[Chronique] Kushiel. T2, L’élue, de Jacqueline Carey

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[Chronique] Kushiel. T2, L'élue, de Jacqueline Carey

Synopsis…

Vendue par sa mère alors qu'elle n'était qu'une enfant, Phèdre nó Delaunay a appris l'histoire, la théologie, la politique, les langues étrangères et les arts du plaisir, sous l'égide d'un brillant mentor qui, seul entre tous, a su reconnaître la marque rouge ornant son oeil – le signe de Kushiel qui lui vaut d'éprouver à jamais le plaisir dans la souffrance – afin de devenir une courtisane accomplie… mais aussi une espionne de talent.
Ayant déjoué, au prix de nombreux sacrifices, un complot menaçant d'engloutir sa patrie, elle doit de nouveau affronter les nombreux ennemis qui menacent le royaume.
Car, si le peuple d'Angelin aime la jeune reine sur le trône, d'autres dans l'ombre ne pensent qu'à lui ravir la couronne… Et les comploteurs qui sont parvenus à échapper à la colère des puissants ont plus que jamais soif de pouvoir et de vengeance !
Récit plein de grandeur, de luxuriance, de sacrifice et de conspirations machiavéliques, La Marque dévoile un monde de poètes vénéneux, de courtisans assassins, de monarques trahis et assiégés, de seigneurs de guerre barbares, de traîtres grandioses… vu par les yeux d'une héroïne comme vous n'en avez jamais rencontré !

La loi de l'attraction universelle…

C'est grâce au Baby challenge fantasy du site Livraddict que j'ai découvert cette lecture hors du commun, et également grâce au "swap chat" auquel j'ai participé l'année dernière, en binôme avec Melodiie qui a su extirper cette excellente saga de ma wish-list pour m'en faire présent.

Je remarque avec une honte grandissante à quel point ma chronique du premier tome de la saga, intitulé "La marque", est lacunaire et pauvreteuse. Pour la petite histoire, j'étais dans une délicate période de post-rupture durant laquelle mes chroniques se sont faites rares, affectant par-là même la vie déjà précaire de mon blog littéraire. En fait, la plupart de ces chroniques se trouvent encore dans mon dossier "Brouillon", à l'état d'ébauches plus ou moins avancées. Je me chargerai de les compléter et de les publier dans les mois qui viennent. Pour l'heure, je ne me risquerai pas à faire de chroniques posthumes, pour la simple raison que je n'ai établi aucunes notes lors de mes autopsies littéraires, et que celles-ci datent d'un an au bas mot. J'ai donc publié mon brouillon de chronique tel quel. Toutefois, je crois me souvenir de quelques impressions fugaces ressenties à la lecture du premier tome, impressions que je crois bon de remémorer avant d'aller plus loin dans ma chronique du tome second…

Comme un lointain parfum d'été…

Au travers de la plume de Jacqueline Carey, poétique et féminine à souhait, et de cette trame typiquement fantasy, j'ai eu l'honneur de découvrir une héroïne d'une grande complexité.

J'ai donc entamé le premier épisode de la saga Kushiel l'année dernière, au mois de juillet précisément. J'étais alors passablement diminuée moralement, ayant subi de violentes attaques à grands coups de "gentille mais pas baisable" et autres grenades psychologiques qui causent, des mois durant, une indicible souffrance. Bref, je me traînais dans mon divan à enchaîner les lectures et à m’empiffrer d'oursons acidulés, détruisant mon estomac et ma ligne aussi sûrement que ma vie sociale.

Cette lecture-ci est rapidement sortie du lot, m'apparaissant comme un oasis de fraîcheur et de mystère au centre de la grande brume de mon vague à l'âme. Au travers de la plume de Jacqueline Carey, poétique et féminine à souhait, et de cette trame typiquement fantasy, j'ai eu l'honneur de découvrir une héroïne d'une grande complexité. Phèdre m'est rapidement apparue comme un personnage "modèle", une femme sensible mais forte, fragile mais courageuse et téméraire, et dotée d'une terrible féminité à fleur de peau.

Le récit en lui-même regorge d'éléments que je n'avais encore jamais vu dans un roman fantasy (mais force est d'admettre que je ne suis pas experte en la matière, tout au plus amatrice). J'ai particulièrement apprécié le système de croyance d'Angelin, dans lequel l'Amour fait l'objet d'un véritable culte, ce que les D'Angelins appelle le "service de Naamah" et qui n'est autre qu'une forme de prostitution ritualisée. Pour les D'Angelins, toutes les facettes de l'amour sont sacrées. Ce n'est pas pour rien que la devise d'Elua, leur principale divinité, est "Aime comme tu l'entends". Phèdre est elle-même servante de Naamah, mais d'un type un peu particulier, car elle est aussi l'élue du dieu Kushiel dont elle porte le signe, une tache rouge ornant l'une de ses iris. Cette marque du dieu lui vaut d'éprouver le plaisir dans la douleur. Elle est ce que l'on appelle une anguissette, et elle satisfait ses client par le biais de sa soumission à leur violence.

J'ai été heureusement surprise de voir la façon dont les scènes d'amour étaient traitées par l'auteure. À l'entame des quelques 959 pages de ce premier tome, j'étais dubitative, m'attendant à une succession de scènes vulgaires à peine plus relevées que celles de Cinquante nuances de Gray – roman dont j'ai malencontreusement lu un passage et que j'ai rapidement mis de côté, écœurée par la pauvreté linguistique du récit. Dans le présent cas, que neni! L'auteure, par sa plume délicate, poétique, son imagination débordante et son sens de la rythmique, prouve d'emblée que nous sommes très loin du roman de gare. Ici, aucune vulgarité, mais un sens inné de la retenue et de la délicatesse, même lorsque les clients de Phèdre se montrent plus violents.

Kushiel, la suite…

Personne mieux que Jacqueline Carey ne saurait résumer de plus belle façon le contenu du premier tome…

Si vous n'avez pas encore lu le premier tome et que vous envisagez de le faire prochainement, je vous déconseille de lire ce qui suit par peur de vous spoiler… Vous pouvez toutefois lire le résumé à la fin de cet article, où je ne dévoilerai rien qui puisse nuire à votre appréciation de l'intrigue.

Personne ne pourra dire que je n'ai pas eu mon lot d'épreuves au cours de mon existence – bien courte au demeurant au regard de tout ce que j'ai accompli. Voilà quelque chose que je crois pouvoir affirmer sans forfanterie. Si je suis aujourd'hui comtesse de Montrève, et si mon nom figure parmi ceux de la noblesse de Terre d'Ange, je sais néanmoins ce que c'est que d'être dépossédée de tout. Cela m'est arrivé une première fois, lorsque j'avais quatre ans, le jour où ma mère me vendit comme esclave à la Cour des floraisons nocturnes. Puis une seconde fois encore, le jour où mon seigneur et mentor Anafiel Delaunay fut assassiné, et où Melisande Shahrizai me trahit pour me livrer aux Skaldiques.
J'ai traversé les immensités sauvages de la Skaldie au plus fort de l'hiver, puis affronté la colère du Maître du détroit sur les eaux déchaînées. J'ai été la chose d'un chef de guerre barbare et j'ai dû abandonner mon plus cher ami à une éternité de solitude. J'ai vu les horreurs de la guerre et j'ai vu périr mes compagnons. De nuit, je me suis glissée, seule, à pied, au cœur du camp ennemi, sachant parfaitement que j'allais au-devant de la torture et d'une mort certaine.
Mais tout cela fut bien moins difficile qu'annoncer à Joscelin que je voulais de nouveau servir Naamah.

Kushiel. T2, L'élue, de Jacqueline Carey

Aussi bien ficelé qu'un gigot…

L'auteure parvient à mêler avec grand art les différentes intrigues, de façon si inextricable que le lecteur ne peut qu'être happé dans le récit comme un piéton sur la voie ferrée – d'une façon bien plus agréable tout de même, je vous rassure…

Que voici un titre de chapitre aussi grossier que le style de Carey est fin et délicat… Mais ma foi, il résumait si bien le contenu de cette section que je n'ai pas eu le cœur d'en penser un autre…

L'histoire de ce second tome tourne avant tout autour d'intrigues politiques entre Terre d'Ange et la Serenissima, capitale des Caerdiccae Unitae. Comme l'indique le passage cité ci-plus haut, Phèdre reprend le service de Naamah, au grand dame de Joscelin, son compagnon cassilin, qui a renié son serment par amour pour elle. Elle fait ce choix autant par plaisir du service de Naamah, que par nécessité. L'enseignement que lui a prodigué Delaunay lui confère en effet des qualités d'espionne exceptionnelle, et elle entend profiter de son statut de courtisane pour en apprendre plus sur la disparition de Melisande Shahrizai, éternelle comploteuse contre la couronne de Terre d'Ange. Dans le cadre de son enquête, Phèdre se rend à la Serenissima, où doit bientôt avoir lieu l'investiture du nouveau Doge, au milieu d'un climat politique plus tendu qu'une corde d'arc.

C'est dans ce contexte que débute le récit, qui m'a d'emblée captivée et séduite, prise à nouveau entre les griffes de la redoutable et magnifique stylistique de Jacqueline Carey. De nombreux éléments semblent ne pas tourner rond dans la vie de notre héroïne anguissette, que ce soit sa relation houleuse avec Joscelin qui accepte difficilement son retour au service de Naamah – et sur ce point, je le comprends parfaitement… Monogamie, quand tu nous tiens… – ou que ce soit sa quête désespérée de la traitresse Melisande, qui reste pour Phèdre un objet de désir sans nul pareil. L'auteure parvient à mêler avec grand art les différentes intrigues, de façon si inextricable que le lecteur ne peut qu'être happé dans le récit comme un piéton sur la voie ferrée – d'une façon bien plus agréable tout de même, je vous rassure… J'admire beaucoup la logique implacable avec laquelle elle tisse la trame de son récit. Tout est si précis, chaque élément est prévu longtemps à l'avance et, comme des pièces de puzzle, ils viennent s'emboîter l'un après l'autre pour former in fine une scène terriblement bien ficelée et complexe. Moi qui, d'accoutumée, n'y entend pas grand chose en matière de politique, je sentais ma lanterne s'éclairer au fil des découvertes et des surprises qui ponctuent les aventures de Phèdre.

Une authenticité non feinte…

C'est une des rares lectures qui est parvenue à m'arracher quelques larmes, fait à marquer d'une croix à mon calendrier littéraires…

Un fait rare que j'ai pu noter à ma lecture des deux premiers tomes de cette saga, c'est que l'auteure parvient à transmettre au lecteur une réelle émotion, au travers de scènes et de dialogues authentiques et entiers. Lorsque Phèdre plaisante avec ses chevaliers, on a envie de partager leur hilarité, et l'on ressent cette camaraderie qui les unit tous. Lorsqu'elle souffre de sa relation avec Joscelin, on partage la douleur de son cœur, et lorsqu'elle est face au danger, on tremble tout autant qu'elle. C'est une des rares lectures qui est parvenue à m'arracher quelques larmes, fait à marquer d'une croix à mon calendrier littéraires…

Cette authenticité, on la retrouve jusque dans le caractère même de Phèdre, qui reste droite et intègre en toutes circonstances, toujours humble, respectueuse, emplie de tolérance et de curiosité face aux cultures étrangères. Elle qui pourrait être une simple courtisane consumée par les désirs de la chair, elle s'avère être une héroïne autrement plus complexe et profonde (si je puis me permettre, on pourrais même dire qu'elle a un bon fond… hmmff OK je sors…). J'admire sa façon de s'adapter aux situations qu'elle rencontre, aux personnes qu'elle croise, et son talent à capter la nature profonde d'une personne, don qui l'aidera à se sortir de nombreuses conjonctures plus que délicates.

Phèdre est une de mes héroïnes préférées, pour son caractère tout en finesse et intelligence. Le lamentable cliché de la belle plante nunuche et empotée en prend pour son grade, et de jolie façon!

Elle est parvenue à apprivoiser le redoutable pirate Kazan Atrabiades, farouche guerrier qui avait bâti autour de lui, suite à une expérience malheureuse, une carapace protectrice aussi épaisse qu'une peau de saurien préhistorique. Accueillie bon gré mal gré par le peuple illyrien, elle s'attire leur affection en apprenant leur langue et leurs mœurs, plaçant ainsi suffisamment de poids de son côté de la balance du destin pour influencer celui-ci de façon favorable pour tous. J'avoue sans détours que Phèdre est une de mes héroïnes préférées, pour son caractère tout en finesse et intelligence. Le lamentable cliché de la belle plante nunuche et empotée en prend pour son grade, et de jolie façon!

Mais le moment qui m'a le plus émue, personnellement, ce sont ses retrouvailles avec Joscelin. Je n'en dirai pas plus pour ne pas divulguer des éléments non désirés de l'intrigue… Je dirai juste qu'il est parfois bon pour le moral de voir deux moitiés d'orange qui se retrouvent et se complètent à merveille. Cela met un peu de baume au cœur, et cela rend espoir pour la suite…

En résumé…

Points positifs…
  • La plume de Jacqueline Carey, toujours aussi poétique, féminine, rythmée et vibrante d'émotions.
  • Les protagonistes du récit, leur caractère étudié, travaillé et complexe, et en particulier Phèdre, qui a ma préférence.
  • Le rythme soutenu du récit malgré le nombre impressionnant de pages, les nombreux rebondissements qui tiennent le lecteur en haleine.
  • La trame du récit où les éléments s'imbriquent l'un dans l'autre d'une remarquable façon.
Points négatifs…
  • Peut-être certaines longueurs, par moments… et encore, c'est plus qu'hypothétique.
Ma note : 19/20 - J'avais attribué une note de 10/10 au premier tome, mais mon système de cotation était moins nuancé à l'époque. Dans le présent cas, si j'enlève un point, c'est avant tout à cause de quelques minimes longueurs dans les descriptions, mais ça reste vraiment un excellent roman que je recommande chaudement. Ce sera encore un de mes coups de cœur de cette année... eh oui, ça pleut pour le moment ^^

Lu dans le cadre du challenge "Littératures de l'imaginaire 2015"...

Lu dans le cadre du challenge "Littératures de l'imaginaire 2015"…

Lu aussi dans le cadre du Baby challenge Fantasy 2015 de Livraddict...

Lu aussi dans le cadre du Baby challenge Fantasy 2015 de Livraddict…

[Chronique] Kushiel. T2, L'élue, de Jacqueline Carey

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques…

… où je vous fait découvrir un album loufoque et attachant digne des meilleurs cabinets de curiosités, où je tente une lamentable incursion dans la littérature en langue de Shakespear, où les poulpes vont et viennent parmi nous tels les morts au jugement dernier, et enfin où mon dictionnaire est plus dignement employé que dans mes étagères où il faisait office de sert-livres.

– Votre dévouée chroniqueuse, Acherontia.

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