La couleur tombée du ciel, de H. P. Lovecraft

La couleur tombée du ciel, de H. P. Lovecraft

En résumé…

L'humanité est en proie aux agressions répétées d'êtres surnaturels et mauvais qui ont été les maîtres de la Terre bien avant notre ère… Après un prélude d'horreur, voici que surgissent les démons de la Terre, puis ceux de la mer et de l'air, qui vont faire notre malheur. Quatre récits du grand écrivain américain H. P. Lovecraft.

La couleur tombée du ciel…

Près d'Arkham, dans la région appelée désormais la Lande foudroyée, est tombée un météorite fait d'une matière aux étranges propriétés, et d'une couleur encore jamais vue sur terre, apportant terreur et désolation aux habitants du périmètre…

L'abomination de Dunwich…

A Dunwich naît un petit garçon bien étrange, Wilbur, déjà fort peu attirant physiquement, et qui a la particularité de grandir trop vite, que ce soit d'un point de vue corporel et intellectuel. La condition hors-normes de Wilbur et les modifications apportées aux bâtiments où vit sa famille ont-elles un lien avec les vieilles légendes qui circulent et qui disent que Dunwich serait hantée par le Diable?

Le cauchemar d'Innsmouth…

Un jeune homme de 18 ans fête sa majorité en parcourant le pays à la recherche de curiosités archéologiques. Il ne tarde pas à découvrir la ville fantôme d'Innsmouth, où il se passe de bien étranges choses, et dont la population présente de troublantes difformités…

Celui qui chuchotait dans les ténèbres…

De curieuses et inquiétantes créatures sont aperçues dans les collines du Vermont. Deux scientifiques s'échangent des lettres à leur sujet et tentent de trouver leur origine. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises…

Ce qui m'a attirée vers cette lecture…

Lovecraft était un de mes écrivains favoris lorsque j'étais ado. C'est donc tout naturellement que je me suis tournée vers cette (re)lecture pour mon challenge le Trivial pursuit de l'imaginaire. Je savais qu'il s'agissait d'une valeur sûre…

La première phrase…

La couleur tombée du ciel…

"A l'ouest d'Arkham s'érigent des collines farouches, séparées par des vallées plantées de bois profonds dans lesquels nulle hache n'a jamais pratiqué de trouée."

L'abomination de Dunwich…

"Lorsqu'un voyageur qui parcourt le centre nord du Massachusetts se trompe de direction à l'embranchement de la barrière de péage d'Aylesbury, au-delà de Dean's Corner, il se trouve dans une région étrange et désolée."

Le cauchemar d'Innsmouth…

"Au cours de l'hiver 1927-1928, des fonctionnaires du gouvernement fédéral menèrent une enquête mystérieuse dans la ville d'Innsmouth, ancien port de pêche du Massachusetts."

Celui qui chuchotait dans les ténèbres…

"Par-dessus tout, rappelez-vous bien que je ne vis, au dernier moment, aucune horreur concrète susceptible d'affecter ma raison."

La couleur tombée du ciel, de H. P. Lovecraft

About Lovecraft…

"L'univers accessible à nos sens se prolonge à l'infini pour devenir le nouvel univers révélé par la science. Des distances énormes dans l'espace et le temps, une infinité de mondes dont beaucoup sont probablement habités par des êtres très différents de nous, des frontières qui reculent constamment, des mystères toujours nouveaux : tel nous apparaît cet autre cosmos.

Il est permis d'avoir, à l'égard de ce domaine prodigieux, d'autres attitudes que l'admiration béate des manuels d'astronomie populaire. Howard Philips Lovecraft avait adopté l'attitude de l'effroi. Le silence des espaces infinis effrayait Pascal ; Lovecraft, lui, redoute l'activité hostile des êtres monstrueux qu'il sent autour de lui, êtres dont la puissance infiniment supérieure à la nôtre, l'emporte même sur celle des dieux que nous avons imaginés. Ces êtres nous ont été créés un jour par plaisanterie ou par erreur ; un jour viendra où ils nous anéantiront.

Des historiens de la littérature arriveront sans aucun doute à montrer pourquoi Lovecraft a choisi cette voie. La misère dans laquelle il a vécu toute sa vie, une mauvaise santé, un mariage malheureux y sont certainement pour quelque chose. Pourtant, il n'y a eu qu'un Lovecraft dans la littérature de tous les pays… Et c'est pourquoi toutes les explications données seront toujours nécessaires mais non pas suffisantes.

Ce qui est certain, c'est que Lovecraft a inventé un genre nouveau : le conte matérialiste d'épouvante. Plus que tout autre il sait créer la terreur ; mais c'est sur les découvertes de la science que repose son pouvoir, plus grand à nos yeux que celui de Poe lui-même.

Sa cosmogonie et sa mythologie nous effraient parce qu'elles sont possibles. Des méthodes scientifiques irréfutables ont montré que la vie existait déjà sur notre globe il y a deux milliards sept cent millions d'années! Nous ignorons tout de la forme de cette vie : nous savons seulement que, dans des roches datant de deux milliards sept cent millions d'années, nous trouvons du carbone dont le rapport des isotopes est celui de la vie.

Ces êtres d'un passé infiniment lointain ont pu atteindre des pouvoirs étonnants et signer des pactes avec d'autres intelligences dans l'espace et le temps. Toute existence terrestre est peut-être soumise à des lois inconnues, appartient à des maîtres lointains depuis l'époque "où la Vie et la Mort, l'Espace et le Temps contractaient des alliances sinistres et impies", selon les termes de notre auteur. Et peut-être subsiste-il encore de cette époque des portes s'ouvrant sur d'autres points du continu espace-temps, sur des galaxies lointaines, sur le passé et l'avenir ; des portes dont les clés se trouvent dans notre inconscient, "mondes d'une réalité sardonique se heurtant à des tourbillons de rêves fébriles".

C'est dans ce cadre immense que Lovecraft place son oeuvre. Il utilise un "réalisme fantastique" qui lui appartient en propre. Les sources qu'il cite existent toutes à une exception près : le livre maudit, le noir Necronomicon, écrit par l'arabe Abdul Alhazred qui devint fou après avoir achevé la rédaction de son oeuvre. (Notons en passant, à ce propos, que la Bibliothèque du British Museum reçoit fréquemment des lettres demandant où l'on peut se procurer cet ouvrage!) Ce réalisme fantastique est encore renforcé par l'incrédulité du narrateur, qui cherche toujours des explications rationnelles et prosaïques.

La lecture de l'oeuvre de Lovecraft exige des nerfs solides. C'est une liqueur forte qui doit être absorbée à petites doses. Mais elle offre d'étranges plaisirs, dans cet "ailleurs absolu" dont parle Einstein.

Jacques Bergier, préface de l'édition de 1996 parue chez Denoël.

La Lovecraftitude…

Qu'ajouter de plus à ce préambule soigneusement rédigé par Monsieur Bergier et qui décrit si bien notre auteur?

Oui, il n'y a qu'un seul Lovecraft sur cette terre, unique, inimitable. Ses nouvelles sont intemporelles, et il est toujours plaisant de les relire de temps à autre. Ce fut le cas pour moi avec cet excellent recueil de quatre nouvelles formidables.

Mais qu'a donc ce recueil de si excellent?

Eh bien, il se fait que les quatre nouvelles qui le composent sont bien représentatives du style d'écriture de l'auteur, et une bonne introduction à son univers sombre, ainsi qu'à sa mythologie bien personnelle. On n'y parle que peu du grand Cthulhu, personnage de Lovecraft devenu culte suite à de nombreuses références dans les films, les jeux vidéos, les dessins animés et la littérature.

Mais cela ne gêne absolument pas car, même si on s'attend à voir au moins le bout de ses tentacules, d'autres créatures sont plus longuement évoquées et qui font partie intégrante de la mythologie dont est issu Cthulhu.

Chacune des nouvelles paraissent se ressembler sur la forme, et pourtant elles sont bien différentes de par le fond. On retrouve dans chacune d'elle le style inimitable de l'auteur, et cette atmosphère lourde d'angoisse qui suffoque le lecteur jusqu'à évoluer vers un sentiment d'effroi sans nom, comme dans cet extrait :

"Presque en même temps les animaux de la ferme périrent les uns après les autres. Poules et coqs devinrent grisâtres et moururent rapidement : leur chair desséchée était infecte. Les porcs grossirent démesurément, puis commencèrent soudain à subir des transformations répugnantes que nul ne put expliquer. Bien entendu, leur chair s'avéra inutilisable, et Nahum ne sut plus à quel saint se vouer. Aucun vétérinaire rural ne voulait s'approcher de la ferme ; quant à celui d'Arkham, il était manifestement déconcerté. Les porcs, eux aussi, prenaient une couleur grisâtre et tombaient littéralement en lambeaux avant de mourir, tandis que leurs yeux et leur groin présentaient des altérations singulières, d'autant plus étranges qu'ils n'avaient jamais mangé de plantes souillées. Ensuite, les vaches succombèrent à un mal mystérieux. Certaines parties du corps, ou bien l'animal tout entier, se recroquevillaient ; après quoi survenait un affaissement ou une désintégration particulièrement atroce. Quelque temps avant la mort (qui était le terme inévitable de la maladie), la chair devenait grise et friable comme celle des porcs."

En résumé, je dirais que ce recueil est une intéressante introduction à l'univers de Lovecraft, que je conseillerais aux lecteurs qui ne connaissent pas encore cet auteur de génie.

Mais qu'a donc cet auteur de si génial?

Ce que j'aime, chez Lovecraft, c'est cette façon très personnelle d'attiser l'effroi chez le lecteur par l'emploi de termes forts, qui marquent l'esprit. Tout le vocabulaire de l'horreur y passe. C'est que l'auteur ne manque pas de mots pour décrire l'indicible… étrange, abomination, cauchemar, souillé, avili, singulier, démesurément, squelettique, lambeaux, putride, succomber, désintégration, atroce, fantastique, délabré, en décrépitude, terrible, horreur, intolérable, extravagance, hallucination, quintessence du mal, impie, perversité, démoniaque… et ceci n'est qu'un tout petit aperçu.

Cela paraît anodin vu comme ça, mais pour moi, c'est ce qui donne du relief au récit de Lovecraft. L'auteur s'exprime dans une langage relativement châtié (mis à part pour certains dialogues qui ressemblent plus à une sorte de transcription d'accents régionaux), et l'histoire pourrait paraître monotone s'il n'y avait ces coups de tonnerre donné par ces termes tantôt durs, tantôt alambiqués qui font comme un électrochoc au cerveau.

Autre côté que j'apprécie énormément chez cet auteur, c'est son imagination débordante qui nous imprègne d'entrée de jeu. Rien que les descriptions des créatures qui terrorisent les protagonistes de l'histoire valent de l'or tellement ces créatures sont tirées par les cheveux, et pourtant si bien décrites qu'on les soupçonnerait d'avoir réellement existé.

"Ce ne pouvait pas être non plus des animaux familiers aux habitants du Vermont. C'étaient des créatures rosâtres d'environ cinq pieds de long : leur corps crustacéen portait une paire de vastes nageoires dorsales ou d'ailes membraneuses, et plusieurs groupes de membres articulés ; une espèce d'ellipsoïde couvert d'une multitude de courtes antennes leur tenait lieu de tête. Tous les récits, je l'ai déjà dit, coïncidaient d'une façon remarquable ; néanmoins, il ne fallait pas trop s'en émerveiller, car les vieilles légendes autrefois répandues dans le pays fournissaient une image morbide particulièrement vive qui avait sans doute impressionné le cerveau des témoins en cause."

La couleur tombée du ciel, de H. P. Lovecraft

En résumé…

Les petits plus…

  • Le lecteur est tout de suite pris par l'histoire car Lovecraft sait fort bien maintenir le mystère jusqu'au dénouement final.
  • La lecture reste agréable jusqu'au bout et l'ambiance est glauque à souhait.
  • J'ai aimé pouvoir m'émerveiller par l'imagination de l'auteur qui semble ne pas connaître de limites, même pas celles de notre monde physique…

Les petits moins…

  • Une ambiance peut-être un peu trop lourde et glauque pour certains lecteurs? Un roman, en tout cas, à ne pas mettre dans toutes les mains…
Ma note : 9,5/10 SECOND COUP DE COEUR DE 2014!!!

Lu dans le cadre du Trivial Pursuit de l'Imaginaire, Session 1 : "Des romans d'horreur avec une couleur dans le titre"

Lu dans le cadre du Trivial Pursuit de l'Imaginaire, Session 1 : "Des romans d'horreur avec une couleur dans le titre"

Lu aussi dans le cadre du Challenge Petit Bac 2014, Ligne Fantastique, Catégorie Couleur : La COULEUR tombée du ciel

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Lu aussi dans le cadre du challenge Les lieux imaginaires 2013, catégorie dystopies et lieux cauchemardesques

Lu aussi dans le cadre du challenge Les lieux imaginaires 2013, catégorie dystopies et lieux cauchemardesques

La conspiration Merlin, de Diana Wynne Jones

La conspiration Merlin, de Diana Wynne Jones

En résumé…

Le Multivers est composé d'une infinité d'univers parallèles, dont le nôtre et… celui des îles de Blest, qui concentre toute la magie du Multivers. Dans ce monde si différent du nôtre, un complot vise à renverser le Merlin, le mage le plus puissant du Royaume. Roddy et Nick, deux jeunes gens qui n'auraient jamais dû se rencontrer, vont devoir s'allier. Pour tenter de mettre fin à cette terrible machination, il leur faudra aller au bout d'un formidable périple entre les univers…

[Résumé de la 4e de couverture]

Ce qui m'a attiré vers cette lecture…

Acheté sur brocante pour une bouchée de pain, ce livre m'a d'emblée attiré de par sa couverture joliment illustrée. Puis ensuite le titre, la conspiration Merlin, m'a fait pensé à mon chien Merlin (décédé l'année dernière, paix à son âme…). Et en dernier, le résumé, parlant du Multivers, d'autres mondes et de magie, il n'en fallait pas plus pour me séduire 😉

La première phrase…

J'ai passé toute ma vie à la Cour et j'ai toujours voyagé dans la Suite du Roi.

La conspiration Merlin, de Diana Wynne Jones

Du Multivers…

Question univers parallèles, avec ce livre, nous sommes franchement gâtés! L'auteur ne nous livre malheureusement de description de tous les univers, car – selon elle – il en existerait plusieurs centaines… Mais les quelques univers décrits sont tout simplement géniaux! Comme le monde de Loggia City (voir l'extrait plus loin) ou l'île de Romanov, entièrement composée de parcelles de différents univers… Du travail magistral et une ingéniosité sans borne, je tire mon chapeau à Diana Wynne Jones pour cette perle d'imaginaire!

Un extrait de la description de Loggia City…

"Lorgnant du coin de l’œil ces policiers qui patrouillaient lentement, je me suis démanché le cou pour regarder plus loin. L'endroit n'était que canyons qui serpentaient dans différentes directions, fourmillant d'habitations et de magasins entassés les uns au-dessus des autres et reliés par des ponts – comme si la terre s'était ouverte en formant un réseau de ravins en étoile où les gens avaient décidé de s'installer. Le paysage était spectaculaire. On avait construit d'énormes palans de chargement, peut-être des ascenseurs, dans l'espace entre les colonnes massives qui retenaient chaque strate de constructions. Des machineries vraiment compliquées, ces trucs-là, et peintes de couleurs vives.

Tandis que les policiers s'éloignaient lentement, j'ai entendu comme un grondement monter des profondeurs. "Il doit y avoir une rivière tout en bas", ai-je pensé. Je me suis penché par-dessus bord pour regarder.

Ce n'était pas une rivière, mais un train – deux trains, à vrai dire, semblables à des projectiles argentés qui entraient lentement en gare, très loin en bas. J'ai observé, à la lueur laiteuse d'une lumière électrique, les individus microscopiques qui en descendaient."

La conspiration Merlin, de Diana Wynne Jones

De la magie…

Autre fait surprenant et merveilleusement bien inventé, c'est celui de la magie. Chaque univers possède un type de magie différents, et les habitant de chaque monde apprennent à maîtriser le type de magie qui est propre à son monde. Seuls certains d'entre eux, dont Romanov, parviennent à employer plusieurs types de magies.

La façon d'utiliser chaque magie, et les sorts propres à chaque univers, sont très bien décrits, si bien que cela paraît presque plausible. On en arrivera presque à penser qu'il existe réellement des univers parallèles, que les voyages entre ces univers sont du domaine du possible et que chacun, avec un minimum d'apprentissage, peut employer la magie.

La manière dont Roddy devient une superprofessionnelle de la magie est, elle aussi, surprenante et incroyablement bien trouvée. Nick, quant à lui, apprend à peine à l'employer, toute l'aventure sera pour lui une sorte de grand voyage initiatique dont il sortira grandi.

Des personnages hauts en couleurs…

Diana Wynne Jones nous fait rencontrer de nombreux personnages, certains très attachants, comme nos deux héros Nick et Roddy, ou comme Grundo, d'autres terriblement agaçants mais au final utiles, comme Isadora et Ilsabil, d'autres encore totalement loufoques, comme Romanov ou Heppy Dimber… On rencontre également une foule de petites créatures, des élémentaires, des gens du Petit Peuple, qui ne sont pas comme on les imagine et qui auront également leur rôle à jouer…

En résumé…

Je l'avoue, il m'a fallu presque 150 pages pour dire de vraiment "accrocher" avec l'histoire. Pas que le style ou le récit étaient ennuyeux, c'était sans doute moi qui avait la tête ailleurs à ce moment-là. Toujours est-il qu'après ces 150 pages, une fois que je me suis prise au jeu du Multivers et de la magie, j'ai dévoré le livre en moins de temps qu'il ne faut pour le dire! L'inventivité de l'auteur y est pour beaucoup. Mais il y a aussi cette façon qu'elle a de tenir le lecteur en haleine en alternant les récits de Nick et de Roddy, et peut-être aussi sa façon simple d'écrire, un peu à la manière d'un grand adolescent, mais en trouvant toujours les bons mots et les bonnes descriptions. Un excellent moment de lecture en définitive!

Ma note : 17/20

Un autre avis sur ActuSF…

Article de Myriam De Loddere.

Lu dans le cadre du challenge "Petit Bac 2013", catégorie Prénom - La conspiration MERLIN.

Lu dans le cadre du challenge "Petit Bac 2013", catégorie Prénom - La conspiration MERLIN.

Lu aussi dans le cadre du challenge "Les lieux imaginaires 2013", catégorie Mondes imaginaires après 1950.

Lu aussi dans le cadre du challenge "Les lieux imaginaires 2013", catégorie Mondes imaginaires après 1950.

Feed, de Mira Grant

Feed, de Mira Grant

Résumé…

2014. L’humanité a vaincu le cancer, mais elle a créé un fléau que nul ne peut arrêter : un virus qui prend le contrôle des cerveaux. Les individus contaminés n’ont plus qu’une obsession : manger. Vingt ans après, Georgia et Shaun Mason relatent sur leur blog les rebondissements de la campagne présidentielle. C’est alors qu’ils découvrent un scoop sans précédent : les infectés sont au coeur d’une sinistre conspiration. Les enquêteurs sont prêts à tout pour faire éclater une vérité qui pourrait bien leur coûter la vie.

Ce qui m'a attiré vers cette lecture…

J'ai trouvé ce volume par pur hasard sur mon bureau… Un de mes collègues l'avait passé à une collègue, qui l'avait elle-même déposé là pour lui rendre. Ayant entendu beaucoup parler de ce roman – souvent en bien – j'ai demandé au collègue propriétaire s'il acceptait de me le passer également – merci à lui!

La première phrase…

"Notre histoire débute comme se sont terminées d'innombrables histoires ces vingt-six dernières années : avec un idiot (mon frère Shaun, en l'occurence) qui n'a rien trouvé de mieux que de taquiner un zombie avec un bâton pour voir ce que ça fait."

Un livre de zombies?

Je dois avouer qu'à la base, les histoires de zombies ne m'attirent pas outre mesure. C'est un peu comme les vampires "révélés" (dénaturés?) par la saga Twilight, ça sent beaucoup trop la mode à mon goût. Ceux qui me connaissent savent que je rejette automatiquement ce qui est à la mode, ce dont on parle sans cesse, ce qui fait l'objet de tellement d'adaptations que ça sent vraiment trop le réchauffé, ou ce qui trop "conformiste" à mon sens – ou presque car si c'est de qualité, je peux faire une exception, je ne suis pas non plus trop fermée d'esprit… Il en est allé ainsi de la fameuse saga Twilight qui a fait un tabac alors que, selon moi, c'est très loin de valoir un bon Bram Stoker, qui doit d'ailleurs se retourner dans sa tombe depuis la sortie du premier roman. Les zombies étant une suite logique à l'essoufflement de la folie vampires, je me disais que ce n'était pas pour moi. Jusqu'à ce livre…

Ma collègue, qui l'avait lu, m'avait dit que les zombies passaient vraiment au second plan de l'histoire, et j'ai pu constater qu'elle disait vrai car l'auteur laisse vraiment la part belle à une intrigue politique et journalistique de qualité au lieu de sombrer dans le roman gore pour adolescent. J'ai donc été séduite par cette approche, même s'il m'a fallu pratiquement un tiers du livre pour vraiment "rentrer" dans l'histoire – le fait d'avoir été malade une semaine n'a évidemment pas aidé, j'étais trop "dans le gaz" pour me concentrer sur une lecture, quelle qu'elle soit.

Un livre pour adolescents?

Une fois passé mon hésitation concernant nos amis les morts-vivants, j'ai été un peu rebutée par le début du roman, parce que l'auteur me donnait l'impression d'emprunté un style d'écriture propre aux romans pour adolescents. Heureusement, j'ai été vite rassurée car si les premiers chapitres adoptent un ton narratif plutôt léger, le style devient de plus en plus agréable au fur et à mesure que les choses se corsent pour les personnages. J'ai même pu apprécier certaines répliques des personnages, certaines réflexions aussi, desquelles j'ai pu tirer quelques belles citations. Certaines phrases étaient même tellement vraies que je vais vous les retranscrire ici : "C'est ainsi que certaines personnes réagissent à la peur : par la haine – c'est tellement plus facile." "Soit c'est le meilleur menteur que j'aie jamais rencontré, soit il va devenir notre prochain président. L'un n'exclut pas l'autre, bien sûr."

Il y en a beaucoup d'autres de ce genre, mais trop nombreuses pour toutes vous les présenter… Quoique cela peut s'avérer marrant 🙂

Des personnages de caractère…

Ce n'est plus vraiment un mystère, j'apprécie énormément quand les héroïnes ont un caractère bien trempé. Dans le cas présent, on ne peut nier que Georgia Mason a effectivement un caractère trempé dans de l'acier chromé. Ses remarques sont acides à souhait quand cela est nécessaire, elle ne se laisse pas manger son biscuit, et garde la tête froide en cas de situations dramatiques. J'aime également sa capacité d'analyse, son discernement et sa sagesse. Juste dommage qu'on lui prête un look si masculin…

Il faut dire que dans le contexte historique qui est le leur, la place n'est pas aux gens mous et effacés! Les autres personnages ont eux aussi un caractère fort. Ils sont tous différents, mais sont tous aussi attachants.

Une innovation romanesque!

Un dernier point que j'ai vraiment apprécié, c'est l'inventivité de Mira Grant. J'ai littéralement été soufflée par son ingéniosité, par la complexité de son histoire, et par la foultitude de détails auxquels elle a pensé.

Il faut dire que tout se tient dans l'histoire qu'elle nous propose, tout paraît presque plausible, et c'est ce qui fait peur, d'ailleurs. La genèse de la catastrophe paraît tellement réaliste qu'on se dit "Tiens, ça pourrait bien nous arriver un jour, ça". Et les conséquences, eh bien, il fallait tout simplement y penser! Tout est décrit avec une justesse telle qu'on pourrait croire que l'auteur a réellement vécu pareille situation, des mesures de précautions, aux tests de dépistage, en passant par les zones de contamination, les implications sur les habitudes de vie des résidents, les histoires personnelles, les changements opérés sur la société,… Tout y est, jusque dans les moindres détails, elle a pensé à tout!

En résumé…

Je n'ai qu'une chose à dire, et cela signifie beaucoup… Vivement les prochains tomes!

Sans être véritablement un coup de coeur, j'ai vraiment apprécié cette lecture, détendante et pleine d'ingéniosité. De plus, comme ça parle de blogs, ça donne envie de remplir et d'améliorer le sien 😉

Ma note : 17/20

C'était obligé pour une histoire de zombies! Le thème principal de Dead Island… Non, je ne joue pas aux jeux vidéos, mais mon compagnon oui 😉

Lu dans le cadre du challenge "Les lieux imaginaires 2013", pour la lecture commune du 25 août.

Lu dans le cadre du challenge "Les lieux imaginaires 2013", pour la lecture commune du 25 août.

Coeur d’argent, par Michael Moorcock et Storm Constantine

Coeur d'argent, par Michael Moorcock et Storm Constantine

Résumé de la couverture…

On dit que la ville Karadur-Shriltasi est au centre du multivers. C'est là que serait né le temps. Elle court aujourd'hui un grand danger et pourrait disparaître à jamais…

Max Peau d'Argent, voleur d'exception, vit à Karadur, la ville du métal et de la vapeur. Il n'a que six jours pour découvrir les secrets de son héritage. La marque du sorcier, le Coeur d'Argent, le dévore et le consume.

Dame Rose De Fer est la fille du chef du Clan De Fer, l'un des plus puissants de Karadur. L'alliance incertaine de l'héritière et du voleur pourrait bien sauver le futur de la ville. Tandis qu'à Shriltasi, la ville jumelle et souterraine, les habitants en savent long sur la prophétie qui fait de Max l'unique sauveur de ces deux cités.

Résumé plus complet…

Résumé issu de www.scifi-universe.com et rédigé par Nicolas L.

"Au cœur d’un monde glacé et hostile se trouve la cité de Karadur, une mégalopole industrielle laborieuse dirigée par les membres d’une aristocratie ancienne et respectée, les Clans du Metal.
L’administration de la cité est animée par un Haut Conseil de familles privilégiées qui élisent un responsable pour assumer le pouvoir exécutif. Depuis des générations, c’est le Clan de Fer qui se voit confier cette charge.
Promothée, le chef actuel de ce clan, vit cependant des moments délicats. Sans héritier male, il doit composer avec la concurrence des autres Maisons, mais aussi avec les agissements d’un hors-la-loi, Max Peau-d’Argent, qui sème le trouble dans les rues mais aussi dans les esprits des gens de Karadur…

Les premières pages du livre nous introduisent rapidement auprès des principaux protagonistes, qui servent littéralement de guides pour nous faire visiter cette cité originale qu’est Karadur. Ancienne ville alchimique construite à partir et par ceux que l’on nomme des Clans du Metal, c’est un centre d’activité industriel et marchand qui, de part le climat glacial et la pollution inhérente à ces centaines de fonderies en marche, ne respirent pas vraiment la joie de vivre. Culturellement, il semble aussi que les anciens bâtisseurs aient eu des connaissances plus évoluées en matière de sciences que les contemporains de l’histoire, et l’on peut penser que le niveau technologique actuel, approximativement notre 16ème siècle, consiste en soi une décadence. Ce monde peut être considéré, pour faire bref, en une société ‘’steampunk-rennaissance’’ morose et repliée sur elle-même.

Matérialisation et humanisation de la structure chimique de leur emblème, on s’aperçoit au cours du roman que les Seigneurs du Metal sont les exacts reflets des propriétés du minéral qui leur sert de patronyme. Le Clan de Fer est l’un des plus ancien et il dominent politiquement la cité grâce à ses fonderies. Promothée, le chef de la Maison est un homme conservateur, droit et juste, mais que l’on peut juger comme archaïque. Dans le Haut Conseil, viennent ensuite les autres Maisons puissantes, comme le Clan d’Acier, jeune, vigoureux et ambitieux, le Clan de Cuivre, fin diplomate et conciliateur, le Clan d’Or, précieux et superficiel, et le Clan d’Argent, à l’attitude ambiguë. Les autres Maisons mineures – aux noms d’alliages -, comme le Laiton ou le Plomb, n’ont qu’une influence politique limitée.

Ces Clans dominent une population dense qui vit dans ce que l’on appelle la Zone Libre, une zone franche qui n’est pas soumise à l’autorité des Mécas – des droïdes de surveillance dotés d’une technologie oubliée – mais qui est régulièrement patrouillée par les Irréguliers, des milices chargées de veiller à ce que la ville conserve sa glaciale tranquillité. C’est dans cette zone libre que vit le personnage de Max Peau-d’Argent, un fils de petit noblesse qui a choisi la délinquance et la clandestinité. Ce personnage, anti-héros par essence, va devenir le héraut de la destinée de la cité de Karadur."

Fifty-fifty…

J'ai beaucoup de mal à me positionner par rapport à ce roman, beaucoup de mal même à déterminer si j'ai aimé ou pas. L'histoire comporte pourtant toute une série de thèmes que j'apprécie énormément (le multivers, la magie, l'univers Steampunk, le métal…). Il y a dans ce livre un certain nombre de concepts que j'ai trouvé vraiment géniaux, comme celui de Shriltasi, la ville cachée, celui aussi des différents clans portant chacun le nom d'un métal, ou celui d'objets disparates qui s'unissent pour former des artefacts magiques d'une incroyable beauté et d'une puissance inégalée.

Le récit est bien conté, le style d'écriture est très agréable à lire, peut-être un peu moins alambiqué que celui employé dans les romans d'Elric, mais tout de même recherché. L'intrigue se déploie à un rythme raisonnable, tout se tient, tout est bien ficelé…

Alors pourquoi ce manque d'engouement? Pourquoi m'a-t-il fallu près d'un mois pour terminer la lecture d'un livre que je pensais à la base dévorer en moins de deux? Tout y est, et pourtant quelque chose manque, quelque chose que je ne parviens pas à définir. Serait-ce dans le trop plein d'intrigues, dans les révélations qui jalonnent l'histoire à un rythme peut-être trop rapide pour réellement marquer mon esprit? Serait-ce dans la redondance d'éléments déjà vus et revus en littérature fantasy?

Au moins peut-on dire que les thèmes propres à Moorcock s'y retrouvent en juste proportion. Max Peau d'Argent fait une bonne figure d'Eternel champion, sauveur in extremis de la cité et et sauvé in extremis de son sort tout tracé. Le thème de la prédestination est également présent. L'on voit tous les éléments de la vie de Max peu à peu s'imbriquer dans le grand puzzle de son destin. Chaque élément, même le plus insignifiant, prend alors un sens particulier, à la lumière de la voie qui lui a été tracée. Mais si le roman est le fruit du travail de deux auteurs, j'ai malheureusement assez peu remarqué la part de Storm Constantine, sans doute noyé dans les schémas récurrent de Moorcock.

La rose a des épines…

J'ai toutefois pu trouver à ma lecture une grande satisfaction, celle de voir en action une héroïne telle que Rose de Fer. Pas de mièvrerie, pas de caprices de princesse ni de paroles nunuches, on est face à une véritable femme de caractère.

Rose est douce et aimante, mais en tant que future dirigeante de Karadur, elle a un caractère bien trempé qui n'est pas pour me déplaire. C'est que la rose a des épines, sachant se défendre aussi bien en politique qu'en combat à l'épée. Sans compter l'intelligence dont elle fait preuve et qui l'aide à comprendre, à percer les secrets de Karadur-Shriltasi.

Rose est patiente aussi, car il lui en faut du temps, à Max, pour s'apercevoir de ses sentiments pour elle!

Mais j'avoue, ce qui m'a plus plu encore, c'est que de la façon dont elle est décrite en début de récit, j'ai eu l'impression de me voir dans un miroir… Plongée dans l'étude, hantant les bibliothèques, avide de savoir, souvent dédaigneuse des mondanités, réservée et secrète, préférant tester ses connaissances sur le terrain en solitaire plutôt que de se plier aux conventions sociales idiotes de la communauté où elle vit. Ouais, ça me ressemble bien, ça! Et c'est finalement ce qui m'a poussé à continuer ma lecture, car je voulais connaître son rôle exact dans l'histoire. Maintenant que c'est chose faite, je ne suis pas déçue!

Ghost Brigade, c'est le groupe de metal que j'associe le plus au Steampunk. Allons savoir pourquoi… Mais l'ambiance qui se dégage de leur musique me rappelle celle que je ressens dans le Steampunk. Bref, j'avais envie de partager cette vidéo pour célébrer le premier roman steampunk (enfin plus ou moins…) que je lis.

Lu dans le cadre du challenge "Lieux imaginaires 2013", catégorie des mondes imaginaires après 1950.

Lu dans le cadre du challenge "Lieux imaginaires 2013", catégorie des mondes imaginaires après 1950.

Lu aussi dans le cadre du challenge "Petit Bac 2013", dans la catégorie Couleur (Coeur d'ARGENT).

Lu aussi dans le cadre du challenge "Petit Bac 2013", dans la catégorie Couleur (Coeur d'ARGENT).

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