[Chronique] Par-delà le gouffre des étoiles, de Frédéric Gynsterblom

À défaut d’avoir atteint les sommets de l’horreur, au bout d’une ascension longue et laborieuse, c’est surtout le gouffre de la bêtise que j’ai trouvé… Un trou noir béant qui a avalé aussi bien les étoiles que mes espoirs de fan de Lovecraft.

Acherontia

Synopsis

couv53121210Les Grands Anciens ont été, sont et seront.
Du fin fond des univers multidimensionnels, ils jailliront en légions pour revendiquer la propriété de la Terre, reléguant le bétail humain au rang de pâture gémissante et soumise.
Mais peut-être sont-ils déjà là ? Dissimulés sous les traits de quidams les plus anodins ou sommeillant dans notre ADN, attendant patiemment le début d’un nouveau cycle.
Par la porte du ciel nocturne, ils viendront. Par delà le gouffre des étoiles, ils déferleront sur l’humanité pour l’emporter dans les ténèbres.
En s’inspirant de la mythologie de Lovecraft, Frédéric Gynsterblom est sur le point d’atteindre les sommets de l’horreur.

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[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

Bien qu'il ne soit pas très récent, ce roman m'a comme qui dirait envoûtée. L'ambiance, d'abord charmante et printanière, devient très vite oppressante, gagnant en intensité au fil que l'histoire se déroule. L'écriture est plaisante, pour ne pas dire brillante. Chaque élément d'intrigue est amené au compte-goutte, si bien qu'on ne parvient que difficilement à décrocher du livre.

Acherontia

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

Aucun homme ne doit savoir, ni aucune femme en parler. Sinon…

Un peintre new-yorkais, sa femme et sa fille d'une douzaine d'années réalisent enfin leur rêve : s'installer à la campagne. Ils trouvent une vieille maison dans un village où les habitants vivent encore selon les coutumes ancestrales. Nos citadins sont aussitôt séduits par ces gens si proches de la nature, par cette vie toujours rythmée par les fêtes traditionnelles. Pourtant, peu à peu, l'inquiétude s'installe : Quels sont exactement ces rites de fertilité dont on parle à mi-mots ? Ce culte de la terre si vivace, si pittoresque, n'impliquerait-il pas des sacrifices humains ?

 

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

On ne peut pas vraiment dire que je me sois sentie attirée par la couverture… Comme beaucoup de romans des années 90, le graphisme n'est pas vraiment au rendez-vous… Alors pourquoi un tel choix?

C'est que cela fait quelques temps déjà que je me passionne pour la collection Terreur des éditions Presses Pocket. C'est une vieille collection, et elle n'est plus publiée, certes, mais c'est avec elle que j'ai commencé à lire des romans d'épouvante, donc je la porte tout naturellement dans mon coeur. Régulièrement, lorsque je dévalise les foires aux livres et les bouquinistes, j'achète les tomes qui me manquent encore (et ils sont assez nombreux…), le but étant d'un jour réunir la collection complète, même si tous les titres qui la composent ne se valent pas.

C'est dans le cadre de cette collection que j'ai acquis ce roman au titre qui prête à sourire. Et c'est aussi grâce à ce titre en particulier que j'ai enfin décidé de sortir ce roman de ma PAL. Début janvier, je me suis inscrite à un challenge sur le site Livraddict, qui consiste à se trouver un binôme lecteur, puis de piocher dans sa PAL deux romans qui nous intriguent. Gilsayan, mon binôme, a très judicieusement porté son premier choix sur ce titre un peu bizarre.

Je vous invite donc à découvrir ce qui se cache derrière…

Le temps revêtait le passé d'une patine de tendresse et l'on ne se souvenait plus combien, en ce temps-là, l'homme devait travailler dur et longtemps pour se nourrir, comme il était difficile de mettre au monde un enfant, comme il y avait peu de médicaments, peu de confort ; combien la vie était austère.

La fête du maïs, de Thomas Tryon

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

Le roman commence gentiment, calmement. Le lecteur a tout le temps qu'il veut pour se plonger progressivement dans l'univers bucolique et conservateur du petit village de Cornwall Coombe. En gros, cela commence par l'exode d'un couple new-yorkais d'âge moyen et de leur fille ado décident. Alors qu'ils commencent à se lasser de leur vie citadine, ils décident de retourner vivre à la campagne. Leur beau rêve prend forme un peu par hasard, lors d'un déplacement en voiture au cours duquel ils empruntent des routes qu'ils ne connaissent pas pour visiter la région. Ils découvrent un magnifique village à l'ancienne, niché au creux d'une nature luxuriante et sauvage. Et, comble du bonheur, leurs pérégrinations les conduisent tout droit vers une grande maison qui semble abandonnée. Ils se renseignent auprès du voisinage pour voir si elle est à vendre, repartent bredouilles à New York, pour recevoir quelques temps plus tard un coup de téléphone de la propriétaire, qui accepte de céder son bien à un prix dérisoire.

L'histoire s'axe alors sur les rénovations de la maison et l'intégration de cette gentille famille citadine au petit monde très fermé du village. Peu à peu, on apprend à connaître les personnages les plus influents du village. La Veuve Fortune, par exemple, qui fait office de doyenne et de rebouteuse, et qui semble connaître tout ce qu'il y a à connaître sur cet écrin de verdure. Il y a aussi les Dodd, le couple voisin de la maison. Et toute une kyrielle d'autres protagonistes, tous aussi hauts en couleurs les uns que les autres. Des personnages que l'on apprécie, ou que l'on déteste, c'est selon. Mais une chose est certaine, aucun d'eux ne laisse indifférent.

Personnellement, j'ai adoré ce retour campagnard, cette volonté qu'a le couple new-yorkais de "retourner à la terre", comme ils le disent, de sentir à nouveau la terre sous leurs pieds et la nature autour d'eux, de revenir à des valeurs plus essentielles et de sortir du rythme effréné de la vie urbaine. Je ne peux que les comprendre. Moi-même, je me dis souvent que ce rythme de vie plus que soutenu est vain, tout comme l'est le fait d'être hyperconnecté, de courir sans cesse après le temps, de ne plus apprécier le moment présent comme il se doit… Je me dis souvent que l'on passe à côté de choses tout à fait essentielles, sans toutefois pouvoir changer de mode de vie. Et moi qui suis une campagnarde, à la base, je n'ai pu qu'apprécier ce retour à la nature, ainsi que ce village dont les bons côtés ne sont pas sans rappeler ceux de mon village d'enfance.

Oui, je parle des bons côtés, notez bien… Car, bien sûr, les problèmes pointent bien vite le bout de leur nez, comme vous l'imaginez. Très rapidement, on ressent que les habitants du village ne sont pas nets, qu'ils cachent bien des choses. L'ambiance, de prime abord ensoleillée, légère et accueillante, se fait de plus en plus oppressante au fil des pages. Il y a cette tombe creusée à l'écart du cimetière ; sa pierre tombale mentionne une mystérieuse jeune femme dont tout le monde refuse de parler. Il y a Missy Penrose, une fillette retardée qui semble posséder de curieux dons de divination. Il y a ce culte que les habitants du coin semblent vouer au maïs ; et de façon plus large, il y a le fait qu'ils soient si conservateurs…

J'aimais l'atmosphère de ces lieux, leur aspect tranquille, bucolique, la sensation de paix qui se dégageait des maisons, des pelouses soigneusement entretenues, des jardins nouvellement fleuris. J'aimais cette vigueur, cette pérennité dont étaient empreints les passants eux-mêmes, des paysans simples, aux visages simples de campagnards. On sentait une sorte de vénération pour le passé, un effort intransigeant pour conserver les choses telles qu'elles étaient autrefois et peut-être même une résistance à admettre les choses telles qu'elles sont.

La fête du maïs, de Thomas Tryon

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

Le premier élément qui est venu m'inquiéter, ce n'est pas ce que les habitants cachent, mais plutôt ce qu'ils montrent ouvertement, c'est-à-dire leur conservatisme à toute épreuve. En fait, le village de Cornwall Coombe tout entier semble être resté à une époque reculée, un reliquat de la fin des années 1800, ou du début du siècle dernier. Petite parenthèse, j'ai même trouvé complètement incroyable cette façon qu'a l'auteur de décrire ce village. On ressent si bien l'ambiance qui s'en dégage qu'on a presque le sentiment d'évoluer dans une vieille carte postale sépia! On sent même les odeurs du cru, la bouse des champs, la poussière des habitations, l'odeur du linge de maison nettoyé à l'ancienne, les relents rances des remèdes de grand-mère, le fumet riche de la cuisine traditionnelle, le crottin des chevaux qui conduisent les calèches, les effluves corporelles peu recommandables, et j'en passe.

La première chose à laquelle j'ai pensé, c'est que j'avais peut-être affaire à une sorte de boucle temporelle, un étrange phénomène qui ferait que cette portion précise de l'Amérique reste figée à la même époque, sans plus évoluer. Je me suis souvenue du film Le jour de la marmotte, où le héros ne cesse de se réveiller le matin du même jour, pour revivre sans cesse les mêmes aventures.

Outre mes supputations alambiquées, je trouve toujours un tel niveau de repli sur soi très inquiétant. Ces gens sont si enfermés dans leurs anciens schémas, si intolérants à tout ce qui vient de l'extérieur et tout ce qui représente le progrès, qu'on ne peut que craindre pour la survie des nouveaux arrivants. Heureusement pour ces derniers, ils viennent avec la totale volonté de laisser derrière eux la ville et leur ancien mode de vie. Ils se montrent même plutôt charmés par les manières désuètes et les vieilles superstitions des gens du cru. C'est même ce qu'ils recherchaient en emménageant dans le trou de cul du monde, si je puis dire.

De chaque côté de la route s'étendaient des champs de maïs déjà haut ; je dis que la récolte promettait d'être bonne et la Veuve acquiesça.
"Je le savais. J'ai écouté pousser le maïs pendant tout l'été. Oh! oui ; on l'entend très bien. Vous viendrez avec moi, une nuit, l'année prochaine. Ne riez pas, ce ne sont pas des balivernes, et vous l'entendrez, vous aussi. Le doux bruissement des feuilles, doux comme des ailes de fée. Et les tiges qui s'élancent vers le ciel, les épis qui se gonflent, petit à petit, jusqu'à ce qu'on entende éclater leur enveloppe. C'est quelque chose que d'entendre pousser le maïs, par une chaude nuit d'été, à la clarté mauve de la lune. C'est à ce moment-là qu'on peut dire que la terre a rendu la semence au centuple."

La fête du maïs, de Thomas Tryon

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

Je pense que tout aurait pu se passer à merveille pour nos nouveaux arrivants, s'ils s'étaient pliés sans broncher aux vieilles traditions imposées par leurs nouveaux concitoyens. Mais vous le savez, n'est-ce pas… il y a toujours un mais! Écartez-vous un tant soit peu du carcan imposé, et vous serez au mieux pointé du doigt, au pire mis au ban de la société. Et tant qu'à faire les choses comme il faut, pourquoi ne pas devenir l'objet d'une chasse aux sorcières, ou d'une conspiration? Allons, soyons fous!

Vous connaissez peut-être cette chanson de Rammstein, Rosenrot. "Tiefe Wasser sind nicht still…", nous dit le chanteur. Comprenez par là que les eaux profondes ne sont pas calmes. Et que dire, dans ce cas, des très vieilles eaux, aussi obscures que la fin des temps, et aussi décomposées que les siècles qui passent?

Dans ce roman, tout est question d'apparence. Les villageois les plus sympathiques pourraient bien se révéler être les plus machiavéliques. Les fantômes et autres créatures surnaturelles entr'aperçus au clair de lune pourraient bien être plus humains qu'on le pense. Et si cette petite société rurale ne reposait pas tout à fait sur les mêmes principes que la société que l'on connaît, même avec un ou deux siècles de retard? Je vous le dis, méfiez-vous de l'eau qui dort…

Bientôt il ne resta plus personne, que moi.
Et le mouton étripé.
Et Missy Penrose.
Elle respirait par la bouche et émettait d'étranges sonorités, incompréhensibles, en regardant la cavité béante. "Mmm-um-nmm." La panse n'était plus rouge, une bile noire s'écoulait maintenant des tissus déchirés. Elle y plongea les doigts et les ressortit encore plus sanglants, encore plus noirs, les leva vers le ciel. Son corps se raidit et se mit à trembler. "Mm, um, nmm, mm."

La fête du maïs, de Thomas Tryon

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

Qu'est-ce qui se cache derrière cet étrange culte du maïs, derrière ces fêtes populaires et ces traditions qui entoure la culture de cette plante au demeurant si banale? Superstitions, croyances désuètes, remèdes de grand-mère, rebouteux, rites ancestraux et impies… Allez, je laisse un peu votre imagination galoper!

Quoi qu'il en soit, personnellement, je n'ai pas pu une seule seconde deviner ce qui allait se passer. La fin m'a totalement bluffée, pour mon plus grand plaisir. Le seul petit bémol, c'est que je n'ai pas été suffisamment terrorisée. Peut-être n'était-ce pas vraiment le but de l'auteur, d'ailleurs… J'ai le sentiment que son objectif premier était avant tout de mettre l'accent sur l'ambiance suffocante, et de baser l'intrigue sur les déviances qui peuvent arriver lorsqu'une communauté vit aussi repliée sur elle-même. Ceci dit, il y avait quelques éléments d'intrigue que j'ai trouvé particulièrement ingénieux. Je ne vous en dit pas plus, sinon ce n'est pas marrant. Mais honnêtement, je vois mal un lecteur capable de deviner ce qui se cache derrière chaque personnage, derrière chaque tradition et derrière chaque secret.

Une belle découverte, vraiment!

Toutes deux avaient le corps en épis de maïs, de grands yeux dans une tête de paille, des jambes de paille et, pour vêtements, des chiffons en lambeaux. La poupée de Missy n'était qu'un jouet d'enfant, mais l'autre… Je contemplai son visage étrange, effroyable, essayant encore de comprendre ce qu'elle était. Elle représentait, de toute évidence, une femme car de grosses protubérances, des seins, étaient fixées au corps de maïs et le sexe était clairement défini par une fente profonde entre les jambes.
Qu'était-ce? Quelle main avait fabriqué cela? Je me rappelai tout à coup un de mes livres d'histoire de l'art. Je pris l'ouvrage sur l'étagère et l'ouvris au chapitre "Art primitif"…

La fête du maïs, de Thomas Tryon

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

Bien qu'il ne soit pas très récent, ce roman m'a comme qui dirait envoûtée. L'ambiance, d'abord charmante et printanière, devient très vite oppressante, gagnant en intensité au fil que l'histoire se déroule. L'écriture est plaisante, pour ne pas dire brillante. Chaque élément d'intrigue est amené au compte-goutte, si bien qu'on ne parvient que difficilement à décrocher du livre.

L'intrigue proposée est tout bonnement géniale, et bien malin sera celui qui pourra deviner la chute avant la dernière page. L'auteur maîtrise l'art d'étonner ses lecteurs en le mettant sur de fausses pistes. Et puis j'ai adoré ce village qui semble tout droit sorti d'une vieille carte postale victorienne, avec ses superstitions, ses rites, ses traditions. Tout cela sent tellement la poussière, la boue et la magie païenne!

Ce que je retiens de ce roman, surtout, c'est, au final, cette analyse très pointue de ce qui peut se passer au sein de certaines communautés vivant en autarcie complète, avec toutes les dérives que peuvent engendrer l'étroitesse d'esprit et la volonté de respecter à tout prix les traditions.

Je n'ai pas souvent dit cela au sujet de romans qui commencent à dater, mais je pense que ce roman précis mériterait une édition plus récente et plus coquette. Les quelques éditions faites par le passé (je crois que la dernière date de 1991) ont vraiment un look douteux qui ne donnent pas vraiment envie de découvrir l'histoire. Je crois que cela vaudrait la peine d'y penser. Après tout, la quatrième de couverture de mon édition en parle comme "l'un des livres clé de la terreur moderne", et je ne suis pas loin de partager cet avis…

Le vent souffla de nouveau, de nouveau la chose cria. Le corbeau lança un croassement plaintif, mortuaire. Je me sentis soudain très seul au milieu de cette clairière. Je regardai de nouveau l'arbre, essayant de percer le secret de cette créature grotesque. Son expression de défi acharné était à la fois mystérieuse et révélatrice, preuve que la vie lui avait été dérobée à un moment de refus ou de protestation.

La fête du maïs, de Thomas Tryon

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
Lu dans le cadre du challenge "Pioche dans ma PAL", session du 1er janvier au 28 février 2017

Lu dans le cadre du challenge "Pioche dans ma PAL", session du 1er janvier au 28 février 2017

Lu dans le cadre du challenge "Défi lecture 2017", thème n°23, un livre dont un des personnages est docteur (ici : la Veuve Fortune est docteur et rebouteuse)

Lu dans le cadre du challenge "Défi lecture 2017", thème n°23, un livre dont un des personnages est docteur (ici : la Veuve Fortune est docteur et rebouteuse)

[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon
[Chronique épouvante] La fête du maïs, de Thomas Tryon

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Cereal readers #2

Cereal readers #2

Des Golden Grahams en compagnie de Graham Masterton! – Partie 2

Bonjour tout le monde!

Vous êtes prêt pour la seconde partie de ce bol de Golden Grahams en compagnie du maître incontesté du gore et de l'épouvante? Mais attention, hein, ne venez pas dégobiller votre déjeuner dans mon salon XD

Cereal readers #2

La nouvelle…

Elle est parue dans la revue Phenix n°38, dirigée par Marc Bailly. La nouvelle originale provient d'une anthologie, The mammouth book of terror, où elle était parue sous le titre Pig's dinner. C'est bien sûr Dennis Labbé qui l'a traduite.

Le délice pour cochon, de Graham Masterton

David et son frère Malcolm tiennent un élevage de cochons destinés à la consommation, mais l'entreprise a des difficultés financières. Un soir que David rentre d'un entretien avec un banquier, il trouve les lumières de la grange allumées. Par un malheureux concours de circonstances, alors qu'il croyait le broyeur à viande éteint et le bouton sur "marche", David ferme l'interrupteur du broyeur. Mais celui-ci se met en marche… avec Malcolm dans la cuve.

L'on retrouve dans cette nouvelle un thème que j'ai déjà rencontré chez Masterton, celui du cochon qui devient "pensant" grâce à l'incursion d'une conscience humaine dans son cerveau. Cela peut venir du fait que le cochon a mangé des restes humains (Le délice pour cochon) ou par une suite de mutations génétiques (Sang impur). Toujours est-il que dans les deux cas, le cochon est énorme, de couleur noir, et généralement létal pour qui tente de l'approcher. Un bon concentré de gore et d'imagination tordue!

Il avait quitté la porcherie à cinq heures et demie du matin, avait conduit pendant toute la route vers Chester sous une pluie diluvienne avec un fatras de sept petits cochons de Landrace souffrant peut-être d'érysipèle du cochon. Il avant attendu deux heures et demie un jeune inspecteur de l santé qui avait raté sa correspondance de Coventry. Puis il avait déjeuné d'un pudding à la viande de bœuf et aux rognons avec un directeur adjoint de banque dont le costume humide empestait comme un épagneul, et qui avait estimé ne pas pouvoir accorder à David le prêt dont lui et Malcolm avaient désespérément besoin afin de réparer le toit de la vieille grange noire.

Il avait presque atteint les escaliers de pierre lorsqu'il se rendit compte que les lumières de la fabrique de nourriture étaient restées allumées. Quelle barbe, pensa-t-il. Malcolm était toujours aussi négligent. C'était l'investissement trop ambitieux de Malcolm dans une nouvelle machinerie et l'insistance de Malcolm pour installer leur propre abattoir et leurs propres chambres froides qui avaient entraîné leurs finances jusqu'au point de non-retour. La Bryce Prime Pork avait été coincée entre la baisse de demande et la hausse des coûts, et le rêve de David de devenir propriétaire terrien prospère s'était petit à petit effiloché autour de lui.

Le délice pour cochon, de Graham Masterton

Retrouvez les scènes gores de cette nouvelle dans ma nouvelle collection d'extraits… Frissons garantis!

Ma progression dans le Phenix n°38…

2 nouvelles lues sur 7!

À très bientôt pour un nouveau Cereal Readers!

Si vous appréciez ce concept, n'hésitez pas à faire pareil et à venir parler des nouvelles que vous avez lues, soit en commentaire de cet article, soit sur la page Facebook du blog!

Cereal readers #1

Cereal readers #1

Des Golden Grahams en compagnie de Graham Masterton!

Bonjour tout le monde!

Vous le savez peut-être déjà, je me suis prise de goût pour l'écriture de nouvelles, mais je constate que j'en ai lu trop peu sur ma courte vie. Or, cela peut s'avérer utile pour glaner des idées et apprendre à construire ces courtes histoires d'une main de maître. Afin de remédier à ce triste constat, j'ai décidé de vous donner rendez-vous les dimanches matins (les vendredis et les samedis aussi, mais cela, je vous l'ai déjà expliqué ^^). Un grand bol de céréales sur les genoux, je lirai une (ou plusieurs) nouvelle(s) d'horreur ou de steampunk, et vous donnerai mon avis dans un court article.

Cela me permet, d'une part, de lire davantage de nouvelles et de découvrir de nouveaux auteurs, et d'une autre part de progressivement vider ma PAL des grosses anthologies qui la peuplent. Et, par la même occasion, de retomber un peu en enfance en m'enfilant un bol de céréales comme au bon vieux temps 😉

Je ne sais pas encore si ce rendez-vous sera hebdomadaire ou pas… Il est à l'essai jusqu'en septembre. Dès lors, je devrai décider d'une fréquence, en fonction de ce que je peux lire, de ce que je peux chroniquer, et aussi de ce que mon corps peut absorber sans trop prendre de poids (déjà que j'essaie d'en perdre…)!

Mais cessons de tergiverser, et allons déguster ces céréales avant qu'elles ne ramollissent!

La nouvelle… Le Laird de Dunain, par Graham Masterton

Cette nouvelle a été publiée dans sa version originale en 1992 dans le recueil The Mammouth book of vampires, puis traduite par Dennis Labbé et publiée en français dans la revue Phenix n°38.

Claire et sa classe de dessin partent en voyage en Écosse afin d'y peaufiner leur formation en y dessinant les paysages. Ils logent dans le château du Laird de Dunain, un énigmatique personnage. Celui-ci s'intéresse au travail de Claire et lui demande de faire son portrait. Claire est ravie et accepte de bonne grâce, mais très vite, elle va s'apercevoir que peindre le Laird n'est pas chose si aisée…

J'ai littéralement adoré cette nouvelle, d'une part parce que c'est Graham Masterton qui l'a écrite, et on sait tous bien qu'il est l'un de mes auteurs d'horreur favoris, si pas mon favoris tout court. Et d'une autre part parce que les mécanismes qui régissent cette nouvelle sont tout bonnement machiavéliques. On savait déjà que Masterton appréciait les histoires de tableaux qui évoluent avec les personnages qu'ils dépeignent (son roman Le portrait du mal le prouve bien). Ici encore, l'on retrouve ce concept, avec de belles scènes gores, des descriptions et style propres à l'auteur, et une chute magistrale qui en surprendra plus d'un.

Dans les premières brumes matinales, le Laird du Dunain sortit sur les pelouses vêtu d'un kilt, d'un sporran et d'un épais pull-over beige. Il avait le visage pâle, osseux, agréable, une barbe rousse comme les flammes, ses cheveux en bataille ressemblaient à un carré de chardons sauvages. Le pur Écossais, exactement comme celui que l'on peut voir sur les boîtes de pain ou sur les bouteilles de whisky pur malt. Excepté qu'il paraissait plus crispé et plus décharné, plus affamé spirituellement aussi.
C'était la première fois que Claire le voyait depuis son arrivée. Elle tendit le bras, tapa doucement sur celui de Duncan avec le bout de son pinceau en lui disant :
– Regarde, ça y est! N'est-ce pas fantastique?

Retrouvez les scènes gores de cette nouvelle dans ma nouvelle collection d'extraits… Frissons garantis!

Ma progression dans le Phenix n°38…

Cereal readers #1

1 nouvelle sur 7 lue!

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À très bientôt pour un nouveau Cereal Readers!

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[Chronique Horreur] Les évangiles écarlates, de Clive Barker

Synopsis…

Cela fait des années que Harry D’Amour, détective de l’étrange et du surnaturel, habitué à affronter créatures magiques et malveillantes, lutte contre ses propres démons. Lorsqu’il met la main sur un artefact ancien – un cube-puzzle capable d’ouvrir un portail sur l’Enfer lui-même –, des démons, véritables ceux-là, ne tardent pas à s’ajouter aux siens. Harry se retrouve bientôt entraîné dans un terrifiant jeu du chat et de la souris, à la fois sanglant, troublant et brillamment sophistiqué…

[Chronique Horreur] Les évangiles écarlates, de Clive Barker

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La loi d'attraction universelle…

Ce roman est ma seconde lecture lue dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore pour ce premier trimestre de l'année. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

Si j'ai choisi ce roman en particulier parmi la liste qui m'était proposée, c'est parce que Clive Barker est pour moi une valeur sûre de la littérature d'épouvante. Je l'ai découvert avec les Livres de sang il y a bien longtemps, et j'avais aimé son univers sombre, glauque, infernal et sanglant (oui, ça va bien avec le titre du recueil…). D'emblée, j'ai eu envie de découvrir ce roman-ci, d'autant plus que l'on y retrouve des personnages bien connus des fans de l'auteur, Pinhead et Harry D'Amour. J'avais envie de voir comment ces deux-ci allaient évoluer (enfin, si on peut parler d'évolution concernant un prêtre de l'Enfer…).

Voici ce que j'ai conclu de cette lecture…

Les évangiles écarlates en portrait chinois…

Pour vous éclairer quant à cette lecture, j'ai envie de faire un petit tour d'horizon en portrait chinois, histoire de vous mettre dans l'ambiance…

Si Les évangiles écarlates étaient une musique…

Un bon vieux titre de Metallica, Devil's dance, qui reflète fort bien l'atmosphère et le thème du roman.

Si Les évangiles écarlates étaient un tableau…

J'aurais pu choisir un tableau de Jérôme Bosch, il est vrai. Mais je trouvais cette option un peu facile, aussi ai-je plutôt opté pour ce tableau, Charon's boat, de Jacob van Swanenburgh.

[Chronique Horreur] Les évangiles écarlates, de Clive Barker

Si Les évangiles écarlates étaient un plat…

Un filet américain bien cru avec plein d'aliment dégoulinants par-dessus et une bonne dose de Tabasco.

D'autres lectures qui me font penser aux évangiles écarlates…

Je ne peux évidemment pas m'empêcher de penser aux romans de Masterton, Tengu, Le diable en gris, Sang impur, Le jour J du jugement… toutes ces pépites de romans d'épouvante qui parlent de démons et de morts sanglantes peu ragoûtantes…

Mais il y a aussi un petit je-ne-sais-quoi qui me rappelle Féerie pour les ténèbres de Jérôme Noirez, sans aucun doute les conséquences des tortures subies par certains personnages ou par la difformité physique d'autres, qui me rappellent les fameux rioteux dont il est question dans son roman.

Une plume chirurgicale…

La première chose qui me saute aux yeux, évidemment, c'est le style littéraire de l’œuvre. Si le thème du roman et la façon dont il est traité n'est pas ce qui se fait de plus accessible à un public large et hétéroclite, l'écriture, elle, est totalement ouverte à tout le monde. Clive Barker ne s'embarrasse pas de longues phrases alambiquées, ni tournures ampoulées. Les phrases sont courtes, pour la plupart, bien tournées sans toutefois en faire des tonnes.

Là où réside le génie de l'auteur, c'est dans le choix du vocabulaire. Les termes sont choisis avec précision, surtout lors des scènes gore, où les mots sont pris en fonction de l'effet horrifique qu'ils auront sur le lecteur. Monsieur Barker sait parfaitement jouer sur les sentiments de dégoût, de répulsion et de terreur en employant le vocabulaire qui pèsera le plus dans la balance de la peur. Pourtant, point d'overdose en vue, tout est très bien dosé. On pourrait qualifier son style de précis, presque chirurgical. C'est propre, net, sans bavure, et le résultat désiré est obtenu.

Petit bémol, toutefois, j'ai trouvé certaines descriptions un peu brouillonnes, en particulier dans la seconde moitié du roman qui semble un peu bâclée par endroits. C'est dommage, parce que du coup, ça a un peu cassé la belle atmosphère que l'auteur était parvenu à instiller. Mais j'en reparlerai un peu plus loin dans cette chronique.

Les protagonistes…

Le but des évangiles écarlates n'est pas de nous faire découvrir une nouvelle facette de l'univers Clive Barker, mais plutôt de proposer au lecteur une sorte de suite des aventures de deux héros incontournables de son œuvre. Le lecteur avance donc en terrain connu, ou presque. Ce choix ne manque indéniablement pas de charme car c'est avec délice que les fans de l'auteur retrouvent ces deux personnages hauts en couleur. L'originalité, ici, réside à réunir ces deux héros pour les faire interagir dans une espèce de jeu du chat et de la souris dans lequel Harry est la victime toute désignée de l'inquiétant Pinhead. Choisi par ce dernier pour être le témoin de ses actes et de sa tentative de dominer les Enfers, Harry se verra traîné d'un monde à l'autre, plongé jusqu'au cou dans des situations rocambolesques et horrifiques à en faire pâlir les lecteurs les moins sensibles.

 

Pinhead, l'indémodable…

Pinhead est un personnage de Clive Barker, créé pour la nouvelle Hellraiser en 1986. Je suis donc ravie de constater que, comme moi, il est heureux trentenaire ou en passe de le devenir. Enfin, oui, peut-être pas, finalement…

Car si l'on reprend sa biographie fictive, il serait un fait un explorateur et vétéran de l'armée britannique, nommé Eliott Spencer et mort en 1930. Ayant perdu foi en la race humaine, il trouve par hasard une boîte puzzle démoniaque (boîte que l'on retrouve d'ailleurs dans Les évangiles écarlates sous le nom de Configuration de Lamont). Cette boîte ouvre une porte sur les Enfers, où il découvrira le monde des Cénobites, des créatures infernales dont il finira par faire partie.

PInhead est devenu un personnage incontournable de la culture populaire. La série de films Hellraiser, basée sur la nouvelle éponyme, a connu un succès certain et a fortement contribué à la popularité de notre ami. Une série de films que j'aimerais d'ailleurs bien regarder à l'occasion. J'ai vu le premier il y a fort longtemps, et à présent que je m'intéresse de plus près à Clive Barker, il me semble bon de me remettre à niveau d'un point de vue cinématographique.

Il était grand et ressemblait beaucoup aux portraits qu'en dressaient les traités de démonologie qu'ils avaient tous parcourus au cours des derniers mois ou semaines, cherchant vainement un point faible à cette créature. Ils n'en avaient trouvé aucun, bien sûr. Mais à présent qu'il leur apparaissait en chair et en os, il dégageait nettement une certaine humanité, un héritage de l'homme qu'il avait été, avant que son ordre ait accompli son monstrueux ouvrage sur son corps. Sa carnation était pratiquement blanche, sa tête chauve rituellement marquée par de profonds sillons, verticaux et horizontaux, et à chacune de leurs intersections, un clou avait été planté dans la chair exsangue, jusqu'à l'os. Peut-être qu'à une époque, ils avaient brillé, mais les années les avaient ternis. Ils possédaient néanmoins une certaine élégance, rehaussée par le port du tête du démon qui donnait l'impression de contempler le monde avec condescendance et lassitude. Quels que soient les tourments qu'il avait prévus pour ces dernières victimes – sa connaissance de la douleur et de ses mécanismes était telle qu'à côté de lui, les inquisiteurs faisaient figure de petites brutes de bas étage -, ils ne feraient qu'empirer de manière exponentielle si l'une d'elles s'avisait de l'appeler Pinhead en sa présence – un surnom irrévérencieux dont l'origine s'était perdue depuis longtemps.

Les évangiles écarlates, Clive Barker

Harry D'Amour, le Demon Hunter…

Un peu moins connu que le démoniaque Pinhead, Harry D'Amour n'en est pas moins un personnage charismatique et assez présent dans l'univers de Clive Barker.

Harry D'Amour est un détective privé spécialisé dans les affaires occultes. Ce monsieur est un fervent adepte des modifications corporelles, des tatouages plus précisément. Mais ne vous y trompez pas, sous ce corps tatoué ne se cache pas l'âme d'un biker invétéré. Ces tatouages, ou sigils comme il les appelle, lui confèrent une forte protection contre les forces du mal.

Il apparaît pour la première fois dans la nouvelle La dernière illusion, que l'on retrouve dans le tome 6 des Livres de sang. Il apparaît brièvement dans Secret show, paraît-il, un roman qui sera bientôt publié par les éditions Bragelonne et qui fera également l'objet d'une chronique sur ce blog. Il est aussi l'un des principaux personnages du roman Everville.

Comme Pinhead, D'Amour est également apparu au cinéma, dans un film intitulé Le maître des illusions, où il était incarné par l'acteur Scott Bakula.

Harry prit conscience qu'il était temps de mettre les voiles. Deux enjambées, peut-être moins, le séparaient de la sortie quand le deuxième tatouage que lui avait donné Caz, un sigil d'avertissement au milieu du dos, se signala par une vibration qui lui parcourut tout le corps. Il se retourna juste à temps pour esquiver Felixson, dont les lèvres retroussées exposaient des dents irrégulières prêtes à déchirer la chair. Elles se refermèrent sur le vide, là où la tête de Harry se trouvait encore deux secondes plus tôt. Emporté par son élan, Felixson alla s'écraser sur le mur à côté de la porte.
Harry ne lui offrit pas l'occasion de revenir à la charge. Il se précipita dans le couloir. Les esprits semplaient comme fous ; ils étaient partout, terriblement agités. Ils cognaient contre les murs, tels des marteaux invisibles. Le plâtre avait presque complètement disparu, faisant apparaître le bois en dessous. Le fracas à l'autre bout du couloir suggérait que les fantômes s'attaquaient à l'escalier avec le même enthousiasme. Mais la poussière et l'obscurité conspiraient pour limiter la vision de Harry à une trentaine de centimètres. Malgré les bruits de destruction devant lui, il n'avait pas le choix.

Les évangiles écarlates, Clive Barker

Norma et les autres…

Des personnages secondaires viennent épauler Harry D'Amour dans sa lutte contre l'emprise de Pinhead. Sa meilleure amie, notamment, une vieille dame aveugle de type africain répondant au nom de Norma.

Norma, grâce à sa cécité, a la capacité de voir les morts et de leur parler. Elle a fait de cette faculté un tremplin pour aider ceux qui ont besoin d'elle, jouant les intermédiaires entre le monde des morts et celui des vivants.

Puis il y a Caz, le tatoueur de Harry, ainsi que Lana, une de ses amies au caractère bien trempé, et Dale, que ses rêves prémonitoires amènent au mauvais endroit au mauvais moment (ou bien serait-ce le contraire, justement…).

Tous sont des personnages attachants à leur façon, même si je trouve certains d'entre eux un peu survolés. C'est le cas de Lana et de Dale, justement, dont on sait fort peu de choses et qui auraient été des personnalités intéressantes à creuser. Peut-être que dans un futur roman, nous en saurons plus à leur sujet. Du moins est-ce ce que j'espère.

La brèche dans le mur occupait à présent la largeur d'une porte ; Harry avait avancé d'un pas ou deux sans même en avoir conscience. Ce n'était pas tous les jours qu'un homme avait droit à un aperçu de l'Enfer. Il entendait profiter au maximum de cette occasion. Dans sa fringale de comprendre tout ce que cette vision avait à lui offrir, il avait négligé de regarder à ses pieds.
Il se tenait sur la première marche d'un escalier en pierre particulièrement raide dont le bas disparaissait dans un nuage jaune grisâtre. Et de cette brume émergeait une silhouette. Un homme nu, aux membres maigres ; il avait une bedaine, et les muscles de sa poitrine étaient couverts par une couche de graisse qui ressemblait à des seins rudimentaires. Mais ce fut sa tête qui attira davantage l'attention de Harry, stupéfait. Il avait visiblement été le sujet d'une expérience particulièrement brutale aux conséquences si sévères que Harry ne parvenait pas à croire qu'il soit encore en vie.
On lui avait ouvert la tête, sciant dans l'os, du haut du crâne jusqu'à la base du cou, tranchant au milieu du nez, de la bouche et du menton pour ne laisser que la langue intacte. Cette dernière pendait du côté gauche. Pour empêcher les os et les muscles de reprendre leur place, on avait ensuite inséré une épaisse tige en fer rouillé d'une dizaine de centimètres de long à l'intérieur de la tête sectionnée.

Les évangiles écarlates, Clive Barker

Promenons-nous en enfer…

Ce que j'aime chez Clive Barker, c'est son imagination débordante – et un peu tordue par moment, il faut bien en convenir. Il propose au lecteur une version très personnelle des Enfers et des créatures qui les peuplent. Une version qui se veut horrifique par l'atmosphère qu'il confère aux terres infernales, aux difformités physiques des démons et à leurs mœurs dissolues. La frontière entre notre monde et celui de Pinhead est perméable à souhait, ce qui donne lieu à de nombreuses situations d'épouvante, pour le plus grand plaisir des lecteurs un peu sadiques qui aiment voir les personnages se faire malmener par les forces maléfiques.

Mais finalement, j'ai trouvé cette version des enfers encore assez gentille, dans le sens où les démons que l'on y voit semblent avoir encore un tantinet de morale, et vivent en communauté presque organisée. Moi qui m'attendait à rencontrer un chaos absolument indescriptible, je n'y ai pas trouvé suffisamment mon compte. Il n'y a finalement que Pinhead qui soit totalement dénué d'un quelconque sens des valeurs. Et lui ne m'a pas déçue, loin de là… Sa cruauté n'a d'égale que l'intelligence dont il fait preuve pour infliger les pires souffrances à ses victimes.

Le brouillard avait opéré un changement sur ce démon, et ce n'était pas beau à voir. Aux coins de ses bouches et de ses yeux, dans les plis de ses bras et entre ses doigts – bref, partout où il l'avait touché -, le brouillard avait apparemment planté les graines d'une récolte monstrueuse. Chaque nouvelle forme de vie avait pris son inspiration dans son lieu d'origine. Ainsi, une graine logée entre les doigts avait-elle produit une série de doigts supplémentaires, tous animés d'une vie propre. À côté de la bouche du démon, dans sa joue et dans son cou, le brouillard avait créé de nouvelles bouches, toutes grandes ouvertes et pleines de dents. Mais toutes ces anomalies ne pouvaient pas rivaliser avec celle engendrée près de l'oeil gauche, multipliant les globes oculaires dépourvus de paupières entre le front et la joue. Leurs cornées jaunâtres pointaient vers le haut, le bas et les côtés.

Les évangiles écarlates, de Clive Barker

Puissance et déclin…

Un démarrage sur les chapeaux de roues…

Je me dois de pointer un fait très positif dans ce roman. Dès les premières pages, j'ai été happée par l'histoire d'une façon phénoménale. Dès les premières scènes, on est dans le bain, et de la plus horrible des façons qui plus est. L'auteur choisit de placer le lecteur directement dans l'action plutôt que dans d'interminables descriptifs, et c'est une option judicieuse, car l'accroche à l'histoire se fait tout naturellement.

L'entrée en scène de Pinhead est assez rapide, on passe donc très vite de l'entrée du genre "sueurs froides" au plat de résistance d'un type plutôt "viande froide et sang frais". Loin d'être indigeste, le menu se laisse engloutir sans trop de protestations. De nombreux plats de charcuterie passeront ensuite entre les mains du lecteur, qui ne pourra que se délecter de leur variété et de leur goût prononcé.

… puis une finale en demi-teinte.

Puis survient la pause café, concrétisée par le passage de Harry et de ses amis dans les enfers. On sent l'adrénaline qui monte, on est addict à l'histoire comme à la caféine, on en veut plus, toujours plus, on a les mirettes grandes ouvertes, tout droit dirigées vers le dessert…

Chouette alors! Un soufflé, mon dessert préféré! Un dôme de suspens qui n'en finit pas de grandir, se terminant en apothéose dantesque, en apocalypse digne de Lucifer en personne. Mwoui, sauf que, là, le soufflé… À défaut de couper le souffle, les descriptions ont un côté parfois vraiment too much. Très brouillonnes par instant, les scènes d'action s'enchaînent trop vite et il y a parfois une surenchère "d'effets spéciaux" qui m'ont fait frôler l'indigestion. Un peu comme dans ces films américains où les pans pans des flingues et les explosions en tous sens n'en finissent plus, où la caméra saute d'une scène à l'autre jusqu'à nous donner le tournis et où on se réjouit que les choses se calment pour faire le point, résumer l'action, et se rendre compte qu'au final, il n'y a pas grand chose à résumer. De mon côté, la sauce – anglaise – n'a que très moyennement pris. Et c'est vraiment dommage, car ce roman avait tellement bien commencé… Trop d'action tue l'action, j'en prends bonne note pour la suite de mes aventures en tant qu'apprentie auteure.

En résumé…

En tant qu'amatrice de Clive Barker, j'ai été très heureuse de retrouver deux de ces personnages favoris dans de nouvelles aventures. Même si je n'apprécie pas la tournure que celles-ci ont pris… L'écriture de l'auteur est égale à elle-même, j'ai envie de dire, dans le début du roman du moins. Phrases courtes, vocabulaire choisi en fonction de l'effet horrifique qu'il aura sur le lecteur, style assez incisif. Oui, cela frôle parfois le vulgaire. On voit souvent apparaître des termes très crus, tout comme certaines scènes peuvent être très crues. Personnellement, cela ne m'a pas dérangée. Je connais déjà le style de l'auteur, et plus rien ne m'étonne venant de lui à ce niveau-là. Si, je m'étonnerais de le voir parler de petits poneys roses et bisous dans le cou. Là, oui, pour le coup, je me retrouverais sur le derrière, comme on dit.

J'ai également apprécié l'originalité de l'histoire. Clive Barker possède un imaginaire étonnant qui mérite qu'on s'y attarde. La rébellion de Pinhead, ses projets de domination des Enfers et sa volonté d'asservir Harry pour en faire son témoin m'ont assez étonnée. Je ne m'attendais pas vraiment à cela en ouvrant le roman, m'apprêtant plutôt à lire une destruction de l'humanité ou quelque chose dans ce goût-là. Finalement, l'apocalypse version infernale est une idée qui m'a séduite.

En revanche, j'ai été moins satisfaite de la façon dont l'auteur a traité cette fin de l'Enfer. Comme dis plus haut, certains passages étaient brouillons, voire lacunaires. Les scènes s'enchaînaient trop vite pour qu'on puisse réellement les assimiler, et donc j'ai été un peu déçue par la finale qui s'annonçait pourtant être une véritable apothéose.

Ma note : 15/20.

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

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D'autres romans de Clive Barker chroniqués sur ce blog…

Sorcière ma soeur, de Graham Joyce

Sorcière ma soeur, de Graham Joyce

Résumé…

Alex et Maggie Sanders mènent une vie des plus ordinaires, jusqu'à ce qu'ils découvrent au fond d'une vieille cheminée inutilisée le journal de Bella. A première vue, celui-ci paraît bien innocent : une liste de breuvages et de simples pour soigner les petits maux de tous les jours.

Mais Maggie est très vite convaincue que derrière les mots se cache un sens destiné à elle seule. En essayant quelques recettes, elle pénètre dans un monde mystérieux auquel elle n'avait jamais cru, celui de la sorcellerie. Et quand la défunte Bella revient, en quête d'une paix qu'elle n'a pas trouvée dans la tombe, Maggie sent qu'elle risque de perdre la raison et de détruire toute sa famille.

Ce qui m'a attiré vers cette lecture…

Dans le cadre du challenge "Un mot, des titres", je devais lire un livre dont le titre contient le mot "soeur". En feuilletant le catalogue de ma bibliothèque, j'ai passé outre les ouvrages sur Soeur Thérèse, les récits de vie mélodramatiques et les lettres ouvertes à une soeur réelle ou rêvée, pour me diriger directement vers le rayon fantastique/horreur avec ce livre de Graham Joyce. De plus, j'ai récemment lu La fée des dents, écrit par lui aussi, et je voulais compléter mon avis sur son style d'écriture.

La première phrase…

…tirée du prologue.

Vite, vite! Ils vont bientôt arriver. Il faut que tu le caches!

Sorcière ma soeur, de Graham Joyce

Une vision intéressante de la sorcellerie

Au fil du récit, Maggie (l'héroïne) se passionne peu à peu à la sorcellerie, une façon pour elle d'avoir une activité valorisante qui lui est propre, et aussi parce qu'elle se sent mystérieusement poussée à tenter l'expérience. Il est assez marrant de constater que nous aussi, on se passionne pour tous ces noms étranges, ces herbes oubliées et ces décoctions alambiquées. On aurait presque l'envie d'ouvrir un vieux traité de botanique et de le potasser à la recherche des propriétés cachées des plantes.

Sorcière ma soeur, de Graham Joyce

Puis vient la suite…

Après le premier tiers du roman, l'histoire se fait plus angoissante, l'ambiance beaucoup plus lourde. Plus Maggie s'enfonce dans cette sorcellerie, plus elle y laisse la raison, ce qui entraînera de nombreux événements dramatiques. Autant j'ai apprécié la première partie de l'histoire, où la magie de Maggie (tient, Maggie, Magie, plutôt redondant, non?) reste blanche, pure, utilisée pour soigner les petits bobos de la famille, autant la suite ne m'a pas plu du tout.

La suite du récit se fait de plus en plus sombre, triste, l'avenir de Maggie et de sa famille semble si morne, sans compter certaines découvertes plutôt macabres dont je ne parlerai pas pour ne pas en dire trop… Cette magie blanche tellement fascinante qui se mue en un amas noir et nauséabond de vieilles croyances et de rites poisseux… Le récit m'a fortement angoissée, si bien qu'à ce jour je ne l'ai pas encore terminé (il me reste trente pages, oooooooooooooh la vilaine! ^^). Ce n'est pas que le livre soit mauvais, je crois que c'est juste moi qui n'était pas dans les bonnes dispositions pour le lire. Au moment où je l'ai choisi à la bibliothèque, ça me paraissait être une bonne décision, et au moment où j'ai entamé la lecture, je me suis rendu compte que c'était une erreur.

Sorcière ma soeur, de Graham Joyce

Du grand Graham Joyce…

Ayant lu du même auteur, "La fée des dents", je peux affirmer que ce roman-ci est vraiment meilleur. Différent, certes. "La fée des dents" traitait des changements liés à l'adolescence au travers d'une histoire fantastique et fantasmagorique, "Sorcière ma soeur" est une pure histoire de terreur fantastique sur fond de sorcellerie médiévale. Dans ce livre, c'est la façon dont l'histoire dégénère progressivement qui est intéressante. L'auteur donne au lecteur l'impression très réaliste d'une longue chute vertigineuse au travers d'un tunnel grouillant, noir et gluant. Une plume très efficace…

Pour refléter au mieux l'ambiance du récit, noir et "féerique" à la fois…

Petites informations…

Un nom revient souvent dans le livre, celui de la déesse Hécate. Mais qui est-elle réellement? Déesse ou démon? Voici quelques pistes d'information…

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres", session 18 (un titre avec le mot "soeur").

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres", session 18 (un titre avec le mot "soeur").

Lu également dans le cadre du challenge "Petit Bac 2013", pour la catégorie "Gros mot" (SORCIERE, ma soeur).

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Lu également dans le cadre du challenge "Au-delà de la peur 2013".

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Lu également dans le cadre du challenge "Mythologies du monde", dans la catégorie "ANGES, DEMONS, ESPRITS et autres créatures de légendes".

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