[Ciel, mon cryptide ! | Saison 1] Chapitre 4, Burn the remembrance

…où Onésime et Abigaïl prennent le baleinon dirigeable pour rentrer dans leurs quartiers bruxellois, où notre cryptozoologue préférée émet des soupçons à l’encontre de son directeur et ami, où ce dernier ne sait plus trop comment juguler la curiosité de sa subordonnée, et où Phoebe est tirée de son sommeil par une rencontre indésirable


♫ Burn the remembrance est un morceau du groupe Katatonia, parue sur l’album Viva emptiness… ♫

Dans les cieux, quelque part entre Ostende et Bruxelles, à bord d’un baleinon volant

Abigaïl fit bruyamment craquer les articulations de ses doigts pour briser le silence qui régnait entre elle et Onésime.

– Excusez ma curiosité, attaqua-t-elle, mais je ne comprends toujours pas comment vous vous y êtes pris pour faire ainsi passer la pillule…

La cryptozoologue posait la question à brûle-pourpoint, mais elle connaissait suffisamment Onésime pour savoir qu’il répondrait évasivement une fois de plus. Et, de fait, celui-ci la regarda d’un air amusé, un sourire taquin flottant sur ses lèvres.

Lorsqu’un peu plus tôt dans la journée, ils avaient quitté les cuisines pour revenir dans le restaurant, tout le monde a bien sûr exigé des explications. Les blessures aux poignets de Léontine étaient à vif et encore douloureuses. Et, fait qui étonnait toute l’assemblée, la peau semblait comme blette et noircie. Abigaïl, qui ignorait toujours l’origine de ce pouvoir très particulier qu’elle et Onésime appelaient la nécrose, ne sut trop quoi leur répondre. Elle s’étaient néanmoins platement excusée pour son manque de contrôle, et avait promis à l’avenir d’éviter de toucher les gens sans ses gants. Puis elle était sortie du restaurant sans plus de mots, et avait commencé son travail de déblayage de la scène du carnage, ramassant ça et là les dépouilles des jeunes Mummontalo qui n’avaient pu rejoindre l’eau assez vite et qui s’étaient desséchés sur place et d’autres horreurs, plus humaines cette fois.

Léontine l’avait observée quelques temps avec une lueur mauvaise dans l’œil. Pourtant, elle accepta les excuses, bien que de mauvaise grâce. Il est clair qu’Abigaïl ne s’était pas fait une amie. 

Le commissaire Remmerswaal, quant à lui, s’était montré indécis. De toute évidence, il y avait eu délit sous ses yeux, mais étant incapable de comprendre le comment du pourquoi, il ne savait comment agir au mieux. Il s’était donc laissé le temps de la réflexion et s’en était retourné à son enquête en cours. Il avait toutefois demandé à Abigaïl et Onésime de ne pas trop s’éloigner le temps qu’il termine son travail au restaurant et sur la jetée.

C’était à ce moment précis qu’Onésime s’était s’absenté un court instant, prétextant le besoin urgent de passer un coup de télépalabreur. 

Un quart d’heure plus tard à peine, Abigaïl avait vu débarquer un nouveau personnage haut en couleurs. Grand et dégingandé, la trogne grêlée de petites cicatrices rondes, front et menton fuyant, nez proéminent, le malheureux n’avait malheureusement pas grand chose pour lui, si ce n’était sa tenue et la fierté qu’il mettait à la porter. Il était venu à la rencontre d’Onésime, ses cheveux mi-longs flottant à la brise marine. Le directeur du Muséum était visiblement son contact. Après une petite discussion avec lui, il s’en était allé vers Léontine, occupée à se faire bander le poignet, lui parla quelques minutes, fit de même avec Remmerswaal, et s’en fut comme il était venu. Abigaïl s’était alors questionnée à son sujet, mais n’avait pas eu l’envie de pousser plus loin sa curiosité. 

Mais par la suite, Léontine était venue parler à Abigaïl comme si de rien n’était, et Remmerswaal était reparti sans même lui dire adieu. Même le poisson-chat de Léontine semblait avoir oublié l’incident, lui qui il y a peu feulait à la moindre approche de Phoebe ou de sa maîtresse, semant dans l’air chargé d’iode de petites bulles qui éclataient en gouttant sur le sol arénuleux. Il y avait là anguille sous roche, mais la cryptozoologue ne parvenait pas à déterminer si elle naviguait en eaux troubles ni si elle avait toujours les deux pieds bien sur terre.

Abigaïl soupira. Son regard smaragdin s’aventura vers le hublot et les nuages teintés de crépuscule qui défilaient au rythme nonchalant du baleinon dirigeable. 

– Encore un de vos dossiers confidentiels, je suppose. 

– Et quel dossier ! plaisanta Onésime, un éclat de facétie dans la voix. 

Mais la jeune femme n’était pas d’humeur à goûter à ses tentatives pour détendre l’atmosphère. Elle cala son dos encorseté dans les coussins de la banquette et invita Phoebe, qui paressait sur la place adjacente, à poser un tentacule sur ses genoux. Celle-ci ne se fit pas prier, et bientôt c’est sa tête globuleuse qu’elle vint nicher au creux des bras de sa maîtresse. Le petit poulpe ronronna, si tant est qu’un poulpe puisse ronronner, non pas à la façon des félins, mais plutôt à grand renfort de crissements muqueux, pas très mouillés dans le cas de Phoebe qui, comme de juste, n’aimait pas l’eau. 

Abigaïl était têtue, elle ne lâcherait pas l’affaire avant d’en savoir un peu plus. Surtout, elle subodorait une liaison entre son directeur et certaines sociétés discrètes, sinon secrètes, de Bruxelles. Des sociétés dont les membres vous prenaient le bras si vous leur tendiez la main.

– Et… ce « dossier » n’inclurait-il pas les Remini, par le plus grand des hasards ?

Onésime se redressa dans son siège en un sursaut. Son regard s’était à nouveau fait orage, avec cette fois-ci un zeste de méfiance.

– Abigaïl ! tonna-t-il à mi-voix. Ne prononcez pas ce nom ici ! Jamais ! 

– Que craignez-vous ? Qu’ils vous embarquent sur-le-champ ? Je vous rappelle que nous sommes dans les airs, à bord d’un vaisseau NAAT aéroporté* faisant partie de votre flotte personnelle. 

– Vous ne connaissez pas les Remini, vraiment !

– En effet, et je n’en ai pas la moindre envie. Et vous, les connaissez-vous ?

– Je… C’est qu’il ne m’est pas permis d’en parler. 

– Ah. Le fameux secret des loges vampyriques, c’est bien ça ? De quoi avez-vous peur ? Qu’ils vous ôtent la mémoire ?

– Eh bien, en général, c’est effectivement ce que font les Reminiscentia et Retinentia. C’est en tout cas le sort réservé à ceux qui parlent trop. J’en ai déjà trop dit…

– Oh, si j’ai bien suivi les rumeurs, il n’y a pas que ceux qui parlent trop qui viennent nourrir leur mémoire collective. D’ailleurs, n’est-ce pas un peu ce qui est arrivé aujourd’hui à den Adel et Remmerswaal ? 

– Abigaïl, ne me forcez pas à en dire plus que je ne le devrais… S’il vous plaît ! Il en va de notre sécurité, à tous deux. 

– Oh, fort bien ! Puisque Monsieur est devenu cachottier envers ma personne ! Mais je voudrais quand même bien savoir ce que les Remini font des souvenirs qu’ils absorbent… 

Onésime considéra longtemps Abigaïl, puis hocha la tête.

– C’est de la nourriture, laissa-t-il tomber.

– Plaît-il ?

– Oui, de la… Enfin, c’est ainsi qu’ils se nourrissent. 

Soudain, Phoebe se releva des genoux de la cryptozoologue et se hérissa, tous tentacules dehors. 

– Phoebe, mais qu’est-ce que… ?

À cet instant précis, quelqu’un pénétra dans le compartiment, suivi de son NAAC.

– Quelqu’un a parlé de nourriture ? Cela tombe à pique, j’ai extrêmement faim ! L’un de vous veut des crevettes ? 

Abigaïl se leva sans mot dire, Phoebe à ses trousses. Léontine et son poisson-chat, bien entendu. À bord du baleinon dirigeable d’Onésime, et en partance pour Bruxelles ! 

Le voyage allait être long.

* NAAT : Nouveaux Animaux Amphibies de Travail


Nota Bene

Cette histoire, les idées et les personnages qu’elle contient sont la propriété exclusive d’Acherontia Nyx. Toute tentative de « copillage » (copie du texte, des images, des concepts, des personnages, des patronymes inventés…), que ce soit à des fins commerciales ou non, est strictement interdite.

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