[Chronique fantasy] Cavalier vert. T1, de Kristen Britain

Un premier tome qui a démarré comme le laissait entendre le résumé de quatrième de couverture, c’est-à-dire avec une base de thématiques assez bateaux. Pourtant, l’auteur s’en tire bien et nous livre un récit rythmé, presque épique (pour ne pas dire hippique), avec un duo Karrigan-Cheval très attachant et même parfois comique.

Acherontia

Synopsis

Cavalier vert 1Karigan G’ladheon, jeune fille éprise d’aventure, s’enfuit après avoir été exclue de son école pour avoir défié en duel le fils d’un gouverneur de province. Elle croise alors un Cavalier Vert, l’un des légendaires messagers du roi qui lui demande dans un dernier souffle de porter un message à son souverain. Sans même prendre connaissance de la missive, elle fait le serment de la remettre en mains propres, scellant ainsi son destin, car elle est soudain magiquement investie de la mission qu’elle vient d’accepter : devenir un Cavalier Vert. Dès lors, traquée par des assassins au service d’un mystérieux sorcier, Karigan ne peut compter que sur sa fidèle monture et les mystérieux pouvoirs qu’elle va se découvrir.

La loi d’attraction universelle

J’ai découvert cette lecture par le biais de la petite OP initiée par les éditions Bragelonne (pour rappel, le temps d’un long weekend, une sélection d’ebooks sont en vente à 0€99 pièce, dont des séries, souvent les trois premiers tomes). Je n’avais pas particulièrement entendu parler de cette série, mais j’aime beaucoup découvrir de nouvelles œuvres de fantasy américaine que je connais un peu moins bien, et je me suis dit que ce serait la bonne occasion.

J’avoue toutefois avoir été interpellée par le thème que je trouvais assez « bateau » (une jeune femme qui tombe par hasard sur un mystérieux message et qui doit le remettre au roi, un messager mourant et une promesse de terminer sa mission… je pense qu’on a déjà vu mieux en matière de début d’intrigue). Je craignais un peu de tomber sur un roman qui exploite à fond les clichés du roman d’aventure conventionnel, avec des thèmes et des personnages trop téléphonés. Mais finalement, vu le prix demandé par volume, je me suis quand même laissée tenter. Après tout, je n’y risquais pas vraiment ma culotte… Au pire, si je n’accrochais pas, je serais passée à autre chose, ni vu ni connu.

Le bateau tangue…

Alors, qu’en a-t-il été, finalement? La sauce a-t-elle pris, ou a-t-elle prit des poils au fond de mon frigo littéraire?

Je ne vous le cache pas, la première partie du roman n’a fait que renforcer mon sentiment de début d’intrigue complètement cliché. Une étudiante qui s’enfuit du bahut parce qu’elle a été injustement renvoyée, un messager à cheval mourant qui croise sa route et qui lui fait promettre de terminer sa mission en portant une missive vitale au Roi, et elle qui accepte du bout des lèvres parce qu’elle n’a pas trop le choix… Pour moi, cela sent un peu trop le « J’me suis creusé le cerveau pour trouver un début qui déchire, mais… ben non, finalement ». C’était juste tellement bateau que je me suis demandé si je n’avais pas affaire à un roman pour adolescents. Bien écrit, ceci dit, pour un roman jeunesse, mais tout de même…

Pourquoi avoir poursuivi ma lecture, alors? me direz-vous… Non point que je sois masochiste! Si une lecture me barbe au point de me faire lever les yeux au ciel toutes les deux phrases, évidemment, je jette l’éponge, et l’eau du bain avec! Pourtant, ici, il y avait ce petit quelque chose qui m’a procuré l’envie de donner une chance à ce récit.

Une chance de plus

Ce qui m’a fait tenir le cap, c’est l’héroïne, Karrigan, qui avait tout pour me plaire. C’est une jeune femme de caractère, aventurière dans l’âme et qui n’hésite jamais à écouter son courage. Elle aussi pourrait paraître un peu cliché, parce que des jeunes femmes qui présentent ces caractéristiques, on en trouve à la pelle dans la fantasy actuelle! Et pourtant…

Je pense que ce qui m’a le plus plu chez elle, c’est son humilité et son innocence. Jamais elle ne se prends au sérieux, quand bien même elle passe du simple statut d’étudiante à celui de Cavalier Vert en l’espace de quelques minutes cruciales. Et surtout, elle reste elle-même envers et contre tout. Elle ne laisse pas ses nouvelles fonctions la rendre plus hautaine ou hargneuse ; elle conserve son entièreté et son sens des valeurs qui la caractérisent. Quant à l’innocence, elle va de découverte en découverte, et s’émerveille à chaque fois de ce qu’elle rencontre et apprends. Mais jamais elle ne laisse ces expériences entacher son cœur de haine, de peur, de rancœur. J’ai finalement aimé son côté tête brûlée et sa fraîcheur.

Et puis surtout, il y a sa relation avec Cheval…

Un amour de cataclop…

Parce que Cheval, c’est plus qu’un simple canasson! Pour peu, j’aurais presque pu classer ce roman dans la catégorie « fantasy animalière », tant il a de la personnalité. Le seul bémol, c’est qu’il ne parle pas. Mais je vous assure que c’est tout comme! Ses attitudes sont si bien décrites qu’on le croirais presque doté d’une personnalité humaine. Ce n’est pas du tout perturbant, bien au contraire! Il apporte à lui seul la touche d’humour nécessaire à ce roman, amenant un peu de légèreté entre les scènes de combats et les différentes péripéties de l’héroïne.

Je dois toutefois mettre un peu de nuance dans ma dithyrambe… Car j’aurais vraiment bien aimé avoir un peu plus d’informations au sujet du dressage de ce cheval. OK, il a de la personnalité à revendre, il est malin comme un renard, et il guide à merveille Karrigan dans ses nouvelles fonctions alors qu’elle ne sait pas toujours quoi faire. Très bien, oui, mais c’est un cheval, il n’est pas censé savoir faire tout ça! Donc, l’auteur nous explique que les chevaux des Cavaliers Verts sont spéciaux. D’accord, mais spéciaux dans quel sens? Parce qu’ils ont été dressés d’une certaine manière? Grâce à une certaine forme de magie? Ou y a-t-il un autre mystère sous-jacent? Cela flaire à plein nez le coup du « Ta gueule, c’est magique! », et je dois dire que ça me laisse franchement sur ma faim. C’est tout de même grâce à leurs chevaux que les Cavaliers Verts parviennent à faire leur travail, non? Alors j’aurais aimé que cette partie-là au moins soit plus développée…

Sombre magie

La magie non plus n’est pas l’aspect le plus développé dans ce roman, et c’est bien dommage, parce qu’il y aurait beaucoup de choses à en dire. On sait qu’un des personnages, sans doute le grand meuhchant de service, use de sa magie pour des actes répréhensibles. On sait aussi qu’il existe une forêt maléfique quelque part dans le royaume, et que cette forêt est séparée du reste du monde par un mur renforcé par la magie. Très logiquement, le meuhchant va donc chercher à briser le mur et à faire pleuvoir sur le monde les créatures maléfiques d’antant.

C’est très bien, mais là aussi, je reste affreusement frustrée. Comment et pourquoi cette forêt a-t-elle été emmurée, on ne le sait pas vraiment. Pourquoi ce meuhchant cherche-t-il à libérer les créatures qu’elle contient, là non plus, ce n’est pas vraiment expliqué. Et par pitié, ne me dites pas « Parce que c’est un meuhchant! »… Nous obtenons plus d’infos dans la seconde moitié du roman, fort heureusement! Mais même ces infos me semblent dérisoires face à la foule de questions qui me viennent à l’esprit. Là encore, j’ai l’impression d’être prise pour une quiche à trois lardons.

Heureusement pour nous, pauvres lecteurs, certains éléments viennent sauver le tout. Car de façon tout à fait surprenante (vraiment?), Karrigan aussi est capable de pratiquer la magie. Et c’est sur les routes qu’elle le découvre, au moment où elle s’y attend le moins. Ici aussi, c’est cliché. La jeune noob qui débarque dans une aventure et se découvre des pouvoirs magiques insoupçonnés, c’est un thème plus qu’éculé. Pourtant, je trouve que l’auteur n’en abuse pas non plus. C’est surtout que Karrigan a la possibilité d’appeler de l’aide extérieure de façon magique. La magie ne vient donc pas directement d’elle (encore que les appels soient de nature magique), mais de ses aidants. Là, donc, nous avons déjà une histoire plus probable et moins édulcorée.

Et il convient aussi de souligner que de nombreux éléments de magie sont fort sympathiques. Je ne sais pas si on peut les qualifier d’imaginatifs, mais ils sont plaisants et tombent généralement au bon moment. Je pense notamment au passage concernant les sœurs Sorbier et le cabinet de curiosités de leur père, à la pierre de lune, à l’Épique Chevauchée, et j’en passe. Ce ne sont pas là des éléments révolutionnaires, mais ils sont bien amenés et apportent une touche de fantaisie épique comme on les aime.

Deux temps, trois mouvements

Une des forces de ce roman, je pense, réside dans son rythme assez soutenu qui ne permet pas au lecteur de s’ennuyer. Le récit se divise en deux parties bien distinctes : celle du voyage, durant laquelle Karrigan doit se faire un chemin jusqu’au Palais royal afin de remettre sa lettre au Roi, et celle des intrigues, durant laquelle la lettre a été remise et bouleverse l’ordre établi. Mais au-delà de ça, on distingue aussi trois mouvements, car les intrigues au Palais se font en deux temps : celui où la lettre doit être décodée, et Karrigan prise au sérieux, et celui où la menace est là et où il faut en découdre.

La partie du trajet est conçue pour que le lecteur ne puisse pratiquement pas souffler. Les rebondissements s’enchaînent, les mésaventures aussi. Les temps morts, qui correspondent aux moments où Karrigan peut enfin se reposer en lieu sûr, sont rares, de courte durée, et sont toujours là pour nous apprendre de nouveaux éléments au sujet de l’intrigue ou des personnages. Puis vient la seconde partie, qui débute sur une nette accalmie, et qui se termine sur les chapeaux de roues. En bref, les temps forts et les temps morts sont savamment dosés pour que le lecteurs n’ait pas envie de lâcher le roman. Et, pour être honnête avec vous, s’il n’y avait pas eu ce rythme très marqué, je ne sais pas si j’aurais aussi bien accroché.

J’ai adoré le temps du trajet, bien sûr. Depuis ma lecture du Seigneur des anneaux il y a bien des années de cela, je ne taris jamais d’éloge sur les quêtes que les héros doivent faire, et les trajets qu’ils doivent parcourir, à pied, à cheval, à dos d’aigle et j’en passe. J’ai toujours trouvé cette idée du « voyage initiatique » exaltante. Toute cette nature sous nos pieds, et toutes ces pensées dans nos têtes… Toutes ces aventures qui attendent au tournant du chemin! The road goes ever on, comme le disait Tolkien. C’est un élément qui m’a toujours plu en fantasy, et qui a à nouveau fait mouche dans ce roman. Cela compense, dirons-nous le côté boiteux de certains éléments peu expliqués et la frustration due à une intrigue parfois trop téléphonée.

Ceci étant, j’ai aussi beaucoup aimé les intrigues de cours, les trahisons, les combats, la reconquête d’un territoire perdu, et le lien avec le royaume des morts aussi (mais je n’en dirais pas plus pour ne pas spoiler!). Les personnages, dans la seconde partie, sont plus nombreux. On apprend à mieux connaître certains d’entre eux et à les apprécier à leur juste valeur. C’est comme si le roman prenait un nouveau souffle et une maturité qu’on ne lui connaissait pas. Je pense donc que ça peut valoir la peine de continuer la lecture jusqu’au bout, si vous n’avez pas été largués en cours de route par les « évidences magiques »…

Pour la suite…

Je ne vous le cache pas, il y a dans la finale un passage complètement « what the f*** » qui m’a assez bien déroutée. Celui qui le lire saura sans doute de quoi je veux parler, mais je ne dirai rien de plus pour ne pas spoiler. J’ai juste eu l’impression que l’auteur s’était elle-même mise dans le pétrin, et qu’elle a trouvé une issue totalement « space » à sa scène afin de se tirer de ce mauvais pas. Ma foi, je ne lui jetterai pas la pierre, je sais à quel point le travail d’écrivain peut être compliqué.

Ceci étant, contre toute attente, je pense continuer cette série, parce que la finale de ce premier tome laissait présager bon nombre de belles choses dans les tomes suivants. Sans compter que j’ai très envie de suivre l’évolution de Karrigan, et aussi de ce triangle amoureux entre elle, Alton d’Yer et le roi Zacharie. Je me suis attachée à elle, ainsi qu’à Cheval, et j’ai très envie de les revoir dans de nouvelles aventures.

J’espère surtout que mes questions restées en suspens trouveront une réponse dans le tome suivant. Mais en cela, rien n’est certain…

En résumé

Un premier tome qui a démarré comme le laissait entendre le résumé de quatrième de couverture, c’est-à-dire avec une base de thématiques assez bateaux. Pourtant, l’auteur s’en tire bien et nous livre un récit rythmé, presque épique (pour ne pas dire hippique), avec un duo Karrigan-Cheval très attachant et même parfois comique. Certes, de trop nombreux éléments sont peu (voire pas) expliqués, notamment certains éléments magiques, et l’auteur nous laisse sur notre faim, frustrés que nous sommes de ne pas comprendre les mécanismes de l’univers qui est mis sous notre nez. Ceci étant, l’évolution des personnages, leurs interactions, les intrigues politiques et guerrières, les rebondissements et les combats font qu’on parvient malgré nous à accrocher à l’histoire… et à en redemander!

Ma note : 15/20

D’autres avis éclairés…

Chez Samlor

Chez Albédo

Chez Lianne

Chez MarieJuliet

les challenges associés…

cli6b-homovampiris_fabienclavel

Challenge Littérature de l’imaginaire

Lecture n°2

Challenge des 52 semaines - Copie

52 semaines SFFF

Idée n°15 : Un cheval…

Un livre, une consigne…

Le roman pouvait correspondra à plusieurs consignes, mais je choisis celle-ci : Un livre avec un animal sur la couverture.

Pour le décompte :

1 consigne validée = 1 points / Fantasy = 2 points / Premier tome = 2 points / Auteur étranger = 3 points

Total : 7 points

Challenge Prise de poids littéraire

Poids du volume : 680 grammes

Zoo littéraire

Un cheval, à placer dans le secteur de la Ferme

 

10 réflexions sur “[Chronique fantasy] Cavalier vert. T1, de Kristen Britain

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