[Chronique steampunk] The pink tea time club, de Cécile Guillot

Trop de choses, dans ce roman, restent en surface. Il n’y a pas grand chose qui permette au lecteur d’aller gratter sous la couche superficielle pour avoir accès aux parties immergées de l’iceberg. D’où la sensation d’être tombé sur un glaçon déjà passablement fondu, ou qui n’a pas encore eu le temps de se former. 

Acherontia

Synopsis

PinkTeaTimeClub_GuillotLottie est une jeune Londonienne bien sous tous rapports, même si elle préfère s’informer des dernières modes plutôt que d’apprendre les convenances d’une future femme à marier.
Cependant, lorsque des engeances monstrueuses sorties tout droit d’une dimension parallèle s’attaquent à elle au cours d’une promenade, la lady saute sur l’occasion de chambouler son quotidien.
Mise au parfum par Mr Rabbit, un jeune horloger garant de la fermeture de ces portails, Lottie décide de partir à l’aventure. Dans son empressement passionné, elle embrigade sa sœur et sa meilleure amie avec lesquelles elle forme désormais le Pink Tea Time Club. Un groupe de lecture, en apparences, où l’on parle monstres, créatures fantastiques, royaumes féériques et autres mondes. Pour la soif de découverte, pour sauver Londres mais surtout, pour passer le temps. 
En toute bienséance, cela va de soi…

La loi d’attraction universelle

Ce roman, je l’ai acheté à l’auteure à l’occasion de la Foire du livre de Bruxelles en 2016. Alors, certes, il a un peu traîné dans ma PAL, comme vous pouvez le constater… Ce n’est pas que je n’avais pas envie de le lire, bien au contraire. Je crois juste que l’occasion me manquait jusque là. D’autres lectures étaient alors prioritaires, puis d’autres lectures prioritaires se sont greffées sur les premières, de sorte que mes envies livresques passent au second plan.

C’est grâce au challenge Consignes à la chaîne que je sors ce roman de son inertie « palesque ». En effet, j’avais choisi la consigne « Un roman en français dont le titre est en anglais ». Il était le seul à correspondre, et je me suis donc lancée.

Dans la vie, la gravité d’une situation est diminué de moitié après une bonne tasse de thé!

Proverbe anglais

Sauf si ce thé est bu en compagnie de Miss Carlotta James, auquel cas, la gravité de la situation sera doublée!

Elijah Rabbit

The pink tea time club, de Cécile Guillot

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La vie en rose

L’histoire se résume de façon très simple. Lottie, Carlotta de son vrai nom, est une jeune lady londonienne qui n’a pas son pareil pour faire des caprices et s’affubler de tenues majoritairement roses. Oui, dit comme cela, la demoiselle ne donne pas envie d’être découverte, j’en suis bien consciente. Heureusement, son personnage réservera quelques surprises, que nous verrons par la suite.

Un jour qu’elle se promène au parc avec sa sœur et son chien, Pink Princess (ça ne s’invente pas…), ce dernier est happé par une créature tentaculesque surgie d’une faille donnant sur une dimension parallèle. C’est alors que surgit Elijah Rabbit, venu pour refermer la faille à l’aide de sa technologie rétrofuturiste d’horloger du surnaturel. Loin de récupérer Pink Princess, c’est des deux ladies qu’il hérite. Car Lottie compte bien en découdre avec la créature qui lui a ravi son toutou, et que ça saute!

De là découlera une série d’aventures rocambolesques. Les deux femmes, rejointes ensuite par la meilleure amie de Lottie, vont même aller jusqu’à créer un club de lecture factice afin de ne pas alerter l’attention parentale.

Au centre de tout cela, vous vous en doutez, se trouve le personnage de Lottie. Si elle paraît bien superficielle, avec son physique parfait, ses réactions enfantines (pour ne pas dire puériles), ses caprices et son goût prononcé pour le rose (diantre, que je suis allergique à cette couleur!), elle n’en réserve pas moins quelques surprises de taille. Car la demoiselle peut aussi être aventureuse, courageuse (ou inconsciente, c’est selon), téméraire, et fait parfois montre de traits d’intelligence qui relèvent le tableau. Au final,  certains côtés de sa personnalité la rendent touchante et font qu’on s’y attache, à notre plus grand étonnement.

Après, je vous avoue que certaines de ses réactions m’ont royalement pompé l’air, surtout lorsqu’elle prenait ses airs de cruche siliconée. Mais bon, personne n’est parfait, loin de là! Et Lottie ne fait pas exception à la règle. En outre, on peut voir dans son apparente superficialité une forme d’excentricité, de refus des conventions, qui est finalement loin d’être déplaisante. Et donc, même si nous ne partageons pas du tout les mêmes goûts, j’ai pu passer outre ces moments d’énervement littéraire pour me concentrer sur l’essentiel : le meilleur de sa personnalité.

Le voyage en fiacre fut des plus chaotiques. Elijah s’était résolu à ce mode de transport pour ne pas avoir à subir les jérémiades des jeunes filles, peu habituées à la marche, surtout sous la pluie. Mais même ainsi, il avait dû souffrir les plaintes de Lottie dont les cheveux frisottaient à l’humidité de l’air. Vraiment, il ne comprenait pas cette femme qui, par moments, pouvait se montrer si ouverte et si intrépide, et à d’autres, se conduire comme une enfant gâtée et superficielle. Quoiqu’en y pensant bien, les deux n’étaient pas incompatibles : c’était une lady qui réalisait tous ses caprices, qu’il s’agisse des dernières robes à la mode ou de chasse aux monstres.

The pink tea time club, de Cécile Guillot

Clin d’œil littéraire

Derrière l’intrigue sommes toutes assez téléphonée, on retrouve de nombreux clins d’yeux à des monuments de la littérature, ou à des personnages historiques très célèbres. Ainsi, Lottie et son « club » va mener l’enquête sur un cas qui ressemble à s’y méprendre à celui du Dorian Gray d’Oscar Wilde. Ensemble, ils rencontreront l’auteur dans sa propre maison, poursuivront Jack l’Éventreur, se rendront sur l’île de Peter Pan en compagnie de James Barrie, et ainsi de suite. L’on retrouve également des éléments d’Alice au pays des merveilles, comme en témoigne cet extrait :

Un homme déboula en courant.

– Je suis en retard! En retard! En retard! s’écria-t-il avant de se fondre lui aussi dans la masse végétale.

Lottie n’hésita pas une seconde et lui emboîta le pas. Aussi impossible que cela puisse paraître, une brèche s’était ouverte dans le sol, laissant se déployer des fumerolles verdâtres et nauséabondes. Le coeur de la demoiselle sembla défaillir quand elle vit un énorme tentacule en sortir et se saisir de Pink Princess qui gémit en essayant de se libérer. Comble de la scène, le jeune homme qui n’aurait pas dû manquer d’intervenir en parfait gentleman paraissait s’activer sur une grosse montre démodée alors qu’une créature cauchemardesque s’en prenait à son bébé!

The pink tea time club, de Cécile Guillot

D’aucuns verraient aussi quelques rappels du mythe de Cthulhu de Lovecraft (la présence des nombreuses tentacules qui émaillent le récit en atteste).

Au final, l’auteure nous propose une immersion dans les grandes histoires qui ont façonnés l’imaginaire d’aujourd’hui. Le focus est principalement mis sur la littérature et les personnages historiques de l’ère victorienne. C’est ce voyage au cœur des mythes et légendes du 19e siècle qui m’a le plus plu dans ce roman, d’autant plus que le récit présente une pointe de « déjantage » bien dosé, juste comme je l’aime. Et même si, parfois, les scènes d’action étaient un tantinet brouillonnes, je les ai trouvé plaisantes, divertissantes.

Régime romanesque

Ce que je déplore en revanche dans ce roman, c’est le cruel manque de profondeur de l’intrigue et de l’univers mis en place. On dirait que les personnages (celui de Lottie mis à part) ne sont que survolés, tout comme les créatures qui peuplent les différents univers parallèles. On sent qu’il pourrait y avoir bien de la matière sous la surface, qu’il suffirait juste de gratter un peu pour y parvenir. Mais malheureusement, l’auteure ne le fait pas. Pire encore, elle ne nous fournit pas les outils pour que nous le fassions nous-même. Il en résulte donc un sentiment d’impuissance. Car on aimerait bien pouvoir y plonger, dans cet univers! On aimerait bien même pouvoir le croquer à pleines dents, suivre Lottie et ses compagnons au plus profond de la faille, et explorer ces mondes insoupçonnés! Les théories de l’auteure se tiennent plutôt pas mal, mais il leur manque ce côté fouillé qui donnent aux récits imaginaires leurs lettres de noblesse.

De même, les actions (comme je le disais plus haut) ne sont soit pas assez poussées, soit trop brouillonne. L’auteure ne va pas suffisamment loin dans ses descriptions, les phrases sont souvent trop courtes. Cela déforce l’histoire, qui y perd grandement en qualité. Dommage…

Il prit ensuite la carte de Londres et commença à faire brûler de l’encens de divination, subtil mélange de graines de lin et de psalliote. Certaines personnes n’avaient point besoin de subterfuges pour pratiquer l’art d’entrevoir l’avenir mais lui, hélas, ne disposait d’aucun don naturel pour l’ésotérisme. Il se devait donc de suivre les recettes à la lettre, pour d’ailleurs, de bien piètres résultats. Il respira à grand coup les effluves terreux qui se dégageaient de sa bouilloire et prit son petit pendule. Les plantes mercuriennes étaient les plus appropriées pour ce type de travail et les effets ne tardèrent pas à se faire sentir.

The pink tea time club, de Cécile Guillot

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En résumé

En dépit de son côté superficiel et puéril, j’ai fini par apprécier le personnage de Lottie. Et heureusement, car c’est vraiment autour d’elle que le récit se centre! Après, de nombreux éléments plaisants gravitent autour de sa personne, tels ses demoiselles d’honneur (sa sœur et sa meilleure amie), toutes deux très stéréotypées mais relativement agréables au demeurant. Il y a aussi Elijah Rabbit, le jeune horloger au tempérament trop effacé que pour marquer durablement les esprits. C’est dommage, car il aurait fait un bon héros.

L’univers dépeint, quant à lui, laisse un peu à désirer dans le sens où les idées sont bonnes, mais pas assez fouillées. Et c’est un euphémisme! Trop de choses, dans ce roman, restent en surface. Il n’y a pas grand chose qui permette au lecteur d’aller gratter sous la couche superficielle pour avoir accès aux parties immergées de l’iceberg. D’où la sensation d’être tombé sur un glaçon déjà passablement fondu, ou qui n’a pas encore eu le temps de se former.

Les clins d’yeux à l’imaginaire du 19e siècle, eux, sont bien amenés et donnent une vraie plus-value au récit. Finalement, sans le personnage de Lottie et ces clins d’yeux, je ne pense pas que j’aurais terminé le roman. La plume de l’auteure n’est pourtant pas désagréable, mais il manque un petit plus, une sorte de magie qui ferait prendre la sauce totalement.

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Un roman français dont le titre est en anglais.

Challenge Prise de poids littéraire

Je dois encore le peser…

 

3 réflexions sur “[Chronique steampunk] The pink tea time club, de Cécile Guillot

  1. ohh merci de m’avoir citée dans les autres avis 🙂 c’est bien gentil. J’ai eu un avis un peu comme toi une histoire inaboutie… une écriture fluide mais trop simpliste, pas assez travaillée. C’est pas le meilleur de l’auteure c’est certain même si on passe tout de même un bon petit moment.

    Aimé par 1 personne

    • Mais de rien ^^ Oui, c’est vraiment dommage que cette histoire ne soit pas plus aboutie, car ça aurait pu être un chouette univers, sur lequel beaucoup de bonnes histoires pourraient être écrites. Ceci étant, je ne me décourage pas pour autant! Je lirai probablement les autres romans de l’auteur, ne fut-ce que par curiosité, pour voir comment son style évolue.

      Aimé par 1 personne

  2. Pingback: C’est lundi, que lisez-vous? #74 | Les chroniques d'Acherontia

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