[Chronique fantastique] Humain.e.s, trop humain.e.s, de Jeanne-A. Debats

Au-delà de l’intrigue, qui est très bien ficelée en soi, au-delà des personnages bien construits malgré leur caractère hétéroclite, au-delà des éléments fantastiques à présent bien connus des amateurs de bit-lit, au-delà même du style d’écriture très plaisant de Jeanne-A. Debats, c’est son humour qui m’a le plus touchée.

Acherontia Nyx

Je m’appelle Agnès Cleyre et je suis une sorcière. Une vraie cette fois. Ignorée durant toute mon existence par mes consœurs, voilà que la Grande Mère a enfin décidé de m’intégrer dans un convent. Mais pas le temps de m’interroger sur cet étrange revirement de situation. Au même moment, tous les vampires du Cénacle Majeur viennent de périr dans un mystérieux attentat, laissant à l’étude notariale de mon oncle la délicate question de la succession à régler et la garde d’un étrange coffre qui attire bien des convoitises. Serait-ce à cause de lui d’ailleurs qu’une pieuvre géante de l’espace s’est mise en tête de nous rayer de la surface de la Terre ?

Ma parole, tout l’AlterMonde semble devenir fou au même moment. Il ne manquerait plus que la fin du monde…

La loi d’attraction universelle

Cela faisait un petit temps déjà que j’entendais parler de Jeanne-A. Debats, notamment aux Imaginales auxquelles elle participe volontiers, mais je n’avais encore jamais lu un de ces romans. J’ai réparé l’erreur grâce aux éditions ActuSF, que je remercie d’ailleurs pour le service presse. Alors, certes, c’est un peu bizarre de commencer une trilogie par le tome 3 (puisque ce roman est en fait la troisième partie d’une saga nommée Le testament), mais avec moi, on ne s’étonne plus de rien, n’est-ce pas ?

Un tome 3, on en parle ?

Je ne sais pas exactement où ça a péché, si c’est du côté du catalogue de l’éditeur ou si cela vient de ma légendaire force de distraction… (je pencherais plutôt pour la seconde solution !). Toujours est-il que je me suis retrouvée avec un tome 3 entre les mains, et que j’y ai survécu ! Le plus fou, c’est que je ne m’en suis rendue compte qu’à la toute fin, quand je suis allée prendre le résumé du livre sur Livraddict pour écrire la présente chronique ! Si, si, j’vous jure !

Toujours est-il que je ne me suis pas si mal tirée de ce faux (?) pas. Je dirais même que ce tome m’a ouvert la porte sur une très chouette saga, quand bien même il était plutôt censé la refermer. Certes, j’ai un peu galéré au début. J’ai tâtonné pour comprendre l’univers, les personnages, les relations entre eux, certains concepts aussi, comme ce cabinet notarial pour sorcières et autres vampires. Ça a donc été un peu moins immersif, au début du moins. Disons qu’il m’a fallu plus de temps pour trouver mes repères dans l’histoire, contrairement à quelqu’un qui aurait suivi la série depuis le début. Mais au final, c’est tout à fait jouable, le récit étant très abordable.

Donc voilà, si vous n’avez jamais rien lu de la série « Le testament », mais que ce tome-ci vous fait de l’œil malgré tout, je vous conseille d’essayer. Vous ne perdez vraiment rien à tenter le coup. Au pire, cela vous donnera juste l’envie d’acheter les deux premiers tomes pour pouvoir suivre plus aisément l’histoire. Mais dans tous les cas, vous êtes gagnant !

Comme en bit-lit

Quoi ? Comment ça, de la bit-lit ?!

Ah oui, tiens… Là aussi, je me suis « faite avoir ». Je dis ça parce que la bit-lit, à la base, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Je crois que j’ai fini par être dégoûtée par les héroïnes super badass et sexy qui s’enfilent tous les mâles de l’histoire, et aussi par ces scènes de fesses dignes des cinquante nuances… Les héroïnes badasse/sexy comme les scènes de fesses, je les trouve tellement caricaturales qui ça a fini par me lasser. Assez rapidement, d’ailleurs. Après quatre tomes de Cygne noir de Richelle Mead, mon compte était bon. Après, je ne dis pas que tout est mauvais au bit-lit. Il y a de bonnes séries, bien entendu. Je me souviens avoir réellement apprécié la série Georgina Kincaid, toujours de Richelle Mead.

Dans le cadre de ce roman, le côté bit-lit est bien présent, mais les clichés qui me rebutent habituellement sont complètement mis de côté, ou presque. De la bit-lit, on retrouve les créatures souvent présentes dans ce type de littérature : les vampires, bien entendu, mais aussi les sorcières, les loup-garous (une espèce que je déteste cordialement, et qui me le rend d’ailleurs bien), mais aussi les zombies, d’une certaine façon. Tout ceci pourrait paraître bien bateau, mais là où l’auteure réussit un tour de force, c’est dans sa façon de nous présenter ces espèces. En cela, elle m’a un peu rappelé Gail Carriger et sa série Le protectorat de l’ombrelle, qui a une conception bien à elle des vampires et des loup-garous au niveau de leur organisation sociale. Dans ce cycle du Testament, les vampires sont organisés en cénacles, avec toutes les luttes de pouvoir auxquelles on peut s’attendre d’une telle organisation sociale (un peu à l’instar des ruches de Gail Carriger).

Étude en noir

Dans ce tome, les luttes de pouvoirs sont à leur comble, puisque le Cénacle Majeur vient d’être victime d’un attentat de taille dans lequel pratiquement tous ses vampires ont péri. Pire encore, l’apparition d’un mystérieux coffre censé abriter le plus grand fléau du monde complique encore l’équation, puisque plusieurs cénacles s’en revendiquent la propriété. La question de la succession devient donc plus brûlante que jamais… Et qui de mieux placé pour s’en occuper ? Eh bien, l’étude notariale de l’oncle de notre héroïne, pardi !

Géraud, ledit oncle notaire, a pour moi tout d’une énigmatique porte de prison. Froid, guindé, mystérieux, et puissant. Assez puissant, en tout cas, pour tenir tête à un cénacle complet, à une meute de loup-garous, et à une entité cosmique tentaculaire. Rien que ça ! Pourtant, malgré son côté très distant et glacial, je me suis piquée d’affection pour cette antique brindille en costume trois pièces. Après, je ne sais pas si ce fut une bonne idée. Mais toujours est-il que Géraud est un personnage à facettes multiples qui a un caractère riche, subtile et intéressant à observer.

Quant à sa nièce, Agnès (oui oui, ça rime !), qui campe le rôle principal de ce roman, elle a tout du personnage imparfait que l’on adore malgré tout. En prise à des questions existentielles, à des problèmes de poids, à un vide sentimental qu’elle ne sait comment combler, elle a tout de l’anti-héroïne. Cerise sur le gâteau, elle qui n’aspire qu’à être sorcière, cela lui semble refusé. Jusqu’au jour où elle reçoit une lettre, non pas de Poudlard, mais presque… d’un convent de sorcière, qui la convoque séance tenante à une de leur réunion. Surprise pour Agnès… elle peut enfin former son propre convent avec deux autres sorcières ! Sorcières dont nous parlerons un peu plus bas. En parallèle de tout cela, elle travaille dans l’étude de son oncle. Après tout, pourquoi ne pas profiter des offres faites par la famille ? C’est ainsi qu’elle met ses compétences de traductrice en langues anciennes, qui s’avéreront fort utiles pour le récit qui nous occupe.

Dans cette étude notariale, il nous faut bien sûr une secrétaire, toute trouvée en la personne de Zalia. Au début, je la trouvais assez cliché, dans le genre belle plante à l’efficacité redoutable. Mais par la suite, j’ai été forcée de réviser mon jugement. En fait, Zalia est un personnage plus complexe qu’elle n’y paraît, et se révèle pleine de surprises et de ressources (sa voix, notamment). De plus, j’ai finalement aimé son aplomb et son sens de l’humour, qui ont fini par prendre le dessus sur son côté plus superficiel.

Pour terminer avec le personnel « régulier » de l’étude, il y a Navarre, un vampire de longue date. Je pourrais le décrire comme un beau ténébreux qui se la joue un peu, un éphèbe sombre et raffiné comme on en voit dans les romans de dames. Et puis en fait, quand on gratte un peu sous le vernis, lui aussi est plus profond qu’il n’y paraît. Son histoire personnelle, sa genèse en tant que vampire, nous est relatée dans des interludes entre les chapitres. Au début, je ne voyais pas trop l’intérêt de ces passages, qui coupaient trop souvent l’intrigue principale, et pas toujours au bon moment. Après, j’ai appris à apprécier ces apartés, d’autant qu’au final, on s’aperçoit qu’ils ont un lien avec le récit primaire.

Boîte de Pandore

Une grande partie de l’intrigue tourne autour d’un mystérieux coffre. Peu savent réellement ce qu’il contient, mais beaucoup redoutent le pire. En effet, le coffre est gardé par des sceaux et des espèces de protections magiques pratiquement indéfaisables. C’est ainsi qu’Agnès mettra tout son talent de sorcière / traductrice de langues anciennes à l’ouverture de cette boîte mystérieuse qui pourrait aussi bien contenir un trésor que détruire l’humanité.

De là va naître une série d’aventures rocambolesques. Agnès sera secondée par des personnages hauts en couleur et tous aussi improbables les uns que les autres. Entre Najim le beau ténébreux (un de plus), Lise aux traits asiatiques et au sexe indéterminé, Adjara aux origines exotiques et à la corpulence athlétique, Zalia, Navarre, Géraud et bien d’autres, c’est une palette de personnages panachés et punchys que l’auteure nous propose. Je veux quand même attribuer une mention spéciale aux « attributs » de sorcière d’Agnès… : son familier, un chaton noir qu’elle a d’abord du mal à accepter en raison de ses allergies aux poils de félin, d’abord baptisé « Peut-être Pétronia » (alors, là, je plussoie, j’ai adoré l’idée !), puis ensuite Pep, et aussi son katana enchanté qui chante quand les ennemis approchent, hurle quand il y a de l’action, couine quand on la délaisse dans un coin…

En résumé

C’est au final cet humour que je retiendrai de ce roman. Au-delà de l’intrigue, qui est très bien ficelée en soi, au-delà des personnages bien construits malgré leur caractère hétéroclite, au-delà des éléments fantastiques à présent bien connus des amateurs de bit-lit, au-delà même du style d’écriture très plaisant de Jeanne-A. Debats, c’est son humour qui m’a le plus touchée. En définitive, je recommande ce roman à tout qui a envie d’un peu de légèreté et d’aventure, qui a envie de passer un bon moment de lecture sans trop de prises de tête, mais avec un roman qui a quand même du coffre et du potentiel. Malgré mon aversion pour la bit-lit, j’ai lu ce tome avec beaucoup de plaisir. Et même si je commence à avoir soupé des vampires, des loups-garous et autres bestioles que l’on rencontre trop souvent en littérature, le ton du récit, sa diversité, sa légèreté, m’ont laissé une agréable sensation sur le bord des rétines.

Ma note

16/20

À propos de l’auteure


Jeanne-A Debats est une romancière française des genres de l’imaginaire.

Bien qu’elle ait grandi en région parisienne, où elle a fait ses premières armes de professeur et d’écrivain, elle est originaire d’Aquitaine dont elle conserve des traces culturelles profondes.

Elle quitte l’île-de-France en 2003, elle y retourne en 2010 où depuis, elle enseigne en collège les langues anciennes.

Source : Babelio.com

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