les magiciens sont en route pour le palais du Sker, et sont dirigés par Til'Enarion, le plus puissant traqueur du Clos. Le temps de cette nouvelle magicienne est à présent compté. Elle devra fuir le palais pour se réfugier à Sav-Loar, aidée de Fèl, Oreb, Guilhem, Tiriss, Amesan, et Minuit, un magicien renégat qui oblige ce groupe hétéroclite à l'aider dans sa fuite. Ils sont rapidement rejoints par Manala, une magicienne de Sav-Loar, qui maîtrise l'art des illusions à la perfection.

C'est ainsi que débute ce fabuleux roman. J'espère que je vous ai mis l'eau à la bouche! Peut-être avez-vous l'impression que je vous en dit trop, mais je ne pense pas. La suite du roman est riche en péripéties, en rebondissements, en évolutions, en palpitations, et ne pourra que vous captiver comme ce fut le cas pour moi. Oui, je me suis rapidement piquée au jeu, prise au piège de l'intrigue haletante et pleine de surprises.

L'aube les saisit en pleine fuite.
Bleue jeta un coup d’œil en arrière. Au moins sept magiciens étaient à leurs trousses. Manala avait rétabli l'illusion d'invisibilité pour que leurs poursuivants ne puisse se saisir de leurs ombres ni les attaquer à distance, mais elle leur avait avoué qu'elle n'avait pas le temps d'être précise, et qu'ils apercevaient certainement des fluctuations de lumière dévoilant leur présence. Sans compter qu'ils traquaient avec une précision redoutable le pouvoir qui émanait de Bleue.
L'adolescente raffermit sa prise sur la main glissante de Fèl, les yeux fixés au sol qui se précipitait à sa rencontre. Ce versant de la montagne était presque plus dangereux que l'autre tant les pierres sournoises semblaient attendre leurs pas pour que, emportés par l'élan, ils ne puissent éviter la chute. Bleue avait espéré cette descente plus rapide que la montée qui l'avait précédée. C'était à peine le cas – du moins, s'ils voulaient parvenir en bas vivants.

Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

… où les personnages suivent leur petit bonhomme de chemin.

Si, au début, certains personnages me semblaient mystérieux, agaçants, égoïste, arrogants, j'ai rapidement appris à les apprécier. Au fil du récit, on en apprend plus sur leur passé, leur vécu, et on commence à comprendre pourquoi ils réagissent parfois d'une façon peu plaisante. Mieux encore, on sent que leur proximité forcée, doublée de la quête qui est la leur, tend à travailler sur leur caractère. Progressivement, ils s'apprivoisent l'un l'autre, se remettent en question, s'introvertissent plus et commencent à réparer leurs fêlures intérieures.

Même Tiriss, que je n'appréciais pas du tout au début, remonte ses manches et se révèle au fil de ses péripéties. C'est une véritable métamorphose, un passage du gris foncé vers le gris clair.

Leur progression sera fulgurante et des plus intéressantes à observer. J'aime énormément les personnages de roman qui évoluent au fil du récit, c'est ce qui confère à l'histoire une réelle profondeur, un côté humain touchant. Avec Les illusions de Sav-Loar, Manon Fargetton y est très bien parvenue. C'est, selon moi, un des grands points forts du roman.

D'ordinaire, Tiriss restait sur la réserve, et encore plus avec les étrangers. Mais en voyant la vieille femme s'entraîner devant sa maison, elle avait marché droit vers elle et s'était arrêtée à moins de deux mètres. Depuis, elle scrutait chacun de ses mouvements, bien plus rapides que ceux qu'ils avaient observés en montant vers le temple. La vieille Niam toléra la présence de Tiriss durant plusieurs minutes, puis elle lui jeta un coup d’œil courroucé et, d'un geste de la main, l'invita à prendre place en face d'elle et à l'imiter. Tiriss, pourtant petite et légère, semblait lourdaude comparée à la fluidité de Niam.
Fèl hésita. Elle n'avait pas assez confiance en ses fragiles capacités de combattante pour céder à son envie de se joindre à elles, surtout après que la vieille femme eut corrigé Tiriss d'une volée de coups secs sur les bras et les épaules.
Guilhem déboula du chemin, les cheveux encore humides.
– Je rêve, ou Tiriss se fait frapper et ne répond pas?

Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

… où les spécificités des femmes jouent un rôle prépondérant.

Outre le côté humain, prépondérant dans le roman, on retrouve également la grande inventivité et l'imagination sans limites de Manon Fargetton. Bien sûr, on retrouve le monde d'Ombre, même si le Royaume d'Ombre en lui-même se fait un peu attendre. On découvre d'abord le désert des Regrets, puis la ville de Sav-Loar, l'Île-qui-rêve ainsi que la mer. J'ai d'ailleurs beaucoup apprécié de voir de nouveaux paysages de cet univers, de découvrir de nouvelles contrées, de nouvelles coutumes. C'était très chouette, et vraiment bien imaginé.

Mais le but de ce roman, avant toute chose, est de faire découvrir Sav-Loar et les magiciennes qui y ont trouvé refuge, apprendre leur histoire, les spécificités de leur magie et le pourquoi de la traque infernale que leur livrent les magiciens du Clos.

L'opposition entre magiciens et magiciennes repose sur des erreurs de compréhension mutuelle, les magiciens véhiculant une mauvaise version de l'histoire du Clos. Elle repose également, et c'est sans aucun doute cela le plus important, sur les disparités entre les hommes et les femmes, les hommes tentant de démontrer la supériorité qu'ils se confèrent, et les femmes tentant de s'imposer en tant que leurs égales.

– En ces jours exaltants, tout était à créer : la capitale elle-même, l'organisation de la nouvelle communauté magique, les formations dispensées aux étudiants de l'académie… l'enthousiasme était à la mesure des possibles qui s'ouvraient pour les magiciens. Mais le ver était dans le fruit. Certaines femmes trouvaient qu'on ne leur laissait pas assez voix au chapitre – qu'espéraient-elles?
– Une place égale à celle des hommes.
– Absurdité. Nous ne sommes pas égaux, ni dans nos corps ni face à la magie, comme elles se sont ensuite employées à le démontrer.

Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

J'ai adoré cette facette du roman, ouvertement féministe sans nécessairement chercher à diaboliser l'entièreté des hommes, mais visant à démontrer l'étendue des qualités féminines, qui sont trop souvent ignorées.

Les illusions de Sav-Loar fait la part belle aux femmes, leur conférant un pouvoir magique supplémentaire par rapport aux hommes : celui de créer des illusions magiques, en usant d'une spécificité toute féminine, celle de la maternité. Cela pose également la question du droit des femmes à disposer de leur corps comme il leur plaît. Question particulièrement pertinente à une époque où les droits des femmes viennent de faire un bond si énorme en arrière… Personne n'a oublié, je crois, que le nouveau président des États-Unis vient de voter une loi visant à mettre à mal le droit à l'avortement. Ce que j'ai aimé, dans ce roman, c'est que chacune est libre de prendre la décision qui lui convient le mieux. Il n'est dit nul part qu'une solution est mieux qu'une autre, chaque femme dispose de son libre arbitre et agit en fonction de ce qu'elle croit être bon pour elle, en toute connaissance de cause. Et ça, j'aime.

Bleue déglutit. Cette chaleur, c'était l'essence même de son pouvoir. Le ventre était en quelque sorte la marmite bouillonnante de magie. Les mains, elles, étaient l'outil permettant de modeler cette puissance brute. Et en trois jours, elle avait péniblement réussi à faire remonter la chaleur de ses mains jusqu'à son coude. Jamais elle n'arriverait à atteindre son ventre…
Repoussant ses craintes, elle suivit les indications de Tyna.
Au bout de deux heures, ses mains la brûlaient plus encore qu'au départ.
– Je n'y arriverai jamais! explosa-t-elle. Je me crispe!

Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

… Quand l'héroïne principale est plus qu'attachante.

Oui, je sais, le jeu de mot de l'entête est facile ^^ Que voulez-vous, on ne se refait pas…

Mais oui, je suis bel et bien bleue de Bleue! Je me suis un peu retrouvée dans son personnage, au début du roman, lorsqu'elle accuse les coups sans rien dire, laissant son regard parler pour elle. Et j'ai admiré son évolution, sa volonté de transcender les blessures qui sont siennes pour en faire une force. J'ai aimé son mystère, sa réserve, son courage, sa ténacité.

Sans nul doute, c'est mon personnage préféré de ce roman! Question triviale, mais ce que j'aimerais pouvoir changer ma couleur de cheveux comme elle l'a fait! Plus de décoloration, plus de produits agressifs qui font fondre le cheveu comme beurre au soleil de Provence! Hmmm, il va falloir que je me mette à la magie, moi…

Après l'attaque qui avait tué sa famille adoptive, elle avait été vendue comme esclave et avait porté la robe bleu sombre de sa condition. Ses maîtres s'étaient amusés de son prénom, le trouvant aussi prémonitoire que pratique au quotidien. Elle n'était plus une personne. Juste une fonction. Bleue l'esclave.
Le couple de maîtres qu'elle avait eu avant d'être achetée par le Sker avait trouvé un sens nouveau à son prénom. Quand l'envie leur en prenait, ils la battaient jusqu'à ce que son corps se change en une vaste ecchymose bleu violacé. Le Sker, sans le savoir, avait repris à son compte cette signification, l'additionnant de blessures plus profondes encore au creux de son esprit.
Bleu des fleurs sauvages, bleu des esclaves, bleus au corps et à l'âme, trois facettes de sa jeune vie ancrées trop profondément en elle pour qu'elle les renie.

Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton

Les illusions de Sav-Loar est un merveilleux roman, qui démontre une fois de plus tout le talent de Manon Fargetton. On y retrouve sa patte, son écriture fluide et rythmée si caractéristique, mais aussi beaucoup de sensibilité, de profondeur, de féminité.

C'est un roman riche à tout point de vue. Les relations entre les personnages, ainsi que leur personnalité, sont profondes et complexes. On sent qu'il y a, derrière le tableau qu'en fait l'auteure, une grande recherche et une excellente observation de la psychologie humaine. L'univers est, lui aussi, complexe et riche, à l'image de ses habitants et de ses héros. On y retrouve bien sûr les magiciens aperçus dans L'héritage des rois-passeurs, et on y découvre les magiciennes, avec leur magie bien à elles, et leur cité-refuge, Sav-Loar.

Au-delà du côté imaginaire, le récit soulève diverses questions qui s'inscrivent bien dans notre réalité. La place de la femme dans la société et sa constante lutte contre la suprématie masculine, le droit de la femme à disposer de son corps comme elle l'entend, la quête initiatique, la remise en question de ce que l'on prend pour acquis, l'amour et l'amitié qui se construisent peu à peu…

C'est ce que j'aime avec ce genre de fantasy. L'imaginaire n'est pas qu'un moyen de se divertir, il sert de vecteur à des messages plus profonds, qui passent souvent mieux en étant entouré d'une belle gangue de merveilleux. J'aimerais tellement que le grand public parvienne à voir les littératures de l'imaginaire de cette façon, au lieu de les considérer comme de "mauvais genres", de la "sous-littérature". À force de voir paraître de petites perles comme ces Illusions de Sav-Loar, j'ai envie de croire en un avenir plus serein pour l'imaginaire qui me tient tant à coeur…

[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
[Chronique fantasy] Les illusions de Sav-Loar, de Manon Fargetton
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[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell

[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell

Voici un petit résumé de cette trilogie que j'ai terminé le mois dernier… Histoire que vous vous y retrouviez dans les chroniques et dans la suite chronologique du récit!

[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell
[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell
[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell
[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell

La Guerre de Troie n'aura pas lieu… enfin, pas encore tout à fait!

Mais le premier tome de la saga Troie, lui, aura gagné mon coeur comme l'on gagne une bataille. Je me suis laissée séduire par ce récit mené tambour battant, me prenant d'amour pour nombre de personnages aux personnalités riches, complexes et attachantes. La plume de Gemmell, fluide, vibrante, précise, est venue me haper pour m'emmener aux confins de la Grande Verte, à la rencontre d'une époque et de civilisations qui m'étaient jusque là plutôt hermétiques. Je suis restée prisonnière de l'histoire, captive des yeux d'Hélicon et de la chevelure rousse d'Andromaque, jusqu'à ne plus pouvoir m'en détacher. Et de fait, j'ai lu le dernier tiers du roman d'une traite…

Notons aussi que cette réédition Milady est particulièrement jolie et soignée. La couverture est soyeuse et agréable à tenir, la police d'écriture est juste nickel, le poids du roman acceptable, et les illustrations sympas. Que demande le peuple?

Cette saga sera décidément un de mes grands coups de coeur de cette année…

[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell

Hélicon mit son heaume en bronze et courut rejoindre ses meilleurs combattants sur le pont central. Puis, grimpant par-dessus le bastingage, il cria : "Pour Zidantas!" et sauta sur le pont de la galère mycénienne, en dessous de celui du Xanthos. L'équipage ennemi, armé d'épées, de haches et de massues, se porta à la rencontre des attaquants. Hélicon frappa du plat de sa lame le premier, flanqua le deuxième sur le pont d'un coup d'épaule, puis bondit et enfonça son épée dans la poitrine du troisième. Un quatrième marin visa sa tête, mais une énorme massue l'envoya bouler. C'était celle de Zidantas, dans les mains de Gershom.

Troie, Tome 1, de David Gemmell

[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell
[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell
[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell
[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell

Un second tome dans la droite lignée du premier, avec un rythme qui ne faiblit pas, encore qu'il y ait moins de grands combats épiques dans ce second opus. On sent que la guerre de Troie se prépare, lentement mais sûrement. Tous les facteurs sont là, tout se met en place progressivement, et chacun choisit – ou se voit imposer – un camp. À présent, chaque victoire compte, chaque alliance peut tout faire basculer. On sent cette tension grandissante, c'est magistralement bien rendu.

Les héros sont toujours aussi attachants, et les méchants de plus en plus détestables (certains donnent même envie de flanquer des baffes à tout va). Certains se situent entre les deux, et l'on se demande de quel côté la balance va pencher. Certains héros meurent, et on est triste pour eux, d'autres sont de plus en plus héroïques, et on est heureux de suivre leur évolution.

On découvre aussi de nouveaux aspects de la Grèce antique, avec notamment les jeux organisés à Troie, qui joueront un rôle politique majeur malgré la trêve instaurée.

[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell

La terreur l'avait frappée à cet instant. Seule, perdue sur une île sinistre, elle avait senti son courage la quitter. Elle avait couru jusqu'à un flanc de colline rocailleuse et s'était abritée sous un rocher en surplomb. À un moment, sans savoir quand ça avait commencé, elle s'était aperçue qu'elle sanglotait. Les membres tremblants, elle s'était couchée sur le sol dur, les genoux relevés et les bras abritant son visage, comme si elle attendait un nouvel assaut. Dans son désespoir, elle avait entendu les paroles de la Première Prêtresse, qui la réprimandait : "Fille arrogante! Tu te vantes de ta force, alors qu'elle n'a jamais été mise à l'épreuve. Tu n'as que mépris pour la faiblesse des femmes de la campagne, alors que tu n'as jamais souffert de leur détresse. Tu es fille de roi, et toute ta vie tu as été abritée par son bouclier. Tu es la soeur d'un grand guerrier dont l'épée couperait la tête de ceux qui t'auraient offensée. Comment oses-tu critiquer les paysannes, dont la vie dépend des caprices d'hommes violentes?"
– Je suis désolée, avait-elle murmuré, le visage pressé contre le rocher.

Troie, tome 2, de David Gemmell

[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell
[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell
[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell
[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell

Quelle finale magistrale pour cette série de Troie, qui aura été mon grand coup de coeur de 2016! La conclusion du récit est peut-être moins épique que celle du premier tome, où la bataille a fait rage jusqu'à la toute fin, mais elle est encore plus vibrante et riche en émotions, plus poignante sur le plan humain. Car de cette guerre de Troie, nul n'en ressortira indemne.

Certains s'en tirent mieux que d'autres, mais quels personnages, et de quelle façon? Cela, je vous le laisse découvrir. Je peux toutefois vous dire que les talents de conteur de David Gemmell ne sont plus à prouver. Il sait si bien distiller le suspense, mêler la profondeur des relations humaines à la froideur du combat, ponctuer ses actions de descriptions légères, comme des touches de peintures sur un tableau impressionniste… Et impressionnant, ce tableau, surtout! Quelle fresque antique et mythique il nous livre là! Le seul mot qui me vient à la bouche pour qualifier cette saga, c'est épique. Épique comme les scènes de combat, épique comme la plume de l'auteur.

Si je devais conseiller une première trilogie à quelqu'un qui n'a jamais lu de fantasy, sans doute choisirais-je celle-ci…

[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell

– Que veux-tu que je te dise, Hélicon? Que je les hais? Ce n'est pas le cas. La haine est la mère de tous les maux. La haine est ce qui engendre des hommes comme Agamemnon, et comme toi, des hommes qui concourent pour savoir qui commettra les atrocités les plus épouvantables. Et maintenant, lâche-moi le bras!
Mais il ne la lâcha pas. Elle essaya de se dégager, puis lança sa main libre vers lui, prête à frapper. Instinctivement, il la serra contre lui, les bras autour de sa taille. Il sentit le parfum de ses cheveux et la chaleur de son corps contre le sien. Le front de la jeune femme percuta sa joue et il lui saisit les cheveux pour l'empêcher de le frapper de nouveau.
Puis, avant de comprendre ce qu'il faisait, il l'embrassa. Ses lèvres avaient le goût du vin, et son esprit s'embruma.

Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell
[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell
[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell
[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell
[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell
[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell
[Saga fantasy] Troie, de David Gemmell

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

Quelle finale magistrale pour cette série de Troie, qui aura été mon grand coup de cœur de 2016! La conclusion du récit est peut-être moins épique que celle du premier tome, où la bataille a fait rage jusqu'à la toute fin, mais elle est encore plus vibrante et riche en émotions, plus poignante sur le plan humain. Car de cette guerre de Troie, nul n'en ressortira indemne.

Acherontia

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

Les ténèbres tombent sur la Grande Verte, et le Monde Ancien est cruellement déchiré.
Sur les champs de batailles autour de Troie, la cité d'or, se réunissent les armées fidèles au roi mycénien, Agamemnon. Parmi ces troupes se trouve Ulysse, le fameux conteur, devenu leur allié malgré lui. Il sait que rien n'arrêtera Agamemnon pour s'emparer du trésor que renferme la cité,et qu'il devra bientôt affronter ses anciens amis en un combat à mort.
Malade et amer, le roi de Troie attend. Ses espoirs reposent sur deux héros: Hector, son fils préféré, le plus puissant guerrier de son époque, et le redoutable Hélicon, détermine à venger la mort de son épouse aux mains des mycéniens.
La guerre a été déclarée. Même si ces ennemis, qui sont aussi des parents, laissent libre cours à leur soif de violence, ils savent que certains d'entre eux, hommes ou femmes, deviendront des héros, dont les exploits vivront à tout jamais dans un récit transmis à travers les âges…

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

Si vous n'avez lu ni le premier, ni le second tome, cette chronique risque de vous dévoiler des éléments importants de l'histoire… Si tel est votre cas, n'hésitez pas à vous reporter à la chronique du premier tome, dont le lien figure à la fin du présent article. Merci!

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

… Ou comment j'en suis venue à choisir ce roman-là, et pas un autre.

 

Ce roman est le premier lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour décembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Dans le second tome, l'on sentait progressivement la tension monter entre les différents camps. Les mycéniens et les troyens se montent les uns contre les autres, certains héros changent de camp de façon inopinée, tout est sujet à attiser les braises de la haine… Il ne manque plus que le grand final, l'explosion de toutes les tensions et le dénouement de l'intrigue si finement écrite par David Gemmell. Je ne pouvais VRAIMENT pas rater ce troisième tome!

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

… ou l'infamie des Mycéniens et de leurs alliés.

L'ignominie d'Agamemnon, roi de Mycènes, n'est plus un mystère pour nous lecteurs, et encore moins pour les protagonistes de l'histoire. Disons surtout que, dans ce dernier opus, Agamemnon ne s'améliore pas, que du contraire. À présent que Troie est toute proche, presque à sa portée, et qu'il ne manque plus que la bataille finale pour assouvir sa soif de pouvoir et de richesses, il semble consumé par la haine et la cruauté, à l'instar d'un Gollum sentant son précieux se rapprocher.

Jusqu'où ira-t-il dans ses réserves de perversion pour atteindre son objectif? Les autres rois resteront-ils à ses côtés assez longtemps pour satisfaire à ses ambitions et avoir leur part du butin?

L'heure n'est plus aux complots et aux trahisons, mais bien à la bataille, à la force brute, aux stratégies militaires. Les Mycéniens et leurs alliés sont supérieurs en nombre, mais leurs adversaires troyens sont redoutables et endurants. La question fondamentale, à ce point de la guerre, est de savoir qui s'en sortira le moins exsangue…

La lueur rouge à l'est commençait de s'estomper, cachée par la brume qui s'était soudain répandue sur le rivage. La lune disparut derrière un écran de nuages. Nue, la petite fille fut traînée jusqu'à l'autel sacrificiel. Agamemnon vint assister à la cérémonie. Si l'officiant était assez doué, la gamine serait ouverte en deux et son coeur arraché pendant qu'elle vivait encore. Puis le prêtre lirait dans ses entrailles pour y détecter des présages de victoire.
Les soldats s'étaient rassemblés en silence et attendaient que le sang jaillisse. Pendant que deux d'entre eux maintenaient l'enfant, Athéos produisit un long couteau incurvé et invoqua Poséidon. Les milliers de soldats reprirent l'incantation, leurs voix grondant comme le tonnerre.
Athéos se tourna vers l'autel et leva le couteau.

Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

… ou l'art grec de la tragédie pour les nuls.

 

Sans trop vous en dévoiler, de tous les personnages de cette saga, Hector est le personnage que je plains le plus. Hector est beau et fort, il est considéré comme un héros, comme le coeur même de Troie. Il est adulé par les foules, est le fils préféré de son père, et est l'époux de la somptueuse Andromaque. Alors oui, au fond, pourquoi serait-il à plaindre? Eh bien, parce que, souvent, sous le beau vernis de gloire se cachent bien des ombres…

Il est fort, certes, mais il est contraint de guerroyer dans les conditions les plus extrêmes alors même qu'il est de nature pacifique. Il est l'idole des troyen, mais cela signifie une grande pression sur les épaules, des responsabilités monstrueuses à gérer. Quant à ses amours, lui qui, rapidement, tombe profondément amoureux d'Andromaque, il s'aperçoit rapidement que ses sentiments ne sont pas partagés. Pire même, sa stérilité le contraint à élever l'enfant d'Andromaque et d'Hélicon comme son propre fils.

Dans le premier tome, il était présenté comme un demi-dieu, et nul ne doutait de sa force herculéenne, voire de son immortalité. Mais au fil de l'histoire, Hector se montre de plus en plus vulnérable, rongé par la jalousie qu'il voue à Hélicon, son meilleur ami, ses responsabilités de guerrier et les tragédies qui entourent la guerre de Troie. C'est dans cet épisode final que se joue son destin. Et je vous le dis, amis lecteurs, le géant troyen ne démérite pas une seule seconde!

Hector avait passé toute sa jeunesse à essayer de ne pas ressembler à son père. Il traitait les hommes avec respect et honneur, et les femmes avec délicatesse et courtoisie. Quand Andromaque lui avait dit qu'elle attendait l'enfant d'Hélicon, il l'avait accepté, sachant qu'il ne pourrait pas lui donner de fils. Mais alors, il ne la connaissait pas, ils s'étaient à peine rencontrés. Au cours des années, il était tombé profondément amoureux d'elle, alors qu'elle le considérait comme un frère, un excellent ami. Il ne lui avait jamais montré à quel point cela le blessait, jusqu'à aujourd'hui, quand elle avait joyeusement parlé de faire venir Dex, l'enfant d'Hélicon, dans leur demeure. Et voilà qu'elle allait prendre la mer avec son amant pour un long voyage, et ils seraient constamment ensemble.
Jamais de sa vie il n'avait ressenti le besoin de retourner à la guerre, de combattre, et même de tuer. À cet instant, la guerre et la mort lui semblaient merveilleusement simple. C'était la vie qui était trop compliquée.

Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

D'autres personnages sont durement éprouvés par le destin. Banoclès, notamment, qui perd quelqu'un qui lui est cher, Hélène, Pâris et leurs enfants, Déiphobos, Priam, Ulysse et bien d'autres. La guerre de Troie n'épargnera personne. Il n'y aura pas de happy end, ou s'il y en a une, elle sera gagnée de haute lutte et ne viendra que sur le tard. C'est ce qui rend ce troisième tome particulièrement attachant, épique et réaliste. Une happy end aurait été trop facile. L'histoire de Troie n'est pas un conte de fée, après tout. Peu de ces héros et de leurs ennemis vivront heureux jusqu'à la fin pour avoir beaucoup d'enfants. Aussi, si vous cherchez de l'amour, de la joie, de la bonne humeur, ce n'est pas ce roman qui fera votre bonheur. Mais si vous cherchez des héros qui meurent la main sur le coeur, alors lisez ces pages 😉

Hector frappa, et Achille contra le coup. Soudain, Achille lança une attaque féroce, sa lame bougeant avec une rapidité extraordinaire. Hector Bloqua, puis pivota sur un talon et frappa Achille au visage avec le dos de son poing. Achille tituba, se ressaisit et leva rapidement sa lame pour parer un coup mortel dirigé vers son cou. Il riposta si vite qu'Hector se jeta sur le sol, roula et se remit debout en un clin d'oeil. Ils recommencèrent à tourner.
Ulysse regardait, captivé, le duel se dérouler. Chaque combattant était doté d'équilibre et de vitesse. Les deux avaient peaufiné leurs talents lors de milliers de batailles. Achille était plus jeune, mais il avait passé toute sa courte vie à chercher les combats. Hector combattait et tuait seulement quand il y était contraint. Les deux hommes combattaient maintenant froidement, avec patience. Tous deux savaient que la moindre erreur de jugement pourrait signifier leur perte. Chacun cherchait les faiblesses de l'autre, et essayait de déchiffrer le sens de ses mouvements.

Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

… où les îles grandissent autant que la jalousie et les impossibles amours.

 

La jalousie d'Hector vis-à-vis de Hélicon est sommes toutes assez justifiée. Conscient que sa femme voue de tendres sentiments à son meilleur ami, il est dès lors sur la défensive. Et lorsque Priam annonce que Cassandre doit partir vers l'île de Théra à bord du Xanthos, accompagnée par Hélicon et Andromaque. C'est pour lui la goutte qui fait déborder le vase.

Andromaque, tiraillée entre ses deux amours, est heureuse de prendre la mer en compagnie de Hélicon et de pouvoir goûter à sa présence permanente. Mais elle souhaite à la fois rester fidèle à Hector, qu'elle aime comme un frère. Si, au début, elle parvient à rester à bonne distance de Hélicon, elle s'aperçoit vite que les choses s'annoncent compliquées. Parviendra-t-elle à tenir sa promesse envers son mari?

Quant à l'île de Théra, Andromaque y constate quelques changements. Outre la mauvaise santé de la grande prêtresse, l'îlot qui se situait à l'entrée de la baie menant à Théra semble sortir progressivement des flots. L'île de la tentation serait-elle en train de devenir l'île de la perdition?

– Que veux-tu que je te dise, Hélicon? Que je les hais? Ce n'est pas le cas. La haine est la mère de tous les maux. La haine est ce qui engendre des hommes comme Agamemnon, et comme toi, des hommes qui concourent pour savoir qui commettra les atrocités les plus épouvantables. Et maintenant, lâche-moi le bras!
Mais il ne la lâcha pas. Elle essaya de se dégager, puis lança sa main libre vers lui, prête à frapper. Instinctivement, il la serra contre lui, les bras autour de sa taille. Il sentit le parfum de ses cheveux et la chaleur de son corps contre le sien. Le front de la jeune femme percuta sa joue et il lui saisit les cheveux pour l'empêcher de le frapper de nouveau.
Puis, avant de comprendre ce qu'il faisait, il l'embrassa. Ses lèvres avaient le goût du vin, et son esprit s'embruma.

Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

… où la bataille fait rage aussi bien à terre que sur la mer.

 

Ce que j'aime, chez Gemmell, ce sont les scènes d'action et de bataille. Elles sont décrites avec tellement de justesse que c'en est incroyable. Et je dirai même mieux… elles sont inimitables. Lui seul a le don de rendre une scène de bataille limpide comme de l'eau de roche, sans que les actions ne deviennent brouillonne. On sait toujours qui parle, qui fait quoi, qui reçoit tel coup. Avec Gemmell, impossible de s'emmêler les pinceaux, comme cela peut être le cas avec d'autres auteurs. Les scènes sont décrites avec beaucoup de détails, mais des détails utiles, sans aucune fioriture qui viendraient plomber le tableau. Il en ressort un style graphique et poétique que j'apprécie beaucoup, moi qui ne suis pourtant guère friande de l'action brute.

Et ce que j'apprécie doublement, dans cette série, c'est que les batailles se déroulent aussi bien sur la terre ferme que sur la mer. Hélicon et son navire incendiaire sont juste incroyables. Même si leur oeuvre de mort est discutable, leur stratégie rusée laisse le lecteur baba.

– Alors, quand les attaquerons-nous, Bienheureux? Plus tôt nos navires pourront sortir au large et plus tôt nous pourrons commencer à combattre et à frapper l'ennemi dans la baie d'Héraclès.
– Nous n'attaquerons pas, dit Hélicon. Nous attendrons que les Mycéniens nous attaquent.
Chromis grogna.
– Comment pouvons-nous être sûrs qu'ils le feront? Pour le moment, ils sont satisfaits de nous garder prisonniers dans la baie, comme… comme des crabes dans un panier.
– Tu as fait remarquer toi-même que bien des choses avaient changé avec l'arrivée du Xanthos. (Il regarda les capitaines troyens.) Nous devons être patients. Les Mycéniens sont un peuple impétueux et agressif. Nous devons utiliser cela contre eux. Et mon plan ne consiste pas seulement à nous échapper vers le large. J'ai prévu de détruire leur flotte entière.

Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

Quant aux combats sur la terre ferme, c'est du grand Gemmell, comme d'habitude. Calliadès et Banoclès y ont bien sûr une place de choix, au même titre qu'Hector et ses valeureux cavaliers du Cheval de Troie, ou les Aigles de Priam.

Le légendaire Cheval de Troie (pas les cavaliers, mais celui qu'on connaît tous, qui est en bois et tout creux, hein…) est bien sûr présent à un moment du récit, mais… Non, je ne vous dis rien, vous DEVEZ découvrir cela par vous même!

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

… mais heureusement, la quiétude a tout de même ses limites!

 

Il est des fois où le combat semble s'enliser, notamment lors du long siège de la ville. Mais Gemmell… ben, c'est Gemmell, quoi! Il parvient à rendre passionnantes des scènes où l'attente est reine et où l'angoisse domine. Tout est merveilleusement bien pensé, bien amené et bien décrit. Il n'y a aucune longueur dans ce petit bijou littéraire, car si l'auteur choisit de nous parler du quotidien des personnages, c'est parce que leur train-train a une incidence sur l'histoire. Il ponctue même souvent cette attente par de brefs combats, des tentatives d'incursions ennemies, des stratégies, des complots. Il approfondit le tableau qu'il dresse de certains personnages, tels Priam.

Andromaque n'avait pas envie de rester toute la journée au palais, dans une atmosphère d'angoisse permanente, et elle préférait s'occuper avec les blessés et les mourants, les nourrir, leur parler et parfois leur tenir la main jusqu'à leur dernier souffle.
En réalité, pensa-t-elle, personne n'avait suffisamment d'occupations. Le train-train quotidien de la cité avait été brisé par le manque de fournitures et l'épuisement provoqué par le rationnement de l'eau et de la nourriture, et la chaleur. La plupart des gens, quand ils ne faisaient pas la queue pour de la nourriture, restaient chez eux. L'inactivité faisait naître des commérages et alimentait les peurs des gens. Ses servantes Penthésilée et Anio avaient trop de temps libre, et elles le passaient à discuter des problèmes de la cité avec les autres serviteurs royaux.

Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

Quelle finale magistrale pour cette série de Troie, qui aura été mon grand coup de coeur de 2016! La conclusion du récit est peut-être moins épique que celle du premier tome, où la bataille a fait rage jusqu'à la toute fin, mais elle est encore plus vibrante et riche en émotions, plus poignante sur le plan humain. Car de cette guerre de Troie, nul n'en ressortira indemne.

Certains s'en tirent mieux que d'autres, mais quels personnages, et de quelle façon? Cela, je vous le laisse découvrir. Je peux toutefois vous dire que les talents de conteur de David Gemmell ne sont plus à prouver. Il sait si bien distiller le suspense, mêler la profondeur des relations humaines à la froideur du combat, ponctuer ses actions de descriptions légères, comme des touches de peintures sur un tableau impressionniste… Et impressionnant, ce tableau, surtout! Quelle fresque antique et mythique il nous livre là! Le seul mot qui me vient à la bouche pour qualifier cette saga, c'est épique. Épique comme les scènes de combat, épique comme la plume de l'auteur.

Si je devais conseiller une première trilogie à quelqu'un qui n'a jamais lu de fantasy, sans doute choisirais-je celle-ci…

[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell
[Chronique Fantasy] Troie. Tome 3, La chute des rois, de David Gemmell

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[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist

[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist

Voici un petit résumé de cette trilogie que j'ai terminé le mois dernier… Histoire que vous vous y retrouviez dans les chroniques et dans la suite chronologique du récit!

[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist
[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist
[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist
[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist

Serre du Faucon Argenté est une bonne première entrée en matière pour cette trilogie fantasy dont le thème majeur est la vengeance. Par l'écriture simple et le souci de concision, Raymond Feist nous livre un roman détendant et accessible, dans lequel on se laisse glisser comme dans un bon bain chaud. L'intrigue est bien ficelée, quoiqu'un rien trop linéaire, mais l'on sent bien que l'histoire va s'étoffer dans les tomes suivants, et que nous auront droit à bien d'autres rebondissements.

Je suis en revanche un peu moins emballée par la psychologie des personnages. Ces derniers sont attachants à leur manière, mais l'auteur survole trop les émotions et les sentiments qu'ils pourraient ressentir. La plupart des personnages nous apparaissent trop détachés, comme si les événements glissaient sur eux. Serre m'a bien plus dans l'ensemble, mais je me suis sentie un peu rebutée par la perte de sa candeur naturelle au profit d'une nature plus machiste. J'espère qu'il va encore évoluer dans les tomes suivants.

Ceci étant, ce premier volet de la trilogie est pleine de belles promesses, et j'ai hâte de lire la suite pour voir si mes craintes sont fondées et si mes espoirs deviennent réalité…

[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist
[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist

Son souffle court, sa tunique trempée et ses genoux tremblants prouvaient qu'il perdait trop de sang, trop vite. Son cœur battait à tout rompre, et Serre savait que, s'il ne réussissait pas d'une façon ou d'une autre à tuer les deux dernières créatures, il était condamné.
Il y eut un autre mouvement fugace près de la porte. Serre comprit que les deux créatures étaient sorties avec lui. Il battit des paupières et tourna la tête de part et d'autre pour essayer de distinguer leurs formes noires dans la nuit. Mais, malgré tous ses efforts, elles restèrent invisibles.
Il perçut un mouvement derrière lui et se laissa donc tomber sur la gauche. Il avait eu l'intention de se rattraper à temps pour se redresser, mais sa jambe gauche refusa de lui obéir, et il s'écrasa par terre. Une nouvelle douleur brûlante envahit sa jambe droite. Serre perdit son épée. Son esprit avait beau ordonner à son corps de rouler sur le côté et de mettre autant de distance que possible entre lui et les deux créatures, il ne pouvait s'obliger à le faire.
Une nouvelle ligne de feu traversa son épaule, et Serre hurla. Il savait qu'il était sur le point de mourir.
Son peuple ne serait pas vengé, et lui-même ne saurait jamais qui étaient ses assassins, ni pourquoi on avait décidé de le tuer.
Ses dernières pensées furent teintées d'un grand désespoir et d'un profond regret. Puis une lumière blanche aveuglante explosa autour de lui, et il sombra dans l'oubli.

Serre du Faucon Argenté, de Raymond Feist

[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist
[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist
[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist

Un second opus meilleur à mon sens que le premier, avec un style d'écriture un peu plus fluide et plus agréable.

Le personnage de Serre s'étoffe peu à peu et, bien qu'il reste égal à lui-même concernant les femmes, il devient de plus en plus mûr et intéressant. C'est vraiment dans ce second tome que j'ai commencé à m'y attacher (mouvement déjà initié dans le premier tome, mais qui avait un peu décliné lorsque j'ai vu le changement opéré par le Conclave des ombres sur le caractère de Serre).

L'histoire riche en rebondissements m'a vraiment bien plu, si bien qu'à présent j'ai hâte de lire la finale de cette trilogie!

[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist
[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist

Il avait été facile de lui administrer la mixture, comme l'avait prédit Amafi. Pendant qu'elle dormait, Ser avait sorti une mince cordelette en soie et la minuscule fiole de poison. Il avait lentement versé le poison, une goutte après l'autre, le long de la corde jusqu'aux lèvres de la princesse. Toujours selon les prédictions d'Amafi, la princesse s'était léché les lèvres dans son sommeil, et Ser avait fait une pause chaque fois qu'elle bougeait. Le poison avait un goût sucré et une texture collante. Le lendemain matin, le résidu sur ses lèvres était devenu inoffensif en séchant. Ser avait donc réveillé la princesse d'un baiser sans craindre pour sa vie. Ils avaient fait l'amour avant l'aube, alors que Ser savait qu'elle était déjà morte, par sa faute.
Il éprouva un début de remords et le repoussa à l'intérieur de lui. En dépit de son charme, la princesse était aussi impitoyable, à sa manière, que Kaspar. Le sexe n'était que l'une de ses nombreuses armes, et la passion dont elle avait fait preuve et les mots doux qu'elle lui avait susurrés à l'oreille ne signifiaient rien. Ils faisaient seulement partie de l'expérience et n'étaient pas à prendre au sérieux.

Le roi des renards, de Raymond E. Feist

[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist
[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist
[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist

J'ai ADORÉ le parti pris de l'auteur, qui a décidé, au dernier tiers de cette saga, de changer radicalement de perspective. Le changement de personnage principal, s'il est déroutant au début, est en fait une vraie source de jouvence pour le récit. En tout cas, il fallait le faire! Ce n'est pas facile de retirer le gentil de l'histoire pour ensuite mettre le grand méchant aux commandes. Le résultat est totalement ahurissant, et à la hauteur de ce qu'on peut attendre d'une trilogie de Feist.

Ensuite, l'histoire en elle-même est juste gé-niale! Cela change des précédentes intrigues de cour, des guerres, des querelles intestines, de la politique houleuse, and so on… On se sent happé par cette histoire d'artefact maléfique, si bien qu'il est difficile de lâcher le roman une fois l'intrigue principale démarrée. Et cette menace latente en fin de roman, cette vision d'horreur finale qui introduit la trilogie suivante, nous mettant l'eau à la bouche, c'est juste… tellement frustrant! Si j'avais eu la suite sous la main, je l'aurais lue dans la foulée!

[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist

– Est-ce qu'il y a quelqu'un à l'intérieur? demanda-t-il.
– Personne ne le sait, répondit Kenner. On n'arrive pas à retirer le heaume, ni aucune autre partie d'ailleurs.
– Elle a un aspect maléfique, fit remarquer Kaspar, en parlant lentement.
Le heaume avait une forme très simple, comme si on avait découpé un cylindre selon un certain angle, avant d'arrondir les bords, ne laissant qu'une ligne continue des épaules au sommet du crâne, sans angle ni pointe. Il était légèrement pincé sur le devant, si bien que, vu de dessus, il avait vaguement la forme d'une goutte plutôt que d'un rond. De chaque côté du heaume jaillissait une aile, mais ces ailes n'appartenaient à aucune créature connue. Elles avaient la forme de celles d'un grand corbeau, mais elles se recourbaient légèrement en suivant les côtés du heaume et elles étaient pourvues d'une membrane comme une chauve-souris géante. Une seule fente au niveau des yeux permettait à l'occupant, s'il y en avait un, de voir quelque chose.

Le retour du banni, de Raymond E. Feist

[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist
[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist
[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist
[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist
[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist
[Saga fantasy] Le conclave des ombres, de Raymond Feist

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

On se sent happé par cette histoire d'artefact maléfique, si bien qu'il est difficile de lâcher le roman une fois l'intrigue principale démarrée. Et cette menace latente en fin de roman, cette vision d'horreur finale qui introduit la trilogie suivante, nous mettant l'eau à la bouche, c'est juste… tellement frustrant! Si j'avais eu la suite sous la main, je l'aurais lue dans la foulée!

Acherontia

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

Abandonné en pleine nature sur un continent à l'autre bout du monde, avec pour seules armes son intelligence et sa détermination.

Kaspar, l'ancien duc d'Olasko,doit se battre au jour le jour pour assurer sa survie. Rusé, astucieux et doté d'une volonté de fer, il se lance dans cette odyssée avec un seul but en tête: rentrer chez lui et se venger de Serwin Fauconnier, l'homme qui l'a destitué.

Mais Kaspar ne sait pas encore qu'il y a bien plus en jeu que sa seule existence. Il n'est qu'un pion dans une partie terrifiante qui oppose Ser et le conclave des ombres aux agents des forces obscures. Ces derniers menacent non seulement Olasko, la terre natale de Kaspar, mais aussi Midkemia dans son ensemble. La guerre de la Faille et celles des Serpents sembleraient presque triviales au regard du conflit qui s'annonce…

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

Si vous n'avez lu ni le premier, ni le second tome, cette chronique risque de vous dévoiler des éléments importants de l'histoire… Si tel est votre cas, n'hésitez pas à vous reporter à la chronique du premier tome, dont le lien figure à la fin du présent article. Merci!

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

… Ou comment j'en suis venue à choisir ce roman-là, et pas un autre.

 

Ce roman est mon troisième roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour novembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Après un second tome palpitant, j'avais un peu l'impression que l'histoire m'avait déjà livré tous ses secrets, et je voyais mal ce qui pourrait encore se produire dans le troisième et dernier tome du Conclave des ombres. Eh bien, je me suis pour le moins trompée, car il y a encore beaucoup à dire, et pas du tout de la façon dont je le pensais!

 

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

… ou la loi du Talion selon Ser.

 

Si vous vous souvenez bien du second tome, l'histoire se concluait sur une victoire totale de Ser face au tyran Kaspar, duc d'Olasko, et à l'infâme magicien Leso Varen. Dès lors, je me suis demandée ce qu'un troisième tome pourrait apporter. Allait-on enfin connaître les plans exacts de Leso Varen? Mais comme ce dernier semble mort et enterré, est-ce vraiment important? Va-t-on nous parler de ce que Ser compte faire de sa vie une fois sa vengeance consommée? Je supposais qu'il n'y aurait là rien d'épique, aussi étais-je passablement dubitative…

En fait, le troisième et dernier tome s'ouvre sur le bannissement de Kaspar d'Olasko, emmené sur une île inconnue par un magicien du Conclave des ombres. L'affaire semble mal entamée pour le duc, qui est rapidement fait prisonnier et retenu dans des conditions peu enviables. Puis, dans un soudain rebondissement, il parvient à échapper à ses détenteurs et s'enfuit à travers une étendue désertique et hostile, où il doit lutter pour sa survie.

Cela n'est pas sans rappeler ce qu'il fit subir à Ser au cours du deuxième tome, cet enfermement qui lui imposa dans une citadelle aride, où les vivres se faisaient aussi rares que les rayons du soleil. De toute évidence, Ser a fort bien calculé son coup et avait dans l'idée de rendre à Kaspar la monnaie de sa pièce.

Mais si l'on se doutait déjà du sort réservé à Kaspar, son évasion et les péripéties qui s'ensuivent sont, elles, inattendues. Assez, en tout cas, pour susciter mon intérêt et me plonger rapidement dans l'intrigue.

 

Kaspar gisait à l'agonie.
Protégé du soleil d'après midi par un rocher en surplomb, il savait qu'il ne lui restait plus beaucoup de temps à vivre. Trois jours durant, il avait suivi l'ancienne route. Il avait fini son eau ce matin-là, à l'aube. Souffrant de vertiges et de désorientation, il était descendu en titubant jusqu'à une zone ombragée pour attendre que la chaleur se dissipe.
S'il ne trouvait pas de l'eau d'ici la tombée de la nuit, il ne se réveillerait sans doute pas le lendemain matin. Il avait les lèvres desséchées, et le nez et les joues qui pelaient à cause des coups de soleil. Allongé sur le dos contre des rochers, il s'efforçait d'ignorer les cloques douloureuses qui lui couvraient les épaules. Il était trop fatigué pour laisser la douleur l'ennuyer. En plus, cette douleur signifiait qu'il était toujours en vie.

Le conclave des ombres. T3, Le retour du banni, de Raymond Feist

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

Quand l'on suit l'histoire avec les yeux du méchant…

 

Ce qui m'a complètement scotchée, dans ce troisième tome, c'est que l'auteur met complètement de côté son personnage principal, Ser, pour s'intéresser au grand méchant de l'histoire, Kaspar. C'est en effet au travers de ses yeux et de ses mésaventures que l'histoire suit son cours, dessinant une introduction parfaite pour la trilogie suivante. Je dois dire que c'est un exercice extrêmement difficile pour un écrivain, que de laisser en arrière un personnage auquel on s'était attaché, pour mettre en avant celui qu'on est censé faire détester.

Et pour le lecteur aussi, c'est un fameux exercice. Au début, je me sentais un peu déboussolée, d'autant plus que Kaspar n'est, à la base, pas un personnage que l'on a envie d'aimer et auquel on a envie de s'intéresser. Donc, durant les premiers chapitres, je ne pouvais m'empêcher de me demander quand on allait cesser de s'intéresser à son cas et en revenir à Ser ou aux magiciens du Conclave des ombres.

Et puis finalement, assez curieusement, on finit par s'attacher à lui, d'une façon totalement surprenante. Progressivement, des changements s'opèrent en lui, et le rendent de plus en plus digne d'intérêt.

Abattre un arbre était plus difficile que Kaspar l'aurait cru, étant donné qu'il n'avait vu des bûcherons à l’œuvre qu'une seule fois, lorsqu'il était enfant. L'arbre avait bien failli lui tomber dessus, pour le plus grand plaisir de Jorgen, qui avait trouvé ça très drôle, une fois passée la peur.
Kaspar avait coupé toutes les branches, puis débité le tronc en plusieurs rondins. Il en avait attaché un avec de grandes lanières en cuir destinées à être fixées au harnais d'un cheval. Mais l'unique cheval de la famille avait disparu avec le père de Jorgen, Kaspar décida donc de le remplacer pour tirer le rondin jusqu'à la maison, en traversant la prairie humide. Il banda ses muscles et tira de toutes ses forces tandis que le rondin récalcitrant le suivait par à-coups.

Le conclave des ombres. T3, Le retour du banni, de Raymond Feist

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

… ou presque.

 

Petit à petit, on commence à sentir que Kaspar s'interroge sur ses actes passés, sur ce qui l'a poussé à agir de la sorte. Il sent qu'il a été manipulé par son magicien, Leso Varen, mais il est suffisamment sage pour prendre conscience que son caractère et sa soif de pouvoir y sont aussi pour quelque chose. Souvent, il rêve de son ancienne vie, et constate à son réveil que ce qui ne le gênait nullement quelques mois plutôt lui donne à présent la nausée.

Après sa fuite, il s'invite dans la cabane d'une mère et de son fils. Connaissant le caractère initial de Kaspar, j'ai tout de suite imaginé une catastrophe ; viol de la mère, vente du fils sur le marché aux esclaves, vol, meurtre… Et puis en fait, on se retrouve agréablement surpris par l'attitude de l'ancien duc d'Olasko, qui impose sa présence par nécessité pour sa propre survie, tout en respectant la petite famille. On pourrait même dire qu'il tente de se racheter, d'une certaine façon, en les aidant dans leurs tâches quotidiennes.

Son attitude bienveillante, ainsi que le fait qu'il réfléchisse sur lui-même et sur ses actions passées contribuent à le rendre de plus en plus acceptable en tant que personnage principal aux yeux du lecteur. Je me suis même surprise à m'y attacher peu à peu, surtout lorsque l'histoire a réellement pris son essor.

La troisième nuit, il avait eu un rêve-souvenir particulièrement saisissant de réalisme : il s'agissait d'une conversation avec Leso Varen dans les appartements privés du magicien. Les lieux empestaient le sang et les excréments humains, ainsi que l'odeur bizarre de toutes ces choses inconnues que le magicien tenait à mélanger et à faire brûler dans sa pièce de travail. Kaspar se souvenait bien de cette conversation, car c'était la première fois où Varen lui avait suggéré d'envisager de faire disparaître ceux qui se dressaient entre la couronne de Roldem et lui. Kaspar se rappelait également à quel point l'idée lui avait paru séduisante.
Mais, à son réveil, il avait été pris de haut-le-cœur au souvenir de la puanteur de la pièce. Pourtant, à l'époque où il avait rendu cette visite à Varen, l'odeur ne l'avait pas dérangé le moins du monde, c'est à peine s'il l'avait sentie. Or, ce matin-là, il s'était réveillé en sursaut, haletant, devant la porte de la cabane, et il avait bien failli réveiller Jorgen.

Le conclave des ombres. T3, Le retour du banni, de Raymond Feist

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

… parce que la nuit, tous les Talnoy sont gris.

 

Aaaah, les Talnoy… Vous vous demandez ce que c'est, avouez! Ne vous en faites pas, vous le découvrirez bien assez tôt! 😉

Comme l'on peut s'en douter, le but premier de Kaspar est de rejoindre son ancien duché pour voir ce qu'il s'y est passé durant son absence – et, au début, en reprendre les rennes, même si par la suite, il se verra contraint de modifier son objectif. Et puis, au détour d'une petite ville, il rencontre un curieux homme qui lui propose une quête, une sorte de mission périlleuse. Il lui promet une généreuse rémunération contre ses services. Par curiosité et par nécessité, Kaspar accepte sa curieuse requête. L'homme lui présente alors la "chose" qu'il se verra contraint d'escorter.

Là, on sent que l'action démarre véritablement. Cette rencontre est l'élément perturbateur qui va lancer un nouveau type d'intrigue, à mille lieux des histoires de cour, des guerres, des prises de pouvoir…

Flynn invita ses compagnons et Kaspar à l'accompagner dans l'autre partie de l'entrepôt, où se trouvait un chariot. Il s'agissait d'un simple véhicule destiné au transport des marchandises, semblable à ceux que Kaspar croisait souvent dans les rues de sa capitale. Au fond se trouvait un objet dissimulé sous une toile cirée. Vu sa taille, Kaspar commença à avoir une petite idée de sa nature. Flynn sauta dans le chariot et rabattit le bord de la toile.
Il s'agissait d'un corps – ce fut du moins l'impression ce que Kaspar en retira. Ou alors c'était juste une armure vide. Quoi qu'il en soit, il n'avait jamais rien vu de pareil.

Le conclave des ombres. T3, Le retour du banni, de Raymond Feist

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

… qui exigera les interventions les plus improbables qui soient.

 

Car cette chose que Kaspar doit escorter loin, très loin de cette île n'est pas un artefact comme les autres. La silhouette dans le chariot dégage une étrange aura maléfique qui, au mieux, met mal à l'aise ceux qui l'entourent. Et qui, au pire, est capable de tuer d'une horrible manière ceux qui désireraient déserter l'escorte…

Très vite, le voyage se fait pénible, et l'étrange fascination qu'exerce l'artefact sonne pratiquement comme une malédiction. Sauf que de cette malédiction-là, personne n'en a jamais entendu parler, et personne, pas même les prêtres de la région, ne semble en mesure de la dissoudre.

J'ai littéralement adoré cette partie de l'histoire, beaucoup plus sombre, plus prenante. Une fois la malédiction de l'artefact mise sur le tapis, l'ambiance s'est littéralement métamorphosée pour se faire glauque, pressante. Une tension palpable s'est installée, qui m'a complètement dissuadée de lâcher le livre jusqu'au dénouement de l'histoire.

– Est-ce qu'il y a quelqu'un à l'intérieur? demanda-t-il.
– Personne ne le sait, répondit Kenner. On n'arrive pas à retirer le heaume, ni aucune autre partie d'ailleurs.
– Elle a un aspect maléfique, fit remarquer Kaspar, en parlant lentement.
Le heaume avait une forme très simple, comme si on avait découpé un cylindre selon un certain angle, avant d'arrondir les bords, ne laissant qu'une ligne continue des épaules au sommet du crâne, sans angle ni pointe. Il était légèrement pincé sur le devant, si bien que, vu de dessus, il avait vaguement la forme d'une goutte plutôt que d'un rond. De chaque côté du heaume jaillissait une aile, mais ces ailes n'appartenaient à aucune créature connue. Elles avaient la forme de celles d'un grand corbeau, mais elles se recourbaient légèrement en suivant les côtés du heaume et elles étaient pourvues d'une membrane comme une chauve-souris géante. Une seule fente au niveau des yeux permettait à l'occupant, s'il y en avait un, de voir quelque chose.

Le conclave des ombres. T3, Le retour du banni, de Raymond Feist

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

Au fur et à mesure que l'on en apprend plus au sujet de l'artefact et de sa curieuse malédiction, on comprend que c'est l'univers tout entier qui est menacé. Des choses étranges se produisent, des créatures cauchemardesques surgissent là où on ne les attend pas, les magiciens eux-mêmes semblent dépassés par la situation.

La menace est de plus en plus grande, l'avenir s'assombrit peu à peu, mais cette fois, l'ennemi ne fait pas partie du monde connu…

Et le livre se termine sur un moment tellement angoissant que… ah non! Aaaarggg!! Au secours!! Je veux la suite, et vite!!!

Heureusement pour moi, et pour vous aussi si vous avez suivi cette trilogie, la suite arrive très bientôt en format poche chez Milady! Cela s'appelle La guerre des ténèbres, une autre trilogie dont le premier tome devrait être disponible d'ici février 2017. Comptez sur moi pour le lire et le chroniquer!

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

J'ai ADORÉ le parti pris de l'auteur, qui a décidé, au dernier tiers de cette saga, de changer radicalement de perspective. Le changement de personnage principal, s'il est déroutant au début, est en fait une vraie source de jouvence pour le récit. En tout cas, il fallait le faire! Ce n'est pas facile de retirer le gentil de l'histoire pour ensuite mettre le grand méchant aux commandes. Le résultat est totalement ahurissant, et à la hauteur de ce qu'on peut attendre d'une trilogie de Feist.

Ensuite, l'histoire en elle-même est juste gé-niale! Cela change des précédentes intrigues de cour, des guerres, des querelles intestines, de la politique houleuse, and so on… On se sent happé par cette histoire d'artefact maléfique, si bien qu'il est difficile de lâcher le roman une fois l'intrigue principale démarrée. Et cette menace latente en fin de roman, cette vision d'horreur finale qui introduit la trilogie suivante, nous mettant l'eau à la bouche, c'est juste… tellement frustrant! Si j'avais eu la suite sous la main, je l'aurais lue dans la foulée!

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist
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Mes coups de coeur de 2016...

Mes coups de coeur de 2016…

[Chronique fantasy] Le conclave des ombres. Tome 3, Le retour du banni, de Raymond E. Feist

[Chronique Fantasy] L’héritage des rois-passeurs, de Manon Fargetton

De cette lecture, je retiendrai donc surtout l'écriture fabuleuse de Manon Fargetton, alternant fluidité, rythme et poésie. Je retiens également les personnages, travaillés tout en finesse, et dont la psychologie complexe laisse pantois. L'intrigue remarquablement ficelée, ainsi que deux univers imbriqués l'un dans l'autre d'une façon remarquablement inventive et ingénieuse, constituent un troisième point qui me fait dire que ce roman vaut amplement son prix Imaginales 2016, et tous les éloges que j'ai entendu à son sujet jusqu'à présent.

Synopsis…

La dernière héritière d'une lignée royale doit fuir notre monde et retourner dans celui de ses ancêtres pour échapper aux hommes qui veulent l'éliminer. Là-bas, une princesse rebelle rentre chez elle pour prendre ce qui lui est dû : le trône d'Ombre. Voici l'histoire de deux femmes, de deux mondes imbriqués, de deux retours simultanés qui bouleverseront une fois de plus le destin tortueux du royaume d'Ombre. Coïncidence, ou rencontre orchestrée de longue date ?

[Chronique Fantasy] L'héritage des rois-passeurs, de Manon Fargetton

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon second roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour novembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Depuis quelques temps déjà, je souhaitais découvrir l'écriture de Manon Fargetton, dont j'avais entendu beaucoup de bien. Voyant cette édition au format poche de L'héritage des rois-passeurs au catalogue des éditions Milady, je n'ai pas pu résister, d'autant plus que la "suite", Les illusions de Sav-Loar, était prévu pour le mois suivant en grand format. Je me suis lâchée et ai commandé les deux tomes, mon petit coeur de lectrice tout palpitant d'espoir, attendant avec délectation un moment de lecture inoubliable. Fut-ce le cas? Ahah… C'est ce que vous découvrirez à la fin de cette chronique!

Photo prise pour le #neverlandpbc de décembre 2016 sur Instagram... Le thème était "Lire au chaud".

Photo prise pour le #neverlandpbc de décembre 2016 sur Instagram… Le thème était "Lire au chaud".

Fluidité, rythme et saccades…

Ce qui m'a d'emblée séduite, c'est le style d'écriture de Manon Fargetton. Il n'y a rien à faire, mais on sent que c'est une femme qui est aux commandes de ce roman. La finesse de la plume ne trompe pas. Loin de moi l'idée de trouver les hommes trop balourds (encore que, pour certains…), mais j'ai senti dans ce roman assez bien de touches féminines, notamment dans la richesse des métaphores, la profondeur et la finesse des sentiments ressentis par les personnages, le fait que les personnages centraux soient deux femmes toutes deux dotées d'un caractère bien trempé… plus d'autres choses sur lesquelles j'ai bien du mal à mettre des mots.

La récit est à la fois fluide de part l'écriture très agréable, qui se laisse lire comme un bon cocktail se laisserait boire, et à la fois rythmé, car il est sans cesse ponctué de moments de suspens, de découvertes, de révélations. Je n'ai pratiquement pas décelé de longueurs dans cette intrigue menée tambour battant, dans laquelle on entre comme un ouragan et de laquelle on sort inévitablement décoiffé.

On pourrait même dire que l'écriture se fait parfois saccadée. En effet, la plume de Manon Fargetton possède une particularité que j'ai rarement rencontré dans mes autres lectures. Certaines actions, censées se dérouler très vite, sont mises en avant par un style très particulier. Les phrases se font soudain très courtes, ne possédant aucun sujet, laissant juste paraître un verbe conjugué, avec un supplément ou l'autre si besoin est. L'exemple ci-dessous sera sans doute plus parlant que ma description bancale :

Énora hurla.
Axel lui parlait à l'oreille, l'entraînant à l'abri des troncs. Elle n'entendait pas. Elle voulut crier, courir vers ses amis. Les défendre. Ne savait pas comment. S'en fichait. Devait les rejoindre.

L'héritage des rois-passeurs, de Manon Fargetton

J'ai apprécié ce style propre à l'auteur, car il confère au récit un sentiment d'urgence qui donne au lecteur l'envie de lire plus vite encore. On sent que quelque chose est sur le point de se produire, et on a envie de savoir de quoi il retourne au plus vite. Seul petit hic, c'est qu'il ne faut point trop abuser de ce type de rhétorique. À certains moments, j'étais pratiquement à la limite de l'overdose, et je trouvais que cela faisait perdre aux phrases un peu de leur lisibilité.

Fine psychologie…

J'ai été très étonnée par les différents personnages qui peuplent ce récit. Bluffée, je dirais même. Comme je le disais précédemment, les deux femmes, Énora et Ravenn, sont juste extraordinaires. J'ai aimé la complexité avec laquelle ces personnages sont construits, que ce soit leur histoire personnelle ou leur psychologie. Chacune de leurs réactions sonnent juste, ce qui n'est pas aussi évident à faire qu'on voudrait le croire. Les sentiments forts, tels que le deuil, la peur, le choc émotionnel, le traumatisme, sont décrits avec une justesse à couper le souffle.

Les personnages masculins sont aussi bien construits, mais je les ai senti plus en retrait, et ils m'ont semblé moins intéressants, peut-être plus fades (de mon seul point de vue, bien sûr). J'ai le sentiment qu'ils surmontent un peu trop vite les épreuves qui leurs sont réservées, et qu'ils apprennent trop vite, également, leurs nouvelles facultés. D'autres sont trop peu présents alors que je les trouvais intéressants. J'aurais, par exemple, voulu en savoir plus au sujet de Pelekaï. Ceci étant, celui que j'ai préféré, c'était Lyam. Je l'ai trouvé attachant, à sa manière.

J'ai été juste très triste, à la fin du roman, car la finale réservée à… un certain personnage… (haha! Vous aviez cru que j'allais lâcher le morceau, hein?) ne nous permettra pas d'en connaître plus sur son compte, alors que j'aurais tellement voulu voir la suite de ses aventures!

En parvenant près des tombes recouvertes de lierre, elle baissa les yeux. Des dizaines d'étoiles rémanentes dansaient sur ses rétines. Elle devina une pelle métallique au manche vermoulu sous la haie de noisetiers. La saisit. Quelque chose monta en elle, une vague de détresse qui la précipita à la frontière de la folie. Sa respiration s'accéléra, un tremblement irrésistible parcourut ses mains. Soudain, elle se laissa tomber à genoux et se mit à creuser entre les stèles anonymes. Pelletée après pelletée, le fil rouillé de l'outil arracha l'herbe pour dégager la terre. Toute l'énergie d'Énora était concentrée sur cette tâche. Elle devait creuser encore, plus loin, plus profond. Là, au bout de ce jardin qui avait un jour représenté les limites de son univers, naissait la tombe de son père, de sa mère. De son frère. Ou la sienne, peut-être ; une fosse où s'enterrer tout entière pour ne plus savoir, ne plus sentir ce trou béant au creux de sa poitrine, ce hurlement sans fin enroulé dans son ventre et qui ne trouvait pas de sortie.

L'héritage des rois-passeurs, de Manon Fargetton

Le choc initial…

Je vous parlais d'une cataclysmique entrée en matière… Je ne vais évidemment pas vous dire de quoi il retourne exactement, ce serait vous gâcher bêtement le plaisir de la découverte! Sachez que le prologue donne déjà le ton, qu'il y est question de dragons et d'une Ravenn vue sous un angle de guerrière tribale. Quant aux premiers chapitres, on y découvre le personnage d'Énora, qui voit son monde basculer dans un bain de sang digne d'un film gore trois étoiles. S'ensuit une course-poursuite effrénée, puis de nombreuses découvertes aussi percutantes qu'ahurissantes. Bref… je vous promets une bonne dose d'adrénaline et un suspens de tous les diables. Et ce n'est que le début…

Quelque chose roula sur le sol. Dans l'horreur et la panique du moment, Énora mit plusieurs secondes à comprendre qu'il s'agissait d'une tête. Détachée d'un corps. Elle sentit son estomac se contracter violemment. Dans le jardin, le chaos franchit un nouvel échelon. Cris hystériques, giclées de sang, cadavres entremêlés sur la pelouse. Les bras d'Axel se firent fer autour du ventre d'Énora. Il la traîna tant bien que mal, la plaqua au sol derrière une tombe. La jeune fille n'était plus que rage et sidération, bouillonnements tourbillonnants, elle ne voyait plus ses amis ni sa famille. Juste des poupées de chiffon éventrées. Tout cela n'avait pas de sens. Ne pouvait en avoir. C'était une scène de film, une mise à mort chorégraphiée au millimètre par un cinéaste virtuose.

L'héritage des rois-passeurs, de Manon Fargetton

Deux univers imbriqués l'un dans l'autre…

Une chose que je peux toutefois vous dire sans trop vous spoiler, c'est qu'au début du roman, deux univers cohabitent. On commence par découvrir Ombre par le biais des aventures de Ravenn, puis on revient à notre monde pour suivre les pas d'Énora. C'est ce qui fait en grande partie l'originalité de ce récit. Nous sommes bien dans un roman de fantasy, mais il y est tout de même question de notre monde. J'ai apprécié la façon dont l'auteure fait cohabiter "réalité" et fiction. Oui, je dis "réalité", car l'univers tel que nous le connaissons est émaillé, dans le roman, d'éléments fantastiques, dont certains nécessaires au passage entre les deux mondes.

Elle tenta de se retenir, mais le sol venait littéralement de disparaître sur un large cercle, si bien que ses mains ne trouvèrent aucune prise. Énora battit des pieds, paniquée. Impossible de bouger. Elle était suspendue dans le vide, la moitié inférieure de son corps dans le jardin, le reste… ailleurs. L'adrénaline fusant dans ses veines, elle leva les yeux vers un ciel étoilé. Dans la grisaille ouatée précédant l'aube, elle aperçut au loin une étrange ville fortifiée. Mais avant qu'elle puisse se poser la moindre question sur ce qui venait de se passer, Énora sentit qu'on l'attrapait par les chevilles. Elle réintégra brutalement le fond du jardin.

L'héritage des rois-passeurs, de Manon Fargetton

Je ne peux rien vous expliquer de façon plus précise. J'ai pris tellement de plaisir à découvrir ces deux univers, la façon dont ils fonctionnent et la façon dont ils sont liés l'un à l'autre, que ce serait un crime de trop vous en dire. Je préfère vous mettre juste l'eau à la bouche, et vous laisser découvrir par vous-même, en espérant que vous ressentirez le même émerveillement que moi.

Un (petit) indice est tout de même donné en début de roman, avec cette citation de Louis Aragon…

"Ombre mon royaume
J'y retrouverais
Les anciens arômes
Et les noirs portraits"

Louis Aragon, cité au début du roman

Deux demoiselles qui ne se laissent pas marcher sur les pieds…

J'aimerais tout de même vous dire quelques mots supplémentaires concernant les deux héroïnes. Je vous disais en début de chronique que je les avais vraiment beaucoup aimées, mais ce serait peut-être bien que je vous explique brièvement pourquoi…

Énora…

Énora est une jeune bretonne de 20 ans qui habite à Paris pour ses études. C'est une jeune fille dynamique, un peu rebelle (je l'imagine bien, en tout cas, sur sa moto, avec un petit look rock qui en jette). Elle sait ce qu'elle veut, et ne se laisse pas facilement démonter par l'adversité. J'ai aimé sa façon de réagir face aux épreuves du début de roman. Là où d'autres se seraient écroulés sous le chagrin, elle prend les choses en main malgré le vide insondable qui lui plombe le coeur, et va de l'avant.

 

Ravenn…

Ravenn, dans un sens, est assez semblable à Énora. Elles ont en commun le côté dynamique et rebelle, le caractère franc et bien trempé. Mais Ravenn est plus guerrière encore, sans pour autant manquer de féminité. Elle est intelligente, aussi, et assez perspicace pour être à même de déjouer les plans de son père et les intrigues de cour. Elle dégage une autorité naturelle, un charisme qui impressionne autant qu'il fascine.

Autre chose que j'ai apprécié avec Ravenn, c'est le fait que ses préférences la portent vers les femmes. J'ai trouvé que les quelques passages où l'homosexualité féminine apparaît sont écrit tout en finesse et en sensibilité, donnant une toute autre image que celle qui est malheureusement véhiculée par l'opinion publique. En 2016, je suis tombée sur plusieurs romans où l'homosexualité était traitée avec cette même sensibilité, et j'ai trouvé ça super. Il est plus que temps que la vision qu'en ont la plupart des gens change. J'ai lu il n'y a pas très longtemps le commentaire d'une personne qui disait qu'ils étaient "des monstres". Je trouve cette déclaration révoltante. Quoi qu'il en soit, j'aime cette mixité de plus en plus présente dans la littérature. Et par-dessus tout, j'aime les auteurs qui véhiculent plus que du simple divertissement.

Il l'invita à s'asseoir dans un fauteuil et prit place en face d'elle. Ravenn resta droite, le dos raidi par l'appréhension, incapable de s'abandonner au moelleux du dossier malgré la fatigue du voyage. La reine, sa mère, était mourante. Même si elle savait depuis neuf ans que cette nouvelle pouvait lui parvenir à tout moment, elle n'en restait pas moins soudaine. Dans quelques lunes, Ravenn deviendrait l'héritière légitime du trône d'Ombre. Les mots résonnèrent dans sa tête, implacables, extirpant de sa mémoire le visage sans âge d'un prêtre sans clergé : "Ce n'est pas à moi que tu fais cette promesse, jeune fille, c'est au dieu Gris. Et d'une telle promesse tu ne peux te défaire." Malgré sa fougue adolescente, Ravenn avait pesé chaque mot de sa réponse, scellant son destin : "Je te le promets à toi, à lui, à moi-même. C'est mon trône. C'est ma terre. Je reviendrai." Alors l'homme avait posé une main sur l'épaule de la princesse, et son empreinte couleur de cendre s'était inscrite sur la peau tendre, indélébile, à l'image du serment qu'elle venait de prononcer.

L'héritage des rois-passeurs, de Manon Fargetton

Photo prise pour le #neverlandpbc de janvier 2017 sur Instagram... Le thème était "Ma PAL de décembre 2016".

Photo prise pour le #neverlandpbc de janvier 2017 sur Instagram… Le thème était "Ma PAL de décembre 2016".

En résumé…

Comment résumer un tel roman en quelques phrases? Il y a tant de points positifs que je ne sais par où commencer… J'aurais aimé vous en dire plus, vous parler des Dieux qui vont et viennent comme n'importe quel mortel, de la magie et des magiciens qui la pratiquent (encore un autre chouette concept, totalement novateur, et assez lié au nom de l'univers, "Ombre"…), des dragons et des vouivres, du royaume d'Ombre qui est en faite la face cachée de la Bretagne telle que nous la connaissons, de la façon dont le royaume est géré, de la guerre, de… Trop de sujets captivants, et tous susceptibles de vous spoiler l'intrigue, et donc de vous priver du plaisir de la découverte. Damn!

De cette lecture, je retiendrai donc surtout l'écriture fabuleuse de Manon Fargetton, alternant fluidité, rythme et poésie. Je retiens également les personnages, travaillés tout en finesse, et dont la psychologie complexe laisse pantois. L'intrigue remarquablement ficelée, ainsi que deux univers imbriqués l'un dans l'autre d'une façon remarquablement inventive et ingénieuse, constituent un troisième point qui me fait dire que ce roman vaut amplement son prix Imaginales 2016, et tous les éloges que j'ai entendu à son sujet jusqu'à présent.

Pour bien résumer la situation : lisez-le! C'est un de mes grands coup de coeur 2016…

Ma note : 19/20. C'est un coup de coeur!!

L'héritage des rois-passeurs est en bonne place dans la liste de mes coups de coeur de 2016! Photo prise pour le #neverlandpbc de janvier 2017 sur Instagram...

L'héritage des rois-passeurs est en bonne place dans la liste de mes coups de coeur de 2016! Photo prise pour le #neverlandpbc de janvier 2017 sur Instagram…

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Acherontia.

Prochainement sur le blog :

La chronique des Illusions de Sav-Loar, du même auteur…

[Chronique Fantasy] Troie 2, Le bouclier du tonnerre, de David Gemmell

Un second tome dans la droite lignée du premier, avec un rythme qui ne faiblit pas, encore qu'il y ait moins de grands combats épiques dans ce second opus. On sent que la guerre de Troie se prépare, lentement mais sûrement. Tous les facteurs sont là, tout se met en place progressivement, et chacun choisit – ou se voit imposer – un camp. À présent, chaque victoire compte, chaque alliance peut tout faire basculer. On sent cette tension grandissante, c'est magistralement bien rendu.

Acherontia

Synopsis…

La guerre menace.
Tous les rois de la Grande Verte se rassemblent, chacun dissimulant de sinistres plans de conquête et de pillage.
Dans ce maelström de traîtrise, trois voyageurs vont faire osciller la balance: Piria, une prêtresse fugitive cachant un terrible secret; Calliadès, un guerrier aux idéaux élevés et à l'épée redoutable; et son meilleur ami, Banoclès, qui se taillera une légende dans les combats à venir.
Ensemble, ils voyagent jusqu'à la fabuleuse cité de Troie, où les ténèbres viendront bientôt éclipser pour des siècles les triomphes et les tragédie des mortels ordinaires. Car l'époque glorieuse de l'âge du bronze n'est pas taillée pour les hommes, mais pour les héros !

[Chronique Fantasy] Troie 2, Le bouclier du tonnerre, de David Gemmell

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon premier roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour novembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de ce premier tome.

Le premier tome de cette saga fantasy basée sur la Grèce antique m'avait déjà fait forte impression, et c'est avec grand plaisir que je la continue avec ce second tome.

Attention, pour celles et ceux qui n'ont pas lu le tome 1 de la série, cette chronique comporte des spoils.

[Chronique Fantasy] Troie 2, Le bouclier du tonnerre, de David Gemmell

Changement de personnages, changement de décor…

Le premier tome se terminait sur l'invasion du château de Priam et une victoire en demi-teinte. Je m'attendais donc à entamer ce second tome avec les personnages qui ont joué un rôle dans la bataille finale du premier opus. Or, il n'en fut rien…

Le second tome s'ouvre sur l'histoire de deux guerriers mycéniens, Calliadès et Banoclès. Loin de me sentir déstabilisée par ce changement radical de personnages et de décor, je me suis très vite laissée porter par leurs (més)aventures pour le moins palpitantes.

Les guerriers mycéniens entrent en scène

De retour à Mycènes, les soldats d'Agamemnon qui avaient assailli Troie sont punis et massacrés par leur roi pour l'avoir "trahi" (tout le monde sait qu'Agamemnon aime tourner la vérité comme ça l'arrange le mieux). Deux soldats parviennent pourtant à lui échapper. Calliadès et Banoclès sont des guerriers hors pair et bien entraînés. Ils auront leur rôle à jouer dans la future histoire de Troie, et non des moindres. Faisons un petit tour de présentation de ces nouveaux héros que les hasards de la guerre et les stratégies houleuses des rois auront mis sur le devant de la scène…

Banoclès est un bon gros géant qui aime la vie et qui ne se soucie guère du lendemain. Il prend les choses telles qu'elles se présentent, sans se poser de questions, et apprécie le moment présent. Calliadès est son parfait opposé ; il est le cerveau de leur duo, mais il cache un lourd passé qui l'empêche de s'ouvrir à la vie et aux autres. Guerrier à l'âme torturée, hanté par le viol de sa soeur alors qu'ils étaient enfants, il gravite autour de Banoclès comme la lune autour du soleil.

Si le "couple" semble bien mal assorti, il se montrera pourtant très efficace, chacun comblant les lacunes de l'autre pour leur plus grand bénéfice. Ce sont deux personnages très attachants que l'on apprend à découvrir peu à peu, au fil de leurs aventures aux côtés d'Ulysse et de Caliope. Leurs actions héroïques auront un poids considérable dans la balance pour la victoire de Troie.

Calliadès frissonna au souvenir du moment où trois hommes du roi avaient fait irruption dans sa maison et lui avaient immobilisé les bras. Ensuite, Kleitos, un aide d'Agamemnon et un parent du défunt Kolanos, s'était approché de lui, une dague à lame étroite dans la main.
– Pensais-tu être à l'abri de la justice du roi? avait demandé Kleitos. Croyais-tu que tu serais pardonné d'avoir tué mon frère?
– Kolanos était un traître qui a essayé de nous vendre pour avoir la vie sauve. Il était comme toi, courageux quand il était entouré de soldats, et lâche devant la bataille et la mort. Vas-y, tue-moi. N'importe quoi serait plus agréable que de sentir ton souffle puant!
– Te tuer? Non, Calliadès. Le roi Agamemnon a ordonné que tu sois puni, pas tué immédiatement. Tu ne connaîtras pas une mort de guerrier. Non! Je dois d'abord te crever les yeux, puis te couper les doigts. Je te laisserai les pouces, pour que tu puisses ramasser à manger sous la table des hommes de valeur.

Troie, tome 2, de David Gemmell

Renégate de Théra, princesse au coeur d'or…

Un autre personnage qui apparaît dès les premiers chapitres, c'est Piria (ou Caliope, pour les intimes). Piria est une jeune femme que des pirates ont capturée, puis maltraitée et violée. Banoclès et Calliadès, qui voyagent avec ces mêmes pirates en espérant échapper aux soldats d'Agamemnon, voient le triste sort qui lui est réservé et décident de la sauver en fuyant l'équipage qui les abritait. Dès lors, la jeune femme, brisée par sa mauvaise expérience, voyagera à leurs côtés, jusqu'à Troie où elle espère rejoindre son grand amour.

Calliadès s'entiche d'elle, et même s'il sait que cet amour est voué à rester à sens unique, il le nourrit malgré tout car cela l'aide à s'ouvrir plus aux autres et à la vie. C'est pour lui une première étape dans la découverte de ses propres blocages, ses propres peurs, et un premier pas vers la guérison.

J'ai vraiment beaucoup aimé le personnage de Piria/Caliope, car elle est résistante malgré toutes les épreuves et l'incertitude d'atteindre son but. Elle rêve de retrouver celle qu'elle a aimé sur Théra, l'île des prêtresses du Minotaure, et poursuit son rêve envers et contre tout, même si elle craint que son amour l'ait oublié ou qu'elle ne veuille plus d'elle. C'est un personnage en constante évolution, qui troque ses habits de femme victime du sort pour une merveilleuse panoplie de guerrière patentée. Elle sait remettre en question ses jugements et ses idées préconçues, ce qui n'est malheureusement pas toujours le cas de tout le monde.

La terreur l'avait frappée à cet instant. Seule, perdue sur une île sinistre, elle avait senti son courage la quitter. Elle avait couru jusqu'à un flanc de colline rocailleuse et s'était abritée sous un rocher en surplomb. À un moment, sans savoir quand ça avait commencé, elle s'était aperçue qu'elle sanglotait. Les membres tremblants, elle s'était couchée sur le sol dur, les genoux relevés et les bras abritant son visage, comme si elle attendait un nouvel assaut. Dans son désespoir, elle avait entendu les paroles de la Première Prêtresse, qui la réprimandait : "Fille arrogante! Tu te vantes de ta force, alors qu'elle n'a jamais été mise à l'épreuve. Tu n'as que mépris pour la faiblesse des femmes de la campagne, alors que tu n'as jamais souffert de leur détresse. Tu es fille de roi, et toute ta vie tu as été abritée par son bouclier. Tu es la soeur d'un grand guerrier dont l'épée couperait la tête de ceux qui t'auraient offensée. Comment oses-tu critiquer les paysannes, dont la vie dépend des caprices d'hommes violentes?"
– Je suis désolée, avait-elle murmuré, le visage pressé contre le rocher.

Troie, tome 2, de David Gemmell

Ulysse et les cochons…

Ulysse m'a vraiment bluffée dans ce second tome, à tout niveau, en bien comme en mal. Dans la première partie du roman, il raconte ses histoires toujours plus fantastiques les unes que les autres, transformant sa vie quotidienne en récits d'aventures émaillés de surnaturel. L'épisode des cochons est, à ce titre, le plus frappant. Ulysse rencontre le petit groupe de Banoclès, Calliadès et Piria sur une plage alors qu'il tentait d'embarquer un troupeau de cochons à bord du Pénélope. Un troupeau de cochons conduit par une fermière du nom de Circé. Un peu plus tard, en vous passant pas mal de péripéties maritimes captivantes, le cochon à la tête du troupeau se retrouve emberlificoté dans le manteau jaune d'Ulysse… Vous la sentez venir, l'histoire?

En revanche, dans la seconde partie du récit, Ulysse m'a tout à fait déçue, encore qu'il n'en soit pas vraiment responsable. Je ne peux pas tout vous dire, sinon vous n'auriez plus envie de lire le livre, mais je vous donne tout de même un indice… un changement de camp. Ahah… Mystère mystère!

Il regarda de nouveau vers le camp des pirates.
– Tu sais qui je suis, Ganny? Je suis Ulysse, le prince des mensonges, le seigneur des conteurs. Je ne pleurerai pas pour les morts. Je les garderai dans mon coeur, et je vivrai ma vie du mieux possible, pour leur faire honneur. Et voilà qu'en bas, sur cette plage, il y a des mécréants qui essaieront demain de nous faire du mal. Nous n'avons pas assez d'épées ou d'arcs pour les battre, mais nous pouvons le faire grâce à notre intelligence! Ganny, mon garçon, demain tu seras emmené par Oristhénès et tu vivras une existence oisive à manger et à baiser les truies. Mais ce soir, tu peux venir avec moi, si tu en as envie, et nous vivrons une aventure. Qu'en dis-tu?
Le cochon inclina la tête sur le côté et regarda l'homme. Ulysse sourit.
– Oui, je vois que tu te poses des questions sur le danger. C'est vrai, ils pourraient nous tuer. Mais vois-tu, Ganny, nul n'est éternel!
Sur ces mots, il prit le chemin qui descendait vers le camp des pirates. Le cochon resta un moment immobile, puis il trotta derrière Ulysse, traînant toujours derrière lui le manteau jaune.

Troie, tome 2, de David Gemmell

Hélicon en mauvaise posture…

Une fois les nouveaux personnages et Ulysse laissés un peu de côté, on retrouve Hélicon et Andromaque. Ce dernier est gravement blessé ; un assassin qui se faisait passer pour un homme en qui il avait toute confiance lui a porté un terrible coup de dague, et la blessure s'est infectée. Couché sur son lit, brûlant de fièvre, il n'est plus que l'ombre de lui-même. S'en sortira-t-il, ou pas? Je vous tairai évidemment l'issue de cette situation. Mais sachez qu'Hélicon a des amis très avisés qui ont des ressources étranges et insoupçonnées. Et qu'Andromaque porte à merveille son nom, pour qui connaît un tant soit peu les positions du kamasutra…

Le lit était grand et couvert de draps blancs. À côté était assise une jeune femme enceinte qui travaillait à une broderie quelque peu froissée.
Hélicon était mortellement pâle, et il dormait. Andromaque regarda Xander. Son visage aussi avait pâli quand il avait vu dans quel état se trouvait réellement son héros. La sueur luisait sur le visage émacié d'Hélicon, et ses yeux fermés étaient enfoncés dans leurs orbites et entourés de cernes noirs. Une odeur de putréfaction flottait dans la chambre.
Xander resta silencieux, mais Andromaque vit que ses yeux s'emplissaient de larmes.

Troie, tome 2, de David Gemmell

Un style d'écriture toujours aussi inimitable…

La plume de Gemmell est, dans ce second tome, toujours aussi délectable. Rien n'est laissé au hasard, les intrigues s'enchaînent et s'entremêlent sans aucune fausse note, tout est parfaitement bien pensé, bien calculé. Les descriptions des paysages, des combats, des costumes sont toujours autant à couper le souffle. On ressent l'ambiance aussi bien que la matière ou que les odeurs, les saveurs. C'est une écriture magistrale, et on aimerait bien que cela ne s'arrête jamais.

 

Sa voix s'éteignit, et elle resta un moment silencieuse. Elle vit les silhouettes obscures des dieux marchant à l'horizon. Des chevaux et des ours les accompagnaient, et une grande créature cornue qu'elle ne reconnut pas. Elle sentait les vibrations de leurs pas résonner dans son épine dorsale.
Elle se pencha vers la jeune femme et murmura d'une voix insistante :
– La maison de Priam vivra pendant encore mille ans, et j'ai joué mon rôle là-dedans. Je l'ai bien joué. J'ai fait ce que j'avais à faire.
Elle se souvint de la journée, près d'un an plus tôt, où la menue Paleste s'était tordue de douleur sur le sol des appartements de la reine, tachant les tapis de ses vomissures, ses hurlements étouffés par un vieux châle.
Son esprit dériva, et elle revint aux jours où son seigneur et elle avaient navigué sur la Grande Verte. Ils avaient vécu à bord du navire, et ses souvenirs avaient tous le vert de la mer, le goût du sel sur ses lèvres. Jeunes et amoureux, ils avaient visité des îles verdoyantes et des cités de pierre, rencontré des rois et des pirates, dormi dans des lits d'or et d'ivoire, ou sur des plages fraîches sous les étoiles. Elle essaya de se souvenir du nom du navire, mais il lui échappa…

Troie, tome 2, de David Gemmell

En résumé…

Un second tome dans la droite lignée du premier, avec un rythme qui ne faiblit pas, encore qu'il y ait moins de grands combats épiques dans ce second opus. On sent que la guerre de Troie se prépare, lentement mais sûrement. Tous les facteurs sont là, tout se met en place progressivement, et chacun choisit – ou se voit imposer – un camp. À présent, chaque victoire compte, chaque alliance peut tout faire basculer. On sent cette tension grandissante, c'est magistralement bien rendu.

Les héros sont toujours aussi attachants, et les méchants de plus en plus détestables (certains donnent même envie de flanquer des baffes à tout va). Certains se situent entre les deux, et l'on se demande de quel côté la balance va pencher. Certains héros meurent, et on est triste pour eux, d'autres sont de plus en plus héroïques, et on est heureux de suivre leur évolution.

On découvre aussi de nouveaux aspects de la Grèce antique, avec notamment les jeux organisés à Troie, qui joueront un rôle politique majeur malgré la trêve instaurée.

Ma note : 19/20, juste parce qu'il y a un peu moins de grands combats épiques dans ce tome-ci. La fin m'a tenue un tantinet moins en haleine… encore que!

 

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Les autres tomes chroniqués sur ce blog…

Tome 1, Le seigneur de l'arc d'argent

[Chronique] Sacrements, de Clive Barker

À chaque heure son mystère.
À l'aube, les arcanes de la vie et de la lumière. À midi, les énigmes de la solidité. À 15 heures, dans la bourdonnante chaleur du jour, une lune fantôme, déjà haute dans le ciel. Au crépuscule, le souvenir. Mais à minuit? Oh, à minuit, le mystère du temps même ; celui d'un jour qui passe à jamais pour devenir histoire, tandis que nous dormons.

Sacrements, Clive Barker

Synopsis…

Photographe de grand renom, Will Rabjohns fait frissonner le monde entier en dévoilant la nature sauvage sous ses aspects les plus cruels. Son œil impitoyable traque les derniers instants des animaux en voie de disparition.
Quand l'attaque brutale d'une ourse polaire le plonge dans un coma profond, il revit une aventure inquiétante, enfouie au cœur de ses souvenirs d'enfance : sa rencontre nocturne avec un couple étrange, porteur d'une mission de mort.
Will se trouve alors face à une vérité qui le dépasse et l'entraîne des bars gays de San Francisco aux collines du Yorkshire, puis au large de l'Ecosse, à la recherche de sa propre identité et de la source de toute vie.

[Chronique] Sacrements, de Clive Barker

La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon second roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour octobre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de ce roman.

Avec ce volume, je continue sur ma lancée de ma grande incursion dans l'univers de Clive Barker.

[Chronique] Sacrements, de Clive Barker

Une bien étrange lubie…

Comme vous l'avez sans doute lu dans le résumé, Will, le héros du roman, est photographe. Mais, loin de suivre les traces de ses nombreux confrères, Will ne s'exerce pas à l'art délicat du portrait, ni à celui de photographe reporter, et encore moins à celui de photographe sportif. Non, Will a ses petites lubies, ses thèmes de prédilection qui le rendent unique, en un sens. Unique, et terriblement macabre. Les animaux en voie de disparition sont ses modèles, la cruauté gratuite son leitmotiv, et la bêtise humaine son cheval de bataille.

Voilà qui fait de Will un photographe professionnel écologiquement engagé, et c'est très bien, dans un sens. Oui, sauf que Will n'est pas aussi clair qu'il en a l'air. On se rend vite compte que sa passion pour le moins morbide ne relève pas juste d'un héroïsme dénonciateur, d'un combat sans fin contre la barbarie de l'homme, mais plutôt d'une sorte de fascination malsaine face à la mort. Et encore plus quand ces animaux massacrés sont… les tous derniers représentants de leur espèce. Celui-là ne reviendra pas… ni celui-là… ni celui-là, non plus…

Will regarda. La lumière émise par les photographies n'était pas stable, et il y avait une bonne raison à cela. Sur les images, les formes brillantes et floues s'étaient animées : elles voltigeaient et papillotaient, comme si le feu les dévorait lentement. Et dans leur agonie Will les reconnaissait toutes : un lion écorché, pendu à un arbre ; une tente misérable, faite de bouts de peau d'éléphant pourrissante, jetée sur les os de leurs congénères… Images d'un monde corrompu, elles n'étaient plus fixes ni lointaines, mais déferlaient dans la pièce en un furieux tourbillon de douleur.

Sacrements, de Clive Barker

Étant très sensible à la cause animale, j'avoue que la passion de Will m'a mise assez mal à l'aise. J'apprécie le geste, toutefois. Cette dénonciation des méfaits humains à l'égard des populations animales est plus que louable. Il faut après tout bien que quelqu'un agisse en tant qu'éveilleur de conscience. Si personne ne s'en charge, comment les choses peuvent-elles changer? Et il faut dire aussi que le poids et la symbolique de l'image a généralement une force de persuasion que d'autres médias n'ont pas.

Malgré tout, étant trop sensible, j'ai tendance à éviter ces images qui me choquent et me font trembler jusqu'au plus profond de moi. Donc, rien d'étonnant à ce que j'aie trouvé certains passages de ce livre déroutants, voire heurtants. Ceci étant, j'apprécie l'initiative de l'auteur qui, par le biais de l'écriture et du fantastique, parvient à faire passer un message de mise en garde quant à la mise en danger et la disparition de centaines d'espèces animales de par le monde. Je ne sais pas si tel était son but, ou s'il s'agit simplement d'un élément d'intrigue comme un autre pour lui, mais quoi qu'il en soit, ça ne peut pas faire de mal.

Entre rêve et réalité…

Quand tout dérape…

Comme on peut s'en douter, c'est le genre de métier qui comporte indubitablement des risques, et non des moindres. C'est en cherchant à photographier des ours se nourrissant dans une décharge publique que tout dérape pour Will. Il est attaqué par une ourse massive qui le laisse dans un état physique pitoyable et un profond coma.

Sur sa gauche, hors de son champ de vision, quelque chose reniflait. Will tourna son regard chaviré dans cette direction. L'ourse avait plongé son museau dans le corps de Guthrie, dont elle humait les exhalaisons. Elle releva sa tête énorme. Son museau dégouttait de sang.
Voilà donc à quoi ressemble la mort, songea Will. Pour chacun d'entre nous, voilà à quoi ressemble ce qu'il avait photographié tant de fois. Le dauphin pris dans le filet, qui se noie tout doucement, avec de pitoyables frémissements ; le singe paniqué, qui s'agite entre les cadavres de ses congénères, et tourne vers Will un regard que celui-ci n'a pu soutenir qu'à travers l'objectif. Dans ces circonstances , ils se valaient tous, le singe, l'ourse et lui-même. Ils n'étaient rien que des êtres éphémères, dont le temps était compté.

Sacrements, de Clive Barker

Retour vers le passé…

Le coma de Will a ceci de particulier qu'il le ramène loin dans ses souvenirs, jusque dans son univers pour le moins malheureuse. Coincé entre une mère dépressive et un père indifférent à son sort, qui lui reproche la mort de son frère, chouchou de la famille, Will ne parvient pas à trouver sa place. Alors que la famille déménage dans un trou perdu de l'Angleterre, le gamin se lie plus ou moins d'amitié avec un frère et une soeur qu'il entraînera dans ses étranges aventures champêtres. Les deux frangins lui parlent d'un étrange bâtiment en ruine perdu dans les collines, et bien entendu, comme tous les enfants qui se respectent, ils pousseront leurs excursions jusqu'à cet endroit prétendu maudit, par curiosité et par goût du risque. Ce qu'ils y découvriront les traumatisera et les poursuivra toute leur vie durant.

Il tremblait comme une feuille et commençait à claquer des dents. Il avait mal aux jambes, et son visage battu par la pluie était tout engourdi. Il essaya d'appeler à l'aide, mais dut rapidement renoncer à cette idée. En comparaison du vacarme de l'orage, sa voix semblait si frêle qu'après quelques cris il s'aperçut qu'il n'avait aucune chance de se faire entendre. Il avait tout intérêt à économiser les forces qui lui restaient, à attendre que l'orage passe pour pouvoir s'orienter. Cela devrait être assez facile, sitôt que les lumières du village réapparaîtraient – et elles le feraient fatalement, tôt ou tard.
Et soudain un cri, quelque part dans la tempête. Quelque chose déboula, juste devant lui, puis une voix sèche :
– Attrapez-le!

Sacrements, de Clive Barker

Mauvaises rencontres…

C'est lors d'une excursion en solitaire que Will rencontrera un très étrange couple, Jacob Steep et Rosa McGee. Fasciné par eux, il ne pourra s'empêcher d'être entraîné par eux vers des activités bizarres et de plus en plus dangereuses. Il voue à Steep une dévotion totale, sans doute parce qu'il est en manque de reconnaissance paternelle et qu'il trouve en cet individu un peu de ce réconfort et de ce charisme qui manquent si cruellement à son père. Il suivrait Jacob les yeux fermés jusque dans les pires plans foireux, s'il le fallait. Et c'est d'ailleurs ce qui se passe… Car Jacob Steep et sa femme sont tout sauf des individus inoffensifs et sains d'esprit. Ils entraîneront le petit sur une voie sombre, attisant en lui le goût et la fascination pour la mort, faisant surgir dans son esprit d'étranges visions qui le poursuivront jusque dans ses rêves, tout de sa vie, jusqu'au dénouement de l'histoire.

En parlant, il plongea la main dans sa poche, dont il tira encore un peu de combustible pour alimenter son minuscule bûcher. Cette fois, Will était assez près pour s'apercevoir que ces brindilles bougeaient. Fasciné et un peu écoeuré, Will se rapprocha de la table et vit enfin ce que tenait Steep : une phalène dont il serrait les ailes entre le pouce et l'index. Les pattes et les antennes s'agitèrent désespérément lorsque l'insecte fut précipité dans le feu, et, durant un bref instant, ce fut comme si la chaleur du feu allait soulever l'animal et l'emporter en lieu sûr, mais, avant qu'il n'ait pu s'élever, ses ailes s'enflammèrent, et il tomba.
– En vivant comme en mourant, nous alimentons le feu, souffla Steep. Telle est la mélancolique vérité des choses.

Sacrements, de Clive Barker

D'agaçantes entités…

Mais qui sont ces étrangers qui logent en pleine campagne comme des clochards, et qui parlent de mort comme si c'était la plus belle chose en ce monde? Le texte laisse entendre qu'ils pourraient être des sortes de divinités, mais personnellement, je les trouve juste bizarres. Ils m'évoquent plutôt des patients hystériques évadés de l'hôpital psychiatrique du coin…

Je dois dire que cette propension à la théâtralité m'a beaucoup agacée, tout comme leur petit jeu de "je t'aime, je ne t'aime plus", et le fait qu'ils ne savent jamais vraiment ce qu'ils veulent. Jacob Steep tient toujours des propos étranges, comme s'il s'était fait laver le cerveau par une secte morbide férue de mort et de sang. Ses dialogues étaient trop mystiques pour moi, aussi avais-je trop souvent du mal à suivre où il voulait en venir. Quant à Rosa, son côté geignard et son tempérament de chaudasse invétérée ne m'a pas du tout plu. Et quand je dis chaudasse, elle est même carrément glauque et malsaine! Cette scène où elle laisse un gamin la toucher, et celle où elle dit avoir essayé des rapports sexuels avec un cheval… hmmm! No comment…

Je comprends que Will se soit senti attiré par ces deux personnages énigmatiques, que la curiosité et le besoin de reconnaissance parentale l'ait poussé à les suivre, mais en ce qui me concerne, cela n'a pas fait mouche dans mon esprit. Ils ont juste réussi à me taper sur les nerfs. Dommage…

Quel dommage que le gamin soit encore si petit! Elle se serait volontiers amusée avec lui, un certain temps. Elle aurait fini par l'épuiser, bien sûr, et très vite. Chaque fois qu'elle avait ouvert son lit à d'autres hommes que Steep, elle avait toujours été déçue. Malgré leur virilité, malgré leur ardeur, aucun d'entre eux n'avait eu l'extraordinaire endurance de Jacob. Bon Dieu, elle le regretterait! Pour elle, il avait été plus qu'un mari, plus qu'un amant ; il avait été l'aiguillon qui l'avait poussée à tous les excès, suscitant des comportements qu'elle n'aurait jamais osé se permettre, et dont elle n'aurait jamais pensé tirer tant de plaisir, avec quelque être que ce fût, homme ou bête.

Sacrements, de Clive Barker

En résumé…

Je suis assez mitigée quant à cette lecture… Même si certaines descriptions ont heurté ma sensibilité, j'ai apprécié le message écologique passé, que ce soit voulu ou non par Clive Barker. L'écriture de l'auteur était, dans ce roman-ci, égale à elle-même, dirais-je. Ni meilleurs, ni moins bonne que celle trouvée dans mes précédentes lectures. J'ai même relevé quelques jolies métaphores, ce qui ne gâche rien. Petit bémol, je me serais peut-être bien passée de certaines scènes de débauche (sexuelle et autre). Cela n'a rien à voir avec l'homosexualité de Will, car je me pose clairement en adversaire de l'homophobie, mais je suis mal à l'aise avec ce que l'alcool et les drogues peuvent avoir comme résultat. La perte de contrôle de soi qu'ils induisent m'effraie, et je n'aime guère retrouver cela, ni dans les livres, ni à la télévision. Mais cela ne tient évidemment qu'à moi…

Mis à part Will, je n'ai pas accroché avec les personnages, et surtout pas avec les deux protagonistes principaux, à savoir Jacob et Rosa. Je n'ai juste pas compris ce qu'ils étaient, et même si je l'avais compris, je crois qu'ils m'auraient tapé sur les nerfs malgré tout. Ce mysticisme propre à Jacob, et ce côté "petite fille trop gâtée" de Rosa, ce sont là des points de caractères qui tendent à m'agacer au plus haut point. Dommage, car l'histoire repose principalement sur leur deux personnages…

Une dernière chose, et non des moindres, je n'ai en fait pas compris le but de l'histoire. Où l'auteur a-t-il voulu en venir? Qu'est-ce que c'est que cette histoire de fou? J'ai trouvé que la fin partait un peu en vrille (pour ne pas dire en couille…), et je n'ai pas eu les réponses aux questions que je me posais. Ou alors, si l'auteur les a données, je ne les ai pas comprises. La faute aux propos trop sibyllins de ses personnages…!

Ma note : 14/20, pour être gentille, parce que le style d'écriture est soigné et que j'ai aimé le personnage de Will.

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

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Votre dévouée,

Acherontia.

[Chronique] Sacrements, de Clive Barker

D'autres romans de Clive Barker chroniqués sur mon blog…

[Chronique] Troie 1, Le seigneur de l’arc d’argent, de David Gemmell

La Guerre de Troie n'aura pas lieu… enfin, pas encore tout à fait!

Mais le premier tome de la saga Troie, lui, aura gagné mon coeur comme l'on gagne une bataille. Je me suis laissée séduire par ce récit mené tambour battant, me prenant d'amour pour nombre de personnages aux personnalités riches, complexes et attachantes. La plume de Gemmell, fluide, vibrante, précise, est venue me haper pour m'emmener aux confins de la Grande Verte, à la rencontre d'une époque et de civilisations qui m'étaient jusque là plutôt hermétiques.

Acherontia

Synopsis…

Trois individus vont changer la destinée de plusieurs nations.
Hélicon, le jeune prince de Dardanie, hanté par une enfance traumatisante; la prêtresse Andromaque, dont le caractère de feu et l'indépendance forcenée se dressent contre la volonté des rois; et le légendaire guerrier Argurios, emmuré dans la solitude, uniquement motivé par son besoin de vengeance.
A Troie, ils découvrent une cité déchirée par des rivalité impitoyable -un maelström de jalousie, de tromperie et de traîtrise meurtrières. En dehors des murs de la cité mythique, des ennemis assoiffés de sang convoitent ses richesses et conspirent à sa chute. C'est une époque de bravoure et de trahison. Une époque de bain de sang et de terreur.
Une époque pour les héros!

[Chronique] Troie 1, Le seigneur de l'arc d'argent, de David Gemmell
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La loi d'attraction universelle…

Ce roman est mon premier roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour octobre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de ce premier tome.

Pourquoi me suis-je lancée dans cette saga fantasy en particulier? Tout d'abord parce que j'ai longtemps entendu parler de David Gemmell et que, en tant que fan de fantasy, je trouvais inconcevable de n'avoir encore rien lu de cet auteur incontournable. Ensuite, parce que j'étais curieuse de voir ce qu'il pouvait ressortir d'une fiction s'inspirant de la guerre de Troie. Pourtant, au départ, j'étais dubitative. Je ne suis pas une fan incontestée de l'Antiquité grecque, et j'avais un peu peur de me lancer les yeux fermés dans une longue saga qui ne me plairait peut-être pas. J'ai malgré tout prit le risque, parce que c'est du David Gemmell, et parce que parfois, il faut pouvoir élargir son esprit à la nouveauté…

 

Une question de mise en place…

Assez curieusement, il m'a fallu à peine 70 pages pour dire de rentrer tout à fait dans l'histoire, et pourtant ces 70 pages m'ont semblé durer assez longtemps. Les premiers chapitres m'ont un peu déroutée dans le sens où ils présentent des personnages qui n'apparaissent ensuite plus une seule fois dans l'histoire, comme la petite Phia et sa maman, ou Spyros le rameur. Certes, ils sont là pour introduire d'autres personnages plus importants, tels Hélicon ou Gershom. Mais sur le moment, je ne savais pas trop à quels personnages je devais m'attacher et lesquels seraient ensuite laissés de côté.

Pourtant, le style d'écriture m'a plu d'emblée. Très fluide et très riche, la plume de Gemmell se fait tantôt fine, tantôt violente. Mais toujours, elle parvient à décrire à merveille l'ambiance des îles grecques à l'Antiquité. J'ai été bluffée par la force de ses descriptions, semées de ci de là parmi les dialogues et les scènes d'action. À bord du Xanthos, je sentais les embruns, le sel et la brise marine. Dans les rues des villes, je sentais les herbes aromatiques, le miel des pâtisseries, mais aussi l'odeur de la garrigue cuite par le soleil d'été, celle de la terre des habitations, celle des tissus et de l'hygiène rudimentaire des citadins. Je sentais les remugles sous-jacents du bétail, de l'industrie des métaux, des abattoirs, des teintureries.

J'ai aussi très vite eu le sentiment que l'auteur s'était énormément documenté sur l'époque, ses moeurs et coutumes, ses croyances, ses techniques, ses métiers, sa vie quotidienne. J'ai été très impressionnée par la clarté et la précision de certaines scènes, subtilement agrémentées de détails auxquels je n'aurais, en tant que lectrice, jamais pensé.

Tout cela contribue à rendre l'univers décrit réel, presque tangible, et en cela, j'ai trouvé l'écriture de Gemmell tout à fait remarquable.

Immobiles et silencieux, les douze hommes vêtus de longs manteaux de laine noire se tenaient à l'entrée de la caverne. Le vent d'automne était anormalement froid, mais ils ne se réchauffaient pas les mains en soufflant dessus. Les rayons de la lune scintillaient sur leurs plastrons de bronze et leurs casques à la crête blanche, sur leurs protections de poignets et leurs jambières en métal repoussé, ainsi que sur les pommeaux des épées courtes qu'ils portaient à la ceinture. Malgré tout ce métal froid sur leur corps, ils ne frissonnaient pas.
La nuit devint plus froide, et, vers minuit, la pluie se mit à tomber. De la grêle crépita contre leurs armures, mais les hommes ne bougèrent pas.

Troie Tome 1, de David Gemmell

Un petit topo des différents camps en présence…

Une des grandes difficultés, lorsque l'on entame cette trilogie, c'est de se familiariser avec les différents personnages et les camps, amis ou ennemis, auxquels ils appartiennent. Les personnages sont nombreux, mais tous attachants à leur manière (pour ceux qui sont amis, en tout cas, parce que je ne peux pas dire que le premier camp que je vais présenter soit sympathique…)

Le camp des mycéniens…

Agamemnon ne répondit pas. Hélicon était un parent de Priam, le roi de Troie. Agamemnon avait un traité d'alliance avec Troie, et avec la plupart des royaumes marchands de la côte est. Malgré ces traités, il finançait des raids de pirates sur des galères mycéniennes, pour piller les villes de ses alliés et s'emparer des vaisseaux marchands et de leurs cargaisons – du cuivre, de l'étain, du plomb, de l'albâtre ou de l'or. Les galères pirates lui payaient toutes une dîme sur leur butin. Cela lui permettait d'équiper ses armées et de faire des faveurs à ses généraux et à ses soldats. Officiellement, il était contre les pirates, passibles de la mort pour leurs offenses, et il ne pouvait donc pas déclarer Hélicon ennemi de Mycènes. Troie était un royaume riche et puissant, et le commerce avec cette cité rapportait d'énormes bénéfices, payés en cuivre et en étain, nécessaires à la fabrication des armures de bronze.
La guerre contre les Troyens se dessinait, mais il n'était pas encore prêt à se faire un ennemi de leur roi.

Troie Tome 1, de David Gemmell

Dans cette trilogie, les Mycéniens sont les grands méchants de l'histoire. Dirigés par le roi Agamemnon, aussi sec que malveillant, ils sont les ennemis de Troie et chercheront, tout au long du récit, à s'emparer de cette dernière. Pour ce faire, tous les moyens sont bons, surtout ceux qui usent de la traîtrise et de la manipulation. Agamemnon est un homme fourbe et sans aucun sens moral, et ses troupes se comportent bien sûr à son image.

Pourtant, comme dans notre monde, il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Certains Mycéniens se révèleront être des hommes de valeurs, tels Argurios. Je ne vous dirai pas ce qu'il fait pour prouver sa valeur, car ce serait vous spoiler, ce qui serait franchement dommage. Mais sachez tout de même qu'Argurios est un de mes personnages favoris de ce premier tome, et que vous commencerez à comprendre pourquoi vers la seconde moitié du roman… Pour les petits curieux, j'en parle dans mon tout premier Throwback Thursday accessible via le lien suivant :

Hélicon et l'équipage du Xanthos…

Toute la matinée, Hélicon resta sur le haut pont arrière, en vue de l'équipage affairé. L'ambiance était tendue, car les marins craignaient tous de naviguer sur le Vaisseau de la Mort. Sa présence les calma, et ils travaillèrent avec plus de facilité. Il savait ce qu'ils pensaient. Le Bienheureux, béni des dieux, voguerait avec eux. Rien de mauvais ne pourrait leur arriver.
Il était vital qu'ils conservent cette foi en lui. Hélicon savait que le plus grand danger était qu'il se mette à y croire lui-même. Les hommes parlaient de sa chance, et soulignaient qu'aucun de ses vaisseaux n'avait jamais fait naufrage. La chance y était sans doute pour quelque chose, mais à chaque fin de saison commerciale, ses vaisseaux étaient vérifiés par des charpentiers, tirés sur la plage, débarrassés de leurs bernaches et réparés si nécessaire. Les équipages étaient triés sur le volet, et les capitaines étaient toujours des hommes de grande expérience. Aucune de ses cinquante galères n'avait jamais pris la mer trop chargée, ou couru des risques inutiles pour faire un peu plus de profit.

Troie, Tome 1, de David Gemmell

Hélicon, aussi appelé Énée, est pour moi un des grands héros de cette histoire. Fils d'Anchise, un roi qui le considère comme un bon à rien, c'était un enfant craintif et éteint, jusqu'à sa rencontre avec Ulysse. Ce dernier le poussera dans ses derniers retranchements afin de lui permettre de dépasser ses peurs. Par la suite, Ulysse l'emmènera sur son navire, le Pénélope, et le prendra sous son aile, faisant de lui un homme et un héros par la même occasion.

J'adore ce personnage également, car il a fait de ses peurs et de ses blessures une force. Il prend sa revanche sur la vie d'une belle manière, avec honneur et courage. Il prend sa revanche de façon personnelle sur les mycéniens, aussi, et quelle revanche! Sanglante et fumante à souhait… Mais on préfère fermer les yeux sur la violence qui se déchaîne en lui pour y arriver, préférant ne garder à l'esprit que ses bons côtés. De plus, il a, d'après les descriptions, un physique plus qu'attrayant, ce qui ne gâche rien… Mais désolée de vous l'apprendre, les filles, le colosse tombera profondément amoureux d'Andromaque, promise à son meilleur ami Hector.

À bord de son navire, le Xanthos, il est appelé le Bienheureux en raison de sa chance incroyable sur la mer et lors des combats. D'autres personnages importants gravitent autour de lui, tels Gershom, Oniacus ou encore Attalus.

Ulysse et l'équipage du Pénélope…

Non, les dieux, dans leur sagesse infinie, avaient décidé qu'Ulysse serait laid. Ils avaient dû longuement réfléchir à la question, se dit le marin, parce qu'ils avaient accompli leur tâche avec brio. Il avait les bras trop longs, les mains noueuses et les jambes aussi arquées que celles d'un cavalier thessalien. Même ses dents étaient de travers. Et Pénélope lui avait fait remarquer, en riant, qu'il avait une oreille plus grande que l'autre. Pourtant, un des dieux avait sans doute eu pitié de lui. Pour compenser sa laideur, il lui avait accordé le don de savoir raconter des histoires extraordinaires. Il était capable de tisser des récits d'une complexité époustouflante, et il détectait les réactions de son auditoire aussi bien, sinon mieux, que les mouvements subtils des vents. Partout où il accostait, des foules se rassemblaient autour de lui, et attendaient patiemment qu'il daigne se lancer dans un de ses récits fabuleux. Parfois, il disait qu'il était fatigué, ou bien qu'ils connaissaient désormais toutes ses histoires. Après s'être fait prier et supplier un certain temps, il soupirait, et la représentation commençait.

Troie, Tome 1, de David Gemmell

De tous les personnages, c'est Ulysse qui m'a le plus surprise. J'avais de lui une image toute faite en tête, celle que les récits antiques nous renvoient. Mais Gemmell a su s'approprier les mythes et les légendes de la Grèce antique afin de tisser son propre univers, ses propres personnages.

Ainsi, Ulysse est-il devenu laid. C'est assez comique, parce que suite à la description retranscrite en citation, je le voyais à l'image de Willy, le vieux jardinier écossais dans Les Simpsons. Allez savoir pourquoi…

Mais cette laideur est largement compensée par les talents de conteurs d'Ulysse. Ainsi, l'auteur détourne toute une série de légendes originales tournant autour d'Ulysse, et les transpose à sa sauce. Ulysse les raconte comme des histoires qui lui seraient arrivées, affabulant autour de petites anecdotes de son quotidien de marin. On le voit particulièrement bien dans le second tome de la saga, aussi reviendrai-je sur ce point dans ma prochaine chronique.

Ulysse est également un marin hors pair, un grand guerrier et un excellent tacticien à ses heures. Son amour sans faille pour sa femme Pénélope est touchant et contribue à faire de lui un autre de mes personnages de prédilection.

Le roi Priam et celles/ceux qui gravitent autour de lui…

Priam se souciait fort peu des cinquante enfants qu'il avait faits à ses trois femmes et à ses trente concubines. Ceux qu'il favorisait avaient intérêt à lui prouver leur valeur. Il vendait ses filles à des princes étrangers en échange d'alliances, et ses fils travaillaient dans ses trésoreries, dans la prêtrise ou dans l'armée. De tous ses enfants, il montrait ce qu'on pouvait appeler de l'affection pour deux seulement : Créüse et Hector. Sa fille connaissait les secrets permettant d'amasser des richesses. Et son fils était un combattant redoutable. Tous deux étaient des atouts dans son jeu, voilà tout.
Le vieil homme semblait même amusé par l'idée que nombre de ses enfants complotaient sa mort. Ses espions lui rapportaient le moindre de leurs mouvements. Puis, au moment où ils s'apprêtaient à passer à l'action, Priam les faisait arrêter. Au cours des trois dernières années, il avait fait exécuter cinq de ses fils.

Troie, Tome 1, de David Gemmell

Priam, en revanche, fait partie de ces personnages que j'ai secrètement envie de baffer encore et encore, et qui ont pourtant un rôle important à jouer dans l'histoire. C'est un homme infâme sur toute la ligne. Très beau et très porté sur le sexe, il n'a de cesse de tromper sa femme mourante à tout va, parfois par la séduction, souvent par la force. Des fils naissant de ces unions, il n'en a cure, prenant plaisir à les humilier à chaque rencontre, à les rabaisser le plus bas possible.

Et pourtant, Priam sera un personnage important de l'histoire. Non seulement il est roi de Troie et combat les Mycéniens, mais il est aussi le père d'Hector, le plus grand des héros troyens, le beau-père d'Andromaque dont je parlerai plus loin, et est parent avec Hélicon. Rien que ça…

Hector, quant à lui, est presque absent de l'histoire. Parti en mission à l'autre bout du monde, on ne le voit qu'en filigrane, et ce jusqu'aux tous derniers chapitres du roman. Ses exploits à la guerre et sa faculté à rester en vie même dans les situations les plus désespérées font de lui un demi-dieux vivant aux yeux du peuple de Troie. Il est donc un symbole de la puissance troyenne. Si Hector tombe, c'est toute la ville de Troie qui perd confiance en sa faculté à se défendre. Pourtant, les habitants de la ville sont bien loin de s'imaginer qu'Hector possède un point faible. Un tout petit détail, mais qui a son importance en ce qui concerne la lignée des rois de Troie.

Andromaque est la promise d'Hector. Ancienne prêtresse du Minotaure sur l'île de Théra, elle est démise de ses fonctions et amenée contre son gré à Troie afin d'épouser le grand héros local. Mais Andromaque ne l'entend pas de cette oreille. Elle ne craint rien, surtout pas les hommes avec leurs machinations et leur surplus de testostérone. Aussi effrontée qu'intelligente, elle prendra de force sa place au sein de la cour de Priam et aura son mot à dire dans bon nombre de situations délicates. En tant qu'archère hors paire, elle n'hésitera pas à partir au combat, en démontrant son courage et son habileté dans l'art de la guerre.

Pour moi, Andromaque représente l'héroïne parfaite. Belle, rebelle, courageuse, valeureuse, intelligente, elle est aussi indispensable à l'histoire de Troie que la lune est nécessaire au soleil.

De belles histoires d'amours impossibles…

En marchant vers le port, Hélicon pensait à Andromaque. Il sentait encore la chaleur de son corps pressé contre le sien dans leur étreinte, et le parfum remémoré de sa chevelure le remplissait de nostalgie.
Il aurait maintenant préféré avoir quitté Troie plus tôt, et ne pas être allé rendre visite à Hécube agonisante.
Il jeta un coup d’œil au ciel, aux nuages bas à l'ouest, et se demande s'il avait offensé Aphrodite, la déesse de l'Amour. Il lui avait peut-être offert moins d'offrandes qu'aux autres divinités. L'ironie de la situation ne lui échappait pas. Il s'était refusé à prendre femme sans amour et à présent qu'il avait rencontré l'élue de son cœur, l'incarnation de tous ses rêves, elle était promise à un autre… Pis, elle devait épouser son ami le plus proche.

Troie, Tome 1, de David Gemmell

Plusieurs histoires d'amour s'entremêlent dans ce premier tome. Des amours impossibles, des amours qui finissent mal, des amours heureux parfois…

Je vous ai parlé de l'amour impossible entre Hélicon et Andromaque, qui sera bien problématique pour la suite de l'histoire, puisqu'Andromaque doit épouser Hector, le meilleur ami d'Hélicon. Mais il y a, au coeur de ce récit, d'autres histoires, dont une que j'ai trouvé très belle, très poétique… et qui pourtant finit affreusement mal, m'arrachant quelques larmes au passage (et chez moi, c'est chose rare).

L'escalade de la violence…

Hélicon mit son heaume en bronze et courut rejoindre ses meilleurs combattants sur le pont central. Puis, grimpant par-dessus le bastingage, il cria : "Pour Zidantas!" et sauta sur le pont de la galère mycénienne, en dessous de celui du Xanthos. L'équipage ennemi, armé d'épées, de haches et de massues, se porta à la rencontre des attaquants. Hélicon frappa du plat de sa lame le premier, flanqua le deuxième sur le pont d'un coup d'épaule, puis bondit et enfonça son épée dans la poitrine du troisième. Un quatrième marin visa sa tête, mais une énorme massue l'envoya bouler. C'était celle de Zidantas, dans les mains de Gershom.

Troie, Tome 1, de David Gemmell

Bien sûr, qui dit Troie, dit guerre. Dans ce premier tome, on suit toute cette escalade de violence qui mènera finalement à la guerre ouverte. Cela commence toujours sur un petit évènement, qui aurait pu passer pour anodin s'il n'y avait toujours un besoin de vengeance derrière. Ainsi, pour venger la mort d'Alectruon le pirate mycénien, tué par Hélicon, Agamemnon va s'arranger pour faire assassiner le bras droit d'Hélicon, Zidantas. Hélicon voudra se venger à son tour en incendiant une flotte mycénienne, et ainsi de suite. Une fois que le doigt est mis dans l'engrenage, il n'y a plus de limite à la violence et à la recherche de vengeance. Tout va crescendo, jusqu'au grand final, une bataille à mort, sanglante et rapide, où les deux camps ennemis semblent n'avoir aucun autre échappatoire que la mort.

Force est de constater que, bien souvent, cela se passe ainsi dans notre monde. Après tout, de nombreux récits de Fantasy ne sont qu'un reflet de notre réalité, une façon de mettre le doigt où ça fait mal tout en jouant sur les allégories.

Mais ne nous y trompons pas, ce roman est plus un récit d'action qu'une fable morale sur la barbarie de l'Homme. Les scènes de combat sont époustouflantes de réalisme, et elles ne tirent pas en longueur. Moi qui, d'habitude, ne raffole pas des scènes d'actions, j'ai trouvé que celles-ci se laissent lire sans modération. Elles confèrent au récit un rythme haletant, un suspens presque insoutenable. La bataille finale est particulièrement grandiose, et m'a tenue en haleine jusqu'à… 4h du matin! Hé oui, alors que je devais aller travailler le lendemain matin! Merci, monsieur Gemmell, franchement…

En résumé…

La Guerre de Troie n'aura pas lieu… enfin, pas encore tout à fait!

Mais le premier tome de la saga Troie, lui, aura gagné mon coeur comme l'on gagne une bataille. Je me suis laissée séduire par ce récit mené tambour battant, me prenant d'amour pour nombre de personnages aux personnalités riches, complexes et attachantes. La plume de Gemmell, fluide, vibrante, précise, est venue me haper pour m'emmener aux confins de la Grande Verte, à la rencontre d'une époque et de civilisations qui m'étaient jusque là plutôt hermétiques. Je suis restée prisonnière de l'histoire, captive des yeux d'Hélicon et de la chevelure rousse d'Andromaque, jusqu'à ne plus pouvoir m'en détacher. Et de fait, j'ai lu le dernier tiers du roman d'une traite…

Notons aussi que cette réédition Milady est particulièrement jolie et soignée. La couverture est soyeuse et agréable à tenir, la police d'écriture est juste nickel, le poids du roman acceptable, et les illustrations sympas. Que demande le peuple?

Cette saga sera décidément un de mes grands coups de coeur de cette année…

Ma note : 20/20… Eh oui, rien que ça!!

Les autres tomes de la série…

 

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

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