[Chronique para-SFFF] Lovecraft en 25 œuvres essentielles, de Bertrand Bonnet

J’ai beaucoup apprécié les analyses et commentaires de l’auteur concernant les différentes nouvelles. Elles sont juste assez pointues pour le public visé, sans toutefois entrer dans de grandes considérations absconses.

Acherontia Nyx

À travers ce guide de lecture de l’auteur de Cthulhu et consorts, Bertrand Bonnet, grand connaisseur de Lovecraft, vous fait découvrir 25 portes d’entrées dans son œuvre immense, 25 possibilités de vous frotter à ses univers…

Édition ActuSF, collection Numérique

Parution le 20 mars 2020

Illustrateur de couverture : Zariel

Le texte a ses défauts, c’est certain. Mais, si l’on a parfois un peu dénaturé son influence sur la suite des événements, ou un peu trop extrapolé, disons, il constitue très certainement un moment important de la vie et de l’œuvre de Lovecraft. Il ne pouvait donc qu’ouvrir cette sélection, aussi subjective soit-elle à maints égards.

Bertrand Bonnet, in Lovecraft en 25 œuvres essentielles

La loi d’attraction universelle

Bon, on va faire dans l’original, pour changer… Tout tient en un mot : Lovecraft…

Des précisions préliminaires

Comme tout guide de lecture qui se respecte, et ça se justifie d’autant plus dans le cas de Lovecraft, trois précisions sont développées en introduction : le choix des textes, la présentation de ceux-ci, et le problème des différentes traductions pour une même œuvre.

Là où le Guide Lovecraft de Christophe Thill présentait autant l’auteur que son œuvre, avec tout l’impact que cela a sur la culture d’aujourd’hui, Bertrand Bonnet centre son analyse sur un nombre donné d’œuvres qu’il présente et analyse. Le choix des textes analysés est d’une importance d’autant plus capitale qu’il constitue le cœur même de l’essai. L’auteur nous avertit d’emblée de la subjectivité de ses choix de nouvelles, et on ne peut guère lui en vouloir. Quoi que l’on fasse, ce genre de choix reste toujours subjectif et, en tant que lectrice, je ne juge jamais de ces choix si propres aux goûts de chacun. Je dois quand même dire que je suis assez d’accord avec la sélection. Je pense qu’elle mettra d’accord de nombreux lecteurs, novices comme avertis.

Un autre point sur lequel je suis très satisfaite, c’est l’ordre de présentation des textes. Bertrand Bonnet a choisi de les classer par ordre chronologique, et non pas par « cycles » comme certains ont tendance à le faire. Je pense en avoir déjà touché un mot lors de ma précédente chronique du Guide Lovecraft, mais le classement par cycle est en fait sujet à cautions, notamment à cause du fait que ce que tout le monde connaît sous le nom de « mythe de Cthulhu » n’est en fait qu’un nom donné à un ensemble de textes par Auguste Derleth après la mort de Lovecraft. De mon point de vue, je trouve ces étiquettes de « cycles » trop réductrices par rapport à l’œuvre et à sa richesse. À mon sens, l’ordre chronologique présente bien mieux les différentes phases de l’œuvre, en évitant des classements hasardeux basés sur des thématiques récurrentes.

Pour finir, et c’est un point que je ne me souviens pas avoir lu dans le Guide Lovecraft (mais c’est peut-être moi qui rapfouille), Bertrand Bonnet aborde la problématique des différentes traductions pour une œuvre donnée, traductions qui peuvent même mener à des différences dans les titres des versions. Pour palier à ce problème, l’auteur propose, en début de chaque analyse, un petit rappel des différentes éditions (originales et françaises. Faut pas déconner, si on devait traiter toutes les langues, on serait encore là dans trois ans !). Clairement, pour les novices, cela n’a pas grand intérêt, et peut même paraître rebutant, surtout ainsi placé en début d’analyse, mais pour les fans, c’est plutôt bien pensé.

La nouvelle, au-delà même de son seul contenu, est aussi importante sous un autre aspect, en ce qu’elle a permis à Lovecraft, déjà, de faire le point sur sa philosophie, et tout autant sa conception esthétique de l’horreur – les deux sont en fait liées –, en échangeant avec d’autres quant aux implications de son récit.

Bertrand Bonnet, in Lovecraft en 25 œuvres essentielles

De la présentation

Donc, en clair, l’ouvrage se compose d’une introduction suivie de vingt-cinq « notices », une pour chaque nouvelle sélectionnée. Chaque notice est composée du titre français, suivi du titre original, d’un bref historique de publication et de traduction, d’un (tout petit) résumé, puis d’un commentaire/analyse littéraire/mise en contexte de l’œuvre.

D’un point de vue purement « présentation » des textes, tout est très bien. Le seul bémol que je puisse y mettre, c’est la consistance des résumés, un peu trop légère à mon goût. Écrire un synopsis d’une nouvelle de Lovecraft en une ou deux lignes, cela me semble un peu court. Certes, le format nouvelle ne permet pas de trop longues élucubrations si l’on ne souhaite pas « spoiler » le lecteur, mais dans ce cas-ci, j’aurais aimé un tout petit peu plus de matière à me mettre sous la dent. Les nouvelles en question, je les connais, mais je me mets à la place du lecteur novice qui tente de s’immiscer dans l’univers de Lovecraft et qui n’a que ça pour se faire une idée de la teneur des nouvelles présentées.

Mais, quel que soit le fin mot de l’histoire, la conviction demeure : cette ambiance ironiquement artiste et plus qu’à son tour imprégnée de folie pure est, dans son flou délibérément et savamment entretenu, un très beau morceau de littérature fantastique.

Bertrand Bonnet, in Lovecraft en 25 œuvres essentielles

De la forme

Le style d’écriture de Bertrand Bonnet est très littéraire, ce qui change des essais destinés aux novices d’un genre ou d’un auteur. Au travers de sa plume, on se sent déjà dans l’antichambre du Maître de Providence. C’est une bonne entrée en matière, très agréable à lire pour tout lecteur confirmé, peut-être un peu plus ardu pour les lecteurs moins habitués aux proses léchées, mais cela reste malgré tout accessible.

J’ai beaucoup apprécié les analyses et commentaires de l’auteur concernant les différentes nouvelles. Elles sont juste assez pointues pour le public visé, sans toutefois entrer dans de grandes considérations absconses. Il rejoint pour beaucoup les avis de Christophe Thill et son Guide Lovecraft, ce qui ne peut que me ravir. Après, si l’on me demandait de comparer les deux essais, je ne pourrais pas dire qu’un soit meilleur que l’autre, je dirais surtout qu’ils sont complémentaires, l’un visant l’œuvre et l’homme dans sa globalité, l’autre abordant l’œuvre surtout. Bertrand Bonnet va même un peu plus loin dans l’analyse des textes, et c’est bien logique, puisque l’objet de Lovecraft en 25 œuvres essentielles est bien d’aborder les œuvres seules, et non l’auteur au complet, avec sa biographie et tout le toutim.

On y retrouve le procédé de l’odyssée chtonienne, qui figurait déjà dans La Cité sans nom, et qui reviendra ultérieurement dans les « utopies préhumaines ». Mais cette odyssée, ici, se double d’une manière particulièrement bien vue d’un autre périple, de nature essentiellement psychologique, et qui s’exprime dans les aléas redoutables d’une généalogie d’essence morbide.

Bertrand Bonnet, in Lovecraft en 25 œuvres essentielles

Les plus

  • Classement par ordre chronologique, plus logique
  • Style très travaillé, assez agréable à lire
  • Choix de textes que j’ai trouvé pertinent
  • Très bonne analyse littéraire.

Les moins

  • Il y a peut-être trop de détails pour le lecteur « lambda », notamment la pléthore de dates (éditions, traductions, publications…)
  • Le style peut-être trop ampoulé par moment.
  • Les résumés sont souvent trop courts et ne sont pas assez évocateurs (il faut presque avoir lu la nouvelle pour savoir de quoi il retourne).
  • On aurait pu apprécier d’autres éléments dans les différentes notices, un peu comme le « Vous aimerez peut-être aussi… », ou un « listing » des thèmes abordés.

Ma note

16/20

À propos de l’auteur

Photographie issue du site planete-sf.com

Je n’ai pas trouvé de biographie de Bertrand Bonnet à proprement parler, ceci étant, j’ai trouvé quelques traces intéressantes sur le net, notamment deux interviews très intéressantes que je vous relaie de ce pas…

Une interview sur le site planete-sf.com, d’une part, et une autre interview sur le blog « L’antre du poulpe » d’autre part.

Je vous recommande surtout de visiter le blog de l’auteur, « Welcome to Nebalia », riche en chroniques de bonnes lectures et en lofcrafteries de tout genre. Il est à noter que le blog possède sa chaîne Youtube.

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