[Chronique Horreur] Les évangiles écarlates, de Clive Barker

Synopsis…

Cela fait des années que Harry D’Amour, détective de l’étrange et du surnaturel, habitué à affronter créatures magiques et malveillantes, lutte contre ses propres démons. Lorsqu’il met la main sur un artefact ancien – un cube-puzzle capable d’ouvrir un portail sur l’Enfer lui-même –, des démons, véritables ceux-là, ne tardent pas à s’ajouter aux siens. Harry se retrouve bientôt entraîné dans un terrifiant jeu du chat et de la souris, à la fois sanglant, troublant et brillamment sophistiqué…

[Chronique Horreur] Les évangiles écarlates, de Clive Barker

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La loi d'attraction universelle…

Ce roman est ma seconde lecture lue dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore pour ce premier trimestre de l'année. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

Si j'ai choisi ce roman en particulier parmi la liste qui m'était proposée, c'est parce que Clive Barker est pour moi une valeur sûre de la littérature d'épouvante. Je l'ai découvert avec les Livres de sang il y a bien longtemps, et j'avais aimé son univers sombre, glauque, infernal et sanglant (oui, ça va bien avec le titre du recueil…). D'emblée, j'ai eu envie de découvrir ce roman-ci, d'autant plus que l'on y retrouve des personnages bien connus des fans de l'auteur, Pinhead et Harry D'Amour. J'avais envie de voir comment ces deux-ci allaient évoluer (enfin, si on peut parler d'évolution concernant un prêtre de l'Enfer…).

Voici ce que j'ai conclu de cette lecture…

Les évangiles écarlates en portrait chinois…

Pour vous éclairer quant à cette lecture, j'ai envie de faire un petit tour d'horizon en portrait chinois, histoire de vous mettre dans l'ambiance…

Si Les évangiles écarlates étaient une musique…

Un bon vieux titre de Metallica, Devil's dance, qui reflète fort bien l'atmosphère et le thème du roman.

Si Les évangiles écarlates étaient un tableau…

J'aurais pu choisir un tableau de Jérôme Bosch, il est vrai. Mais je trouvais cette option un peu facile, aussi ai-je plutôt opté pour ce tableau, Charon's boat, de Jacob van Swanenburgh.

[Chronique Horreur] Les évangiles écarlates, de Clive Barker

Si Les évangiles écarlates étaient un plat…

Un filet américain bien cru avec plein d'aliment dégoulinants par-dessus et une bonne dose de Tabasco.

D'autres lectures qui me font penser aux évangiles écarlates…

Je ne peux évidemment pas m'empêcher de penser aux romans de Masterton, Tengu, Le diable en gris, Sang impur, Le jour J du jugement… toutes ces pépites de romans d'épouvante qui parlent de démons et de morts sanglantes peu ragoûtantes…

Mais il y a aussi un petit je-ne-sais-quoi qui me rappelle Féerie pour les ténèbres de Jérôme Noirez, sans aucun doute les conséquences des tortures subies par certains personnages ou par la difformité physique d'autres, qui me rappellent les fameux rioteux dont il est question dans son roman.

Une plume chirurgicale…

La première chose qui me saute aux yeux, évidemment, c'est le style littéraire de l’œuvre. Si le thème du roman et la façon dont il est traité n'est pas ce qui se fait de plus accessible à un public large et hétéroclite, l'écriture, elle, est totalement ouverte à tout le monde. Clive Barker ne s'embarrasse pas de longues phrases alambiquées, ni tournures ampoulées. Les phrases sont courtes, pour la plupart, bien tournées sans toutefois en faire des tonnes.

Là où réside le génie de l'auteur, c'est dans le choix du vocabulaire. Les termes sont choisis avec précision, surtout lors des scènes gore, où les mots sont pris en fonction de l'effet horrifique qu'ils auront sur le lecteur. Monsieur Barker sait parfaitement jouer sur les sentiments de dégoût, de répulsion et de terreur en employant le vocabulaire qui pèsera le plus dans la balance de la peur. Pourtant, point d'overdose en vue, tout est très bien dosé. On pourrait qualifier son style de précis, presque chirurgical. C'est propre, net, sans bavure, et le résultat désiré est obtenu.

Petit bémol, toutefois, j'ai trouvé certaines descriptions un peu brouillonnes, en particulier dans la seconde moitié du roman qui semble un peu bâclée par endroits. C'est dommage, parce que du coup, ça a un peu cassé la belle atmosphère que l'auteur était parvenu à instiller. Mais j'en reparlerai un peu plus loin dans cette chronique.

Les protagonistes…

Le but des évangiles écarlates n'est pas de nous faire découvrir une nouvelle facette de l'univers Clive Barker, mais plutôt de proposer au lecteur une sorte de suite des aventures de deux héros incontournables de son œuvre. Le lecteur avance donc en terrain connu, ou presque. Ce choix ne manque indéniablement pas de charme car c'est avec délice que les fans de l'auteur retrouvent ces deux personnages hauts en couleur. L'originalité, ici, réside à réunir ces deux héros pour les faire interagir dans une espèce de jeu du chat et de la souris dans lequel Harry est la victime toute désignée de l'inquiétant Pinhead. Choisi par ce dernier pour être le témoin de ses actes et de sa tentative de dominer les Enfers, Harry se verra traîné d'un monde à l'autre, plongé jusqu'au cou dans des situations rocambolesques et horrifiques à en faire pâlir les lecteurs les moins sensibles.

 

Pinhead, l'indémodable…

Pinhead est un personnage de Clive Barker, créé pour la nouvelle Hellraiser en 1986. Je suis donc ravie de constater que, comme moi, il est heureux trentenaire ou en passe de le devenir. Enfin, oui, peut-être pas, finalement…

Car si l'on reprend sa biographie fictive, il serait un fait un explorateur et vétéran de l'armée britannique, nommé Eliott Spencer et mort en 1930. Ayant perdu foi en la race humaine, il trouve par hasard une boîte puzzle démoniaque (boîte que l'on retrouve d'ailleurs dans Les évangiles écarlates sous le nom de Configuration de Lamont). Cette boîte ouvre une porte sur les Enfers, où il découvrira le monde des Cénobites, des créatures infernales dont il finira par faire partie.

PInhead est devenu un personnage incontournable de la culture populaire. La série de films Hellraiser, basée sur la nouvelle éponyme, a connu un succès certain et a fortement contribué à la popularité de notre ami. Une série de films que j'aimerais d'ailleurs bien regarder à l'occasion. J'ai vu le premier il y a fort longtemps, et à présent que je m'intéresse de plus près à Clive Barker, il me semble bon de me remettre à niveau d'un point de vue cinématographique.

Il était grand et ressemblait beaucoup aux portraits qu'en dressaient les traités de démonologie qu'ils avaient tous parcourus au cours des derniers mois ou semaines, cherchant vainement un point faible à cette créature. Ils n'en avaient trouvé aucun, bien sûr. Mais à présent qu'il leur apparaissait en chair et en os, il dégageait nettement une certaine humanité, un héritage de l'homme qu'il avait été, avant que son ordre ait accompli son monstrueux ouvrage sur son corps. Sa carnation était pratiquement blanche, sa tête chauve rituellement marquée par de profonds sillons, verticaux et horizontaux, et à chacune de leurs intersections, un clou avait été planté dans la chair exsangue, jusqu'à l'os. Peut-être qu'à une époque, ils avaient brillé, mais les années les avaient ternis. Ils possédaient néanmoins une certaine élégance, rehaussée par le port du tête du démon qui donnait l'impression de contempler le monde avec condescendance et lassitude. Quels que soient les tourments qu'il avait prévus pour ces dernières victimes – sa connaissance de la douleur et de ses mécanismes était telle qu'à côté de lui, les inquisiteurs faisaient figure de petites brutes de bas étage -, ils ne feraient qu'empirer de manière exponentielle si l'une d'elles s'avisait de l'appeler Pinhead en sa présence – un surnom irrévérencieux dont l'origine s'était perdue depuis longtemps.

Les évangiles écarlates, Clive Barker

Harry D'Amour, le Demon Hunter…

Un peu moins connu que le démoniaque Pinhead, Harry D'Amour n'en est pas moins un personnage charismatique et assez présent dans l'univers de Clive Barker.

Harry D'Amour est un détective privé spécialisé dans les affaires occultes. Ce monsieur est un fervent adepte des modifications corporelles, des tatouages plus précisément. Mais ne vous y trompez pas, sous ce corps tatoué ne se cache pas l'âme d'un biker invétéré. Ces tatouages, ou sigils comme il les appelle, lui confèrent une forte protection contre les forces du mal.

Il apparaît pour la première fois dans la nouvelle La dernière illusion, que l'on retrouve dans le tome 6 des Livres de sang. Il apparaît brièvement dans Secret show, paraît-il, un roman qui sera bientôt publié par les éditions Bragelonne et qui fera également l'objet d'une chronique sur ce blog. Il est aussi l'un des principaux personnages du roman Everville.

Comme Pinhead, D'Amour est également apparu au cinéma, dans un film intitulé Le maître des illusions, où il était incarné par l'acteur Scott Bakula.

Harry prit conscience qu'il était temps de mettre les voiles. Deux enjambées, peut-être moins, le séparaient de la sortie quand le deuxième tatouage que lui avait donné Caz, un sigil d'avertissement au milieu du dos, se signala par une vibration qui lui parcourut tout le corps. Il se retourna juste à temps pour esquiver Felixson, dont les lèvres retroussées exposaient des dents irrégulières prêtes à déchirer la chair. Elles se refermèrent sur le vide, là où la tête de Harry se trouvait encore deux secondes plus tôt. Emporté par son élan, Felixson alla s'écraser sur le mur à côté de la porte.
Harry ne lui offrit pas l'occasion de revenir à la charge. Il se précipita dans le couloir. Les esprits semplaient comme fous ; ils étaient partout, terriblement agités. Ils cognaient contre les murs, tels des marteaux invisibles. Le plâtre avait presque complètement disparu, faisant apparaître le bois en dessous. Le fracas à l'autre bout du couloir suggérait que les fantômes s'attaquaient à l'escalier avec le même enthousiasme. Mais la poussière et l'obscurité conspiraient pour limiter la vision de Harry à une trentaine de centimètres. Malgré les bruits de destruction devant lui, il n'avait pas le choix.

Les évangiles écarlates, Clive Barker

Norma et les autres…

Des personnages secondaires viennent épauler Harry D'Amour dans sa lutte contre l'emprise de Pinhead. Sa meilleure amie, notamment, une vieille dame aveugle de type africain répondant au nom de Norma.

Norma, grâce à sa cécité, a la capacité de voir les morts et de leur parler. Elle a fait de cette faculté un tremplin pour aider ceux qui ont besoin d'elle, jouant les intermédiaires entre le monde des morts et celui des vivants.

Puis il y a Caz, le tatoueur de Harry, ainsi que Lana, une de ses amies au caractère bien trempé, et Dale, que ses rêves prémonitoires amènent au mauvais endroit au mauvais moment (ou bien serait-ce le contraire, justement…).

Tous sont des personnages attachants à leur façon, même si je trouve certains d'entre eux un peu survolés. C'est le cas de Lana et de Dale, justement, dont on sait fort peu de choses et qui auraient été des personnalités intéressantes à creuser. Peut-être que dans un futur roman, nous en saurons plus à leur sujet. Du moins est-ce ce que j'espère.

La brèche dans le mur occupait à présent la largeur d'une porte ; Harry avait avancé d'un pas ou deux sans même en avoir conscience. Ce n'était pas tous les jours qu'un homme avait droit à un aperçu de l'Enfer. Il entendait profiter au maximum de cette occasion. Dans sa fringale de comprendre tout ce que cette vision avait à lui offrir, il avait négligé de regarder à ses pieds.
Il se tenait sur la première marche d'un escalier en pierre particulièrement raide dont le bas disparaissait dans un nuage jaune grisâtre. Et de cette brume émergeait une silhouette. Un homme nu, aux membres maigres ; il avait une bedaine, et les muscles de sa poitrine étaient couverts par une couche de graisse qui ressemblait à des seins rudimentaires. Mais ce fut sa tête qui attira davantage l'attention de Harry, stupéfait. Il avait visiblement été le sujet d'une expérience particulièrement brutale aux conséquences si sévères que Harry ne parvenait pas à croire qu'il soit encore en vie.
On lui avait ouvert la tête, sciant dans l'os, du haut du crâne jusqu'à la base du cou, tranchant au milieu du nez, de la bouche et du menton pour ne laisser que la langue intacte. Cette dernière pendait du côté gauche. Pour empêcher les os et les muscles de reprendre leur place, on avait ensuite inséré une épaisse tige en fer rouillé d'une dizaine de centimètres de long à l'intérieur de la tête sectionnée.

Les évangiles écarlates, Clive Barker

Promenons-nous en enfer…

Ce que j'aime chez Clive Barker, c'est son imagination débordante – et un peu tordue par moment, il faut bien en convenir. Il propose au lecteur une version très personnelle des Enfers et des créatures qui les peuplent. Une version qui se veut horrifique par l'atmosphère qu'il confère aux terres infernales, aux difformités physiques des démons et à leurs mœurs dissolues. La frontière entre notre monde et celui de Pinhead est perméable à souhait, ce qui donne lieu à de nombreuses situations d'épouvante, pour le plus grand plaisir des lecteurs un peu sadiques qui aiment voir les personnages se faire malmener par les forces maléfiques.

Mais finalement, j'ai trouvé cette version des enfers encore assez gentille, dans le sens où les démons que l'on y voit semblent avoir encore un tantinet de morale, et vivent en communauté presque organisée. Moi qui m'attendait à rencontrer un chaos absolument indescriptible, je n'y ai pas trouvé suffisamment mon compte. Il n'y a finalement que Pinhead qui soit totalement dénué d'un quelconque sens des valeurs. Et lui ne m'a pas déçue, loin de là… Sa cruauté n'a d'égale que l'intelligence dont il fait preuve pour infliger les pires souffrances à ses victimes.

Le brouillard avait opéré un changement sur ce démon, et ce n'était pas beau à voir. Aux coins de ses bouches et de ses yeux, dans les plis de ses bras et entre ses doigts – bref, partout où il l'avait touché -, le brouillard avait apparemment planté les graines d'une récolte monstrueuse. Chaque nouvelle forme de vie avait pris son inspiration dans son lieu d'origine. Ainsi, une graine logée entre les doigts avait-elle produit une série de doigts supplémentaires, tous animés d'une vie propre. À côté de la bouche du démon, dans sa joue et dans son cou, le brouillard avait créé de nouvelles bouches, toutes grandes ouvertes et pleines de dents. Mais toutes ces anomalies ne pouvaient pas rivaliser avec celle engendrée près de l'oeil gauche, multipliant les globes oculaires dépourvus de paupières entre le front et la joue. Leurs cornées jaunâtres pointaient vers le haut, le bas et les côtés.

Les évangiles écarlates, de Clive Barker

Puissance et déclin…

Un démarrage sur les chapeaux de roues…

Je me dois de pointer un fait très positif dans ce roman. Dès les premières pages, j'ai été happée par l'histoire d'une façon phénoménale. Dès les premières scènes, on est dans le bain, et de la plus horrible des façons qui plus est. L'auteur choisit de placer le lecteur directement dans l'action plutôt que dans d'interminables descriptifs, et c'est une option judicieuse, car l'accroche à l'histoire se fait tout naturellement.

L'entrée en scène de Pinhead est assez rapide, on passe donc très vite de l'entrée du genre "sueurs froides" au plat de résistance d'un type plutôt "viande froide et sang frais". Loin d'être indigeste, le menu se laisse engloutir sans trop de protestations. De nombreux plats de charcuterie passeront ensuite entre les mains du lecteur, qui ne pourra que se délecter de leur variété et de leur goût prononcé.

… puis une finale en demi-teinte.

Puis survient la pause café, concrétisée par le passage de Harry et de ses amis dans les enfers. On sent l'adrénaline qui monte, on est addict à l'histoire comme à la caféine, on en veut plus, toujours plus, on a les mirettes grandes ouvertes, tout droit dirigées vers le dessert…

Chouette alors! Un soufflé, mon dessert préféré! Un dôme de suspens qui n'en finit pas de grandir, se terminant en apothéose dantesque, en apocalypse digne de Lucifer en personne. Mwoui, sauf que, là, le soufflé… À défaut de couper le souffle, les descriptions ont un côté parfois vraiment too much. Très brouillonnes par instant, les scènes d'action s'enchaînent trop vite et il y a parfois une surenchère "d'effets spéciaux" qui m'ont fait frôler l'indigestion. Un peu comme dans ces films américains où les pans pans des flingues et les explosions en tous sens n'en finissent plus, où la caméra saute d'une scène à l'autre jusqu'à nous donner le tournis et où on se réjouit que les choses se calment pour faire le point, résumer l'action, et se rendre compte qu'au final, il n'y a pas grand chose à résumer. De mon côté, la sauce – anglaise – n'a que très moyennement pris. Et c'est vraiment dommage, car ce roman avait tellement bien commencé… Trop d'action tue l'action, j'en prends bonne note pour la suite de mes aventures en tant qu'apprentie auteure.

En résumé…

En tant qu'amatrice de Clive Barker, j'ai été très heureuse de retrouver deux de ces personnages favoris dans de nouvelles aventures. Même si je n'apprécie pas la tournure que celles-ci ont pris… L'écriture de l'auteur est égale à elle-même, j'ai envie de dire, dans le début du roman du moins. Phrases courtes, vocabulaire choisi en fonction de l'effet horrifique qu'il aura sur le lecteur, style assez incisif. Oui, cela frôle parfois le vulgaire. On voit souvent apparaître des termes très crus, tout comme certaines scènes peuvent être très crues. Personnellement, cela ne m'a pas dérangée. Je connais déjà le style de l'auteur, et plus rien ne m'étonne venant de lui à ce niveau-là. Si, je m'étonnerais de le voir parler de petits poneys roses et bisous dans le cou. Là, oui, pour le coup, je me retrouverais sur le derrière, comme on dit.

J'ai également apprécié l'originalité de l'histoire. Clive Barker possède un imaginaire étonnant qui mérite qu'on s'y attarde. La rébellion de Pinhead, ses projets de domination des Enfers et sa volonté d'asservir Harry pour en faire son témoin m'ont assez étonnée. Je ne m'attendais pas vraiment à cela en ouvrant le roman, m'apprêtant plutôt à lire une destruction de l'humanité ou quelque chose dans ce goût-là. Finalement, l'apocalypse version infernale est une idée qui m'a séduite.

En revanche, j'ai été moins satisfaite de la façon dont l'auteur a traité cette fin de l'Enfer. Comme dis plus haut, certains passages étaient brouillons, voire lacunaires. Les scènes s'enchaînaient trop vite pour qu'on puisse réellement les assimiler, et donc j'ai été un peu déçue par la finale qui s'annonçait pourtant être une véritable apothéose.

Ma note : 15/20.

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

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D'autres romans de Clive Barker chroniqués sur ce blog…

Sorcière ma soeur, de Graham Joyce

Sorcière ma soeur, de Graham Joyce

Résumé…

Alex et Maggie Sanders mènent une vie des plus ordinaires, jusqu'à ce qu'ils découvrent au fond d'une vieille cheminée inutilisée le journal de Bella. A première vue, celui-ci paraît bien innocent : une liste de breuvages et de simples pour soigner les petits maux de tous les jours.

Mais Maggie est très vite convaincue que derrière les mots se cache un sens destiné à elle seule. En essayant quelques recettes, elle pénètre dans un monde mystérieux auquel elle n'avait jamais cru, celui de la sorcellerie. Et quand la défunte Bella revient, en quête d'une paix qu'elle n'a pas trouvée dans la tombe, Maggie sent qu'elle risque de perdre la raison et de détruire toute sa famille.

Ce qui m'a attiré vers cette lecture…

Dans le cadre du challenge "Un mot, des titres", je devais lire un livre dont le titre contient le mot "soeur". En feuilletant le catalogue de ma bibliothèque, j'ai passé outre les ouvrages sur Soeur Thérèse, les récits de vie mélodramatiques et les lettres ouvertes à une soeur réelle ou rêvée, pour me diriger directement vers le rayon fantastique/horreur avec ce livre de Graham Joyce. De plus, j'ai récemment lu La fée des dents, écrit par lui aussi, et je voulais compléter mon avis sur son style d'écriture.

La première phrase…

…tirée du prologue.

Vite, vite! Ils vont bientôt arriver. Il faut que tu le caches!

Sorcière ma soeur, de Graham Joyce

Une vision intéressante de la sorcellerie

Au fil du récit, Maggie (l'héroïne) se passionne peu à peu à la sorcellerie, une façon pour elle d'avoir une activité valorisante qui lui est propre, et aussi parce qu'elle se sent mystérieusement poussée à tenter l'expérience. Il est assez marrant de constater que nous aussi, on se passionne pour tous ces noms étranges, ces herbes oubliées et ces décoctions alambiquées. On aurait presque l'envie d'ouvrir un vieux traité de botanique et de le potasser à la recherche des propriétés cachées des plantes.

Sorcière ma soeur, de Graham Joyce

Puis vient la suite…

Après le premier tiers du roman, l'histoire se fait plus angoissante, l'ambiance beaucoup plus lourde. Plus Maggie s'enfonce dans cette sorcellerie, plus elle y laisse la raison, ce qui entraînera de nombreux événements dramatiques. Autant j'ai apprécié la première partie de l'histoire, où la magie de Maggie (tient, Maggie, Magie, plutôt redondant, non?) reste blanche, pure, utilisée pour soigner les petits bobos de la famille, autant la suite ne m'a pas plu du tout.

La suite du récit se fait de plus en plus sombre, triste, l'avenir de Maggie et de sa famille semble si morne, sans compter certaines découvertes plutôt macabres dont je ne parlerai pas pour ne pas en dire trop… Cette magie blanche tellement fascinante qui se mue en un amas noir et nauséabond de vieilles croyances et de rites poisseux… Le récit m'a fortement angoissée, si bien qu'à ce jour je ne l'ai pas encore terminé (il me reste trente pages, oooooooooooooh la vilaine! ^^). Ce n'est pas que le livre soit mauvais, je crois que c'est juste moi qui n'était pas dans les bonnes dispositions pour le lire. Au moment où je l'ai choisi à la bibliothèque, ça me paraissait être une bonne décision, et au moment où j'ai entamé la lecture, je me suis rendu compte que c'était une erreur.

Sorcière ma soeur, de Graham Joyce

Du grand Graham Joyce…

Ayant lu du même auteur, "La fée des dents", je peux affirmer que ce roman-ci est vraiment meilleur. Différent, certes. "La fée des dents" traitait des changements liés à l'adolescence au travers d'une histoire fantastique et fantasmagorique, "Sorcière ma soeur" est une pure histoire de terreur fantastique sur fond de sorcellerie médiévale. Dans ce livre, c'est la façon dont l'histoire dégénère progressivement qui est intéressante. L'auteur donne au lecteur l'impression très réaliste d'une longue chute vertigineuse au travers d'un tunnel grouillant, noir et gluant. Une plume très efficace…

Pour refléter au mieux l'ambiance du récit, noir et "féerique" à la fois…

Petites informations…

Un nom revient souvent dans le livre, celui de la déesse Hécate. Mais qui est-elle réellement? Déesse ou démon? Voici quelques pistes d'information…

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres", session 18 (un titre avec le mot "soeur").

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres", session 18 (un titre avec le mot "soeur").

Lu également dans le cadre du challenge "Petit Bac 2013", pour la catégorie "Gros mot" (SORCIERE, ma soeur).

Lu également dans le cadre du challenge "Petit Bac 2013", pour la catégorie "Gros mot" (SORCIERE, ma soeur).

Lu également dans le cadre du challenge "Au-delà de la peur 2013".

Lu également dans le cadre du challenge "Au-delà de la peur 2013".

Lu également dans le cadre du challenge "Mythologies du monde", dans la catégorie "ANGES, DEMONS, ESPRITS et autres créatures de légendes".

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La fée des dents, de Graham Joyce

La fée des dents, de Graham Joyce

Résumé…

" La Fée des dents ", ainsi appelle-t-on la " petite souris " qui passe sous l'oreiller des bambins en Grande-Bretagne. Une innocente invention, un conte pour enfants… jusqu'à cette nuit où le jeune Sam Southall la surprend dans sa chambre ! Voilà qui n'était pas prévu… ni le fait que la créature, qui s'appelle Quenotte, se révèle bien différente de la fée bienveillante qu'imaginent les petits. Perverse, dangereuse, elle va poursuivre Sam et sa bande de copains tout au long de leur adolescence, rythmée par des drames affreux, et changer leur vie pour toujours… Voici enfin réédité le chef-d'œuvre de Graham Joyce sur le merveilleux et l'étrangeté du monde de l'enfance, un somptueux roman initiatique dans la lignée de Stephen King et de Ray Bradbury. Un classique effrayant, nostalgique et drôle, en cours d'adaptation au cinéma."

Ce qui m'a attirée vers cette lecture…

C'est à la bibliothèque des Chiroux que j'ai loué cet ouvrage. J'ai bien accroché avec la couverture, même si je sais à présent qu'elle n'est pas très révélatrice, les couleurs m'ont beaucoup plus. Et puis le titre m'a intriguée, je me demandais ce qu'il serait possible de pondre comme histoire à partir de la légende de la petite souris. Serait-ce plus un conte merveilleux? J'avais des doutes sur le sujet mais je voulais en avoir le coeur net.

La première phrase – souvent révélatrice…

Clive torturait une salamandre.

Une vieille légende revisitée…

Une histoire bien mystérieuse que celle-ci…

Une "petite souris" déguisée en vilaine fée qui pourrit littéralement la vie de Sam et de ses proches. Le cheminement d'un groupe de jeunes garçons qui passent de l'enfance à la vie adulte. Une suite d'événements dramatiques en apparence inexplicables, et pourtant…

Si, de prime abord, on pense avoir affaire à un gentil conte légèrement revisité et plaisant à lire, je vous arrête tout de suite. Je qualifierai plutôt ce récit de conte macabre aux méandres machiavéliques et aux accents dérangeants.

Un conte macabre?

Je conserve l'appelation "conte" parce que l'on reste malgré tout dans un domaine merveilleux. Même revisitée, aussi effrayante puisse-t-elle paraître, la fée des dents n'en reste pas moins une figure fantastique qui souffle le chaud et le froid, le bien et le mal dans la vie de Sam et de ceux qu'il aime. Conte pour le côté bien, macabre pour le côté mal. En effet, si notre petite souris reste une fée, elle a aussi un côté très "méchant gobelin de la forêt maudite de Malépine". Cela se ressent d'ailleurs très fort à l'évolution de son apparence, tantôt hideuse et masculine, tantôt envoûtante et féerique. Enfin, si la fée est souvent méchante, on devine qu'elle a ses raisons, que l'on découvre vers la fin du récit.

Des méandres machiavéliques?

"La fée des dents", ou comment un événement dramatique mineur peut être la source d'une réaction en chaîne entraînement des drames de plus en plus gros. C'est un des aspects du livre que j'ai vraiment aimé, le fait que les événements difficiles traversés par les personnages ont toujours une raison d'être. Rien n'est vraiment gratuit, même si c'est parfois vraiment gore et que la raison peut paraître ridicule.

Des accents dérangeants?

J'ai lu d'autres chroniques de ce livre avant de me faire ma propre opinion, et ces chroniques n'étaient pas très positives. Les auteurs reprochaient notamment certaines scènes de sexe jugées malsaines et dérangeantes. Je comprends tout à fait ces avis, peut-être rédigés par de jeunes personnes que la sexualité met encore mal à l'aise, et donc je tenais à mettre quelques nuances sur certains points. L'auteur nous parle d'enfants qui évoluent vers l'adolescence puis vers l'âge adulte. Un peu comme dans Harry Potter, on suit nos jeunes héros pendant toute cette période délicate de leur vie. Si dans Harry Potter, l'accent est mis sur la magie – il s'agit de littérature jeunesse tout de même – ici nous sommes clairement en possession d'un roman pour adultes que je situerais presque dans la veine de Graham Masterton. Rien d'étonnant donc à ce que la sexualité soit mise en avant-plan, au même titre que le drame et l'étrange. Oui, ces scènes peuvent être dérangeantes pour un lecteur jeune qui ne voit pas nécessairement le lien avec l'histoire et qui projette son propre malaise par rapport à sa sexualité naissante. Pour un lecteur plus averti en revanche, ces scènes passent mieux dans le sens où l'on comprend, au travers de l'histoire, que les apparitions de la fée sont intimement liées aux fantasmes et à l'éveil de la sexualité de Sam. Ce n'est pas un hasard si la fée, qui lui apparaît pour la première fois lorsqu'il est enfant, se transforme peu à peu en créature fantasmagorique au fur et à mesure que Sam grandit. Elle n'est jamais finalement qu'une projection de ses propres désirs de jeune garçon. En tout cas je n'ai personnellement pas été choquée outre mesure, sachant qu'il s'agit d'un passage normal de l'évolution de tout un chacun, et sachant que cet accent porté sur cet aspect de la vie adolescente est en lien étroit avec l'histoire développée par l'auteur.

Une adaptation au cinéma!

Oui oui, ce livre a bien été adapté 🙂 Rendez-vous très bientôt pour la chronique du dit film!!

La fée des dents, de Graham Joyce

L'élément fun…

Ce qui m'a amusée dans cette lecture, ce sont les descriptions de la fée. Elles me paraissaient souvent un peu floues, abstraites, les descriptions oscillaient tellement entre la laideur et la beauté, la masculinité et la féminité, alors dans ma tête s'est formée une image qui est restée tout au long de ma lecture, celui de la femelle gremlins (dans le film Gremlins, bien sûr!).

En résumé…

Contre toute attente, j'ai apprécié cette lecture. Pas au point d'en faire un coup de coeur, mais elle m'a offert un bon moment de détente fantastique sans toutefois trop me plonger dans l'angoisse et l'horreur. Bien sûr, je ne nierai point que je préférerai toujours un bon roman de Masterton, c'est ma petite faiblesse en matière de romans d'horreur 😉 Ce n'est donc pas un roman qui sort vraiment du lot, mais il est assez original pour avoir retenu mon souffle et mon attention, et il est assez bien écrit pour m'avoir permis quelques bons moments de farniente.

Ma note : 15/20

Logo Livraddict
Lu dans le cadre du challenge "Au-delà de la peur 2013"

Lu dans le cadre du challenge "Au-delà de la peur 2013"

Lu aussi dans le cadre du challenge "Mythologies du monde"

Lu aussi dans le cadre du challenge "Mythologies du monde"

La mort noire / Graham Masterton

Illustration de Fabrice Lavollay

Illustration de Fabrice Lavollay

Le docteur Petrie est médecin à Miami. Pour la première fois de sa carrière, il est confronté à une maladie dont il ne reconnaît pas les symptômes. En quelques heures, ce qui n'était à ses yeux qu'une grippe sans importance prend l'aspect d'une épidémie bactériologique foudroyante. Tandis que les responsables du département de la Santé publique soutiennent la thèse du phénomène éphémère, la situation se dégrade. Le doute n'est plus permis : il s'agit d'une affection mortelle très contagieuse, dont la virulence se trouve décuplée par une mutation inconnue. Peu à peu, la ville sombre en plein chaos. Les autorités américaines ne vont pas hésiter à employer des méthodes radicales afin de circonscrire l'épidémie… Le docteur Petrie en réchappera-t-il ? Sauvera-t-il sa famille ?

Une œuvre mal équarrie…

Sorti en 1977, ce roman est la troisième œuvre d'horreur de l'auteur. Et cela se sent… le récit présente pourtant déjà les principales caractéristiques de Masterton, dont je vous ai parlé dans ma biochronographie de samedi dernier. La mort y est omniprésente, évidemment, il s'agit d'une épidémie de peste! Mais l'imagination de l'auteur n'a pas encore assez d'expérience pour se déployer tout à fait. Du coup, on assiste à des scènes grosses comme des camions, complètement bateau, on les voit venir à deux kilomètres… Le coup du brave médecin qui s'aventure dans les rues jonchées du cadavre et qui tique sur celui d'une jeune femme de 25 ans, fraîchement mariée et enceinte… Que peut-on imaginer de plus horrible? Et en même de temps de plus évident comme exemple de mort atroce… On a l'impression que l'auteur en fait des tonnes pour donner à son roman des airs chaotiques, mais il y a tellement de tonnes que ça en devient trop lourd. L'excès nuit en tout, dit-on…

Le sexe est aussi relativement présent, comme on pouvait s'y attendre (un livre de Masterton sans sexe n'est pas vraiment un livre de Masterton). Mais bon, à peine deux scènes, dont une très courte et qui laisse entrevoir la morale douteuse des personnages, ce qui peut décevoir le lecteur qui s'en était fait une image plus que positive jusque là. Enfin, ça reste compréhensible, en temps de peste, on pense généralement fort peu aux relations sexuelles. Il faut dire que l'odeur des cadavres et la possibilité d'être infecté, ça refroidi pas mal…

L'appel vers le surnaturel est dans ce livre inexistant. Non, la peste ne vient pas d'un vilain démon qui aurait décidé de répandre sa semence sur terre pour perpétuer sa race et la mêler à celle des hommes. Tout est très terre à terre, l'erreur parfaitement humaine, et la solution inexistante. Voilà qui a déçu mes appétits de lectrice fantastico-fantasienne! Mais on ne peut pas tout avoir dans la vie, surtout que l'ouvrage propose tout de même quelques points positifs.

Une ambiance pesante, une intrigue prenante…

Si Masterton n'est en encore qu'à ses balbutiements, il peut déjà être très fier de lui! Outre les quelques remarques ci-dessus, l'intrigue de livre tient tout à fait la route. On parvient malgré tout à se prendre au jeu et se laisser entraîner dans l'histoire sans trop de difficulté. C'est que l'auteur possède un style d'écriture très agréable à lire et qu'il n'a pas son pareil pour captiver le lecteur d'entrée de jeu. Le scénario de départ est simple mais efficace, laissant ouvert tous les champs du possible. L'histoire principale du Docteur Petrie se ramifie par la suite pour montrer différentes tranches de vie au travers d'aventures qui vont mener à une rencontre des différents protagonistes. Couru d'avance, mais agréable malgré tout, car on se demande tout au long du livre comment ils vont se rencontrer, et on ne s'attend pas particulièrement à la réponse donnée par l'auteur. Car si on peut encore prévoir l'histoire jusqu'au premier tiers du roman, la suite est tellement riche en rebondissements qu'on garde malgré tout l'effet de surprise de la finale. Une finale en demi-teinte, d'ailleurs, qui nous laisse, non pas déçu mais un peu sur notre faim.

Quant à l'ambiance du roman, c'est un des points les plus réussis, selon moi. Pesante et glauque à souhait! Avec de bonnes descriptions qui viennent étoffer notre impression naissante de chaos totale et de désespoir.

En résumé…

Pas une pure réussite, sans toutefois être un total foirage… Je dirais que ce roman était intéressant d'une part pour se faire une idée de l'évolution de l'auteur au fil de ses romans, d'une autre part parce que l'intrigue m'a quand même tenue en haleine jusqu'au bout, et qu'au final j'ai passé un moment de lecture divertissant.

 

 Ma note : 7/10

 

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La mort noire / Graham Masterton

Lu dans le cadre du challenge "Au-delà de la peur 2013".

La mort noire / Graham Masterton

Lu aussi pour le challenge "Petit Bac 2013", dans la catégorie Couleur.