[Mois de l’imaginaire 2019] 7 octobre – Manesh

Les Teules sont finalement venus.

Dans la pénombre, ce ne sont d’humains que l’esquisse, corps nus drapés dans une cape d’aiguilles, fondus dans le corps de la forêt ; griffes repliées sur le bois d’une lance à pointe d’os ou d’un arc à demi-bandé. J’en dénombre près de cent. Comment avons-nous pu ignorer l’approche d’un groupe de cette taille ? Aucun d’entre nous ne les a vus ni entendus arriver ; pas même Turmach, qui pourtant n’aurait eu qu’à relever les yeux de sa broquette.

L’un des Teules, un vieillard de grande taille coiffé d’une tête de blaireau, s’avance d’un pas. Aussitôt, avec un bel ensemble, une dizaine d’autres l’imitent pour émerger en pleine lumière. Ils se détachent des arbres comme s’ils s’arrachaient à eux, et viennent former devant la forêt une ligne de gardiens silencieux.

Et puis c’est tout. Plus personne ne songe à esquisser le moindre geste. Nos respirations sont suspendues à un fil invisible. Les Teules nous décortiquent du regard, sans gêne ni pudeur, avec une sorte de nonchalance alerte, et nous faisons de même à leur endroit.

Ceux qui marchent en rêvant ne portent pas d’autre vêtement que l’ample manteau de fourrure retournée, bardé de plusieurs couches de rameaux d’épicéas, qui les enveloppe et les fond dans le décor de la forêt boréale. Nus leurs pieds, qui foulent le sol à demi-gelé ! À poil leurs cuisses, leurs tétons, leurs bras lestes, leurs génitoires qui pendouillent sous leurs ventres vaguement arrondis ! Mais du visage jusqu’au bout des orteils, pas un pouce de leur peau qui ne soit enduit d’une sorte d’épaisse graisse pigmentée dont l’étrange couleur, un turquoise grisâtre, parachève leur camouflage sylvestre. Même leurs opulentes chevelures teintes épousent les tons de la forêt : de bruns, d’auburn ou de roux, chevauchées de pommes de pin, de morceaux d’ambres ou de corne pris dans leur nasse.

Stefan Platteau, in Les sentiers des astres. Tome 1, Manesh. Les moutons électriques, 2014

N’oubliez pas de vous joindre à mon concours pour ce mois de l’imaginaire !

D’ailleurs, le cadavre exquis de ce roman donnerait ceci…

 » Tandis que je balançais le cadavre de ma tante au fond des bois, j’ai proposé une danse à Katniss Everdeen en m’étirant avec délice, et cela m’a plus. « 

Acherontia vous propose un chouette extrait du roman de Stefan Platteau, « Manesh »

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