[Chronique fantasy] Les soeurs Carmine. T1, Le complot des corbeaux, d’Ariel Holzl

Pour un premier roman, l’auteur frappe fort. Peut-être pas assez fort que pour enfoncer la porte du Goncourt (est-ce d’ailleurs vraiment le but?), mais suffisamment que pour atterrir dans la cours des beaux noms de la SFFF française. 

Acherontia

Synopsis

couv51857508Merryvère Carmine est une monte-en-l’air, un oiseau de nuit qui court les toits et cambriole les manoirs pour gagner sa vie. Avec ses sœurs, Tristabelle et Dolorine, la jeune fille tente de survivre à Grisaille, une sinistre cité gothique où les mœurs sont plus que douteuses. On s’y trucide allègrement, surtout à l’heure du thé, et huit familles d’aristocrates aux dons surnaturels conspirent pour le trône.
Après un vol désastreux, voilà que Merry se retrouve mêlée à l’un de ces complots ! Désormais traquées, les Carmines vont devoir redoubler d’efforts pour échapper aux nécromants, vampires, savants fous et autres assassins qui hantent les rues…

Éditions Mnémos, Collection Naos

2017

263 pages

À conseiller…

  • À un public jeune et moins jeune. Cela peut aller des ados aux aînés.
  • Si vous aimez les ambiances sombres, un tantinet macabres – ou mieux, si vous êtes fan de Tim Burton.
  • Si vous rechignez devant les héroïnes super « badass » qui parviennent à se tirer de toutes les situations d’un claquement de doigt.
  • Si vous en avez marre de l’urban fantasy qui tire trop sur la bit-lit, avec profusion de canines en tout genre.

À déconseiller…

  • À un trop jeune public (enfants et pré-ados s’abstenir).
  • À tous ceux, et surtout toutes celles, qui vouent un culte aux licornes, aux princesses, aux paillettes, et à tout ce qui paraît romantique, de près ou de loin.
  • Aux lecteurs qui tiennent beaucoup aux intrigues très (trop) fouillées où les personnages foisonnent en tous sens.

Quelques mots à propos de l’auteur

Ariel Holzl a grandi dans la décadence acidulée des années 90.

Les Sœurs Carmines est né d’une volonté de croiser les genres, de créer des rencontres inattendues entre ses sources d’inspiration comme Neil Gaiman, Edgar Allan Poe ou Stephen King.

Le Complot des corbeaux est son premier roman.

Source : page Facebook de l’auteur.

La loi d’attraction universelle

Mons, le 8 avril 2017

Cher journal Coucou c’est moi!

« Cher journal », ça fait un peu trop pompeux comme intro, tu trouves pas? De toute façon, j’ai pas besoin de me présenter, tu sais bien que c’est moi, Dolorine.

Aujourd’hui, j’ai fait un truc trop trop bien! Tu vas jamais me croire! J’ai enfin visité un salon littéraire! Si si, j’te jure! Trolls & contes, que ça s’appelait, un bidule comme ça. C’était super loin, et le trajet en voiture était vraiment très long, mais finalement, quand nous sommes arrivés, j’ai pas regretté du tout. Les rues étaient pleines de gens en costume, et je ne te parle même pas de l’intérieur du centre où on était. Puis il y avait de la musique avec des instruments bizarres, et beaucoup de belles boutiques.

Oh! Tristabelle a bien sûr trouvé son bonheur parmi les corsets et les robes! Elle est partie de son côté, et on ne l’a plus revue jusqu’à la fin de la journée. Ça lui ressemble bien. Monsieur Nyx a dit que c’était tant mieux, et qu’elle n’avait qu’a finir étouffée par un corset trop serré. Moi, je vois pas trop comment ce serait possible, donc je ne m’en fais pas pour elle. 

Merry est un peu restée avec moi, mais pas bien longtemps. Elle est tombée sur une section jeux de rôles, ça lui a beaucoup plu et elle est soudain cessé de faire attention à moi. Comme je m’ennuyais ferme, j’ai filé en douce. Monsieur Nyx m’a proposé de lui faire avaler un dé, mais j’ai refusé. Je les trouvais trop beaux, moi, ces dés de toutes les couleurs. Ce serait dommage de les voir finir au fond de l’estomac de ma sœur. 

Je me suis baladée toute seule pratiquement toute la journée. Puis j’ai déniché une boutique qui me plaisait bien, un « stand librairie » comme ils appellent ça. C’était un très long stand, avec plein d’auteurs qui signaient leurs romans. J’en ai vu qui m’a semblé sympathique, avec son bonnet en laine sur la tête alors qu’il faisait cent fois trop chaud. Je suis allée lui parler, et il m’a proposé le premier tome de sa saga, Les sœurs Carmine. Il me l’a proposé, m’a-t-il dit, parce que ça parle de trois sœurs, et que la plus jeune me ressemble beaucoup. Mouais. Ça reste à voir. Monsieur Nyx non plus n’est pas convaincu. Il voulait qu’on brûle le livre, là, tout de suite, dans la salle surpeuplée. Moi, j’ai refusé parce que je ne voulais pas que la salle prenne feu et que tout le monde meurt brûlé vif. 

Maintenant que nous sommes revenues à la maison, j’ai envie d’ouvrir ce fameux bouquin et de le lire. Qu’en penses-tu? J’espère que ça ne mettra pas Monsieur Nyx en colère… La dernière fois qu’il l’a été, il a mis des punaises au pied de mon lit, et moi j’ai marché dessus en me levant le matin. Bah! S’il recommence, je le laisserai au placard quelques jours, ça le calmera… 

Bon, je te laisse, je vais bouquiner! À demain, sans doute!

Dolorine. 

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Entre Burton et Poe

À Grisaille, de la brume, il y en avait partout : parmi les ruelles scabreuses, à travers les allées malsaines, au fin fond des impasses, au pied des gargouilles, devant les vitraux des cathédrales, sous les lampes à gaz, entre les pavés toujours humides de pluie ou de sang…

Partout!

La cité en devenait plus sinistre qu’une morgue. Pour ne rien arranger, l’engouement de la Reine pour l’Arbor tragicus – un spécimen affreusement mélancolique de saule pleureur – ajoutait à la morosité générale. Pas étonnant alors que le taux de suicide dans les jardins publics ait fini par pulvériser tous les records, à tel point que les employés royaux ne décrochaient même plus les pendus des arbres. Ils se contentaient de vêtir les cadavres de couleurs vives et d’y épingler des guirlandes de lampions, pour leur donner un petit côté festif pendant les piques-niques ou les garden-parties.

Les soeurs Carmine, T1, d’Ariel Holzl

Voici, à peu de choses près, comment le roman débute…

Gloups! La pilule est rêche, un peu difficile à avaler. Elle gratte le palais, se coince un petit moment dans l’œsophage avant de trouver enfin sa voie naturelle.  J’ai commencé la lecture de ce roman un soir où mon moral était exceptionnellement au plus bas, et ça ne m’a guère aidée, comme on pourrait s’y attendre.

Oh, je vous rassure, ce n’est qu’une mise en bouche, histoire de vous plonger dans l’ambiance jusqu’au cou. Après quelques dizaines de pages, on peut dire que le pire est passé, ou presque. Enfin, quand je dis « pire »… C’est très bien foutu, entendons-nous bien! Mais il faut bien se dire que si vous n’êtes pas fan d’ambiance gothique à la Tim Burton ou à la Poe, vous ne serez sans doute pas aussi conquis que moi. Car oui, dans le concept de Grisaille se mélangent de très belles influences, des sombres corbeaux du grand Edgar aux ambiances très particulières de l’univers Burtonien. On pourrait presque qualifier cela d’une version urban fantasy d’un Eward Allan Poe aux mains d’argent. À cela près que les doigts en ciseaux se sont métamorphosés en gants d’escalade, et que la neige est devenue brouillard dense à la limite du smog londonien.

Personnellement, j’ai adoré. Je suis moi-même issue de la culture gothique, même si je suis loin d’en avoir exploré tous les recoins, et le côté dark and macabre m’a donc particulièrement goûté – même si mon moral m’a fait grise mine le premier soir. Ce qui me botte surtout dans cet univers, c’est le mélange de noirceur et d’humour. Une mixture détonante qui réussi très bien à l’histoire!

Soror Dolorosa

Dans ce décor de cauchemar acidulé, l’on retrouve bien sûr les sœurs Carmine, puisque c’est d’elles qu’il s’agit. Trois sœurs que tout oppose – ou presque. Car finalement, la plus différente des trois reste Tristabelle.

Il faut s’avoir que dans cette saga, chaque sœur sera l’héroïne d’un tome. Pour ce premier volet, c’est autour de Merry – ou Merryvère – que s’articule le récit. Cette dernière a voulu bien faire en se mettant à cambrioler pour palier au manque d’argent de la famille. Mais bien mal lui en a pris, car la demoiselle n’est guère douée, si ce n’est pour se fourrer dans les ennuis jusqu’au cou. Merry, c’est un peu la miss catastrophe de la bande. Et c’est en essayant de réparer une de ses bourdes que commence l’histoire, avec de nombreux rebondissements, et surtout beaucoup de situations très cocasses. Je dois avouer que je me suis bien attachée à Merry. Pourtant, ce n’était pas gagné au départ, car elle fait office, à sa façon, d’anti-héroïne en force. Beaucoup moins jolie que sa sœur Tristabelle, pas nécessairement douée dans ce qu’elle entreprend, pas plus intelligente que la moyenne non plus… on ne pouvait pas dire qu’elle avait grand chose pour plaire. Et justement, Jean-Pierre! C’est là que réside sa force… Car ses maladresses et son manque de confiance finissent par la rendre touchante et attachante. D’autant plus que la demoiselle a bon cœur.

En revanche, on s’attache nettement moins à Tristabelle qui, dès les premières pages, parvient à nous casser royalement les bonbons avec son attitude d’enfant trop gâté, ses manières de garce superficielle et son irritante manie de détacher toutes les syllabes, i-né-vi-ta-ble-ment. Sachant qu’elle est l’héroïne du second tome, je me prépare déjà au pire… et j’avoue que j’hésite franchement à commencer ma lecture.

Quant à la petite dernière, Dolorine, c’est une bien étrange petite fille qu’on a envie de connaître plus. Son « doudou », Monsieur Nyx, est parfaitement effroyable, comme vous avez déjà pu le voir dans mon introduction. On ne sait pas vraiment si ce sont ses idées qu’elle transpose dans son doudou, ou si ce dernier est possédé par quelque présence maléfique, mais quoi qu’il en soit, c’est à glacer le sang!

Une intrigue pleine de surprises

Assez curieusement, alors que l’univers me plaisait, et que je m’habituais peu à peu aux personnages, j’ai trouvé que l’intrigue était un peu lente à démarrer. Certes, il fallait le temps de se faire à Grisaille, à son ambiance et à son fonctionnement, et donc plonger trop vite le lecteur dans une trame inextricable n’aurait sans doute pas été le meilleur plan. Au final, ça ne m’a pas vraiment gênée, car assez vite, de nouveaux éléments viennent étoffer l’intrigue de base, et les situations rocambolesques commencent à apparaître. Rétrospectivement, je crois que j’ai été plus gênée par le fait que l’univers mériterait d’être plus décrit. Cette histoire de maisons gouvernant Grisaille, par exemple. Il y a quelques points que j’aurais aimé voir approfondis, et je suis parfois restée sur ma faim.

Rien de très grave, toutefois, car après quelques chapitres, le récit s’envole pour sautiller gaiement d’un rebondissement à l’autre. L’ensemble est bien ficelé, et l’on se surprend à se réjouir de connaître la suite. Pour un premier roman, l’auteur frappe fort. Peut-être pas assez fort que pour enfoncer la porte du Goncourt (est-ce d’ailleurs vraiment le but?), mais suffisamment que pour atterrir dans la cours des beaux noms de la SFFF française.

En résumé

Que voici un premier tome de série très prometteur! La plume d’Ariel Holzl est tout à fait délectable et donne très envie d’embrayer avec les tomes suivants! Seuls bémols au tableau, un univers qui pourrait être plus expliqué au lecteur (parce qu’on en redemande!), et une Tristabelle un tantinet moins casse-bonbons. Mais alors, ce combat final… je ne vous en dit pas plus, mais c’est une pure merveille! 😉

Ma note : 16/20

 

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