[Chronique Horreur] L’asile du Nord. 1, Camille, de Carine Paquin

Tout commence par un « innocent » jeu de Ouija entre filles (c’est fou, cette propension qu’ont les adolescents à aimer se faire peur !). Se mêle à cela le décès d’une grand-mère qui, post-mortem, se révèle être plus étrange qu’il n’y paraissait de son vivant. Vous tenez là un cocktail trouble à souhait et qui sent déjà le sapin roussi !

Acherontia

Synopsis

Peu de temps après la mort de sa grand-mère, à l’aube de l’an 2000, une jeune fille de seize ans est internée à l’hôpital psychiatrique. Son diagnostique: schizophrénie paranoïde. Pourtant, certaines personnes de la ville sont convaincues que la petite n’est pas folle, que ce qui l’affecte n’a rien d’humain. Existerait-il quelque chose d’invisible à l’homme qui peut s’emparer de lui et détruire sa vie? Enfermée entre les quatre murs de cet hôpital, que fera Camille quand elle constatera que sa vie ne lui appartient plus? Pour quoi, ou plutôt pour « qui » vit-elle?

La loi d’attraction universelle

J’ai pu obtenir ce roman en version ebook grâce aux éditions Kennes, via la plateforme NetGalley. Je remercie d’ailleurs chaudement les éditions Kennes pour ce service presse ! S’il m’a tapé dans l’œil, c’est parce que son résumé m’a plu et m’a intriguée. J’ai toujours adoré les histoires d’asiles et de désordres mentaux, sans compter que pour le moment, je suis dans une passe où j’ai envie de frissonner d’horreur. Cela tombait donc à pic !

Je tiens aussi à souligner que je parle de ce livre et de cette chronique précise dans l’article « Coup de projo‘ » de ce vendredi sur le blog de Netgalley.fr !

L’histoire d’une histoire vraie ?

« L’asile du nord » est une série horrifique qui se veut particulièrement immersive. D’emblée, l’histoire est présentée comme véridique. Si l’on n’est pas dupes, cette assertion pourrait très bien tromper le lectorat auquel le roman est destiné (les « young adults » principalement), car tout est très bien pensé, tout est mis en place pour nous y faire croire dur comme fer. L’auteure vient elle-même de la ville où se déroulent les faits (Malartic, une ville du Québec, dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue). Elle a donc tout loisir de décrire les lieux qu’elle connaît, photos à l’appui. Personnellement, je doute bien sûr de la véracité de l’histoire. Je pense surtout que l’auteure a cherché à impressionner son lectorat en l’immergeant au possible dans le cadre du récit. Mais, vrai ou pas, l’on se surprend à se piquer au jeu, et ce dès les premières pages.

D’entrée de jeu, l’on nous présente un dossier issu d’un hôpital psychiatrique, illustré de la photo d’une jeune fille, assez jolie : Camille. On est ensuite « briefés » sur l’histoire sombre de la ville, de ses mines et des accidents qui s’y produisirent, de son asile. Ce n’est pas à proprement parler une ambiance glauque qui est mise en place, mais on ressent malgré tout une inquiétude, une insécurité latentes. En fait, le début du roman fonctionne à l’instar d’un zoom photographique : on présente d’abord la région, puis la ville, pour ensuite en venir aux personnages centraux et à leur histoire.

Un long fleuve tranquille

Le récit en lui-même est assez linéaire et simple à suivre. Pas de flash-back, de mise en abîme ou de récit à tiroirs ici. Nous partons d’un point A, la présentation de Camille, seize ans, qui vient à la fois de perdre sa grand-mère et de se trouver un petit ami, à un point Z où rien ne va plus. Une belle ligne droite tracée sans l’ombre d’un détour. Pourtant, l’on passe régulièrement d’un point de vue à un autre, car l’auteure retrace les événements respectivement à travers les yeux de Camille, de son petit copain, de son père, de sa belle-mère… Mais si le point de vue varie, le ton employé, lui, ne change pas du tout, ce qui accentue davantage le côté linéaire du roman.

Cet aspect des choses pourrait être vécu de façon ennuyeuse, et pourtant… Et pourtant ! C’est aussi ce qui fait la force de ce roman. Cette linéarité agit comme un fleuve qui nous emporte inexorablement vers l’inévitable conclusion. Un rocher, un remous nous réveille parfois de notre léthargie, de cette transe morbide qui fait qu’on veut constamment en savoir plus, mais en aucun cas cela ne nous sort de l’histoire. On reste englué dans cette ambiance méphitique, on peine à lever les yeux de son livre ou de sa liseuse, on se surprend à espérer le meilleur pour Camille (et secrètement, le pire pour notre plaisir de lecteur). Cela est peut-être dû aux quelques cliffhangers à la fin de certains chapitres. Je dois dire à ce propos que le récit est judicieusement divisé ! Quoi qu’il en soit, le pari est gagné pour ce roman qui sera parvenu à me tenir éveillée certaines nuits – non de peur, mais de trop de curiosité.
Une lente descente en enfer

Une lente descente aux Enfers

Cela tombe bien, j’ai récemment lu Le dernier chant d’Orphée, de Robert Silverberg ! Vous savez, Orphée et le mythe de la descente aux Enfers… Oui, mais Orphée, lui, en reviendra, des Enfers. Camille ? Pas sûr…

Tout commence par un « innocent » jeu de Ouija entre filles (c’est fou, cette propension qu’ont les adolescents à aimer se faire peur !). Se mêle à cela le décès d’une grand-mère qui, post-mortem, se révèle être plus étrange qu’il n’y paraissait de son vivant. Vous tenez là un cocktail trouble à souhait et qui sent déjà le sapin roussi ! Camille, qui s’est retrouvée bouleversée par la fausse séance de Ouija, va commencer à voir des choses pas très normales. Des reflets dans les miroirs qui ne sont pas censés y être. Des voix, aussi. Mais au lieu de fuir ces visions, Camille va tenter d’en apprendre plus, de les apprivoiser, en quelques sortes. Commence alors une longue descente vers l’horreur la plus noire. Le lecteur va de révélation en révélation, de secrets familiaux bien gardés en scènes d’horreur. On ne sait pas vraiment si les personnages sont réellement poursuivis par une force maléfique, ou s’ils sont simplement en train de devenir fous. Est-ce la réalité ou juste leur imagination qui leur joue des tours ?

Je ne vous en dit évidemment pas trop, car ce sera bien meilleur si vous découvrez l’histoire par vous-mêmes. Et la fin, surtout. Cette finale, quoi ! Bon, je mentirais si je vous disais que je ne m’y attendais pas un peu. Mais soit, c’était délectable malgré tout !

En résumé…

C’est un roman très intéressant à découvrir pour plusieurs raisons. Sa construction, d’abord, avec un côté très immersif de type « histoire vraie » et une apparente linéarité qui cache une très bonne tension et un sens du suspens assuré. Son thème, ensuite, certes assez banal puisqu’il est question de possession et de grossesse démoniaques, mais qui est dans l’ensemble bien traité. Pas trop effrayant pour nos ados, mais qui donnera malgré tout des sueurs froides à plus d’un(e)s. Et bien sûr, la fin, bien noire, bien désespérée comme je les aime ! Allez, un indice… ça ou écouter un album de suicidal black metal, cela revient au même…

À propos de Carine Paquin

Carine Paquin est enseignante au primaire et auteure de plusieurs livres et pièces de théâtre. Elle est aussi professeure d’art dramatique dans la municipalité de Saint-Ferréol-les-Neiges.

Elle ne rate pas une occasion de se déplacer pour des animations dans les écoles ou pour des ateliers littéraires et est également très impliquée dans le milieu de l’édition scolaire, participant à la création de trousses pédagogiques axées sur la littérature jeunesse.

La bande dessinée « La fée pissenlit » (2017) marque le début d’une collaboration prometteuse avec l’illustratrice Bach, en plus d’être son premier titre publié aux Éditions Michel Quintin.

Source : Babelio.com

Thèmes de ce roman

Ces thématiques seront abordées dans de futurs articles de fond sur ce blog…

Possession démoniaques

Grossesses monstrueuses

Ouija

Exorcismes

Asiles psychiatriques

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