[Chronique steampunk] La machine de Léandre, de Alex Evans

Le mélange entre fantasy magique et steampunk proposé par l’auteure est vraiment très réussi. Je crois qu’Alex Evans a atteint le niveau expert en mixologie !

Acherontia Nyx

Constance Agdal, excentrique professeur de sciences magiques, n’aspire qu’à une chose : se consacrer à ses recherches et oublier son passé. Malheureusement, son collègue disparaît alors qu’il travaillait sur une machine légendaire. La jeune femme le remplace au pied levé et fait la connaissance de Philidor Magnus, un inventeur aussi séduisant qu’énigmatique. Bientôt, une redoutable tueuse et un excentrique et un richissime industriel s’intéressent à ses travaux, sans oublier son assistant qui multiplie les maladresses et un incube envahissant…

La loi d’attraction universelle

Un nouvel Alex Evans, ça ne se refuse jamais ! Depuis que j’ai lu son Sorcières associées, je suis tombée amoureuse de son univers qui mélange adroitement la fantasy et le steampunk. Même si j’ai tendance à trouver ses romans trop courts, je ne me lasse pas de sa plume. Je remercie donc chaleureusement les éditions ActuSF pour ce service presse ! En plus, ce livre est un bel objet, avec une illustration de couverture très esthétique qui sert l’histoire à merveille. Un régal pour les yeux !

Entre steampunk et magie

J’ai toujours adoré le mélange des genres. Cela permet d’emprunter des chemins de traverses. Et ce sont ceux-là, précisément, qui nous font découvrir les choses les plus belles et les plus inattendues. Alex Evans, elle, passe d’un chemin de traverse à un autre pour amener ses lecteurs là où elle le désire. On saute à cloche-pied sur les rochers qui jalonnent l’histoire de son univers, en avant, en arrière, un peu de gauche et de droite aussi. On se fraie un chemin dans la jungle d’une société qui ressemble à celle de l’époque victorienne, mais en mieux. Parce qu’en fin de compte, dans nos pérégrinations, on s’aperçoit que le sol est saupoudré de petites lumières féeriques, des éclats de magie qui apparaissent et disparaissent au fil de l’Histoire avec un grand H.

En milieu de matinée, je parviens à aligner correctement le talisman émetteur de Pouvoir, un fragment d’os de dragon, et son récepteur, un large prisme scaphoïde. D’après les écrits épars de Firouzée de Dassa, ils devaient être sur une ligne de force allant de onze à dix-neuf degrés. J’entamais le calcul de la position de mes fleurs de lunareille, lorsque deux coups furent frappés à ma porte, puis quelqu’un la poussa avec effort.

La machine de Léandre, par Alex Evans

Comme on le découvre rapidement, la magie a à une époque disparu. Dans ce récit, elle tend à revenir petit à petit. Jouer la carte de la magie fluctuante est, il faut le dire, audacieux. La plupart du temps, en fantasy, la magie fait partie intégrante du cadre du récit, de l’univers proposé. C’est plutôt rare d’avoir à faire à une magie cyclique ou sporadique.

Je me suis trouvée doublement bluffée lorsque la technique est entrée en lice. Le récit se situant à une pseudo époque victorienne, il était logique de voir apparaître des machines fonctionnant, en tout ou en partie, à la magie, un peu comme la magie de Léandre. Et pourtant, cet aspect-là des choses n’est à mon sens pas assez poussé. J’aurais aimé voir plus de machines de ce genre, et je suis restée sur ma faim. Ce qui ne gâche en rien le plaisir que j’ai eu à découvrir cet univers.

Car je vous rassure, la magie y est bien présente, et pas que dans les machines. Ici, nous sommes dans un monde où la magie se redécouvre, s’étudie, se recherche et se réinvente. Dès lors, quoi de plus normal de voir apparaître, dans les universités, des services de recherche dédiés à son étude. Constance en sait quelque chose, puisqu’elle-même est professeur de sciences magiques. Personnellement, c’est surtout cet aspect des choses que j’ai préféré. Sans doute parce que cela rejoint un peu certaines thématiques de mon roman-feuilleton, et sans doute aussi parce que j’ai toujours aimé lier la science, surtout dans la conception qu’on s’en faisait au 19e siècle, à la magie, au surnaturel et au légendaire.

La constance du hérisson

J’ai eu un énorme coup de cœur pour l’héroïne de ce roman, Constance Agdal ! Je me suis surprise à faire avec elle une sorte d’identification, parce que certaines parties de son caractère me ressemblent beaucoup. Excentrique, solitaire, passionnée, intello, d’apparence plutôt fragile mais avec une âme forte et un caractère énorme, notre héroïne est donc chercheuse dans le domaine de la magie. Ce qui était curieux, c’est que plus j’avançais dans la découverte de son quotidien, plus je voyais celui des chercheurs de l’université dans laquelle je travaille. Sans doute l’auteure y travaille-t-elle aussi, ou y a-t-elle travaillé ? En tout cas, on sens vraiment l’influence du milieu universitaire actuel, mais transposé dans un univers typé steampunk victorien, avec un rab de magie en plus. Aussi, quand Constance a été obligée de reprendre les recherches d’un collègue disparu, j’ai été presque déçue de devoir quitter ce milieu. J’aurais bien théorisé un peu plus longtemps encore sur la magie, son histoire et ses effets.

Qu’allais-je faire de lui ? En toute logique, j’aurais dû appeler au secours immédiatement et tenter de le livre aux licteurs. Seulement, ils se seraient sans doute empressés de l’abattre, le disséquer et le répartir dans une trentaine de bocaux de formol. Cela me répugnait de faire une chose pareille à un être intelligent et qui paraissait peu agressif. Ma curiosité fit basculer la balance : il pourrait m’en apprendre beaucoup… Mais alors que faire ? Et surtout, comment nourrir une créature au mode d’alimentation si particulier ?

La machine de Léandre, par Alex Evans

Le gros problème de Constance, et cela va la desservir plus d’une fois dans l’histoire, c’est qu’elle manque cruellement de confiance en elle. Pourtant, elle est tout à fait capable de prendre certains situations en charge, elle tient parfois tête à ces messieurs, chose plutôt rare à cette époque, elle se tire de certains problèmes d’une main de maître et n’hésite pas à se mouiller pour ses rêves et les idées en lesquelles elle croit. Le souci, c’est que ces qualités, elle ne les voit pas. Du coup, n’étant pas au fait de sa propre force, elle en devient aisément manipulable. Bien sûr, c’est un peu ce qui va lui arriver, et jusqu’à la fin, on se demande si le franc va tomber chez elle, si elle va se tirer de ses mauvais pas.

D’une façon générale, Constance est un personnage assez complexe, mais pas trop. Ses réactions sont logiques par rapport à la psychologie que l’auteure lui confère. Je pense qu’on aurait pu aller un peu plus loin avec ce personnage, la détailler encore plus, mais le format court du roman ne s’y prêtais pas vraiment. Toutefois, j’ai beaucoup aimé Constance, et apprécierais volontiers d’autres aventures avec elle en tête d’affiche !

En résumé

Le mélange entre fantasy magique et steampunk proposé par l’auteure est vraiment très réussi. Je crois qu’Alex Evans a atteint le niveau expert en mixologie ! Et cette magie sporadique, cyclique, c’est vraiment très ingénieux car cela permet de nombreuses possibilités scénaristiques. On peut parler de l’histoire de la magie comme de sa nature, de ses applications, de la façon dont la société s’organise lorsqu’elle est présent, lorsqu’elle ne l’est pas, on peut l’étudier de façon scientifique, on peut l’expérimenter à la façon des sorciers d’antan… Cela rend le concept beaucoup moins linéaire, et de ce fait beaucoup plus intéressant.

Ce que j’ai par contre trouvé trop linéaire, c’est la trame de l’histoire. Il est une chose que j’ai déjà « reproché » à l’auteure dans ma précédente lecture de Sorcières associées, c’est le format trop court du roman. Je reste à chaque fois sur ma faim, comme si je regardais une bande-annonce au lieu de voir le film complet. L’univers qu’Alex Evans déploie est si riche de tant de possibles qu’il m’est douloureux de n’en lire que si peu. J’ai clairement envie de plus de développement, quitte à ce que cela devienne un brique façon Seigneur des anneaux ! J’ai envie de plus de descriptions, de plus de théorie magique, de développement au niveau du background des personnes et de l’histoire de leur monde, des histoire plus longues et plus riches en rebondissements divers. Peut-être manque-t-il une ou deux histoires secondaires pour venir étoffer le tout ?

Quoi qu’il en soit, c’est une remarque très positive, car c’est la preuve que l’univers déployé est digne d’intérêt !

Sinon, j’ai trouvé l’interview de l’auteur en fin d’ouvrage très intéressante. Cela nous permet d’un peu mieux appréhender son univers, et d’en connaître les origines. Alex Evans semble être une femme intelligente et cultivée qui ne manque pas de ressources pour épater encore son lectorat dans les années à venir. Pour sûr, c’est une auteure à suivre…

Ma note : 15/20

La chasseuse de livres

J’ai par contre bien mieux goûté à la nouvelle en fin de volume. En même temps, ici, le lecteur est prévenu qu’il s’agit d’un format court et ne s’attend donc pas à avoir un développement conséquent de l’univers et des personnages.

Mon père et le professeur Florizel me voyaient en respectable académicienne, étudiant les ouvrages de magie anciens pendant vingt ans. C’était ainsi que je m’étais retrouvée avec ce sujet de thèse : la traduction commentée du journal de bord de Léandre l’Alchimiste, un texte aride, où il avait patiemment noté ses recherches pendant quarante ans. Mais je commençais à avoir d’autres aspirations. Je ne voulais pas être enfermée, je voulais être sur le terrain. Je voulais être chasseuse de livres. J’aime chasser.

Pas un métier pour une femme, disait-on. Mais je n’ai jamais rien fait comme tout le monde. C’était un domaine plein d’avenir. Un domaine encore vierge où l’on pouvait se faire un nom. Même si l’on était une femme.

La chasseuse de livres, par Alex Evans

Et puis elle parle de livres, cette nouvelle. Étant moi-même bibliophile (comme beaucoup de blogueurs littéraires, je présume), ça ne pouvait qu’appuyer sur le bon bouton chez moi. L’histoire met en scène une autre jeune demoiselle, Cassandra de Galata, chercheuse de livres de profession. Enfin, c’est ce qu’elle souhaiterait. Car étant une femme, on lui fait souvent comprendre que les réalités du terrain sont trop difficile pour une personne de son sexe. Et pourtant, un petit coup de pouce du destin la fera baigner au beau milieu d’une aventure dont elle ne ressortira pas indemne. Entre amour des livres occultes, magie et aventure à la « Indiana Jones », le lecteur ne sera pas déçu et ne s’ennuiera pas une seule seconde !

Fiche technique

  • Titre : La machine de Léandre
  • Auteur : Alex Evans
  • Maison d’édition : ActuSF
  • Collection : Bad Wolf
  • Genre : fantasy/steampunk
  • Nombre de pages : 259 pages
  • Illustrateur de la couverture : Dogan Oztel
  • Parution : 6 septembre 2019
  • Prix : 18,90 €
  • Bonus : la nouvelle « La chasseuse de livre » et une interview de l’auteure en fin d’ouvrage

À propos de l’auteure

Alex (Agnès) Evans est médecin, mariée avec deux enfants.

Les années passées dans des pays aussi divers que la Russie, le Togo, l’Italie ou la Grande-Bretagne, lui ont donné des sources d’inspiration un peu inhabituelles.

Après la découverte de la Science-Fiction et de la Fantasy à l’adolescence, les mondes imaginaires ne l’ont plus quittée.

Elle a commencé à publier en 2013. Elle écrit aussi bien des romans que des nouvelles ou des novellas. Aussi bien de la high fantasy (« Les Murailles de Gandarès », 2014), ou du steampunk (« La Machine de Léandre », 2014, « Le Loup des Farkas », 2015) que du paranormal (« Skinwalkers », 2016).

Source : Babelio.com

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