[Chronique thriller historique] Le dernier hyver, de Fabrice Papillon

« Le dernier hyver », c’est ce que j’appelle un roman-éclaircie, un de ces récits qu’on ne commence à comprendre qu’une fois la mécanique bien mise en marche, à l’instar du soleil qui perce progressivement les nuages après la tempêtes. 

Acherontia

Synopsis…

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On dit que l’hiver vient. Peut-être le dernier pour les porteurs du chromosome Y…

Août 415 après J-C. : La ville d’Alexandrie s’assoupit dans une odeur âcre de chair brûlée. Hypatie, philosophe et mathématicienne d’exception, vient d’être massacrée dans la rue par des hommes en furie, et ses membres en lambeaux se consument dans un brasier avec l’ensemble de ses écrits.

Cet assassinat sauvage amorce un engrenage terrifiant qui, à travers les lieux et les époques, sème la mort sur son passage. Inéluctablement se relaient ceux qui, dans le sillage d’Hypatie, poursuivent son grand oeuvre et visent à accomplir son dessein.

Juillet 2018 : Marie, jeune biologiste, stagiaire à la police scientifique, se trouve confrontée à une succession de meurtres effroyables, aux côtés de Marc Brunier, homme étrange et commandant de police de la « crim » du Quai des Orfèvres. Peu à peu, l’étudiante découvre que sa propre vie entre en résonance avec ces meurtres.

Est-elle, malgré elle, un maillon de l’histoire amorcée à Alexandrie seize siècles auparavant ? Quel est ce secret transmis par Hypatie et au coeur duquel se retrouve Marie ? L’implacable destin peut-il être contrecarré ou « le dernier Hyver » mènera-t-il inéluctablement l’humanité à sa perte ?

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La loi d’attraction universelle

J’ai découvert ce roman par le biais de la plateforme Netgalley, que je tiens à remercier au passage, ainsi que les éditions Belfond (auprès de qui je m’excuse platement pour l’énorme délais de chronique).

Je sais qu’il n’est guère dans mes habitudes de faire dans le thriller historique, même si j’apprécie beaucoup le style. Mais la couverture et le résumé ont su capter mon attention, bien plus que je ne l’aurais cru possible. Ce n’est pas tellement l’enquête en elle-même qui m’a attirée, non. Car, de façon générale, les enquêtes policières trop modernes, menées à grand renfort de technologie dernier cri et d’abréviations tirées par les cheveux, ce n’est pas trop mon fort (à moins qu’elle ne soit vue du point de vue du légiste, auquel cas je sens généralement un regain d’intérêt). C’est surtout l’aspect historique qui m’a emballée, et toutes ses implications dans le présent. Parlez-moi de meurtre mystique particulièrement sanglant, de grand oeuvre, de la perte de l’humanité, et je saute sur l’occasion, inévitablement!

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Mécaniques parallèles

Le roman s’articule autour de deux axes : celui de l’Histoire, cette grande mécanique trop bien huilée dont les événements s’enchaînent tels de machiavéliques rouages, et celui du Présent, incarné par le récit de Marie, jeune biologiste stagiaire à la police scientifique. Aucun lien en apparence, serait-on tenté de croire. Et pourtant…

Car ces deux axes, relatés en alternance tout au long du roman, sont parallèles, voire s’interpénètrent pour ne faire plus qu’un. Le dernier hyver, c’est ce que j’appelle un roman-éclaircie, un de ces récits qu’on ne commence à comprendre qu’une fois la mécanique mise en marche, à l’instar du soleil qui perce progressivement les nuages après la tempêtes. Et quelle mécanique, mes ptits poulpes! Implacable, inébranlable, un assemblage de rouages aux dents acérées, qui broient chaque personnage, depuis Hypatie jusqu’à Marie, jusqu’à n’en plus laisser que des chairs en lambeaux.

Et pourtant, toutes ces souffrances, tous ces efforts consentis dans la douleur, tout cela doit bien avoir un but… inavoué, inavouable, peut-être même inhumain, qui sait… Mèneront-ils à la perte de l’humanité, ou à sa transcendance?

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Course-relais historique

Dans ce roman, je considère l’axe historique un peu comme une course-relais. La première à initier le mouvement est Hypatie, notre philosophe martyre. Que cache réellement son meurtre, ignoble et insensé? Et que penser du traitement de son cadavre, démembré et incinéré? Nous tenons là le doigt qui vient appuyer sur le bouton de l’infernale machine, l’initialisation d’un processus qui, près de deux millénaires plus tard, viendra porter ses fruits putrides.

S’ensuit alors une série d’épisodes historiques, présentés comme des flash-back au récit de Marie. On voit à tour de rôle différents personnages célèbres, tels que Leonard de Vinci, Le Pogge, Elizabeth I, Newton, Voltaire, Marie Curie… placés dans un ordre chronologique pur et dur. Chacun reprend ce que le précédent a initié, le travaille à sa manière, le peaufine, le magnifie, et le passe au suivant.

Dans cette curieuse course-relais, le ligne d’arrivée n’est rien d’autre que la vie éternelle, ni plus ni moins. La régénération cellulaire ad vitam aeternam. Rien que ça. Et le témoin, me direz-vous? Ici, point de bâton coloré, cela ne servirait en rien les desseins de nos illustres héros. En revanche, c’est un manuscrit qu’ils s’échangent. Un étrange recueil rédigé au fil du temps par les différentes mains qui l’auront eu en leur possession, et dont le titre se complète au gré de ses propriétaires successifs. Si la thématique n’est guère imaginative (un manuscrit dans un thriller historico-ésotérique, quoi de plus banal), la façon dont elle est traitée est toutefois intéressante et mérite que l’on s’y penche.

Ce qui m’a surtout ébahie, c’est d’une part cette incroyable effusion de détails, et surtout  d’autre part le fait que tous s’emboîtent parfaitement. Rien n’est laissé au hasard dans ces récits d’un autre temps, car le hasard serait un grain de sable dans la machine infernale de l’intrigue. Fabrice Papillon sait à merveille utiliser la réalité historique, d’ailleurs fort bien documentée et étayée, afin de servir son récit et mener le lecteur là où il le désire. Certes, quelques éléments de fiction viennent émailler la vie des différents personnages mémorables que nous rencontrons, afin de faire coller leur réalité avec le récit imaginé par l’auteur. Mais dans l’ensemble, la réalité historique est assez bien respectée. Et c’est ce qui, au final, m’a le plus étonnée. C’est que l’auteur ait pu trouver autant de destins illustres qui, à chaque fois, cadraient si bien avec sa fiction qu’il n’y avait pratiquement pas besoin d’ajouts fictionnels pour rendre le tout crédible. Un tour de maître, vraiment!

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Marie

Le second axe du roman, rapporté au présent, nous raconte l’histoire de Marie, une jeune femme au caractère bien trempé et à la sensibilité exacerbée. Je sais que les deux semblent faire mauvais ménage, et pourtant ils fonctionnent à merveille ensemble, pour façonner une héroïne comme on les aime, toute en finesse et en profondeur.

J’ai beaucoup apprécié le personnage de Marie, parce que je me suis un peu retrouvée en elle (et pas que par le prénom, qui est le même que le mien!). Jeune stagiaire en biologie à la police judiciaire de Paris, elle tente de percer là où la plupart des autres femmes échouent. Car les sciences sont rarement un domaine de femmes, et il lui faut lutter pour prouver sa valeur. Or, Marie est très compétente dans son domaine. Cela frise même le génie. Et ce n’est pas là sa seule qualité!

Car, au fil du récit, on s’aperçoit que Marie est unique en son genre. Cela commence par de violents cauchemars, accompagnés de maux de ventre terribles. Cela commence aussi par une enquête au sein de la PJ, où un cadavre est retrouvé démembré et incinéré. Cette enquête semble avoir un lien avec elle, mais dans quelle mesure? Et d’où lui viennent ces intuitions qui permettent aux enquêteurs d’avancer? Dans sa quête de réponses, elle va comprendre bien plus qu’elle ne l’aurait voulu concernant sa nature, celle de sa mère, de sa sœur jumelle, et des femmes qui les ont précédées.

Les aventures de Marie sont émaillées par une série de flash-back dans le passé. Pas celui de l’héroïne, mais celui de tous ces personnages qui ont contribué à la course-poursuite dont nous parlions tout à l’heure. Ces passages permettent au lecteur de faire la relation entre le contexte historique et ce qui se passe dans le présent. Ils sont le lien entre les deux axes précités. L’idée est très bonne, car cela permet à l’intrigue de se mettre en place de façon progressive, et surtout, l’auteur peut dès lors distiller au compte-goutte ses révélations, et laisser le lecteur pantelant d’attente face à un suspens pratiquement insoutenable. Et elles sont bien cachées, ces révélations! Car le lecteur doit faire preuve de déduction et d’attention pour permettre à la lumière de se faire dans son esprit. C’est un petit jeu de piste ésotérique et historique qu’il nous propose, ni plus ni moins. Et c’est un concept que j’ai beaucoup aimé. Avec un petit bémol toutefois, celui de lire un récit un peu trop haché à mon goût, où l’on passe trop facilement d’un personnage à un autre, d’une époque à une autre. Il faut (trop) souvent faire preuve de souplesse pour effectuer le grand écart sans se déchirer les ligaments littéraires. Ce ne fut pas toujours évident, mais qui sait, peut-être en suis-je sortie plus souple…

Si le personnage de Marie m’est tout de suite apparu comme sympathique, je ne peux pas vraiment en dire autant de l’histoire qui l’entoure. Sans y avoir pour autant été totalement hermétique, certains éléments m’ont laissée moins enthousiaste qu’ils auraient dû. C’est probablement dû au contexte de l’enquête qui, à mon sens, présentait un côté rébarbatif. Je n’ai pas trop accroché avec le caractère des membres de la PJ, à commencer par le commissaire en charge de l’enquête et du stage de Marie. J’ai retrouvé chez certains trop de stéréotypes, trop de redondances. Ce n’est pas encore trop gênant lorsqu’il s’agit de personnages secondaires, mais pour des caractères censés être mis au devant de la scène, c’est presque rédhibitoire. Et puis c’est une enquête « à la française », ce qui signifie qu’il faut se farcir toutes les abréviations inhérentes au système judiciaire français.

Ceci étant, je dois reconnaître un intérêt certain pour quelques parties de la traque du mystérieux tueur, puisque les enquêteurs doivent se rendre… dans les catacombes de Paris! C’est tout un univers souterrain et mystérieux qui s’offre alors à nous. J’ai trouvé une saveur particulière à ces passages (littéraires comme géographiques) qui empestaient bon le moisi humide des murs et les os vermoulus! Et puis j’ai eu le sentiment de découvrir Paris et ses secrets sous un jour nouveau, ce qui ne fut pas pour me déplaire.

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A women’s world

Étant moi-même une femme, il est une chose à côté de laquelle je ne pouvais pas passer… c’est que les femmes sont particulièrement mises à l’honneur dans ce roman. Merci à l’auteur! C’est un fait assez rare pour être surligné…

Dans Le dernier hyver, les femmes sont représentées comme intelligentes et combatives. Si les hommes ne sont pas étrangers à l’avancement de l’histoire, permettant notamment la circulation du fameux manuscrit, ou aidant les femmes dans leur quête, ce sont surtout ces dernières qui font avancer le schmilblick. Et je dois dire que ce n’est pas déplaisant. Ne croyez pas que je sois une féministe avérée, je suis au final une femme qui souhaite juste rétablir l’égalité entre les sexes (et par égalité, j’entends surtout mettre l’accent sur la complémentarité entre l’homme et la femme). Et c’est vrai que dans ce roman, les hommes ont tendance à être un peu plus effacés. Mais ils ont leur rôle malgré tout, et je pense que c’est une histoire qui fera plaisir à toute femme qui se respecte, pour ce côté « mise en valeur de la condition féminine ».

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En résumé…

J’ai vraiment bien accroché avec cette lecture, malgré quelques stéréotypes au niveau des personnages et de l’intrigue ésotérique (mais sont-ils seulement évitables?). La succession d’événements historiques, tous ces éléments (réels comme fictionnels) qui s’imbriquent les uns dans les autres pour former l’intrigue, ce foisonnement de détails, cette précision, et ce suspens distillé goutte à goutte, font de ce roman un véritable page-turner qui plaira à coup sûrs aux amateurs de thrillers historiques à connotation ésotérique.

À lire absolument si vous avez aimé les romans de Dan Brown (Inferno et Da Vinci Code en particulier).

Ma note : 17/20

Une excellente lecture!

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D’autres avis éclairés…

Mr K, chez Le Capharnaüm Éclairé

Gruz, sur EmOtions

Joan’s Kingdom

Mylène, chez Les lectures de Mylènes

Lili, chez Book’n’cook

Un avis contraire chez Fattorius

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Musique d’ambiance…

Cette chronique a été rédigée avec l’appui de quelques très bons albums métalliques que j’ai envie de vous faire découvrir…

Hamferð – Támsins likam

Hamferð est un groupe de doom metal danois formé en 2008. Támsins Likam est leur tout dernier album (2018).

Faal – Desolate grief

Faal est un groupe qui officie dans le genre ô combien ténébreux du doom metal funéraire. Originaire des Pays-Bas, ils viennent juste de sortir leur troisième album, Desolate grief.

Monolithe – Nebula septem

Monolithe, groupe originaire de France, officie également dans le doom metal funéraire.

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

L’auteur se propose de nous révéler les secrets de la naissance du royaume de France, ni plus ni moins. Et je dois dire que c’est un pari réussi haut la main!

Acherontia

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

Après la mort de son père, Childéric Ier, Clovis devient le roi de tous les Francs, jusqu’à poser les fondations de la future France. Comment un jeune barbare inexpérimenté a-t-il pu supplanter ses puissants voisins et rivaux ? Grâce à sa conversion au catholicisme lui assurant le soutien des élites gallo-romaines ? À sa science militaire ? Certainement. Mais avant tout grâce à l’action de trois agents secrets, une femme et deux hommes. Obéissant chacun à des motivations différentes, ces guerriers de l’ombre au tragique passé vont peu à peu transformer l’héritier en roi des rois. Manipulations, chantages, trahisons, sexe, meurtres… Mission impossible au pays des Francs.

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare
[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

Je tiens d’abord à remercier les éditions Pygmalion pour ce service presse, ainsi que Babelio et son opération Masse Critique. C’est une lecture que j’avais sélectionné lors de l’avant-dernière MC, et cela m’a fait très plaisir d’être tirée au sort pour la lire et la chroniquer!

Pourquoi ai-je demandé cette lecture en particulier? Parce que le résumé m’a plu et m’a intriguée, bien sûr. D’ailleurs, il fallait bien cela pour que je me décide à essayer un genre qui change radicalement de mes habitudes. Car oui, des romans historiques, j’en lis très peu, voire pas du tout. Et ce n’est pas que cela me débecte, bien au contraire, je suis très fan d’histoire, surtout pour les époques médiévales et victoriennes. Mais voilà, j’ai décidé, au début de ce blog, d’axer celui-ci sur les littératures de l’imaginaire, mon genre de prédilection. Cela n’exclut pas les autres genres que j’apprécie, mais cela les limite, car j’ai peu de temps pour la lecture et je préfère donc me concentrer sur ce qui entre dans le thème de mon blog.

J’ai donc fait une exception pour « Mérovingiens », parce que son auteur a déjà rédigé des romans de l’imaginaire (notamment les Haut Conteurs et Darryl Ouvremonde) d’une part, et parce que d’une autre part je pressentais qu’il y aurait malgré tout des éléments fantastiques dans le récit. Avais-je raison de me pencher sur ce roman en faisant fi de mes habitudes littéraires? C’est ce que nous allons voir…

– Ingénieux, mais dangereux, reprit Clovis en palpant distraitement sa courte barbe. Commettre un régicide reste impardonnable, quelles qu’en soient les raisons. Je pourrais te faire décapiter pour m’avoir avoué ton crime.
– Impardonnable, sauf si la victime est l’un de tes ennemis acharnés. Euric voulait ta perte.
– Je le sais. Comme je sais que son fils Alaric me gênera beaucoup moins, répindait Clovis sans cesser d’observer son hôte.
La cagoule baissée de Gunthar révélait ses cheveux noirs coupés très courts. Tête ainsi nue et avec les bagues finement ouvragées qui ornaient quatre de ses doigts, il ressemblait davantage à un Romain qu’à un Barbare wisigoth. Certes, un Romain pourvu de traits peu gracieux, avec son nez ridiculement court et sa bouche aux lèvres si minces qu’elle en paraissait privée. Mais un Romain quand même. Un bon point supplémentaire, jugea Clovis. Sournois, comploteur, devin et sûrement sorcier, cet assassin si efficace représentait une chance à ne pas laisser filer.

Mérovingiens, de Patrick McSpare

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

L’auteur se propose de nous révéler les secrets de la naissance du royaume de France, ni plus ni moins. Et je dois dire que c’est un pari réussi haut la main!

Au fil du roman, nous suivons Wyso, jeune Irlandais qui a fait sa vie sur le territoire Franc. Par l’entremise de Daga Wulf, dont nous parlerons un peu plus loin, il se voit contraint de servir d’espion pour Clovis, roi des Francs saliens, qui aspire à devenir le Roi des rois. Dans les différentes missions qui lui seront données, il sera aidé de Guntar et de la ravissante Valesta.

C’est un travail remarquable qu’a réalisé l’auteur, car il lui a fallut partir des sources historiques pour ensuite imaginer tout ce qui a pu se tramer en coulisse, recréer les missions des espions, leur quotidien, les relations entre eux… Je connais malheureusement fort mal l’époque mérovingienne, et donc je peux difficilement juger de l’exactitude historique du récit. Cela me désole, car je peine à distinguer les éléments historiques des éléments romanesques. Ceci étant, on sent que l’auteur s’est remarquablement bien documenté, et il donne envie au lecteur de faire de même. Peut-être ferais-je finalement bien de me replonger dans mes cours d’histoire?

Wyso avait ressenti une antipathie générale à son encontre, dès les présentations formulées par Clovis. Les ministres voyaient de mauvaise grâce l’arrivée d’un étranger venu s’approprier une part de leurs privilèges. Deux d’entre eux s’étaient risqués à tenter de dompter l’Irlandais du regard, mais ses yeux gris acier les avaient forcés à vite se détourner, en piètres vaincus d’un combat virtuel. Isolé à un bout de table, seul le devin conservait une attitude neutre. Et pour cause. Avant d’entrer dans la salle de conseil, Clovis avait informé Wyso qu’il s’agissait de l’homme avec qui il ferait désormais équipe. Un devin et une fausse religieuse. Voilà donc les gens qu’il devrait côtoyer au cours de ses missions meurtrières. L’Irlandais n’était plus maître de son destin et il détestait cela.

Mérovingiens, de Patrick McSpare

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

Au-delà de la notion d’histoire, il y a la composante humaine, prépondérante tout au long du récit. Les trois espions m’ont touchée à divers degrés, que ce soit de par leur passé douloureux ou par leur caractère.

À la base, rien ne les prédestinait à devenir espions. Mais les évènements de la vie (ou notre fameux Daga Wulf, c’est selon) les ont formaté de sorte qu’ils se sont blindés intérieurement. Valesta, par exemple, qui a connu des choses très dures dans sa jeunesse, est si brisée de l’intérieur qu’elle ne ressent pratiquement plus rien. De même, Wyso est amené à connaître un chantage qui ne présage rien de bon quant à une hypothétique issue heureuse. Et de ce fait, lui aussi finit par se sentir intérieurement vide. Ce sont ces fractures qui leur permettent d’effectuer les tâches les plus viles sans remord aucun. Au final, même si je ne cautionne pas leurs actes, je les ai trouvé terriblement attachants dans leur complexité et leur impuissance face au sort qui leur est réservé. Car on s’aperçoit vite qu’ils ne sont que des pions sur un échiquier bien trop vaste pour eux, manipulés par des puissances qu’ils peuvent à peine concevoir.

Trois ans d’esclavage, de viols, d’humiliations… Le chef qui les avait enlevées s’était conduit à leur égard comme le pire des monstres, donnant visage humain à la cruauté et à la perversité. Des années après, Valesta refusait encore de formuler son nom. Elle le ferait le jour où elle l’éventrerait. Lentement. Très, très lentement. D’ici là, elle continuerait de remercier la providence qui les avait secourues. Même si sa soeur, hantée de cauchemars, s’était réfugiée auprès du dieu crucifié et cloîtrée dans un couvent. La jeune fille inspira profondément. Il lui restait à parachever sa mortelle comédie. Elle frotta rapidement ses yeux d’une gousse d’ail cachée dans sa tunique, poussa un cri perçant et se rua vers la porte.

Mérovingiens, de Patrick McSpare

 

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare

Y a-t-il eu des éléments fantastiques au cours de ce récit? À mon sens, oui…

Il y a surtout eu Daga Wulf, ce mystérieux homme sorti de nulle part, et qui se prétend sorcier. En est-il réellement un, cela, je vous le laisse découvrir… Ceci étant, le bonhomme a tout de même la fâcheuse manie d’apparaître et de disparaître au moment où on s’y attend le moins, comme par magie. Et ce n’est pas tout! Il semble connaître l’avenir, ou en tout cas, il est capable de voir très loin dans le temps, et sait ainsi prévoir toutes les implications de tel ou tel acte.

Ainsi, son but est de faire de Clovis ce qu’il appelle le « Roi des rois ». Quels sombres desseins anime cet homme-démon qui n’hésite pas à employer des moyens pour le moins barbares pour arriver à ses fins? C’est d’ailleurs ce fil conducteur-là qui m’a tenu le plus en haleine tout au long du récit. Il me fallait savoir qui il était, et si les chantages exercés sur Wyso, espion de Clovis, prendront fin de façon heureuse ou non.

Certes, il n’y pas que cela, dans ce roman, qui tient en haleine. Les machinations politiques, les batailles, les trahisons, les meurtres… bref, toute cette fange qui a accouché de Clovis en tant que roi des Francs, et dont les missions des trois espions font partie intégrantes, est tout à fait captivante et fascine le lecteur du début à la fin.

Guénolé ne l’attendait pas sur le seuil de leur maison. À sa place se tenait un homme maigre, voûté, aux yeux translucides, au crâne chauve et pointu, à la pâleur mortuaire, aux doigts griffus, aux dents acérées. L’apparence d’un spectre, pensa Wyso en réprimant un frisson.
– Qui es-tu? cracha-t-il, prêt à tirer l’épée hors du fourreau.
– Daga Wulf. Et je vais t’employer, répondit l’homme, d’une voix à la fois rauque et aigüe, désagréable comme le crissement de deux lames frottées l’une contre l’autre.
– Je travaille pour le comte Brent.
– La tâche qui t’attend dépasse le service du comte Brent.
Irrité par le ton et l’audace de l’étranger, Wyso sauta de cheval et dégaina sa spatha. Guénolé avait dû voir arriver l’intrus et s’était enfermée. L’Irlandais jeta un bref coup d’oeil aux buissons bas sur sa gauche. Il connaissait suffisamment leur forme pour certifier que personne ne s’y embusquait. L’arrière de la maison, il le contrôlerait vite. Pour l’heure, il n’allait pas supporter davantage la morgue d’un inconnu profanant son domaine.
– Qui t’a envoyé? siffla Wyso en appuyant la pointe de l’épée sur la poitrine décharnée.
– La destinée. Celle qui te forgea si bien pour l’art de la manipulation.

Mérovingiens, de Patrick McSpare

[Chronique historique] Mérovingiens, de Patrick McSpare
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J’ai bien accroché avec ce roman, le tout premier relevant du style historique à être chroniqué sur ce blog. Pour une première, donc, mes attentes sont pleinement satisfaites. En matière d’action et d’intrigue, j’ai été copieusement servie. Le côté historique est, bien entendu, mis fortement en avant. C’est d’ailleurs un côté très plaisant, car l’on sent que l’auteur maîtrise pleinement son sujet, et s’amuse même à recréer, ou imaginer, des scènes qui se sont passées « en coulisses » et qu’il est donc impossible de connaître.

Ai-je réellement trouvé les éléments imaginaires que je soupçonnais en ouvrant le roman? Non, pas vraiment, même si quelques traces subsistent, avec l’apparition du sorcier Daga Wulf. Mais il n’y a rien de véritablement transcendant pour les amateurs d’imaginaire. En même temps, je pense que ce n’était guère le but de l’auteur. Personnellement, même si je suis plus familière des littératures de l’imaginaire, le fait que l’on soit dans un style historique pratiquement pur et dur ne m’a nullement dérangée. Je me suis même prêtée au jeu, me laissant bluffer par le réalisme du récit.

Le style d’écriture, quant à lui, n’est pas désagréable, loin s’en faut. On pourrais peut-être lui reprocher un petit côté vieillot, mais qui cadre finalement bien avec l’époque choisie. Ce qui m’a un peu gênée, en revanche, c’est que j’ai trouvé certains passages trop plats à mon goût. Mais je vous rassure, ils sont loin d’être légion! Et d’une façon générale, l’auteur est assez doué de sa plume, donc je pense que l’ouvrage en ravira plus d’un.

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Lu dans le cadre des challenges…

Défi lecture 2017

n°31 – Un livre avec un seul mot dans le titre

 

Si j’étais un livre #3

Je serais un livre avec une couverture bleue