[Mois Lovecraft 2020] Dagon

Je pense que c’est à cet instant précis que je suis devenu fou.

H. P. Lovecraft, Dagon

Mars, c’est généralement le « mois Lovecraft » chez les Indés de l’imaginaire ! Et, bien sûr, ça l’est aussi chez Acherontia Nyx ! En ce joli (?) mois de Mars, je vais envahir vos mirettes avec autre chose que le coronavirus (encore que je doute que ce soit plus réjouissant…). Je vais vous présenter quatre nouvelles du célèbre Lovecraft, une par semaine, en commençant avec un récit de jeunesse, ou presque…

En parallèle, je vous propose une illustration par nouvelle sur mon site web.

Introduction…

Dagon (titre original : Dagon) est une courte nouvelle, d’abord rédigée en juillet 1917 (et donc considérée comme faisant partie des derniers récits de jeunesse de Lovecraft), puis publiée en novembre 1919 dans le onzième numéro du magazine The Vagrant, avant d’être réimprimée dans le pulp Weird Tales en octobre 1923 puis en janvier 1936. Lovecraft a vingt-sept ans lorsqu’il invente cette histoire. Avec La tombe, elle est considérée comme ses premières oeuvres « d’adulte ».

Dagon n’est pas seulement l’un des premiers textes laissés par l’auteur, il est aussi le premier à contenir des éléments de ce que l’on appelle « le mythe de Cthulhu ». De fait, le nom « Dagon » lui-même apparaît dans de futurs travaux faisant partie du mythe de Cthulhu. Cette nouvelle introduit également des éléments thématiques propres à Lovecraft : des êtres extrêmement anciens, des expériences et des sensations qui ne peuvent être comprises par l’intelligence humaine, et un profond sentiment de fatalité.

Plus horribles encore que les personnages qui hantaient l’imagination délirante d’un Poe ou d’un Bulwer, ils avaient une allure odieusement humaine, malgré leurs pieds palmés, leurs mains molles, leurs lèvres énormes, leurs yeux gonflés, et d’autres traits encore plus déplaisants.

H. P. Lovecraft, Dagon

Synopsis

La nouvelle retranscrit le testament d’un officier de la marine marchande rongé par le souvenir d’une étrange aventure vécue sur une île inconnue des cartes, pendant la Première Guerre mondiale.

Témoin de l’apparition d’une gigantesque créature ichtyoïde s’agrippant à un monolithe, vestige mystérieux d’une antique civilisation sous-marine, le protagoniste a sombré dans la folie. Revenu parmi les hommes mais devenu paranoïaque et esclave de la morphine, il en vient à commettre l’irréparable.

J’ai beau mettre en doute ces horribles souvenirs, cette vision hideuse me poursuit sans trêve. Je ne peux songer à la haute mer sans revoir, en frémissant, ces êtres sans nom qui nagent et pataugent dans leur lit de vase, adorant leurs vieilles idoles de pierre, gravant leur propre image sur des obélisques de granit immergé. Mon rêve étrange se poursuit et je vois le jour où ils s’élèveront au-dessus des flots pour engloutir l’humanité affaiblie par les guerres. Ce jour-là, les terres s’enfonceront, et le fond des sombres océans se dressera au-dessus des eaux pour envahir l’univers.

H. P. Lovecraft, Dagon

Thèmes et éléments typiques

La connaissance qui, en elle-même, mène à un déséquilibre mental.

Tout rationalisme tend à minimiser la valeur et l’importance de la vie et à réduire le bonheur humain. Dans bien des cas, la vérité peut mener au suicide ou à une dépression proche du suicide.

HPL à Maurice W. Moe, 15 mai 1918
Une civilisation extraterrestre ancestrale vivant à la surface du monde

la véritable horreur de ce récit est l’antiquité terrible et reconnue de la Terre et, en conséquence, la fragilité de la position que l’Homme y occupe.

« The Lord of R’lyeh » Le seigneur de R’lyeh, Lovecraft Studies no 7 (automne 1982), p. 14.


Le saviez-vous ?

Lovecraft avait supprimé la plupart de ses premiers écrits…

En 1908, alors que j’avais 18 ans, mon manque d’expérience technique [en écriture de fiction] me dégoûtait ; j’ai passé au bûcher toutes mes histoires (dont le nombre était infini) à l’exception de deux ; souhaitant (idée amusante !) les transformer en vers à l’avenir. Puis, des années plus tard, j’ai publié ces deux récits dans un journal amateur ; dans lequel ils ont été tellement bien reçus que j’ai pris en considération de reprendre l’écriture. Enfin, un éditeur & critique amateur nommé W. Paul Cook […] m’a poussé à reprendre l’écriture , & « La Tombe » – avec toute sa rigidité – en fut le résultat. Vint ensuite « Dagon »…

HPL à Clark Ashton Smith, 11 janvier 1923.
C’est W. Paul Cook qui publie Dagon pour la première fois, dans le magazine The Vagrant.

Avec « Dagon », dans ce numéro du Vagrant, Mr. Lovecraft s’affirme comme écrivain de fiction. À la lecture de cette histoire, deux ou trois noms d’auteurs de nouvelles viennent à l’esprit. Poe d’abord, bien sûr, et Mr. Lovecraft, je pense, serait le premier à reconnaître son allégeance envers notre maître américain. En second lieu, Maupassant ; et je suis tout à fait certain que Mr. Lovecraft nierait toute parenté avec le célèbre Français. « Dagon » ne sera pas le dernier mot de Mr. Lovecraft, auteur de nouvelles dans la presse amateur. Il ne sera jamais aussi fécond en récits qu’en la poésie, mais nous pouvons nous attendre à le voir dépasser le haut niveau déjà atteint dans « Dagon ».

Je ne puis pleinement apprécier la poésie de Mr. Lovecraft […]. Mais j’apprécie beaucoup ses récits. Il est aujourd’hui le seul auteur amateur de nouvelles qui mérite plus qu’un mot de politesse en passant.

W. Paul Cook, « L’oeuvre romanesque d’Howard P. Lovecraft » (Vagrant, novembre 1919).
Dagon a partiellement été inspiré par un rêve…

Le héros-victime est à demi happé par la boue, et pourtant il parvient à ramper ! Il se débat avec ténacité dans cette vase détestable qui se colle à lui. Je le sais, car j’ai rêvé tout cela, et je sens encore la vase m’aspirer !

HPL, in « The Defence Reopens! », 1921
Lovecraft pourrait avoir été influencé par d’autres récits de fiction pour l’écriture de Dagon

William Fulwiler, par exemple, y voit l’influence de Fishhead, d’Irvin S. Cobb, un récit où un lac isolé est hanté par une créature ichtyomorphe. En effet, Lovecraft fait l’éloge de ce récit dans le courrier des lecteurs du magazine Argosy du 11 janvier 1913.

Contrairement aux autres dieux du panthéon lovecraftien, Dagon n’est pas un nom imaginaire…

En effet, contrairement à Cthulhu et aux autres Grands Anciens, Dagon est un dieu qui a « réellement existé » (entendez par là qu’il était déjà révéré bien avant que Lovecraft ne l’intègre à sa nouvelle). C’était un dieu important des population sémitiques du nord-ouest du Moyen-Orient. Étrangement, il préside surtout aux semences et aux cultures, et n’a que peu à voir avec le milieu aquatique, du moins jusqu’à ce que, vers le 4e siècle, il finisse représenté sous la forme d’un poisson (dag en hébreu).


Pour aller plus loin…

Le texte original accessible en ligne


Dagon dans la culture populaire

Dans la musique rock et metal

Au cinéma

Dagon est un film espagnol réalisé par Stuart Gordon, sorti en 2001.

Paul et sa charmante petite amie Barbara fêtent le succès de leur nouvelle société on-line avec Howard, leur riche investisseur, et son épouse Vicki. Les deux couples passent quelques jours agréables sur le voilier d’Howard, navigant le long de la côte espagnole.
Leur croisière idyllique s’achève brutalement lorsque leur bateau s’échoue sur un récif, emprisonnant Vicki et Howard sous le pont inférieur. Paul et Barbara cherchent du secours à Imboca, le village la plus proche. Au premier abord, cette bourgade de pêcheurs en ruines semble désert. Pourtant, ses habitants font vite se révéler être des fanatiques de Dagon, un dieu de la mer qui se délecte de sacrifices humains.

En littérature

  • Dans La face cachée du soleil, Terry Pratchett parle de grandes créatures ressemblant à des bivalves, qu’il nomme des Dagons.
  • D’ailleurs, dans Les annales du Disque-Monde du même auteur, de nombreux incidents se passent dans une poissonnerie détenue par M. Hong, et qui se situe précisément… rue Dagon !

Quelques artworks de romans et films…

Vous aussi, vous lisez Lovecraft ?

Ou d’autres auteurs qui se rapportent à son univers ? Vous avez chroniqué certains de ces livres ou avez envie d’en parler ? N’hésitez pas à me laisser vos avis en commentaire de cet article, ils seront mis en valeur sur une page dédiée à l’auteur !

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