[Chronique fantastique] La bibliothèque de Mount Char, de Scott Hawkins

L’horreur que l’on trouve dans ce roman n’est pas celle de bas étage, celle qui vous laboure le corps à coups d’adrénaline et qui vous retourne l’estomac comme au sortir d’un train fantôme un peu trop chaotique. Ce que Scott Hawkins vous propose, c’est une peur glacée que chaque mot refroidit un peu plus, c’est un sentiment de malaise, de mal-être même, qui vous colle au corps comme de la cendre humide, c’est une amertume qui vous laisse un goût ammoniaqué et ferrugineux sur les papilles. 

Acherontia

Synopsis

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Carolyn était une jeune Américaine comme les autres. Mais ça, c’était avant. Avant la mort de ses parents. Avant qu’un mystérieux personnage, Père, ne la prenne sous son aile avec d’autres orphelins.
Depuis, Carolyn n’a pas eu tant d’occasions de sortir. Elle et sa fratrie d’adoption ont été élevés suivant les coutumes anciennes de Père. Ils ont étudié les livres de sa Bibliothèque et appris quelques-uns des secrets de sa puissance. Parfois, ils se sont demandé si leur tuteur intransigeant ne pourrait pas être Dieu lui-même.
Mais Père a disparu – peut-être même est-il mort – et il n’y a maintenant plus personne pour protéger la Bibliothèque des féroces combattants qui cherchent à s’en emparer.
Carolyn se prépare pour la bataille qui s’annonce. Le destin de l’univers est en jeu, mais Carolyn a tout prévu. Carolyn a un plan. Le seul problème, c’est qu’en s’acharnant à créer un nouveau dieu elle a oublié de préserver ce qui fait d’elle un être humain.
Avec une galerie de personnages mémorables et une intrigue qui vous réserve plus d’une surprise, La Bibliothèque de Mount Char est à la fois terrifiant et hilarant, étrange et humain, visionnaire et captivant. Un roman qui marque l’entrée en scène d’une voix nouvelle dans le monde de la fantasy.

La loi d’attraction universelle

Je tiens d’abord à remercier les éditions Denoël pour ce service presse, ainsi que Babelio et son opération Masse Critique. C’est une lecture que j’avais sélectionné lors de l’avant-dernière MC, et cela m’a fait très plaisir d’être tirée au sort pour la lire et la chroniquer!

Pourquoi ai-je demandé cette lecture en particulier? Je dois avouer que cela a été difficile de faire un choix lors de cette Masse Critique, car elle avait pour thème les « mauvais genres », et proposait donc beaucoup de littérature de l’imaginaire. Je ne me suis donc pas faite prié, et ai sélectionné tous ceux qui me faisaient de l’oeil (c’est-à-dire un tiers de la liste…), puisque de toute façon on ne peut être sélectionné que pour un, ou pour aucun. Je ne risquais donc pas d’être submergée de services presse!

Mais cette lecture-ci m’avait beaucoup intriguée, à l’époque, de par sa couverture et son titre. D’abord, ça a été : « Chouette! Un livre sur les bibliothèques! Je suis bibliothécaire, moi aussi, donc ça va le faire grave… ». Puis : « Pourquoi un taureau enflammé pour illustrer un roman sur le thème des bibliothèques? M’enfin, quelle idée! ». Et en lisant le résumé, je me suis aperçue que, finalement, il n’y aurait peut-être pas de bibliothèque au sens où on l’entend habituellement… Brûlant de résoudre ce mystère, j’ai cliqué, et boum! Voici le livre qui arrive chez moi comme une fleur…

 

[Chronique fantastique] La bibliothèque de Mount Char, de Scott Hawkins

Lecteurs, l’heure est grave. Il est d’une importance capitale que vous ne vous laissiez pas dérouter par les premières pages de ce roman. Je le sais pour l’avoir vécu personnellement, ces premières pages vont vous faire l’effet d’un grand « whaaaaat the f***k?!? ». Sachez que ce n’est pas dramatique et que je vous comprends. Non, je vous rassure, vous n’êtes pas devenus débiles en l’espace d’une minute. Non, ce roman ne réduit pas les neurones à l’instar d’une poignée de main donnée par un réducteur de sexe. L’auteur parle petit martien, certes, mais c’est un petit martien francisé, je le précise. 

Il faut un peu de temps pour s’immerger dans l’univers et dans l’histoire, je vous le concède. Mais une fois que l’on commencer à saisir de quoi il est question, on y prend vraiment beaucoup de plaisir. ​​​​​​​

[Chronique fantastique] La bibliothèque de Mount Char, de Scott Hawkins

Un jour d’été, alors qu’elle avait environ huit ans, les ennemis de Père avaient lancé l’offensive contre lui. Père avait survécu, ainsi que Carolyn et une poignée d’enfants. Mais pas leurs parents.
Elle se rappela la voix de Père lui parvenant à travers une fumée noire à l’odeur d’asphalte fondu, le cratère où s’étaient trouvées leurs maisons qui luisait derrière lui d’un éclat orange terne.
« Vous êtes maintenant des Pelapi, dit Père. C’est un mot très ancien. Il signifie quelque chose comme « bibliothécaire » et quelque chose comme « élève ». Je vous emmènerai dans ma maison. Je vous élèverai à l’ancienne, comme j’ai moi-même été élevé. Je vous enseignerai les choses que j’ai apprises. »

La bibliothèque de Mount Char, de Scott Hawkins

Pour résumer à la très grosse louche, Carolyn et ses compagnons de galère habitent Garrison Oaks depuis que leurs parents ont été tués. Mais Père, qui les a recueillis et qui leur a appris tout ce qu’ils savent, a disparu, et il leur faut le retrouver avant que ses ennemis ne réarrangent le monde à leur manière. Les protégés de Père ne sont pas des êtres comme les autres. Le temps semble avoir peu de prise sur eux, certes, mais il n’y a pas que ça. Père leur a attribué un « catalogue » à chacun, et aucun d’eux ne peux partager avec les autres le contenu de ce catalogue. Dedans se trouvent des matières à étudier, des matières qui confinent plus à la magie qu’aux mathématiques et au français… À chacun son domaine de prédilection : Carolyn apprend tous les langages, y compris les moins connus et les plus anciens. Margaret doit sans cesse mourir pour se rendre dans les Terres Oubliées, et être ressuscitée pour en revenir. Jennifer travaille sur la guérison, Lisa sur la mémoire, et ainsi de suite. 

Mais depuis la disparition de leur bienfaiteur, ils se retrouvent livrés à eux-mêmes. Pire encore, ils n’ont plus accès à la bibliothèque, protégée par un puissant sortilège qu’ils ne savent comment déjouer. 

Carolyn, qui se sentait reconnaissante, fit tout d’abord de son mieux. Sa maman et son papa étaient partis, partis pour de bon. Elle le comprenait. Il ne lui restait plus que père et il lui sembla au début qu’il ne demandait pas grand-chose. La maison de Père était cependant différente. Au lieu de bondons et de télévision, il s’y trouvait des ombres et des vieux livres, écrits à la main sur d’épais parchemins. Ils en vinrent à comprendre que Père avait vécu très, très longtemps. Et au cours de sa longue vie il avait maîtrisé l’art de façonner des merveilles. Il était capable de faire tomber la foudre, ou d’arrêter le temps. Les pierres l’appelaient par son nom. La théorie et la pratique de son art étaient réparties en douze catalogues – un pour chaque enfant, comme il se trouva. Tout ce qu’il leur demandait, c’était de les étudier avec sérieux.

La bibliothèque de Mount Char, de Scott Hawkins

Le style très inhabituel de Scott Hawkins, mêlé à une histoire surnaturelle totalement rocambolesque, m’a dans l’ensemble plutôt séduite, bien que je sois fâcheusement incapable de vous décrire à quoi cela ressemble. Cela pourrait se rapprocher du style des Monty Python, dans le sens où le texte est truffé de non-sens… à cela près qu’il faut remplacer l’humour par l’horreur. Car ici, de l’humour, même noir, vous n’en trouverez pas. Je suis consciente que le résumé parle d’un récit « terrifiant et hilarant à la fois ». Je ne peux pas dire que je sois d’accord avec cette assertion. À moins de considérer l’hilarité comme une giclée d’acide au visage.

Un an ou deux auparavant, David avait pris l’habitude de presser le cœur de ses ennemis pour imprégner ses cheveux de leur sang. Il était velu et un cœur ne cédait que quelques cuillerées, mais celles-ci s’additionnaient vite. Au fil du temps, le mélange de sang et de cheveux s’était durci pour former une sorte de casque. Un jour, poussée par la curiosité, elle avait interrogé Peter sur sa dureté. Peter, qui étudiait entre autres les catalogues de mathématiques et d’ingénierie, avait contemplé le plafond tout en réfléchissant un moment : « Ça doit être très dur, répondit-il d’un air méditatif. Le sang coagulé est plus dur qu’on ne pense, mais il est friable. Les mèches de cheveux tendent sans doute à corriger cela. C’est le même principe que le béton armé. Hum. »

La bibliothèque de Mount Char, de Scott Hawkins

L’horreur que l’on trouve dans ce roman n’est pas une horreur de bas étage, celle qui vous laboure le corps à coups d’adrénaline et qui vous retourne l’estomac comme au sortir d’un train fantôme un peu trop chaotique. Ce que Scott Hawkins vous propose, c’est une peur glacée que chaque mot refroidit un peu plus, c’est un sentiment de malaise, de mal-être même, qui vous colle au corps comme de la cendre humide, c’est une amertume qui vous laisse un goût ammoniaqué et ferrugineux sur les papilles. Apprêtez-vous à ressentir de l’inquiétude du début à la fin. Je veux dire, de la vraie inquiétude. Pas celle que l’on ressent avant un examen, mais bien celle que l’on perçoit lorsque le monde s’apprête à sombrer dans l’abîme. 

Durant un an environ, Père avait tué Margaret deux ou trois fois par semaine. Il employait pour cela des moyens variés. La première fois, il l’avait eue par surprise, d’un coup de hache à la table du dîner, ce qui avait fait sursauter tout le monde et surtout Margaret elle-même. Ensuite étaient venus les balles, le poison, la corde, peu importe. Tantôt il la prenait par surprise, tantôt non. Un jour, il lui avait transpercé le cœur avec un stylet, mais seulement après l’avoir prévenue de ses intentions, posant devant elle le stylet sur un plateau d’argent et lui laissant le loisir de le contempler trois jours et trois nuits durant. Ce devait être encore pire que le coup de hache, supposait Carolyn, mais Margaret n’avait paru nullement démontée. Toutefois, c’était après avoir passé un jour ou deux devant le stylet qu’elle avait commencé à gloussé.

La bibliothèque de Mount Char, de Scott Hawkins

Certains personnages pourraient être qualifiés d’attachants. Je pense notamment à Carolyn, à Margaret ou à Jennifer. Ils ont pratiquement tous un côté fragile et bestial à la fois. C’est étrange de prononcer ces deux mots dans une même description, et pourtant ce sont les seuls qui me viennent à l’esprit, avec le terme « sauvage », peut-être. On sent que ce sont des êtres qui ont été brisés, puis reconstruits de telle manière qu’ils ont perdu le peu d’humanité qu’il leur restait. Cela me fait penser aux « créateurs de monstres » de l’Antiquité et du Moyen âge, qui enlevaient des bébés à leur famille, brisaient leur corps et les « reformataient » à l’aide de moules en acier et autres engins de torture. 

C’est vrai, ils sont attachants dans leur apparente fragilité. Mais, ils peuvent aussi se montrer très déroutants, car ils ne réagissent nullement comme des individus normaux, ni même comme des humains, d’ailleurs. Ils ressemblent plus à des enveloppes corporelles autrefois humaines, qui seraient à présent habituées par des esprits sans âge. Ce qui, vous vous en doutez, est particulièrement perturbant.

Quant à Père, on ne peut s’empêcher de le comparer à Dieu. Mais alors, un Dieu un peu bizarre, surnaturel et cruel, un dieu qui cherche à se bâtir une relève au travers de Carolyn et des autres. Je ne peux pas dire que j’aie ressenti de l’affection pour lui, car je trouve ses méthodes vraiment barbares. 

Comme eux tous, David était ce que Père en avait fait. Si désireux soit-il de mourir, il ne le pouvait pas.
Vers midi, heureusement, il observait un silence total. Père leur ordonna d’alimenter le feu jusqu’au crépuscule. David était toujours vivant, affirmait-il. Il avait sûrement un moyen de le savoir, Carolyn n’en doutait pas.
Père leur dit d’arrêter d’apporter des bûches peu de temps après la tombée du soir. Le feu s’éteignit vers minuit. Le matin du troisième jour, le taureau s’était suffisamment refroidi pour qu’on puisse l’ouvrir, mais le métal était encore assez chaud pour que Carolyn attrape une cloque sur le bras lorsqu’elle le frôla de trop près.
Ce qui restait à l’intérieur était moins horrible à voir qu’elle ne l’avait craint. Bien plus que tous les autres, David était un élève assidu. Sa maîtrise était déjà fort développée, et seul Père lui était supérieur.
Avant de mourir, il avait grillé quasiment jusqu’à l’os.

La bibliothèque de Mount Char, de Scott Hawkins

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En résumé

Eh bien, chers lecteurs, je me vois contrainte de vous avouer que je suis dans une impasse… En effet, je me sens bien incapable de dire si j’ai aimé ou non ce roman. Et même en ayant tourné la dernière page, même avec le recul, je ne parviens pas à me décider. Je crois que je n’y arriverai jamais. 

Sans doute ai-je été trop déroutée par cet OLNI… J’ai eu le sentiment de me perdre au creux de ces pages comme dans un labyrinthe sinueux et cauchemardesque, une sorte de labyrinthe de Pan complètement capillotracté. Certes, le voyage fut captivant, je me suis rapidement retrouvée happée par l’histoire, par les personnages et par l’univers décrits. Lire « La bibliothèque de Mount Char », c’est un peu comme voyager au-delà du cauchemar, dans des décors dignes de Tim Burton ; c’est aller jusqu’au grand fleuve Achéron pour y contempler les âmes damnées, en revenir, et constater que le monde, entre-temps, a changé ; c’est constater aussi que, sur le temps du trajet, on a soi-même changé. Peut-être ai-je eu subitement peur de trop perdre de moi-même et de mon humanité entre ces pages

Pourtant, l’écriture de Scott Hawkins est excellente. Pour un premier roman, c’est une grande réussite. Je pense que les éditions Denoël ont déniché là une petite perle de littérature fantastique américaine. Au fil des pages de ce roman, je me suis sentie un peu comme dans un bon vieux Clive Barker, à cela près que Hawkins se montre moins « crade », si je puis dire. Disons que, chez Hawkins, l’horreur se distille tout en finesse, par le biais de métaphores métaphysiques. 

Ce roman est donc très bon… mais déconcertant! Mais très bon… mais déconcertant! Bref, vous m’avez comprise!

[Chronique fantastique] La bibliothèque de Mount Char, de Scott Hawkins
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