[Interview] Philippe Raxhon et le complot des philosophes

J’ai longtemps été inhibé par l’écriture romanesque, car à mes yeux le roman est l’expression la plus aboutie de la narration. Puis la vanne s’est ouverte, à un moment de ma vie où j’avais envie de changer de prairie.

Philippe Raxhon

Professeur à l’Université de Liège, en Belgique, où il enseigne notamment la critique historique, Philippe Raxhon est l’auteur de livres et d’articles concernant les relations entre mémoire et histoire. Il est aussi scénariste de docu-fictions. Mais nous allons laisser de côté la littérature académique pour aborder le premier roman de cet auteur qui n’a jamais vraiment laissé son tablier d’historien au placard. D’abord intitulé La Source S et publié chez Librinova en 2018, il fait l’objet d’une réédition chez City sous un nouveau titre, Le complot des philosophes. Aujourd’hui, je vous livre avec grand plaisir ses réponses aux questions expertes de Nicolas André.

Avec la Source S, vous vous engagez sur la route du thriller « ésotérique », créneau déjà totalement surpeuplé par de très bons auteurs et d’exécrables scribouillards, pensez-vous que votre dimension d’historien pourrait faire la différence ?

La Source S n’est pas à proprement parlé un thriller « ésotérique », c’est un thriller « historien », qui a des historiens pour personnages principaux et qui utilisent la critique historique pour comprendre un document du passé dont le contenu est impensable par rapport aux représentations que nous nous faisons de ce passé. Un lecteur a évoqué La Source S comme étant à mi-chemin entre du Dan Brown plus érudit et de l’Umberto Eco plus accessible. C’est un formidable compliment.

D’emblée, je dois préciser une chose importante : La Source S va disparaître ! Je veux dire qu’elle entre dans le catalogue de City Editions Hachette international avec un nouveau titre : Le Complot des Philosophes, c’est le même texte, avec une postface explicative nouvelle.

Le Complot des Philosophes sera disponible dans toutes les librairies de la francophonie à partir du 18 mars.

Pourquoi avoir divulgué très tôt dans votre roman ce qu’est la Source S ?

Parce que la clé de la narration n’est pas la quête d’une source, mais sa compréhension, donc il faut en divulguer le contenu tôt pour faire participer le lecteur aux interrogations des historiens, avec le mystère de la fin du document qui a disparu. C’est donc un double défi, comprendre la Source S et retrouver la fin du texte.

Pourquoi avoir choisi de remettre les Stoïciens au goût du jour ?

Ce n’était pas un but en soi, mais leur présence est nécessaire dans l’argumentaire narratif.

Avant d’entamer l’écriture de la Source S, aviez-vous conscience du chemin qui vous attendait pour vous faire éditer en tant qu’écrivain?

Oui et non. Je savais que c’était compliqué, car mon passé de production historienne et universitaire ne comptait pas, ce sont des univers séparés, j’entrais dans un nouveau monde. J’ai directement opté pour des éditeurs français, il n’y a pas d’éditeur de thrillers en Belgique avec un bon réseau de distribution. Bon, je vous raconte tout, car il y a des leçons utiles à tirer. Comme tout jeune auteur de premier roman, j’ai envoyé mon manuscrit à des dizaines de maisons d’édition. Résultat : rien. On n’a jamais autant écrit, et les éditeurs reçoivent des montagnes de manuscrits. Les auteurs vivent encore avec un imaginaire vieux de cinquante ans : les comités de lecture qui se réunissent autour des manuscrits reçus dans le mois. Cette époque est terminée. Mais deux maisons m’ont suggéré de publier sur la plate-forme Librinova, en me donnant un numéro de code pour suivre l’évolution du roman. Librinova est constituée par une équipe fantastique, il faut aller voir leur site. Si le livre a du succès, il entre dans leur programme « agent littéraire ». Ce fut le cas pour la Source S et donc mon livre a été pris en charge par une agente littéraire connaissant très bien le milieu éditorial. C’est elle qui a réussi à intéresser City Editions.

L’écriture d’un roman ne s’envisage pas comme l’écriture d’un article de périodique ou d’une monographie, quelles difficultés avez-vous rencontrées dans ce nouvel exercice ? A contrario, certains outils, tics d’écriture scientifique vous ont-ils aidé ?

Non, je n’ai pas spécialement rencontré de difficultés. J’ai longtemps été inhibé par l’écriture romanesque, car à mes yeux le roman est l’expression la plus aboutie de la narration. Puis la vanne s’est ouverte, à un moment de ma vie où j’avais envie de changer de prairie. C’est la création de personnages qui est déterminante, un fil conducteur, et, en ce qui me concerne, connaître le début et la fin de son histoire avant de l’écrire. Mes personnages sont issus de mon milieu professionnel, et ils pratiquent la critique historique que j’enseigne par ailleurs. La familiarité avec le milieu des personnages stimule l’inspiration, et le genre, je suis un dévoreur de thrillers depuis fort longtemps.

On retrouve beaucoup de vous dans ce premier roman, vous confirmez que tout premier roman est avant tout autobiographique ou en grande partie ? Je pense notamment aux anecdotes de colloques, de statut social, de gastronomie, des femmes et bien d’autres…

Tout premier roman n’évite pas une part d’autobiographie, la théorie littéraire le confirme, mais si on le sait, on peut se jouer de cette réalité, c’est ce que je fais avec François Lapierre qui est ma créature, il a plus de défauts et de qualités que moi, c’est une caricature assumée en somme.

Quant à Laura, c’est en réalité le personnage principal, c’est elle qui fait avancer l’histoire après l’avoir déclenchée. Je la voulais irrésistible à tout point de vue.

Vous avez parfois la dent dure envers le milieu universitaire, je me souviens vous avoir eu comme prof il y a vingt ans de cela, quel regard posez-vous maintenant sur cette époque et celle d’aujourd’hui ?

Les deux époques ne sont pas fondamentalement différentes, sauf concernant la galère des jeunes chercheurs mêmes les plus brillants, qu’incarne Laura Zante. Par ailleurs, l’université a toujours été un lieu de pouvoir, et l’intelligence et le savoir ne protègent pas nécessairement ceux qui les détiennent du goût du pouvoir, de la médiocrité humaine et de la vanité. Bien sûr ces défauts s’expriment parfois dans un cadre plus feutré, mais qui contient son expression de violence. Il n’y a pas de raison d’exonérer le milieu universitaire d’un regard critique à ce point de vue là.

À bientôt pour La Solution Thalassa…

Oui, à très bientôt, car le troisième volet des aventures de Laura Zante et François Lapierre est pratiquement bouclé. Le Secret Descendance, c’est le titre du troisième opus, emmènera nos deux héros au Nouveau-Mexique et en Argentine…

Interview réalisée par Nicolas André

Synopsis

En l’an 65 à Rome, le philosophe Sénèque écrit une dernière lettre avant de se suicider. Quand près de 2000 ans plus tard, la jeune chercheuse italienne Laura Zante découvre cette lettre, elle fait appel à François Lapierre, historien à la Sorbonne pour l’authentifier.

Mais ce qui semble n’être qu’un simple travail archéologique va déclencher un engrenage sanglant qu’ils n’auraient jamais pu imaginer. Les deux historiens deviennent des cibles à abattre et tous ceux qu’ils impliquent dans leurs recherches sont froidement éliminés.

Pourquoi les services secrets et une mystérieuse organisation occulte sont-ils prêts à tout pour mettre la main sur cette découverte ? Lapierre et Zante se lancent dans un aventure qui va les conduire de Paris à Rome, entre intrigues politiques et superstitions religieuses. La clé de l’énigme est un incroyable secret, un effrayant complot dissimulé depuis des millénaires…

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